2004
Genèses
Savoir-faire
La prise en compte de plusieurs générations dans la méthode prosopographique : l’exemple des hauts fonctionnaires prussiens sous l’Empire et la république de Weimar
Marie-Bénédicte Daviet-Vincent
L’étude procède à un double travail de décomposition de l’administration prussienne dans une époque marquée par la transition entre l’Empire et la république de Weimar. D’une part, en partant d’un échantillon de hauts fonctionnaires appréhendés par leurs dossiers administratifs, elle met à jour la concurrence au sein de l’État entre les élites nobiliaires et bourgeoises. D’autre part, en établissant une distinction par générations, elle montre la forte continuité du personnel administratif après la Première Guerre mondiale en dépit du changement de régime.
This study involves a twofold breakdown of the Prussian administration during a period marked by the transition from the Empire to the Weimar Republic. First, based on a sample of high civil servants grasped through their administrative files, it brings out the competition within the State between the aristocratic and bourgeois elites. Secondly, the breakdown by generations indicates that there was a high degree of continuity in administrative personnel after the First World War, despite regime change.
Cette enquête sur le corps des hauts fonctionnaires prussiens s’enracine dans le renouvellement de l’histoire de l’État que l’on observe en France et en Allemagne depuis une quinzaine d’années. En France, les inflexions sont nettes depuis l’émergence et le développement d’une histoire sociale du politique : le propos des sociohistoriens de l’État est de le démythifier et de rompre ainsi avec les perceptions traditionnelles qui en faisaient une entité réifiée et monolithique. Cette visée analytique, transposée de la sociologie, veut faire apparaître le jeu des acteurs, l’influence des réseaux et le processus de professionnalisation des élites qui constituent la complexité de l’appareil étatique
[1]. Comme l’énonce Gérard Noiriel
[2], la logique « horizontale » (synchronique) de décomposition de l’État visant à mettre au jour l’activité des individus se double d’une logique « verticale » (diachronique) qui appréhende le renouvellement des générations dans les corps étatiques en termes de changement social. La sociohistoire considère l’administration comme partie intégrante du politique, faisant écho aux sociologues qui s’intéressent aux usages politiques que font les hauts fonctionnaires de leurs compétences professionnelles
[3]. Même s’ils ne partent pas toujours des individus eux-mêmes, des travaux récents sur l’administration montrent bien l’étroite imbrication entre les sphères administrative et gouvernementale
[4].
On constate en Allemagne le même regain d’intérêt pour l’État, bien qu’il n’emprunte pas exactement les mêmes voies qu’en France. L’histoire sociale s’est en particulier ouverte à l’État en étudiant les modalités de son intervention dans la société, tandis que l’histoire culturelle et l’anthropologie ont favorisé l’élaboration d’une histoire des représentations de la puissance publique. Une des entrées privilégiées de ce renouveau est sans doute l’histoire des pratiques et des incursions du législateur dans la société civile, souvent d’ailleurs selon une approche comparatiste
[5]. Au cœur des travaux menés outre-Rhin apparaît de manière centrale le problème de la légitimité de l’État aux
xixe-
xxe siècles, qui rejaillit sur l’administration. Pour une large part, les questionnements portant sur le recrutement du personnel administratif et le bien-fondé de ses interventions ont pris naissance dans le cadre de la controverse sur le
Sonderweg allemand : bien qu’il soit aujourd’hui relativisé dans la plupart de ses thèses d’origine
[6], ce débat historiographique a mis en lumière la vigueur de la tradition bureaucratique depuis le
xixe siècle. La constitution précoce d’une « fonction publique professionnelle » (
Berufsbeamtentum) efficace et prestigieuse, liée à un État fort et capable d’imposer ses réformes par le haut, comme l’illustre l’essor de « l’État social » à la fin du
xixe siècle
[7], reste un des traits caractéristiques de l’histoire allemande qui demande à être interprété en termes politiques. Cette tradition bureaucratique aurait joué un rôle de contrepoids face au libéralisme bourgeois au
xixe siècle et bloqué le processus de « parlementarisation » du Deuxième Empire (
Kaiserreich) jusqu’en 1918
[8]. L’orientation étatique des élites allemandes constituerait ensuite une des conditions de possibilité de leur acceptation des mesures initiées par l’État hitlérien.
Notre étude du corps des hauts fonctionnaires prussiens entre 1871 et 1933 s’inscrit au croisement de ces deux historiographies. Constatant que la haute administration prussienne avait trop souvent été reconstruite à partir de l’idéal-type élaboré par Max Weber entre 1918 et 1920
[9], nous voulions mettre à profit les pistes de réflexion françaises et allemandes pour enquêter d’une part sur l’hétérogénéité sociale de l’administration en termes de hiérarchie, de mobilité et de rivalités internes et, d’autre part, sur la politisation des fonctionnaires, susceptible de contredire l’éthique de neutralité au cœur de leur identité collective. La question se posait de savoir dans quelle mesure la haute administration avait pu jouer un rôle de frein au processus de démocratisation de l’Allemagne. Pour répondre à cette question, une analyse sociale (et non institutionnelle) de l’administration devait être menée. Partant des individus eux-mêmes, elle devait s’affranchir des périodisations politiques strictes qui conduisent à postuler l’adéquation entre un régime et son corps de fonctionnaires. Au contraire, l’angle de vue de la moyenne durée, qui dissocie temps administratif et temps politique
[10], apparaissait plus adapté pour mesurer l’évolution de la composition du corps des fonctionnaires et les rapports que celui-ci entretient avec le politique. Le choix de la Prusse comme terrain d’enquête nous a semblé particulièrement intéressant dans la mesure où cet État reflète avec intensité les évolutions politiques que connaît l’Allemagne de 1871 à 1933 : après la réalisation de l’unité allemande, la Prusse constitue la monarchie-pivot du nouvel Empire dont elle domine les institutions, tandis qu’après la Première Guerre mondiale, elle emprunte un cours résolument démocratique qui l’oppose au
Reich et à la plupart des
Länder. En Prusse en effet, les gouvernements républicains se réclamant de la coalition de Weimar se succèdent au pouvoir sans interruption de 1919 à 1932.
Le choix de la prosopographie
Ce choix de la moyenne durée nous a conduit à privilégier la méthode prosopographique, dont l’objectif est de rassembler le maximum de variables pour constituer des biographies collectives embrassant plusieurs décennies. Inspirée des travaux français et notamment de ceux de Christophe Charle sur les élites de la Troisième République
[11], cette méthode a permis de suivre plusieurs générations de hauts fonctionnaires prussiens qui ont servi sous différents régimes (l’Empire, la république de Weimar et même pour les derniers la dictature nazie) et dû s’adapter en conséquence. Cette approche, qui part des individus eux-mêmes et non des discours normatifs qui les concernent, était susceptible de fournir de nouvelles clefs de compréhension au comportement du personnel administratif au cours d’une période de changements politiques rapides. Elle permettait ainsi d’apporter un regard neuf sur un groupe social déjà largement étudié par les historiens d’un point de vue institutionnel
[12]. Sans méconnaître la fécondité des grandes synthèses sur la fonction publique allemande
[13] ou des monographies s’attachant à un régime politique particulier
[14], force était de constater que ces travaux ne permettaient pas d’ouvrir la réflexion à une histoire des stratégies individuelles à l’intérieur d’un champ administratif de plus en plus autonome vis-à-vis du politique.
Notre but était ainsi de faire une histoire à la fois sociale et politique de la haute administration prussienne, à partir d’une sociologie différentielle des individus qui la composent. La méthode prosopographique répondait à cette ambition en ce qu’elle offrait l’opportunité de comparer différentes populations appartenant à un même groupe de référence, c’est-à-dire d’appréhender la diversité des hauts fonctionnaires sans perdre de vue les caractéristiques générales de leur corps. Il s’agissait en effet de tenir ensemble les deux pôles d’homogénéité et d’hétérogénéité entre lesquels oscille tout groupe social. Dans le cas des hauts fonctionnaires prussiens, cette homogénéité est conférée par la formation juridique depuis la loi de 1 879 qui instaure le « monopole des juristes » (
Juristenmonopol) dans la haute administration (cette loi rend obligatoires pour les futurs fonctionnaires le passage par la faculté de droit et la réussite aux deux examens juridiques d’État). Quant à l’hétérogénéité du corps, elle est liée à la diversité interne de l’administration, divisée en instances centrales (une dizaine de ministères à Berlin) et instances déconcentrées (la Prusse est subdivisée en douze provinces, trente-cinq districts et environ quatre cents arrondissements)
[15]. À cet égard il s’agissait pour nous de rendre intelligible, à travers l’analyse des trajectoires individuelles, la mobilité des fonctionnaires et les relations de pouvoir au sein d’un champ administratif fortement hiérarchisé. Mais la diversité de la haute administration était aussi d’ordre social. En partant d’un échantillon de hauts fonctionnaires, l’idée était de s’émanciper le plus possible des clivages traditionnels utilisés par l’histoire sociale allemande : sans nier les différences catégorielles existant entre la noblesse, la bourgeoisie économique (
Wirtschaftsbürgertum) et la bourgeoisie culturelle diplômée de l’Université (
Bildungsbürgertum), il s’agissait de comprendre par quels mécanismes ces différentes élites sont amenées à tisser des liens et développer ensemble un esprit de corps propre au service de l’État. Cette histoire « de l’intérieur » de l’administration prussienne supposait la constitution d’un échantillon de fonctionnaires.
La phase délicate de constitution de l’échantillon
La construction de l’échantillon est apparue comme un moment crucial de l’enquête puisque les décisions prises par l’historien en amont de l’exploration des archives conditionnent ensuite les résultats qu’il en tire. Dans cette optique, nous avons posé deux choix méthodologiques préalables. Le premier a consisté à ne privilégier aucune province particulière au sein de la Prusse, ce qui distingue ce travail de toute une série de monographies régionales
[16]. Notre étude voulait en effet rendre compte de la mobilité des individus à l’échelle du territoire prussien tout entier, afin d’en faire ressortir la diversité. Les grandes disparités géographiques, sociales et culturelles qui opposent les provinces orientales (Prusse orientale, Prusse occidentale, Posnanie, Poméranie, Brandebourg, Silésie et Saxe) aux provinces occidentales (Rhénanie, Westphalie) et aux provinces annexées peu avant la création de l’Empire (Hanovre, Hessen-Nassau et Schleswig-Holstein) posent la question de la gestion administrative des particularismes et celle des liens unissant les fonctionnaires aux territoires. L’enquête entendait ainsi répondre à l’appel de l’historien David Blackbourn qui invite à écrire une histoire « territorialisée » de l’État allemand, c’est-à-dire une histoire qui réintroduit l’espace dans la compréhension des phénomènes sociaux
[17]. Bref travailler sur la totalité de la Prusse, ce n’était pas seulement prendre en compte les deux tiers de l’espace géographique allemand, mais analyser une diversité territoriale déjà constitutive en elle-même de la diversité allemande.
Le second choix a été de ne pas se restreindre a priori à une fonction administrative donnée pour considérer, au contraire, la totalité du champ bureaucratique : notons à ce propos que la plupart des travaux allemands procèdent du choix inverse en se concentrant sur une fonction bien spécifique, telle celle de conseiller ministériel (
Ministerialrat), de conseiller d’arrondissement (
Landrat) ou de président de province (
Oberpräsident)
[18]. Ce prisme nous a semblé réducteur dans la mesure où les mêmes hauts fonctionnaires occupent successivement des fonctions administratives différentes en cours de carrière. Toujours dans cette perspective, nous n’avons pas cherché à isoler les figures éminentes de l’administration déjà bien connues de l’historiographie, tels les ministres ou les secrétaires d’État prussiens
[19]. Au contraire, nous avons préféré puiser dans le vivier des « anonymes » de l’administration. Si le mode de tirage a conduit parfois à retrouver des personnages connus tel Gerhard Anschütz (1867-1948) – célèbre commentateur de la constitution de Weimar – nous avons tenté de comprendre, le cas échéant, les raisons de leur distinction ou de leur ascension au sein du groupe. Mais nous cherchions aussi à prendre en compte tous ceux qui, précisément, n’acquièrent pas cette notoriété et restent bloqués dans leur carrière : cette attention aux échecs, aux déclassements et aux conflits renvoie à un champ de recherche plus récent de l’histoire des élites, appelé par Claude-Isabelle Brelot « le chantier de la mobilité sociale descendante
[20] ». Dans cette logique, la prosopographie offre la possibilité de raisonner à l’échelle la plus fine, celle qui permet de repérer les éventuels écarts par rapport à une norme de carrière ou de comportement. Plus que l’élaboration d’un profil type de haut fonctionnaire, la méthode a pour intérêt d’individualiser certaines personnalités par comparaison avec toutes les autres, le cas limite renseignant souvent plus que le cas représentatif sur le fonctionnement interne du corps.
Concrètement, notre échantillon prosopographique se compose essentiellement de 331 « hauts fonctionnaires d’administration » (höhere Verwaltungsbeamte) dont les dossiers administratifs sont conservés aux archives de Prusse de Berlin-Dahlem, dans un fonds du ministère de l’Intérieur qui en contient 3 150 pour la période 1870-1934 (nous avons ainsi consulté 10,5 % du fonds). Pour construire l’échantillon, nous avons retenu neuf lettres de l’alphabet (A, B, C, E, F, G, L, N et O) pour lesquelles il était possible de commander la totalité des dossiers de fonctionnaires dont le nom patronymique commençait par cette lettre et qui avaient occupé un poste sous l’Empire ou la république de Weimar. Le premier avantage du tirage systématique par lettre est qu’il permet de récupérer la diversité des fonctions et des régions que nous souhaitions mettre au centre de l’étude. En second lieu, le procédé pointe, via les homonymes, l’ensemble des filiations et une partie des parentèles (frères, cousins, neveux) au sein de la haute administration. Cet échantillon principal a été complété par 26 individus du ministère des Finances de Prusse, dans le but de diversifier l’étude ministérielle, ce qui porte à 357 le nombre total de fonctionnaires considérés.
La représentativité de cet échantillon est délicate à établir puisque, par définition, plusieurs générations de hauts fonctionnaires se chevauchent sur la période. Cependant, on peut en obtenir une estimation à partir d’une photographie statistique de l’administration prussienne donnée par Manfred Schlenke pour l’année 1910
[21] : ce dernier comptabilise 2 203 hauts fonctionnaires (assesseurs inclus), répartis entre administration centrale (N = 345) et administration provinciale (N = 1 858), ce qui représente moins de 0,005 % de la population prussienne totale à cette date. Notre échantillon comprend, quant à lui, 258 individus effectivement en poste en 1910, soit 12 % de la population-mère considérée ci-dessus. Ce pourcentage nous a semblé satisfaisant pour généraliser les résultats de l’enquête. Ceci dit, nous avons préféré à cette image quelque peu statique de l’administration une approche par sous-échantillons chronologiques, afin de saisir par comparaison des évolutions sur la période : à cette fin, nous avons distingué trois cohortes de fonctionnaires nés respectivement entre 1835 et 1855, 1855 et 1875 et 1875 et 1895. Le premier sous-échantillon comprend 68 individus (soit 19 % de l’échantillon total), le deuxième 195 individus (soit 55 % de l’échantillon total) et le troisième 94 individus (soit 26 % de l’échantillon total).
Le raisonnement par générations de fonctionnaires
La distinction de trois sous-échantillons permet de raisonner en termes de générations. L’approche générationnelle fournit selon Jean-Pierre Azéma une « grille de lecture féconde pour l’histoire du
xxe siècle », en ce qu’elle privilégie l’événement fondateur sous l’effet duquel un ensemble d’individus prend contact avec la politique et en reste durablement marqué
[22]. Ici, on a opté volontairement pour des tranches de vingt ans, c’est-à-dire pour une définition large de la génération, qui dépasse le cadre étroit d’une cohorte débouchant au même moment dans la vie active
[23]. En effet, c’est moins l’âge que l’ampleur de l’exposition à l’événement qui donne le sentiment d’appartenir à la même génération (Marc Bloch parle à ce sujet de « communauté d’empreinte »). Dans notre cas, la cohésion de chaque génération est renforcée par l’appartenance à un même corps professionnel, induisant un parallélisme des genres de vie. Caractérisons brièvement les générations ainsi constituées.
Le premier sous-échantillon constitue incontestablement la génération de l’unité allemande. La création de l’Empire a été l’événement fondamental de la jeunesse des individus qui avaient entre quinze et trente-cinq ans en 1871. Les plus vieux d’entre eux ont participé aux guerres de l’unité allemande en 1864, 1866 et surtout 1870-1871. Tous ont passé leur premier examen juridique avant la grande loi de 1879, ce qui signifie qu’ils ont suivi un cursus exclusivement juridique (par opposition à leurs cadets des générations suivantes qui, dans leur grande majorité, entreront dans un cursus plus spécifiquement administratif à l’issue du premier examen d’État). La carrière des fonctionnaires de cette première génération se déroule uniquement sous l’Empire, les derniers partant en retraite pendant la Première Guerre mondiale (avec un âge moyen de départ situé à soixante ans).
Le deuxième sous-échantillon est le plus fourni au plan numérique, ce qui n’est pas dû au hasard : conformément à l’évolution démographique allemande depuis le dernier tiers du xixe siècle et compte tenu de la saignée qu’a représentée la Première Guerre mondiale pour la génération suivante, cette cohorte fournit les plus gros effectifs au corps des hauts fonctionnaires sous la république de Weimar. On peut considérer que cette génération marque une transition. Celle-ci est d’abord d’ordre juridique puisque les individus voient, durant leur formation universitaire et post-universitaire (stages du référendariat), la genèse du Code civil entré en vigueur en 1900 (Bürgerliches Gesetzbuch), un événement dont il faut souligner l’importance pour le renouvellement du contenu des études de droit entre le xixe et le xxe siècles. Mais la transition est également d’ordre politique, puisque les individus ont largement avancé dans leur carrière lors de la proclamation de la république de Weimar : les plus jeunes d’entre eux ont passé la quarantaine en 1918. Les fonctionnaires de cette deuxième génération, qui choisissent de rester en poste après le changement de régime, terminent leur carrière avant l’installation de la dictature nazie (les derniers quittent l’administration en 1933-1934). L’âge moyen au départ se situe vers cinquante-cinq ans. Cette génération, formée sous l’Empire et confrontée dans un âge mûr à l’expérience déroutante de la république de Weimar, a donné ce que les contemporains ont appelé les « fonctionnaires de la vieille école » (Beamte alter Schule), une expression qui suggère le décalage entre ces « vieux » fonctionnaires et le nouveau régime.
Le troisième sous-échantillon apparaît enfin comme la génération de la Première Guerre mondiale. Les individus qui la composent avaient en effet entre vingt et quarante ans en 1914, ce qui signifie qu’ils étaient mobilisables et de ce fait souvent affectés dans l’administration civile des territoires occupés. 57 % d’entre eux sont d’anciens combattants. Ceci dit, ce troisième sous-échantillon est numériquement moins fourni que le précédent, reflétant l’hécatombe qu’a représentée la Première Guerre mondiale pour ces tranches d’âge. Bien que la carrière de ces fonctionnaires se joue en partie sous la république de Weimar, ils représentent la dernière génération recrutée et formée sous l’Empire dont ils incarnent encore certains traits. Beaucoup choisissent d’ailleurs de quitter l’administration prussienne et de se reconvertir après 1918, ce qui explique que l’âge moyen au départ de l’administration prussienne soit de quarante ans pour le groupe. Au total, si le premier sous-échantillon sert de groupe témoin permettant de définir un modèle de hauts fonctionnaires que l’on peut qualifier de monarchique, le deuxième et le troisième sous-échantillons présentent tout le spectre des attitudes vis-à-vis de la République en fonction des générations : cette opposition entre « vieux » et « jeunes » a du reste été pointée par l’historien Detlev Peukert comme une des clefs fondamentales d’analyse de la vie politique sous la république de Weimar
[24].
La réflexion critique sur les dossiers de fonctionnaires
Avant de procéder à l’analyse prosopographique proprement dite, il importait de s’interroger sur les sources permettant de reconstituer les biographies individuelles des fonctionnaires. Ceux-ci ont été appréhendés par leurs dossiers administratifs individuels (
Personalakten). Il était nécessaire d’analyser de manière critique le statut de ces documents d’archives, et notamment de se demander dans quelle mesure ils constituent un filtre entre l’historien et les fonctionnaires étudiés. La première impression incitait plutôt à relever les limites d’une telle source : le fait, par exemple, que les dossiers s’interrompent brutalement au moment où les fonctionnaires quittent l’administration prussienne (en cas de reconversion notamment) montrait de manière aiguë que ces individus étaient saisis à travers un « biais », par nature réducteur. La réflexion épistémologique initiée depuis quelques années chez les historiens nous a cependant invité à prendre conscience de la richesse que constitue précisément tout biais d’archive pour atteindre la réalité historique. Comme Roger Chartier le montre
[25], reconnaître que le passé n’est pas réductible aux textes écrits qui en gardent la trace ne conduit nullement à poser l’aporie de l’histoire. En effet, la production des textes reste elle-même historiquement déterminée et, de ce fait, renvoie à la position particulière et aux propriétés objectives des différents groupes composant le monde social. Autrement dit, l’opposition entre les intermédiaires que sont les documents d’archives et la réalité historique peut être résolue en intégrant à l’analyse du contenu des sources celle de leurs conditions de production. Dans notre cas, il s’agissait donc de réfléchir au processus politique et social qui avait abouti à l’élaboration et à la conservation des dossiers des fonctionnaires prussiens.
Contrairement à ce que suggère la notion de « source » qui tend à poser le document d’archive comme un point de départ pour l’historien, nous avons considéré les
Personalakten comme des objets construits par l’administration prussienne pour mieux gérer son personnel. La conservation de la grande majorité des dossiers de fonctionnaires dans un fonds unique du ministère de l’Intérieur, conformément au « principe de provenance » introduit en 1881 dans le classement des archives de Prusse
[26], est ainsi, en elle-même, porteuse de sens : la cote confère non seulement une perspective commune aux documents, mais crée un ensemble homogène. Le ministère de l’Intérieur qui a rassemblé les dossiers des individus présentant des caractéristiques communes au plan de la formation, du statut, de la rémunération et des étapes de carrière, a pour ainsi dire donné une existence objective à ce groupe social qu’il devenait légitime d’étudier comme tel. Le classement dote ainsi les
Personalakten d’un sens supplémentaire en les intégrant à un « tout » qui, pour reprendre la formule du holisme méthodologique, ne se réduit pas à « la somme des parties ».
Aux yeux des contemporains, la constitution d’un fonds de Personalakten visait principalement à faciliter leur consultation, comme l’indique d’ailleurs dans les ministères le terme de « bureau d’enregistrement » (Registratur) qui fait référence au classement administratif des documents. Une des activités essentielles de l’administration à la fin du xixe siècle devient en effet de surveiller et d’évaluer ses propres agents par la mise au point de fiches individuelles et de systèmes de notation. Les impératifs liés à l’utilisation rationnelle par la hiérarchie des dossiers de fonctionnaires dictent, en amont de leur constitution, un tri des informations avec tout son lot de destructions et de « déchets » non retenus (il est vrai qu’à partir d’un certain volume, les dossiers cessent d’être maniables, d’où la nécessité pour l’administration de condenser pour retrouver le critère de l’utilisable). Autrement dit, il fallait intégrer à notre analyse des Personalakten ce processus de sélection des informations et prendre conscience que seul était conservé ce qui, aux yeux de l’administration, permettait de caractériser un fonctionnaire (étant entendu que cette entreprise de caractérisation déborde la sphère strictement professionnelle). Au total, loin de constituer une limite à notre connaissance des hauts fonctionnaires, le tri sous-jacent à l’élaboration des Personalakten permet de saisir les principes de fonctionnement de l’administration ainsi que certaines de ses représentations.
Que contiennent alors les dossiers de fonctionnaires que nous avons mis au centre de l’enquête ? Ils s’ouvrent sur un formulaire uniformisé, récapitulant les principales étapes du cursus du fonctionnaire. Ce formulaire contient des éléments d’état civil (date et lieu de naissance, religion, profession du père, du beau-père et parfois du grand-père), des informations sur les trajectoires scolaire et universitaire (date d’obtention du baccalauréat – le
Reifezeugnis – liste des universités fréquentées, dates des succès aux premier et second examens d’État) et un descriptif rapide des carrières (fonctions détenues et affectations géographiques, titres et décorations). La généralisation de ces formulaires dans l’administration tend à imposer l’idée de parcours types, régis par des règles objectives s’imposant à tous les fonctionnaires et contribuant à créer un « esprit de corps »
[27]. Les dossiers individuels contiennent ensuite un certain nombre de documents classés par ordre chronologique et qui renseignent sur les aléas des carrières (motifs d’une mutation, d’une promotion, d’un blâme ou d’une procédure disciplinaire). En incorporant la correspondance entre le fonctionnaire et sa hiérarchie, les dossiers permettent aussi d’appréhender tout ce qui, précisément, n’est pas advenu dans une carrière : échecs, conflits, frustrations constituent de ce point de vue un accès privilégié à l’histoire des représentations dans l’administration. La plupart de ces documents sont manuscrits, avec une différence de lisibilité observable entre les documents administratifs, caractérisés par une écriture standardisée et des formules normalisées (style administratif ou
Kanzleistil), et les lettres émanant des individus, plus originales dans l’écriture, la présentation et le style. Quant aux textes tapés à la machine à écrire, ils n’apparaissent dans les dossiers qu’à partir de 1907-1908 et sont généralisés seulement après la Première Guerre mondiale. La grande homogénéité des dossiers a permis leur mise en série dans le cadre de l’analyse statistique.
Reste que l’analyse des Personalakten devait impérativement intégrer la dimension politique et juridique associée à leur caractère « secret » : en effet, les hauts fonctionnaires prussiens n’ont pas accès à leurs dossiers avant la république de Weimar. La constitution allemande de 1919 constitue de ce point de vue une césure importante puisqu’elle garantit, par le troisième paragraphe de l’article 129 consacré aux droits des fonctionnaires, la possibilité de consulter leurs Personalakten (cela dit, la duplicité des supérieurs hiérarchiques qui rédigent des rapports de complaisance destinés aux Personalakten et font des rapports oraux de teneur différente au ministère de l’Intérieur, est souvent dénoncée sous la république de Weimar). Le caractère secret des dossiers individuels a incontestablement contribué à les mythifier sous l’Empire. L’inaccessibilité est associée, du point de vue des représentations, à un pouvoir du dossier susceptible de fournir « la » clef de compréhension des carrières.
Pour l’historien, cette dimension imaginaire a pu se traduire, dans les premiers temps de la lecture, par un sentiment de frustration : les
Personalakten sont, par exemple, étonnamment silencieux ou concis sur le registre des attitudes politiques sous l’Empire, contrairement à ce que l’on pouvait attendre au départ. Seule la couleur politique de quatre-vingt-six fonctionnaires a pu être établie avec certitude (soit un quart des effectifs de l’échantillon). On rejoint ici une expérience décrite par Arlette Farge
[28], qui souligne combien l’archive peut susciter un sentiment de manque contrastant avec l’abondance des documents. En fait, il nous est apparu que ce silence sur les appartenances politiques était en lui-même porteur de sens et à interpréter : la conformité politique des hauts fonctionnaires, qui adhèrent à 80 % au courant conservateur, va tellement de soi qu’elle ne se trouve plus consignée dans les dossiers (lorsqu’elle l’est, c’est rétrospectivement en avril 1933 via le formulaire rempli en application de la loi nazie sur la « restauration de la fonction publique professionnelle »). En revanche, les engagements partisans hétérodoxes (en faveur du
Zentrum, du parti national-libéral ou des libéraux progressistes) sont systématiquement mentionnés sous l’Empire dans les dossiers où ils influencent le déroulement des carrières. On voit comment les attentes suscitées par le caractère secret des dossiers ont pu, dans un premier temps, dérouter l’historien avant qu’il ne parvienne au décodage des évidences implicites.
Au total, les
Personalakten représentent une source qui, à bien des égards, a surpris son lecteur : l’homogénéité des dossiers, qui pourrait les rendre rapidement ennuyeux – d’autant que les fonctionnaires qu’ils concernent sont restés des anonymes de l’histoire – se trouve rompue par nombre d’anecdotes touchant à des aspects plus qualitatifs de la vie et des mœurs des fonctionnaires, permettant aussi de concevoir une histoire des mentalités et de la sociabilité de ce type d’élite. On est ainsi renseigné sur le rôle des épouses, des enfants et des familles élargies, sur le code de l’honneur ou sur les relations que le personnel administratif entretient avec son environnement social immédiat (militaires, propriétaires terriens, entrepreneurs, pasteurs, etc.). Il n’est pas exagéré de dire que les
Personalakten réservent une lecture assez distrayante à qui veut bien les parcourir. Cette dimension anecdotique a cependant soulevé la question du statut des détails dans l’analyse globale. Paul Veyne nous enseigne que l’histoire ne vise pas l’étude du singulier mais du spécifique
[29] : l’exemple individuel, pour être intelligible, doit être rapporté à l’accumulation des biographies afin d’éviter le piège de la sur-interprétation. Il n’en reste pas moins que c’est en travaillant sur les cas limites que l’on a perçu le mieux les normes instaurées par le corps.
La fécondité de l’approche intergénérationnelle
Le dépouillement des
Personalakten a tenté de combiner une lecture qualitative des dossiers, donnant une large part aux citations, et une approche quantitative, propre à constituer une série. Dans cette optique, une fiche type a été élaborée permettant de résumer les données brutes d’état civil et de carrières des fonctionnaires. Le traitement des données a été ensuite facilité par l’utilisation des logiciels de base de données Access et de traitement statistique Excel, permettant de passer de l’échelle individuelle à l’échelle collective
[30]. Mais l’objectif n’était pas seulement d’obtenir des résultats chiffrés et des corrélations statistiques : nous souhaitions obtenir également des rapprochements de nature plus qualitative caractérisant l’appartenance au groupe des hauts fonctionnaires. En faisant varier les critères de regroupement des individus, on a effectivement pu faire ressortir des comportements, des pratiques, une « manière d’être » spécifiques à certains sous-ensembles de fonctionnaires, cette échelle intermédiaire permettant de retrouver un plus grand niveau d’homogénéité. Si des regroupements d’individus ont été réalisés par région et par fonction afin de rendre intelligible la politique de l’État prussien dans le recrutement, la promotion et l’affectation dans les régions des fonctionnaires, c’est l’approche intergénérationnelle qui s’est révélée la plus féconde pour saisir l’évolution du corps. Les deux exemples suivants illustrent les apports heuristiques de cette approche
[31].
Si l’on s’intéresse d’abord à l’origine sociale des hauts fonctionnaires d’administration, on constate le maintien d’un fort taux d’autorecrutement sur la période : environ un quart des individus de l’échantillon sont eux-mêmes fils de hauts fonctionnaires. Mais cette proportion passe de 24 % dans la première et 26 % dans la deuxième génération à 19 % dans la troisième. Le second groupe numérique est composé des fils de propriétaires fonciers et immobiliers qui représentent 22 % de l’échantillon global. Mais cette catégorie est également en forte baisse, puisqu’elle ne regroupe plus que 8 % des individus de la troisième génération. Inversement, la catégorie des fils de marchands, d’industriels et de banquiers augmente considérablement puisqu’elle rassemble 10 % des effectifs de la première génération, 16 % de la deuxième et 19 % de la troisième : cette évolution montre une ouverture indéniable du corps des hauts fonctionnaires à la bourgeoisie économique dès l’Empire. Ainsi, il est insuffisant de s’en tenir au résultat général selon lequel les hauts fonctionnaires descendent majoritairement des élites traditionnelles prussiennes (constituées des hauts fonctionnaires, des propriétaires fonciers et des militaires) : la proportion des individus non issus de cet
establishment augmente sensiblement sur la période, passant de 46 % des individus de la première génération à 57 % de la troisième. Dans cette dernière génération, la part des fils des catégories bourgeoises diplômées de l’université (professions libérales et intellectuelles confondues) atteint d’ailleurs 22 % contre 10 % dans la génération précédente. Cet apport de la bourgeoisie économique et culturelle au corps des hauts fonctionnaires est donc non seulement fondamental, mais en progression. Au total, l’ouverture sociale de la haute administration apparaît bien comme une tendance longue du recrutement des fonctionnaires dès l’Empire. Ces résultats invitent à nuancer la thèse d’Arno Mayer sur la persistance jusqu’en 1914 d’un ancien régime en Allemagne (notamment dans la fonction publique)
[32] ; par ailleurs, ils remettent en cause l’idée souvent développée dans l’historiographie d’un fort cloisonnement des élites allemandes. Cette analyse de la composition sociale de l’administration appelait une étude de son orientation politique.
Ayant constaté l’adhésion profonde des hauts fonctionnaires à l’ordre monarchique sous l’Empire, nous nous sommes demandé quelle incidence avait pu avoir le passage de la monarchie à la République sur le corps des hauts fonctionnaires. À cet égard, l’analyse des départs de l’administration fournit un second exemple de la fécondité de l’approche intergénérationnelle, dans la mesure où elle relativise l’idée d’un renouvellement important de l’élite administrative après la Première Guerre mondiale. On note en effet que la proportion des hauts fonctionnaires ayant fait l’objet de renvois disciplinaires ou de mises en retraite anticipées reste constante pour les trois générations autour de 6 %. En d’autres termes, les sorties « contraintes » de l’administration n’ont proportionnellement pas plus affecté les fonctionnaires qui vivent professionnellement le changement de régime que ceux restés exclusivement en poste sous l’Empire, ce qui signifie qu’il n’y a pas eu d’épuration massive après 1918-1919 conformément au compromis passé entre Friedrich Ebert et les fonctionnaires de la monarchie. En revanche, si l’on se penche sur les départs de l’administration pour reconversion, de fortes disparités existent entre les générations : ce type de départs volontaires concerne 3 % des individus de la première génération, 28 % de la deuxième et 56 % de la troisième. On voit ainsi que les reconversions sous la république de Weimar concernent plus massivement les « jeunes » fonctionnaires que les « vieux » : plus que l’hostilité envers le régime républicain, c’est la baisse des salaires réels survenue dans la fonction publique depuis la guerre et le blocage des carrières au sein de l’administration prussienne qui fait préférer aux membres de la troisième génération une reconversion. Celle-ci s’effectue d’ailleurs moins souvent dans le privé (industrie, banque, agriculture) que dans le public, où les administrations fédérale et municipale deviennent très attractives en termes d’avancement et de salaires. Seule une reconversion sur cinq a pour destination l’industrie : le monde des affaires apparaît ici peu perméable au service de l’État
[33]. On ne retrouve donc pas en Prusse les pratiques de « pantouflage » qui caractérisent les élites françaises de la Troisième République
[34]. En revanche, l’appareil étatique prussien conserve la majorité de ses « vieux » fonctionnaires, c’est-à-dire ceux qui se sont le plus structurellement identifiés à la monarchie. De ce fait l’analyse intergénérationnelle fournit une clef de compréhension de la forte hostilité que témoigne l’administration prussienne aux réformes engagées par les gouvernements républicains pour démocratiser l’État entre 1919 et 1932
[35].
En conclusion, on ne peut que souligner la fécondité de la méthode prosopographique intergénérationnelle. Pour reprendre les termes de G. Noiriel cités en introduction, elle permet une décomposition à la fois « horizontale » et « verticale » de l’administration prussienne : décomposition horizontale d’abord, car l’échantillon recoupe transversalement différentes catégories sociales (noblesse, bourgeoisie culturelle, bourgeoisie économique) et, ce faisant, met au jour le jeu de la concurrence entre des élites différemment dotées en capitaux au sein du champ administratif ; décomposition verticale ensuite, car l’échantillon met en évidence la coexistence dans le corps des fonctionnaires de plusieurs générations formées dans des contextes politiques et juridiques spécifiques. Cette décomposition à la fois synchronique et diachronique de l’administration permet d’interroger les rapports entre sa composition sociale et son orientation politique sous les différents régimes. L’analyse révèle dès l’Empire un processus d’ouverture sociale de l’administration aux fractions économique et culturelle de la bourgeoisie, mais cette diversification du corps ne signifie pas sa démocratisation : les hauts fonctionnaires adhèrent profondément à l’ordre monarchique jusqu’en 1918. La république de Weimar, loin de procéder à une purge de grande ampleur, garantit au personnel monarchique la préservation de ses « droits acquis » : tandis qu’une majorité de « jeunes » préfère se reconvertir, les « vieux » fonctionnaires choisissent de rester en poste. C’est donc la forte continuité du personnel administratif entre les deux régimes qui ressort de l’approche générationnelle, ce qui relativise la césure de 1918-1919. L’enquête s’inscrit ici dans la tendance récente de l’historiographie allemande qui souligne les forts aspects de continuité entre l’Empire et la république de Weimar (ainsi, il a été montré que la guerre et la révolution ne constituaient pas non plus de ruptures majeures pour le personnel et la structure des partis politiques
[36]). Si le décalage entre l’instauration de l’ordre démocratique et la conservation du personnel monarchique ne doit pas être interprété avec fatalisme au regard de 1933, il n’en reste pas moins qu’il a contribué à fragiliser de l’intérieur le compromis républicain. On voit ici comment l’histoire sociale peut apporter un éclairage sur des questions habituellement traitées par l’histoire politique.
[1]
Michel Offerlé (éd.),
La profession politique : xixe-xxe siècles, Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », 1999.
[2]
Gérard Noiriel,
État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », 2001. Voir le chapitre
i : « Une histoire sociale du politique est-elle possible ? », p. 36.
[3]
Jean-Michel Eymeri, « Frontière ou marches ? De la contribution de la haute administration à la production du politique »
in Jacques Lagroye (éd.),
La politisation, Paris, Belin, coll. « Socio-histoires », 2003, pp. 47-78.
[4]
Marc-Olivier Baruch, Vincent Duclert (éd.),
Serviteurs de l’État : une histoire politique de l’administration française 1875-1945, Paris, La Découverte, 2000. Françoise Dreyfus,
L’invention de la bureaucratie. Servir l’État en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis (xviiie-xxe siècles), Paris, La Découverte, 2000.
[5]
Pour cette bibliographie récente, voir entre autres : Wolfgang Reinhard,
Geschichte der Staatsgewalt. Eine vergleichende Verfassungsgeschichte Europas von den Anfängen bis zur Gegenwart, Munich, Beck, 1999. Dieter Gosewinkel,
Einbürgern und Ausschliessen. Die Nationalisierung der Staatsangehörigkeit vom Deutschen Bund bis zur Bundesrepublik Deutschland, Göttingen, Vandenhoeck et Ruprecht, 2001. Jürgen Kocka et Christoph Conrad (éd.),
Europäische Zivilgesellschaft in Ost und West. Begriff, Geschichte und Chancen, Francfort-sur-le-Main, Campus Verlag, 2000. Michael Stolleis,
Konstitution und Intervention, Studien zur Geschichte des öffentlichen Rechts im 19. Jahrhundert, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 2001.
[6]
Pour une synthèse récente du débat, voir Jürgen Kocka, « Bürgertum und Sonderweg »,
in Peter Lundgreen (éd.),
Sozial- und Kulturgeschichte des Bürgertums. Eine Bilanz des Bielefelder Sonderforschungsbereichs (1986-1997), Göttingen, Vandenhoeck et Ruprecht, coll. « Beiträge zur europäischen Geschichte » vol. 18, 2000, pp. 93-112.
[7]
Sandrine Kott,
L’État social allemand, représentations et pratiques, Paris, Belin, 1995.
[8]
Bärbel Holtz, Hartwin Spenkuch (éd.),
Preussens Weg in die politische Moderne. Verfassung, Verwaltung, politische Kultur zwischen Reform und Reformblokade, Berlin, Akademie Verlag, 2001.
[9]
La théorie de la domination légale de type bureaucratique est exposée dans l’ouvrage posthume : Max Weber,
Wirtschaft und Gesellschaft, Tübingen, Mohr, 1956 (trad. fr.
Économie et Société, Paris, Plon, 1971).
[10]
Cette remarque est faite pour l’administration française du
xixe siècle par Christophe Charle,
Les hauts fonctionnaires en France au xixe siècle, Paris, Gallimard-Julliard, coll. « Archives », 1980.
[11]
Christophe Charle,
Les Élites de la République (1880-1900), Paris, Fayard, 1987.
[12]
Voir le bilan historiographique dressé par Bernd Wunder, « Zur Geschichte der deutschen Beamtenschaft 1945-1985 »,
Geschichte und Gesellschaft, n° 17, 1991, pp. 256-277.
[13]
Hans Hattenauer,
Geschichte des Beamtentums, Cologne, Carl Heymann, 1980. B. Wunder,
Geschichte der Bürokratie in Deutschland, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, 1986. Kurt Jeserich, Hans Pohl, Georg-Christoph von Unruh (éd.),
Deutsche Verwaltungsgeschichte, vol. 3 et 4, Stuttgart, Deutsche Verlagsanstalt, 1984-1985.
[14]
Les principales monographies disponibles sont pour la période 1871-1933 : Jane Caplan,
Government without Administration. State and Civil Service in Weimar and Nazy Germany, Oxford, Clarendon Press, 1988 ; Rainer Fattmann,
Bildungsbürger in der Defensive. Die akademische Beamtenschaft und der Reichsbund der höheren Beamten in der Weimarer Republik, Göttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 2001 ; Hans-Joachim Henning,
Die deutsche Beamtenschaft im 19. Jahrhundert. Zwischen Stand und Beruf, Stuttgart, Steinert Verlag, 1984 ; Wolfgang Runge,
Politik und Beamtentum im Parteienstaat. Die Demokratisierung der politischen Beamten in Preussen zwischen 1918 und 1933, Stuttgart, Klett Verlag, 1965 ; Tibor Süle,
Preussische Bürokratietradition. Zur Entwicklung von Verwaltung und Beamtenschaft in Deutschland 1871-1918, Göttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1988.
[15]
Pour des statistiques précises, voir Manfred Schlenke (éd.),
Preussen-Ploetz. Eine historische Bilanz in Daten und Deutungen. Mit 16 Bildtafeln sowie Karten, Graphiken und Tabellen, Freiburg, Ploetz, 1983.
[16]
On peut citer les études concernant les provinces prussiennes de Brandebourg, Hessen-Nassau, Rhénanie et Hanovre : Kurt Adamy, Kristina Hübener (éd.),
Adel und Staatsverwaltung in Brandenburg im 19. und 20. Jahrhundert. Ein historischer Vergleich, Berlin, Akademie Verlag, 1996 ; Thomas Jungblut,
Die altpreussischen höheren Regierungsbeamten und Landräte in den Regierungsbezirken Koblenz und Trier 1850-1914. Mainz, Inaugural Dissertation, 1989 ; Thomas Klein,
Leitende Beamte der allgemeinen Verwaltung in der preussischen Provinz Hessen-Nassau und in Waldeck, 1867-1945, Darmstadt-Marburg, Historische Kommission für Hessen, 1988 ; Herbert Reyer,
Ostfriesland zwischen Republik und Diktatur, Aurich, Ostfriesische Landschaft, 1998.
[17]
David Blackbourn,
A Sense of Place. New Directions in German History (Annual Lecture of the German Historical Institute of London), Londres, German Historical Institute, 1999.
[18]
Voir respectivement les études d’Arpad von Klimo,
Staat und Klientel im 19. Jahrhundert. Administrative Eliten in Italien und Preussen im Vergleich, 1860-1918, Cologne, SH-Verlag, 1997 ; Margung Schmitz,
Der Landrat, Mittler zwischen Staatsverwaltung und kommunaler Selbstverwaltung. Der Wandel der funktionaler Stellung des Landrats vom Mittelalter bis ins 20. Jahrhundert, Baden-Baden, Nomos Verlag, 1991 ; Klaus Schwabe (éd.),
Die preussischen Oberpräsidenten 1815-1945, Boppard-sur-le-Rhin, Harald Boldt, 1981.
[19]
K. Jeserich, Helmut Neuhaus (éd.),
Persönlichkeiten der Verwaltung. Biographien zur deutschen Verwaltungsgeschichte. 1648-1945, Stuttgart, Kohlhammer, 1991.
[20]
Voir l’introduction de Claude-Isabelle Brelot, « Conflits et déclassement : la légitimité de l’histoire des élites en question »,
Cahiers d’histoire, n° 4, 2000.
[21]
M. Schlenke,
Preussen-Ploetz…,
op. cit, p. 236.
[22]
Jean-Pierre Azéma, « La clef générationnelle »,
xxe siècle. Revue d’histoire, n° 22, 1989.
[23]
Ce que Raoul Girardet appelle « l’effet de contemporanéité » relie ceux qui appartiennent à la même tranche d’âge et se reconnaissent dans les mêmes codes et repères culturels. R. Girardet, « Du concept de génération à la notion de contemporanéité »,
Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 30, 1983, pp. 257-270.
[24]
Detlev Peukert,
Die Weimarer Republik, Francfort-sur-le-Main, 1987 (trad. française
La république de Weimar, Paris, Aubier, 1995, pp. 19-33).
[25]
Roger Chartier,
Au bord de la falaise. L’histoire entre certitudes et inquiétude, Paris, Albin Michel, 1998. En particulier le chapitre III « L’histoire entre récit et connaissance ».
[26]
Jürgen Kloosterhuis,
Archivarbeit für Preussen. Symposion der preussischen historischen Kommission und des Geheimen Staatsarchivs Preussischer Kulturbesitz aus Anlass der 400. Wiederkehr der Begründung seiner archivischen Tradition, Berlin, Selbstverlag des Geheimen Staatsarchivs Preussischer Kulturbesitz, 2000, pp. 423-440.
[27]
La notion, opérante pour décrire les mentalités observées en Allemagne, a surtout été mise en exergue dans le cas français : C. Charle,
Les hauts fonctionnaires…, op. cit. ; Pierre Bourdieu,
La noblesse d’État, Paris, Minuit, 1989 ; Christophe Charle, « Les grands corps »
in Pierre Nora (éd.),
Les lieux de mémoire, t. 3,
Les France, vol. 2,
Traditions, Paris, Gallimard, 1992, pp. 195-235.
[28]
Arlette Farge,
Le goût de l’archive, Paris, Seuil, 1989, p. 70.
[29]
Paul Veyne,
Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, 1971, pp. 70-99
[30]
Pour une utilisation « historienne » de ces logiciels, voir Jean-Luc Pinol et André Zysberg,
Le métier d’historien avec un ordinateur, Paris, Nathan, 1995.
[31]
Les résultats suivant sont tirés de Marie-Bénédicte Daviet-Vincent,
Servir le Reich
? Les élites administratives entre la Prusse et l’Allemagne, 1871-1933, thèse de doctorat d’histoire, université de Paris I, 2003.
[32]
Arno Mayer,
La persistance de l’Ancien Régime. L’Europe de 1848 à la Grande Guerre (1981), Paris, Flammarion, 1983. pp. 83-128.
[33]
Hervé Joly a par ailleurs montré pour la période 1933-1989 que les entreprises allemandes restaient globalement fermées aux membres de l’administration. Hervé Joly,
Patrons d’Allemagne. Sociologie d’une élite industrielle, 1933-1989, Paris, Presses de Sciences politiques, 1996.
[34]
Christophe Charle, « Le pantouflage en France (vers 1880-vers 1980) »,
Annales, économies, sociétés et civilisations, n° 5, 1987, pp. 1115-1137.
[35]
Pour le blocage des réformes pratiqué par la bureaucratie, voir Karl Dietrich Bracher,
Die Auflösung der Weimarer Republik (1955), Düsseldorf, Droste Verlag, 1984 ; Horst Möller,
Parlamentarismus in Preussen, 1919-1932, Düsseldorf, Droste Verlag, 1985.
[36]
Dieter Dowe, Jürgen Kocka, Heinrich-August Winkler (éd.),