Pour la seconde fois en quatorze ans d’existence et cinquante-sept numéros publiés, Genèses rompt avec le principe du dossier thématique en proposant un numéro Varia. Cette entorse passagère aux modalités ordinaires de sa présentation témoigne des difficultés à faire paraître chaque trimestre une revue scientifique exigeante envers elle-même et pour ses lecteurs. Genèses, rappelons-le, est une revue qui fonctionne sur un principe de pleine collégialité, mot poli pour dire débats, discussions parfois âpres mais toujours enrichissantes. Une revue qui repose aussi sur des dossiers thématiques, s’impose une ouverture internationale et n’existe que pour et par la transgression des frontières disciplinaires. Une revue enfin qui veut présenter les résultats de travaux originaux mobilisant systématiquement un matériel empirique n’est pas une machine qui peut ronronner. Ni une machine tout court. C’est ainsi que parfois, les articles proposés à la réflexion sont riches et féconds de pistes mais ne permettent pas de composer un dossier thématique. Ils sont pourtant nombreux et nous ne voulons pas faire trop attendre la publication à leurs auteurs.
Car si ce numéro ne respecte pas entièrement cette charte, il ne transige pas, en revanche, sur le caractère empirique et pluridisciplinaire des mémoires proposés. Ainsi Vincent Chambarlhac analyse les conditions d’élaboration, de mise en œuvre et les visées d’un produit intellectuel collectif et militant : l’Encyclopédie socialiste. Gwenaële Rot et François Vatin retracent les liens entre engagement politique et travail scientifique dans la trajectoire du sociologue Georges Friedmann. Cédric Parizot montre comment les Arabes israéliens ont appris à voter, soulignant une nouvelle fois le rôle central de la fraude comme outil d’appropriation des technologies électorales. Enfin, Pierre-Emmanuel Sorignet s’intéresse aux modalités du recrutement sur un marché artistique à travers le cas particulier de l’audition en danse contemporaine.
Autre spécificité forte de Genèses, ses rubriques, lieux de présentation et de discussion des outils, objets et débats qui structurent les sciences sociales. Deux d’entre elles intègrent cette livraison : d’une part, un « Savoir-faire » dans lequel Jean-François Laé et Philippe Artières nous donnent à lire une chronique retraçant leur enquête conjointe, d’autre part un « Point critique » où Pierre-Yves Saunier passe en revue quelques travaux récents consacrés à l’analyse du transnational. Dans la conjoncture actuelle de remise en question de la recherche hexagonale, peut-on se permettre de suggérer que la rubrique « Fenêtre », originellement dévolue à la présentation des milieux, institutions, programmes de la recherche en train de se faire, nous semble une tribune particulièrement adaptée à l’accueil de réflexions s’intéressant à d’autres manières et expériences, originales ou / et internationales, de faire des sciences sociales, ou de les voir se transformer ?
Enfin, ce numéro comprend une « Bibliothèque » beaucoup plus étoffée qu’à l’accoutumée. Deux raisons liées entre elles expliquent cet élargissement. Très prosaïquement, l’une tient à la volonté de remercier les auteurs de la confiance qu’ils nous ont accordée en publiant des comptes rendus en attente depuis trop longtemps. Au-delà, la seconde est liée à la volonté du comité de rédaction de donner une importance plus grande à cette rubrique en commandant des revues critiques qui, tout en conservant le principe du balayage disciplinaire, leur octroient une place plus conséquente et élargissent le champ chronologique des ouvrages commentés en s’ouvrant à des périodes jusque-là délaissées (de l’Antiquité aux travaux de modernistes). Afin de préserver l’équilibre disciplinaire de la rubrique, nous alternerons dorénavant l’ordre chronologique de présentation des comptes rendus.
Peut-être ce numéro est-il, une fois n’est pas coutume, l’occasion de réaffirmer quelques-uns des principes qui ont porté cette revue sur les fonts baptismaux.
Nicolas Mariot