Genèses
Belin

I.S.B.N.2701143802
172 pages

p. 5 à 25
doi: en cours

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Dossier : Genre et classes populaires

no 64 2006/3

Les vagabondes : des inconnues aux xve et xvie siècles ?

Bernard Dauven
Le but de cet article est de croiser le concept de genre avec une recherche historique : l’incrimination du vagabondage dans les Pays-Bas méridionaux aux xve et xvie siècles. Il existe un hiatus entre la pratique masculine de la répression du vagabondage et la mixité tant des réalités sociales que de la conception théorique des vagabonds, ce qui montre l’existence d’une coercition dont les modalités pratiques et donc les conséquences immédiates sont déterminées en fonction du genre. The aim of this article is to combine the concept of gender with historical research : the incrimination of vagrancy in the southern Netherlands in the 15th and 16th centuries. There was a hiatus between the male practice of repressing vagrancy and the mixing of the sexes both in social realities and in the theoretical conception of vagrants. This proves that coercion existed, and the practical methods and hence immediate consequences of it were determined by gender.« La plupart des ditz enfans masles [des familles pauvres] mendient et, pour non savoir mestier (pour n’avoir pas de formation), s’appliquent à larrecins et mal vivre [...], et plusieurs filles de la sorte des susdites [familles] s’appliquent à putasser, aller au bordeau et vivre oysivement. »
Tel est le tableau que dresse une ordonnance du milieu du xvie siècle à Dijon à propos des activités de la jeunesse déshéritée de la ville : les garçons mendient et volent, tandis que les filles se prostituent. La prostitution guetterait donc les femmes pauvres, plus encore que le vol ou la mendicité, davantage « réservés » aux hommes (Opitz 2002 : 399). Nos recherches à propos de l’incrimination du vagabondage dans les Pays-Bas méridionaux aux xve et xvie siècles, ne pouvaient manquer de nous faire remarquer cette disparité entre les hommes et les femmes. D’où l’intérêt de tenter une approche par le genre des résultats des études historiques sur le vagabondage (Gendrin 2004 : 61).« Le genre est un élément constitutif de rapports sociaux fondés sur des différences perçues entre les sexes, et le genre est une façon première de signifier des rapports de pouvoir ».(Scott 1988 : 141)
À la suite de Joan Scott, il faut insister sur l’aspect relationnel des identités masculine et féminine et souligner la dimension systématiquement construite de ces identités de genre. Ici, envisager le genre au sujet de la catégorie de vagabond permet de mieux comprendre les mécanismes historiques de construction de ce groupe social, voire, d’en découvrir des propriétés inaperçues (Degavre 2004 : 42).
• L’incrimination du vagabondage
• Présentation des sources
• Le vocabulaire : constat de la mixité
• La présence des femmes dans la justice criminelle
• La définition masculine du vagabondage
• La masculinité du monde de l’errance
• La moindre dangerosité des femmes ?
• Les accusations de sorcellerie et de prostitution
• Ouvrages cités


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