Géocarrefour
Assoc. des amis de la R.G.L.

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I.S.B.N.
96 pages

p. 243 à 253
doi: GEOC.824.0243

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Vol. 82 2007/4

2007 Géocarrefour Articles

Un nouveau parc naturel autour d’un vieux lac artificiel : les enjeux d’une Roumanie en transition dans les monts Apuseni  [*]

Gheorghe Åžerban Faculté de Géographie, Université „BabeÅŸ-Bolyai”, 5-7, rue Clinicilor, 400006, Cluj-Napoca, Roumanie, serban@geografie.ubbcluj.ro Laurent Touchart Département de Géographie, EA 1210 CEDETE, FLLSH - Université d'Orléans, 10 rue de Tours, BP 46527, 45 065 Orléans Cedex 2, France, laurent.touchart@univ-orleans.fr
Le centre des Monts Apuseni a constitué, grâce à sa diversité paysagère et ses vieilles traditions ethnographiques, le cadre favorable à la création d’un parc national roumain en 2005, [original par sa situation en dehors de l’arc des Carpates au sens strict, son caractère très récent et le développement spontané de sa partie nord-est. Le tourisme y est l’activité principale, fondé sur les curiosités naturelles karstiques et la folklorisation du peuple montagnard des Motsi. Au Nord-Est, cependant, la vallée du Somesul Cald a été ennoyée par la mise en eau du lac de barrage de Fântânele. La région s’est réorganisée autour de ce point focal par un maillage de villages et de réseaux de transport plus modernes. Depuis peu, la station nautique et celle de ski surplombant le lac se tournent vers de nouveaux investisseurs. A l’inverse des mises en réserves précédentes, c’est finalement la région la plus artificielle du parc qui devient la plus attractive, mais la gestion durable y est en péril. Un rééquilibrage géographique est nécessaire, par un élargissement vers le nord-est des limites du parc.Mots-clés : parc naturel national, lac de barrage, développement durable, tourisme, Roumanie. In 2006, the centre of the Apuseni MIn 2006, the centre of the Apuseni Mountains, with its diverse landscapes and ethnological traditions, provided a favourable framework for the creation of a national park in Romania. Its western situation outside the Carpathian Mountains (in a strict sense), its recent creation and the spontaneous nature of its development in the north-eastern part give it an original character. Tourism, based on the karstic landscapes and the ethnographic traditions of the Moti, is the main activity. However, in the north-east the flooding of the Somesul Cald valley following the construction of the Fantanele dam has led to the reorganisation of the region around this focal point, with a network of villages and a new transport system. Recently, the water sports resort and skiing facilities above the lake are seeking to attract new investors. Contrary to previous parks, it is the most artificial part of this park which has become the most ountains, with its diverse landscapes and ethnological traditions, provided a favourable framework for the creation of a national park in Romania. Its western situation outside the Carpathian Mountains (in a strict sense), its recent creation and the spontaneous nature of its development in the north-eastern part give it an original character. Tourism, based on the karstic landscapes and the ethnographic traditions of the Moti, is the main activity. However, in the north-east the flooding of the Somesul Cald valley following the construction of the Fantanele dam has led to the reorganisation of the region around this focal point, with a network of villages and a new transport system. Recently, the water sports resort and skiing facilities above the lake are seeking to attract new investors. Contrary to previous parks, it is the most artificial part of this park which has become the most attractive, but its sustainable development is in danger. A change in its geographical limits is necessary, with an extension towards the north-east.attractive, but its sustainable development is in danger. A change in its geographical limits is necessary, with an extension towards the north-east.Keywords : national park, reservoir, sustainable development, tourism, Romania.
Le développement des parcs naturels nationaux de Roumanie est une question géographique assez peu documentée. Il s’y croise pourtant des enjeux qui intéressent toute la Roumanie, comme l’importance des minorités nationales (Blanc, 1973 ; Rey, 1975, 1997) ou les liens entre les changements politiques et la préservation de l’environnement. La montagne, qui a joué un rôle considérable dans la construction de l’identité roumaine (Martonne,1902 ; Rey, 1996), y occupe une place de choix, puisque tous les parcs nationaux de ce pays s’y trouvent, à l’exception de celui des bouches du Danube. C’est la montagne qui a fourni les sites d’origine des premières formations politiques, puis des monastères, et qui a abrité jusqu’à aujourd’hui certaines populations particulières qui y avaient trouvé refuge. La problématique des identités nationales y est donc forte, si bien que, dans le cadre des parcs nationaux, la question de la résistance ou, au contraire, de la participation des populations locales à la gestion des aires protégées est particulièrement importante. De plus, la montagne, par son étagement biogéographique original, sa géomorphologie et ses systèmes de pentes, accentue les besoins de préservation environnementale.
Or, de tous les parcs naturels nationaux montagnards de Roumanie, celui des Apuseni, qui se dresse tout à fait à l’ouest du pays, est le seul à ne pas se situer dans l’arc des Carpates au sens strict. Cette originalité physique, déclinée dans sa variété paysagère, a été le fondement de la création du parc national le plus récent de Roumanie, dont la conception même a d’abord reposé sur le recensement des curiosités géomorphologiques. Dans ce contexte, la question doit se poser de la place de la population locale, les Motsi, à la fois, au départ, dans les critères de classement, et, ensuite, dans la conduite actuelle du parc des Apuseni. Mais les limites du parc englobent un lac de barrage assez ancien, dont l’héritage économique tend à se transformer depuis peu en valeur touristique. Il s’agit d’une rupture avec le développement initial du parc, puisque l’attraction provient ici de l’aménagement d’un réservoir artificiel s’opposant aux merveilles de la nature karstique, d’une construction contemporaine s’opposant à la vieille tradition ethnographique, de la qualité des infrastructures touristiques s’opposant à l’attrait de l’isolement et d’un territoire situé à la marge nord-est du parc s’opposant au cÅ“ur de l’aire protégée initiale. C’est le cheminement inachevé de ces transformations, révélatrices, par le lien renforcé de l’efficacité économique et de la préservation environnementale, d’une Roumanie en transition, qu’il importe de présenter ici, pour mesurer l’intérêt de nouvelles propositions d’élargissement du périmètre du parc en aval du plan d’eau.
 
Le parc des Apuseni : d’une conception géomorphologique à la prise en compte des activités humaines
 
 
Les années 1930 constituèrent le point de départ de la constitution des aires protégées de Roumanie, par la mise en place de la Commission de protection des monuments de la nature, la constitution de plusieurs réserves naturelles et la création, dès 1935, du premier parc naturel national, celui du Retezat. À partir des années 1950, de multiples études scientifiques eurent lieu sur le sujet et le nombre d’aires protégées augmenta. Cependant, le statut de réserve naturelle était privilégié sous le régime précédent, tandis que celui de parc naturel a été favorisé plus récemment. Aujourd’hui, les quelques 850 aires protégées, qui couvrent 1 250 000 hectares en Roumanie, sont avant tout des réserves naturelles, mais les onze parcs nationaux et cinq parcs naturels forment, pour la plupart, les structures les plus récentes et celles dans lesquelles la concertation est la plus aboutie. Cette propension a été renforcée par le projet Managementul conservarii biodiversitatii in Romania, qui, de 1999 à 2006, a insisté sur le développement de modèles de gestion des parcs et la croissance des liens avec les communautés locales. Les trois parcs sélectionnés, financés par la Banque mondiale, le gouvernement roumain et l’Administration nationale des forêts, étaient ceux de Piatra Craiuli, Retezat et Vânatori-Neamt, mais une attention nouvelle a ainsi été portée à tous les autres parcs et un élargissement ultérieur des recommandations est prévu.
C’est dans ce contexte que le parc naturel des Apuseni a été mis en place récemment, comme aboutissement d’une longue évolution. L’idée d’une aire protégée dans les monts Apuseni remontait aux années 1920, mais ce n’est que dans les années 1970 que fut publiée la première carte délimitant le périmètre de protection à prévoir. À partir du décret ministériel de 1990 créant le parc national des Apuseni, onze lois nationales et plusieurs décisions locales se sont succédées, en particulier la loi n°5/06.03.2000, concernant l’approbation du Plan d’aménagement du territoire national (Section III, Zones protégées), la décision gouvernementale de 2003 établissant les limites du parc et le décret n°1198/25.11.2005 du Ministère de l’environnement et de la gestion des eaux, traitant du régime des aires protégées.
Deux critères ont présidé à la création du parc naturel des Apuseni, en premier lieu l’attrait de paysages géomorphologiques spectaculaires, secondairement celui d’une montagne refuge aux fortes particularités ethniques, d’ailleurs en partie folklorisées. C’est le caractère physique qui a nettement dominé dans les causes de fondation, confirmé par les 48 réserves incluses dans le parc et qui lui préexistaient (tabl. 1). Trente six d’entre elles ont été classées pour des raisons strictement géomorphologiques, cinq pour un mélange géomorphologique et hydrologique, trois pour un mélange géomorphologique et glaciologique, trois pour un mélange géomorphologique et biogéographique et seulement une pour un ensemble biogéographique et rural.

No.ToponymeCause de classementNo.Cause de classementObservations
1MolhaÅŸul Maretourbière oligotrophe25Cheile MândruÅ£uluicanyon
2Peştera din Piatra Ponoruluigrotte karstique26Izbucul Mătişeştiexsurgence karstique
3PeÅŸtera Mare de pe Valea Fireigrotte karstique27PeÅŸtera Darniigrotte karstique
4PeÅŸtera VârfuraÅŸugrotte karstique28PeÅŸtera Poarta lui Ionelegrotte karstique
5Peştera Chişcău (Urşilor)grotte karstique29Peştera de sub Zgurastigrotte karstique
6Platoul Carstic Lumea Pierdutăplateau karstique30Izbucul Coteţul Dobreştilorexsurgence karstique
7Vârful Biserica MoÅ£uluicime calcaire31Izbucul PoliÅ£eiexsurgence karstique
8Groapa de la Bârsabassin karstique32Avenul din Åžesurigouffre
9Depresiunea Bălileasabassin karstique à dolines33PeÅŸtera Pojarul PoliÅ£eigrotte karstique
10Platoul Carstic Padişplateau karstique34Avenul de la Tăugouffre
11Poiana Florilorclairières35Hoanca Apeigrotte karstique
12Cetatea Rădeseigrotte karstique36Izbucul Tăuzuluiexsurgence karstique
13Săritoarea Bohodeiuluicascade37Avenul cu două intrărigouffre
14Pietrele Boghiicime calcaire38PeÅŸtera Hodobanagrotte karstique
15Valea SighiÅŸteluluicanyon39PeÅŸtera Huda Orbuluigrotte karstique
16Valea Galbeneicanyon40PeÅŸtera VârtopaÅŸugrotte karstique
17Cetăţile Ponoruluicomplexe karstique41Peştera Coiba Maregrotte karstique
18FâneaÅ£a Izvoarelor CriÅŸul Pietrosbassin karstique et pâturage42PeÅŸtera Coiba Micăgrotte karstique
19MolhaÅŸurile din Valea Izbucelortourbière oligotrophe43Avenul din Hoanca Urzicaruluigouffre
20Avenul Bortiguluigouffre44Cheile Albaculuicanyon
21Peştera Gheţarul Focul Viugrotte et glacier45Cheile Ordancusiicanyon
22Piatra Bulzuluiklippe calcaire46Cheile Gârdisoareicanyon
23Pietrele Galbeneiabrupt calcaire47PeÅŸtera GheÅ£arul de la Vârtopgrotte et glacier
24Groapa Ruginoasaméga-ravine48PeÅŸtera GheÅ£arul de la ScăriÅŸoaragrotte et glacier

La compréhension du parc passe donc d’abord par une conception géomorphologique dominante, celle des particularités des monts Apuseni, massif isolé à l’ouest de la Roumanie qui surgit entre la Grande Plaine hongroise et les plateaux de Transylvanie. La remarquable individualisation du massif ne pouvait que séduire l’école française de géographie régionale du début du siècle dernier, d’autant que, comme l’avait déjà noté le géographe polonais L. Sawicki (1912), le support physique en était un élément majeur. Cette moyenne montagne avait de ce fait été décrite par Emmanuel de Martonne (1922) en personne, mais ce dernier avait surtout délégué à Robert Ficheux (1928, 1933, 1938, 1996) l’étude de la grande diversité des unités géomorphologiques de ce massif eu égard à de si petites distances, dans des conditions de cloisonnement plus serré que dans les Carpates (Nordon, 1933). Les recherches roumaines elles-mêmes, qui se sont succédées sur ce lieu, ont confirmé et précisé le compartimentage paysager des Apuseni, fondé sur cette variété géomorphologique, tout en insistant, à la suite des travaux pionniers de Racoviţă, sur le caractère majeur du karst (Bleahu, Bordea, 1967, 1981 ; Cocean, 1984, 1988, 1995, 2000 ; Badea et al., 1983, 1987).
Le parc lui-même n’occupe, sur 75 784 hectares, que la partie centrale des monts, pour profiter de l’effet optimum des altitudes les plus élevées et des paysages les plus contrastés. C’est au cÅ“ur de cet espace désormais protégé que convergent trois groupes de montagnes, les monts de Bihor, où se situe l’altitude maximale de 1 849 m, les monts de Gilău et ceux de Muntele Mare (fig. 1). E. de Martonne (1931, p. 747) notait déjà que « l’histoire géologique est donc ici des plus compliquées. Elle explique une variété d’aspects qu’on n’attendrait pas d’un massif relativement peu élevé ». C’est sur cette diversité paysagère, elle-même appuyée avant tout sur la mosaïque pétrographique, qu’ont insisté les instigateurs du parc, issus pour la plupart de l’Administration nationale des forêts, dite Romsilva. Cette autorité était particulièrement sensible à la présence ici de l’une des dernières grandes forêts européennes couvrant un endokarst, mais des relais régionaux avaient été importants, notamment l’Institut de la recherche biologique de Cluj-Napoca et la Direction forestière d’Oradea.
Fig. 1 La situation géographique du parc naturel national des monts ApuseniAgrandir l'image Fig. 1 La situation géographique du parc naturel n...
Clichés C. Roman (2002)
L’attrait principal viendrait de la partie centrale et occidentale, c’est-à-dire de la zone sédimentaire dominée par les calcaires. Ici, en effet, en particulier sur le plateau PadiÅŸ, les paysages karstiques sont spectaculaires (Cocean, 2000), sous forme de lapiés, dolines, ouvalas, poljés, ponors, grottes, gouffres, abîmes, gorges et défilés. Ce sont avant tout ces formes de modelé qui ont été classées en réserve à l’intérieur du parc et qui marquent sa spécificité (tabl. 1). À l’opposé, le nord-est du parc, taillé dans les schistes cristallins et les granites, manque de formes frappant l’imagination, selon l’administration, le conseil consultatif et même le conseil scientifique, malgré de profondes vallées resserrées par des intrusions magmatiques. Cette dissymétrie d’attrait soi-disant intrinsèque, qui répond certes à une opinion mondiale selon laquelle les formes karstiques sont celles qui captent le plus l’attention du public (Salomon, 2006), pourrait pourtant être remise en question et il s’agit de l’une des propositions des auteurs.
En effet, au-delà d’une insistance forte sur les curiosités géomorphologiques, les autorités indiquent trois catégories territoriales à l’intérieur du parc, les « zones fonctionnelles », dont l’une admet l’intérêt social. Les premières, dites « zones protégées », réclament un effet anthropique considéré comme pratiquement absent. Tout est orienté vers la conservation de paysages pensés comme naturels, le biotope et la biodiversité qui s’y greffent, à laquelle certaines activités humaines traditionnelles peuvent d’ailleurs contribuer. Lesdites « zones de transition » forment des sortes d’auréoles-tampons qui doivent assurer le filtrage en direction des zones protégées. Enfin, la troisième catégorie spatiale est celle des « zones de développement durable des communautés ». Ici, outre la recherche scientifique et le travail de secours en montagne des équipes « Salvamont », aussi admises dans les zones précédentes, de nombreuses activités sont encouragées, parmi lesquelles, officiellement, la sylviculture, la chasse, la pêche, le pacage, l’extraction de la pierre, la construction traditionnelle et le tourisme. Il est vrai que le parc des Apuseni, avec ses 10 000 habitants, est l’un des plus peuplés de Roumanie, et comptant déjà 300 000 visiteurs par an, il possède une attractivité certaine.
En conclusion, le parc des Apuseni, dernier né des parcs nationaux roumains, a vu sa création reposer, comme pratiquement tous les autres, sur la valeur des paysages naturels. Deux originalités le distinguent cependant à cet égard. D’une part, les critères n’ont pas été biologiques, mais géomorphologiques. D’autre part, il ne se trouve pas dans la partie la plus élevées de l’arc des Carpates au sens strict, mais dans une moyenne montagne, détachée à l’ouest du pays, bien qu’elle soit aussi dite des Carpates occidentales. Dans ce contexte, on attend du tourisme qu’il fédère les autres activités, dans le sens où il doit répondre à la fois à la propension paysagère qui a présidé à la création du parc et aux richesses culturelles issues de l’isolement montagnard, que la préservation des traditions est sensée garder intactes.
 
Le tourisme, une activité fédératrice ?
 
 
Le cÅ“ur du parc ne compte pratiquement pas de structures touristiques d’hébergement, lesquelles se concentrent dans les installations héritées de la période socialiste situées dans la zone périphérique du parc. Le reste de la fréquentation se partage entre les visites de quelques heures et les nuitées informelles. Un projet a été lancé par l’administration locale et des investisseurs privés, de construire une grande station de 8 000 places d’hébergement qui fonctionnerait toute l’année. Elle serait située à PadiÅŸ, au centre du parc, et bouleverserait les conditions actuelles mais, à l’instar de la lutte contre la mine d’or de RoÅŸia Montană située juste en dehors des limites du parc, elle est combattue par les scientifiques et les écologistes, bien que les promoteurs pressentis se soient engagés à utiliser le bois comme matériau principal et à faire des constructions à nombre d’étages réduit. Il est vrai que la fréquentation actuelle, constituée aux trois quarts de Roumains et pour un quart d’étrangers, est celle d’une clientèle jeune, intéressée aux questions environnementales et peu encline à rechercher les commodités.
Les guides touristiques roumains insistent très fortement sur les curiosités naturelles des monts Apuseni (Bleahu, Bordea, 1981), voire sont écrits par des auteurs eux-mêmes géomorphologues (Cocean, 1995). D’après eux, les sites les plus attractifs sont les petites masses de glace relictuelle piégées dans les grottes karstiques. L’air froid, plus dense, s’accumule ici dans une atmosphère confinée, qui permet le maintien de minuscules glaciers dans des conditions climatiques actuelles pourtant beaucoup trop chaudes. C’est le cas des grottes suivantes : PeÅŸtera GheÅ£arul de la Vârtop, PeÅŸtera GheÅ£arul de la ScăriÅŸoara, PeÅŸtera GheÅ£arul Focul Viu (photo 1). Malgré leur classement en réserve, un tourisme qui n’est pas toujours guidé accentue leur rétraction par des visites nombreuses et un certain piétinement. Parmi les autres paysages spectaculaires, les petits lacs karstiques sont souvent mis en avant. Ainsi, les laquets de doline, alimentés par de l’eau de pluie, prennent une couleur souvent brune et évoluent parfois en tourbières, comme le Tăul Vărăşoaia (photo 1).
Photo 1 : Les curiosités karstiques classées du Plateau PadiÅŸ : la grotte et la glace fossile GheÅ£arul Focul Viu Agrandir l'image Photo 1 : Les curiosités karstiques classées du Pl...
Clichés C. Roman (2002)
Photo 1bis : Les curiosités karstiques classées du Plateau PadiÅŸ : le lac de doline de Vărăşoaia Agrandir l'image Photo 1bis : Les curiosités karstiques classées du...
Cliché C. Roman (2005)
En retrait dans les présentations faites de l’intérêt touristique du parc, les curiosités ethnographiques occupent la seconde place. Ouvert aux influences d’ouest, douces et humides, le massif des Apuseni (étymologiquement les monts du Couchant) se couvre de hêtres jusqu’à plus de 800 m, remplacés plus haut par des conifères. Peu défrichées, ces forêts, dont l’ampleur était déjà soulignée par Reclus (1874), ont servi de refuge au peuple des Motsi, sans doute parmi les descendants des Daces les moins romanisés du pays. Concentrant les rares cultures d’orge et pommes de terre ainsi que l’élevage dans les clairières, ce peuple montagnard a établi ici une véritable civilisation du bois. Les habitants produisent des baquets, des tonneaux, des escaliers, dans des hameaux à l’architecture préservée, et, plus généralement, font preuve d’une telle habileté dans l’usinage du bois (photo 2) que cette société est devenue célèbre à ce sujet dans tout le pays. Ainsi, même pour la Roumanie qui, en tant qu’État dont plus du dixième de la population se déclare d’une nationalité autre que roumaine (Rey et al., 2000), offre de nombreux exemples de populations à l’identité marquée, le cas des Motsi reste remarquable.
Photo 2 : Une civilisation rurale traditionnelle : scie mécanique sur le plateau PadiÅŸAgrandir l'image Photo 2 : Une civilisation rurale traditionnelle :...
Cliché C. Roman (2005)
Photos 2bis : Une civilisation rurale traditionnelle : élevage sur le plateau PadiÅŸAgrandir l'image Photos 2bis : Une civilisation rurale traditionnel...
Clichés I. Roman (1976) et G. Åžerban (2005)
Fier de ses particularités, de son repliement historique, de ses célèbres révoltes paysannes, le peuple des Motsi trouve ici une ouverture vers le tourisme. Certes, le pouvoir précédent avait parfois été tenté par une certaine instrumentalisation des particularités identitaires pour asseoir un État fort et le risque de muséification n’est pas à exclure Ce danger est d’ailleurs bien plus ancien et R. Ficheux (1927) déplorait déjà que la célèbre Foire aux Filles de Muntele Găina ne fût altérée par l’afflux des touristes. Aujourd’hui, cette fête est tout autant l’occasion initiale d’échanges de produits (et jadis de rencontres et de mariages de ce fait non consanguins) entre les montagnards des différentes vallées que de la vente touristique plus récente d’ouvrages artisanaux en bois. Mais il semble que des garanties d’un développement harmonieux sans folklorisation prononcée soient données. En effet, la valorisation moderne et économique de certaines activités traditionnelles est effective à l’intérieur du parc : c’est le cas de la commercialisation internationale récente de l’Arnica montana, plante cueillie par la population dans des aires délimitées par les autorités du parc, séchée selon les anciens us, mais vendue à une entreprise pharmaceutique suisse à un prix soutenu par son éco-certification. En outre, des élus représentent les Motsi à la fois dans les structures nationales et départementales pour veiller à l’adéquation entre le parc naturel et le respect de l’authenticité populaire. Les quinze emplois de gardes forestiers du parc leur sont d’ailleurs réservés en priorité. Pour autant, six des quinze postes créés en 2005 n’ont toujours pas été pourvus faute de candidat (situation en mars 2007, comm. or. M. Vlaicu) et la question de la participation active de la population locale au fonctionnement du parc reste donc posée.
Enfin, de grands lieux symboliques Motsi restent hors du parc. Il en est ainsi du musée ethnographique de LupÅŸa qui, avec ses belles collections d’objets en bois, se trouve à 30 km en aval du parc et où A. Kerjean (2007, p. 85) note que, en matière de prix, « les nouveaux standards européens ne sont pas encore parvenus ». Il en est de même de la Foire aux Filles, qui continue, tous les mois de juin, d’avoir lieu sur la commune d’Avram Iancu, juste au sud de la limite de l’aire protégée. D’ailleurs, la frontière méridionale du parc, qui suit le tracé de la rivière ArieÅŸ, coupe en deux le pays Motsi, dont la seule partie septentrionale appartient à l’aire protégée, confirmant ainsi le caractère secondaire de l’ethnographie dans les critères de classement.
En conclusion, les curiosités géomorphologiques fournissent en grande partie une consommation touristique confinant à la mise sous cloche de quelques petits morceaux paysagers spectaculaires. Les curiosités ethnographiques s’accompagnent quant à elles d’une consommation dont le risque, non avéré, serait de solenniser le développement coutumier d’une population montagnarde originale. Face à ces deux branches actuelles, un tourisme actif peut prendre son essor, qui conduit à des recompositions dynamiques et à la création de nouvelles structures.
 
La région du lac de barrage de Fântânele et le renversement de la conception du parc
 
 
La création du lac et les modifications physiques : un faible impact environnemental
Favorisé par l’écoulement permanent de cette partie cristalline des monts Apuseni, ce fut en 1965 que débuta l’aménagement hydraulique du bassin fluvial du SomeÅŸ Chaud (SomeÅŸul Cald), où les barrages pouvaient prendre appui sur les pointements magmatiques rétrécissant les vallées (Pop, 1996 ; Åžerban,1999). Le troisième et dernier lac artificiel, le Fântânele, fut mis en eau en 1976 (photo 3).
Photo 3 Le barrage de Fântânele pendant et après sa constructionAgrandir l'image Photo 3 Le barrage de Fântânele pendant et après s...
Les données de 1976 sont celles de l’ingénieur en charge du projet hydrotechnique, celles de 2000 sont issues de mesures inédites de G. Åžerban à l’écosondeur et de traitement SIG.
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Les données de 1976 sont celles de l’ingénieur en charge du projet hydrotechnique, celles de 2000 sont issues de mesures inédites de G. Åžerban à l’écosondeur et de traitement SIG.
Le bouleversement a été celui réalisé ordinairement lors de la construction d’un lac artificiel. Entre les valeurs d’origine et les données actuelles, les différences morphométriques entrent dans la fourchette classique de remodelage des littoraux lacustres par abrasion des sortants et accumulation dans les rentrants (tabl. 2). Les profils bathymétriques (fig. 2) montrent que la partie aval a peu bougé en 24 ans. L’amont du lac a, en revanche, subi des transformations plus prononcées, avec une forte accumulation deltaïque à l’entrée des tributaires de régime torrentiel. Au total, l’ennoiement de la vallée encaissée sur environ 8 km² a peu modifié le paysage (Schreiber et al., 1987) et la régularisation des rives s’est effectuée à une vitesse habituelle.
Fig. 2 Profils bathymétriques du lac de barrage de FântâneleAgrandir l'image Fig. 2 Profils bathymétriques du lac de barrage de...
Les données de 1976 sont celles de l’ingénieur en charge du projet hydrotechnique, celles de 2000 sont issues de mesures inédites de G. Åžerban à l’écosondeur et de traitement SIG.
Mesures : autorités du barrage et G. Åžerban ; conception G. Åžerban ; réalisation G. Åžerban et L. Touchart

Tableau 2
Caractère morphométrique19762000
Superficie (km2) 8,157,9567
Longueur (km)19,1318,95
Largeur moyenne (m)426,03393,14
Largeur maximale (m)748,00749,50
Profondeur moyenne (m)26,8726,09
Profondeur maximale (m)88,0085,40
Volume (millions de m3)219207,59

Sur le plan hydroclimatologique, l’apparition de brouillards, la formation d’un écosystème lentique, le changement du régime des niveaux d’eau (Sorocovschi, 1987), ont été les principales transformations.
Finalement le problème écologique essentiel concerne les résidus abandonnés sur place lors de la construction. Ces morceaux de bois, blocs de béton, câbles et autres déchets métalliques ont été ennoyés et le lac ne les a fait disparaître qu’en apparence. Mais il s’agit déjà là d’une question anthropique.
La création du lac et les modifications humaines : une réorganisation sociale
Deux localités, BeliÅŸ et GiurcuÅ£a de Jos, qui étaient dans le lit de la rivière en passe d’être ennoyé, furent abandonnées, laissant ainsi un certain patrimoine culturel et religieux sous les eaux (photo 4). Leurs habitants furent transférés, d’une part vers les villages existants situés hors de la zone inondée, d’autre part vers une création ex nihilo, le Nouveau BeliÅŸ.
Photo 4 : Les ruines de l’église de l’ancien village de BeliÅŸ sous les eaux du lac FântâneleAgrandir l'image Photo 4 : Les ruines de l’église de l’ancien villa...
Cliché L. Touchart (2005)
Agrandir l'image 2
Cliché L. Touchart (2005)
Ce village neuf se caractérise par un urbanisme très différent de celui des localités anciennes. Ici, l’habitat est groupé, et non dispersé comme sur les autres finages. L’architecture se distingue par des toits très penchés, favorables à l’évacuation des fortes précipitations, mais peu adaptés aux vents violents auxquels résistent bien les maisons traditionnelles (photo 5). Quoi qu’il en soit, il fallut s’accommoder d’un emplacement plus haut en altitude, plus exposé et où l’accès à l’eau était moins aisé qu’en fond de vallée. En outre, des pertes financières furent subies par certains habitants, le gouvernement de l’époque n’ayant pas compensé entièrement la construction des nouveaux immeubles.
Photo 5 : Le Nouveau BeliÅŸ, une architecture récente atypiqueAgrandir l'image Photo 5 : Le Nouveau BeliÅŸ, une architecture récen...
Conception L. Touchart et G. Åžerban, réalisation L. Touchart
Pourtant, le changement fut aussi en grande partie positif, en particulier concernant les infrastructures. L’ancien réseau de chemins ayant été coupé par les eaux, un ensemble de routes plus importantes, de construction moderne, permit une circulation plus rapide et, pour la première fois dans ce massif isolé, une liaison efficace avec les régions voisines (fig. 3).
Fig. 3 : Le barrage de Fântânele et la réorganisation du nord-est du parcAgrandir l'image Fig. 3 : Le barrage de Fântânele et la réorganisat...
Remarquer l’importance de la zone découverte par le marnage.
Et si la partie la plus artificielle du parc devenait sa principale attraction naturelle ?
Le lac de barrage, le Nouveau BeliÅŸ et les versants escarpés proches sont devenus l’endroit où le tourisme est le plus dynamique du parc et où les possibilités de progression sont les plus importantes. Le point de départ en fut l’ensemble des maisons construites pour les travailleurs qui ont participé à l’édification du barrage. Celles-ci furent transformées en villas et hôtels formant le noyau de la nouvelle station de villégiature de Fântânele dès le début des années 1980. Depuis, le Nouveau BeliÅŸ et la station de Fântânele offrent des possibilités d’hébergement, privatisées par le nouveau régime en 1990 sous forme de la société S.C. Turism Transilvania S.A., dans des normes de confort uniques dans les limites du parc. L’offre consiste en deux restaurants, un café et 198 logements de vacances disponibles, répartis en trois immeubles. La plupart des touristes viennent en été afin de pratiquer les sentiers de randonnée autour du lac et, éventuellement, de profiter des excursions nautiques du bateau de 14 places appartenant à la société. En revanche, le tourisme balnéaire est presque inexistant, freiné par la température froide du plan d’eau situé à 991 m d’altitude en remplissage normal. Il est très rare que les 20 °C soient atteints au cÅ“ur de l’été (Åžerban, 1997). L’importance du marnage, dû au turbinage, est aussi un inconvénient pour la baignade (photo 6).
Photo 6 Le lac Fântânele, un tourisme de randonnée plutôt que balnéaire. Agrandir l'image Photo 6 Le lac Fântânele, un tourisme de randonnée...
Remarquer l’importance de la zone découverte par le marnage.
Les statistiques fournies par la société Turism Transilvania concernant les cinq années allant de 1993 à 1997, ont permis de dénombrer dans les locaux touristiques officiels et déclarés une moyenne annuelle de 648 touristes (dont 35 étrangers, soit 5 %) effectuant un séjour en général court, soit, au total, 1 317 nuitées par an, mais avec une diminution d’année en année sur la période (Åžerban, 2001). Sur cette tranche de temps, 52 % des touristes venaient de mai à août et 35 % pour les seuls mois de juillet et août. Depuis 1998, la société ne publie plus de statistiques. Nos enquêtes partielles montrent que la diminution des nuitées se serait poursuivie jusqu’en 2000, en lien avec la baisse du niveau de vie roumain, puis le tourisme aurait crû de nouveau, sans atteindre pour autant les chiffres de 1990. Mais l’augmentation, difficile à chiffrer, concernerait surtout un tourisme parallèle aux structures déclarées.
Depuis 1990, en effet, la construction de cabanes, et même de villas, se multiplie tout autour du lac et leur contrôle, de même que la question de l’évacuation des eaux usées, est un réel problème à résoudre pour les nouvelles autorités du parc. De 2002 à 2007, nous avons pu dénombrer 50 % de constructions supplémentaires, qui ne sont pas recensées à la Direction Départementale de la Statistique. Certes, il s’agit d’un mouvement généralisé sur le territoire roumain pendant cette période, du moins là où les plus gros investisseurs ne s’impliquent pas, faute de bénéfices suffisants attendus. Mais cela pose des problèmes accrus dans le cas d’un parc naturel. En effet, ces cabanes disposent, pour 45 % d’entre elles, d’installation d’alimentation en eau improvisées par le captage de sources. Le drainage des eaux usées correspond au mieux à une fosse septique, mais il n’y a aucun réseau les collectant. Les nouvelles normes, déposées très récemment au Moniteur Officiel par les autorités du parc, devraient permettre d’avoir les fondements juridiques pour endiguer la marée de constructions non déclarées. Il serait utile aussi de centraliser les eaux usées et les raccorder aux bassins de décantation et de traitement sommaire des bâtiments officiels de la société. La construction d’une station d’épuration moderne devrait être une action prioritaire.
Outre l’occupation estivale, la principale, un développement tout aussi prometteur que risqué réside dans les prémices d’une station de sports d’hiver juste au-dessus du barrage. Une piste de ski et un télésiège avaient d’abord été mis en place en 1985, mais ils ont été abandonnés dès 1991 à cause d’un tapis neigeux trop fantasque et, surtout, d’un manque d’investissements. Depuis, les arbres ont commencé à recoloniser la piste (photo 7). Les câbles, les sièges et certains pylônes ont été démontés de manière frauduleuse. Pourtant, la clientèle potentielle existe. Aujourd’hui, les stations de ski roumaines sont trop concentrées, non seulement les plus grandes d’entre elles, toutes situées dans les Carpates méridionales au sud de BraÅŸov, mais aussi les plus petites, au sud de Sibiu et plus à l’ouest. Comme il s’agit [ici] de la seule station de ski de l’ensemble du département de Cluj, l’intérêt de la réouverture est évident, non seulement économique, avec des investissements européens pressentis, s’appuyant sur la mise en place de canons à neige, mais aussi écologique. En effet, la situation actuelle, qui est celle d’aménagements sauvages de mini-pistes de ski de manière désorganisée et opportuniste, serait améliorée par la réouverture de la seule grande piste et d’une station officielle, de périmètre strict et défini.
Cliché C. Roman (2003)Agrandir l'image Cliché C. Roman (2003)
La région du lac de barrage de Fântânele a donc une vitalité qui dépasse celle des autres régions du parc. C’est aussi la seule, à part les polémiques concernant le projet de la station de PadiÅŸ, à présenter des conflits d’usage entre les tenants d’un développement économique fort et ceux qui souhaiteraient une gestion plus écologique de cette région. Ici, les scientifiques et les écologistes, souvent les plus jeunes et à travers le tissu associatif, ne s’opposent pas aux « magnats » de Bucarest, à l’inverse par exemple de Poiana BraÅŸov, mais aux notables de Cluj. La question du tourisme sauvage est l’une des clefs de ces conflits.
 
Pour un rééquilibrage géographique du parc
 
 
Le parc des Apuseni souffre, selon notre analyse, d’un déséquilibre géographique entre, d’une part, les parties calcaires, mises en réserve pour leurs curiosités géomorphologiques et dont le sud-est se fige dans le tourisme ethnographique et, d’autre part, les parties cristallines, qui ne reçoivent pas d’attention paysagère et attendent un fort essor touristique selon des logiques peut-être peu compatibles avec le développement durable. Les auteurs proposent un rééquilibrage géographique, avec une focalisation sur le nord-est, autour et en aval du lac Fântânele. Non seulement cette région doit recevoir une attention nouvelle, dans une optique de gestion durable. Mais nous suggérons aussi de créer ici un nouveau foyer d’intérêt qui serait complémentaire des curiosités karstiques de la partie centrale et contrebalancerait leur attrait. D’où l’idée d’un agrandissement du Parc naturel des Apuseni (fig. 4).
Conception et réalisation L. TouchartAgrandir l'image Conception et réalisation L. Touchart
Il s’agirait d’y inclure, d’une part le défilé du SomeÅŸ Chaud en aval du barrage Fântânele jusqu’à la petite dépression de MăriÅŸel Colonie (photos 8), d’autre part le bassin supérieur de la rivière Răcătău, affluent du SomeÅŸ Froid (SomeÅŸul Rece) jusqu’au captage. Cette région comporte quelques espèces floristiques rares et un remarquable petit lac de barrage naturel dans le premier cas, une faune originale dans le second cas, dont une partie est d’ailleurs déjà protégée par la mise en réserve des ours de Răcătău depuis 1993, hors les limites du parc actuel. Le tourisme international y est très sensible, puisque la Roumanie est connue pour abriter 60 % des ours du continent européen.
Cliché C. Roman (2001)Agrandir l'image Cliché C. Roman (2001)
L’ensemble forme un paysage cristallin coupé de gorges peu accessibles, aujourd’hui sans chemin. Les villages typiques sont sur le plateau granitique lui-même, dans une position isolée et sans communication entre eux (photo 9). Cet encaissement de gorges sauvages, sombres, dans un plateau humanisé, ensoleillé, est favorable à un classement de l’ensemble équilibrant les critères physiques et anthropiques. E. de Martonne (1922, p. 335) avait déjà magnifiquement décrit ce paysage contrasté : « Tandis que, en suivant les vallées, on a l’impression de s’enfoncer dans une sauvage solitude forestière, de tous les points élevés, on voit, dans toutes les directions briller les toits des maisons dans les clairières verdoyantes encadrées de bouquets de sapins ».
Cliché G. Åžerban (2005)Agrandir l'image Cliché G. Åžerban (2005)
Il sied maintenant à la fois d’améliorer les infrastructures et de préserver l’environnement de cette région en profitant de l’image et de l’appui juridique du parc naturel élargi. L’un des deux auteurs (G. Åžerban) milite depuis 1993, d’abord en tant qu’ingénieur à l’Autorité nationale des eaux roumaines puis, depuis 1996, en tant qu’universitaire, pour la reconnaissance de la valeur environnementale de cette région. La création du parc en 2005 permet un nouvel écho. La réserve des ours (Împărăţia lui Zamolxe) n’est en effet pour l’instant reconnue que par l’Autorité nationale des forêts (Romsilva). Il conviendrait donc d’obtenir une reconnaissance complète, une intégration dans le parc, un nouvel intérêt pour cette partie moins peuplée que le bassin de l’ArieÅŸ, bref un rééquilibrage géographique.
 
Conclusion
 
 
Le parc national roumain des Apuseni a été créé, comme nombre de ses homologues de par le monde, sur des critères avant tout physiques. Pourtant ici, contrairement à l’habitude répandue du fondement biologique, qui serait logique pour un parc dépendant directement de l’Administration nationale des forêts, c’est la géomorphologie qui a donné naissance à cet espace protégé. Le tourisme, en tant qu’activité principale du parc naturel, s’appuie à la fois sur les curiosités karstiques, mises en réserve, et sur la richesse ethnographique des traditions Motsi. Pourtant, au nord-est, une exception se fait jour, autour du lac de barrage de Fântânele. Endroit le plus artificialisé du parc, c’est ici que se développent une station touristique estivale de randonnée et de nautisme et l’amorce d’une station hivernale de sports de glisse avec comme point d’appui les possibilités d’hébergement d’un village nouveau et le réseau moderne de routes récentes qui désenclavent la région. Un renversement des priorités de protection semble s’effectuer ici au profit d’un essor économique réel. Les auteurs proposent un rééquilibrage géographique des différentes parties du parc et un élargissement des limites de celui-ci vers le nord-est. La résonance internationale d’un article publié dans une revue scientifique occidentale, transmis aux autorités du parc, se veut être en soi un acte volontaire d’aménagement du territoire et de géographie appliquée appuyant ces nouvelles propositions.
 
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NOTES
 
[*]Remerciements Les recherches limnologiques de G. Åžerban ont été possibles grâce au matériel de l’Université BabeÅŸ-Bolyai de Cluj-Napoca. Le séjour de recherche de L. Touchart dans les monts Apuseni en avril 2005 a été financé par le contrat Aquadoc (Office international de l’eau). Les deux auteurs remercient bien vivement C. Roman (Autorité nationale des eaux) pour la logistique du travail de terrain, ainsi que M. Vlaicu (université d’Oradea) pour la relecture critique du manuscrit et les informations inédites apportées.
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Remerciements Les recherches limnologiques de G. Åžerban ont...
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Fig. 1 La situation géographique du parc naturel national des monts Apuseni
Photo 1 : Les curiosités karstiques classées du Plateau PadiÅŸ : la grotte et la glace fossile GheÅ£a...
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Photo 1bis : Les curiosités karstiques classées du Plateau PadiÅŸ : le lac de doline de Vărăşoaia
Photo 2 : Une civilisation rurale traditionnelle : scie mécanique sur le plateau PadiÅŸ
Photos 2bis : Une civilisation rurale traditionnelle : élevage sur le plateau PadiÅŸ
Photo 3 Le barrage de Fântânele pendant et après sa construction
Fig. 2 Profils bathymétriques du lac de barrage de Fântânele
Photo 4 : Les ruines de l’église de l’ancien village de BeliÅŸ sous les eaux du lac Fântânele
Photo 5 : Le Nouveau BeliÅŸ, une architecture récente atypique
Fig. 3 : Le barrage de Fântânele et la réorganisation du nord-est du parc
Photo 6 Le lac Fântânele, un tourisme de randonnée plutôt que balnéaire.
Cliché C. Roman (2003)
Conception et réalisation L. Touchart
Cliché C. Roman (2001)
Cliché G. Åžerban (2005)