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Géocarrefour

2013/3 (Vol. 88)


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Dans cet ouvrage, Valérie Sala Pala interroge les politiques du logement social vues au travers des discriminations ethniques, en France à Marseille et au Royaume-Uni à Birmingham. Cette approche comparative permet d'éclairer l'expérience française au prisme des Race and housing studies, développées en Grande Bretagne dans les années 1960-1980 ; ces études s'attachent à analyser l'existence de discriminations liées à l'origine dans les modes de logement des populations. En opérant ce croisement, l'auteure interroge le « modèle français de discrimination », et s'attache à remettre en cause une analyse « colour blind » des situations d'inégalités. L'approche comparative opère un mouvement de balancier constant entre les deux terrains ; elle permet ainsi une mise en perspective des contextes nationaux avec des situations et pratiques locales. Se fondant sur une enquête qualitative menée dans les années 2000, cette analyse donne à voir sur les deux terrains une situation d'inégalités importantes dans l'accès au logement social pour les groupes minorisés. Par l'exercice de la comparaison franco-britannique, l'ouvrage de Valérie Sala Pala semble s'inscrire en écho à d'autres travaux français de sciences sociales qui interrogent le modèle français à l'aune de son voisin anglo-saxon, notamment pour interroger les politiques relatives aux quartiers populaires et la place de leurs habitants ethnicisés. Elle renouvelle néanmoins ces approches en déplaçant le questionnement relatif au rôle de l'immigration vers l'analyse de la construction de catégories ethniques par l'action publique. Cet ouvrage apporte ainsi une réflexion utile autant que rigoureuse sur les enjeux de l'ethnicisation, à savoir la constitution des catégories ethniques comme des « référents déterminants de l'action et dans l'interaction », suite à l'attribution d'une origine réelle ou supposée à un groupe social ou une personne.

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Après une première partie qui s'attache à replacer cette question dans le contexte bibliographique anglais et français et à définir un cadre théorique distinguant ce qui relève de processus de racialisation, d'ethnicisation ou de discrimination, l'analyse se concentre dans une seconde partie sur le processus d'attribution des logements sociaux. Elle établit ainsi les différents facteurs d'inégalité dans l'accès au logement des groupes ethnicisisés. Il ressort par exemple de l'analyse du cas britannique que des dispositifs légaux – comme l'introduction d'une politique municipale de dispersion des ménages « coloured » dans les logements – ont participé à limiter l'accès des groupes ethnicisés au logement social. A Birmingham, malgré la promotion récente d'une politique de lutte contre les discriminations ethniques initiées autrefois par l'institution, des inégalités d'accès au logement social perdurent encore du fait des pratiques des acteurs. Marqué par une apparition relativement récente du concept de discrimination dans les politiques publiques, le contexte français est examiné au filtre du paradigme universaliste qui entre en contradiction avec les injonctions à la mixité sociale qui se traduisent parfois en termes de « seuils de tolérance ». Ces objectifs contradictoires affectent particulièrement le travail des agents de terrains dont la marge d'appréciation participe de pratiques formelles ou informelles de discriminations ethniques, du fait notamment d'une grande autonomie des organismes locaux dans les attributions de logements sociaux.

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Malgré la différence d'appréhension de la question en France et au Royaume-Uni – l'une étant aveugle à l'ethnicisation, et la seconde mettant en œuvre des politiques de lutte à son encontre – l'auteure fait le constat dans les deux cas d'une construction de frontières ethniques par les acteurs locaux au motif d'exercer une bonne gestion. Cette analyse valide ainsi l'intérêt d'interroger les modalités d'action des acteurs des politiques publiques au filtre des dominations opérées, qu'elles concernent l'origine, le genre, ou la catégorie socio-économique.

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Dans une troisième partie, l'analyse des politiques de lutte contre les discriminations dans l'accès au logement dresse le constat d'une insuffisance d'effets réels. Par exemple, à Birmingham, le modèle différencialiste conduit les acteurs à interpréter les discriminations comme des effets de facteurs culturels et invisibilise les processus de domination à l'œuvre. Elle interprète par ailleurs l'absence de suivi quantitatif des inégalités ethniques en France comme un effet du paradigme universaliste.

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Par cet ouvrage portant une analyse rigoureuse sur les inégalités d'accès au logement social des groupes minoritaires, Valérie Sala Pala ouvre plus largement la voie d'une réflexion sur les modalités de lutte contre les discriminations ethniques dans les politiques publiques. Elle propose ainsi un outillage théorique pour permettre d'en penser les différentes modalités. En outre, elle interroge l'opacité de ce mode de distribution de la ressource rare que constitue l'objet logement social, ainsi que les ambiguïtés de son ambition redistributive. En abordant les effets des approches libérales sur les politiques du logement, cet ouvrage souligne les effets aggravants sur les discriminations d'un contexte de réduction progressive de la place du logement social, qu'il repose sur une privatisation au Royaume-Uni ou qu'il soit le résultat des injonctions à la mixité sociale en France.

Pour citer cet article

Roche Elise, « Valérie Sala Pala, 2013, Discriminations ethniques. Les politiques du logement social en France et au Royaume-Uni », Géocarrefour, 3/2013 (Vol. 88), p. 243-244.

URL : http://www.cairn.info/revue-geocarrefour-2013-3-page-243.htm


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