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Géocarrefour

2013/4 (Vol. 88)


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Les polders couvrent 15 000 km² en Europe du Nord-Ouest et les premiers endiguements datent du XIe s. Cette entreprise historique de conquête de terres sur les mers a pourtant été stoppée dans les années 1970-1980, sauf en Grande-Bretagne et en Allemagne où des endiguements ont été réalisés jusque dans les années 1990. Depuis on assiste à un processus de dépoldérisation qui constitue un changement remarquable dans l’histoire des relations entre les sociétés humaines et les espaces littoraux. C’est cette remise en question du modèle d’un espace littoral construit, organisé, d’où la nature spontanée est exclue, qui constitue le sujet de l’ouvrage de Lydie Goeldner-Gianella. La réflexion comporte trois volets.

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L’auteur replace tout d’abord la dépoldérisation dans son contexte historique en rappelant, d’une part, qu’elle succède à dix siècles d’endiguement de marais maritimes et estuariens et, d’autre part, que ces gains de terre étaient réalisés, selon les lieux et les périodes, à des fins alimentaires, démographiques, défensives et hygiénistes. L’avènement des mouvements de protection de la nature combiné, d’une part, au développement du modèle agricole productiviste qui, dès les années 1950, poussa à l’abandon des petits polders et, d’autre part, à la mise en jachère encouragée par la Politique Agricole Commune (PAC), a peu à peu remis en question l’utilité de la poldérisation et changer la représentation sociale des polders. Toutefois, le processus est juste engagé puisqu’à ce jour seuls 100 km2 avaient été reconquis par la mer.

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Dans une seconde partie, l’auteure aborde la question des fondements de la dépoldérisation, qu’elle juge paradoxaux mais rationnels. Quels sont-ils et qu’est-ce qu’une dépoldérisation réussie ?

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C’est d’abord l’accroissement de la biodiversité au moyen de restauration ou de la renaturation des littoraux humides au très fort potentiel écologique comme tous les écotones. Cela ne concerne pour l’instant que 80 des 100 km² dépoldérisés soit 80 % des zones abandonnées à la mer.

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C’est ensuite la nécessité de faire des économies, car l’entretien des digues est extrêmement onéreux alors que les gains pour la collectivité sont parfois modestes. Par ailleurs, les opérations de dépoldérisation ne coûtent presque rien, si bien que l’octroi de subventions entraîne un essor rapide de la dépoldérisation, comme on le constate au Royaume-Uni.

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C’est encore le souci de protéger les côtes des conséquences de la hausse des niveaux marins et de la fréquence des tempêtes. L’idée qui sous-tend alors la dépoldérisation est qu’il est préférable de créer des zones tampons capables d’amortir les hautes eaux. Ainsi, en cessant d’entretenir les digues très endommagées par l’érosion marine on laisse les eaux de mer envahir les schorres et perdre leurs capacités érosives. C’est la stratégie anglaise du « Making space for water » de 2005.

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C’est enfin la volonté de lutter contre le mitage du paysage littoral, peu à peu gagné par l’avancée urbaine et le développement des infrastructures touristiques. Il conviendrait toutefois de conserver quelques éléments structurels des polders qui sont autant de témoignages de l’histoire agricole.

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Dans une troisième partie, l’auteure analyse les freins à la dépoldérisation, car force est de constater que le processus est encore lent. Les moteurs et les entraves à la reconquête des terres par les mers sont de trois ordres : juridique (structure foncière notamment), culturel (attachements variables aux paysages agricoles nés au cours des siècles passés de la poldérisation) et géographique (plus ou moins grande exposition aux risques de submersion). Ainsi, on observe une grande diversité des situations selon les pays, les analyses de l’auteure portant en l’occurrence sur les cas français, allemand, anglais et néerlandais.

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La dernière partie est un plaidoyer de l’auteure pour une implication forte des populations locales dans le processus de dépoldérisation et ce, dès la phase de discussion sur l’opportunité de dépoldériser ou pas.

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Au final, un ouvrage très intéressant sur un sujet encore peu abordé dans la littérature scientifique française et qui pose la question de la gestion conservatoire des milieux dont l’anthropisation est ancienne, autrement dit l’essentiel des espaces dans des pays de vieille civilisation agraire comme ceux d’Europe occidentale. Doit-on et peut-on effacer toutes traces du passage de l’Homme pour revenir à un état naturel mythique ? En quoi un milieu rendu aux dynamiques naturelles est-il plus « intéressant » qu’un milieu contraint par les activités humaines ? Qu’est ce qu’une renaturation – ici une dépoldérisation – réussie ? Et enfin quel mode de gestion adopter ? Un interventionnisme souvent coûteux quoique générateur d’activité économique ou la non-intervention qui laisse à l’œuvre les seules dynamiques naturelles ?

Pour citer cet article

Cubizolle Hervé, «  ‪Lydie Goeldner-Gianella, Dépoldériser en Europe occidentale. Pour une géographie et une gestion intégrées du littoral ‪  », Géocarrefour 4/2013 (Vol. 88) , p. 246- 246
URL : www.cairn.info/revue-geocarrefour-2013-4-page-246.htm.


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