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Géocarrefour

2013/4 (Vol. 88)


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D'octobre 2002 à juin 2004, le quai Fulchiron à Lyon (5è arrt) fut, à la hauteur de la place Benoit Crépu, le théâtre d'une fouille archéologique exceptionnelle à l'occasion du creusement d'un parking. Durant cette période, une équipe de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) a pu, en préalable à la construction moderne, ôter avec précaution 40 000 m3 de sédiments de l'ancienne berge du quartier Saint-Georges.

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G. Ayala a construit son discours en neuf chapitres avec une grande perspicacité : afin de raconter l'histoire de la géographie locale, il convoque tour à tour les principaux intervenants de son chantier dans des chapitres au cours desquels chacun, avec l'apport particulier de sa discipline principale, fournit les éléments clés de l'histoire de sa période.

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Le premier est consacré à l'organisation de la fouille, chapitre dans lequel l'auteur explique la problématique de la recherche dans le cadre lyonnais, et dans le contexte d'un grand chantier d'aménagement urbain. La masse des témoignages a autorisé la publication séparée, dans des collections spécialisées, d'études techniques consacrées notamment aux 16 épaves de bateaux fluviaux mis au jour (Rieth, 2010), mais également à des monnaies, des inscriptions funéraires d'époque romaine...

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Le chapitre 2 est consacré à « La formation de l'espace fluvial ». Les auteurs y détaillent, grâce au support de l'étude géomorphologique, la question de la confluence et l'emplacement même de cette rencontre des deux cours d'eau, porteuse d'un lot d'enseignements en matière d'histoire mais aussi, et surtout, de géographie fluviale et urbaine. Le premier apport est celui de la stratigraphie, avec une coupe exceptionnelle de plus de 10 m de hauteur et de plus de 100 m de longueur. Et, bien avant la fixation des lits mineurs de ces deux cours d'eau, celle d'un réseau fossile réapparaît avec notamment une « vieille Saône » qui s'écoulait beaucoup plus à l'ouest le long de la colline de Fourvière, dégageant l'île Saint-Jean aujourd'hui disparue. Au fond de la fouille ont été retrouvées les arènes granitiques du socle, socle qui subsiste en amont à l'emplacement du défilé de Pierre-Scize et, au-dessus, c'est toute l'histoire de la dynamique de la confluence qui se lit sur ce véritable tableau de sables, de limons et de graviers savamment enchevêtrés au gré des crues de la Saône ou du Rhône. On voit alors s'écrire le reflux vers l'Est du Rhône puissant et impétueux, au profit d'une Saône plus tranquille à l'occasion de l'embellie climatique du second Age du fer. Le confluent se fixe à l'extrémité avale de la fouille et, à la fin du 1er siècle de notre ère, un ponton de bois et une embarcation témoignent d'une présence humaine pérenne. Au cours du temps, la berge de la Saône et les premiers mètres du cours d'eau prennent une fonction de dépotoir, comme cela a été observé également en Arles (Long, 2008). Jetés volontairement ou déversés accidentellement, ce sont des dizaines de blocs de pierre d'époque romaine qui, une fois réassemblés, nous fournissent les restes de la façade d'un ou de plusieurs temples, peut-être déjà remployés au Bas-Empire dans la muraille ou mur de Saône (déjà repéré et présenté au public en amont dans le « jardin des vestiges » au nord de la cathédrale) (Arlaud et al., 1994 ; Reynaud, 1998 ; Villedieu, 1990).

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Le chapitre 3, « Une maîtrise croissante de l'espace fluvial » montre qu'après un repli de la présence humaine durant le Haut Moyen Âge, les niveaux archéologiques s'écrivent de nouveau en continu jusqu'à l'époque contemporaine. Un grand édifice, une pirogue, puis un mur de bord de Saône auquel s'adossent les premières maisons « pieds dans l'eau », sept bateaux viviers et un nom de lieu, rapporté par le plan scénographique de 1550 et divers documents d'archives, le Port Sablet apparaît. Au 19e siècle, ce quartier est profondément remanié pour accueillir le quai Fulchiron, les maisons bordant la rivière sont détruites et à leur emplacement est aménagée la place Benoît Crépu.

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Le chapitre 4 « Analyse des ensembles de datation » est l'indispensable support des hypothèses détaillées dans le livre. Les ensembles de céramiques y sont détaillés et montrent notamment l'évolution du vaisselier domestique et, celle de l'alimentation. Les 274 monnaies recueillies permettent d'insérer la ville dans la circulation monétaire européenne et un lot de méreaux de Nuremberg pose un certain nombre de questions sur le commerce à la fin du 16e et au début du 17e siècle.

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Les « Aspects de la vie quotidienne » sont abordés dans le chapitre 5. La redécouverte des témoins architecturaux et archéologiques retrace les éléments marquants de la vie quotidienne avec plusieurs centaines de milliers d'objets ou de fragments. Les matériaux organiques ont pu être conservés grâce à leur immersion dans l'eau de la rivière, qui assurait également le rôle peu flatteur, mais oh combien important pour les archéologues, de dépotoir !

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A partir de l'époque moderne, les documents écrits et figurés sont nombreux pour décrire le paysage urbain lyonnais, à commencer par le précieux « Plan scénographique » de 1550, et à poursuivre avec l'abondante collection de gravures et tableaux d'artistes locaux.

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Les chapitre 7, « La faune » et 8 « Les marqueurs du paysage et les végétaux » reconstituent l'environnement depuis la fin de la protohistoire. On note ainsi la progression des plantes cultivées en lien avec l'avancée de la zone urbaine et on croise, de manière tout à fait inattendue, une crotte de chien du début du 2e siècle qui livre sa « photographie » de l'environnement... à hauteur animale !

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Le chapitre 9  « Synthèse : la part de l'histoire » dresse le bilan de cette fouille majeure des dernières décennies. Incontestablement, le parking St Georges apporte un regard neuf sur l'évolution d'un secteur de la ville de Lyon, entre colline de Fourvière et berge fluviale, sur environ 2000 ans. C'est comme si les témoignages oculaires des peintres et photographes de l'époque moderne venaient progressivement à la rencontre d'une occupation médiévale aux maisons pieds dans l'eau, séparant des embarcadères et ports de marchandises, puis d'une époque très ancienne, romaine, qui après avoir stabilisé la berge et l'avoir transformée en embarcadère, lui avaient érigé un rempart de pierre pour la protéger des crues.

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L'ouvrage vient donc présenter, dans une logique d'archéologie du paysage, et tout en inscrivant cette recherche dans la continuité de l'observation effectuée depuis plusieurs décennies à l'occasion d'interventions archéologiques dans la ville basse de Lyon, l'évolution de la confluence du Rhône et de la Saône et la fixation des berges fluviales par l'action anthropique. Les dimensions exceptionnelles du chantier (pour une fouille urbaine), ainsi que la durée de l'intervention des archéologues, fournissent la matière à la réécriture de l'histoire de la rive droite de la Saône.

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Pour résumer cet apport en quelques lignes, on peut maintenant écrire que la disparition de la « vieille Saône » et le rattachement de l'Île Saint-Jean à la rive droite s'effectue au tout début du 1er siècle de notre ère en relation avec la fixation du confluent. A partir du milieu de ce siècle, un embarcadère, puis un port, s'installe à cet endroit et, dans le courant du Bas-Empire, un endiguement maçonné est bâti avec des blocs monumentaux de remploi. Du 5e au 10e siècle, les témoignages s'estompent pour réapparaître en nombre à partir du 11è siècle et racontent l'histoire d'un quartier en développement jusqu'à nos jours.

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On reconnaîtra aussi à l'auteur principal et coordinateur du projet un talent d'écrivain qui permet au lecteur de traverser ce livre imposant avec plaisir.


Bibliographie

    • ARLAUD C., BURNOUF J., BRAVARD J.-P., LUROL J.-M., VEROT-BOURRELY A., 1994, Lyon Saint-Jean : les fouilles de l’îlot Tramassac, Lyon, S.R.A. (Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes, 10).
    • LONG L., 2008, Secrets du Rhône : les trésors archéologiques du fleuve à Arles, Arles, Actes Sud.
    • REYNAUD J.-F., 1998, Lugdunum Christianum, Lyon du IVe au VIIe siècle : topographie, nécropole et édifices religieux, Paris, éd. de la M.S.H., 288 p. (Documents d’Archéologie Française, 69).
    • RIETH E. (dir.), 2010, Les épaves de Saint-Georges - Lyon (Ier-XVIIIe siècles) : analyse architecturale et études complémentaires, Paris, CNRS (Archaeonautica, 16), 335 p
    • VILLEDIEU F., 1990, Lyon Saint-Jean : les fouilles de l’avenue Adolphe Max, Lyon, S.R.A., 239 p. (Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes, 3 - Série lyonnaise, 2).

Pour citer cet article

Buisson André, «  ‪‪G. Ayala (dir.), ‪ ‪Lyon, Saint-Georges. ‪ Archéologie, environnement et histoire d'un espace fluvial en bord de Saône‪  », Géocarrefour 4/2013 (Vol. 88) , p. 246a-246a
URL : www.cairn.info/revue-geocarrefour-2013-4-page-246a.htm.


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