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Géocarrefour

2013/4 (Vol. 88)


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L'eau est un sujet récurrent depuis quelques années au niveau local et le reste encore à l'approche des élections municipales de mars 2014. C'est évidemment un sujet fertile en travaux pour les sciences sociales, étudié depuis bien longtemps dans cette revue. L'ouvrage dirigé par Gabrielle Bouleau et Laetitia Guérin-Schneider et largement préparé par l'ex-CEMAGREF (IRSTEA) vient ajouter quelques chapitres de plus au grand flot d'études abordant la question hydraulique : ceux-ci sont essentiellement issus d'études d'économie-gestion, et compléteront utilement la production existante, au plan géographique ou géohistorique. On y trouvera donc logiquement plus de schémas et de tableaux que de cartes... L'ensemble des textes est introduit par une préface substantielle et stimulante de Bernard Barraquéqui pose quelques grands enjeux sociaux et économiques de la transition ou compétition entre deux conceptions de l'eau, celle comme ressource/« bien commun », et celle comme service public/« bien de club », supposant un paiement.

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Le premier chapitre retrace les jalons de la conquête du marché français de l'eau par les sociétés délégataires de service public. Il met l'accent surtout sur la deuxième moitié du XXe s. : dégageons l'importance des années 1950-1960 où les contrats sont très rentables, dans un contexte d'urbanisation et donc de forte croissance du nombre de clients ; ensuite, celle du moment qui suit les lois de décentralisation, quand plusieurs grandes villes passent à la délégation en quelques années (Paris, Lyon, Toulouse entre 1985 et 1991), dans un contexte d'augmentation des tarifs. Plusieurs décennies auparavant, ces municipalités avaient bien souvent fait le choix de la régie après une première expérience dans le privé - ce fut le cas de Lyon en 1900. Actuellement, la question de la remunicipalisation y est souvent très discutée, quand elle n'a pas déjà été mise en pratique, ce qui met en évidence des phases de va-et-vient sur une durée séculaire.

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Comme le titre de l'ouvrage l'indique, certains articles s'intéressent aux hommes derrière la genèse des infrastructures, ou plutôt à ceux qui sont aux manettes de leur gestion ou aux consommateurs des services d'eau et d'assainissement. Le chapitre 2 développe l'idée du réseau d'eau ou d'assainissement comme « objet social » qui implique différents acteurs ou groupes sociaux. Bien que l'on puisse reprocher à l'ouvrage le défaut de ses qualités (la synthèse), à savoir le petit nombre de cas analysés à l'échelle fine – heureusement, la préface en donne certains –, quelques fils rouges problématiques peuvent être soulignés. Par exemple, l'étude de l'interaction entre différentes catégories d'acteurs, une approche qui montre la variété des échelles impliquées dans la production de normes et de cadres de gestion de l'eau : échelle européenne avec la directive-cadre 2000 et échelle nationale via la loi dite LEMA de 2006. La question du coût du fonctionnement des réseaux et du prix de l'eau est abordée dans les chapitres 3 à 5, à la fois par une approche très technique sur les principales méthodes d'estimation de coût et par un regard sur la dimension politique. La troisième partie traite de la question importante de la solidarité entre acteurs, soit au niveau local, soit à différentes échelles territoriales, sans toutefois développer beaucoup de cas précis.

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La quatrième partie, « nouvelles fonctions et nouveaux équilibres des systèmes collectifs d'irrigation », permet de réunir dans un même ouvrage des objets qui sont assez rarement traités ensemble, puisqu’après des développements qui se centraient essentiellement sur l'urbain, les auteurs s'intéressent aux problèmes spécifiques des systèmes d'irrigation agricoles... ou conçus primitivement pour une fonction agricole. En effet, les associations d'irrigation (ASP) sont confrontées, dans le midi de la France, à la progression de la périurbanisation. Le chapitre 8 montre bien la diversité d'usage des canaux gérés par ces ASP qui rendent des services non-agricoles : eau pour l'arrosage des espaces verts ou la lutte contre les incendies dans certaines collectivités locales ; développement de paysages verts et arborés et fonction patrimoniale et identitaire des infrastructures, effets sur la biodiversité et sur la recharge des nappes alluviales. Ces dispositifs techniques sont matière à divers arrangements sociaux. La solution de l'association avec une collectivité locale, dans un contexte de recul des subventions publiques, gagne la faveur des gestionnaires d'ASP. Le dernier chapitre reprend certains enjeux liés à ces ASP et offre un historique des modalités de financement des réseaux d'irrigation gravitaire, qui voient s'éloigner les soutiens financiers institutionnels. Il ne manque pas de s'interroger sur les instruments de tarification efficaces face aux enjeux de pression sur la ressource en eau.

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Saluons enfin la conclusion très utile des deux coordinatrices de l'ouvrage et retenons les phénomènes de dépendance des structures et des pratiques de l'échelon local, urbain ou rural, vis-à-vis des niveaux supérieurs, dans un contexte de mutations majeures : désengagement financier de l'État, obligations de résultat établies par la Directive-cadre européenne et progression du principe de recouvrement des coûts sur l'usager.

Pour citer cet article

Frioux Stéphane, «  ‪Gabrielle Bouleau et Laetitia Guérin-Schneider (éd.), Des tuyaux et des hommes. Les réseaux d'eau en France ‪  », Géocarrefour 4/2013 (Vol. 88) , p. 316-316
URL : www.cairn.info/revue-geocarrefour-2013-4-page-316.htm.


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