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Géocarrefour

2014/1 (Vol. 89)


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Cet ouvrage, issu d'une thèse de doctorat dirigée par Ulrike Grabski-Kieron, s'inscrit dans les travaux de géographie rurale de l'université de Münster, dont l'orientation privilégiée pour des approches de géographie appliquée a alimenté le renouveau de la géographie rurale depuis une quinzaine d'années.

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Dans la première partie de l'ouvrage (chapitres 1 à 5), Andreas Henseler présente les territoires ruraux et leurs recompositions dans l'espace transfrontalier germano-néerlandais (Euregio Rhein-Waal). De part et d'autre de la frontière, la modernisation de l'agriculture, la diminution du nombre d'exploitations et de l'augmentation de leur taille moyenne ont pour conséquence la multiplication des bâtiments agricoles vacants, en particulier sur les marges des villages. Actuellement, 1 800 des 13 000 exploitations de l'Euregio disposent de bâtiments vacants – les trois quarts sont situés dans la partie néerlandaise -, et selon les prévisions de l'auteur, cette proportion se renforcera dans les années à venir. Pourtant, dans le double contexte de désir d'habiter à la campagne et d'un marché immobilier favorisant la périurbanisation et l'installation de ménages hollandais en Allemagne, de nombreux lotissements sont aménagés, traduisant la concurrence entre communes soucieuses de capter de nouveaux habitants. C'est la tension entre ces deux évolutions - qui n'est pas sans rappeler des problématiques urbaines - qui incite l'auteur à appréhender les bâtiments agricoles vacants comme des enjeux d'aménagement et de rénovation rurale.

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La seconde partie de l'ouvrage (chapitres 6 et 7) est consacrée aux méthodes retenues par l'auteur, pour asseoir scientifiquement puis mener à bien ses quatre études de cas, à l'aide notamment d'analyses statistiques et cartographiques, d'enquêtes auprès d'agriculteurs, d'entretiens qualitatifs auprès d'acteurs territoriaux.

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La troisième partie (chapitres 8 et 9) constitue le cœur de l'analyse. En s'appuyant sur une comparaison des dispositifs de développement rural en Allemagne et aux Pays-Bas, l'auteur relève de façon exhaustive les lacunes de l'aménagement du territoire et du développement rural tant au niveau communal qu'à des niveaux supérieurs, tant dans le domaine juridique que dans celui des programmes de soutien. Les études de cas, très fouillées, permettent de mettre en évidence que les acteurs locaux et régionaux ont peu conscience de l'intérêt que représentent la reconversion et la réhabilitation des bâtiments agricoles, et de souligner les déficits d'information et de communication dans ce domaine.

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Dans la quatrième partie (chapitres 10 et 11), l'auteur estime les potentiels d'utilisation des anciens bâtiments agricoles vacants et s'attache à formuler des stratégies d'intervention. Si, dans le meilleur des cas, 20% des bâtiments peuvent être sujet à une reconversion, la grande majorité restera à l'état d'abandon. Or cette vacance a un impact paysager déplorable et exerce à terme une influence négative sur l'image de la région et sur les perceptions qu'en ont les habitants. L'auteur plaide pour que la démolition des bâtiments agricoles ne soit plus un tabou mais figure au contraire au rang des priorités des politiques locales et soit considérée comme un instrument de développement rural. Comme la reconversion et la réhabilitation, la démolition d'anciens bâtiments agricoles peut être un outil stratégique de valorisation paysagère et de protection de la SAU. L'auteur termine l'ouvrage en proposant différents axes stratégiques d'intervention (dans les domaines de la législation, des financements, de la gestion foncière, de la commercialisation...) pour inclure les anciens bâtiments agricoles dans les politiques de développement local. Ces différents axes seraient stériles, selon l'auteur, sans une politique ambitieuse d'information sur les enjeux et les intérêts de la reconversion et de la démolition, auprès de différents groupes ciblés. Dans le contexte transfrontalier (paysages similaires et vecteurs d'une identité transfrontalière; mobilité résidentielle transfrontalière...), ces actions devraient autant que possible être menées conjointement.

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Cet ouvrage s'inscrit finalement dans une appréhension de l'espace rural où le paysage (Kulturlandschaft) est vecteur identitaire et ressource pour le développement local. Similaire des deux côtés de la frontière germano-néerlandaise, le paysage et le patrimoine rural sont envisagés comme des facteurs potentiels d'identité régionale et de coopération intercommunale transfrontalière, ce qui motive l'idée, invoquée par Andreas Henseler, de mettre en place des mécanismes communs de gestion. Pourtant, on pourra regretter que la frontière germano-néerlandaise ne soit pas plus centrale dans le questionnement de l'ouvrage, qu'elle soit envisagée comme simple limite entre systèmes d'aménagement différents, et plus secondairement comme facteur de mobilité résidentielle. Cela est sans doute moins lié à l'effet d'un « effacement des frontières », certes assez avancé dans une région précurseur en matière de coopération transfrontalière, qu'à l'approche retenue par l'auteur, engagé dans une géographie appliquée résolument tournée vers l'action.

Pour citer cet article

Roth Hélène, « ‪HENSELER A., Ländliches Siedlungswesen im deutsch-niederländischen Grenzraum unter dem Einfluss agrarstruktureller Transformationen. Strategien zur Einbindung landwirtschaftlicher Altgebäude in die Kommunalentw », Géocarrefour, 1/2014 (Vol. 89), p. 114-114.

URL : http://www.cairn.info/revue-geocarrefour-2014-1-page-114.htm


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