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Géocarrefour

2014/1 (Vol. 89)


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Moïse Tsayem-Demaze propose, avec son ouvrage Géopolitique du développement durable (DD), une approche pédagogique de la question, agrémentée d’un matériau photographique et cartographique très utile. Il aborde le sujet à travers la manière dont les États prennent en charge les questions environnementales en insistant sur quelques thèmes à la fois récurrents et transversaux. L’introduction présente habilement la réflexion autour d’un triptyque analytique associant les « diagnostics et enjeux », les « préconisations et stratégies politiques » et les « initiatives mises en œuvre ».

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La première partie (Problèmes environnementaux internationaux) est composée de quatre chapitres très équilibrés et bien informés sur les problèmes majeurs de la planète (ou considérés tels dans les discours politiques et scientifiques) : les changements climatiques (ch. 1), l’érosion de la biodiversité (ch. 2), la déforestation (ch. 3) et la désertification (ch. 4) sont successivement abordés de manière claire. Saluons en la matière le chapitre sur les changements climatiques qui retrace un historique efficace de la notion ; l’auteur se tient à bonne distance des dénégations bruyantes des climato-sceptiques d’un côté et des positions radicales des promoteurs du catastrophisme de l’autre. Les chapitres 2 à 4 présentent de manière limpide les enjeux liés à trois processus dont les causes et les incidences mobilisent inégalement les acteurs internationaux ou nationaux (primat du changement climatique sur la désertification par ex.).

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La deuxième partie (L’avènement du DD et la mobilisation internationale) aborde plus directement les dimensions géopolitiques. Elle montre la manière dont cette notion s’est progressivement élaborée et comment elle est devenue prégnante dans les débats internationaux organisés sous l’impulsion de l’ONU (Conférences des parties, forums mondiaux, etc.). Ces arènes ont permis de ranimer les oppositions entre groupes d’États, dans un contexte de recomposition des forces qui s’opère depuis les années 1990 à l’échelle mondiale. Les évolutions reflètent à la fois la prise en compte des connaissances scientifiques et les modification des rapports entre les pays anciennement industrialisés, les pays émergents (dont le groupe BRIC) et les pays les moins avancés sur le plan économique (p. 135 + cf. ch. 8 présentant de manière approfondie les accords de Copenhague puis de Cancun et leurs limites). Cette situation explique sans doute en partie la difficulté d’établir des règles communes, satisfaisantes – ou crédibles – et qui ne produisent pas des effets pervers (marchandisation du CO2).

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La troisième partie, consacrée à la mise en œuvre des mécanismes internationaux du développement durable, présente les trois mécanismes principaux destinés à atteindre un développement propre (MDP) (ch. 9), la réduction de la déforestation (ch. 10) et le un système de certification forestière (ch. 11), ce dernier relevant plutôt de la catégorie du dispositif. Le chapitre 9, développe la manière dont les conférences intergouvernementales ou les organismes internationaux ont contribué à proposer des formes de régulation environnementale à travers les mécanismes de développement propre, destinés à maîtriser et réduire les émissions des gaz à effet de serre. Cette tentative de formaliser une gouvernance mondiale, induite par ces ententes interétatiques, assurant les conditions d’une régulation des nouvelles marchandises produites par l’idéologie du DD (telles que le CO2 par exemple), n’est pas sans rappeler, dans une certaine mesure, les analyses de K. Polanyi (La Grande Transformation) lorsqu’il observait combien les sociétés de marché avaient profondément besoin d’État jouant un rôle majeur dans sa capacité à élaborer les décisions politiques nécessaires au fonctionnement du marché. Cette troisième partie, fondée sur une logique comparative « business as usual » face aux mécanismes du DD, révèle que les mécanismes proposés sont parfaitement absorbés et rentabilisées par les marchés. La réduction des émissions de CO2, la lutte contre la déforestation ou la certification deviennent autant de moyens de faire des affaires et de stimuler un marché renouvelé autour de ces nouvelles valeurs ; au point que des études vont jusqu’à moraliser le marché du carbone en proposant de lui faire financer la conservation de la forêt amazonienne (p. 179), proposition qui consacre «  la forte emprise ou la prééminence de l’économique dans les politiques internationales émergentes », conduisant à transformer le DD en « un business international » (p. 180). La conclusion de l’ouvrage montre que l’analyse globale des jeux de forces entre les États laisse « peu de place à l’optimisme » et que « l’absence (…) de perspectives claires et convergentes (…) conforte l’impression d’impasse » (p. 206). Une analyse prémonitoire confirmée par les résultats décevants de Rio+20, à l’exception de l’émergence du Brésil qui pourrait pratiquement se voir qualifiée de puissance écologique mondiale.

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Au final, cet ouvrage fait œuvre utile. Sa lecture apportera un éclairage sur les enjeux du DD à tous ceux qui se posent des questions sur ses champs d’application : étudiants, enseignants – qui y trouveront de la matière pour construire les « études de cas » actuellement au programme –, et enfin élus, qui pourraient en tirer des enseignements précieux pour construire leur action au-delà des simples discours d’affichages et de mesures parfois par trop cosmétiques.

Pour citer cet article

Héritier Stéphane, «  ‪Moïse Tsayem-Demaze, Géopolitique du développement durable. Les États face aux problèmes environnementaux internationaux‪  », Géocarrefour 1/2014 (Vol. 89) , p. 144-144
URL : www.cairn.info/revue-geocarrefour-2014-1-page-144.htm.


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