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Géocarrefour

2014/1 (Vol. 89)


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Paul Arnould livre un texte plein de plus de 50 ans de souvenirs ; la forêt a été au centre de ses recherches universitaires, il veut nous la présenter sous tous les aspects qu'il a explorés.

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Au fil des pages de ce petit ouvrage, l'auteur dévoile trois principales facettes de sa personnalité.

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On trouvera d’abord dans ces pages la révélation d’un très profond attachement à sa terre, à cette petite patrie chère à Ovide ou à Sidoine Apollinaire. Chez Paul, ce sont les Vosges, la commune de Girmont-Val-d’Ajol où il a ses racines et où il a passé son enfance avant de faire de cet endroit le refuge de la famille qu'il a fondée. C'est pour nous également le premier contact de fond avec l'auteur, dès les chapitres 2 et 3 de l'ouvrage, et notre première leçon de forêt : qu'est-ce qu'une forêt, qu'est-ce qui la distingue de l'arbre lui-même (l'arbre, l'arbuste, l'arbrisseau), et pour l'enfant, comment fabrique-t-on une cabane en noisetier, comment fait-on une coupe de bois, quelle mesure utilise-ton pour quantifier le bois coupé, et à quel « cubage » le stère correspond-il ? Certaines pages nous renvoient à des comparaisons avec la filmographie (« Les grandes gueules », de R. Enrico – 1965 - , prenaient place dans la hêtraie-sapinière vosgienne dont P. Arnould parle p. 178 et le film se terminait, lui-aussi, dans un incendie). La forêt est aussi lieu de rencontre avec le chasseur-collecteur de la Préhistoire : la cueillette des fruits rouges et des baies a fait partie du calendrier de P. Arnould enfant et des petits revenus qu'il en tirait (ch. 37, avec un parallèle tout trouvé avec « Les enfants du marais » de J. Becker).

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Ensuite, et par-dessus tout, le chercheur et l’enseignant, qui communique sa passion (« j'ai pris plaisir à enseigner la biogéographie... », p. 273) et qui, constamment, fait référence à ses maîtres. Car l’auteur est, et ce ne seront certainement pas ses étudiants et collègues qui nous contrediront, un enseignant passionné, et donc passionnant ! Les petits chapitres qui suivent sont comme les leçons (une par semaine de cours) d’un enseignement en forme de tour d’horizon sur les forêts du monde. Pourquoi une leçon ? Tout simplement parce qu’au fil de chaque chapitre, on a appris une nouvelle série de termes ou de concepts : le chapitre 5 s'intitule « nommer et classer les arbres », et on feuillette avec l'auteur les pages du grand livre de la science, depuis Théophraste le Grec, et Pline l'ancien le Romain, jusqu'à Carl von Linné le Suédois ; on comprend par l'exemple les racines latines des noms d’arbres. La forêt est largement présente dans la littérature, et l'auteur est largement xylophage (dévoreur de bois, celui qui fait la pâte du papier des livres auxquels il fait constamment référence) et sa base livresque s'étend jusqu'à la bande dessinée (ch. 6, et particulièrement les pages sur la forêt dans les albums de Tintin). Chaque chapitre égrène la variété extrême des forêts du monde, la chênaie, la hêtraie, la taïga, la mangrove, et jusqu'aux forêts résiduelles comme la sophoraie. A chaque fois, et malgré sa connaissance, il cherche et trouve le moyen de s'émerveiller, mais aussi, et le chercheur reste toujours vigilant, de soupçonner la manipulation politique (ch. 16, la forêt chinoise ; ch. 19, les « barrages verts » et la forêt algérienne, ch. 20 « les forêts « timbre-poste » ou la forêt landaise).

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Il nous montre que géographie et histoire sont très intimement liées, car la forêt française (par exemple) tient tout à la fois de la forêt originelle que des grandes politiques royales (l'ordonnance de Colbert, les chênes de la forêt de Tronçais...), impériales (Napoléon III et les bois de Boulogne et de Vincennes) ou républicaines (les chasses présidentielles en forêt de Rambouillet). Quant à l'arbre qui cache la forêt, on peut le trouver derrière le trône de Saint Louis rendant la justice... sous le chêne, ou bien dans le chêne (ou le peuplier) de la Liberté.

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Enfin, l’homme des forêts (je n’ai pas dit « homme des bois »), il le dit lui-même « pour être franc, j'aime les nouvelles forêts » qui sait, par un apprentissage quasi génétique, sentir l’humus, le champignon, le gibier, sous les futaies et autres taillis (p. 247 : « apprendre à humer, renifler la forêt... ») à un tel point que son discours se passe d'illustrations. Cet homme a des regrets, dont celui de n'avoir pas (encore) vu toutes les forêts du monde (ch. 18) ; il a aussi beaucoup de questions qui remettent constamment en doute ses certitudes : sur la manière de définir telle ou telle forêt (ch. 10), sur les techniques d'entretien de la forêt (ch. 13), sur les sols qui supportent la forêt (ch. 7), sur les aspects nocifs des pluies acides ou des incendies de forêts et toujours sur cette faculté de résilience du milieu (p. 183 et suiv. sur les incendies volontaires, reprend les pages d'H. Bazin, dans son livre L'huile sur le feu), même après les tempêtes (ch. 23). Enfin, avec le chapitre sur les invasives (ch. 24), il pose des questions liées à l'histoire même des grandes découvertes.

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J’ai vu – et lu – dans ces chapitres une méthode, une pédagogie autour du récit d'une vie. Au risque d’un vilain jeu de mots, c’est un péripatéticien – il se promène, et on le suit - dans chaque forêt comme au Lycée.

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Si l'on rajoute que l'auteur a manifestement pris un grand plaisir, en égrainant ses souvenirs, à livrer une large partie de lui-même, ce petit livre (par son format) a tout d'un grand (par son contenu).

Pour citer cet article

Buisson André, « ‪Paul Arnould, Au plaisir des forêts. Promenade sous les feuillages du monde‪ », Géocarrefour, 1/2014 (Vol. 89), p. 158-158.

URL : http://www.cairn.info/revue-geocarrefour-2014-1-page-158.htm


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