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2014/3 (Vol. 89)


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L’expression de nettoyage ethnique est née en 1992 (Krieg-Planque, 2003) lors de la guerre en Bosnie-Herzégovine et désigne une politique relevant de situations de guerre caractérisée par des violences de masse, ou des « crimes de masse » selon l’expression générique de l’historien Jacques Sémelin (2000). Il s’agit d’un sujet peu abordé par les géographes, malgré quelques exceptions - soulignons l’intérêt précoce de Pierre-Yves Péchoux sur cette question (Péchoux, 1976). En tant que balkanologue, Michel Roux fit partie de ces chercheurs qui s’intéressèrent à ces politiques de terreur et surent mettre en évidence leur dimension éminemment spatiale.

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Dans le cadre de mon Habilitation à diriger les recherches (HDR), alors que j’étais Maître de conférence à Nancy, j’avais choisi de mener une recherche sur ce thème, et celui plus général de la modification coercitive du peuplement qui me paraissaient en déshérence dans la géographie humaine (si peu inhumaine justement – Rosière, 2006b). Ayant pris précocement connaissance du travail de Michel Roux, que j’avais déjà croisé, c’est tout naturellement que je lui avais demandé d’être le garant de ce travail qui fut soutenu à Toulouse-Le-Mirail, en décembre 2004, et qui est devenu mon livre sur le nettoyage ethnique publié en 2006.

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Je voudrais tout d’abord revenir ici sur l’impasse épistémologique que constitue, pour la géographie, l’absence de réflexion sur les nettoyages ethniques et les « crimes de masse » (1), puis je reviendrai sur les travaux de Michel Roux concernant le nettoyage ethnique - travaux dont la solidité m’avait convaincu de lui demander de diriger mon travail - en me centrant sur deux de ses publications (2); enfin, je voudrais revenir sur le chercheur rigoureux et sur l’homme intègre à qui je dois tant (3).

La géographie et « l’impasse épistémologique » des violences de masse

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Les géographes ont réussi le tour de force d’écarter la « violence de masse » (massacres, extermination, déportations) de leur réflexion, durant des décennies, tout en prétendant, dans leurs géographies humaine ou de la population, s’attacher à décrire de façon exhaustive les facteurs explicatifs du peuplement [1][1]  Le peuplement étant ici considéré comme la répartition.... Cette « impasse épistémologique », comme je l’avais désignée (Rosière, 2004), est d’autant plus surprenante que, après la Shoah, après les déportations de peuples qui se déroulèrent pendant et après la Seconde Guerre mondiale, en Europe centrale surtout, les fondateurs d’une géographie humaine post-vidalienne avaient été les témoins de l’action terrifiante des acteurs politiques (au premier chef, les États et leurs armées), de leur capacité à annihiler et à transporter les peuples. Pourtant, leurs travaux n’ont longtemps fait qu’évoquer ce type de phénomènes. Mais, sans appréhender la violence politique, comment comprendre le peuplement de nombreux pays du monde : Pologne, Israël, Bosnie-Herzégovine, etc. ? On peut aussi rappeler que la notion de génocide a été mise en exergue par la communauté internationale (reconnaissance juridique du « crime de génocide » par les Nations Unies en 1948) ou que la communauté scientifique avait commencé à réfléchir à ces questions (développement des Genocides studies qui sont, aux États-Unis surtout, portées par des historiens et des politistes). Cependant, par inertie, dans les années 1950, les géographes pouvaient faire leur thèse sur des régions marquées par des épisodes de rare violence sans même faire mention de celle-ci. Ainsi, la thèse d’André Blanc sur la Croatie occidentale (1955) mentionnait à peine les massacres interethniques menés dans ces régions quelques années auparavant bien que ceux-ci aient profondément affecté la répartition spatiale des ethnies (et notamment des Juifs, des Italiens et des Serbes).

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Ce parti pris épistémologique s’explique par le fait que la géographie (française, mais cette situation n’est guère différente dans la littérature anglo-saxonne), et d’abord la géographie humaine, bien que fondée sur des postulats différents a toujours mis à l’écart les phénomènes politique d’une manière générale, et in fine les violences politiques ou les crimes de masse. Cette position s’explique tout d’abord par le refus de la géographie politique allemande qui se s’affirme surtout après la mort de Friedrich Ratzel (en 1904) et de Paul Vidal de la Blache (en 1918) alors que s’affirme le primat « de Martonnien » [2][2]  En référence à Emmanuel de Martonne. d’une géographie d’abord physique qui délaisse le politique au profit de l’histoire. Ensuite, il est possible de souligner ce que j’appellerais la refondation manquée des années 1950-1960 qui fait basculer la géographie humaine vers l’étude statistique de la population tout en évitant soigneusement tout questionnement sur le politique.

Contre la géographie politique

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André-Louis Sanguin a clairement souligné que, plus que Vidal de la Blache, ce sont ses successeurs qui furent responsables de l’orientation apolitique de la géographie française. Il en citait trois : Lucien Febvre, Jules Sion et Camille Vallaux (Sanguin, 1988, p. 322). Le rôle de Lucien Febvre mérite d’être rappelé. L’éminent historien joue un rôle décisif dans la délimitation des champs conceptuels de l’histoire et de la géographie au début du XXe siècle. Dans la lutte d’influence que se livrent alors historiens, géographes et sociologues, Febvre pose le postulat suivant : « le sol et non l’Etat, voilà ce qui doit retenir le géographe » (Febvre, 1922, p. 78) qui sera suivi avec zèle par les géographes. Emmanuel de Martonne participe de façon décisive à cette évolution. Après avoir tracé les frontières de la Pologne, de la Roumanie et de la Tchécoslovaquie après la Première Guerre mondiale, il applique l’axiome febvrien. Dans son sillage, les géographes français excluent toute dimension politique de leur discipline et privilégient une vision globalisante de l’espace (perçu comme un milieu naturel avec son peuplement et son mode de mise en valeur). Comme le rappelait André Meynier, depuis l’entre-deux-guerres : « il est tacitement admis que le véritable géographe montre d’abord sa compétence en géographie physique, et qu’ensuite, il n’aura aucun mal à s’adapter à la géographie humaine réputée plus facile. » (Meynier, 1969, p. 65).

Pour une géographie sociale et économique

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Après la Seconde Guerre mondiale, sous l’impulsion des marxistes, la remise en cause de la géographie classique se fait pourtant, notamment dans la géographie humaine, et met l’accent sur les préoccupations économiques et sociales. Une nouvelle géographie de la population se développe dont les deux objectifs principaux sont d’étudier la répartition et les variations de la croissance de la population. Cette géographie, se détachant des contingences naturelles (milieu) et culturelles, s’appuie sur l’analyse de séries statistiques et devient la démogéographie (appellation qui n’a pas perduré). Cette approche est structurée en France par Pierre George à partir de 1950 (George, 1950, 1951). Jacqueline Beaujeu-Garnier symbolise parfaitement cette mutation dans Trois milliards d’hommes, traité de démogéographie publié en 1965 qui fait une large place à la « spatialisation des données statistiques relatives à la population » (Noin, 1995, p. 11) mais contourne cependant elle aussi la question du rapport entre le peuplement et le politique - pourtant évoqué comme nécessaire par Pierre George (George, 1950, p. 220 ; voir Rosière, 2006b). On peut considérer que malgré quelques infléchissements ces dynamiques ont fondé l’étude des populations jusqu’aux années 1990.

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J’ai pu souligner (Rosière, 2007), les révélatrices typologies des migrations (ou migrations internationales) qui, de Pierre George (George, 1965) à l’orée du XXIe siècle, sont restées fondées sur trois grandes catégories explicatives : écologique, économique et « historique ». La mise en exergue de phénomènes « historiques » n’était pas cohérente par rapport aux deux autres types qui relèvent eux de phénomènes clairement identifiés. Comme je l’écrivais en 2007, l’usage du terme historique :

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« illustre surtout comment l’aggiornamento épistémologique des années 1950-60 s’est arrêté aux frontières du politique. Dans “historique”, on doit comprendre ce qui relève des sciences historiques, dont le contenu paraît délimité par le postulat febvrien de 1922 qui assignait à cette discipline l’étude des phénomènes politiques (…) laissant à une autre — la géographie — la dimension naturelle. Ainsi, alors que l’approche démographique s’est hypertrophiée, l’étude des facteurs politiques — restés innommés pour ne pas dire innommables — a été au contraire réduite à la portion congrue, sinon à l’insignifiance. Cette posture apparaît en contradiction flagrante avec ce qu’offre le spectacle du monde : guerres civiles, flots de réfugiés, massacres interethniques, génocides (ou tentatives de) se multiplient et rendent inopérantes les catégories explicatives initiales » (Rosière, 2007).

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C’est en opposition avec ces postures héritées (de professeurs en élèves) depuis les décennies que dans les années 1970 se sont dressés des chercheurs comme Yves Lacoste (dans La géographie ça sert d’abord à faire la guerre), ou, quoique de manière plus timide, les nouveaux géographes qui ont intégré le politique dans les facteurs expliquant le fonctionnement des sociétés ou les dynamiques spatiales en général (cf. Roger Brunet et notamment le tome 1 de sa Géographie universelle publié en 1990). Cependant, malgré ces refondations, l’étude des violences de masse est restée très marginale [3][3]  Signalons deux exceptions comme l’« Enquête sur le....

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Les guerres en Yougoslavie (1991-99) ont servi de révélateur ou d’accélérateur. Elles ont généré la création de la Cour Pénale internationale (statut de Rome signé en 1998), mais aussi un salutaire aggiornamento épistémologique qui a abouti à prendre en compte les violences politiques dans la géographie humaine. Dans ces années charnières, un géographe comme Michel Roux a clairement participé à cette appropriation de la violence politique par les géographes. Soulignons d’emblée comment, dans leur Géographie humaine, Jean-Paul Charvet et Michel Sivignon intègrent pour la première fois dans l’histoire de la géographie, le nettoyage ethnique comme facteur explicatif de la répartition des aires culturelles (Charvet et Sivignon, 2002, p. 117-119), mettant notamment en exergue le cas de l’ex-Yougoslavie. Le travail de Michel Roux qui était bien connu des auteurs de ce manuel n’a pas été étranger à cette évolution positive.

Michel Roux : un analyste rigoureux du nettoyage ethnique

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Durant tout le conflit lié à la désintégration de la Yougoslavie dont il était l’un des fins connaisseurs, soit entre 1991 et 1999, Michel Roux a mené — et sans parler des travaux postérieurs (Roux, 2005) —, une analyse « à chaud » du nettoyage ethnique qui se caractérise par sa justesse et sa lucidité. Pour le souligner, je souhaite d’abord m’arrêter sur son article « A propos de la “purification ethnique” en Bosnie-Herzégovine », publié dans le n°67 de la revue Hérodote [4][4]  Numéro dans lequel Olivier Deslondes, coordinateur... .

Michel Roux et le nettoyage ethnique en Bosnie-Herzégovine

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Dans le n°67 de la revue Hérodote, intitulé « La Question Serbe », bouclé en décembre 1992 et sorti en librairie en janvier 1993, Michel Roux menait une analyse réactive de la guerre civile en Bosnie-Herzégovine [5][5]  La guerre en Bosnie-Herzégovine avait éclaté le 1er..., lucide et parfaitement fondée avec un article centré sur la « purification ethnique » (Roux, 1992a) qui suivait immédiatement l’éditorial d’Yves Lacoste intitulé « La question serbe et la question allemande ». Quand on connaît le temps de réaction des chercheurs, qui est d’ailleurs justifié, ce délai d’environ neuf mois entre le déclenchement de la guerre civile et la sortie de son article était rapide. Surtout, le tour de force de Michel Roux me semble être d’avoir échappé aux pressions de tous ordres qui se manifestaient alors — comme dans toute période de guerre — comme prendre parti, soutenir un camp en présence. Le commentaire de conflits en cours est toujours délicat.

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Sur les événements en cause, rappelons rapidement que les trois peuples constitutifs de la Bosnie-Herzégovine sont entrés en guerre en mars 1992 parce qu’ils poursuivaient des objectifs géopolitiques totalement opposés. Les représentants des Musulmans et des Croates étaient tombés d’accord a minima sur l’indépendance de leur pays en octobre 1991 alors que les nationalistes Serbes étaient farouchement opposés à cette perspective. Or, l’indépendance fut confirmée par référendum le 1er mars 1992, puis reconnue par la Communauté économique européenne et les Etats-Unis. De ce fait — citons Michel Roux :

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« Les dirigeants Serbes locaux ripostèrent aussitôt en proclamant l’indépendance de la République serbe de Bosnie-Herzégovine, formée des régions autoproclamées qu’ils contrôlaient déjà. Les unités de l’armée fédérale yougoslave casernées sur ces territoires ou repliées de Croatie étant acquises à leur cause, ils mirent à profit la supériorité militaire qu’ils en retiraient pour lancer, à partir d’avril, une série d’offensives destinées à relier leurs enclaves entre elles et à la Serbie et, au-delà, à acquérir le plus possible de territoires. Quelques mois après, ils contrôlaient les deux tiers environ de la Bosnie-Herzégovine (...). Quelques mois après, ils contrôlaient les deux tiers environ de la Bosnie-Herzégovine, dont plus d’un million d’habitants, musulmans dans leur grande majorité, était devenus des réfugiés [ou des déplacés]. Peu à peu, il s’est révélé que les réfugiés n’avaient pas tous été chassés par les combats. Un grand nombre ayant été expulsés par les vainqueurs, parfois après avoir été regroupés et triés dans des camps de détention » (Roux, 1992a, p. 49).

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Le dernier terme (camp de détention) était prudent, et l’auteur aurait légitimement pu parler de « camp de concentration ». J’ai franchi ce pas dans mon livre (Rosière, 2006), mais plus de dix ans après la guerre, en me fondant sur la comparaison avec les modèles mis en œuvre par les Espagnols à Cuba en 1898, ou les Britanniques durant la guerre des Boers en 1901. Cependant, la prudence du chercheur renvoie au contexte politique et à la volonté de se prémunir de quelque parti pris que ce soit ; en effet, parler de camp de concentration serbe en 1992 aurait été perçu comme un signe de partialité. Pourtant, Michel Roux décrivait bien un processus de nettoyage ethnique mené par les Serbes et le caractérisait comme un élément décisif et singularisant du conflit. « Les déplacements de populations ne sont pas la conséquence de la guerre mais son but », notait d’ailleurs à juste titre Tadeusz Mazowiecki, rapporteur spécial de la commission des droits de l’homme des Nations Unies, dans son rapport de 1995.

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L’analyse du nettoyage ethnique que mène Michel Roux est particulièrement précise et elle fait fi des grilles de lecture idéologiques et des camps en présence. Il rappelle que :

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« L’ampleur de la “purification ethnique” et la vitesse de sa mise en œuvre suggère qu’il s’agit d’un projet concerté tenu pour l’essentiel par ses promoteurs et donc d’une certaine façon consubstantiel à leur culture (du moins sa composante nationaliste). Cela invite à examiner les antécédents de la présente campagne et les conceptions qui les sous-tendent » (Roux, 1992a, p. 50).

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Dans sa généalogie du crime de « nettoyage », Michel Roux nuance les réflexions de l’historien serbe Andrej Mitrovic (p. 51), reprises par Florence Hartmann dans les colonnes du Monde (Hartmann, 1992), et s’il ne nie pas les antécédents des Oustachis croates en matière de nettoyage ethnique et d’extermination des peuples, il rappelle que les Serbes « ont leur propre tradition en matière de théorie et de pratique du nettoyage ethnique » (Roux, 1992a, p. 52). Offrant une perspective historique au nettoyage ethnique que mènent alors les Serbes, mais sans tomber dans un dénigrement excessif (cf. Grmek et al., 1993), il présente une « figure centrale de l’intelligentsia serbe de l’entre-deux-guerres » (p. 54) comme le théoricien du « nettoyage » en la personne de Vasa ?ubrilovi? (1896-1990) [6][6]  Jeune membre de l’organisation nationaliste serbe..., dont il a traduit et fait connaître le mémoire publié en mars 1937 sous le titre : « L’expulsion des Arnaoutes » [7][7]  Arnaoutes est le nom qui était donné à cette période....

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Dans ce bréviaire du nettoyage ethnique, Vasa ?ubrilovi? constatait l’existence d’un « triangle » peuplé d’Albanais s’enfonçant en territoire serbe depuis le Kosovo et menaçant de rompre la continuité territoriale entre Serbes et Macédoniens. S’inspirant de l’expulsion des Albanais de la Toplica [8][8]  Territoire situé entre le Kosovo actuel et la ville... après 1878, Vasa ?ubrilovi?, considérait que les autorités yougoslaves, trop laxistes depuis 1918, devaient parachever ce processus d’expulsion.

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Dans son mémoire, Vasa ?ubrilovi? décortique les moyens à utiliser contre ces Albanais. Le « stress ethnique » est l’une des conditions les plus importantes de la réussite du « nettoyage » [9][9]  La notion de stress ethnique n’est pas utilisée par.... En effet : « Pour réaliser ce transfert en masse, la première condition est la création d’une psychose appropriée, ce qui peut se faire de multiples manières ». L’appareil d’Etat joue aussi un rôle dans le « stress ethnique », pensé comme une étape avant la violence ouverte et physique. Et Michel Roux évoque la palette impressionnante des méthodes de harcèlement légal. Pour Vasa ?ubrilovi?, l’Etat doit rendre aux Albanais « le séjour insupportable chez nous », par des contraintes d’ordre juridique : « amendes, emprisonnements, application rigoureuse de toutes les dispositions de police, condamnations [de toutes sortes] ; économique : « méconnaissance des anciens titres de propriété (...), remboursement forcé des dettes publiques ou privées, (...), destitution des fonctionnaires d’Etat, des employés privés et municipaux, etc. » ; sanitaire - notamment vis-à-vis du bétail - ; religieuse - persécution des prêtres, dévastation des cimetières, etc. (tous ces éléments sont rapportés par Michel Roux, 1992, p. 53-54 mais on ne saurait trop recommander la lecture du texte original qui représente un cas d’école dans une lecture « réaliste » et cynique des Relations internationales ou interethniques…) [10][10]  Une version en anglais du mémoire de ?ubrilovi? est....

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L’objectif du texte de Michel Roux est de souligner la continuité d’une pensée favorable à la transformation par la violence de la situation ethnique depuis la Yougoslavie royale jusqu’à la Serbie de Slobodan ?Miloševi? ?pour infirmer la pensée alors répandue selon laquelle la seule source de cette politique serait la pensée fasciste des Oustachis croates.

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Tentant d’évaluer cette politique qu’il a située dans un cadre diachronique, Michel Roux montre que, durant l’été 1992, la moitié environ de la population de Bosnie se trouve « du mauvais côté » de la ligne de front (p. 58) - soit des Croates et Musulmans du côté serbe et Serbes du côté croate ou Musulman. Ainsi le potentiel de nettoyage est-il encore considérable. Par ailleurs, Michel Roux montre que la tension augmente alors au Kosovo qui pourrait se retrouver pris dans l’engrenage, tout comme l’Albanie (p. 59).

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Surtout rejetant l’idée de haines multiséculaires, notamment entre Croates et Serbes, Michel Roux souligne que les campagnes militaires du début des années 1990 ne correspondent pas à des « traditions » mais à des « stratégies » et que ces politiques sont construites et non pas innées. Éliminant les explications simplistes, Michel Roux restitue de la complexité et de la nuance par rapport à des analyses fondées sur de prétendues haines ataviques entre peuples des Balkans, une réflexion critique que conduira aussi magistralement l’historienne bulgare Maria Todorova (Todorova, 1997).

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Dans cet article, Michel Roux a donné une définition précise du nettoyage ethnique qui rappelle que le « nettoyage » est une politique d’expulsion et non de massacres systématiques (ce que nous appellerions plutôt un génocide – interprété comme synonyme d’extermination).

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« [Le nettoyage ethnique est] une politique d’homogénéisation nationale forcée d’un territoire par expulsion (et accessoirement massacre) des éléments jugés indésirables. Une politique que l’on impute à ses ennemis, mais qu’on ne se vante guère de pratiquer soi-même. C’est pourquoi le sujet n’est guère abordé. Les innombrables textes où l’on projette une Grande Serbie, Croatie, Grèce, Bulgarie, etc. fourmillent de justifications d’ordre historique, démographique, culturel, géopolitique et autres, mais bien peu s’abaissent à considérer dans le détail les basses besognes que suppose la réalisation de leurs rêves » (Roux, 1992a, p. 51).

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L’auteur a bien compris que les projets géopolitiques des nationalistes de tous bords impliquent une redistribution ethnique fondée sur la violence de masse, les crimes de guerre, etc. Il est tout à l’honneur de Michel Roux de ne point souscrire à de tels objectifs (et donc méthodes) qui visent in fine à changer les frontières. « La purification ethnique vise à créer l’irréversible ; si l’on vient à négocier un partage territorial (…) les dirigeants serbes pourront arguer de la nouvelle composition nationale pour prétendre conserver un maximum d’espace » (Roux, 1992, p. 60) - ce qui est peu ou prou advenu lors des négociations des accords de Dayton signé en 1995.

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Pour terminer sur cet article, soulignons que, dans l’éditorial du même numéro, Yves Lacoste se déclare lui favorable au déplacement forcé de populations, il appelle à l’ouverture d’une « conférence internationale sur les problèmes de nations et de territoires » (Lacoste, 1992, p. 42) permettant :

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« des échanges de territoire, des déplacements de population [qui] doivent être menées sur la base de la répartition territoriale des diverses nationalités avant l’éclatement du conflit (..). Certes, de tels transferts de population signifient pour les familles bien des douleurs et des peines, et ce n’est pas la première fois hélas, qu’il en serait ainsi dans les Balkans » (Lacoste, 1992, p.45).

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L’opposition entre les deux textes qui ouvrent ce numéro est complète. Yves Lacoste se pose en expert bientôt appelé à jouer les de Martonne dans une conférence internationale, en praticien de la géopolitique, évoquant la souffrance à venir des vaincus pour mieux la minorer. Son raisonnement est au service des Serbes : « il n’y a malheureusement pas de Bismarck serbe » (Lacoste, p. 41), écrit le directeur d’Hérodote dans sa comparaison risquée entre les « questions » serbe et allemande. Michel Roux est plus modeste et vise seulement à mener une analyse scientifique du conflit en cours. Par ailleurs, il exprime ses réticences vis-à-vis des déplacements forcés, regrettant la destruction de « la séculaire interpénétration des peuples et des cultures » en Yougoslavie (Roux, 1992a, p. 60). Ce faisant, il s’affirme comme un historien, autant qu’un géographe et un politiste, soucieux d’interculturalité et de dialogue.

Michel Roux et le nettoyage ethnique au Kosovo (1999)

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Michel Roux était l’un des meilleurs connaisseurs français des Albanais. Il est l’auteur du livre décisif Les Albanais en Yougoslavie. Minorité nationale, territoire et développement, publié en 1992, que l’on peut considérer comme son grand œuvre [11][11]  Ce livre était issu de sa thèse de doctorat d’État,....

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Dans ce livre remarquable par la clarté de sa composition et son érudition, s’il ne parlait pas de « nettoyage ethnique » - l’expression n’avait pas encore été forgée, elle ne l’a été qu’en 1992 -, il souligne à la fin de l’ouvrage la faiblesse de l’irrédentisme albanais vis-à-vis du Kosovo et, dans cette dernière province, la faiblesse des mouvements favorables au rattachement à l’Albanie (Roux, 1992, p. 461). L’existence d’un Kosovo indépendant depuis la publication de cet ouvrage - proclamée unilatéralement le 17 février 2008 - mais resté séparé de l’Albanie souligne, là aussi, la justesse de l’analyse de Michel Roux (ce qui ne veut pas dire qu’une fusion entre les deux entités ne soit pas totalement inenvisageable, en tout cas, elle ne pouvait se concrétiser dans le contexte des années 1980-90).

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Sa bonne connaissance du Kosovo et de l’Albanie permet à Michel Roux, là aussi, d’analyser à chaud mais avec justesse, la guerre au Kosovo (mars-juin 1999) dans Dix clés pour comprendre le Kosovo publié en octobre 1999 (soulignons, là aussi, sa réactivité). Dans ce livre, Michel Roux pose dix questions essentielles (1. Qu’est-ce que le Kosovo ? 2. Pourquoi les Serbes considèrent-ils le Kosovo comme le berceau de leur nation, alors que les Albanais y sont majoritaires ? etc.), parmi lesquelles, dans le chapitre 7, celle du « nettoyage ethnique » (7. Quel est le bilan de l’épuration ethnique réalisée par les forces serbes durant la guerre ?).

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Rappelons qu’entre mars et avril 1999, les forces serbes et les paramilitaires au Kosovo organisent l’exode de centaines de milliers d’Albanais vers la Macédoine et l’Albanie voisines. Au paroxysme de la crise (avril-mai 1999), 1,6 million de personnes sur une population totale évaluée à 1,9 million étaient réfugiées à l’étranger ou déplacées à l’intérieur de la province. Ces chiffres ont été discutés, ainsi pour Michel Roux, il devait malgré tout rester 500 000 Albanais au Kosovo au plus fort des expulsions. Dès septembre 1999, on estimait en tout cas à environ 770 000 le nombre d’Albanais qui étaient retournés au Kosovo dont 718 000 étaient revenus des pays de la région et, plus intéressant, 54 300 autres, venus de la diaspora d’Europe, d’Amérique et d’Océanie dans un territoire désormais affranchi de la tutelle serbe.

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Les méthodes employées par les Serbes et leurs résultats sont examinés (p. 74-78). Michel Roux rappelle que le « nettoyage ethnique » avait d’abord pour but, comme les techniques de villagisation utilisés durant les guerres d’Algérie ou du Vietnam de couper la guérilla rurale albanaise de l’UCK (Ushtria Çlirimtare e Kosovës) apparue en 1996, notamment dans la Drenica. Le nettoyage ethnique prenait, dans ce cas, la dimension d’une technique de contre-insurrection.

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« Dès l’été 1998, le HCR évaluait à 300 000 le nombre de personnes déplacées dans la province. Cependant, les combats n’étant pas généralisés, la grande majorité a pu être hébergée dans d’autres parties de celle-ci [...]. C’est un peu après le début des frappes aériennes, le 6 avril que le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, fait état pour la première fois d’une opération Potkova (Fer à cheval) en cours d’exécution, destinée à expulser en masse la population, y compris celle des villes. Les forces yougoslaves, disposées à la manière d’un fer à cheval ouvert en direction du sud-ouest, étaient censées nettoyer le terrain, de proche en proche, dans cette direction (ce que suggère la chronologie et les événements exposés auparavant par l’auteur) » (Roux, 1999, p. 75)

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Comme le rappelle l’auteur, le « nettoyage » prend bientôt un caractère tous azimuts et de masse.

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« La méthode d’expulsion des habitants, proche de celle qui fut employée en Bosnie, principalement mais non exclusivement par les forces serbes locales, est connue par une masse de témoignages de réfugiés » (Roux, 1999, p. 77).

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Pour résumer, cette tactique consiste à bombarder les agglomérations :

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« soit dans le cadre d’engagements avec l’UCK, soit et de plus en plus, seulement pour préparer les habitants à ce qui va suivre » (Ibid.)

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C’est-à-dire : expulsion systématique (après sélection des expulsés), accompagnés par « cinq types de pratiques » : pillage des biens, destruction des maisons, détention forcée et/ou usage de boucliers humains, destruction des documents (papiers d’identité, titres de propriété, cadastres ou registres d’État civil), puis destruction des preuves des massacres.

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« La société kosovare sera longue à apaiser » conclue Michel Roux à la fin de cet ouvrage. Et l’on comprend effectivement mieux les tensions récurrentes entre Serbes et Albanais à la lecture de ces pages.

Le chercheur libre et l’homme intègre

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Derrière chaque chercheur, il y a un individu. Michel Roux était un homme libre. C’est le plus beau, et l’un des plus rares compliments que l’on puisse faire à un chercheur alors que la règle veut plutôt que, dans le milieu universitaire, on appartienne, coûte que coûte, à une chapelle et que l’on suive la doxa. Ces filiations sont pourtant souvent des entraves intellectuelles qui pèsent sur la réflexion et génère l’autocensure, elles sont une des dimensions négatives du métier — le refus des géographes, pendant des décennies, de prendre en considération les violences politiques comme facteur spatial structurant du peuplement le démontre de façon éloquente et même jusqu’à l’absurde.

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Michel Roux n’avait rien d’un mandarin ou d’un homme de chapelle (sinon la balkanologie). Natif d’Aurillac, et enseignant à l’université de Toulouse-Le-Mirail, il était rattaché à un laboratoire de l’université Paul Valéry de Montpellier (l’UMR 5045 CNRS Mutations des Territoires en Europe, avec Marie-Claude Maurel autre grand nom des études est-européennes), plus axé sur ses thématiques régionales. A cheval sur plusieurs cercles (il était par exemple aussi membre du Groupe de recherche en histoire immédiate de Toulouse-Le-Mirail), il pouvait dialoguer aussi bien avec les Serbes et les Albanais qu’avec Roger Brunet ou Yves Lacoste - les deux grands rivaux de la géographie française des années 1990 - les « rivalités de pouvoir » (sic) entre les deux maîtres étant peut-être encore plus compliquées à gérer que celles opposant les deux peuples.

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Michel Roux était libre de confronter le pays qu’il étudiait à ses démons nationaux, sans pour autant réduire ce pays, ses habitants, à ces démons nationaux. Bon connaisseur du serbo-croate, il a su éviter le syndrome, si fréquent parmi les chercheurs, de s’en tenir aux versions officielles, prises comme argent comptant et non soumises à un regard critique ainsi qu’aux analyses à l’emporte-pièce commandée par des filiations ou des partis pris partisans.

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Chercheur obstiné, c’est lors d’un de ses séjours en Serbie (commencés dès sa maîtrise consacrée à Belgrade) qu’il avait fouillé dans les archives militaires serbes et y avait débusqué et traduit les écrits de ?ubrilovi?, mentionnés plus haut. Ces textes étaient conservés à l’Institut d’histoire militaire de l’Armée Nationale Yougoslave (AJNA) de Belgrade [12][12]  AJNA, subdivision : Archives de l’ancienne armée yougoslave,.... Comme le rapportait Michel Roux, ce « tapuscrit signé de la main même de ?ubrilovi? est doté d’annexes (dont un aperçu statistique de la colonisation des « régions méridionales » jusqu’en 1935) et d’une carte où, sur la Toplica, apparaît, de la main de l’auteur la mention : “Territoire nettoyé de ses Albanais” ». Michel Roux consignait tout. C’était faire preuve de ténacité que de débusquer ce type de document, de liberté par rapport aux postures de la géographie « classique » (de Martonienne) dédaignant ce type de ressource ; enfin n’était-ce pas d’une grande honnêteté que de traduire et d’analyser ces textes ? N’aurait-il pas été plus facile de les passer sous silence dans un contexte tendu parmi les géographes français entre les pro-croates (rares en France) et les pro-serbes ?

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La liberté de Michel Roux c’était aussi sa capacité à publier cet article sur le nettoyage ethnique dans la revue Hérodote dont le rédacteur en chef affichait des positions proserbes (soulignons comment le n°67 d’Hérodote s’appelait la « question serbe » et non pas yougoslave, ce détail n’est pas anecdotique), et appelait à organiser une « conférence internationale sur les problèmes de nation et de territoire » (Lacoste, 1992, p. 42). Un de objets de cette conférence étant, selon Lacoste, de contraindre les Croates (et les Allemands) à négocier et modérer leur entreprise commune de mise sur pied d’une nouvelle Mitteleuropa au service de Berlin.

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« Les objections ne manqueront pas à l’organisation d’une telle conférence, et les Croates qui n’y ont pas intérêt auront sans doute le soutien de l’Allemagne pour exiger le repli des Serbes en deçà des limites de la Serbie, ce que ces derniers refuseront bien évidemment » (Lacoste, 1992, p. 42).

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La suite n’a pas donné raison à Yves Lacoste, les négociations se sont déroulées aux États-Unis (près de Dayton) et, contrairement aux conférences de l’après Première Guerre mondiale aucun géographe français n’y fut convié ; et le parti pris serbe qui avait prévalu en 1919 n’a pas, cette fois, été de mise.

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Surtout, il est clair que donner son avis nettement dans ce débat académique était une prise de risque. Je mentionnerais ainsi le fait de présenter une figure centrale de l’intelligentsia serbe comme un théoricien du nettoyage ethnique… Ou le fait d’attaquer ouvertement certains éléments des raisonnements géopolitiques serbes :

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« Il n’est plus possible d’accepter comme argent comptant la thèse serbe selon laquelle les Albanais ne sont, au Kosovo-Metohija, que des envahisseurs récents » (Roux, 1992a, p. 55).

52

D’expérience, le danger était clair. La revue Hérodote était plutôt l’outil d’une politique de puissance : celle de son directeur dans un combat des chefs (contre Roger Brunet et, au-delà, pour sa propre influence politique et non pas académique). Ce faisant, elle devenait le support d’une doxa à affirmer, en tout cas certainement pas à contredire ouvertement. Mais, Michel Roux n’en avait cure et se savait protégé par son statut et surtout sa connaissance sans équivalent en France du théâtre des guerres liées à la dislocation de la Yougoslavie. Il était sur ce sujet, un homme ressource indispensable.

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Enfin, je voudrais dire un dernier mot sur l’homme. Michel Roux, c’était aussi la chaleur humaine, je l’avais contacté en 1999 pour diriger mon HDR et, à la suite de son accord rapide, je suis devenu étudiant à Toulouse-Le-Mirail pendant 4 ans - tout en étant Maître de conférence à Nancy. Chaque année à partir de 2000, et au moins une fois par an, j’allais à Toulouse faire le point avec le garant de mon HDR. En général, nous nous retrouvions chez lui et Nicole, sa femme, à Brax.

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J’étais à chaque fois reçu avec simplicité et une grande gentillesse par la famille - qu’elle sache à travers ce texte que je n’ai jamais oublié son accueil chaleureux et désintéressé (Michel m’avait prévenu qu’aucun poste ne m’attendait à Toulouse et je n’en avais cure, notre relation n’était fondée sur aucun intérêt particulier. Ce n’était pas un poste qui était en jeu, c’était le sens à donner à une carrière).

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A chacun de mes passages à Toulouse, j’étais invité à déjeuner à Brax. Puis Michel et moi travaillions ensemble, soit dans son vaste bureau aux murs entièrement couverts de livres - une bibliothèque de balkanologue sans guère d’équivalent ; il y avait là un « fond » Michel Roux à préserver et valoriser -, soit dans le jardin, assis sous le cerisier dont nous mangions les fruits crus ou en délicieux desserts. La figure du Bosniaque hantait nos discussions abritées par les branches du cerisier. Là, dans ce cocon ombragé, nos échanges sont toujours restés constructifs, passionnants et dépassionnés.

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Si je suis devenu professeur des Universités à la fin de cette aventure magnifique que fut l’HDR et si j’ai retrouvé le goût de la recherche que la thèse m’avait, elle, a peu près enlevé, c’est à Michel Roux que je le dois, et la dette que j’ai envers lui est de ce point de vue immense. En commençant mon HDR en 2000, j’étais en fait en train de sortir d’une phase de doute profond qui avait suivi ma « sortie de thèse » (comme on fait une « sortie de route »). Michel Roux m’a remis en ordre de marche, il m’a redonné le goût de la recherche, avec son mélange si personnel d’exigence académique et de grande humanité, il m’a rendu confiance dans les Humanités. Le chercheur que je suis aujourd’hui devenu lui doit ainsi énormément qu’il en soit ici remercié ; il reste pour moi un modèle à suivre.


Bibliographie

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    • ?TODOROVA M., 1997, ? ?Imagining the Balkans? ?, Oxford, Oxford University Press, 257? ?p.?

Notes

[1]

Le peuplement étant ici considéré comme la répartition de la population dans l’espace, ou « la manière dont un territoire est occupé » comme le formulait Pierre George (Dictionnaire de la géographie, 1974, p. 322)

[2]

En référence à Emmanuel de Martonne.

[3]

Signalons deux exceptions comme l’« Enquête sur le bombardement des digues du fleuve Rouge (Viêt-nam, été 1972) » d’Yves Lacoste publié dans le n°1 d’Hérodote en 1976, ou l’article sur « La géographie du Goulag » de Roger Brunet publié en 1981 dans L’espace géographique.

[4]

Numéro dans lequel Olivier Deslondes, coordinateur de ce numéro de Géocarrefour, avait publié un article sur « La question de Macédoine » (p. 160-166).

[5]

La guerre en Bosnie-Herzégovine avait éclaté le 1er mars 1992 à la suite du référendum d’autodétermination alors que la guerre en Croatie avait débuté dès 1991.

[6]

Jeune membre de l’organisation nationaliste serbe Bosnie nouvelle, Vasa ?ubrilovi? a participé à l’attentat de Sarajevo de 1914. Géographe et historien, il intégra l’Académie des Sciences de Yougoslavie. Après 1945, malgré le changement de régime, il poursuivit une carrière politique en tant que ministre de divers gouvernements de la Yougoslavie.

[7]

Arnaoutes est le nom qui était donné à cette période aux Albanais.

[8]

Territoire situé entre le Kosovo actuel et la ville de Niš.

[9]

La notion de stress ethnique n’est pas utilisée par Vasa ?ubrilovi?, mais par Stéphane Rosière qui désigne par là toute politique « provoquant le départ d’une ethnie et interdisant son retour » (Rosière, 2006, p. 59).

[10]

Une version en anglais du mémoire de ?ubrilovi? est disponible en ligne, URL : http://www.albania2000.com/pdf/expulsion_of_the_albanians.pdf

[11]

Ce livre était issu de sa thèse de doctorat d’État, soutenue en 1990 à l’Université de Toulouse-Le-Mirail.

[12]

AJNA, subdivision : Archives de l’ancienne armée yougoslave, document classé confidentiel. Cote : B1.2, fasc. 4, boîte 69.

Plan de l'article

  1. La géographie et « l’impasse épistémologique » des violences de masse
    1. Contre la géographie politique
    2. Pour une géographie sociale et économique
  2. Michel Roux : un analyste rigoureux du nettoyage ethnique
    1. Michel Roux et le nettoyage ethnique en Bosnie-Herzégovine
    2. Michel Roux et le nettoyage ethnique au Kosovo (1999)
  3. Le chercheur libre et l’homme intègre

Pour citer cet article

Rosière Stéphane, « ‪Le Bosniaque et le cerisier. Hommage à Michel Roux‪ », Géocarrefour, 3/2014 (Vol. 89), p. 211-218.

URL : http://www.cairn.info/revue-geocarrefour-2014-3-page-211.htm


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