Accueil Revues Revue Numéro Article

Géocarrefour

2014/3 (Vol. 89)


ALERTES EMAIL - REVUE Géocarrefour

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 230 - 230
1

Cet ouvrage collectif, dirigé par Christophe Imbert, Hadrien Dubucs, Françoise Dureau et Matthieu Giroud, porte un regard synthétique sur les mobilités à l’échelle européenne, en choisissant Lisbonne comme point focal [1][1]  Une recension de ce livre a été faite par Pierre Ageron,.... D’une métropole à l’autre se différencie d’autres contributions sur ce thème par une imbrication constante entre enjeux théoriques et apports du terrain, constitué notamment de récits de parcours individuels. Ces 485 pages se fondent sur une enquête menée entre autres par le laboratoire MIGRINTER, dans le cadre du projet de recherche MEREV (Mobilités entre métropoles européennes et reconfiguration des espaces de vie ), de 2007 à 2010.

2

S’inscrivant dans la lignée de travaux récents sur les mobilités (Dureau et Hily, 2009 ; Kaufmann, 2008 ; Stock, 2006 ; Tarrius, 1992), cette recherche questionne « l’habiter » des populations qui circulent à plusieurs échelles. Le changement de paradigme d’une géographie des transports et des facteurs de la mobilité, vers une géographie des mobilités par ceux qui la pratiquent, est assumé avec un éclairage interdisciplinaire. Il ne s’agit pas de borner une notion aussi riche que celle des mobilités mais plutôt d’appréhender ces mouvements comme un prisme d’analyse des dynamiques métropolitaines contemporaines. Le choix du terrain lisboète, lui, se justifie par le caractère apparemment périphérique de cette métropole, et par la connaissance qu’en a Mathieu Giroud grâce à sa thèse sur l’« habiter-résistant » en quartier gentrifié à Grenoble et Lisbonne (Giroud, 2007).

3

Les trois parties de l’ouvrage ouvrent la « boîte noire » (p. 22) de la fabrique des circulations. Le dialogue constant entre les différents chapitres répond à l’ambition systémique de la recherche. Dans un premier temps, Françoise Dureau, dont l’apport scientifique est salué dans l’avant-propos, dresse l’état de l’art des mobilités et précise les enjeux méthodologiques, des sources convoquées au traitement des données. Elle souligne le passage d’une vision techniciste et désincarnée des mobilités, à une approche plus subjective, où les circulants sont des référents d’analyse afin de lire les dynamiques urbaines. La deuxième partie présente le contexte d’étude grâce à un diagnostic territorial et diachronique du cas lisboète, qui réintègre la capitale au sein des métropoles européennes par le poids des mobilités qui s’y jouent. En effet, malgré sa position modeste dans les classements de villes, Lisbonne fait face à la compétitivité grâce à l’évolution des politiques publiques et économiques, et surtout à des flux de personnes qui en font un microcosme des mobilités européennes. Une « mise en terrain » rigoureuse permet de saisir les différents types de mobilités dans leur exhaustivité, et présente le protocole de l’enquête déroulée sur six mois. Enfin, la dernière partie énonce les résultats sous forme de réponses à un système d’hypothèses. Les variables socio-démographiques (sexe, CSP, origine ethnique) et les effets spatiaux des circulations y sont questionnés. Mais les distinctions de genre ou de statut social ne suffisent pas pour autant à dégager un profil des circulations ; les réseaux familiaux et communautaires semblent, en revanche, plus pertinents.

4

Tout au long de l’ouvrage, le lecteur est confronté à un riche tableau des mobilités qui structurent l’espace européen depuis, vers et par Lisbonne. Il est assisté par une grille d’analyse précise et une présentation des résultats sous la forme d’une importante production graphique et des extraits d’entretiens.

5

L’apport de cette contribution novatrice est triple. Tout d’abord, grâce aux réflexions denses sur les termes de « circulations », « mobilités » et « système mobilitaire », du point de vue théorique et après confrontation au terrain. Ces notions classiques de la géographie ont en effet des significations multiples, comme en témoignent les deux notices « circulation » des Dictionnaires de la géographie de Brunet (2004) et de Lévy et Lussault (2003) : tandis que le premier assimile la circulation au déplacement dans une approche top down évacuant l’acteur, le second insiste sur la circulation comme pratique modifiant les espaces urbains et visant à créer un « champ circulatoire ». Ici, le choix du terme « circulations » se justifie par son caractère générique et sa profondeur géographique, en termes d’acteurs, d’espaces et de ressources, qui en font un fait social constitutif de la fabrique des territoires. Cependant, au fil du texte, les auteurs semblent perdre de vue ces précisions sémantiques. Deuxièmement, la rigueur méthodologique et le décentrement par rapport à l’objet de recherche sont remarquables. Par une réflexion claire sur la disponibilité des sources et des aller-retour constants entre approche quantitative et qualitative, le travail gagne en précision. L’élaboration du protocole de recherche est décrite de façon exhaustive, même dans ses biais méthodologiques et ses contraintes matérielles, ce qui souligne la complexité du dessein de l’ouvrage. La présentation de résultats intermédiaires ainsi que les nombreux encarts prouvent le souci pédagogique de cette recherche. Enfin, la compréhension globale de ces circulations est facilitée par un audacieux jeu d’échelles qui permet à la fois de repositionner Lisbonne au sein des métropoles d’influence en Europe, tout en retraçant les parcours migratoires à l’échelle locale et leurs implications aussi bien à l’échelle individuelle et qu’à celle de la ville ou du quartier.

6

Toutefois, certains manques sont à souligner, sans remettre en cause la richesse de cette recherche. La faiblesse de la production cartographique, malgré quelques cartes de localisation des terrains et la description de certains parcours circulatoires, est à noter. Ensuite, le programme de recherche MEREV concernant cinq capitales, une comparaison avec une capitale de même profil (en position relativement périphérique, à la taille moyenne) aurait été bienvenue. La notion de réseau, structurant les systèmes circulatoires, serait enfin à préciser, en particulier son rôle dans la dialectique entre ancrage et mobilité, car c’est finalement cette capacité d’adaptation à des contextes de mobilité ou de station qui est valorisée.

7

Contribuant à une géographie compréhensive des mobilités par un matériau d’enquête précieux et un cadre théorique solide, cet ouvrage permet de repenser l’européanisation et la mondialisation « par le bas », et répond au souhait invoqué par Jean-Louis Mathieu dans sa notice « circulation » (Lévy et Lussault 2004, p. 159) d’une « géographie de la circulation envisagée globalement et dans toutes ses implications spatiales ». Cette étude se rapproche d’un programme de recherche germanophone mené par Michaela Schier sur la « multilocalité » des familles [2][2]  www.dji.de/multilokale_familie , et notamment les pratiques du ?alltägliches Geographie-Machen? ? [3][3]  Faire la géographie au quotidien? ? ?: par une enquête ethnographique à l’échelle de l’Allemagne, il s’agit d’analyser les mobilités des enfants de ménages divorcés, et leur capacité à recréer les liens familiaux, malgré un ancrage multiple et la distance. De façon plus globale, cette approche des circulations invite à repenser la géographie elle-même, à travers la gestion de la ressource spatiale par les acteurs.


Bibliographie

    • DUREAU F. et HILY M-A. (dir.), 2009, Les mondes de la mobilité, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, coll. Essais, 189 p.
    • GIROUD M., 2007, Résister en habitant ? Renouvellement urbain et continuités populaires en centre ancien (Berriat Saint Bruno à Grenoble et Alcantara à Lisbonne), Thèse de doctorat, Université de Poitiers, 518 p.
    • KAUFMANN V., 2008, Les paradoxes de la mobilité. Bouger, s’enraciner, Lausanne, Presses polytechniques et universitaires romandes, 115 p.
    • STOCK M., 2006, L’hypothèse de l’habiter polytopique : pratiquer les lieux géographiques dans les sociétés a? individus mobiles, EspacesTemps.net, http://espacestemps.net/document1853.html
    • TARRIUS A., 1992, Les Fourmis d’Europe. Migrants riches, migrants pauvres et nouvelles villes internationales, Paris, L’Harmattan, 208 p.

Notes

[1]

Une recension de ce livre a été faite par Pierre Ageron, sur le site Clionautes, à destination des enseignants du secondaire : http://clio-cr.clionautes.org/c-imbert-h-dubucs-f-dureau-m-giroud-dir-d-une-metropole-a-l-autre-armand-colin-recherches-475-p.html#.VBk1KdzyAnE

[2]

www.dji.de/multilokale_familie

[3]

Faire la géographie au quotidien

Pour citer cet article

Meyfroidt Aurore, « ‪Christophe Imbert et al., D’une métropole à l’autre. Pratiques urbaines et circulations dans l’espace européen‪ », Géocarrefour, 3/2014 (Vol. 89), p. 230-230.

URL : http://www.cairn.info/revue-geocarrefour-2014-3-page-230.htm


Article précédent Pages 230 - 230
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback