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Géocarrefour

2014/4 (Vol. 89)


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Depuis une dizaine d’années environ, c’est en effet l’accent mis sur le développement d’un tourisme fondé sur les richesses naturelles malgaches qui, pour l’essentiel, a alimenté les campagnes de promotion du pays et soutenu une fréquentation touristique bien incertaine, minée par l’instabilité politique du pays et ses corollaires (insécurité croissante, déficiences multiples …).

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L’objet principal du livre, au titre de la sociologie politique, est d’abord d’étudier comment s’est mise en place une politique publique, en l’occurrence celle de la protection de l’environnement, son jeu d’acteurs, et la place qu’y tient le tourisme, retenu, parmi d’autres possibles, comme objet d’étude privilégié illustrant les méandres, la pertinence et les résultats de ladite politique.

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Le tourisme proprement dit est l’objet du cinquième et dernier chapitre, comme pour couronner la démonstration de l’auteur. On regrette d’ailleurs qu’il ne soit pas plus fourni, mais on en apprend suffisamment pour apprécier l’ensemble de la démarche. Après avoir précisé le cadre conceptuel de son travail dans un domaine où les termes sont loin de faire l’unanimité (environnement, développement, tourisme …), B. Sarrasin rappelle l’évolution du contexte national ayant conduit à la politique suivie. Dans les années 1980, les orientations du développement « socialiste » de la Deuxième République malgache du président Ratsiraka ont mené le pays à une misère croissante. Le pays se voit contraint de faire appel au Fonds Monétaire International (FMI) et à la Banque Mondiale (BM), qui imposent des programmes d’ajustement structurel censés sauver le pays.

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Or, concomitamment, dans un contexte où les préoccupations environnementales mondialisées s’accroissent, le monde scientifique s’émeut de plus en plus face à la dégradation continue de l’environnement malgache si riche : déforestation accrue (besoins de bois de cuisson), érosion des sols accélérée, biodiversité mise à mal, disparition d’espèces, souvent endémiques… La démographie galopante du pays et sa misère persistante sont identifiées par les institutions internationales comme la cause de ces maux (« diagnostic de Washington »).

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L’accord se fait donc sur la nécessité d’agir en couplant protection environnementale et développement durable pour les populations rurales, dont les pratiques ancestrales persistantes (abattis-brûlis – tavy – et feux de brousse) conduisent, selon les analystes occidentaux, le pays à sa perte.

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Élaborés sous l’égide du FMI et de la BM, les Plans d’actions environnementales (PAE) sont donc censés cumuler les avantages démontrant la supériorité d’une économie libérale : sauvegarde de l’environnement et bonne gestion des ressources associées, diffusion de bonnes pratiques, création de nouvelles activités rémunératrices (guides, gardes, emplois d’hôtellerie et de restauration, artisanat…) résultant de l’accueil des touristes, apport de revenus nouveaux, insertion croissante dans les circuits marchands et ouverture consécutive sur l’extérieur, accroissement des recettes d’exportation par le tourisme… Depuis 1991, trois plans environnementaux (PE 1, PE 2 et PE 3, achevé en 2011) se sont succédé, et c’est le 3è qui s’est vraiment attaché à promouvoir l’écotourisme. Il fallait en effet préalablement établir les bases lui permettant de se développer : définition d’objectifs et de moyens avec le gouvernement malgache, bilans scientifiques permettant de délimiter les aires protégées adéquates, consultation des partenaires potentiels, formation de gardes et de guides, mobilisation des bailleurs de fonds et d’ONG compétentes, création de nouvelles institutions appropriées… Ces plans furent affectés de réorientations et péripéties multiples, non sans conflits larvés, pour lesquelles B. Sarrasin éclaire avec bonheur le jeu des relations d’acteurs (BM et FMI, gouvernement malgache au gré des innombrables remaniements, administration aux différents niveaux, scientifiques, ONG, population rurale), la gouvernance subtile qui en résulte et leur concrétisation dans des mesures censées être opérationnelles dans la lutte contre la pauvreté et pour le développement durable :.

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Ce n’est pas pour autant que la réussite soit patente, et l’auteur met bien en lumière les insuffisances des politiques élaborées. Certes, il faut du temps pour faire aboutir une politique, surtout appliquée à des sociétés aussi différentes de celles de Washington. Car, précisément, il s’interroge surtout sur la pertinence du modèle, très anglo-saxon, voire américain. Si les mesures en faveur de la biodiversité, des aires protégées, de l’environnement peuvent invoquer de réels succès, en matière de « développement local…, nous sommes loin des objectifs visés » (p. 160). Dans l’imaginaire des marchés touristiques, Madagascar est, certes, maintenant identifié surtout à l’écotourisme (réserves, lémuriens, baobabs, tortues…), mais c’est, dirons-nous, au prix d’une instrumentalisation d’un « écotourisme » qui satisfait plus politiciens, scientifiques et bailleurs de fonds que les populations rurales, finalement peu consultées et peu associées. Les handicaps structurels du tourisme malgache demeurent : hébergements insuffisants, personnel peu formé, infrastructures de transport déficientes… Les habitants peinent à se détacher des pratiques ancestrales. Les modes d’exploitation traditionnels (tavy, pâturages extensifs), adaptés de longue date à l’environnement, sont, certes, de plus en plus déséquilibrés. Ce n’est pas pour autant qu’un modèle « occidentalisé » servant surtout les intérêts des Occidentaux est la solution.

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Avec l’auteur, on peut estimer que ces efforts constituent néanmoins « un pas dans la bonne direction » (p. 161), même si l’on sait que, depuis la fin de la collecte documentaire de l’auteur et les 4 années et demi de « transition politique », la situation environnementale s’est aggravée, tant par l’exploitation sauvage et clandestine de ressources naturelles que par l’extension, parfois préoccupante et protestataire, des brûlis. Il montre excellemment l’écart entre les intentions et les résultats, et comment les institutions internationales puissantes disposent à peu près souverainement de l’avenir de pays pauvres.

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Les seuls petits reproches qu’on adressera à cet ouvrage concernent quelques cartes et tableaux peu lisibles et le fait que l’auteur soit manifestement fâché avec le subjonctif que gouverne « bien que ». En revanche, près d’une centaine de pages de textes législatifs et règlementaires sur le sujet et une copieuse bibliographie font de ce livre une référence indispensable à qui veut comprendre l’évolution de Madagascar depuis trois décennies, mais aussi comment un « potentiel » environnemental et touristique est érigé en objet majeur de développement par l’intervention de puissances sans doute plus soucieuses de leurs intérêts que de ceux des populations de base.

Résumé

Français

Considéré sous l’angle de la façon dont peuvent naître les objets touristiques, c’est un ouvrage passionnant que nous livre Bruno Sarrasin, professeur à l’Université du Québec à Montréal. Issu d’une thèse de science politique complétée, ce livre, malgré son titre, n’est consacré ni à l’environnement, ni au développement, ni au tourisme, mais, à la charnière des trois, à la façon dont tout un système d’acteurs est parvenu à faire reconnaître, sur deux décennies environ, l’écotourisme comme outil présumé majeur de développement.

Pour citer cet article

Dewailly Jean-Michel, « ‪Bruno Sarrasin et coll., Environnement et développement à Madagascar. Du plan d’action environnemental à la mise en valeur touristique des ressources naturelles‪ », Géocarrefour, 4/2014 (Vol. 89), p. 282-282.

URL : http://www.cairn.info/revue-geocarrefour-2014-4-page-282.htm


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