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Géocarrefour

2015/1 (Vol. 90)


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Voici un travail collectif sur six métropoles, Shanghai, Mexico, Lima, Le Cap, Hanoï, Abidjan, toutes situées au Sud, ou plutôt dans les Suds au pluriel, pour reprendre le titre de l'ouvrage soulignant la diversité de leurs contextes économiques, sociaux et culturels. Aussi, est-il précieux que Jean-Louis Chaléard dise l'objectif dans une introduction générale : voir dans quelle mesure la mondialisation recompose les grandes villes du Sud autrement qu'elle ne le fait pour celles du Nord. Certes, les Suds sont divers, et selon les héritages historiques, la pression démographique et encore davantage selon les niveaux d'émergence, l'impact de la mondialisation ne sera pas identique. Toutefois, partout, il y a impact. Les changements dans la structure économique et le tissu social ne peuvent manquer d'affecter la structure spatiale de ces très grandes villes, le pari étant ici tenu que les périphéries urbaines offrent un angle d'approche éclairant. Quatre entrées thématiques à cet effet : d'abord, la place des périphéries dans la division sociale de l'espace urbain, puis les réseaux d'infrastructure et l'aménagement, ensuite le devenir des espaces ruraux péri-urbains, enfin et dans une réflexion qui surplombe les autres, le problème de la gouvernance urbaine. On le voit, sont traités les problèmes du gigantisme des périphéries urbaines dans les Suds davantage que le processus de métropolisation entendu comme la concentration des fonctions de commandement dans quelques villes intégrées dans le réseau de l'économie mondialisée. Certes, les deux processus sont liés, et le titre joue sur l'ambiguïté des termes : il s'agit de métropoles, oui, mais des Suds, et donc de la périphérie par rapport au Nord, et qui ont elles-mêmes des périphéries traduisant cette inégalité. Il demeure que le phénomène de métropolisation dans les Suds est envisagé pour ses conséquences dans l'espace des périphéries urbaines et non dans les mécanismes qui expliquent sa genèse et son fonctionnement. Tel est l'objet de la recherche dont il est ici rendu compte.

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Plusieurs problèmes apparaissent récurrents, telle l'évolution sociologique des métropoles et son inscription spatiale dans l'espace urbain. La polarisation entre riches et pauvres, avec en conséquence la forte ségrégation, se voit dans tous les cas, et aussi, liée au fait que par définition les métropoles s'insèrent dans la mondialisation, la montée des classes moyennes. Mais cette insertion est sélective et la fracture sociale qu'elle constitue est source d'une fragmentation urbaine qui met à mal la cohésion territoriale. L'étude sur Lima le montre, comme celle sur Mexico (de bonnes cartes le donnent à voir), même si, et c'est également le cas à Abidjan, des programmes immobiliers destinés aux classes moyennes en essor nuancent cette opposition. Les analyses portant sur Shanghaï montrent que, malgré l'explosion immobilière dont s'est emparée l'économie de marché, le pouvoir central entend garder le contrôle de la périphérie à travers la création de villes nouvelles. À Hanoï, c'est le projet du Grand Hanoï qui veut intégrer les villages de la périphérie dans un schéma directeur séparant la résidence, l'industrie, le commerce et le loisir, en rupture avec leur tradition de multi-activités. Partout se pose le problème de la mobilité et donc de la construction des infrastructures de circulation. Dans beaucoup de cas, et bien qu'il s'agisse d'agglomérations immenses, le fait agricole n'a pas disparu. A Mexico, les derniers chinampas sont certes menacés. Mais ce déclin n'est ni fatal ni général. C'est que, outre sa fonction alimentaire elle-même en mutation (recul du vivrier, mais essor des cultures fruitières et maraîchères), l'agriculture péri-urbaine joue un rôle social et environnemental précieux pour les citadins. Que ces problèmes interfèrent les uns avec les autres et que naissent des conflits d'usage du sol ne surprend donc pas. C'est tout le problème de la gouvernance, de la politique à suivre concernant l'informel (faut-il partout régulariser les occupations irrégulières du sol, et comment ?), de la concurrence éventuelle entre l'autorité de l'État central et les souhaits des autorités locales, du maillage politico-administratif de l'espace bâti. Autant de questions qui renvoient à celle-ci, implicite dans le titre et sous-jacente à toutes les contributions de l'ouvrage : comment être une métropole aux Suds.

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Comme il arrive souvent dans les ouvrages à plusieurs voix, les études de cas sont d'un intérêt inégal et, quand elles confrontent plusieurs métropoles pour dépasser le genre monographique, elles ne sont pas toujours très convaincantes sur la portée heuristique des comparaisons. Davantage synthétiques, trois textes traitent du sujet par aire culturelle. Après avoir rappelé comment dans les années 1980, l'idée de fragmentation urbaine née des travaux de Sakia Sassen a inspiré les travaux sur les villes latino-américaines, Marie-France Prévot-Schapira mentionne les tendances lourdes de leur évolution sociale, en particulier la montée en puissance de la petite classe moyenne, et souligne les tensions induites dans les métropoles par des impératifs parfois contradictoires : l'impératif économique de la compétitivité, l'impératif social du logement, l'impératif environnemental de la ville durable. Ces problèmes se retrouvent en Afrique noire, où Alain Dubresson note également la nécessité de rendre les métropoles plus compétitives dans la mondialisation en même temps qu'il faut combattre la pauvreté de masse, et ce dans un contexte où l'État paraît démuni devant le marché ! Le retour de l'État lui paraît indispensable, et avec lui une régulation plus efficace. Quant aux métropoles du Sud en Asie, Charles Golblum montre les grands projets d'aménagement qui les concernent et qui renforcent leur primauté dans les systèmes urbains en même temps qu'ils font naître de nouvelles relations fonctionnelles entre leurs centres et leurs périphéries respectives. Avec lui et à la lecture de cet ensemble d'études, on peut s'interroger sur la capacité des composantes des périphéries à faire système, ainsi que la capacité des édiles à en gouverner le fonctionnement comme le développement.

Pour citer cet article

Bret Bernard, « ‪Jean-Louis Chaléard (dir), Métropoles aux Suds, Le défi des périphéries ?‪ », Géocarrefour, 1/2015 (Vol. 90), p. 26-26.

URL : http://www.cairn.info/revue-geocarrefour-2015-1-page-26.htm


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