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Géocarrefour

2015/2 (Vol. 90)


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Voici, sous une présentation très soignée, la publication des actes du colloque de 2010 qui consacrait le projet ANR ALPAGE (2006-2010). Le sous-titre, « Analyse géomatique de l’espace parisien médiéval et moderne », montre bien la dynamique de recherche que l’ANR a initiée : la recherche d’un support cartographique « moderne », en l’occurrence le plan de Vasserot (1810-1836) et sa vectorisation dans un SIG et, parallèlement, une enquête très poussée sur la structure urbaine de Paris. ALPAGE est l’acronyme de « AnaLyse diachronique de l'espace urbain Parisien : approche GEomatique », le programme est « fondé sur l’active collaboration entre 4 équipes de recherches (3 SHS et 1 STIC), qui ont signé un accord de consortium en 2009 : le LAMOP de Paris 1, porteur du projet, qui comprend des historiens, spécialistes d’histoire urbaine et des outils numériques, LIENSs de La Rochelle, avec des géographes spécialisés en géomatique, ArScAn à Nanterre, rassemblant des archéologues et géomaticiens compétents en SIG et en archéologie francilienne, L3i de la Rochelle, regroupant des informaticiens spécialisés en reconnaissance des formes et vectorisation ».

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A la base du travail se situe l’identification d’un support cartographique détaillé, antérieur aux grands bouleversements de l’époque haussmannienne, susceptible de servir de support à une base de données ouverte. Le choix du plan de Philibert Vasserot, réalisé entre le premier Empire et la Restauration, est important : les 910 feuilles de ce document cartographique fournissent un tableau très précis des 26500 parcelles composant le Paris urbain de l’époque. A ce premier plan est associé un second, celui de l’APUR (Atelier parisien d’urbanisme, daté de 2004-2006), utilisé comme référence.

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L’ouvrage est divisé en deux parties : les « Méthodes de reconstitution du plan Vasserot… » qui regroupent six communications, et les « Analyses spatiales de l’espace parisien ancien… » en regroupent dix.

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La première partie de la publication est consacrée à la méthodologie de reconstitution du plan Vasserot, en commençant par l’étude des origines de ce travail considérable et par l’examen des données de la cartographie du plan lui-même et en réalisant notamment la légende générale du plan ou en uniformisant la reconnaissance d’éléments illustrant le plan (fours, seuils de porte, murs de jardins…). Ensuite est venu le temps du géoréférencement (réalisé avec le logiciel ArcGIS 9), qui met en évidence les difficultés liées à la déformation numérique de certaines images raster et à la création de formules mathématiques permettant ce traitement de manière automatisée. Enfin est venu le temps de l’examen critique des résultats du géoréférencement : « en conclusion, on peut dire que la qualité topographique du plan ALPAGE-Vasserot est satisfaisante » (p.76)

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Dans cette seconde partie, deux thèmes se détachent, tels qu’identifiés par les coordinateurs : tout d’abord un gros dossier consacré aux enceintes de Paris, des Carolingiens à l’époque moderne.

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Les questionnements autour des fortifications de Paris tournent autour de quatre murailles, déjà connues des historiens, voire parfois croisées par les archéologues dans les chantiers de la ville et évoquées par les chroniqueurs anciens. Qu’il s’agisse de l’enceinte dite carolingienne, signalée dès 997-998 et repérée rue du Temple et rue de Rivoli, de l’enceinte de Philippe Auguste, construite entre 1190 et 1215, mieux connue par les historiens, riche de plus de 82 tours et 27 portes ou poternes identifiées par les anomalies parcellaires, de celle de Charles V, en rive droite, construite après 1356, ou de celle dite des « fossés jaunes », bâtie après 1577, chacun de ces réseaux de fortifications fait l’objet d’un géoréférencement sur la base ALPAGE. C’est alors que l’intérêt de l’étude devient le plus visible : les trois premières enceintes sont très aisément repérables par tronçons, sous forme de linéaments, même si, comme dans le cas de celle de Philippe Auguste, elles ont été très largement détruites par les travaux haussmanniens. Dans le cas de l’enceinte carolingienne, l’intérêt de la recherche menée avec ALPAGE est de monter que, malgré une disparition au plus tard dans le courant du 13e s., la résilience de son tracé se retrouve sur un millénaire est a conservé un « morphogène plus ou moins structurant de l’espace urbain environnant » (p.96). En effet, comme le montrent les figures 3 et 4 de l’article, elle continue d’influencer le réseau parcellaire et viaire jusqu’au plan Vasserot, sur lequel un ensemble de « linéaments » en relation avec l’enceinte est bien repéré, alors qu’au-delà de l’enceinte, en direction de l’enceinte de Philippe Auguste, une nouvelle trame parcellaire est présente, sans doute en lien avec l’organisation templière (censive du Temple). L’enceinte de Charles V, très imposante dans les moyens en espace mobilisés (rue des remparts, levée de terre, fossés, dont un en eau, contrescarpe), très similaire aux enceintes contemporaines des villes du Nord de l’Europe, figure encore avec précision sur le plan Truschet (contemporain du plan scénographique de Lyon de 1550). Seule la dernière, celle dite des « fossés jaunes », localisée à l’Ouest de Paris, ne présente que des traces très peu visibles dans le parcellaire actuel, ce qui montre le peu d’effet structurant qu’elle a eu sur la ceinture de Paris dans cette direction.

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Le second questionnement tourne autour des « territoires de la ville ». L’esprit de l’équipe ALPAGE étant de mettre à disposition une base de données qui soit LA base de référence a induit les collaborateurs vers un ensemble de travaux d’unification des supports, permettant à tous les historiens de parler enfin de la même chose ! Cette étude procède de l’examen très précis de chacun des plans réalisés au cours du temps (plan de Berty, après 1850 ; plan du CNRS, 1975…). A été, en premier lieu, réalisé un plan des îlots et voirie en 1380, permettant de reporter toutes les données géographiques des rôles de taille, des paroisses et des quêtes fiscales. En second lieu, la base ALPAGE a permis de « spatialiser les censives urbaines au 18e s. », ce qui a eu pour effet de monter notamment que, sous Charles V, « c’est l’évêque le principal seigneur de la ville (…) avec une domination sur seulement 13% d’un territoire finalement très morcelé entre divers seigneurs » (p.189), et également que « le roi possède l’essentiel des droits de voirie dans la ville » (ibid.). La communication suivante est centrée sur les « analyses morphologiques du parcellaire ancien de Paris ». Un module de la base ALPAGE a été développé pour faciliter cette recherche et a permis d’identifier des réseaux viaires et parcellaires fondés sur des orientations identiques, liées par exemple au dispositif de traversée de la Seine (rue Saint-Martin-rue Saint-Jacques, cardo antique)… ce qui montre que « certaines formes antiques ne se dégradent pas mais se renforcent au cours du temps » (p.218). La base ALPAGE a également permis l’intégration des données ACCES fournies par les « rôles de taille de 1300 » et leur géolocalisation, permettant de cartographier les contribuables de l’époque et leur densité, plus nombreux et plus riches en rive droite et dans l’île de la Cité. Les deux études suivantes portent sur la géolocalisation des établissements religieux (4e-12e s.) et celle des hôtels aristocratiques.

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Tout l’apport de ce travail collectif, au service de la géo-histoire de Paris. Il est à souhaiter que tous les chercheurs se servent de cet outil et collaborent à cette base de données extraordinaire, dont les prolongements sont infinis.

Pour citer cet article

Buisson André, « ‪Boris Bove, Laurent Costa, Hélène Noizet (coord.), Paris, de parcelles en pixels. Analyse géomatique de l'espace parisien médiéval et moderne‪ », Géocarrefour 2/2015 (Vol. 90) , p. 184-184
URL : www.cairn.info/revue-geocarrefour-2015-2-page-184.htm.


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