Géoéconomie 2008/3
Géoéconomie
2008/3 (n° 46)
150 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782916722436
DOI 10.3917/geoec.046.0129
A propos de cette revue Site Web
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Géoéconomie

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Barry Rubin
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée
Varia

Vous consultezIran : l’émergence d’une puissance régionale

AuteurBarry Rubin du même auteur

Directeur du Global Research in International Affairs (GLORIA), rattaché au centre interdisciplinaire de Herzlia (Israël), et rédacteur en chef du Journal d’étude des relations internationales au Moyen-Orient (MERIA). Dernières publications : The Tragedy of the Middle East et The Long War for Freedom: The Arab Struggle for Democracy in the Middle East.

L’émergence de l’Iran comme puissance régionale en devenir représente l’un des événements les plus importants du Moyen-Orient de ce début du XXIe siècle. Ceci n’est pas seulement dû au fait que l’Iran soit un régime islamiste ou même qu’il s’active dans la course à l’arme nucléaire. D’autres facteurs sont ainsi déterminants, comme une configuration géopolitique favorable ainsi qu’un vide relatif de puissance. Toutefois, du fait de l’idéologie prônée par le régime de Téhéran et de son extrémisme, l’influence croissante de ce pays pourrait avoir de graves conséquences sur la stabilité de la région et pour le maintien des intérêts occidentaux dans cette partie du monde. En fait, ceci pourrait bien constituer l’une, voire la question centrale des relations internationales au cours des années à venir.

2 Durant les mois de juillet et août 2006, cette influence s’est particulièrement démontrée lors des attaques aux frontières de l’État d’Israël perpétrées à grande échelle par le Hamas et le Hezbollah. L’Iran soutient largement ces deux groupes, leur fournissant des armes et un entraînement adéquat et les encourageant à lancer des attaques contre Israël. Les conseillers iraniens au Liban ont d’ailleurs longtemps apporté leur soutien au Hezbollah : la majeure partie des armes et de l’équipement utilisés par ce mouvement contre Israël au cours de cette période ont été construits et fournis par l’Iran. Pour la première fois, des missiles à grande portée et un missile C-802 antinavire, dirigé par radar, furent utilisés[1][1] Associated Press, 14 juillet 2006. ...
suite
.

Particularités et ambitions iraniennes

3 Ironiquement, le premier théoricien et architecte de l’émergence de l’Iran comme puissance régionale fut l’homme le plus détesté par l’actuel régime islamiste : le shah, lequel fut renversé par la révolution de 1979. Ce dernier avait perçu que l’Iran deviendrait la puissance la plus affirmée du golfe Persique, quoiqu’il l’associât plutôt à un partenariat avec les États-Unis. Dans cet objectif, il fut à l’origine d’une intensification conséquente de la capacité militaire du pays, inaugura un programme visant à faire de l’Iran une puissance nucléaire, mobilisa les ressources tirées du revenu pétrolifère en hausse et tenta de faire appliquer un programme de réformes visant à moderniser l’Iran. Toutefois, ce qui était pour le shah une ambition construite sur le nationalisme se révéla être pour ses successeurs une ambition véhiculée par un radicalisme islamiste, lequel représenta souvent un paravent subtil au nationalisme.

4 De même que l’ambition de son dirigeant contribua à l’émergence de l’Iran comme puissance régionale, la situation empirique de ce pays fut également l’un des facteurs déterminants de cette ascension. L’Iran est un État de grande étendue, abritant une population dépassant le nombre d’habitants de tous les États arabes du Golfe réunis. De surcroît, du fait de la montée des prix du pétrole après les années 1990, l’Iran bénéficia de ressources financières conséquentes. Du fait des disparités qu’il accueille en son sein – seule la moitié de sa population parle le persan – le gouvernement de Téhéran est conscient qu’il doit être suffisamment fort pour maintenir l’existence de l’État. L’histoire a démontré, en effet, que lorsque le pouvoir central montre des signes de faiblesse, le pays sombre dans le chaos.

5 Les particularités culturelles, linguistiques, ethniques, et religieuses de l’Iran alimentent également sa perception d’une mission nationale spécifique. Le clivage entre Persans et Arabes représente un fait avéré ; de surcroît, d’un point de vue religieux, le chiisme des Iraniens se distingue de la foi sunnite revendiquée par la majorité des Arabes. Ainsi, la vision qui prédominait parmi les Arabes depuis les années 1950 était celle d’un nationalisme militant qui considérait le Moyen-Orient comme terre arabe. Lors de confrontation et de tensions, comme durant la guerre Iran-Irak, entre 1980 et 1988, ces distinctions conduisirent à de véritables rivalités et haines. Symboliquement, les nationalistes arabes rejetèrent le terme de « golfe Persique », préférant utiliser l’expression « Golfe arabe » pour évoquer l’étendue maritime contiguë aux réserves de pétrole les plus importantes de la planète.

6 C’est dans ce contexte particulier qu’une idéologie islamiste radicale et utopique s’empara du pouvoir en Iran. Le guide spirituel de la révolution islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, considérait seulement l’Iran comme la première étape visant à créer un empire islamique utopique qui apporterait, d’après son testament final rédigé en 1989, « perfection absolue, gloire infinie et beauté ». Il fit l’appel suivant aux musulmans : « Révoltez-vous ! Emparez-vous de ce qui est votre de droit en utilisant vos ongles et vos dents ! Ne craignez pas la propagande des superpuissances et de leurs comparses assermentés. Chassez les règles criminelles !… Marchez vers un gouvernement islamique ! Si tous les musulmans s’unissaient, ils représenteraient la plus grande puissance sur terre. »

7 Dans cette perspective, les voisins arabes de l’Iran devaient être « libérés » les premiers – ou pris pour cible, selon la perspective. Devant la menace d’une extension de la révolution islamique dans son pays, le dictateur irakien Saddam Hussein envahit l’Iran en 1980, lors de ce qui fut perçu à la fois comme une attaque préventive et comme une agression impérialiste. Après huit années de guerre, Khomeiny dut, malgré lui, renoncer à la guerre. Toutefois, la révolution survécut. Peu après, Khomeiny mourut, remplacé par ses nombreux lieutenants.

8 Le nouveau leadership retint de son expérience au pouvoir ainsi que de la guerre contre l’Irak, de régir l’Iran, une importante leçon. Ces nouveaux dirigeants, lesquels firent preuve de l’ambition et de la mainmise idéologique nécessaires afin d’étendre la révolution et d’affirmer leur pouvoir, furent toutefois conscients du danger de telles activités. La priorité était de maintenir leur emprise sur le pays. Ensuite, il fallait étendre l’influence de l’Iran et de la révolution islamiste. Concernant ce dernier objectif, les dirigeants iraniens procédèrent méticuleusement et secrètement.

9 Pourtant, en adoptant cette stratégie, ces derniers furent justement à l’origine d’une hostilité à leur endroit. Dénonçant à maintes reprises les États-Unis comme le « Grand Satan » dont l’influence devait être éradiquée de la région, l’Iran s’en fit un ennemi. Il faut toutefois préciser qu’un compromis aurait été envisageable – à la faveur duquel Washington aurait accepté le régime islamiste – si ce dernier n’avait tenté de renverser les régimes voisins, encouragé l’antiaméricanisme et le terrorisme, et essayé de torpiller toute avancée visant à résoudre le conflit israélo-arabe. Néanmoins, la rivalité entre les deux pays n’était pas inéluctable, les États-Unis souhaitant en effet éviter les tensions. Ces derniers se seraient ainsi satisfaits d’un Iran contrant l’influence soviétique (alors que Moscou avait envahi l’Afghanistan) ainsi que le radicalisme arabe – ou tout au moins d’un Iran affichant sa neutralité. Toutefois, le kidnapping du personnel de l’ambassade des États-Unis ainsi que leur détention pendant plus qu’une année provoquèrent une réaction différente.

10 En 2006, après un quart de siècle de domination, l’Iran s’est créé un environnement véritablement hostile. Ses relations avec les États arabes voisins, bien que correctes à un niveau formel, restent toutefois empreintes d’une tension certaine. En outre, les forces américaines sont présentes en Afghanistan et en Irak, de même qu’en Arabie saoudite et au Koweït (Téhéran a d’ailleurs dénoncé l’encerclement). L’Iran a également dû faire face à des sanctions américaines ainsi qu’à une pression internationale concernant la question du nucléaire. D’un point de vue militaire conventionnel, l’Iran est relativement faible : de fait, il a été fortement affaibli par l’arrêt des importations en provenance des pays occidentaux sur les armes et les pièces de rechange attenantes aux avions, aux navires et aux tanks.

11 La stabilité domestique est également loin d’être assurée : le pays a en effet connu, au cours des années 1990 et lors de la décennie suivante, une période de libéralisation politique relative, suite à la victoire des candidats réformistes aux élections. La majorité des Iraniens, plus particulièrement la jeune génération, était opposée à l’application d’une politique de gouvernance stricte. De surcroît, avant que les prix du pétrole n’atteignent leur maximum, le pays a traversé une passe économique difficile. Néanmoins, le régime a pu endiguer ces menaces en manœuvrant habilement et en bloquant toute tentative de changement – sans toutefois réussir à les éradiquer. La réponse des dirigeants iraniens à ces menaces, à la fois extérieures et internes, fut la fermeté à un niveau idéologique, la répression de l’opposition, la mobilisation populaire, le soutien aux mouvements terroristes et révolutionnaires à l’étranger, ainsi que l’acquisition d’armes non conventionnelles. À la faveur de l’évolution de la situation internationale et régionale, l’Iran saisit l’opportunité tant attendue d’accéder au statut de grande puissance régionale.

L’opportunité saisie

12 En dépit de ces difficultés domestiques et internationales, l’Iran a profité de développements favorables, lesquels ont contribué à sa puissance et à son influence, sans précédent dans la période du régime islamiste, voire dans son histoire moderne.

13 Le premier facteur déterminant est l’effondrement de l’Union soviétique, lequel fut à l’origine de l’apparition d’une demi-douzaine d’États majoritairement musulmans au nord de l’Iran, comme l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan, le Turkménistan, et le Kazakhstan. Du fait de la faiblesse structurelle de ces États, l’Iran saisit l’opportunité de soutenir les mouvements islamistes indigènes. La disparition d’une puissante URSS au nord de l’Iran a également contribué à atténuer la pression sur Téhéran.

14 En second lieu, la hausse des prix du pétrole en ce début du XXIe siècle a considérablement augmenté les actifs financiers iraniens. En outre, l’Iran a opéré une véritable mainmise sur la Syrie, dont il est l’allié unique ; ceci, alors que cette dernière est dépendante du pétrole iranien fourni à prix réduit ainsi que de l’appui diplomatique de Téhéran. Les deux pays coopèrent étroitement sur le dossier libanais, sous contrôle syrien depuis de nombreuses années.

15 L’invasion de l’Irak par les États-Unis et le renversement de Saddam Hussein ont éliminé la principale menace immédiate de l’Iran. De plus, à la faveur d’un régime démocratique nouvellement investi, la majorité chiite dirige à présent le gouvernement irakien : bien que le leadership chiite affiche sa volonté d’indépendance face à l’Iran, quelques membres de la coalition au pouvoir, ainsi que certaines milices chiites sont ouvertement pro-iraniens. La révolte sunnite, soutenue par quelques régimes arabes, a également contribué à faire de l’Iran un allié nécessaire pour le gouvernement irakien de l’après Saddam Hussein. Ainsi, alors qu’auparavant l’Irak représentait une véritable menace pour l’Iran, ce dernier dispose à présent des moyens nécessaires pour envoyer de nombreux agents à sa solde et des fonds non négligeables, avec l’objectif de jouer un rôle central dans l’évolution du pays.

16 D’autre part, le renversement du gouvernement taliban en Afghanistan par les États-Unis a fait disparaître une menace supplémentaire : bien que l’Iran ne se satisfasse pas de la présence de troupes américaines en Afghanistan, Téhéran a pu y constituer un réseau lui étant favorable et jouir ainsi d’une influence considérable au sein de la majorité chiite située au sud-ouest du pays.

17 Bien que les États-Unis considèrent l’Iran comme le principal maître d’œuvre du terrorisme mondial – et comme un obstacle au règlement pacifique du conflit israélo-arabe, alors qu’il cherche à sa procurer des armes nucléaires – ces derniers sont contraints de passer outre la pression qu’ils exercent sur ce pays. Prisonniers de la situation en Irak, privés du soutien de leurs alliées et de leur propre opinion publique, les États-Unis sont peu susceptibles d’attaquer l’Iran et bénéficient d’une marge de manœuvre réduite pour faire évoluer la politique de Téhéran.

18 Du fait de la dépendance européenne pour le pétrole iranien, ainsi que de sa volonté de pénétrer économiquement le marché de ce pays, l’Europe n’est pas prête à soutenir la position de sanctions sérieuses, moins encore celle d’une opération militaire dans le but de détruire le programme d’armement nucléaire iranien. Bien qu’une diplomatie active ait été conduite et que de nombreuses voies de compromis aient été offertes, l’Iran a pu assez facilement œuvrer pour la poursuite de la fabrication d’armes nucléaires produite à moindre coût.

19 La position de l’Iran s’est en effet affermie, suite à la construction de missiles à longue portée sur le point d’être dotés de têtes nucléaires. Lorsque ceci sera effectif, il sera alors possible d’affirmer que l’Iran deviendra l’État musulman le plus puissant au monde.

20 Hormis ces facteurs bien connus, d’autres éléments plus récents contribuent à renforcer la proéminence de l’Iran : ainsi, l’ampleur de la faiblesse et de la désorganisation des États arabes est-il un facteur décisif, quoique moins évoqué. Le déclin du monde arabe est lié au refus de ses dirigeants de faire appliquer les réformes nécessaires quant aux droits civiques, aux changements économiques, à la mise en œuvre d’une politique pragmatique, et à l’adoption d’une position modérée envers l’Occident et Israël. L’érosion est évidente dans presque tous les pays arabes, même si les régimes au pouvoir parviennent encore à user de démagogie et à raviver le nationalisme arabe ainsi que la crainte de l’islamisme pour se maintenir au pouvoir.

21 Le nationalisme arabe s’est effondré, particulièrement à un niveau international. Hormis dans les discours propagandistes, le monde arabe n’existe pas. D’ailleurs, présentement, aucun État arabe ne peut se targuer d’avoir une véritable influence sur les autres : l’Égypte s’est repliée sur elle-même, la Syrie est isolée et l’Irak ne se définit plus même comme État arabe. Seul l’Iran possède un véritable potentiel idéologique et est en mesure d’étendre son influence au-delà de ses frontières.

22 Il est toutefois indéniable que des facteurs ethniques (le Persan) ainsi que religieux (le chiisme) limitent les revendications iraniennes. Néanmoins, ces disparités peuvent être transcendées dans une certaine mesure, voire même constituer, dans le cas du chiisme, un avantage certain. Le clivage croissant entre sunnites et chiites implique que dans une telle situation, le particularisme iranien joue en sa faveur : les musulmans chiites représentent ainsi la majorité de la population en Iran, en Irak, au Liban, dans le sultanat d’Oman, et au Bahreïn. Ils représentent également des minorités non négligeables au Pakistan, en Afghanistan, au Koweït, en Arabie saoudite, ainsi que dans d’autres pays. Enfin, l’Iran soutient d’importants groupes chiites au Liban et en Irak – voire des groupuscules de moindre importance au sein des monarchies du Golfe, lesquels ont souvent choisi la voie du terrorisme.

23 Les années de terrorisme perpétré par les extrémistes sunnites à l’encontre des musulmans chiites en Irak – suivies de représailles sanglantes dans l’autre direction – ont ravivé les tensions au-delà même des frontières de l’Irak. En encourageant l’insurrection terroriste, les régimes arabes ont pris le parti des sunnites, ce dont la majorité des chiites iraniens est consciente. L’Arabie saoudite fournit une aide financière aux insurgés, les Jordaniens franchissent la frontière pour combattre, et la Syrie soutient le terrorisme par tous les moyens dont elle dispose.

24 Puisque le nationalisme et les États arabes n’ont rien d’autre à offrir aux chiites d’Irak qu’un soutien à leurs ennemis, pourquoi ces derniers ne considèreraient-ils pas l’Iran comme un allié et ne chercheraient-ils pas à lui être inféodés ? Alors qu’en 2005, le chef de l’insurrection sunnite qui œuvre pour Al-Qaida, Abu Musab Al-Zarqawi, a ouvertement appelé au Jihad contre les chiites – refusant même de les considérer comme musulmans – ces déclarations choquantes n’ont aucunement été condamnées par les leaders spirituels du monde sunnite, encore moins par les dirigeants politiques d’autres pays arabes. Le roi Abdallah de Jordanie, bien plus poliment, a mis en garde contre une alliance qui rassemblerait chiites iraniens, irakiens, ainsi que d’autres pays, laquelle représenterait une menace véritable pour le monde arabe.

25 Le président égyptien Hosni Moubarak fit également part de ses vues sur le sujet lors d’une entrevue datée du 8 avril 2006 pour la chaîne d’Al-Arabiya. Affirmant que l’Iran jouit d’une influence certaine sur les chiites d’Irak – ce qui est certainement vrai dans une certaine mesure – il conclut : « les chiites restent toujours fidèles à l’Iran. La plupart d’entre eux est fidèle à l’Iran et non aux pays dans lesquels ils vivent ». Ceci contribue à dépeindre les chiites comme agents à la solde de l’Iran et traîtres aux Arabes.

26 Dans une bande enregistrée postée sur internet le 2 juillet 2006 et authentifiée par les experts, Oussama Ben Laden accuse les chiites irakiens de tenter d’éliminer les sunnites. Il les qualifie de « traîtres » et d’ « agents à la solde des Américains ». Contrairement à la pratique musulmane qui prévalait précédemment, Ben Laden accuse les chiites d’ « apostasie », crime punissable de la peine de mort par la loi islamique.

27 Naturellement, Ben Laden adopte une position très extrême au sein de l’islam, voire de l’islamisme. Cependant, certaines de ses idées – cela est moins vrai concernant ses propositions stratégiques – se sont répandues par le passé dans la pensée sunnite islamiste, voire traditionnelle. D’ailleurs, bien que les leaders spirituels sunnites et les dirigeants politiques aient facilement dénoncé ces déclarations – ceci dans le but de discréditer Ben Laden et de promouvoir l’unité musulmane – ils n’ont pas cherché à apaiser les dissensions croissantes.

28 Un nombre important de chiites pourraient ainsi se tourner vers l’Iran, apportant crédibilité aux déclarations de Moubarak. Si l’Iran acquiert l’arme nucléaire, cette dernière ne sera pas juste une « bombe islamiste », mais une « bombe chiite », plus spécifiquement. Les chiites, souvent considérés comme des citoyens de seconde zone, pourraient voir ceci comme une opportunité de vivre enfin sous statu quo.

29 Jusqu’à présent, l’Iran n’a eu de plébiscite important qu’en provenance de la communauté chiite libanaise, à travers son soutien au Hezbollah, la seule milice armée du Liban. Ce mouvement dirige la partie méridionale du pays, a des membres élus au Parlement et a même rejoint la coalition gouvernementale. Du fait de la guerre menée contre Israël en 2006, le Hezbollah a démontré sa capacité à accroître le prestige et l’influence potentielle de l’Iran dans le monde arabe.

30 Bien que la montée des dissensions entre sunnites et chiites ait posé des difficultés certaines à l’Iran, ce dernier a pu récemment s’en servir à son avantage. L’un des facteurs déterminants est ainsi le désintérêt des États arabes – hormis la Syrie – dans la continuation d’une politique de soutien aux groupes terroristes et révolutionnaires. L’Iran a ainsi pu affirmer son leadership sur deux groupes islamistes palestiniens, le Hamas et le Jihad islamique, éclipsant les anciens partenaires arabes. Ceci permet à Téhéran de s’assurer que le conflit israélo-arabe (ou du moins israélo-palestinien) perdure. Il peut également se présenter aux yeux de la rue arabe comme le véritable héros de ce conflit, tandis que les gouvernements arabes restent en grande partie inactifs.

31 En dépit des invectives antichiites de Ben Laden, des connexions entre l’Iran et Al-Qaida pourraient s’avérer effectives. L’un des éléments les plus suspects est ainsi l’asile que le régime iranien accorde à des centaines de terroristes d’Al-Qaida sur son sol, où ils continuent de planifier leurs activités. Bien qu’il ne faille pas exagérer la nature de cette connexion, il est possible d’affirmer que l’Iran, clairement, se sert de ces individus quand ses intérêts sont parallèles aux leurs, c’est-à-dire viser des cibles américaines, israéliennes ou occidentales.

32 Enfin, l’action du président Mahmoud Ahmadinejad est également déterminante : en effet, ce dernier est l’instigateur d’une politique iranienne plus agressive et d’une nouvelle forme d’influence au-delà des frontières de l’Iran. Il faut rappeler qu’Ahmadinejad a été élu suite à l’application de mesures répressives contre l’opposition réformiste. Bien qu’il appartienne au parti dominant, il dirige sa propre faction et il n’était pas le candidat favori de l’establishment politique de la République islamique.

33 Ahmadinejad est un populiste qui jouit de liens étroits avec le corps des Gardes de la révolution islamique – une formation militaire extrémiste, qui détiendrait d’ailleurs le contrôle sur les armes nucléaires iraniennes – et qui tente d’installer ses partisans à des postes clés. Le président iranien se sert du militantisme comme moyen démagogique pour établir sa propre popularité et affirme qu’il est nécessaire de retourner à la pensée originale de Khomeiny.

34 Deux dossiers d’importance, sur lesquels il diffère d’ailleurs des positions prônées par l’establishment iranien moins sur le fond que sur la forme, révèlent l’aventurisme d’Ahmadinejad. Ainsi, il se montre beaucoup plus volubile sur le dossier de l’acquisition d’armes de destruction massive : bien que la majorité des dirigeants de ce pays se positionne en faveur de ce programme, ils se montrent plus circonspects, position qui leur permet d’affirmer officiellement que l’Iran ne cherche qu’à profiter du nucléaire à des fins pacifiques. De même, alors que les plus hauts dirigeants iraniens ont appelé à la destruction de l’État d’Israël, Ahmadinejad s’est exprimé dans ce sens, plus fréquemment et plus ouvertement.

35 Dans les sphères du pouvoir iranien, ses détracteurs s’interrogent de plus en plus sur le bien-fondé des tensions inutilement créées avec l’Occident, alors que l’Iran a toujours bien manœuvré en adoptant une approche plus subtile. Pourtant, la position extrémiste d’Ahmadinejad est bien plus efficace au Moyen-Orient : du fait de la disparition de Saddam Hussein et de l’apparente inefficacité de Ben Laden, le monde arabe est à la recherche d’un nouveau héros qui se dresserait contre l’Occident. Clairement, Ahmadinejad, donc l’Iran, peut se targuer d’avoir gagné le crédit que les masses arabes lui avaient jusqu’ici refusé. Il tire également bénéfice de la montée en puissance de son subordonné Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah.

36 La question de savoir comment l’Iran peut tirer profit de ces opportunités reste ouverte. Clairement cependant, à l’exception de la période consécutive à sa révolution, l’Iran monte en puissance, bien plus qu’à aucun moment durant le quart de siècle précédent. L’acquisition d’armes nucléaires augmenterait encore cet état de fait, puisque l’Iran disposerait d’une marge de manœuvre très élevée.

La crise du Liban

37 La crise du Liban, survenue durant les mois de juillet et août 2006, a permis à l’Iran d’accroître plus encore son influence. Au cours de cet épisode, le Hezbollah, aux ordres de l’Iran, attaqua Israël et enleva deux soldats israéliens. Israël pénétra alors en territoire libanais, ce qui fut le début d’une guerre qui dura un mois : le Hezbollah tira 4 000 roquettes sur Israël et les forces israéliennes bombardèrent le Liban, s’emparant temporairement du Sud du pays. Dans ce conflit, l’Iran fournit au Hezbollah des armes perfectionnées, un entraînement spécifique et envoya des conseillers au Liban.

38 Le soutien de la rue arabe dont jouit le Hezbollah – d’autant plus important que ce dernier se targua d’avoir remporté la victoire – eut également des retombées favorables pour l’Iran et, dans une certaine mesure, le clivage entre chiites et sunnites s’en trouva quelque peu apaisé. Ce conflit eut également pour conséquence de resserrer les liens entre la Syrie et l’Iran. Il a, de fait, véritablement consolidé l’influence iranienne.

39 Toutefois, dans le même temps, un certain nombre d’États arabes – plus particulièrement l’Égypte, la Jordanie, et l’Arabie saoudite – les forces d’opposition au Hezbollah au Liban et même le gouvernement irakien se sont inquiétés de la montée en puissance de l’Iran et ont tenté de s’y opposer.

La question nucléaire et ses conséquences

40 L’Iran a brillamment mené ce dossier : à un niveau diplomatique, il a, à plusieurs reprises, exigé des concessions, laissant entendre qu’une fois celles-ci acceptées, un compromis serait envisageable. Pourtant, alors que les États-Unis et l’Europe firent à plusieurs reprises des offres intéressantes – comme par exemple de fournir l’aide nécessaire à l’Iran afin d’acquérir de la technologie nucléaire à la condition que des garde-fous soient instaurés pour prévenir toute tentative d’accès à l’arme nucléaire – l’Iran a renouvelé des promesses qu’il s’est empressé de rompre par la suite. Évitant les sanctions, ce pays se pose encore et toujours en position de demandeur – usant parfois de menaces – et entame ainsi le bras de fer à venir.

41 Au-delà de l’immense perte de temps qui est employée à faire progresser la recherche en vue d’acquérir des armes nucléaires, l’Iran tire de tout ceci l’enseignement qu’il peut agir impunément, sans encourir de sanctions. De même, les dirigeants iraniens ont faite leur l’idée que l’Europe cherchera l’apaisement et que les États-Unis – surnommés par Ahmadinejad « la superpuissance imaginaire faite de paille » – « ne peuvent absolument rien faire » contre l’Iran, selon les propos de Khomeiny.

42 L’imprudence d’Ahmadinejad, combinée au ridicule de l’équilibre apparent des forces en présence, représente ainsi l’élément le plus troublant de ce dossier. D’un point de vue similaire, Saddam Hussein fut à l’origine de trois guerres au Moyen-Orient, alors même qu’il ne possédait pas d’armes nucléaires. Dans une certaine mesure, la majorité des dirigeants iraniens serait à même de constituer un élément modérateur ; pourtant, il n’en est rien en réalité.

43 Pourquoi l’Iran s’obstine-t-il dans la poursuite de la technologie nucléaire ? La version officielle, contredite même par les dirigeants iraniens lorsqu’ils s’expriment en persan, est que l’Iran ne souhaite pas se doter d’armes nucléaires, mais cherche plutôt à acquérir cette technologie à des fins pacifiques. Il est vrai que les possibilités de raffinage du pétrole font défaut à ce pays. Toutefois, il est douteux que l’un des principaux pays producteurs de pétrole au monde estime avoir besoin de l’énergie nucléaire, alors que ce mode de production d’électricité a été un échec coûteux, voire un danger ailleurs. L’Iran n’a en outre pas investi tant de fonds dans le développement de missiles à longue portée, justement dans le but de créer un service international de délivrance du courrier, afin de concurrencer la société Federal Express.

44 Du fait de la pauvreté de cette ligne officielle, l’argument alternatif avancé est que l’Iran se doit d’acquérir des armes nucléaires, parce qu’il est entouré d’ennemis. Ceci néglige le fait que l’Iran aurait peu d’ennemis – le plus dangereux d’entre eux, Saddam Hussein, est à présent mort – s’il ne s’était imposé comme le principal soutien du terrorisme mondial, s’il n’avait tenté de torpiller le processus de paix israélo-arabe, s’il ne s’était fait le chantre officiel de l’antiaméricanisme, s’il n’avait cherché à déstabiliser l’Irak et menacé quotidiennement d’annihiler l’État d’Israël.

45 Un deuxième argument alternatif est que l’Iran a tout autant le droit de faire l’acquisition d’armes nucléaires que d’autres États, argument qui néglige la nature réelle du régime, son idéologie, ainsi que ses ambitions agressives. Ceci ignore également le fait que l’Iran a des obligations légales quant aux termes du Traité de non-prolifération nucléaire, lequel interdit le développement d’armes de cette nature. Les autres pays qui ont acquis ces armes – Israël, l’Inde, le Pakistan – ont renoncé aux avantages offerts par le traité puisqu’ils ne l’ont jamais signé.

46 En troisième lieu, un argument que les Iraniens n’utilisent pas pourrait également être cité et faire sens : du fait du caractère onéreux de ces armes nucléaires, il est meilleur marché et plus facile de les construire – de même que les véhicules délivrant des fusées à longue portée – plutôt que de chercher à reconstruire un équipement militaire conventionnel. D’ailleurs, cette dernière option exigerait la construction ou l’achat de centaines de tanks et d’avions, ainsi que d’autres équipements. De surcroît, si l’Iran arrive à construire ses propres armes nucléaires, elle ne serait pas dépendante de l’achat et de la maintenance de cet équipement de pointe en provenance d’autres pays, lequel impliquerait le risque que ces approvisionnements cessent en cas de conflits politiques ou de guerre.

47 Ainsi, dans une certaine mesure, les armes nucléaires sont les armes du pauvre. Ce point, cependant, souligne également la menace que représente une telle dépendance aux armes non conventionnelles pour la stratégie de dissuasion, puisque cette dépendance se caractérise par son inflexibilité : ces armes seraient ou non employées. La simple menace d’y recourir peut être à l’origine d’une confrontation majeure ainsi que d’une course aux armements effrénée.

48 L’Iran a déjà menacé d’éliminer un pays, Israël, en usant d’une politique qui ne peut qu’être qualifiée de génocide. Bien entendu, si l’Iran venait à acquérir ces armes nucléaires il ne s’en servirait pas forcément immédiatement contre Israël. Le danger principal, cependant, réside dans le fait que Téhéran pourrait agir de la sorte à sa guise. La perspective qu’une telle décision serait prise par de tels individus – au regard de leur responsabilité et de leur idéologie – fait en effet frémir.

49 Pourtant, d’autres conséquences liées à l’acquisition de ces armes nucléaires par l’Iran sont à ce point dangereuses que l’arrêt de cette entreprise devrait représenter une priorité pour la communauté internationale. Tout d’abord, il est possible d’envisager que de telles armes seraient bien plus susceptibles de tomber entre les mains de terroristes que d’autres armes nucléaires dans le monde, soit par la négligence, soit par la volonté d’un petit groupe de dirigeants iraniens extrémistes. Bien qu’il soit souvent avancé que l’Iran ne fournirait pas d’armes nucléaires à des groupes terroristes, il convient de noter qu’en 2006, Téhéran a effectivement fourni au Hezbollah quelques uns de ses missiles à longue portée, conçus pour abriter des têtes nucléaires – ce qui ne laisse rien présager de bon pour l’avenir.

50 En second lieu, ces armes seraient plus probablement utilisées dans l’éventualité d’une instabilité domestique ou d’un renversement imminent du régime iranien.

51 L’acquisition d’un tel pouvoir conférerait à l’Iran une puissance stratégique conséquente. Qui, dans la région, s’opposerait à ce pays, doté d’une telle arme ? Une Europe déjà empressée à chercher l’apaisement irait encore plus avant dans cette voie, tandis que la capacité des États-Unis à agir dans la région se verrait considérablement réduite. Les pays arabes du Golfe, libérés de la menace que représentait Saddam Hussein, auraient alors à faire face à une menace de même ampleur, voire plus dangereuse.

52 Un tel développement serait pour les mouvements radicaux et terroristes une incitation à se montrer bien moins scrupuleux encore, et leur laisserait croire qu’ils pourraient bénéficier du soutien de Téhéran ou du moins que leurs ennemis s’en trouveraient atteints et que l’Occident se montrerait trop effrayé pour venir en aide à leurs victimes désignées.

53 Certains pays occidentaux seraient ainsi enjoints par les États du Moyen-Orient à leur fournir de sérieuses garanties pour intervenir, au point même d’avoir recours à des armes nucléaires si l’Iran était sur le point de les menacer. Ne pas agir de la sorte signifierait alors l’effondrement de la crédibilité occidentale dans la région. À l’inverse, agir ainsi pourrait avoir pour conséquence que cet engagement soit tenu le jour venu.

54 Comment réagiraient les puissances nucléaires actuelles si l’Arabie saoudite ou d’autres États arabes en venaient à requérir leur soutien pour l’acquisition de leurs propres dispositifs nucléaires ?

55 Les préoccupations relatives à ce danger ont été à l’origine de quelques tensions au sein de la coopération entre les États-Unis et l’Europe, concernant les tentatives d’arrêter l’Iran ou même de le persuader de ralentir son programme nucléaire. Pourtant, l’Iran ne négocie pas de bonne foi : il cherche simplement à gagner du temps pour atteindre son objectif et éviter la pression afin de développer ses nouvelles armes nucléaires. En outre, puisque la position adoptée par les Occidentaux se révèle être impuissante – ce dont l’Iran est conscient – tout effort dans ce sens s’avère totalement futile.

56 Enfin, quelles seraient les mesures négatives que la communauté internationale pourrait adopter à l’encontre de l’Iran, alors qu’il est clair que l’Iran a rompu ses engagements, a ouvertement rejeté un compromis et est sur le point d’acquérir des ogives nucléaires ? La réponse est la suivante : elles seraient remarquablement faibles.

57 Naturellement, beaucoup pourrait être entrepris pour arrêter l’Iran si l’Europe joignait ses efforts à ceux des États-Unis pour établir un programme fiable prévoyant des sanctions économiques et politiques ainsi que des avertissements sérieux et crédibles, combinés à une pression véritable sur la Russie, la Chine, le Pakistan, et la Corée du Nord, afin que tout soutien soit refusé à l’Iran. Cependant, l’Europe ne soutiendrait pas de telles mesures, craignant la confrontation et, par conséquent, la fin des importations de pétrole et des bénéfices tirés des liens commerciaux avec ce pays. La même réflexion s’applique à toute tentative de renversement du régime iranien, laquelle s’avérerait totalement inefficace.

58 Ainsi, en dépit du discours visant à stopper la course au nucléaire de l’Iran – lequel énonce également la possibilité d’attaquer ces installations nucléaires – cette configuration ne se réalisera probablement pas. Par conséquent, la seule défense envisageable pour les cibles désignées par l’Iran sera alors la dissuasion et l’espoir.

Objectifs iraniens

59 Il doit être rappelé ici que même si l’Iran ne peut être qualifié d’ « État dément », il ne se place pas non plus dans une optique de normalité que guiderait une idéologie pragmatique, des objectifs limités, ainsi qu’une vision de Realpolitik. La classe dirigeante iranienne a, de fait, montré quelquefois des signes d’attention, ainsi qu’une capacité à prendre en considération l’équilibre des forces en présence. Toutefois, ceci reste bien mince pour garantir l’avenir du Moyen-Orient, et plus encore du monde. En outre, le leadership iranien traditionnel a déjà prouvé qu’il était le principal soutien au terrorisme mondial, qu’il était déterminé à torpiller les efforts de paix entre Israéliens et Arabes, qu’il était l’une des sources principales de l’antioccidentalisme et de l’antiaméricanisme et qu’il se posait en ennemi déterminé du statu quo dans le monde arabo-musulman.

60 Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad s’est montré plus extrême encore : bien que, jusqu’à présent, la classe dirigeante iranienne ait réussi à limiter l’étendue de son pouvoir – comme les deux mandats de son prédécesseur, le réformiste Muhammad Khatami, l’ont montré, la fonction présidentielle iranienne peut être relativement limitée – ceci ne sera pas toujours le cas. À la différence de Khatami, Ahmadinejad est un homme politique agressif, issu de la jeune génération, qui travaille à établir sa propre faction. Il est ainsi possible d’envisager qu’il s’empare totalement des rênes du pouvoir en Iran à plus ou moins long terme – autant que cela soit possible. Du fait de sa collaboration avec le corps des Gardes de la révolution islamique, il est en mesure de mettre en application sa vision stratégique, laquelle énonce les objectifs suivants :

  • Encourager la révolution dans chaque État majoritairement musulman ;
  • Soutenir les forces radicales islamistes partout où se trouvent des musulmans ;
  • Anéantir l’État d’Israël ;
  • Éradiquer l’influence occidentale du Moyen-Orient.

Les conséquences de cette vision globale ambitieuse sont importantes et extrêmement dangereuses. D’ailleurs, l’Iran dispose à présent de capacités plus étendues pour poursuivre un tel programme qu’à aucun moment de son histoire. De surcroît, l’Iran fait face à une moindre opposition occidentale, alors que la faction la plus extrême pourrait diriger le pays et le faire évoluer vers une orientation très militante.

Conclusion

61 L’Iran représente l’unique grande puissance régionale d’aujourd’hui au sein du Moyen-Orient, puisque aucun État arabe ne peut se prévaloir de ce titre. Il a accru son influence en Irak, au Liban et au sein des Palestiniens, ainsi que dans certaines parties de l’Afghanistan, se faisant le soutien non seulement du Hezbollah, mais également du Hamas et du Jihad islamique. Sous bien des aspects, l’Iran dispose d’une véritable mainmise sur la Syrie. Le clivage croissant entre sunnites et chiites ajoute encore à l’influence de l’Iran, de même que les prix élevés du pétrole, ceci même sans armes nucléaires.

62 L’Iran est plus puissant aujourd’hui qu’à aucun autre moment de l’histoire moderne. Dans le même temps, il a à sa tête un régime extrémiste et aventureux qui le rend dangereux sous de nombreux aspects, mais qui lui assure également le crédit du monde arabe. L’Iran est le principal soutien au terrorisme mondial et dispose d’une influence suffisamment importante pour mettre en péril toute résolution du conflit israélo-arabe. Enfin, il est sur le point de se doter d’armes nucléaires.

63 Au regard de tous ces facteurs, il est possible d’affirmer que la puissance croissante de l’Iran représente probablement le danger le plus important auquel le monde devra faire face au cours des années à venir.

 

Notes

[1] Associated Press, 14 juillet 2006.Retour

Résumé

L’émergence de l’Iran comme puissance régionale pour la première fois dans l’histoire moderne est le développement qui a eu la plus grande influence sur les équilibres stratégiques et la politique du Moyen-Orient. Cet article examine les raisons des réussites de l’Iran ; la façon dont il a réussi, en partie, à contourner les obstacles arabes/perses et sunnites/chiites pour pouvoir répandre sa puissance ; et la manière dont l’Iran a réagi à des points clés comme le conflit israélo-arabe, l’Iraq, le Liban, et le désir de Téhéran d’obtenir les armes nucléaires.



Abstract
The change most affecting the strategic balance and politics of the Middle East is the rise of Iran as a regional power for the first time in modern history. This article examines the reason for Iran’s gains; how it has partly succeeded in leaping the Arab/Persian and Sunni/Shia obstacles to its extending power; and the ways in which Iran has interacted with such key issues as the Arab-Israeli conflict, Iraq, Lebanon, and Tehran’s own nuclear weapons’ drive.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Barry Rubin « Iran : l'émergence d'une puissance régionale », Géoéconomie 3/2008 (n° 46), p. 129-145.
URL :
www.cairn.info/revue-geoeconomie-2008-3-page-129.htm.
DOI : 10.3917/geoec.046.0129.