Les Frontières de l’ordre concurrentiel et du marché : les Biens Publics Mondiaux et les patrimoines communs
Philippe Hugon
La question des biens publics mondiaux (BPM) et des patrimoines communs a récemment émergé suite au retrait relatif de l’espace public face à la montée du marché et des pouvoirs privés, au « débordement » des États et à la rivalité croissante entre des patrimoines communs posant la question de la gestion patrimoniale à l’échelle planétaire que ce soit la protection de la couche d’ozone ou de la diversité culturelle. Plusieurs argumentaires théoriques peuvent être mobilisés, qui spécifient des biens et les patrimoines collectifs, communs, premiers ou publics, mondiaux ou internationaux. Les premiers, du champ de l’économie, mobilisent les jeux des intérêts et ne remettent pas en cause l’architecture des relations internationales alors que les seconds, du champ de l’économie politique transnationale, concernent des conflits de valeurs et des finalités et donc des décisions politiques qui permettent de délimiter les frontières de l’ordre concurrentiel et celui des patrimoines.Mots-clés :
action publique internationale, biens collectifs, communs, publics internationaux, globaux, capital, économie politique internationale, gestion et négociation patrimoniale, gouvernance mondiale, patrimoines.
The issue of International or Global Public Goods (IPG) and Common or shared heritage was recently brought to the fore following the relative decline of the public sphere and the rise of the market forces and the private sphere. “Overwhelmed” States and the growing rivalry between common or shared heritage raise the question of a world-wide management of shared heritage such as the protection of the ozone layer or cultural diversity. Several theoretical arguments can be made, that distinguish shared goods and shared heritage, private or public, global or international. The first are part of the economy and the interests vested in them do not challenge the actual international relations. The latter concern cross-border political economy and raise the question of heritage and conflicts of values and end-use. These are political decisions that define the edges of both competition and world heritage.Keywords :
International Public Action, Collective Goods, Common Goods, Public International Goods, Capital, International Political Economy, Patrimonial Management and Negotiation, Global Governance, Heritage.
• Le champ de l’espace public, des biens publics et des patrimoines communs
— L’espace public : une notion polysémique
— Le concept de bien et les frontières du marché
— Patrimoines versus capital
— Vers un processus de privatisation et d’expansion illimitée du marché ?
• La question des biens publics mondiaux et des patrimoines communs
— Les enjeux des biens publics mondiaux
— Les biens publics mondiaux (BPM) : une auberge espagnole ?
— Les biens (ou les maux) collectifs et publics mondiaux : du cadre national au cadre mondial ou l’ouverture de la boîte de Pandore
— Argumentaire 1 (néoclassique) : les biens collectifs mondiaux et les défaillances des marchés “market failures”
— Argumentaire 2 : les biens publics internationaux et les défaillances des États “failed states”
— Argumentaire 3 (institutionnel) : Les biens collectifs internationaux et les défaillances de règles “rules failures”
— Argumentaire 4 : Les biens premiers mondiaux et les défaillances de droits “rights or entitlements failures”
• Les conceptions doctrinales fondant l’action collective et publique internationale : défaillances des marchés ou gestion des patrimoines communs ?
— Les conceptions minimaliste et maximaliste de l’action publique internationale
— La conception minimaliste et utilitariste : marché, règles plus relations inter étatiques
— La conception maximaliste : droits, patrimoine commun et conflits d’appropriation
— Vers une gouvernance ou une citoyenneté mondiale ?
• Conclusion
• Références