2004
Géographie Économie Société
Comptes rendus
• BOLAY Jean-Claude, SCHMIDT Magali, eds., 2004, Coopération et développement durable. Vers un partenariat scientifique nord-sud, Lausanne, Presses polytechniques et Universitaires Romandes, 183 p. ZEPF Marcus, ed., 2004, Concerter, gouverner et concevoir les espaces publics urbains, Lausanne, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 175 p.
BOLAY Jean-Claude, SCHMIDT Magali, eds., 2004, Coopération et développement durable. Vers un partenariat scientifique nord-sud, Lausanne, Presses polytechniques et Universitaires Romandes, 183 p. ZEPF Marcus, ed., 2004, Concerter, gouverner et concevoir les espaces publics urbains, Lausanne, Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 175 p.
Les Presses Universitaires de Lausanne continuent à fournir une production intéressante et considérable. L’ouvrage dirigé par Boley et Schmid est le résultat d’une coopération de trois ans entre les chercheurs de l’École Polytechnique de Lausanne et des institutions scientifiques et techniques de pays en développement. Après une introduction plus générale et théorique « Globalisation du monde, développement durable et coopération scientifique », qui positionne le champ et cadre les études empiriques qui le suivront dans l’ouvrage, les quatre autres chapitres portent sur la présentation des projets dans différentes régions du monde. Les cas sont les suivants : Sénégal, ville de Thiès et l’expérimentation de l’outil informatique, puis Cuba, dont le thème tourne autour des biotechnologies et l’utilisation des ressources naturelles, le troisième amène les lecteurs au Maroc et à l’électrification décentralisée en milieu rural, et finalement trois agglomérations d’Amérique latine, l’accès aux questions sur les disparités sociales et les mutations urbaines. Le livre est par-ticulièrement destiné aux praticiens du milieu associatif intervenant dans le Tiers Monde.
L’ouvrage portant sur la ville, édité par Marcus Zepf, présente les modalités de démocratie participative, et l’aménagement urbain, Trois concepts clés dominent les travaux intégrés dans le livre : concerter, gouverner, concevoir. Les trois parties du volume sont construites autour des ces idées. Une série de réflexions pluridisciplinaire et internationale intéressant les urbanistes, géographes, sociologues et politistes est présentée. Les notions d’espace public, projet urbain, action publique sont mobilisées, pour évoquer la complexité du phénomène métropolitain. Parmi les auteurs on note Bernard Jouve, Yves Chalas ou François Plassard. Ce livre de recherche balaye un champ vaste de la question urbaine contemporaine.
Georges Benko
CEMI-EHESS
GUESNIER Bernard, JOYAL André, eds., 2004, Le développement territorial. Regards croisés sur la diversification et les stratégies, Poitiers, ADICUEER, 331 pages
Les universitaires, les chercheurs et les praticiens avaient été invités à proposer des textes sur une thématique relativement large « Tendances spatiales contemporaines et leur impact sur l’avenir des régions, ou la diversification régionale à l’épreuve des faits ».
Il s’agissait notamment d’apporter des réponses aux problèmes de développement que se posent les acteurs de terrain et les responsables de régions éloignées des grandes métropoles ou encore de territoires périphériques.
L’ouvrage propose d’explorer plus particulièrement les modes d’organisation territoriale tant institutionnelle que productive et les stratégies de leur renouvellement par l’innovation, l’intelligence économique ou encore les nouvelles technologies.
Les chapitres développant ces différents points sont regroupés sur trois axes : 1) Organisation territoriale et ses différentes échelles spatiales qui balisent le jeu des acteurs et déterminent leur stratégie. 2) Organisation des systèmes de production, leurs impacts territoriaux et les stratégies de développement économique. 3) Les systèmes d’innovation, les politiques technologiques et leurs modalités en mobilisant l’intelligence, les nouvelles technologies, ce qui permet d’étudier l’apport de ces outils pour les entreprises et pour les collectivités locales appelées à relever le défi de la fracture numérique.
Les auteurs sont des spécialistes connus du développement régional, Mario Polèse, Georges Benko, Marc-Urbain Proulx ou encore Olivier Crevoisier.
L’ouvrage ne prétend pas apporter des solutions pour promouvoir le développement territorial, mais seulement souhaite ouvrir sur une variété de pistes à prospecter. Quelques chapitres sont de très bonne qualité.
Adriana Verdi
USP – São Paulo
LAZAR Judith, 2004, Punir, pourquoi faire ?, Paris, Flammarion, 180 p.
Pourquoi punir ? se demande Judith Lazar, qui publie avec cet ouvrage son neuvième volume. D’entrée de jeu, la sociologue apporte un début de réponse à son interrogation en précisant que la fonction essentielle de la punition consiste moins à sanctionner le coupable qu’à maintenir intact la cohésion de la société. Ce faisant, en recevant sa peine, le coupable bénéficie de la dignité d’être puni. Toutefois, ce n’est pas à un quelconque tueur en série ou à une vedette coupable d’homicide que l’auteure consacre son attention. En effet, la couverture du volume montre un père s’adressant à un enfant mal à l’aise dans ses basquets. Ce dont il est question ici c’est le sort réservé à l’enfant qui a brisé le jouet de sa petite sœur, ou celui qui a caché à ses parents un mauvais résultat scolaire ou encore l’adolescent qui crache au visage de son instituteur. Cette préoccupation est venue à l’esprit de l’auteure en terminant un ouvrage sur la violence des jeunes, paru chez le même éditeur il y a deux ans, et bien reçu par la critique. À ses yeux, la problématique de la punition se trouve étroitement liée à la question de la violence, ce qui oblige la remise en cause des méthodes d’éducation qui ont cours aujourd’hui.
Alors que la Cour Suprême du Canada, dans un prononcé paru à l’hiver 2004, ne se sent pas en mesure de condamner la fessée, (que réprouve Judith Lazar), l’auteure cherche à comprendre pourquoi la punition des enfants a perdu l’image d’un acte « normal » pour prendre celui d’un acte, honteux et ignoble, à proscrire. Son intention, en s’appuyant sur les données et les travaux réalisés dans le domaine de l’éducation des enfants, consiste à attirer l’attention sur la nécessité de la punition et de montrer que sa véritable fonction est moins de corriger le coupable que de maintenir intacte la cohésion sociale comme l’a si bien écrit Durkheim – auquel il est fait allusion abondamment – qui considère la punition comme une nécessité pour la démocratie.
S’inspirant des travaux de Frédéric Gros, Judith Lazar regroupe autour de quatre axes de discours les justifications de la punition. Punir c’est : rappeler la loi, défendre la société, éduquer un individu, reconnaître une relation. Avec ceci en tête, l’idée consiste à comprendre la nature de la peine à travers ces quatre foyers de sens. Et dans une section sur l’autorité face à la punition, c’est cette fois Hannah Arendt qui est mise à contribution : « Affranchi de l’autorité des adultes, l’enfant n’a donc pas été libéré, mais soumis à une autorité bien plus effrayante et vraiment tyrannique : la tyrannie de la majorité. ». Cette citation pave la voie à un chapitre sur la découverte de l’enfance et l’avènement de l’enfant roi.
Dans son précédent ouvrage, Judith Lazar traite du règne des « petits princes » à qui on ne refuse rien, surtout quand on a la garde partagée et pire encore, lorsque les pères n’ont la garde qu’un week-end sur deux… Les enfants, peu habitués à la discipline chez eux, réagissent plutôt mal à l’extérieur en présence d’une résistance à leur volonté. Ils suppriment ceux qui s’opposent à eux. Revenant à la charge, l’auteure donne ici de nombreux exemples de comportements erratiques de jeunes en présence de l’autorité scolaire. Ils sont iden-tiques à ceux que rapporte le journal montréalais Le Devoir du 29 mars dernier : Un jeune de secondaire 4 « gelé comme une balle » saute à la gorge deux professeurs d’éducation physique lui ayant demandé de sortir. Un élève de troisième année qui répond à son enseignante enceinte : « Approche-toi pas, sinon je tue le bébé dans ton ventre ! ». S’agit-il de cas aussi spectaculaires qu’isolés ? Ils seraient suffisamment nombreux pour que l’auteure comprenne la prédilection de certains parents – qui en ont les moyens – pour les établissements privés où la discipline sert de marque de commerce. En fait, elle reproche à l’Éducation nationale (que tous les ministères de l’Éducation du monde mettent le chapeau s’il leur va) de n’évoquer la discipline, soigneusement diabolisée, qu’à travers des néologismes conviviaux : interdisciplinarité, transdisciplinarité et autres objectifs transversaux… en nivelant par le bas. En plus de recourir à ces poncifs, il faudrait se montrer « positif » afin de ne pas décourager les cancres ou les paresseux. Leur demander trop d’efforts (les pôvres !) pourrait les dégoûter définitivement de l’école. Totalement en désaccord, Judith Lazar en dégage que l’éducation est en crise (en France) mais on le cache. Ailleurs aussi pourrait-on dire. La perte de l’autorité devient un trait de la démocratie contemporaine.
Les événements de mai 68, que l’auteure n’a pas connus, l’intriguent apparemment beaucoup puisque qu’elle y revient à nouveau dans cet ouvrage. Elle ne partage pas la thèse voulant que le déclin de l’autorité actuelle y trouvent leur origine. Ses observations caractérisent également la société québécoise de la fin des années 1960 : accroissement du niveau de vie, baisse démographique, restructuration des modèles familiaux, diminution de nombre de mariages, montée du divorce et surtout pacification générale. Quant à la contestation de l’éducation autoritaire, elle remonterait à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais certaines légendes prennent racines pour longtemps. Pour avoir suivi les événements de mai 68 dans les premières loges (sans avoir été derrière la barricade de Guay-Lussac), je comprends la portée du rêve qui fut alors véhiculé. Le problème, comme l’auteure le précise bien, quand un rêve prend fin lui succède l’obligation d’ouvrir les yeux. Plus beau est le rêve, en effet, plus le réveil s’avère difficile. C’est ce qui se serait passé après le joyeux bordel de ce mai dont le soleil si persistant ne fut pas étranger à la propension à rechercher le bonheur sous les pavés. Si personne n’a jamais songé à se demander si les conséquences, aujourd’hui jugées « positives » de mai 68, auraient pu se produire sans cette massive contestation, pour Judith Lazar, la réponse va de soi : probablement oui. Et elle a raison.
Dans un dernier chapitre, le plus important de l’ouvrage intitulé : « Nous devons vivre ensemble » on peut lire que les trois thèmes : égalité, justice et sanction sont étroitement liés dans une société démocratique. La justice doit exercer la sanction de façon impartiale à l’égard de tous, sans distinction sociale, religieuse, culturelles ou autres. Reste à le faire admettre par l’ensemble des individus de la société. Pour cela, il n’existerait qu’un seul moyen : les lois. Ce qui n’est pas sans rappeler la réponse de François Quesnay, médecin de Mme de Pompadour lorsque le fils de Louis XV lui demanda comment il serait possible d’administrer le pays sans de multiples interventions gouvernementales : « Par l’application de la loi », lui répondit le père de l’école physiocratique.
Mais, tel que mentionné plus haut, c’est à Durkheim que Judith Lazar aime se rapporter non sans oublier Piaget. Ainsi, on peut lire que la punition n’a de valeur morale que si la sanction est perçue comme juste. Aux yeux de l’auteur de Éducation et sociologie : « La liberté est fille de l’autorité bien entendue. Car être libre, ce n’est pas faire ce qui plaît ; c’est être maître de soi, c’est savoir agir par raison et faire son devoir. Or, c’est justement à doter l’enfant de cette maîtrise de soi que l’autorité du maître doit être employée. » Ce qui conduit l’auteure à signaler l’importance de faire comprendre à l’enfant que le blâme dont il est l’objet est approuvé par son groupe social et qu’il ne s’agit pas d’une vengeance exercée contre lui.
Enfin, puisqu’il est ici abondamment question du système d’éducation, comment ne pas être d’accord avec l’affirmation voulant que l’égalité ne consiste pas à donner le même enseignement à tous, mais à tenir compte des capacités de chacun pour le conduire dans la direction où il a envie d’aller. À défaut de quoi, soutient l’auteure, l’enfant doué pour les études ne pourra réaliser ses aspirations et est appelé à rejoindre la grande armée des adultes aigris et laissés-pour-compte.
Un ouvrage à mettre entre beaucoup de mains.
André Joyal
Université du Québec à Trois-Rivières
MONNIER Gérard, 2004, La porte. Instrument et symbole, Paris, Éditions Alternatives, 119 pages
Un ouvrage sur la limite du dehors et du dedans : la porte. La porte représente une frontière, la séparation (souvent entre le public et le privé), un objet esthétique, de couleur, représente l’évolution des utilisations des matériaux en architecture (bois, métaux, verre, plastique…), décorative et fonctionnelle. La porte élément incontournable de la construction, présente dans la vie quotidienne comme dans la symbolique est traitée d’une manière agréable et innovante par Gérard Monnier, historien d’architecture et de design, spécialiste de la ville moderne entre autres. On savait Monnier auteur dynamique, mais on voit maintenant qu’il est également un dessinateur talentueux. Ce livre entre à la fois dans l’histoire de l’architecture et de l’aménagement, mais est également un essai culturel, technique et littéraire. Agréablement écrit, complété par un glossaire, et par une série d’expressions en plusieurs langues utilisant la « porte » dans différentes interprétations. Dans cette collection intitulée « Lieux-dits » on trouve aussi les ouvrages sur Le mur, L’escalier et Le toit. Ces ouvrages proposent des réflexions sur les éléments simples de l’architecture, sur le paysage de notre quotidien.
Georges Benko
CEMI-EHESS