2005
Géographie, Économie, Société
Comptes rendus
Comptes rendus
Georges Benko
CEMI-EHESS
BECATTINI Giacomo, 2004, Industrial Districts, A New Approach to Industrial Change, Londres, Edward Elgar, 199 p.
Ce livre esquisse la structure historique et les concepts fondamentaux de la littérature sur les districts industriels. Il brosse une nouvelle approche des développements industriels, basée sur la célèbre analyse des districts industriels.
Giacomo Becattini présente ici un livre exigeant, qui débute avec la théorie des districts et explore ensuite des aspects fondamentaux du capitalisme contemporain. Le livre conclut que les districts industriels ne représentent pas un phénomène provisoire, mais une variante du mode de production du capitalisme, où les relations humaines se révèlent nettement plus importantes que les relations financières.
Le livre est proposé en deux parties ; “From the sector to the district”, suivie par “Industrial districts and beyond”. La première présente les éléments théoriques et la seconde plutôt les empiriques. Il s’agit d’un ouvrage de qualité à partir des travaux de Becattini — comme base de réflexion — tout en montrant les axes de recherches pour continuer la réflexion tracée par lui.
Chercheurs, universitaires, politiciens et étudiants apprécieront cet ouvrage remarquable, et tout public intéressé par le développement local et le développement industriel.
PIROTTE Alain, 2004, L’économétrie. Des origines aux développements récents, Paris, CNRS Éditions, 241 pages
Depuis quelques années, l’économétrie s’est imposée comme une voie essentielle de l’analyse économique. Récemment, l’attribution de plusieurs prix Nobel d’économie à des économètres marque bien la place que l’économétrie occupe dorénavant dans cette discipline. Mais comment en est-on arrivé à une telle reconnaissance ? Pour le comprendre, cet ouvrage présente et met en perspective les principaux développements de l’économétrie.
La première partie de l’ouvrage est volontairement marquée par la dimension historique : définitions de l’économétrie et sa genèse, création de la Société d’économétrie, fondation de la Cowles Comission, « population » des modèles, premiers travaux sur les modèles à équations simultanées… Cet angle historique contribue à cerner les origines, les principes et les objectifs de cette discipline.
À partir des années 1970, les travaux économétrique théoriques et appliqués foisonnent. La seconde partie de l’ouvrage privilégie un angle thématique ; elle se concentre sur le contenu et l’utilité des avancées récentes de l’économétrie. On aborde notamment la désaffection des modèles macroéconométriques au milieu des années 1970 et les approches alternatives proposées, les développements de l’économétrie des séries temporelles depuis les années 1980, les branches de l’économétrie actuellement en plein essor…
En combinant les angles historique et thématique, ce livre permet de mieux comprendre l’origine et l’évolution de cette discipline dont le poids n’a fait que croître au cours du XXe siècle. Il montre également l’extrême diversité des développements récents, révélateurs d’une discipline en évolution permanente et dont les perspectives s’annoncent fertiles.
S’appuyant sur les travaux classiques et les recherches les plus récentes, l’ouvrage permettra aux étudiants, comme aux enseignants, de voir comment enseigner l’économétrie moderne. Il représente la première synthèse sur ce sujet. C’est un petit livre, mais qui va faire date. L’auteur réussit le tour de force de présenter en peu de pages un guide pratique sur l’économétrie — son histoire, son patrimoine culturel, sa réalité présente — et une réflexion sur l’adéquation de la discipline au monde contemporain.
POLÈSE Mario, SHEARMUR Richard, 2005, Économie urbaine et régionale. Introduction à la géographie économique, Paris, Economica, 376 pages
Polèse et Shearmur fournissent ici un aperçu de l’économie urbaine et régionale, destiné à la fois au milieu universitaire et aux divers publics. Comme manuel universitaire, le livre s’adresse surtout aux étudiants en sciences économiques, en géographie humaine et en urbanisme, ou encore dans les domaines connexes, comme la sociologie urbaine et rurale, l’administration publique et l’aménagement du territoire. Rédigé dans un langage clair, accessible à des lecteurs d’origine diverse, on y trouvera une synthèse originale des connaissances actualisées.
L’ensemble est divisé en trois parties. La première traite des fondements économiques de la ville : développement économique et urbanisation, espace géographique et coûts économiques, notamment avec la distance, centralisation et échange interrégionaux, externalité et économies d’agglomération, ville et développement, et des questions relatives à l’environnement.
La partie centrale de l’ouvrage est consacrée au développement régional, en soulignant les facteurs à la base du développement de l’économique régional. Les auteurs démontrent que les transformations provoquées par le développement économique ne se limitent pas à la création et à l’expansion des villes, mais touchent également les rapports économiques entre les différentes parties d’un pays. Aux questions posées : pourquoi certaines régions croissent-elles plus vite que d’autres ? Comment expliquer les disparités ? – ils fournissent les éléments de réponse aux chapitres 5 et 6. Ils analysent également les facteurs qui sous-tendent le développement économique national, régional ou local.
La troisième partie se situe dans le cadre de l’économie spatiale plus traditionnelle pour exposer des modèles et des théories de localisation des activités économiques, en distinguant les théories relatives à des espaces vastes, souvent indéfinis — chapitres 8 et 9 — de celles qui caractérisent la ville — chapitre 10.
Le chapitre 11, en guise de conclusion, propose une synthèse d’un espace économique en mutation.
L’ouvrage est remarquablement bien organisé, et les auteurs ont pu faire attention aux pires erreurs à éviter. Nous avons donc ici un excellent livre pour au moins une dizaine d’années.
SWYNGEDOUW Erik, 2004, Social Power and the Urbanization of Water. Flows of Power, Oxford, Oxford University Press, 209 pages
Cet ouvrage d’Erik Swyngedouw met l’accent sur la circulation de l’eau et propose – à travers cette approche – une analyse sur la fusion des phénomènes naturels et sociaux dans le processus d’urbanisation. Il prétend que la circulation de l’eau, en tant que véhicule, permet d’envisager les relations politiques, sociale et économiques, lesquelles interviennent dans la structuration du processus d’urbanisation. Ces relations puissantes exprimées sous diverses formes contribuent à la naissance de l’eau en tant que réalité urbaine. Si l’on met l’éclairage sur ces relations complexes, on peut remonter aux acteurs qui contrôlent la transformation et l’appropriation de la nature et l’environnement de la ville. Pour illustrer cette thèse, il a pris comme exemple empirique la ville de Guayaquil en Equateur, avec ses 600 000 habitants, qui manquent d’accès facile à l’eau potable. La recherche historique, politique et écologique est complétée par l’analyse du pouvoir politique contemporain sur place qui organise un système inégal et profondément injuste de la circulation et de la distribution de l’eau.
La première partie (les trois premiers chapitres) présente le côté théorique. La seconde — les chapitres 4 à 8 — apporte l’exemple concret, avec la ville de Guayaquil. La troisième et dernière partie, sous forme de conclusion, propose une politique de l’eau émancipée. Les illustrations soutiennent de manière efficace le propos de l’auteur. La bibliographie fournie, outre les ouvrages anciens, incluant les contemporains, permet de naviguer sur un sujet inhabituel.
Avec cette analyse, sortant de l’ornière, Swyngedouw offre un petit bijou iconoclaste. L’ouvrage est accessible au lecteur non économiste et non spécialiste aussi. Sa lecture est également indispensable pour le spécialiste, plus particulièrement aux géographes. Le plus remarquable est que toutes ces qualités puissent être conciliées en 209 pages. Un véritable tour de force !