2003
Revue de la Société Française de Gestalt
Sandor Ferenczi, le « grand père de la Gestalt »
Serge Ginger
Psychologue clinicien, psychothérapeute didacticien en Gestalt-thérapie, Fondateur de l’École Parisienne de Gestalt (EPG), Président de la Fédération internationale des Organismes de Formation à la Gestalt (FORGE), Secrétaire général de la Fédération Française de Psychothérapie (FFdP), Membre du Bureau exécutif de l’European Association for Psychotherapy (EAP).
Ferenczi était le disciple préféré de Freud, son fils spirituel ;
son apport à la psychanalyse a été considérable : de 1900 à
1933, il introduisit de nombreux concepts (que l’on retrouve en
Gestalt-thérapie), tels que : l’analyse didactique (« 2e règle
fondamentale») et la supervision, le contre-transfert, l’introjection, « l’élasticité» de la technique, à adapter à chaque cas.
Avant Perls, il souligna l’importance du corps et de l’émotion et
il prôna la « technique active», l’expéri-mentation vécue dans
l’ici et maintenant de la séance, l’approche globale et polysémique, l’implication affective humaniste, voire « maternante»
du thérapeute, notamment auprès des cas lourds, borderlines
et régressés — que Freud refusait en analyse.
Il apparaît ainsi comme l’un des précurseurs de la Gestaltthérapie. Ses idées semblent avoir été transmises à Perls, notamment à travers plusieurs de ses superviseurs, directement analysés par Ferenczi.
Les
« Racines européennes de la Gestalt-thérapie »
[(1)] me
semblent évidentes : la plupart des principes fondateurs sont, en
effet, issus d’Europe : la psychanalyse, la Gestalt-psychologie, la
phénoménologie, l’existentialisme, sans parler de courants
sous-jacents comme le judaïsme ou encore l’anarchisme. Je cite
rapidement quelques-uns des nombreux précurseurs : Freud,
Rank, Karen Horney, mais aussi von Ehrenfels, Kurt Lewin,
Goldstein, Brentano, Husserl, Buber, Kierkegaard, Merleau-Ponty, Sartre, Binswanger, Moreno, etc. Beaucoup étaient des
Juifs d’Europe centrale. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter sur un
précurseur de la Gestalt-thérapie, trop rarement évoqué :
Sandor Ferenczi.
J’avais moi-même longuement baigné dans la mouvance psychanalytique freudienne traditionnelle pendant 20 ans (de 1950
à 1970), avant de rencontrer la Gestalt-thérapie, et dès mon premier ouvrage sur la Gestalt-thérapie publié en 1987, je consacrais déjà près de 15 pages à Sandor Ferenczi
[(2)], que je n’avais
pas hésité à baptiser « le grand-père de la Gestalt »
[(3)].
Depuis une quinzaine d’années, j’ai pu lire un certain nombre
d’ouvrages complémentaires
de Ferenczi et
sur Ferenczi, ainsi
qu’une partie de l’abondante correspondance qu’il a entretenue
avec Freud, avec Groddeck, avec Rank, et plusieurs autres
[(4)].
Mon opinion n’a fait que se renforcer, et je voudrais donc, dans
cette brève communication, souligner en quoi Ferenczi m’apparaît, de plus en plus, comme
un des précurseurs de notre
approche, bien que son influence sur Perls n’ait pas été
directe,
comme celles de Reich ou de Karen Horney.
Freud a entretenu avec Ferenczi une correspondance intime,
quasi permanente pendant 25 ans ( 1236 lettres), le considérant
comme son fils spirituel
[(5)], son « Grand Vizir secret »
[(6)], son
dauphin et unique successeur potentiel. Il disait de lui qu’il était
« le frère aîné sans reproches », que ses contributions cliniques
étaient de « l’or pur », « qu’il a fait de tous les analystes, ses
élèves ». Wladimir Granov
[(7)] va plus loin et déclare que
« Ferenczi est bien
celui qui a fait la psychanalyse ». Michael
Balint, de son côté, estime que « Ferenczi avait au moins 25 ans
d’avance sur les théorisations de son époque », et en effet, je
constate pour ma part, que 25 ans avant Perls, il avait déjà posé
les jalons de la future Gestalt-thérapie !
Comme lui, il était un génie, avec de nombreux traits borderline, « n’acceptant ni limites, ni contraintes, prêt à toutes les
expériences » (Sabourin, 1985).
Je ne vais pas retracer ici l’ensemble de sa biographie, que
chacun peut trouver détaillée dans les innombrables études
consacrées à l’histoire de la psychanalyse.
Je me contenterai de rappeler quelques éléments qui me semblent directement liés à mon propos, par exemple, son intérêt
soutenu et militant pour :
- le corps, l’intonation, les gestes, mimiques et postures non
conscientes ;
- les émotions et leurs manifestations psychosomatiques
( « bio-analyse », 1923, ancêtre de la psychosomatique) ;
- le concept d’introjection ( 1912) ;
- le présent de la vie de ses patients et l’ici et maintenant de la
séance ;
- le contre-transfert de l’analyste ( 1900,1908) et le partage de
son propre ressenti avec son patient ( 1918,1924) ;
- la relation authentique, égalitaire, entre patient et thérapeute ( « analyse mutuelle », 1924) ;
- l’analyse du futur analyste
[(8)] (qu’il a baptisée « la 2e règle fondamentale
[(9)] » ), et la supervision ;
- la sympathie chaleureuse vis-à-vis des patients ( « technique
d’affection maternelle », 1932) ;
- l’ouverture de la psychothérapie à des cas lourds, profondément régressés, borderlines ou psychotiques ;
- la reconnaissance des droits des homosexuels ( 1905) ;
- l’ouverture de la psychanalyse aux non-médecins ( « analyse
profane », 1926) ;
- la « technique active », 1926, avec recours éventuel à des
injonctions paradoxales (« prescription du symptôme » pour
l’amplifier jusqu’à l’absurde) ;
-
« l’élasticité technique » ( 1920,1927), avec méfiance face à
toute théorie rigide ou généralisée (qu’il qualifiait de « délire
scientifique », 1932) ;
- l’importance des symboles et leur ontogenèse ( 1913) ;
- l’expérimentation vécue du processus évoqué, dans l’ici et
maintenant de la séance ( 1920).
Nous voyons que l’esprit de la Gestalt-thérapie n’est pas loin.
Rassurez-vous : je ne vais pas reprendre et détailler chacune
de ces attitudes, mais en illustrer rapidement quelques-unes
seulement.
BESOIN DE CHALEUR ET D’AMOUR PARENTAL
Sandor Ferenczi est né en Hongrie, en 1873 : il est donc de 20
ans l’aîné de Perls. Je retiens de son enfance et de son adolescence que son père est mort lorsqu’il avait 15 ans, tandis que sa
mère a mis au monde 12 enfants, avant de sombrer dans une
dépression profonde. Les deux parents étaient engagés dans la
vie intellectuelle, militante et politique (ils ont dirigé une imprimerielibrairie, et la mère était présidente de l’Union des
Femmes juives de Budapest), mais ils étaient très réservés sur
le plan affectif et sexuel : dans la famille, il n’y avait aucun
contact physique et on ne parlait jamais du corps, du sexe, ni
des émotions. Tout au long de sa vie, Sandor sera obsédé par
un besoin de tendresse et d’amour parental (Barande, 1972). Il
sera à la recherche à la fois d’une reconnaissance paternelle et
d’un contact maternant et chaleureux.
On retrouve chez un certain nombre de psychothérapeutes
gestaltistes cette proximité chaleureuse et « maternante », que
l’on oppose parfois à la distance, froide et « paternelle » de l’approche psychanalytique traditionnelle.
CONTRE-TRANSFERT ET POLYSÉMIE
Dès 1900, huit ans avant sa première rencontre avec Freud,
Ferenczi publie « Deux erreurs de diagnostic » où il évoque des
« phénomènes psychologiques mal connus », qui ne sont autres
que la perception du contre-transfert du thérapeute, lequel, plusieurs années plus tard, posera tant de problèmes à Freud.
« En psychanalyse classique, l’analyste était attentif à alimenter le transfert du patient (« névrose de transfert »), tout en s’efforçant de contrôler au maximum son contre-transfert. En
Gestalt, à l’inverse, le thérapeute s’efforce de limiter le transfert
du client, tout en étant attentif à exploiter délibérément son
contre-transfert, notamment par une awareness permanente à
son propre ressenti émotionnel et corporel, en écho au comportement verbal ou gestuel de son client. » (Ginger, 1987).
Ferenczi approfondira ce thème lors d’une conférence, en
1918, au Congrès de Budapest, sur « La maîtrise du contre-transfert », conférence qualifiée « d’or pur de la psychanalyse »,
par Freud.
La « 2e erreur » était de penser à une cause unique des
troubles. Ce thème de la polysémie de tout symptôme ou comportement sera largement exploité par les Gestaltistes. Tout phénomène a des causes multiples, passées et futures, en interdépendance systémique, et seule une vision d’ensemble, permettra d’en soupçonner la richesse. C’est une loi fondamentale de
la Gestalt-théorie que « le tout est différent de la somme de ses
parties » : le contexte est aussi important que le texte.
Ferenczi écrit : « La technique de traduction a donc oublié, au
profit de la traduction juste du
détail, que le
tout, c’est-à-dire la
situation analytique du patient comme telle, possède également
une signification, et même la plus importante : c’est toujours la
situation
d’ensemble qui donne la bonne interprétation de détail
des parties traduites… »
[(10)]
Nous sommes encore en pleine Gestalt, où l’action ne peut
être séparée de son champ.
LE CORPS, LES ÉMOTIONS, L’EXPÉRIMENTATION
EN SÉANCE, LA « TECHNIQUE ACTIVE »
En 1920, au Congrès de La Haye, Ferenczi relate comment il
a enjoint à une pianiste croate de chanter en séance, laissant
libre cours à ses gestes spontanés, ce qui lui a permis une prise
de conscience de son désir de plaire ; après quoi, il lui a proposé de jouer au piano, lui offrant ainsi de revivre son angoisse
dans l’ici et maintenant de la séance. Il encourage donc le
patient à développer ses symptômes (amplification gestaltiste)
et à les exploiter, au lieu de les ignorer.
De même, il interdit le coït à un impuissant (prescription du
symptôme) : ainsi, son angoisse n’est plus dans l’impuissance,
mais dans la crainte de ne pouvoir contrôler son désir !
Il souligne que « l’élasticité des techniques », adaptées à
chaque cas, devrait raccourcir la durée des cures. Tout cela me
semble préfigurer la philosophie de la Gestalt-thérapie, qui valorise le droit à la différence et l’originalité irréductible de chaque
être humain.
Dans son ouvrage écrit en 1923, en collaboration avec Otto
Rank, « Perspectives de la psychanalyse », il critique sans
égards les psychanalystes qui « se cramponnent avec beaucoup
trop de rigidité à des règles techniques dépassées [… ] avec un
fanatisme de l’interprétation ».
Voici quelques passages que j’ai relevés dans ce livre, passages qui auraient fort bien pu être écrits par Fritz Perls :
- « Tant de choses dans l’analyse dépendent de petits détails,
de faits apparemment anodins : comme l’intonation, les
gestes, la mimique. »
- « Les analystes ont négligé le présent du patient, outre son
passé et son avenir. »
- « On a été conduits à une exclusion assez artificielle de toute
humanité. »
- Il est temps d’élaborer une « thérapie des normaux ».
- « Comprendre n’est pas guérir. »
- « Les difficultés techniques ont surgi d’un trop grand savoir de
l’analyste. »
- « Le savoir ne suffit pas : il faut une expérience vécue du processus. »
- Il importe de « revivre les traumatismes, à travers une expérience vécue, les ressentir, les expérimenter, et non pas les
expliquer. »
- Il faut « remplacer les processus intellectuels par des facteurs
vécus affectivement. »
- Il ne manque que la trilogie : « bullshit », « elephantshit » et
- chickenshit » !
- Dans « Neo-catharsis » ( 1929), Ferenczi écrit :
- « Les fragments du passé sont revécus, avec l’analyste
comme pont entre le patient et la réalité. »
- « Certes, Freud a raison de nous enseigner que l’analyse
remporte une victoire lorsqu’elle réussit à remplacer l’agir par
la remémoration; mais je pense qu’il y a également avantage
à susciter un matériel agi important, qui peut ensuite être
transformé en remémoration. »
Dans sa « conférence-testament » de 1932, « Confusion de
langue entre les adultes et les enfants », sous-titrée « Le langage de la tendresse et de la passion » — conférence qui fit scandale au Congrès de Wiesbaden — Ferenczi évoque « l’hypocrisie des psychanalystes qui restent froids et intellectualisants
devant des patients en pleine crise ».
Dans son Journal clinique, en 1932, sous le titre « Qui est fou,
nous ou les patients ? », il écrit :
- « Freud se réfugie dans une crispation théorique exagérée. »
- « Il n’analyse que les autres et pas lui-même. »
- Et Ferenczi ajoute : « Je dois me souvenir de certaines
remarques que Freud a laissé tomber en ma présence » :
« Les patients, c’est de la racaille ; ils sont du matériel pour
apprendre. »
« Nous ne pouvons les aider, de toute façon. »
« Je n’aime pas ces malades. Une intolérance surprenante
qui fait de moi plutôt un… mauvais psychiatre. »
« Il est bien possible qu’avec les patients, vous réussissiez
mieux l’analyse que moi. Je n’y vois aucun inconvénient. Je
suis saturé de l’analyse comme thérapie. »
« Les problèmes thérapeutiques ne m’intéressent pas beau-
coup. »
Il avait d’ailleurs proposé à Freud, qui souffrait de problèmes
cardiaques, de l’analyser : « Je trouve réellement tragique le fait
que vous, qui avez donné la psychanalyse au monde, trouviez,
en fait, si difficile de vous confier à quelqu’un. Si vos plaintes cardiaques continuent, je viendrai chez vous pour plusieurs mois et
me mettrai à votre disposition, en tant qu’analyste, naturellement, si vous ne me mettez pas à la porte »…
Mais Freud refusa ( 1926).
Ferenczi, lui, s’interroge :
« On en vient finalement à se demander s’il n’est pas naturel,
et aussi opportun, d’être franchement un être humain doué
d’émotions, tantôt capable d’empathie, tantôt ouvertement
irrité ? Ce qui veut dire abandonner toute technique et se montrer sans fard. »
Aforce de prôner la
self-disclosure (dévoilement de soi), chère
à beaucoup de thérapeutes humanistes des années 70,
Ferenczi, dans son souci d’honnêteté et de partage égalitaire, en
vient à proposer, puis à expérimenter
l’analyse mutuelle, où il
avoue à ses client(e)s ses fantasmes, ses faiblesses, ses hésitations et ses erreurs, dépassant de beaucoup l’
implication
contrôlée gestaltiste (Ginger, 1987)
[(11)].
SEXUALITÉ ET HOMOSEXUALITÉ
Ferenczi se dévoue sans limites et cherche à répondre à la
quête d’amour exacerbée de certaines de ses clientes
borderlines : ainsi, il n’hésite pas à jouer la « tendre mère » (Freud,
1932) et se rend chez une cliente (Elisabeth Severn) deux fois
par jour, pour des séances de 4 à 5 heures chacune, parfois
même le soir ou la nuit, y compris pendant ses vacances… et
souvent, gratuitement ! Il laisse la cliente l’embrasser aussi souvent qu’elle en a envie
[(12)] … (in Haynal, 1996).
Bien entendu, Freud condamne vivement ces pratiques, sa
« fureur de guérir » et l’érotisation de ses relations, même si
elles semblent à caractère apparemment « maternel ».
Il convient cependant de préciser, àsa décharge, que Ferenczi
acceptait des clients gravement atteints, très régressés, borderlines ou psychotiques — que Freud refusait systématiquement…
et lui adressait ! (Bourdin, 2000).
Notons qu’à cette époque, il n’était pas explicitement interdit à
un(e) psychanalyste d’avoir des relations sexuelles avec un(e)
patient(e). Malgré ses mises en garde, Freud lui-même avait
admis : « Si l’analyste et sa patiente sont tous deux libres, il n’y
a pas d’inconvénient à ce qu’ils convolent en justes noces »
(Freud, Observations sur l’amour de transfert, 1915). De nombreuses liaisons se sont développées chez la plupart des analystes des deux sexes. Le premier Code officiel de déontologie,
instaurant l’obligation de l’abstinence sexuelle avec les patients
date de… 1983 (American Psychoanalytical Association).
De même, pendant les premiers temps, le
secret des entretiens était loin d’être garanti : ainsi Freud, Ferenczi (et les autres)
se tenaient souvent au courant des confidences de leurs clients.
C’était d’autant plus complexe qu’à cette époque, il était courant
d’analyser sa femme, ses enfants, voire ses parents, ainsi que
ses amants ou maîtresses. Une « transparence » très insécurisante s’était donc développée parmi les premiers disciples. On
peut noter, au passage, un taux de
suicide particulièrement
élevé de 6 % parmi les 200 premiers analystes (dont : Eugénie
Sokolnika, fondatrice de la
Société Parisienne de Psychanalyse
(SPP) et Clara Happel, l’une des analystes de Perls)
[(13)].
Quelques décennies plus tard, à l’occasion du premier développement de la Gestalt-thérapie, on a assisté, à nouveau, à une
libéralisation des règles, allant parfois jusqu’au laxisme.
Les relations des premiers fondateurs de la psychanalyse, tout
comme de la Gestalt-thérapie, étaient marquées par une atmosphère d’homosexualité, généralement sublimée, mais souvent
évoquée. Ainsi, Jung, victime pendant son enfance d’un abus
sexuel par un homme qu’il vénérait, justifie en partie sa rupture
avec Freud dans une lettre : « J’ai peur que vous trahissiez ma
confiance… J’ai été échaudé. Je crains votre action sexuelle sur
moi ».
Par la suite, Ferenczi, qui avait été, lui aussi, abusé par un
homme
[(14)], analyse avec Freud son transfert homosexuel. On a
beaucoup écrit sur « le ménage à trois » Freud, Jung, Ferenczi
et Freud lui-même confie à Jones, en 1912, « son problème
homosexuel non résolu ».
Freud avait souligné que les grands créateurs étaient souvent
homosexuels.
Ferenczi, dès 1905, s’engage ouvertement dans un combat
politique contre l’exclusion sociale des homosexuels et il estime
que « n’étant pas voué à la reproduction, ce troisième sexe est
destiné aux progrès de l’évolution humaine ». Il distingue deux
types : d’une part, l’efféminé, d’autre part, le viril (comme Platon,
Michel-Ange, Léonard de Vinci, Oscar Wilde), et il plaide pour le
caractère inné de l’homosexualité. Il s’intéresse à la « biologie
du plaisir » (Thalassa) et aux connexions neuropsychiques
( 1922).
Il est inutile de souligner ici le parallélisme avec l’action militante de Paul Goodman et avec le trio initial de la Gestaltthérapie : Goodman, Perls, Isadore From…
Ferenczi a fermement soutenu Freud dans son combat permanent et parfois désespéré pour le développement d’une psychothérapie « profane », exercée par des non– médecins. Ainsi,
lors d’un séjour aux USA, malgré la vive opposition de la Société
psychanalytique de New York, il offre délibérément 25 soirées de
séminaires aux « laïques » et 20 soirées aux médecins. Freud lui
écrivait d’ailleurs : « Le développement interne de la psychanalyse, contrairement à mes intentions, s’éloigne partout de l’analyse pratiquée par les non-médecins, pour devenir une spécialité
médicale, et je considère cela comme fatal pour son avenir ! »
Ce problème est toujours d’actualité, dans plusieurs pays :
pratique limitée aux médecins et aux psychologues
[(15)], et il
menace aujourd’hui, à nouveau, l’avenir de la psychothérapie en
Europe.
Ferenczi soutenait, avec raison, que ce qui importait n’était
pas le diplôme d’origine, mais les dispositions naturelles et la formation spécifique, incluant obligatoirement une thérapie personnelle ( « 2e règle fondamentale »), suivie d’une supervision.
UNE POLLINISATION CROISÉE
Je ne prétends pas, à travers ces quelques réflexions, que
Ferenczi, le précurseur ou le « grand-père de la Gestaltthérapie » ait
directement influencé Perls
[(16)]. On sait que ce dernier
était avare de ses sources et j’ignore dans quelle mesure il avait
effectivement une connaissance détaillée des écrits de Ferenczi.
Dans son premier livre
« Le Moi, la Faim et l’Agressivité », paru
en Afrique du Sud en 1942
[(17)], Perls cite Freud 65 fois (essentiellement pour s’y opposer), Reich 17 fois, Karen Horney 5 fois,
Rank 3 fois et Ferenczi… 2 fois seulement !
Quoi qu’il en soit, un grand nombre d’idées et d’hypothèses
circulaient, explicitement ou implicitement, au sein de la communauté psychanalytique, au cours de ces années d’émergence d’un nouveau paradigme de pensée.
Il en est de même d’ailleurs, actuellement encore, parmi la
communauté gestaltiste et je me réjouis à l’idée que chaque
semence enrichit le patrimoine commun, dans une pollinisation
croisée, assurant la fécondité du jardin international fleurissant
de la Gestalt-thérapie.
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Paris, édit. universitaires.
·
TASSEL Jean-Max ( communication à l’IFCC, Strasbourg, le 8 déc.
[1]
Titre du Colloque
international, organisé par le
Gestalt International Study
Center (GISC) à l’École
Parisienne de Gestalt (EPG)
du 16 au 18 mars 2003, où
cet exposé est présenté .
[2]
Ginger S. (1987). La
Gestalt, une thérapie du
contact. Paris, Hommes & Gr., 6e éd. 2000, (p. 105,123- 129, 284)
[3]
Le « père » étant, bien
entendu, Fritz Perls.
[4]
Certains documents des
Archives de Freud, ne seront
accessibles qu’en 2020,
d’autres en 2113 seulement !
[5]
Il souhaitait même le voir
épouser l’une de ses filles
et l’appelait volontiers
« mon cher fils ».
Ils ont effectué de nombreux
déplacements et des séjours
de vacances en commun,
pendant plusieurs années,
en Autriche, en France,
en Italie…
[6]
Chez les Turcs, le « Grand
Vizir » est le Premier Ministre.
[7]
Granov Wladimir (2001).
The Future of the Œdipial
Complext, St. Petersburg, East
European Psychoanalytic
institute.
[8]
A cette époque « héroïque »,
les analyses étaient souvent très
courtes : quelques mois,
quelques semaines, voire
quelques jours… ou quelques
heures.
Ferenczi avait bénéficié de deux
fois 3 semaines d’analyse
(quotidienne) par Freud, mais il
avait par ailleurs beaucoup
partagé de son vécu et de ses
rêves, durant leurs promenades
de vacances et leurs échanges
épistolaires.
Rank, quant à lui, n’avait jamais
bénéficié d’une analyse
personnelle. Freud lui en avait
imposé quelques heures, sur le
tard.
Reich dirigea le séminaire de
technique psychanalytique de
l’Institut de formation des
psychanalystes, dès l’âge de 27
ans (de 1924 à 1930), à la
demande de Freud lui-même,
bien avant d’avoir entamé une
analyse lui-même.
[9]
La 1
re règle fondamentale
était celle de l’association libre.
[10]
Perspectives de la
psychanalyse, Congrès de La
Haye, 1920.
[11]
« Tout ce que je dis, je le
pense ou le ressens ; mais je
ne dis pas tout ce que je pense
ou ressens : uniquement ce
qui me paraît utile au client, en
ce moment » (Ginger, 1987).
[12]
Winnicott, de même,
prenait éventuellement
ses clientes dans les bras
ou prolongeait une séance
pendant 3 heures
(Bourdin, 2000).
[13]
Voir Roudinesco et Plon
( 1977). Dictionnaire de la
psychanalyse.
[14]
Puis par deux
gouvernantes, ce qui avait
développé chez lui « une
haine des femmes ».
[15]
Votée notamment en
Allemagne et en Italie et
envisagée dans plusieurs
autres pays, contrairement à la
Déclaration de Strasbourg,
signée aujourd’hui par 46 pays
d’Europe, adhérant à
l’European Association for
Psychotherapy(EAP), qui
représente 150 000
psychothérapeutes
professionnels.
[16]
Mais plusieurs
« superviseurs » de Perls
(Landauer, Hitschmann, C.
Thompson) avaient été
analysés par Ferenczi.
[17]
et non en 1947, comme
on le voit trop souvent écrit
aux USA.
[*]
Pour plus de détails, voir
« Bibliographie » de 14 pages
d’œuvres et articles sur
Ferenczi, in Revue française de
psychanalyse, N° spécial sur
Ferenczi, PUF, 1995.