2007
Revue de la Société Française de Gestalt
Je reçois chez moi.
Charles Koskas
Un problème de handicap physique. Un choix aussi.
Je recevais ailleurs, avant, dans un cabinet. J’ai dû arrêter...
Alors ? Accepter un certain dévoilement.
Ils rentrent dans le salon. Ils regardent...
C’est chaleureux, chez moi.
Un canapé, avec des coussins, des fauteuils. Mon fauteuil un peu
« spécial »...
Il y a des grandes images aux murs : Klee, Kandinsky... Une cheminée qui ne fonctionne pas, pleine de vieux vinyles, une télé. Des
plantes, des bougies, des cassettes vidéo et des DVD...
De l’autre côté, un grand meuble avec ma chaîne stéréo, deux
grandes enceintes, des CD... Surtout du classique...
En face, deux bibliothèques avec des livres : voyages, art, bd, polars,
contes, une étagère de livres consacrés aux charmes féminins...
Plusieurs gravures aussi dans la pièce représentant des dames pas
toujours très vêtues...
Un masque de diable mexicain sur un mur, et plusieurs autres effigies dionysiaques... Une tanagra et plusieurs statuette : Vénus
Callipyge, Bouddhas, Golem, Bustes, Tortues chinoises...
Mon « autel » : des bougies, un napperon, des objets que j’aime et
qui ont un sens pour moi : galets, coquillages, cristaux de roche.
Au dessus de l’autel, les photos des gens que j’aime...
Ils les voient. Certains hésitent à regarder, d’autres le font, plutôt
discrètement.
Je l’accepte. Ils viennent chez moi, ils contactent cet être-là qui a ces
gens-là dans sa vie...
L’espace est net. Les portes donnant dans le reste de l’appartement
fermées. Clôture symbolique : « Je t’accueille chez moi, je te laisse
voir une partie de moi, mais pas tout ». Même dans ce que je laisse
à voir, j’ai introduit une certaine neutralité. Le décor où je reçois est
simplement illustratif de ce que je suis.
Sensuel. Des images, de la musique, des amis...
Finalement, mes clients me disent qu’ils y sont bien. Au début,
c’est dense. C’est beaucoup pour certains. Agréable pour d’autres.
Ils choisiront de rester aussi en fonction de cela...
Geneviève a été perturbée par le diable... occasion d'un premier travail.
Romane a choisi le canapé, elle se blottit parfois dans les coussins,
s’enroule dans la couverture rouge. Je crois que le cadre lui plaît.
Que ce contact avec ce thérapeute-là, lui plaît.
Juliette était étonnée des photos de femmes. Elle a mis un moment
à s’habituer ici, car elle m’a suivi au moment du changement de
lieu. Finalement, elle s’y sent bien. Plus tranquille.
On travaille avec la rencontre. Mon attitude est sobre.
L’environnement riche. Stimulant. Des objets qui induisent, peut-être... Qui sont là simplement.
« S’apparaître à l’occasion de l’autre », dans l’espace de l’autre,
espace transformé par la présence de celui qui vient. Transformé
par ce qui se tisse là. Espace transformant aussi : mon travail, c’est,
ici de faire suffisamment de vide dans l’entre-deux de la relation
pour que l’« accueilli » puisse y construire quelque chose de sa vie.
Dans la richesse d’un lieu où il se sente bien, reconnu, respecté, dorloté si besoin est, tranquille.
Métonymie du thérapeute, son lieu est un havre, il est accueil, il
est support, il est engagement à de possibles transports...