Gestalt
S.F.G.

I.S.B.N.sans
96 pages

p. 154 à 154
doi: en cours

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n° 33 2007/2

2007 Revue de la Société Française de Gestalt

Partager/Faire part

Françis Vanoye
Depuis quelque temps j’observe, à l’écrit comme à l’oral, le retour périodique d’une incorrection concernant l’usage du verbe partager. En effet, « je lui partage que… », « je partage à mon client que… », « mon client me partage que… » sont des constructions incorrectes. Vérification faite auprès de grammaires et du petit Robert, les choses sont claires : partager, c’est diviser en parts et distribuer (partager un gâteau entre des convives, un héritage entre des enfants), c’est aussi partager quelque chose (un gâteau, un appartement, une information, des sentiments) avec quelqu’un.
Dans les expressions incriminées, on pourrait, si l’on tient à conserver l’idée de part, remplacer partager par faire part : « je fais part de mes sentiments à mon client », j’en offre une partie à sa connaissance. Mais l’on voit immédiatement que le sens n’est plus le même. Partager implique l’égalité, la réciprocité, une sorte de symétrie, alors que faire part souligne la dissymétrie. Faire part d’un sentiment qui est mien ne signifie pas que l’autre le partage. Par ailleurs, partager un sentiment avec quelqu’un suppose qu’un processus se déroule et qu’il aboutit à la mise en Å“uvre de ce partage (je partage avec mon voisin mon enthousiasme pour un film, nous partageons, dans un groupe, nos craintes de la maladie et de la mort). Mais si je dis que je « lui partage » un sentiment, cela semble induire que ledit sentiment se transmettra à l’interlocuteur du seul fait de le dire, d’en faire part.
Tout cela ne me semble pas seulement significatif de la tendance au raccourci syntaxique que notre langue hérite des habitudes anglosaxonnes. Il me paraît plus intéressant d’y voir une marque, une manifestation de l’idéologie du partage, du fantasme de contagion affective et d’identification entre thérapeute et client. En d’autres termes cette construction « à la mode » nous entraînerait vers des zones confluentes ? Se dévoiler, partager, confluer ? Peut-être. Il n’y a pas de faute de langue « innocente ».
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