2007
Revue de la Société Française de Gestalt
Notes de lecture
Le concept d’amour en
psychothérapie
Un outil au service de la relation
Sylvie Dunn
Editions Nouvelles AMS, Montréal, 2005
Lecture de Françoise ROSSIGNOL
Dans la préface que Gilles Delisle a consacrée à ce livre, il remarque que « les écrits ne
manquent pas qui examinent le transfert érotique et ses rapports au cadre » et « on ne
compte plus les publications montrant comment la psychothérapie peut aider à restaurer chez le client la capacité d’aimer et à être
aimé », mais « de la place, de la fonction de
l’amour au sein-même de l’entreprise thérapeutique, il est trop peu question ».
Sylvie Dunn nous offre sa réflexion, profondément enracinée dans sa propre expérience
de patiente et de thérapeute, sur ce qui est
amour dans le lien thérapeutique, relation
d’amour sans être relation amoureuse. Elle
brave le risque que l’usage de ce mot
« amour », si peu scientifique, fait courir dans
un milieu où tout phénomène affectif est
promptement examiné, aseptisé, simplifié,
car rangé dans les catégories transférentielles et contre-transférentielles, au nom d’une
analyse distanciée. Notions rassurantes qui
évitent de regarder une réalité relationnelle
beaucoup plus complexe et énigmatique, que
l’on pressent hautement thérapeutique. Il ne
s’agit pas de se complaire dans de « bons
sentiments » un peu naïfs ou romantiques,
mais d’explorer cet espace de don dirigé vers
un « autre » à qui il donne un surcroît de
valeur.
Ce livre se présente dès son introduction
comme une incitation à oser questionner nos
positions personnelles et subjectives en
remontant le cours de notre propre histoire
d’amour en lien avec notre pratique professionnelle. Il semble bien que de notre capacité à aimer notre client dépende la qualité de
la relation thérapeutique afin de ne pas la priver de cette partie de nous-mêmes où nos
grandeurs et nos failles tissent notre humanité et la transmettent.
L’être humain, pour se développer, abesoin
d’amour et des bons soins qui en découlent.
L’auteur cite les observations, et les travaux
hospitaliers prouvant l’action des caresses
maternelles sur les capacités d’apprentissage
et la réponse au stress chez le jeune enfant,
confirmant Winnicott dans ses observations
et ses connaissances empiriques du lien
mère-enfant. Nombreux sont les auteurs qui
ont décrit les conséquences de la souffrance
de l’enfant privé d’attitudes et de soins adéquats de la part de leurs parents (Alice Miller,
Otto Kernberg, Heinz Kohut). Gilles Delisle a
théorisé la notion de dilemme de contact et
développé une position qui considère que
si le patient a été blessé dans sa relation à
l’autre, c’est aussi là que peut survenir la guérison. Aucune habileté technique, aucun
bagage théorique, aussi utile par ailleurs,
ne remplacera cet ingrédient essentiel de la
relation qu’est l’amour éprouvé par le thérapeute pour son client. Le thérapeute « croit »
en son client, comme le parent croit en son
enfant. Ce regard, ce désir, cet espoir, nous
l’éprouvons et le transmettons d’autant mieux
que notre propre thérapie, menée à terme,
a conforté notre foi dans le lien humain.
L’auteur explore les ressorts affectifs qui
nous prédisposent au métier de thérapeute,
les composantes de l’amour dans la relation
en fonction du stade du travail thérapeutique
et illustre largement ses propos par des
vignettes cliniques.
Les notions delisliennes sont très présentes. La plupart, dans ce livre, sont accessibles à ceux qui n’ont pas été formés au CIG
de Montréal mais certaines les inciteront à en
approfondir le sens et la portée en se référant aux ouvrages théoriques de la PGRO,
actuellement rebaptisée par son fondateur :
psychothérapie du lien.
Le livre de Sylvie Dunn est dans le droitfil de cette pensée et l’illustre avec un parfait équilibre entre les connaissances théoriques multiréférentielles, la finesse des
observations cliniques, les qualités humaines
de la réflexion personnelle.
Permis de créer
L’art de la Gestalt-thérapie
Marguerita Spagnuolo-lobb, Nancy Amendt
et al.
L’exprimerie, Bordeaux pour l’édition
française, 2006.
Lecture de Vincent BÉJA
Ce livre, coordonné par Margherita
Spagnuolo Lobb et Nancy Amendt Lyon, est
une collection d’articles de plus d’une vingtaine d’auteurs, une bonne moitié d’entre eux
étant américains, les autres européens.
Rendre compte d’un tel ouvrage est particulièrement difficile étant donné l’extrême
diversité des personnalités et des pensées
qui s’y expriment. Une telle diversité laisse
d’ailleurs un peu perplexe et, si l’on y va chercher quelque approche méthodique pour cerner la créativité comme la quatrième de couverture nous y invite, on risquera de sortir
de la lecture un peu plus confus qu’à l’entrée… C’est d’ailleurs assez fréquent dans
ce genre d’exercice semi-collectif d’écriture
qu’il soit impossible d’y déceler une construction et un sens bien dessinés, d’autant que
les articles proposés n’offrent pas tous – à
mes yeux – le même intérêt et que la traduction est, elle aussi, malheureusement
assez inégale.
Mais si l’on accepte d’avancer sans chercher, ouvert à la surprise dans ce paysage
hétéroclite et brillant, on rencontre nombre
d’articles fort intéressants. Je vais tâcher de
rendre compte de quelques-uns, de manière
très brève et dans l’ordre dans lequel ils se
trouvent placés dans l’ouvrage.
C’est ainsi, sur le ton léger et vivant d’une
transcription d’une conférence passionnée
de Daniel N. Stern, que l’on est très tôt conduit
à aborder les rivages de l’implicite, présent
et fond de toute relation et mode essentiel de
construction de soi. Ace titre « La face cachée
de la lune - Importance de la connaissance
implicite pour la Gestalt-thérapie » nous introduit au cÅ“ur de la relation humaine et du processus thérapeutique lui-même. Il nous rend
« conscients » de ce dont, en tant que thérapeutes, nous sommes plutôt simplement
« aware », de tous ces processus mutuels
d’évaluation, d’identification, d’assertion et de
reconnaissance qui se construisent dans les
esquisses de regards, de gestes, d’intonations, dans toutes les formes d’échanges et
selon toutes les modalités sensorielles. Qu’on
adhère ou non au désir de l’auteur d’augmenter le corpus de discours savants sur ce qui
se passe habituellement de mots, il reste qu’il
s’agit bien de « la face cachée de la lune »,
la lune ayant mon visage, le vôtre ou celui de
votre client… C’est à une reformulation plus
gestaltiste de ce type de propos que nous
convie Margherita Spagnuolo Lobb dans son
article « La rencontre thérapeutique comme
co-création improvisée ».
Il faut citer, plus loin, l’intéressant article
d’Antonio Sichera « La thérapie comme question esthétique : Créativité, rêves et art dans
Gestalt-thérapie », dans lequel, parlant du
rêve comme d’une mise en abîme du processus même de la thérapie, il souligne en particulier l’intérêt non d’en parler mais de l’élaborer, de le vivifier sous une forme elle-même
artistique, c’est-à-dire « de revivre sa structure imaginative dans un langage approprié,
matière à poésie, feu générateur d’une énergie créatrice qui lui soit propre».
« L’épaisseur du monde du rien : l’indifférence créatrice de Salomo Friedlaender »
de Ludwig Frambach nous introduit dans l’univers intellectuel de celui qui fut, avec Freud,
le seul maître que se reconnût Perls. Vu l’excessive maigreur de ce dont les lecteurs non
germanophones disposent sur Friedlaender,
tout article informé est une perle. C’est ici le
cas. L’auteur nous introduit succinctement sur
la scène de l’intuition centrale de Friedlaender,
d’ordre quasi mystique. Partant du fait que le
monde objectif est celui des différences : il
n’y a de perception que des différences,
Friedlaender en désigne le lieu source, le côté
subjectif et unitaire du réel, celui de « l’héliocentre de l’ego », le « moi », « l’indifférence
créatrice », « le cÅ“ur subjectif du monde »,
l’unité et l’origine non appréhensible de toute
différence… On voudrait en savoir bien plus
sur un fascinant personnage qui, exilé à Paris
en 1933 où il vécut malade et misérable
jusqu’à sa mort en 1946, semble avoir été
oublié de l’histoire culturelle de l’Allemagne
de l’entre deux guerres. C’est à partir de ses
idées que « Perls met en avant sa vision
essentiellement polaire de la dynamique de
la psyché. Le but est d’intégrer les dualités,
ou d’intégrer des identifications unilatérales
avec des pôles psychiques égaux, en polarités équilibrées»:«en intégrant les traits
opposés nous rendons à la personne sa
totalité ».
Dans un autre registre on peut aussi apprécier, dans les propos de Michael Vincent
Miller, « Une esthétique de l’engagement : ce
que les Gestalt-thérapeutes peuvent apprendre de Cézanne et de Miles Davis », son insistance sur la discipline et la concentration
comme ingrédients essentiels au processus
créatif.
Signalons la clarté remarquable de l’article
de Gordon Wheeler, « Contact et créativité
- Le cycle de la Gestalt en contexte » dans
lequel l’auteur synthétise avec la conviction
dont il est coutumier « les conditions de
champ du processus créatif», retrouvant ainsi
l’insistance de Paul Goodman sur la nécessité et la valeur du fait communautaire.
On appréciera encore l’extrême attention
portée par Ruella FRANK, « Donner corps
à la créativité - Le processus thérapeutique
et ses fondements dans le développement »,
aux capacités effectives de ses clients en relation avec elle et au choix des expérimentations qu’elle leur propose. Élaborant à partir
des enfants, elle nous rappelle utilement que
« ces cinq contextes (la présence du parent
ou de son substitut, la surface soutenante, la
tâche cocréée, l’état du système nerveux et
la souplesse dans la capacité d’orientation)
existent toujours comme partie prenante du
champ organisme/environnement et jouent
un rôle critique, en avant-plan ou en arrièreplan, dans le processus d’ajustement créateur ».
Enfin, et je m’arrêterai là, on rejoint avec
plaisir Nancy Amendt Lyon dans « Des
moments inoubliables dans la relation thérapeutique ». Il fait bon se souvenir avec elle
que « travailler de manière créative nécessite de compter moins sur les solutions habituelles et plus sur celles qui émergent», que
c’est parfois fatiguant, que « cela implique
le courage d’être gênant et maladroit ainsi
que l’acceptation d’être embarrassé »… et
qu’il est « presque impossible de satisfaire
cette exigence à chaque séance de thérapie »…
Voici donc, au travers des multiples cheminements possibles qu’offre ce livre, le compte
rendu de quelques unes des rencontres que
j’ai faites au sein de ses vingt-deux articles,
tous écrits ou transcrits à l’occasion de la
parution de cet ouvrage. Il ressemble un peu
à un coffre au trésor : j’ai régulièrement plaisir à venir y piocher un article, à le frotter un
peu à mon esprit critique pour mieux l’admirer; même s’ils n’ont pas tous la même valeur,
j’y trouve souvent un éclat que je n’avais pas
encore reconnu. Paru en 2003 sous le titre
original de « Creative Licence, the Art of
Gestalt Therapy », il a été traduit et publié par
L’exprimerie en 2006.
La supervision
en psychanalyse
et en psychothérapie
Alain DELOURME, Edmond MARC et al.
Dunod Paris 2007.235 pages
Lecture de Patrice RANJARD
L’ouvrage présente le point de vue sur la
supervision d’une douzaine d’auteurs d’obédiences diverses : psychanalystes, gestaltistes, transactionnalistes, intégratistes… Les
signataires ont construit une table des matières avec des apparences de rationalité :
fondements, problématiques, ouvertures intégratives… Mais un tout autre classement
aurait été possible autour d’une problématique qui parcourt l’ensemble : celle de l’autorité, du pouvoir, de la hiérarchie.
Car le livre s’ouvre par une interview de
J. D. Nasio par Alain Delourme. Le psychanalyste développe une position complètement
immergée dans l’univers psycho-familial
[1] :
l’analyste débutant est le
fils de son analyste et le
petit-fils de l’analyste de celui-ci.
Nasio nomme ainsi toute la lignée des psychanalystes qui, depuis le premier émigré en
Argentine, conduit jusqu’à lui. L’analyste débutant doit prendre pour superviseur son analyste didacticien. On ne doit jamais avoir deux
superviseurs en même temps. Bref, le super-visé est un enfant et doit le rester.
Il cessera d’être enfant quand ses parents
le lui diront et il n’aura plus besoin alors de
supervision. Et même alors, qu’il n’aille surtout pas prétendre chercher son style personnel : « le style n’est pas à la portée de tout
le monde » !
Bref, d’un point de vue pédagogique, Nasio
est à 100 % sur la position : Ce n’est pas
l’élève qui apprend, c’est le maître qui apprend à l’élève. Le superviseur selon Nasio
sait tout mieux que le supervisé, il peut même
analyser son patient mieux que lui et ne s’en
prive pas.
Comme on n’imagine pas que le reste du
livre soit de la même eau, on se demande ce
que fait là cette interview. Réponse probable :
le nom de Nasio sur la première de couverture, ça attire l’Å“il d’un plus grand nombre
d’acheteurs potentiels. Avant-propos de J. D.
Nasio, ça donne à penser que Nasio approuve le reste du livre ! Mais comme on ne
peut pas faire jouer explicitement à cette célébrité le rôle de repoussoir on ne dira rien dans
la suite de l’opposition irréductible entre lui et
tous les autres.
Le reste du livre s’inscrit d’emblée sur des
position diamétralement opposées : c’est
l’élève qui apprend(« à l’occasion d’un autre »
dirait Robine, dont l’article est au cÅ“ur du
processus qui disqualifie la position de Nasio).
Dans son historique, Du contrôle à la super-vision, Edmond Marc montre comment fut
toujours au centre des conflits la tension entre
les deux positions : je lui apprends versus il
apprend. Dans son chapitre sur l’éthique
Delourme écrit même : « Que le supervisé
entende ou n’entende pas (…) qu’il intègre
ou n’intègre pas (…), cela ne relève pas de
la maîtrise du superviseur ». Dans leur conclusion, Marc et Delourme récusent vivement
toute relation hiérarchique dans la supervision. Dissymétrie, bien sûr, mais pas hiérarchie. Dans tout cela il n’est plus question de
J. D. Nasio ; pas la moindre allusion à l’interview du début.
Deux chapitres donnent à voir les difficultés auxquelles se heurtent les psychanalystes lorsqu’ils veulent penser librement :
Edmond Gilliéron découvre l’observation
(phénoménologique), le contact, et la relation
et même le champ… mais il ne dispose pour
en parler que des concepts psychanalytiques :
« le psychothérapeute doit accepter de se
considérer comme un élément actif de la relation : il n’est pas « neutre », il n’est pas que
le « miroir » actif du patient, il est en réalité
l’objet de l’influence exercée par ce dernier
(contre-transfert mis en acte) ». C’est ainsi
que Gilliéron invente le concept d’étayage
objectal pour désigner « la manière dont un
sujet utilise son partenaire pour confirmer
sa propre identité ». Maria Gilbert, née et élevée dans une psychologie à une personne,
découvre la relation, sans aller jusqu’au
champ. Elle doit donc jongler avec de multiples concepts pour rendre compte des phénomènes de champ sans perdre son paradigme : la psychologie, ça concerne une
personne.
D’autres articles méritent lecture : J. P. Klein
et J. P. Pinel sur la supervision d’équipes
(comment la problématique du patient peut
se retrouver mise en actes au sein du groupe
en supervision), S. Ginger sur la Gestalt, J.
P. Fourcade sur l’approche intégrative, mais
je voudrais insister sur le dernier chapitre :
Se former à la supervision (B. Rubbers et
V. Sichem). Se former à…, et non pas
Formation à… C’est l’apprenti qui se forme
et non pas le formateur qui le forme. Certes
les auteurs étant de l’Analyse Transactionnelle ont beaucoup à enseigner, mais leur
position est clairement non autoritaire :« est
superviseur celui qu’un thérapeute a choisi
pour assumer cette fonction auprès de lui ».
Car la question que ne pose pas l’ouvrage,
hélas, est bien celle de la nécessité de former des superviseurs. Du jour où l’on crée
des formations de superviseurs on fait croire
que c’est une compétence spéciale qui doit
être acquise. Donc on renforce l’idée que
superviseur est un grade, à inscrire sur ses
cartes de visite. On valorise une conception
hiérarchique de la supervision et on dévalorise la rencontre et la recherche en commun
de deux psychothérapeutes, dont l’un est certes plus expérimenté que l’autre, mais là n’est
pas l’essentiel; l’essentiel est que le super-viseur est décalé : il voit le thérapeute et imagine le client. Non impliqué avec ce dernier,
il peut penser librement sur ce qui se passe
dans la thérapie, il peut « superviser ».
Choisissez votre superviseur sans vous
soucier de son grade ou de sa formation, et
changez-en dès que ça ronronne. Refusez
d’acheter chat en poche, c’est-à-dire de vous
engager pour un an avant même d’avoir vu
comment le superviseur travaille. Mais surtout, quels que soient votre âge, votre expérience et le nombre de vos clients (même
un seul !), ne pratiquez pas la psychothérapie sans rencontrer régulièrement un collègue pour en parler.
La résilience
Serge Tisseron
PUF, collection Que sais-je ?, n° 3785,
Paris, 2007,128 pages.
Lecture de Francis VANOYE
Le mot est certes galvaudé. Sa bonne fortune a fait l’objet d’un mini-débat dans les
colonnes du Mondeavec des articles signés
Boris Cyrulnik (17 juillet 2007) et Serge
Tisseron (31 juillet). Boris Cyrulnik qui est pour
beaucoup dans le succès de la notion (voir
Un merveilleux malheur, Paris, Odile Jacob,
1999), Serge Tisseron, psychanalyste, que
l’on devine quelque peu irrité par ce mot,
« résilience », qui n’appartient pas au vocabulaire de la psychanalyse et semble lui
échapper. Cela dit, la lecture de son petit livre
est stimulante et utile. D’une part en ce que
l’auteur remet en perspective le mot, son étymologie, son histoire, d’autre part en ce qu’il
pose un certain nombre de questions pertinentes, suscitées justement par le surprenant
succès de la notion. C’est à mon sens plus
par ces questions que par les réponses qu’il
apporte (souvent trop elliptiques, allusives ou
insuffisamment argumentées - mais les
contraintes de la collection obligent à faire
bref) que Tisseron nous intéresse. Dans les
limites de cette chronique, je me contenterai de faire part des questions qui m’ont le
plus fortement retenu.
Rappelons d’abord ce que le terme de résilience désigne : un processus par lequel un
individu – voire un groupe ou une communauté – résiste à un traumatisme important
et/ou se reconstruit après lui. Mais la résilience n’est-elle qu’un phénomène spécifique
observable dans une situation donnée ou
constitue-t-elle un trait de personnalité et,
en tant que tel , pourrait-elle relever de la prédiction, de la prévention, de l’éducation ? Ne
songe-t-on pas à établir des tests de résilience ? Mais existe-t-il des facteurs de résilience ? et de quelle nature : neurologiques,
psychiques, familiaux, environnementaux,
culturels ?
Comment mesure-t-on la résilience à un
traumatisme ?A la réussite professionnelle
et sociale ? Al’harmonie de la vie affective ?
Al’adaptation à l’environnement ?Ala transmission d’une génération à l’autre ? A un
ensemble de comportements ou à un réaménagement profond de l’identité ?
Au passage Tisseron met en garde contre
un certain nombre de risques liés à une sorte
d’idéalisation de la résilience : contrôle social
(tests), mise à l’écart du clivage identitaire
suscité par le traumatisme, sous-estimation
des « ricochets de traumatismes » d’une
génération à l’autre. Il rappelle aussi les travaux de certains psychanalystes (Balint,
Bowlby, Imre Hermann, N. Abraham et M.
Torok), dégageant notamment deux processus d’intériorisation des expériences nouvelles, l’introjection et l’inclusion psychique,
qui ne sont pas sans analogie avec les processus d’assimilation et d’introjection de la
Gestalt-thérapie (p. 114-115).
Les résilients – bourreaux ou victimes, abuseurs ou abusés, grands accidentés, personnes battues, abandonnées, ruinées, malades
– incitent Tisseron à la prudence plutôt qu’au
triomphalisme. Il nous met au fond sur la voie
qui doit toujours être la nôtre, celle de la vigilance à ce qui se passe dans la relation présente, et manifeste que la résilience est bien
un processus complexe sans doute jamais
achevé.
[1]
Gérard Mendel oppose la personnalité psycho-familiale,
dont s’occupent la psychanalyse et les psychothérapies
et la personnalité psycho-sociale, qui ne se développe que
dans l’exercice et le plaisir de l’Actepouvoir collectif.