Gestalt
S.F.G.

I.S.B.N.sans
96 pages

p. 187 à 193
doi: en cours

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n° 33 2007/2

 
Le concept d’amour en psychothérapie Un outil au service de la relation Sylvie Dunn Editions Nouvelles AMS, Montréal, 2005 Lecture de Françoise ROSSIGNOL
 
 
Dans la préface que Gilles Delisle a consacrée à ce livre, il remarque que « les écrits ne manquent pas qui examinent le transfert érotique et ses rapports au cadre » et « on ne compte plus les publications montrant comment la psychothérapie peut aider à restaurer chez le client la capacité d’aimer et à être aimé », mais « de la place, de la fonction de l’amour au sein-même de l’entreprise thérapeutique, il est trop peu question ».
Sylvie Dunn nous offre sa réflexion, profondément enracinée dans sa propre expérience de patiente et de thérapeute, sur ce qui est amour dans le lien thérapeutique, relation d’amour sans être relation amoureuse. Elle brave le risque que l’usage de ce mot « amour », si peu scientifique, fait courir dans un milieu où tout phénomène affectif est promptement examiné, aseptisé, simplifié, car rangé dans les catégories transférentielles et contre-transférentielles, au nom d’une analyse distanciée. Notions rassurantes qui évitent de regarder une réalité relationnelle beaucoup plus complexe et énigmatique, que l’on pressent hautement thérapeutique. Il ne s’agit pas de se complaire dans de « bons sentiments » un peu naïfs ou romantiques, mais d’explorer cet espace de don dirigé vers un « autre » à qui il donne un surcroît de valeur.
Ce livre se présente dès son introduction comme une incitation à oser questionner nos positions personnelles et subjectives en remontant le cours de notre propre histoire d’amour en lien avec notre pratique professionnelle. Il semble bien que de notre capacité à aimer notre client dépende la qualité de la relation thérapeutique afin de ne pas la priver de cette partie de nous-mêmes où nos grandeurs et nos failles tissent notre humanité et la transmettent.
L’être humain, pour se développer, abesoin d’amour et des bons soins qui en découlent. L’auteur cite les observations, et les travaux hospitaliers prouvant l’action des caresses maternelles sur les capacités d’apprentissage et la réponse au stress chez le jeune enfant, confirmant Winnicott dans ses observations et ses connaissances empiriques du lien mère-enfant. Nombreux sont les auteurs qui ont décrit les conséquences de la souffrance de l’enfant privé d’attitudes et de soins adéquats de la part de leurs parents (Alice Miller, Otto Kernberg, Heinz Kohut). Gilles Delisle a théorisé la notion de dilemme de contact et développé une position qui considère que si le patient a été blessé dans sa relation à l’autre, c’est aussi là que peut survenir la guérison. Aucune habileté technique, aucun bagage théorique, aussi utile par ailleurs, ne remplacera cet ingrédient essentiel de la relation qu’est l’amour éprouvé par le thérapeute pour son client. Le thérapeute « croit » en son client, comme le parent croit en son enfant. Ce regard, ce désir, cet espoir, nous l’éprouvons et le transmettons d’autant mieux que notre propre thérapie, menée à terme, a conforté notre foi dans le lien humain.
L’auteur explore les ressorts affectifs qui nous prédisposent au métier de thérapeute, les composantes de l’amour dans la relation en fonction du stade du travail thérapeutique et illustre largement ses propos par des vignettes cliniques. Les notions delisliennes sont très présentes. La plupart, dans ce livre, sont accessibles à ceux qui n’ont pas été formés au CIG de Montréal mais certaines les inciteront à en approfondir le sens et la portée en se référant aux ouvrages théoriques de la PGRO, actuellement rebaptisée par son fondateur : psychothérapie du lien.
Le livre de Sylvie Dunn est dans le droitfil de cette pensée et l’illustre avec un parfait équilibre entre les connaissances théoriques multiréférentielles, la finesse des observations cliniques, les qualités humaines de la réflexion personnelle.
 
Permis de créer L’art de la Gestalt-thérapie Marguerita Spagnuolo-lobb, Nancy Amendt et al. L’exprimerie, Bordeaux pour l’édition française, 2006. Lecture de Vincent BÉJA
 
 
Ce livre, coordonné par Margherita Spagnuolo Lobb et Nancy Amendt Lyon, est une collection d’articles de plus d’une vingtaine d’auteurs, une bonne moitié d’entre eux étant américains, les autres européens. Rendre compte d’un tel ouvrage est particulièrement difficile étant donné l’extrême diversité des personnalités et des pensées qui s’y expriment. Une telle diversité laisse d’ailleurs un peu perplexe et, si l’on y va chercher quelque approche méthodique pour cerner la créativité comme la quatrième de couverture nous y invite, on risquera de sortir de la lecture un peu plus confus qu’à l’entrée… C’est d’ailleurs assez fréquent dans ce genre d’exercice semi-collectif d’écriture qu’il soit impossible d’y déceler une construction et un sens bien dessinés, d’autant que les articles proposés n’offrent pas tous – à mes yeux – le même intérêt et que la traduction est, elle aussi, malheureusement assez inégale.
Mais si l’on accepte d’avancer sans chercher, ouvert à la surprise dans ce paysage hétéroclite et brillant, on rencontre nombre d’articles fort intéressants. Je vais tâcher de rendre compte de quelques-uns, de manière très brève et dans l’ordre dans lequel ils se trouvent placés dans l’ouvrage.
C’est ainsi, sur le ton léger et vivant d’une transcription d’une conférence passionnée de Daniel N. Stern, que l’on est très tôt conduit à aborder les rivages de l’implicite, présent et fond de toute relation et mode essentiel de construction de soi. Ace titre « La face cachée de la lune - Importance de la connaissance implicite pour la Gestalt-thérapie » nous introduit au cÅ“ur de la relation humaine et du processus thérapeutique lui-même. Il nous rend « conscients » de ce dont, en tant que thérapeutes, nous sommes plutôt simplement « aware », de tous ces processus mutuels d’évaluation, d’identification, d’assertion et de reconnaissance qui se construisent dans les esquisses de regards, de gestes, d’intonations, dans toutes les formes d’échanges et selon toutes les modalités sensorielles. Qu’on adhère ou non au désir de l’auteur d’augmenter le corpus de discours savants sur ce qui se passe habituellement de mots, il reste qu’il s’agit bien de « la face cachée de la lune », la lune ayant mon visage, le vôtre ou celui de votre client… C’est à une reformulation plus gestaltiste de ce type de propos que nous convie Margherita Spagnuolo Lobb dans son article « La rencontre thérapeutique comme co-création improvisée ».
Il faut citer, plus loin, l’intéressant article d’Antonio Sichera « La thérapie comme question esthétique : Créativité, rêves et art dans Gestalt-thérapie », dans lequel, parlant du rêve comme d’une mise en abîme du processus même de la thérapie, il souligne en particulier l’intérêt non d’en parler mais de l’élaborer, de le vivifier sous une forme elle-même artistique, c’est-à-dire « de revivre sa structure imaginative dans un langage approprié, matière à poésie, feu générateur d’une énergie créatrice qui lui soit propre». « L’épaisseur du monde du rien : l’indifférence créatrice de Salomo Friedlaender » de Ludwig Frambach nous introduit dans l’univers intellectuel de celui qui fut, avec Freud, le seul maître que se reconnût Perls. Vu l’excessive maigreur de ce dont les lecteurs non germanophones disposent sur Friedlaender, tout article informé est une perle. C’est ici le cas. L’auteur nous introduit succinctement sur la scène de l’intuition centrale de Friedlaender, d’ordre quasi mystique. Partant du fait que le monde objectif est celui des différences : il n’y a de perception que des différences, Friedlaender en désigne le lieu source, le côté subjectif et unitaire du réel, celui de « l’héliocentre de l’ego », le « moi », « l’indifférence créatrice », « le cÅ“ur subjectif du monde », l’unité et l’origine non appréhensible de toute différence… On voudrait en savoir bien plus sur un fascinant personnage qui, exilé à Paris en 1933 où il vécut malade et misérable jusqu’à sa mort en 1946, semble avoir été oublié de l’histoire culturelle de l’Allemagne de l’entre deux guerres. C’est à partir de ses idées que « Perls met en avant sa vision essentiellement polaire de la dynamique de la psyché. Le but est d’intégrer les dualités, ou d’intégrer des identifications unilatérales avec des pôles psychiques égaux, en polarités équilibrées»:«en intégrant les traits opposés nous rendons à la personne sa totalité ».
Dans un autre registre on peut aussi apprécier, dans les propos de Michael Vincent Miller, « Une esthétique de l’engagement : ce que les Gestalt-thérapeutes peuvent apprendre de Cézanne et de Miles Davis », son insistance sur la discipline et la concentration comme ingrédients essentiels au processus créatif.
Signalons la clarté remarquable de l’article de Gordon Wheeler, « Contact et créativité - Le cycle de la Gestalt en contexte » dans lequel l’auteur synthétise avec la conviction dont il est coutumier « les conditions de champ du processus créatif», retrouvant ainsi l’insistance de Paul Goodman sur la nécessité et la valeur du fait communautaire.
On appréciera encore l’extrême attention portée par Ruella FRANK, « Donner corps à la créativité - Le processus thérapeutique et ses fondements dans le développement », aux capacités effectives de ses clients en relation avec elle et au choix des expérimentations qu’elle leur propose. Élaborant à partir des enfants, elle nous rappelle utilement que « ces cinq contextes (la présence du parent ou de son substitut, la surface soutenante, la tâche cocréée, l’état du système nerveux et la souplesse dans la capacité d’orientation) existent toujours comme partie prenante du champ organisme/environnement et jouent un rôle critique, en avant-plan ou en arrièreplan, dans le processus d’ajustement créateur ».
Enfin, et je m’arrêterai là, on rejoint avec plaisir Nancy Amendt Lyon dans « Des moments inoubliables dans la relation thérapeutique ». Il fait bon se souvenir avec elle que « travailler de manière créative nécessite de compter moins sur les solutions habituelles et plus sur celles qui émergent», que c’est parfois fatiguant, que « cela implique le courage d’être gênant et maladroit ainsi que l’acceptation d’être embarrassé »… et qu’il est « presque impossible de satisfaire cette exigence à chaque séance de thérapie »…
Voici donc, au travers des multiples cheminements possibles qu’offre ce livre, le compte rendu de quelques unes des rencontres que j’ai faites au sein de ses vingt-deux articles, tous écrits ou transcrits à l’occasion de la parution de cet ouvrage. Il ressemble un peu à un coffre au trésor : j’ai régulièrement plaisir à venir y piocher un article, à le frotter un peu à mon esprit critique pour mieux l’admirer; même s’ils n’ont pas tous la même valeur, j’y trouve souvent un éclat que je n’avais pas encore reconnu. Paru en 2003 sous le titre original de « Creative Licence, the Art of Gestalt Therapy », il a été traduit et publié par L’exprimerie en 2006.
 
La supervision en psychanalyse et en psychothérapie Alain DELOURME, Edmond MARC et al. Dunod Paris 2007.235 pages Lecture de Patrice RANJARD
 
 
L’ouvrage présente le point de vue sur la supervision d’une douzaine d’auteurs d’obédiences diverses : psychanalystes, gestaltistes, transactionnalistes, intégratistes… Les signataires ont construit une table des matières avec des apparences de rationalité : fondements, problématiques, ouvertures intégratives… Mais un tout autre classement aurait été possible autour d’une problématique qui parcourt l’ensemble : celle de l’autorité, du pouvoir, de la hiérarchie.
Car le livre s’ouvre par une interview de J. D. Nasio par Alain Delourme. Le psychanalyste développe une position complètement immergée dans l’univers psycho-familial [1] : l’analyste débutant est le fils de son analyste et le petit-fils de l’analyste de celui-ci. Nasio nomme ainsi toute la lignée des psychanalystes qui, depuis le premier émigré en Argentine, conduit jusqu’à lui. L’analyste débutant doit prendre pour superviseur son analyste didacticien. On ne doit jamais avoir deux superviseurs en même temps. Bref, le super-visé est un enfant et doit le rester.
Il cessera d’être enfant quand ses parents le lui diront et il n’aura plus besoin alors de supervision. Et même alors, qu’il n’aille surtout pas prétendre chercher son style personnel : « le style n’est pas à la portée de tout le monde » !
Bref, d’un point de vue pédagogique, Nasio est à 100 % sur la position : Ce n’est pas l’élève qui apprend, c’est le maître qui apprend à l’élève. Le superviseur selon Nasio sait tout mieux que le supervisé, il peut même analyser son patient mieux que lui et ne s’en prive pas.
Comme on n’imagine pas que le reste du livre soit de la même eau, on se demande ce que fait là cette interview. Réponse probable : le nom de Nasio sur la première de couverture, ça attire l’Å“il d’un plus grand nombre d’acheteurs potentiels. Avant-propos de J. D. Nasio, ça donne à penser que Nasio approuve le reste du livre ! Mais comme on ne peut pas faire jouer explicitement à cette célébrité le rôle de repoussoir on ne dira rien dans la suite de l’opposition irréductible entre lui et tous les autres.
Le reste du livre s’inscrit d’emblée sur des position diamétralement opposées : c’est l’élève qui apprend(« à l’occasion d’un autre » dirait Robine, dont l’article est au cÅ“ur du processus qui disqualifie la position de Nasio). Dans son historique, Du contrôle à la super-vision, Edmond Marc montre comment fut toujours au centre des conflits la tension entre les deux positions : je lui apprends versus il apprend. Dans son chapitre sur l’éthique Delourme écrit même : « Que le supervisé entende ou n’entende pas (…) qu’il intègre ou n’intègre pas (…), cela ne relève pas de la maîtrise du superviseur ». Dans leur conclusion, Marc et Delourme récusent vivement toute relation hiérarchique dans la supervision. Dissymétrie, bien sûr, mais pas hiérarchie. Dans tout cela il n’est plus question de J. D. Nasio ; pas la moindre allusion à l’interview du début.
Deux chapitres donnent à voir les difficultés auxquelles se heurtent les psychanalystes lorsqu’ils veulent penser librement : Edmond Gilliéron découvre l’observation (phénoménologique), le contact, et la relation et même le champ… mais il ne dispose pour en parler que des concepts psychanalytiques : « le psychothérapeute doit accepter de se considérer comme un élément actif de la relation : il n’est pas « neutre », il n’est pas que le « miroir » actif du patient, il est en réalité l’objet de l’influence exercée par ce dernier (contre-transfert mis en acte) ». C’est ainsi que Gilliéron invente le concept d’étayage objectal pour désigner « la manière dont un sujet utilise son partenaire pour confirmer sa propre identité ». Maria Gilbert, née et élevée dans une psychologie à une personne, découvre la relation, sans aller jusqu’au champ. Elle doit donc jongler avec de multiples concepts pour rendre compte des phénomènes de champ sans perdre son paradigme : la psychologie, ça concerne une personne.
D’autres articles méritent lecture : J. P. Klein et J. P. Pinel sur la supervision d’équipes (comment la problématique du patient peut se retrouver mise en actes au sein du groupe en supervision), S. Ginger sur la Gestalt, J. P. Fourcade sur l’approche intégrative, mais je voudrais insister sur le dernier chapitre : Se former à la supervision (B. Rubbers et V. Sichem). Se former à…, et non pas Formation à… C’est l’apprenti qui se forme et non pas le formateur qui le forme. Certes les auteurs étant de l’Analyse Transactionnelle ont beaucoup à enseigner, mais leur position est clairement non autoritaire :« est superviseur celui qu’un thérapeute a choisi pour assumer cette fonction auprès de lui ».
Car la question que ne pose pas l’ouvrage, hélas, est bien celle de la nécessité de former des superviseurs. Du jour où l’on crée des formations de superviseurs on fait croire que c’est une compétence spéciale qui doit être acquise. Donc on renforce l’idée que superviseur est un grade, à inscrire sur ses cartes de visite. On valorise une conception hiérarchique de la supervision et on dévalorise la rencontre et la recherche en commun de deux psychothérapeutes, dont l’un est certes plus expérimenté que l’autre, mais là n’est pas l’essentiel; l’essentiel est que le super-viseur est décalé : il voit le thérapeute et imagine le client. Non impliqué avec ce dernier, il peut penser librement sur ce qui se passe dans la thérapie, il peut « superviser ».
Choisissez votre superviseur sans vous soucier de son grade ou de sa formation, et changez-en dès que ça ronronne. Refusez d’acheter chat en poche, c’est-à-dire de vous engager pour un an avant même d’avoir vu comment le superviseur travaille. Mais surtout, quels que soient votre âge, votre expérience et le nombre de vos clients (même un seul !), ne pratiquez pas la psychothérapie sans rencontrer régulièrement un collègue pour en parler.
 
La résilience Serge Tisseron PUF, collection Que sais-je ?, n° 3785, Paris, 2007,128 pages. Lecture de Francis VANOYE
 
 
Le mot est certes galvaudé. Sa bonne fortune a fait l’objet d’un mini-débat dans les colonnes du Mondeavec des articles signés Boris Cyrulnik (17 juillet 2007) et Serge Tisseron (31 juillet). Boris Cyrulnik qui est pour beaucoup dans le succès de la notion (voir Un merveilleux malheur, Paris, Odile Jacob, 1999), Serge Tisseron, psychanalyste, que l’on devine quelque peu irrité par ce mot, « résilience », qui n’appartient pas au vocabulaire de la psychanalyse et semble lui échapper. Cela dit, la lecture de son petit livre est stimulante et utile. D’une part en ce que l’auteur remet en perspective le mot, son étymologie, son histoire, d’autre part en ce qu’il pose un certain nombre de questions pertinentes, suscitées justement par le surprenant succès de la notion. C’est à mon sens plus par ces questions que par les réponses qu’il apporte (souvent trop elliptiques, allusives ou insuffisamment argumentées - mais les contraintes de la collection obligent à faire bref) que Tisseron nous intéresse. Dans les limites de cette chronique, je me contenterai de faire part des questions qui m’ont le plus fortement retenu.
Rappelons d’abord ce que le terme de résilience désigne : un processus par lequel un individu – voire un groupe ou une communauté – résiste à un traumatisme important et/ou se reconstruit après lui. Mais la résilience n’est-elle qu’un phénomène spécifique observable dans une situation donnée ou constitue-t-elle un trait de personnalité et, en tant que tel , pourrait-elle relever de la prédiction, de la prévention, de l’éducation ? Ne songe-t-on pas à établir des tests de résilience ? Mais existe-t-il des facteurs de résilience ? et de quelle nature : neurologiques, psychiques, familiaux, environnementaux, culturels ?
Comment mesure-t-on la résilience à un traumatisme ?A la réussite professionnelle et sociale ? Al’harmonie de la vie affective ? Al’adaptation à l’environnement ?Ala transmission d’une génération à l’autre ? A un ensemble de comportements ou à un réaménagement profond de l’identité ?
Au passage Tisseron met en garde contre un certain nombre de risques liés à une sorte d’idéalisation de la résilience : contrôle social (tests), mise à l’écart du clivage identitaire suscité par le traumatisme, sous-estimation des « ricochets de traumatismes » d’une génération à l’autre. Il rappelle aussi les travaux de certains psychanalystes (Balint, Bowlby, Imre Hermann, N. Abraham et M. Torok), dégageant notamment deux processus d’intériorisation des expériences nouvelles, l’introjection et l’inclusion psychique, qui ne sont pas sans analogie avec les processus d’assimilation et d’introjection de la Gestalt-thérapie (p. 114-115).
Les résilients – bourreaux ou victimes, abuseurs ou abusés, grands accidentés, personnes battues, abandonnées, ruinées, malades – incitent Tisseron à la prudence plutôt qu’au triomphalisme. Il nous met au fond sur la voie qui doit toujours être la nôtre, celle de la vigilance à ce qui se passe dans la relation présente, et manifeste que la résilience est bien un processus complexe sans doute jamais achevé.
 
NOTES
 
[1]Gérard Mendel oppose la personnalité psycho-familiale, dont s’occupent la psychanalyse et les psychothérapies et la personnalité psycho-sociale, qui ne se développe que dans l’exercice et le plaisir de l’Actepouvoir collectif.
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