2007
Revue de la Société Française de Gestalt
Maman dévoile un pan de sa vie
Chantal Masquelier-Savatier
F. conduit sa petite Léo âgée de deux ans et demi à la crèche avant
de venir à sa séance de psychothérapie. Dans la voiture un échange
s’installe :
Léo : « Tu vas où ? »
F. : « Je vais chez Carole »
Léo : « C’est qui Carole ? c’est une amie ? »
F. : « Non, c’est ma psychothérapeute »
Léo : « Mais qu’est-ce que tu fais ? »
F. : « Je parle avec Carole »
Léo : « C’est bien ? »
F. : « Oui, c’est bien »
Devant cet aveu, Léo reste silencieuse, elle médite et ne pose plus
de questions. Elle en sait assez pour être rassurée, n’a pas besoin
d’en savoir plus… Elle respecte l’intimité de sa maman.
La maman, amusée par la curiosité de sa fille, est étonnée que la
conversation s’arrête. Elle s’attendait à ce que Léo enchaîne, comme
à chaque séparation : « je peux venir avec toi ? » ou « je veux venir
avec toi ! » Elle est soulagée que sa petite fille n’insiste pas.
La maman répond à la demande de la fillette qui a besoin de savoir
où elle va ? ce qu’elle fait ? quand elle n’est pas avec elle. Mais le plus
important est de partager ce qu’elle éprouve. La maman dévoile un
pan d’elle même en affirmant qu’elle peut-être bien, dans un espace
à elle, dans un monde où sa fille n’a pas accès.
La petite Léo découvre que tout un pan de la vie de sa mère lui
échappe, mais le fait de sentir que c’est bien pour elle lui permet de
la laisser partir. Le dévoilement de la mère, juste un peu, ni trop,
ni trop peu, sans explication, ni justification superflue permet à l’enfant d’accepter la séparation, de vivre la différenciation.