2008
Revue de la Société Française de Gestalt
La révélation du secret : un moment de vérité
Fernande Amblard
« Parce que je dis la vérité, vous ne me croyez pas » (Jean VIII; 45)
Pourquoi était-ce si difficile à dire ? Et pourquoi ensuite vous repro-chez-vous d’avoir gardé ce secret ? Enfant, il vous était bien difficile de parler : vous étiez dans la sidération de l’abus, dans la honte
et les mots pour dire vous manquaient. Vous avez peut-être tenté
de parler ou d’envoyer les signaux de votre détresse mais l’entourage est resté sourd voire rejetant et vous vous êtes enfermé dans
le mutisme.
Est-ce mentir que de ne pas dire la vérité ? Ou bien cette vérité n’était-elle
pas supportable ? Qui oserait dire que la vérité est unique ?
Aujourd’hui dans votre thérapie, vous faites le lien entre vos difficultés de vie et ce traumatisme.
Parfois, vous sentirez que vous devez parler de l’abus dès la première
rencontre. Parfois même vous viendrez voir le thérapeute pour cela,
comme pour vous délester d’un poids trop lourd et vous ne reviendrez plus. Certes vous serez soulagé mais certainement pas guéri
et c’est parfois une déception pour celui qui pensait que dire le
secret était suffisant pour en guérir.
Parfois, vous en parlerez furtivement une fois, puis tout se passera
comme si vous vouliez à nouveau tout oublier. C’est comme si ce
paquet était posé entre vous et votre thérapeute, dans cet espace thérapeutique, mais ce n’est pas encore le moment de l’ouvrir. Il faudra parfois beaucoup de temps avant de pouvoir renouer avec ce
passé.
Une fois que vous avez révélé ce secret, il se peut que vous vous
sentiez coupable d’avoir parlé […] Alors tout à coup, vous vous
demandez si cette histoire vous est vraiment arrivée. A nouveau le
doute… la honte… d’en avoir peut-être trop dit.
Le plus souvent, c’est après un temps plus ou moins long que vous
en parlerez. C’est souvent un moment très émouvant pour vous et
pour le thérapeute : vous avez peur de provoquer la gêne ou l’effroi chez celui qui devient dépositaire de ce lourd secret.
Il arrive aussi que le thérapeute sente une confusion telle qu’il a
besoin de cohérence. Il pourra alors suggérer que quelque chose
de difficile n’est pas dit. La porte est ouverte, vous la passerez si vous
vous sentez prêt.
Parfois, vous citez cet épisode de votre vie comme un événement
banal et sans importance et vous guettez la réaction du thérapeute.
Si celui-ci ne bronche pas, vous n’irez pas plus loin.
Parfois, vous en parlerez comme si ce n’était pas votre propre histoire, vous semblez complètement détaché de toute émotion.
Parfois encore, vous sangloterez en osant peut-être pour la première
fois rencontrer votre insoutenable souffrance enfouie depuis si longtemps.
Extrait de « Panser l’impensable » Editions Jouvence 2003