Gestion 2002/2
Gestion
2002/2 (Vol. 27)
84 pages
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DOI 10.3917/riges.272.0081
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Banquiers et philanthropes – La famille Delessert (1735-1868) aux origines des Caisses d’épargne françaises, Séverine de Coninck, Association pour l’histoire des caisses d’épargne, Economica, 2000, 197 pages. Recension faite par Alexandrine Lapoutte, assistante de recherche au CRISES-HEC


Ce livre est la version in extenso du mémoire de maîtrise mention histoire soutenu par Séverine de Coninck devant l’Université Paris 7 en 1999, sous la direction du professeur André Gueslin. Ce travail a reçu l’appui de l’Association pour l’histoire des caisses d’épargne (AHCE), qui vise à valoriser l’histoire des caisses, notamment en aidant des travaux de recherche. L’ouvrage nous présente la famille Delessert, dont Benjamin fonde les Caisses d’épargne françaises. L’originalité du livre tient au fait qu’il se penche sur l’histoire d’une famille, mettant en lumière l’héritage familial des Delessert et la manière dont il est géré par chacun des enfants. Cela apporte un éclairage nouveau sur les motivations personnelles du fondateur des Caisses d’épargne. La thèse développée se fonde sur l’analyse de Max Weber pour montrer que les valeurs familiales protestantes ont favorisé le développement des activités et de la fortune des Delessert et aussi fortement influencé la vie de leurs enfants. En ce qui concerne Benjamin, qui se distingue par ses réussites, «son attitude était mue, selon nous, par son désir d’être assuré de son élection divine». «La certitude du salut n’était pas simplement acquise avec l’acte d’adhésion à la foi, elle était au contraire le fruit d’efforts constants et soutenus» (p. 174).

2 Nous découvrons donc la vie de la «dynastie» Delessert, soit d’Étienne et de ses trois fils, Benjamin, François et Gabriel, de 1735, année de naissance d’Étienne, à 1868, année du décès de son dernier fils survivant.

3 Le premier chapitre explique «l’avènement de cette dynastie de bourgeois d’affaires». Étienne est issu d’une famille suisse calviniste, il réussit comme commerçant et banquier de renom en France. Il est aussi présenté comme engagé socialement, philanthrope, et précurseur de la prévoyance, participant à une Compagnie royale d’assurances, dont la visée est cependant davantage spéculative que sociale, et fondant une Caisse de famille en faveur de ses descendants.

4 Dans le chapitre 2, nous découvrons la cellule familiale, qualifiée de «clan», et ses fortes valeurs. La référence au protestantisme est fondamentale. Les vertus valorisées sont le travail, l’ordre, l’austérité, la privation et la tempérance. La famille représente une communauté très solidaire. Les parents transmettent également le goût de la connaissance à leurs enfants et leur donnent une formation intellectuelle solide.

5 Cette famille se démarque par ses réussites professionnelles (chapitre 3) dans divers domaines, soit le négoce, la banque, l’industrie et l’administration. La fortune de Benjamin sera la première de son temps. La réussite tiendrait à la solidarité familiale, à laquelle se juxtapose les héritages et le jeu des réseaux et des relations. La famille Delessert est mêlée à la vie économique, politique, sociale, religieuse et administrative de la France.

6 La vocation philanthropique des Delessert trouve son origine incontestablement dans la cellule familiale (chapitre 4), mais le militantisme des fils d’Étienne, notamment Benjamin et François, est aussi lié à des cercles d’amis ou de relations. L’action sociale privilégiée dans la famille réside dans la diffusion de la prévoyance comme remède à la question sociale, qui menace l’ordre libéral. L’éducation et l’émancipation sont les moyens retenus.

7 Enfin, le chapitre 5 envisage les itinéraires individuels des trois fils d’Étienne, chacun composant de manière personnelle avec l’héritage familial. Alors que Benjamin s’est distingué dans la haute finance et l’industrie, ainsi que par son engagement social, que son frère François a suivi ses traces et l’a souvent secondé, Gabriel a, lui, choisi le service de l’État avec la carrière de fonctionnaire, et s’est moins engagé socialement en dehors de ses activités professionnelles.

8 Nous disposons donc d’un éclairage nouveau sur la naissance des Caisses d’épargne françaises. Elle serait le fruit d’une culture familiale protestante et libérale, d’un individu, Benjamin, de son réseau d’amis et du soutien de son frère François. La famille et les valeurs transmises jouent donc un rôle prépondérant, sans toutefois être le seul facteur. Il s’agit davantage de «souligner les éléments de continuité», «car tout n’a pas forcément une explication dans la famille» (p. 3). L’auteure insiste sur les rapports entre la culture calviniste et les activités familiales. Elle conclut sur les motifs personnels de Benjamin : il recherche la confirmation de son élection divine.

9 Le livre fait ressortir la très forte empreinte de la religion chrétienne sur la création des Caisses d’épargne. En cela, il situe les Caisses d’épargne dans la filiation chrétienne. Rappelons qu’Henri Desroche distingue deux traditions doctrinales en économie sociale : la tradition social-chrétienne et la tradition socialisante (Pour un traité d’économie sociale, CIEM, 1983).

10 Enfin, cette recherche revêt un intérêt statégique pour les Caisses d’épargne qui, face aux défis concurrentiels, cherchent à approfondir leur histoire afin de valoriser leurs différences. L’étude permet notamment de souligner le rôle moteur des élites libérales dans l’émergence des Caisses d’épargne. Les valeurs familiales, dont le goût des choses élevées, la force des liens familiaux et le militantisme philanthropique, peuvent vivifier les valeurs de performance, de proximité et le positionnement social des Caisses. Enfin, le livre met en relief l’aspect individuel, le rôle des personnes, ce qui peut ouvrir des perspectives aux acteurs actuels. En effet, Benjamin, présenté comme un homme de progrès et passionné d’innovation, peut paraître un modèle pour les Caisses d’épargne, redevenues maîtres de leur destin.

Le management des risques internationaux, par Ephraïm Clark, Bernard Marois et Joëlle Cernès, Economica, série Gestion, 2001, 371 pages. Recension faite par Nicolas Nalpas, professeur à l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal

11 Ces 30 dernières années ont été marquées par de profondes mutations de notre environnement. Sur le plan économique, on peut noter la diminution importante des barrières au commerce international à l’échelle mondiale sous l’impulsion du GATT puis de l’OMC, avec, en même temps, la constitution de zones de libre-échange comme le marché unique européen, l’ALENA, le Mercosur et l’ASEAN. Sur le plan monétaire, les faits saillants concernent la chute du système de convertibilité en dollar de Bretton Woods, les crises de solvabilité et/ou de liquidité des pays émergents (Mexique, Asie orientale, Brésil, Argentine, Russie, Turquie) et l’avènement de la monnaie unique européenne. Sur le plan politique, les événements majeurs sont les suivants : la chute du communisme en Europe de l’Est, le non-règlement du conflit israélo-palestinien, la fin du régime d’apartheid en Afrique du Sud, la scission de la Yougoslavie, la crise de la région des Grands Lacs et la guerre contre l’Irak.

12 Ces profondes transformations ne sont pas sans impact sur les résultats des entreprises qui investissent sur la scène internationale; elles peuvent donc être interprétées comme des risques potentiels. De plus, tous ces changements se sont accompagnés d’une mondialisation et d’une déréglementation croissantes des économies, ainsi que d’une plus grande internationalisation des entreprises (y compris pour les petites et les moyennes entreprises). Dans ce contexte, il devient de plus en plus crucial pour les entreprises de se doter de moyens matériels et humains capables d’analyser et d’évaluer ces risques, afin, notamment, de pouvoir les couvrir de manière efficace.

13 C’est à ces questions stratégiques que s’attache à répondre l’ouvrage d’Ephraïm Clark, Bernard Marois et Joëlle Cernès. Le propos est principalement centré sur le «risque pays», avec un accent mis sur les pays émergents. À cet égard, ce livre analyse aussi bien les risques politiques que les risques financiers. Il propose des outils pour les mesurer de même que des méthodes de couverture pour limiter leurs effets potentiels.

14 L’ouvrage se compose de quatre parties. La première partie est consacrée à l’«environnement des affaires à l’international». Elle s’intéresse, dans un premier temps, au cadre institutionnel dans lequel évolue une entreprise dont les activités sont orientées vers l’international (présentation du système monétaire international, du marché des changes et du système bancaire international). Dans le chapitre 2, les auteurs présentent d’abord le cadre d’analyse dans lequel seront évalués les différents risques, à savoir l’analyse moyenne-variance et le modèle d’équilibre associé, le MEDAF. La fin du chapitre sert à définir les dimensions politique, économique, monétaire et financière du risque pays.

15 La deuxième partie, intitulée «Évaluation du risque des affaires internationales», commence par nous faire découvrir les techniques et les modèles permettant de mesurer le risque politique. Les auteurs ont préféré une approche exhaustive, ce qui explique le caractère souvent trop succinct de leur présentation. Nous pouvons comprendre leur motivation au regard du bagage quantitatif nécessaire pour une compréhension réelle de ces notions. Ils compensent néanmoins cette faiblesse en fournissant des références bibliographiques pour le lecteur qui souhaite approfondir ces différents points. Le chapitre 4, plus théorique, se situe sur un plan davantage macroéconomique. Il expose les différentes théories de la détermination des taux de change ainsi que les relations de parité entre le taux de change au comptant et le taux de change à terme. Il se termine par une présentation des agrégats économiques et des ratios associés qui permettent de juger du respect des grands équilibres d’une économie. Le chapitre 5 est un prolongement du précédent : il souligne les faiblesses des analyses traditionnelles et propose un modèle mis au point par Ephraïm Clark. Le dernier chapitre de cette partie revient à des considérations plus microéconomiques. Il décrit de manière classique comment la théorie de l’évaluation des options peut être appliquée à la mesure du risque de crédit. Son originalité provient de l’application de cette théorie à l’évaluation de la solvabilité d’un pays.

16 La troisième partie comprend deux chapitres, qui exposent les différents instruments à la disposition des trésoriers d’entreprise pour gérer les risques financiers et politiques ainsi que le risque de change. Il s’agit sans doute de la partie la moins originale de l’ouvrage puisqu’elle emprunte largement aux manuels de base de finance internationale.

17 La quatrième partie est consacrée aux instruments financiers de couverture. Le chapitre 9 est une introduction à la théorie des options et à son application à la couverture du risque de change. La caractéristique commune des produits financiers décrits dans ce chapitre est qu’ils sont cotés sur des marchés organisés. Par opposition, le chapitre 10 présente les produits de gré à gré tels que les swaps et les options de seconde génération (options exotiques, binaires, etc.). On peut reprocher aux auteurs le fait que cet exposé ne soit pas alimenté, comme cela est souvent fait dans les autres parties du livre, par des exemples d’application de ces produits souvent complexes. De plus, ils n’insistent pas assez sur le danger de l’utilisation de certains de ces produits relativement à leur évaluation délicate. Dans l’ensemble, on peut trouver un traitement similaire dans un ouvrage classique de finance internationale. L’originalité de cette partie réside dans le dernier chapitre, qui expose la théorie récente des options réelles pour l’évaluation des projets d’investissement[1] [1] Les auteurs s’inspirent de l’ouvrage de Dixit et Pindyck,...
suite
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18 Un des intérêts majeurs de cet ouvrage vient de ce que les auteurs se sont efforcés de fournir des exemples ou des cas pour illustrer les notions exposées dans les différents chapitres, même si on peut regretter que les points les plus délicats aient souvent été éludés. En ce sens, il n’est pas un simple outil théorique et peut servir de référence aux trésoriers ou aux directeurs d’entreprise qui font face aux risques internationaux.

19 De plus, ce livre comble un certain vide. Il rassemble en effet dans un même volume des thèmes souvent couverts de manière indépendante dans des traités spécifiques. Il combine ainsi, en les actualisant, des éléments que l’on peut trouver à la fois dans des ouvrages traitant du risque pays et dans des ouvrages de finance internationale. Il faut par ailleurs souligner qu’il ne constitue pas un simple manuel, dans la mesure où plusieurs apports méthodologiques provenant des recherches d’Ephraïm Clark sont exposés.

20 Suivant le niveau de lecture que l’on adopte, le public visé par cet ouvrage est assez large, puisqu’il englobe aussi bien celui des étudiants de premier et de deuxième cycle que celui des praticiens placés devant cette problématique.

La réponse aux catastrophes. Quand l’impossible survient, par Hélène Denis, Presses internationales Polytechnique, 2002, 318 pages. Recension faite par Francine Séguin, professeure à l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal

21 Ce livre ne pouvait être publié à un meilleur moment. Depuis le 11 septembre 2001, avec les attentats terroristes commis au World Trade Center et au Pentagone, l’impossible est survenu. Dans un passé récent, d’autres catastrophes avaient entraîné des milliers de morts, de blessés et de disparus, quantité de gens déplacés, des infrastructures essentielles démolies et des dégâts matériels importants. On peut penser à la catastrophe survenue à la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986 (165 000 morts), aux inondations au Venezuela et en Colombie en 1999 (50 000 morts), au séisme en Inde en 2001 (19 000 morts), à la pollution de l’océan par l’Exxon Valdez, l’Amoco Cadiz et l’Erika, aux accidents de la Swissair en 1998, d’Egypt Air en 1999 et du Concorde en 2000. Au Québec, on peut penser à l’incendie dans un entrepôt de BPC à Saint-Basile-le-Grand, aux inondations au Saguenay et à la tempête de verglas de 1998. Mais avec les attentats terroristes de septembre dernier et la médiatisation très grande qui s’en est suivie, la planète entière a brusquement été sensibilisée à un nouveau type de catastrophes dans une population qui se sentait relativement à l’abri de tels événements.

22 Le livre d’Hélène Denis s’adresse à toute personne qui veut comprendre ce qui se passe lorsque l’impossible survient. Il se veut un instrument de réflexion qui permet d’apprivoiser l’incertitude. Il peut aider à réfléchir à tous les types de catastrophes dont le nombre et l’ampleur n’iront, d’après elle, qu’en augmentant. Mais il sera d’une utilité toute particulière pour ceux qui sont appelés à intervenir au moment d’une catastrophe : dirigeants et cadres des secteurs privé et public, spécialistes, techniciens et scientifiques de toutes sortes, représentants des médias et bénévoles. Ce livre se situe dans le prolongement de Gérer les catastrophes qu’elle avait publié en 1993, mais il s’agit d’une synthèse nouvelle qui s’appuie sur des travaux de recherche récents et sur l’analyse de catastrophes qui ont eu lieu au cours des dernières années.

23 Dans le premier chapitre, Hélène Denis définit ce qu’elle entend par catastrophe en parlant de son origine (naturelle, technologique et humaine, les trois sources étant souvent fortement reliées entre elles), des graves conséquences qu’elle entraîne pour les individus et les collectivités et des phases qui caractérisent son déroulement. Mais au-delà des distinctions qu’elle fait, l’essence d’une catastrophe réside dans l’incertitude très grande qui y est rattachée et qu’il faut apprivoiser. Le chapitre 2 présente une grille d’analyse applicable à des catastrophes de différents types, grille qui se veut un moyen d’être proactif face à l’incertitude et à la nécessité de l’apprivoiser. Cette grille permet de comprendre les défis d’ordre technique et sociopolitique qui se posent, et les relations qui existent entre ces deux ordres de phénomènes. C’est un chapitre descriptif, parfois fastidieux à lire, mais qui sera sûrement d’une grande utilité pour ceux qui ont à intervenir lors d’une catastrophe.

24 Le chapitre 3 est fort intéressant pour quiconque s’intéresse à l’analyse des organisations. Hélène Denis considère que l’ensemble des intervenants lors d’une catastrophe (individus et organisations) forment une méga-organisation de l’urgence. Se pose alors la question de la définition des rôles des divers intervenants, de la nécessaire interdépendance à établir entre eux et des moyens de coordination qui peuvent être utilisés. Il s’agit d’une problématique complexe qui renvoie à la nécessité d’établir une cohésion entre des entités pouvant fonctionner selon des modèles de coordination fort différents, modèles qui reflètent souvent des cultures organisationnelles fort différentes. Quant au chapitre 4, il aborde un aspect important de la réponse aux catastrophes, à savoir comment doit se faire la communication touchant des questions d’ordre technique et d’ordre sociopolitique. Il inclut une réflexion intéressante sur le rôle et le pouvoir des médias aux différentes phases d’une catastrophe.

25 Le chapitre 5 porte sur les infrastructures essentielles. Après avoir précisé ce qu’elle entend par infrastructures essentielles, Hélène Denis illustre les défaillances qui peuvent survenir dans ces infrastructures, le cas le plus abondamment traité étant celui de la tempête de verglas survenue au Québec en 1998 et qu’elle connaît particulièrement bien puisqu’elle était membre de la Commission sur le verglas. Ce cas permet d’illustrer l’impact d’une catastrophe sur les infrastructures essentielles, la méga-organisation du réseau de communication qui était alors en cause et la méga-organisation de la logistique qui s’est mise en place pour le rétablissement du courant électrique. Elle utilise ici le terme de méga-organisation dans un sens plus restreint que celui qui était proposé au chapitre 3, et cela peut prêter à confusion.

26 Le chapitre 6 présente un intérêt tout particulier puisqu’il traite d’un aspect souvent oublié dans l’étude des catastrophes, à savoir la culture tant dans ses aspects concrets et symboliques que sur le plan des attitudes (et surtout les attitudes face au risque), des croyances, des mythes, des valeurs et des normes. Hélène Denis accorde une importance spéciale aux grilles de référence qui agissent comme des filtres, plus ou moins conscients, par lesquels une catastrophe est interprétée. Elle montre comment, au moment d’une catastrophe, différentes cultures opèrent, ce qui peut conduire à la coopération ou à l’affrontement. Elle aborde aussi la question de l’apprentissage, et elle s’intéresse tout particulièrement à un mécanisme d’apprentissage qu’elle appelle le retour d’expérience. Le septième et dernier chapitre aborde les effets psychosociaux des catastrophes sur les individus, le stress engendré à la fois chez les victimes et les intervenants.

27 Nul doute que ce livre sera d’une grande utilité pour les praticiens. D’une part, l’approche systémique qui est utilisée pour déterminer l’ensemble des individus et des organisations qui interviennent au moment d’une catastrophe, et les nécessaires liens qui doivent exister entre eux, permettra aux intervenants d’agir plus efficacement. D’autre part, tout en reconnaissant l’importance des dimensions techniques, Hélène Denis s’attarde sur les dimensions humaine, culturelle, organisationnelle et sociopolitique : cela permettra sûrement aux divers intervenants de considérer que le «regard de l’ingénieur» sur les catastrophes n’est qu’un regard parmi d’autres. Ce livre sera aussi d’un grand intérêt pour les personnes qui s’intéressent à l’analyse des catastrophes. On aurait toutefois aimé qu’Hélène Denis développe davantage certaines idées qui ne sont mentionnées qu’en filigrane dans son livre. Lorsqu’elle parle de la méga-organisation de l’urgence et de la nécessaire coordination latérale, elle affirme que c’est «un peu la façon d’une équipe de projet d’ingénierie». On peut alors se demander s’il y aurait intérêt à considérer la gestion d’une catastrophe comme une gestion de projet, et à utiliser le savoir appris dans la gestion de projet afin d’améliorer notre connaissance et notre efficacité en matière de gestion des catastrophes. De la même façon, il nous paraîtrait intéressant que la réflexion se poursuive sur les apprentissages individuels et organisationnels qui sont faits au moment d’une catastrophe. Dans quelles circonstances et dans quels types d’organisations apprend-on de nouvelles façons de faire au moment d’une catastrophe? Ces apprentissages durent-ils au-delà de la période de turbulence? Les grandes bureaucraties privées et publiques réussissent-elles à remettre en question certains de leurs modes de fonctionnement afin d’être efficaces au moment d’une catastrophe? Cela nous amène à aborder la question du leadership des dirigeants d’organisations qui sont en cause au moment d’une catastrophe. Joue-t-il un rôle dans la capacité des organisations à comprendre ce qui se passe lors d’une catastrophe, à établir des relations avec les autres intervenants et à faire face efficacement aux nombreux défis qui se posent? En période de crise, de turbulence, de complexité et d’incertitude, le rôle des dirigeants est souvent ce qui fait la différence. Comme il n’y a pas que des dimensions techniques et légales qui entrent en ligne de compte, mais aussi des dimensions humaine, culturelle et éthique, les valeurs des dirigeants peuvent être déterminantes. Avec les connaissances qu’Hélène Denis a sur ces sujets et les expériences de terrain qu’elle a acquises, elle est sûrement très bien placée pour continuer la réflexion sur ces thèmes.

 

Notes

[ 1] Les auteurs s’inspirent de l’ouvrage de Dixit et Pindyck, Investment under Uncertainty, Princeton University Press, 1994.Retour

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