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Gestion et management public

2013/1 (Volume 1/n°3)

  • Pages : 64
  • DOI : 10.3917/gmp.003.0003
  • Éditeur : AIRMAP

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Introduction

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Les universités françaises, qui voient depuis quelques années leur management passer d’une logique de moyens à une logique de résultat, sont au centre de tensions entre complexité et décision pour lesquelles les simplifications des outils de gestion constituent souvent des solutions à la fois instinctive et subjective. Stephen Green (2010) met en exergue les simplifications des valeurs et normes de vie professionnelle que nous opérons pour faire face aux ambiguïtés « démoralisantes » de nos existences humaines. Ces simplifications sont souvent destinées à réduire les tensions entre le possible et le réalisable, entre l’espérance et la peur de tout perdre. Dans le domaine du contrôle de gestion, ce mode de fonctionnement par simplification est à la fois un problème et une solution aux exigences de la prise de décision dans les organisations.

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Les simplifications en gestion sont définies par Berry (1983) par « une réduction de la complexité nécessaire et périlleuse » opérée par les agents car « ils sont obligées de simplifier pour appréhender et pour agir ». En effet, le management, en tant que science de l’action, est pris « dans une dialogique opposant la complexité des situations à l’indispensable simplification pour l’action » (de Geuser et Fiol 2003). Confrontés à des situations complexes, les managers ont tendance, au nom de la rationalité, à recourir immédiatement à des outils et solutions simplifiés sans avoir cerné les problèmes auxquels ils sont censés répondre. Pour Fiol et de Geuser (2005), cette dialogique entre simplification et complexité a toujours constitué un des principaux défis du management et plus spécifiquement du contrôle de gestion. Entre complexité de l’environnement et nécessité de l’action, les instruments de contrôle se trouvent assez souvent simplifiés tant dans leur gouvernance que dans les valeurs qui les animent.

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Même si ces simplifications ont fait l’objet de nombreuses recherches en contrôle de gestion (Chatelain-Ponroy 2008 ; de Geuser et Fiol 2003 ; Bouquin 2001), à notre connaissance, les chercheurs en gestion se sont assez peu interrogés sur leurs formes et leurs substances.

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Notre préoccupation est donc de questionner la supposée homogénéité des simplifications apportées au contrôle de la performance universitaire en associant l’approche par les leviers de contrôle (Simons 1995) et les travaux portant sur les mécanismes d’appropriation des outils de gestion développées par la théorie de l’appropriation (de Vaujany et Grimand 2005) à partir de l’étude de la réflexivité des acteurs (Archer, 1995).

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Pendant longtemps, le management a reposé sur des postulats essentiellement « réalistes » des situations (pour reprendre le terme utilisé par d’Espagnat 1981). Les entreprises doivent toujours plus et toujours mieux s’adapter à leur environnement pour survivre. Des simplifications conséquentes des modes de management et des valeurs qui s’y rapportent semblent alors être le chemin le plus court et le plus rapide pour entreprendre une adaptation des limites de l’organisation et de son contrôle en privilégiant l’efficience « économique » (Simon 1947) plutôt que l’efficience « sociale » (Barnard, 1938), en réduisant l’incertitude (Cyert et March 1963), en motivant les individus par la mesure de la performance (Vroom 1964) ou par l’autocontrôle (Drucker 1954). L’ensemble de ces techniques de management, et bien d’autres encore, ont pour point commun la simplification « rationnelle » de la complexité de l’organisation. Ces simplifications de la complexité sont-elles homogènes ou apparaissent-elles selon des formes diverses ? Et le cas échéant, peut-on analyser ces simplifications à partir d’un rapprochement, dans les organisations publiques, entre le processus d’appropriation des instruments et celui de gestion de la complexité ?

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Les instruments de contrôle de gestion, en tant que système de représentations, doivent chercher à augmenter leur représentativité de la complexité des organisations. Le fait que les situations de gestion soient complexes semble être indéniable mais il est également vrai que l’action, rapide, efficace, repose presque toujours sur une simplification de cette situation. Aussi, Burlaud (dans Colasse 2000) nous invite à reconnaitre que les « mécanismes de contrôle […] sont à la fois multiples et en interaction les uns avec les autres. Cette complexité est nécessaire pour éclairer et modéliser les différentes facettes de la réalité du fonctionnement d’une organisation […]. C’est ce que les stratèges appellent une gestion constructive des paradoxes ». Pour cet auteur, le conflit apparent entre complexité et contrôle doit être dépassé. De même, de Vaujany (2005) concentre son attention sur les modes d’appropriation de ces mécanismes de contrôle en tant que « processus de régulations individuelle ou collective qui s’inscrit dans la durée ». Aussi, il semble que la « complexité paradoxale » (Mériade 2011) des universités, étudiée à partir de la réflexivité des acteurs, constitue un objet de recherche approprié pour mesurer les proximités entre modes d’appropriation des instruments de gestion et formes de gestion de la complexité par le contrôle de gestion. En effet, pour nous, l’analyse de la réflexivité des acteurs vue comme un instrument de gestion paradoxale participe à l’appropriation des outils de gestion dans les organisations publiques qui se caractérisent par un haut niveau de complexité.

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L’enjeu de notre article n’est donc pas tant de remettre en cause l’existence de ces simplifications mais au contraire de mieux les cerner afin de les rendre visibles et identifiables aux yeux des contrôleurs et des décideurs publics. En effet, il s’agit d’insister sur le caractère simplificateur des modes de management public là où la conscience individuelle des dirigeants aurait tendance à favoriser l’oubli de ces simplifications. Aussi notre hypothèse principale de travail postule que l’étude réflexive des formes et de la substance de ces simplifications peut, d’une part, remettre en cause la supposée homogénéité de ces dernières et d’autre part, elle peut permettre d’inscrire ces simplifications dans le processus d’appropriation des instruments pour en faire émerger la dimension interactive.

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Le principal intérêt théorique de notre recherche est, à partir de l’acceptation des simplifications de la complexité et des usages des instruments de contrôle des organisations publiques, de s’interroger sur les formes que ces dernières peuvent prendre et sur les décisions qu’elles favorisent. Nous nous intéressons plus particulièrement ici au contrôle de gestion en tant qu’outil de management de la performance dont les leviers peuvent être de nature diagnostique ou interactive (Simons 1995). Nous concentrons notre étude sur les usages des instruments de contrôle par les acteurs qui sont définis par le courant « structurationniste » (Orlikowski 2000 ; Archer 1995 ; Giddens 1984) à la fois comme l’expression du sens attribué à un outil par un individu et de l’évolution des structures que provoque cet outil. Si l’on admet, avec ces auteurs, que l’outil de gestion est un « préjugé » simplifiant la pensée des acteurs face à la complexité alors, l’étude des usages de l’outil permet d’enrichir les simplifications en intégrant les « instincts » des acteurs en action, ce que l’analyse de l’instrument prescrit ne permet pas.

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Sur un plan pratique, l’objectif de notre travail est l’étude des intérêts concrets d’une meilleure connaissance de ces processus simplificateurs et l’analyse de leurs effets sur l’appropriation des indicateurs d’évaluation et sur la construction des normes de contrôle de la performance universitaire.

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Pour cela, nous proposons, sur le plan méthodologique, une lecture « réaliste critique » (au sens d’Archer) de la réflexivité des acteurs universitaires face aux situations paradoxales développées par l’usage des indicateurs d’évaluation de la performance dans leurs universités.

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Dans un premier temps, nous tentons de rapprocher certains fondements essentiels du contrôle de gestion de ceux portant sur l’appropriation des outils de gestion afin de mesurer l’aptitude de ce rapprochement à participer à la construction de véritables systèmes interactifs de pilotage de la performance universitaire.

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Dans un deuxième temps, par la mobilisation du cadre d’analyse réflexif proposé par Archer, nous essayons de décrire comment se manifeste la réflexivité des acteurs universitaires dans l’appropriation des indicateurs de mesure de la performance qui leur sont proposés.

1 - Les simplifications de la complexité par les usages : un levier de contrôle interactif de la performance universitaire ?

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Un peu partout dans le monde et plus particulièrement en Europe, l’évaluation de la performance des organismes publics est présentée comme un impératif. Cette injonction, portée notamment par le New Public Management (NPM) cherche à formuler une réponse à la pression sociale qui veut que l’on fasse bon usage des fonds publics pour réaliser des services de qualité.

1.1 - Le contexte de l’évaluation de la performance dans les universités françaises

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En tant qu’opérateurs de l’État, les universités françaises sont soumises aux nouvelles règles de gestion définies par la L.O.L.F. (Loi Organique relative aux Lois de Finances) votée en août 2001 et mise en place au 1er janvier 2006. En 2007, la L.R.U. (Loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités du 10 août 2007), instaurant le passage aux R.C.E. (Responsabilités et Compétences Élargies), entraîne l’obligation de maîtriser la masse salariale, le patrimoine immobilisé et le pilotage budgétaire de l’établissement. En 2009, l’introduction du modèle SYMPA (Système de répartition des Moyens à la Performance et à l’Activité), en remplacement du modèle SAN REMO (Système ANalytique de REpartition de Moyens), interjette une méthode de calcul de dotation à l’activité, proche de celle qui a été implantée dans les établissements publics de santé, la T2A (Tarification A l’Activité).

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Sous couvert d’autonomie des universités, cette approche du management universitaire par la performance est avant tout au service d’une vision financière du fonctionnement de l’État et elle n’est pas sans ambiguïté. Bouquin (2004) a d’ailleurs déclaré, à son propos, qu’il s’agit bien « d’une notion ambiguë maniée par des personnages ambigus ». Cette ambiguïté provient de la lecture entrepreneuriale que l’on peut faire des objectifs de performance où l’université doit renforcer sa fonction d’acteur du développement économique (valorisation de sa recherche et « employabilité » de ses diplômés) tout en conservant des modes de négociation privilégiant les rationalités politique et professionnelle.

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En définitive, l’autonomie des universités, dans le cadre des RCE, engendre de nouvelles formes de gouvernance universitaire. Sous l’effet conjugué de la LOLF et de la loi LRU, les universités sont amenées à se doter de dispositifs de contrôle de gestion, « couplant des systèmes de contrôle et de reporting des performances de type diagnostique et des leviers de contrôle interactif » (Augé, Naro et Vernhet 2010), favorisant notamment le dialogue de gestion, au service d’une nouvelle gouvernance. Aussi, nous pouvons nous demander si les indicateurs prescrits par l’autorité de tutelle des universités suffisent au contrôle et à la maîtrise de la performance ou bien si son pilotage interactif doit essayer d’intégrer la complexité des situations et des usages universitaires ?

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Les universités françaises sont des organisations où la complexité, et donc les simplifications, apparaissent de manière magistrale. Ce contexte de recherche nous permet donc d’étudier avec encore plus d’acuité cette problématique de la simplification de la performance et de ses modes de management. Par contre, si l’on suit Hofstede (1981, 1978), il semble que, dans des organisations politiques comme les universités, les simplifications les plus visibles soient essentiellement prescrites et servent à un contrôle cybernétique de type diagnostique présentant certaines limites. Les modes de fonctionnement universitaires, mis en lumière notamment par le modèle du « garbage can » dans les « anarchies organisées » (Cohen, March et Olsen 1972), révèlent l’importance des débats qui rythment la vie universitaire au gré de ses diverses instances de délibération (conseils, assemblées, commissions, etc.). Aussi, dans les universités françaises, ce sont essentiellement des modes d’évaluation « politique » de la performance qui sont encore à l’œuvre limitant, par leur « endogénéité », les pratiques de dialogue de gestion interne et privilégiant une logique de surveillance (Carassus, Baradat et Dupuy 2011). Il est utile de se demander si la construction de normes légitimes d’évaluation de la performance universitaire n’impose pas d’intégrer la réflexivité des acteurs ? Pour cela, les universités semblent constituer un terrain d’élection privilégié du contrôle interactif où la seule rationalité (même limitée) ne peut pas suffire à prendre en compte la diversité des points de vue. En effet, dans le cas des universités, où les nouveaux modes d’évaluation de la performance ont laissé peu de place à l’interactivité des agents, la réflexivité de ces derniers constitue un levier en mesure de décrire les « contextualisations » et les adaptions des outils de contrôle. En intégrant cette réflexivité dans la conception d’instruments interactifs de contrôle c’est bien de la complexité des universités dont on se rapproche.

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A l’Université, avec l’élargissement des responsabilités attribuées aux équipes de direction, la multiplication des objectifs de performance, la rapidité des choix à appliquer et le degré d’incertitude élevé génèrent une très forte anxiété. Les managers d’université recourent à des procédés plus traditionnels et assez peu réflexifs : simplifier l’analyse (information succincte, sources limitées, choix limité à deux options), éviter les conflits (longueur des décisions, répétition des mêmes solutions, manque d’audace), concentrer les pouvoirs et décider à partir de ses propres modes de pensée (aveuglement du dirigeant, coupure du soutien de ses pairs). La plupart de ces procédés leur donne des moyens de simplifier les situations auxquelles ils doivent faire face en adoptant des attitudes dont, comme nous allons le voir dans les lignes qui suivent, la rationalité mérite d’être interrogée.

1.2 - La réflexivité des acteurs : un nouveau levier de contrôle ?

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De tout temps, le contrôle de gestion dans son approche rationnelle a proposé des modèles relativement simples de structure en centres de responsabilité, de formalisation des objectifs en moyens et résultats, de calcul des coûts, de suivi des performances périodiques, qui ont aidé à orienter les décisions et les actions dans la « bonne » direction. Or, comme la complexité est la science des limites (Girin 2000), c’est-à-dire la « reconnaissance d’une impossibilité à tout savoir » (ibid.), à tout prévoir et à tout maîtriser, elle réduit les aptitudes de l’homme à saisir la totalité du monde qui l’entoure. Aussi, les instruments de gestion, compte tenu de leurs postulats fondateurs « simplistes », se sont davantage technicisés qu’adaptés à la complexité des situations de gestion, au risque de se voir dévalorisés.

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Simons (1995), dans son modèle des leviers de contrôle, revient sur ce paradoxe entre complexité des situations et simplifications des outils de gestion en opérant une double distinction entre, d’une part, des systèmes de contrôle « focalisés sur l’attention » opposés à des systèmes tournés vers la recherche d’opportunités et l’apprentissage et, d’autre part, des systèmes chargés d’encadrer les domaines stratégiques opposés à des systèmes pour formuler et mettre en œuvre la stratégie.

Figure 1 - les niveaux de contrôleFigure 1
R. Simons (1995)
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  • Les systèmes de croyances sont utilisés pour inspirer et diriger la recherche de nouvelles opportunités ;

  • Les systèmes de barrières, sont utilisés pour limiter le domaine recherche d’opportunités ;

  • Les systèmes de diagnostique / contrôle, sont utilisés pour motiver, suivre et récompenser l’atteinte des objectifs ;

  • Les systèmes de contrôle interactifs sont utilisés pour stimuler l’apprentissage organisationnel, et l’émergence de nouvelles idées et de nouvelles stratégies.

Dans ce modèle, au-delà des systèmes de croyances et de limites, c’est plus particulièrement entre contrôle diagnostique et contrôle interactif, que se joue l’opposition entre deux paradigmes de contrôle et deux formes de rationalité : le modèle de la régulation cybernétique assise sur la rationalité substantive et celui de l’apprentissage organisationnel (Lorino 1995 ; Mevellec 1990) et du management participatif (Drucker 1948) inspiré par la rationalité procédurale (Simon 1947). Afin de contourner quelque peu cette opposition, nous suggérons donc que la réflexivité peut représenter un levier de contrôle interactif en mesure de décrire les interactions entre acteurs et structure. En effet, son étude peut permettre de décrire les mécanismes d’appropriation des outils d’évaluation de la performance en se positionnant sur l’analyse des simplifications définies par les acteurs dans l’utilisation de ces instruments.

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Aussi, pour aborder cette question, nous utilisons le modèle de la réflexivité définie par l’approche « réaliste critique » d’Archer, (2003, 1995, 1982) car il permet d’appréhender les représentations des acteurs dans leur mode réflexif. Ainsi, à partir du modèle de transformation adaptative de Bhaskar (1989), la sociologue propose de modéliser tout processus social en trois temps :

  1. L’explication du contexte de conditionnement qui vise à mettre en lumière les structures qui vont contraindre ou faciliter l’action ;

  2. L’explicitation de l’action qui va être élaborée puis mise en œuvre par différentes catégories d’agents ;

  3. L’analyse du résultat de l’action sociale, qui peut reproduire ou transformer le contexte initial de conditionnement.

Pour comprendre la vie d’une « société », Archer, propose d’appliquer de façon récursive cette grille d’analyse. Les simplifications de la complexité par les usages des instruments de contrôle peuvent s’appréhender à partir d’une analyse récursive de ce genre. La construction de ces simplifications ne se réalise jamais en « vase clos » au contraire elle est le fruit d’un processus réitératif qui est très proche de la réflexivité des « réalistes critiques ». Suivant la pensée d’Archer, cette situation montre que « les actions sont plus fortes que le pouvoir conditionnant des structures et que les usages transforment le système des rôles en place » (2003).

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Pour de Vaujany, les recherches réalistes critiques, notamment à travers les travaux d’Archer « valorisent un processus de transformation-reproduction du social basé sur un cycle morphogénétique intégrant un dialogue entre les structures et l’action » (2005). Sous l’angle de ce cycle, dans le cadre universitaire, c’est la formation de la performance et ses formes d’évaluation par tout ou partie de l’organisation qui va définir le rythme et l’horizon de l’appropriation. Dans cette optique, l’artefact rationaliste fait place à la conception de l’usage « réflexiviste » au centre du cycle d’appropriation des outils de gestion. La performance dépend du degré d’interprétation et d’apprentissage par ses acteurs. Son obtention est alors le résultat de la résolution, au fil de l’eau, de nombreuses situations paradoxales entre actions convergentes de nombreux acteurs de l’organisation (concepteurs, co-développeurs, etc.) et non convergentes de parties prenantes du projet (pouvoirs publics, organisations non gouvernementales, etc.).

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Archer met la réflexivité au centre de ce processus de résolution des paradoxes entre les structures et les actions. Elle élabore ainsi une critique à l’endroit des approches holistes, individualistes et de réciprocité, et elle cherche à réhabiliter le « dualisme analytique » pour reconnaître l’indépendance de l’agent envers la structure et vice versa.

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Cette posture « réaliste critique » nous pousse à croire que c’est dans la réflexivité et pas uniquement dans la rationalité (même limitée) des agents que se trouvent les principales explications des simplifications de la complexité opérées à l’Université. Giddens (1984) parle d’ailleurs de « réflexive monitoring » (pilotage réflexif) pour décrire « ce retour continu qu’effectue un individu sur ses actes et à partir de ses actes » (de Vaujany 2006) afin de surveiller et de contrôler ses modes de réflexion et d’action. Néanmoins, Archer s’oppose à la dualité de la théorie de la structuration de Giddens et elle privilégie le « dualisme analytique » qui, sur le plan analytique, distingue structure et action (agency) bien qu’elles se combinent dans la vie sociale. Cette critique nous paraît très utile à la réflexion portant sur un contrôle de gestion « réaliste » de la performance universitaire car en distinguant dans l’analyse structure et action, elle favorise la lecture de la réflexivité des acteurs dans sa phase « active ».

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Archer reprend le concept de morphogenèse utilisée notamment en biologie (végétale ou animale) pour décrire les changements dans la forme de la relation entre action et structure. Pour Archer, « les systèmes sociaux émergent des actions et interactions entre agents ». Cette émergence est rendue possible grâce à la notion de temps, élément essentiel de la théorie d’Archer. Les actions et interactions des agents s’inscrivent forcément dans un contexte temporel spécifique où des systèmes structurels préexistent aux actions et aux interactions. Dès lors, leurs actions et interactions vont être conditionnées par ces structures sans pour autant être totalement déterminées. Ils peuvent soit décider simplement de les reproduire (c’est l’homéostasie ») ou de les changer (Archer parle alors de morphogenèse). Les relations entre structure et action sont donc à la fois temporelles et cycliques. Pour qualifier ces relations, Archer représente le cycle morphogénétique de la façon simplifiée suivante :

Figure 2 - La morphogenèse des systèmesFigure 2
d’après M-S. Archer (1995)
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Ainsi, le « dualisme analytique » se fonde sur deux propositions très simples : la structure est nécessairement antérieure aux actions qui la transforment ; l’élaboration de la structure est nécessairement postérieure à ces actions. Les relations entre structure et action font apparaitre une double causalité et un double conditionnement. Les actions passées des individus contraignent ou permettent les actions et interactions présentes. L’utilisation du temps dans l’analyse de la relation « agency – structure » permet d’éviter le mélange entre les deux. Aussi, l’étude des simplifications de la complexité par les usages des indicateurs peut tirer parti de ce « dualisme analytique » en approchant la réflexivité des acteurs universitaires à l’intersection de la phase interactive (T2-T3) de la morphogenèse décrite par Archer.

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Pour faciliter l’application du dualisme analytique, Archer distingue deux sortes d’agents. Les « agents primaires » associés à chaque individu faisant partie d’une collectivité ayant des intérêts et des objectifs qui lui sont propres. Ensuite, à partir de leurs interactions, ces agents primaires se transforment collectivement en « agents de corps » lorsqu’ils tentent activement de changer leur environnement social. A partir de ces travaux, Archer propose au chercheur en sciences sociales de passer à l’analyse d’un agent à la fois actif et réflexif « qui a les propriétés et les pouvoirs de contrôler sa propre vie, de gérer les propriétés structurelles et culturelles de la société, et ainsi de contribuer à la reproduction ou à la transformation sociale » (1995).

Figure 3 - l’agency selon Margaret ArcherFigure 3
M.S. Archer (2002)
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Cependant, ce processus est profondément réflexif car il jalonne toute l’existence de l’être humain dans sa construction identitaire. En effet, les agents sont à la fois constitués par le social et constituent le social (Archer, 2002, p.11). Ils sont des êtres réflexifs et l’on ne sait jamais comment ils vont changer leur environnement social. Par contre, on peut essayer de comprendre comment se construit leur réflexivité dans les interactions avec leur environnement (naturel, pratique et social). Les agents possèdent une identité personnelle et collective produite à partir de leurs interactions avec leur environnement (ibidem, p.15). A partir de là, les agents acquièrent également une identité sociale suivant le rôle qu’ils choisissent de jouer. Nous faisons l’hypothèse que les simplifications de la complexité par les usages représentent des instruments de réflexivité utilisés par les agents pour construire leur identité à partir de leurs interactions sociales. C’est cette hypothèse que nous étudions dans les limites analytiques de l’évaluation de la performance des universités françaises.

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Pour cela, nous approchons ces simplifications au cours de l’étape T2-T3 d’interactivité du cycle morphogénétique d’Archer. En effet, l’auteure perçoit l’interaction sociale comme conditionnée par la structure, mais jamais déterminée par elle puisque les agents possèdent « leurs propres pouvoirs émergents irréductibles » (1998). Les nouvelles propriétés de la structure qui apparaissent par la suite sont considérées comme des conséquences largement non intentionnelles. La modification des propriétés structurelles antérieures et l’introduction de nouvelles propriétés sont le produit réflexif des différents résultats que recherchent simultanément les diverses parties prenantes. Par la suite, cette élaboration structurale fait démarrer un nouveau cycle morphogénétique puisqu’elle fait entrer en jeu de nouveaux facteurs qui influent sur l’interaction, soit en la contraignant soit en la facilitant. T4 devient ainsi le nouveau T1.

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En créant ainsi une vision commune et un partage des représentations, au sein d’un cadre structurel général, la prise en compte de la réflexivité des agents, incluse dans les simplifications qu’ils formulent, peut renforcer les croyances et les délimitations (Simons, 1995) des systèmes de management et contrôle de la performance en leur donnant à la fois une dimension « réaliste critique » et interactive. Il s’agit du cadre général de notre recherche dont la question clé porte sur la nature réflexive des simplifications des indicateurs d’évaluation de la performance que nous avons cherché à étudier à travers l’analyse de leurs usages par les acteurs universitaires.

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Du point de vue méthodologique, la distinction classique entre holisme et individualisme ne saurait convenir complètement à une compréhension des modes d’appropriation des outils de management de la performance. En effet, ces deux points de vue s’opposent en principe mais dans les pratiques scientifiques, ils s’entremêlent souvent : « on construit les faits sociaux par agrégation des conduites individuelles, on explique ces conduites par la logique et la force des faits ainsi constitués » (Dubet 2002). L’individualisme méthodologique lui-même ne cesse de décrire l’acteur et ses actions à partir d’une rationalité encadrée par des normes sociales, des modèles culturels, des objectifs qui préexistent aux individus et qui les socialisent par rétroaction puisque « l’action produit la société qui, à son tour, détermine l’action » (Archer 2003). De son côté, la démarche holiste, sauf à nier tout simplement l’existence des individus, ne cesse de s’interroger sur les contours de la construction d’une action individuelle.

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L’activité de l’individu peut être autonome, mais elle est très significativement déterminée. L’individu est le processus par lequel « un acteur essaie de se constituer comme un sujet en empruntant aux divers registres de l’action dans lequel il est enserré » (Archer 2003). La réflexivité devient indispensable à la définition de tout individu puisqu’il ne peut exister de « réflexivité possible chez un acteur enfermé dans une seule logique d’action » (ibidem). Notre objectif ne peut pas être de refaire le débat en sociologie entre individualisme méthodologique et holisme. Par contre, nous considérons que l’outillage analytique des sociologues favorise l’étude de la réflexivité des acteurs en vue du perfectionnement interactif du contrôle et du pilotage de la performance à l’Université.

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Dans cette perspective, le « dualisme analytique » proposé par le « réalisme critique » d’Archer permet, dans la pratique, d’intégrer les préoccupations de l’individualisme et de l’holisme par une étude, dans le temps, des interactions récursives entre structure et action. En effet, Archer reconnaît l’articulation du rapport entre l’individu et la société en sociologie comme une variation de la problématique de la structure et de l’action (au même titre que les oppositions classiques entre le volontarisme et le déterminisme ou encore le subjectivisme et l’objectivisme). Ceci lui permet de dépasser la « réciprocité » structure/action du relationnisme de Giddens (1984) ou du constructivisme social de Berger et Luckmann (1986) en approchant la réflexivité de manière diachronique. Les structures dépendent de « certaines actions posées à certains moments précis » qui facilitent l’étude des usages des instruments par les acteurs en isolant la réflexivité propre à chaque action. C’est cette posture méthodologique que nous privilégions ici car elle nous permet d’approcher la problématique de la simplification de la complexité par les usages dans une perspective à la fois interactive et réflexive du contrôle de gestion.

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Nous présenterons d’abord le cadre conceptuel défini en partant des simplifications des instruments de contrôle et des représentations de la performance universitaire qui génèrent de nombreuses conséquences refoulées qui sont par la suite utiles à la compréhension des simplifications de la complexité par les usages qui interviennent plus en aval. Puis, à partir d’une approche méthodologique construite sur une enquête portant sur les représentations et les usages de l’évaluation de la performance dans les universités, nous décrirons la « complexité paradoxale » des universités à partir des principaux paradoxes que font naître les indicateurs de performance prescrits par les autorités de tutelle. Enfin, nous tenterons de concilier les deux visions de la simplification et de la complexité dans une dynamique réflexive.

2 - Une lecture réflexive des simplifications de la complexité par les usages des instruments d’évaluation

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Les simplifications mises en œuvre dans les outils modernes du contrôle de gestion sont souvent évoquées dans la littérature mais rarement étudiées en profondeur à la différence des instruments de mémorisation collective dans les organisations (apprentissage organisationnel, gestion cognitive, etc.). Un retour analytique sur celles-ci et sur les représentations qui les animent paraît très intéressant sur les plans scientifique et pratique car ils appréhendent les outils de contrôle pas uniquement dans leur dimension « technico-objective » mais également dans leur dimension subjective.

2.1 - Cadre conceptuel

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Selon certaines conceptions, les qualités intrinsèques des outils suffisent à les définir, voire à expliquer leurs « réussites ». En effet, si ces qualités sont suffisamment pertinentes en termes de gain d’efficacité et d’efficience pour l’organisation qui les reçoit, la rationalité substantive des acteurs devra favoriser quasi-mécaniquement son usage, suivant le principe selon lequel « l’intendance suivra » (Grimand 2006). Mais cette conception relève essentiellement du modèle de la rationalité instrumentale (Hatchuel et Weil 1992) ; les décisions sont considérées comme rationnelles, les acteurs se conforment aux règles proposées, l’information est parfaite et les capacités cognitives des acteurs sont infinies. Dans cette perspective, l’outil de gestion est perçu comme l’instrument, par lequel la performance de l’organisation se verra augmentée.

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De Vaujany (2005) oppose à ces modèles rationalistes des modèles réflexifs qui s’intéressent donc aux capacités réflexives des acteurs. Le gestionnaire est un agent réflexif qui cherche essentiellement à maintenir un équilibre dans ses schèmes socio-cognitifs (plutôt qu’à augmenter sa rationalité). L’organisation comme les outils de gestion sont des propriétés du structurel qui peuvent habiliter ou contraindre l’action ; le changement structurel est un processus récursif et interactif (de Vaujany parle de processus psychosociologique).

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Les travaux portant sur l’appropriation des outils de gestion (Grimand 2006 ; de Vaujany 2005) insistent sur la nécessité de prendre en compte toute la complexité des situations d’interprétation des acteurs lors de la mise en œuvre d’un outil. Ceci s’inscrit parfaitement dans les questionnements en contrôle sur la représentativité et le sens des outils utilisés. Ainsi, de Vaujany soutient qu’il ne suffit plus de s’intéresser à « l’adoption » des outils (en tant que processus de décision) mais à leur « appropriation » pour notamment mesurer les écarts constatés entre l’usage prévu d’un outil et, son utilisation effective. L’usage devient ainsi central dans la démarche de compréhension de l’appropriation des outils par les acteurs car l’usage prévu va se trouver rejeté, modifié et simplifié ou approuvé par l’utilisateur.

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La théorie de l’appropriation met en avant les interactions entre des acteurs et des outils pour expliquer la construction de normes de gestion. Cette approche intègre le « caractère irréaliste des hypothèses de rationalité intégrées dans les outils par rapport aux systèmes de rationalités locales en interaction que constituent les organisations » (Moisdon 1997). C’est autour de ces insuffisances des outils de gestion que les acteurs vont construire des usages parfois conformes, parfois déviants, le plus souvent simplifiés, notamment dans les organisations complexes. Conception et usage des outils de gestion s’intègrent alors dans un vaste processus récursif et continu. Après sa phase d’étude et de conception, l’outil est approprié par les acteurs qui l’interprètent, l’adaptent, le déforment ou le reforment à partir de leurs propres représentations de la performance. Puis ces mêmes acteurs ou d’autres se réapproprient l’outil reconstruit à partir de son usage. « Les savoirs, en partie théoriques, détenus par les prescripteurs à l’origine du processus, ne s’éprouvent qu’au contact des destinataires de l’expertise ; c’est au cours de ces échanges réciproques qu’ils se « contextualisent » et prennent un sens concret pour les opérationnels » (Aggeri et Hatchuel 1997, p. 244). Cette approche rejoint celle des « réalistes critiques » portant sur la réflexivité des acteurs en situation d’actions et d’interactions (Archer et al.1998 ; Bhaskar 1989).

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Pour ces deux cadres théoriques, les usages des instruments de contrôle peuvent être rapprochés, dans le but de considérer l’outil de gestion comme un artefact inscrit dans un processus de construction. En effet, ils empruntent à la théorie de la structuration (Giddens 1984) et à celle de l’enacment (Weick 1995) l’approche duale structure/action mais attribuent aux interactions une dimension récursive tant dans l’usage que dans la réflexion relative à l’outil. Ces deux perspectives théoriques ont pour point commun d’insister sur le rôle actif de l’utilisateur face à l’outil et d’introduire l’intervention de la réflexivité à côté des rationalités substantive ou limitée. L’outil de gestion retrouve ainsi une certaine extériorité. Il est, dans la vision d’Archer, « un système d’action correspondant à un niveau d’interaction qui favorise l’appropriation par l’usage » (de Vaujany et Grimand 2005) et sa reconnaissance va dans le sens d’un contrôle interactif de la performance.

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Le modèle que nous appliquons ici, est tiré de l’analyse réaliste critique d’Archer. Il porte sur « un outil en usage » permettant de faire le lien entre réflexivité et appropriation et de saisir toute la complexité des situations qui mène à l’usage des outils de gestion. En effet, l’artefact est l’élément « objectif », visible du nouvel outil (Lorino 2002). C’est sur cet élément que vont se constituer les attitudes envers l’artefact. Par contre, dans la pratique, les utilisateurs vont investir cet artefact de nouveaux usages plus complexes en formalisant des simplifications afin de rapprocher la multiplicité des instruments de gestion et la diversité des rationalités en jeu à l’Université.

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Ici, nous nous focalisons sur l’étape de simplification de la complexité par les usages car elle s’élabore à partir d’une « contextualisation interactive » des simplifications des représentations construites précédemment (Figure 4). En effet, nous considérons que le contrôle de gestion peut trouver, dans la compréhension de l’ensemble de ces simplifications, une opportunité de lecture de la réflexivité des acteurs en vue de l’élaboration potentielle de normes de contrôle légitimes et porteuses de sens. Pour cela, nous effectuons, dans un premier temps, un rapprochement entre les simplifications et les formes de rationalité reconnues en gestion car nous pensons qu’il est possible de mettre en parallèle le processus d’appropriation des outils de gestion et celui de contrôle de gestion pour affirmer leur proximité et l’intérêt de les analyser de manière symétrique.

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Nous schématisons ce rapprochement de la manière suivante :

Figure 4 - Simplifications de la performance ou de pilotageFigure 4
(Source : auteurs)
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Cette présentation, en faisant apparaître en parallèle à ce rapprochement, les leviers de contrôle mis en évidence par Simons (1995) interroge notre hypothèse propédeutique de construction d’un contrôle interactif et réflexif de la performance des universités françaises. En effet, les nouvelles approches du contrôle de gestion qui prennent appui sur la rationalité limitée (Simon, 1947) des acteurs et sur leur capacité d’apprentissage (Simons 1990 ; Tuomela 2005) s’inscrivent plus en complément du contrôle cybernétique reposant sur la rationalité substantive des acteurs. Bourguignon (2003) montre d’ailleurs que l’opposition entre nouvelles et anciennes approches du contrôle de gestion est souvent accentuée par des artifices rhétoriques qui ont surtout pour but de créer de la nouveauté là où souvent la surveillance et les procédures se développent. Le nouveau contrôle de gestion ne semble pas remettre en cause les principes de rationalité dominants même si la rationalité procédurale à laquelle il se réfère lui permet de reconnaître de nouveaux facteurs de complexité parfois contradictoires avec les buts de l’organisation et qui sont souvent oubliés par les systèmes de contrôle diagnostique et cybernétique. L’éclairage sur la nouvelle complexité des organisations qu’offrent les instruments du contrôle de gestion interactif se concrétise par une plus grande visibilité des simplifications et « digestions » (Chauvey 2010) de la complexité.

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Aussi, pour servir ce projet de réflexion sur des instruments interactifs d’évaluation de la performance universitaire, nous souhaitons effectuer un retour sur ces simplifications. Il ne s’agit pas de revenir sur le principe de la simplification des techniques mais d’en mettre en évidence l’hétérogénéité et l’utilité dans les processus d’appropriation et de construction d’outils interactifs de management de la performance à l’Université. En effet, l’hypocrisie des organisations (ici universitaires) mise en évidence par Brunsson (1989) opère un découplage entre les discours et les actions qui se concrétisent par, d’un côté, la mise en avant d’instruments de contrôle rationnel et diagnostique, et d’un autre côté, l’existence de simplifications puis d’actions non conformes à ces discours. Au final, ces mécanismes soulèvent des questions essentielles assez peu étudiées en contrôle de gestion. Comment se construisent les simplifications de la performance de ses instruments d’évaluation ? Comment parviennent-elles à gérer les contradictions ou les paradoxes entre discours et actions ? Ces simplifications peuvent-elles participer à l’élaboration d’un contrôle interactif de la performance dans les universités à partir de leur capacité à gérer ces paradoxes ?

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Selon nous, les individus sont obligés de développer, à côté des discours rationnels portés par les instruments de contrôle, des solutions qui s’éloignent des consignes rationnelles afin d’éviter les dysfonctionnements que pourrait générer une absence de gestion des paradoxes. Les acteurs universitaires sont donc placés dans une situation d’« exploration » (March 2006) qui rend la manière dont ils simplifient leur réalité dépendante, d’une part, des paradoxes auxquels ils doivent faire face et, d’autre part, de leur position dans la gouvernance universitaire. Les résultats empiriques de notre étude, présentés par la suite, décrivent des formes multiples de simplifications dont l’analyse présente un intérêt manifeste dans la perspective de construire des instruments légitimes de contrôle et de pilotage de la performance universitaire.

2.2 - Méthodologie

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Notre étude des simplifications des représentations de la performance des universités et de ses instruments de contrôle a été réalisée à partir d’une analyse des indicateurs d’évaluation utilisés par l’A.E.R.E.S. (Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) et la D.G.E.S.I.P. (Direction Générale de l’Enseignement Supérieur et de l’Insertion Professionnelle) afin de mettre en évidence les rationalités appliquées dans la construction de leurs usages initiaux. En effet, il nous paraît important de décrire, dans un premier temps, les instruments de contrôle diagnostique existants puisqu’il est évident, comme Simons (1995) le souligne, que les systèmes de contrôle performants sont le plus souvent « ambidextres » c’est à dire utilisant conjointement des leviers diagnostiques (pour piloter la stratégie définie) et interactifs (pour favoriser l’apprentissage et l’innovation).

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Pour étudier plus spécifiquement la simplification de la complexité par les usages, nous utilisons une enquête exploratoire menée auprès des équipes de direction de quatre-vingt-cinq universités françaises (taux de réponse de 48%) et portant sur leurs représentations de la performance. Pour cela, nous avons retenu de cette enquête les réponses aux cinq questions fondamentales suivantes :

  1. Dans quels domaines, jugez-vous votre université non ou sous performante ? Qu’est-ce qui vous permet d’en juger ?

  2. Citez les activités pour ou dans lesquelles votre université vous semble performante ? Comment jugez-vous de cette performance ?

  3. Quels indicateurs permettraient, d’après vous, de mesurer la performance de votre université ?

  4. Citez l’indicateur qui vous semble le plus représentatif de la performance d’une université ?

  5. Pour votre université, vous parait-il nécessaire de développer des indicateurs de performance spécifiques ? Si oui, lesquels ?

Chacune de ces questions et les réponses proposées ont été construites après analyse des indicateurs les plus utilisés par l’A.E.R.E.S. et la D.G.E.S.I.P. afin de mesurer leurs effets sur les représentations et les actions des équipes de direction.

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Les réponses fermées ont, pour la plupart, fait l’objet d’un croisement entre plusieurs questions afin de mesurer la place des indicateurs prescrits dans les usages universitaires. Pour cela la question 4 propose une série d’indicateurs prescrits par l’A.E.R.E.S. et la D.G.E.S.I.P. dans leurs évaluations afin de mesurer le niveau de simplifications opéré dans les représentations des équipes de direction. De même, la question 3 reprend un ensemble d’indicateurs prescrits associés à des indicateurs construits dans une majorité des tableaux de bord prospectifs des universités que nous avons étudiés. Le croisement des réponses obtenues à ces deux questions avec celles obtenues à la question 1 et 2 permettent de déceler un certains nombre de paradoxes de l’évaluation de la performance universitaire qui nécessitent une simplification des indicateurs dans leurs perceptions et dans leurs usages. Enfin la question 5 plus ouverte est destinée à faire apparaître à la fois les indicateurs en usage dans les tableaux de bord des universités ainsi que les domaines dans lesquels les évaluations prescrites semblent insuffisantes. L’utilisation de réponses fermées et ouvertes dans les différentes questions formulées a permis, lors de l’analyse de l’enquête, de mettre en évidence les écarts entre les indicateurs prescrits et les usages tout en mesurant les simplifications subjectives et objectives opérées par la réflexivité des directions universitaires.

2.3 - Résultats et discussions

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Le développement d’outils de gestion simplificateurs voire « simplistes » au nom du « réalisme » de la pensée rationaliste ou néorationaliste a eu pour avantage de favoriser la mise en œuvre à grande échelle des systèmes de contrôle de gestion dans les organisations. Cependant, le déploiement de ces outils de contrôle s’est progressivement réalisé comme « allant de soi » sans interrogation approfondie ou feedback sur les modes de construction de ces instruments. Dans les universités françaises cette simplification se manifeste surtout par l’utilisation d’indicateurs simplificateurs prescrits par les autorités de tutelle ou postulés par les rankings nationaux ou internationaux.

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Les indicateurs communs, retenus pour les contrats quinquennaux des universités et produits par la D.G.E.S.I.P. ou l’A.E.R.E.S., fournissent un exemple explicite des simplifications exercées par les autorités de tutelle universitaires afin de construire et stabiliser les modes de gestion. Ces simplifications ont souvent pour objectif de standardiser des résultats à partir de cibles révisables localement et éventuellement négociables entre Ministère et Université. Cette pratique de gestion prévisionnelle consiste, la plupart du temps, à simplifier les instruments et les représentations de performance universitaire grâce à des outils communs souvent présentés comme s’imposant par leur rationalité. L’irréversibilité des instruments d’évaluation est recherchée non pas par une « co-constitution » de règles conjointes (Baumgartner et Solle 2010) mais par la prescription d’indicateurs de contrôle des résultats sans interrelation et sans lien avec un processus de performance. En simplifiant l’apparence et en divisant l’essence, cette procédure de stabilisation cherche à obtenir l’adhésion des acteurs universitaires par consentement individuel. Par exemple, s’agissant de la performance des établissements, on utilise les indicateurs communs suivants :

  • Taux de passage de L1 en L2,

  • Taux de réussite licence en 3 ans,

  • Nombre d’étudiants présents aux examens,

  • Attractivité des masters,

  • Revenus consolidés de la valorisation de la recherche,

  • Variation des horaires d’ouverture du SCD ou du SICD,

  • Endorecrutement des enseignants-chercheurs,

  • Autoévaluation du pilotage,

  • Taux d’occupation des locaux,

  • Autoévaluation du pilotage immobilier.

Il apparaît assez nettement que l’utilisation simultanée de ces indicateurs, en séparant le résultat de son processus de production, crée une « division de la performance » simplificatrice dans sa forme mais assez peu interactive voire opératoire sur le fond.

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Ainsi, le taux d’occupation des locaux ou l’autoévaluation du pilotage ne peuvent être définis comme des déterminants, par exemple, de l’amélioration du taux de réussite en licence ou de la rentabilité de la recherche. Cette incapacité des indicateurs prescrits à révéler la complexité des processus de performance limite leur appropriation directe par les acteurs. Cependant, les « macro acteurs » (Callon et Latour 2006), s’ils veulent légitimer leur force et leur puissance, doivent pouvoir compter sur des objets techniques normalisés qui leur évitent de tout renégocier en permanence. Pour cela, il leur revient de simplifier le monde social dans lequel ils vivent. C’est ce que réalisent les autorités de tutelle des universités lorsqu’elles introduisent de nouveaux instruments d’évaluation de la performance. Elles construisent une « boîte noire » simplifiée dans laquelle devraient pouvoir rentrer toutes les traductions formulées par les acteurs universitaires. Cette boîte noire, dont une partie est constituée par les outils d’évaluation de la performance, ne peut accéder à la légitimité et la normalisation par la seule force du macro-acteur. Les routines, les habitudes, les règles qui la composent sont les résultats d’une négociation implicite ou explicite entre les régulations officielles et autonomes (Reynaud 2003). La « boîte noire » des instruments d’évaluation de la performance ne se referme que parce qu’elle peut « clôturer » les controverses et les paradoxes complexes par des simplifications devenues irréversibles. Les simplifications par les usages que nous tentons d’analyser ici, dans leur dimension réflexive, pourraient attribuer progressivement une certaine irréversibilité aux instruments d’évaluation de la performance.

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En effet, nous avons observé, à partir de notre enquête auprès des acteurs universitaires, la formulation de simplifications paradoxales pas toujours conformes au principe rationnel des instruments de contrôle diagnostique prescrits par les autorités de tutelle (A.E.R.E.S. ou D.G.E.S.I.P.) ou recommandés par les classements internationaux (Classement de Shanghai, THE-QS World University Rankings). Festinger (1962) dans ses travaux sur la dissonance cognitive insiste sur la préférence des individus pour la consonance et soutient que les réductions de la dissonance et des paradoxes se réalisent par une modification de leurs représentions. Cette idée rejoint les préoccupations des chercheurs en contrôle pour rapprocher le contrôle de gestion d’« une technique de gestion des paradoxes » (Bouquin 2001, p.12). La réflexivité des acteurs simplifiant la complexité par les usages des instruments d’évaluation de la performance peut être assimilée à une technique de gestion des paradoxes utiles à la construction d’un contrôle interactif de la performance.

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Nous avons constaté que dans les universités françaises, la rencontre entre autonomie et contrôle constitue, comme pour un grand nombre d’organisation publique, le paradoxe initial et il s’est renforcé avec la loi sur l’autonomie des universités. Ce dernier est au centre du processus de gestion paradoxale des universités car il détermine des « couples » paradoxaux complémentaires que nous cherchons ici à identifier et à analyser à travers leurs simplifications pratiques.

Figure 5 - Paradoxe autonomie/contrôle et couples paradoxauxFigure 5
(Source : auteurs)
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Autonomie et contrôle apparaissent ainsi comme les deux termes d’un paradoxe permanent de la vie sociale. L’autonomie n’est pas synonyme d’indépendance mais elle implique une certaine solidarité avec son environnement (Morin 2007). Or, la représentation dominante de l’organisation universitaire est encore celle « d’un système à commande, totalement prévisible et maîtrisable ». Le système actuel d’évaluation de la performance universitaire répond assez bien à ces caractéristiques mais il néglige en partie les interdépendances entre l’université, ses composantes et ses personnels. Il participe donc à un renforcement des paradoxes et de la complexité universitaire représentant une « complexité paradoxale » qui ne peut être gérée ou dépassée que par des simplifications complémentaires apportées par les acteurs opérationnels. Ces dernières prennent la forme de simplifications de la complexité par les usages des instruments d’évaluation de la performance car elles leurs attribuent une spécificité, une « opérationnalité » et une légitimité. Ceci se réalise dans le cadre d’une appropriation des indicateurs de performance au moyen de simplifications assimilables à des règles autonomes d’évaluation. Cette régulation autonome (Reynaud, 2003) est réclamée par les équipes de direction lorsqu’ils font apparaître, dans leurs réponses à notre enquête, la nécessité de construire des indicateurs diversifiés et adaptés à leur université. Elle se reconnaît également dans les simplifications des usages qu’ils décrivent en privilégiant des indicateurs spécifiques à leur université plutôt que des indicateurs génériques tels que le nombre d’étudiants présents aux examens ou le nombre d’enseignants publiant. Ils essaient ainsi d’encadrer le paradoxe « autonomie et contrôle » en définissant les caractéristiques d’un système « contextualisé » de pilotage de la performance. En effet, réussir à faire cohabiter ces deux éléments paradoxaux (autonomie et contrôle) consiste à construire des systèmes interactifs de pilotage de la performance et pas uniquement des systèmes diagnostiques.

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Un système social est toujours en quête d’un ordre simplifiant et orientant le foisonnement de la diversité des acteurs sans y parvenir totalement. Au-delà du paradoxe organisationnel autonomie/contrôle décrit ci-dessus, le paradoxe central à l’Université se situe bien dans cette incapacité à tout ordonner donc à rendre simple une organisation complexe. Amans (2003) ou encore Chatelain-Ponroy (2008) ont démontré dans leurs recherches respectives sur d’autres types d’organisations publiques (les organisations culturelles) que la simplification de la complexité par un nombre réduit d’indicateurs de performance (le nombre d’entrées dans un musée ou un théâtre par exemple) pouvait suffire à l’identification de l’organisation. Nous pensons également que la construction identitaire ne peut se réaliser dans les organisations universitaires qu’à partir d’une simplification significative de la complexité du concept de performance qui rapproche la profusion des rationalités et la diversité des acteurs. Cependant, nous avons remarqué, dans nos analyses de terrain, que cette simplification est imposée par une tendance managériale de simplifications stratégiques de la performance et de ses systèmes d’évaluation mais aussi par une tendance organisationnelle définie, de manière réflexive, par les acteurs opérationnels de l’Université. Nous suggérons alors que les simplifications de la complexité relative à la performance universitaire soient de plusieurs ordres successifs :

Figure 6 - Les simplifications de la performance à l’UniversitéFigure 6
(Source : auteurs)
58

Le premier ordre est prescrit par l’autorité administrative de tutelle qui par la promotion de systèmes homogènes d’évaluation, décrit un premier type de simplifications stratégiques. Le second ordre de simplifications est défini par les dirigeants d’université qui, par leur connaissance du contexte universitaire et des enjeux de pouvoir, simplifient les objectifs de performance en vue d’un management efficace et d’une gestion des conflits. La simplification opérationnelle est le troisième ordre de simplification qui est réalisée par les opérationnels qui réinterprètent la simplification managériale produite par les dirigeants d’université.

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Le second ordre de simplification correspond potentiellement à un niveau de performance conjointe (Reynaud, 2003) qui fait la synthèse entre les performances officielle et autonome associées respectivement aux simplifications stratégiques et opérationnelles. En effet, les bureaucraties professionnelles se caractérisent par une performance professionnelle et autonome difficilement contrôlable mais qui représente une grande part de la performance globale. Ne pas identifier cette performance dans les instruments de contrôle revient à la faire disparaître progressivement et à remettre en cause une part significative de la performance globale de l’organisation.

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Dans les organisations fortement hiérarchisées, les actions non contrôlées ou non évaluées sont progressivement négligées par les acteurs qui, par anticipation rationnelle, se concentrent sur celles qui sont contrôlées. Les simplifications managériales que nous identifions dans ce travail permettent de contrôler les performances officielle et autonome en évaluant une performance conjointe. Les simplifications de la complexité par les usages des outils d’évaluation de la performance sont une expression de cette performance conjointe car elles sont, dans un premier temps, principalement réalisées par les équipes de direction.

Conclusion

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Comme nous l’avons indiqué plus haut, nous nous sommes intéressés pour plusieurs raisons aux simplifications managériales (de second ordre) produites par les équipes de direction à travers leurs usages des indicateurs d’évaluation. D’une part, nous considérons qu’en l’état actuel de la mise en œuvre des réformes universitaires (LRU notamment), ces simplifications managériales sont encore en phase de constitution et de renforcement au sein des universités françaises (les simplifications opérationnelles ne s’affirmant qu’après une stabilisation de ces simplifications managériales). D’autre part, nous considérons, que, par leur position de médiateur, les équipes de direction participent de manière prépondérante à la traduction des instruments officiels de gestion. Les simplifications qu’ils opèrent, déterminent en grande partie, parce qu’elles les anticipent, les simplifications opérationnelles qui viendront par la suite. Ceci les rapproche, par leur forme et leur contenu, des réflexivités mises en évidence par le courant « réaliste critique » mené par Archer. Par sa position centrale, la médiation des présidents d’université dans la diffusion des systèmes de pilotage de la performance incarne une récursivité entre représentations managériales et représentations opérationnelles (ou professionnelles pour les universités).

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Les simplifications de la complexité par les usages des indicateurs de performance par les équipes de direction universitaire sont à la fois le produit des représentations des managers mais aussi une interprétation de celles des opérationnels. Dès lors, les simplifications managériales que nous mettons en évidence trouvent toute leur expression dans l’usage qui est fait des indicateurs de performance par les équipes de direction. Aussi, il était important de se focaliser sur ces usages afin de tester l’efficacité d’une analyse de la réflexivité des acteurs en vue de sa possible prise en compte dans un modèle interactif d’évaluation de la performance universitaire. Par contre, nous considérons que l’analyse des simplifications apportées par les autres acteurs universitaires (étudiants, enseignants, personnels administratif et technique) représente une perspective de recherche naturelle dont la densité et la temporalité nécessiteront sans doute la définition d’autres approches pratique et méthodologique.

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Les simplifications opérées par les équipes de direction universitaire dans l’usage des indicateurs de performance s’inscrivent dans un processus plus large d’appropriation de ces outils. Elles peuvent être analysées comme une expression de la réflexivité « pratique » des acteurs qui permet d’enrichir la connaissance des processus de pilotage de la performance universitaire. Notre objectif était de mettre évidence les intérêts de l’étude de cette réflexivité en vue de la construction d’un contrôle interactif de la performance à l’Université et plus largement dans les organisations publiques. Il apparaît que, notamment par une étude des usages de ces indicateurs, il est possible de circonscrire certains éléments saillants de cette réflexivité. Nous avons surtout souhaité mettre en avant les potentialités du « dualisme analytique » pour la description de cette réflexivité dans des situations de contrôle de gestion public. Les simplifications de la complexité par les usages des indicateurs ne sont qu’un type d’expression de la réflexivité des acteurs mais elles représentent une étape majeure du mécanisme d’appropriation des outils de gestion. Aussi, il était important de replacer la réflexivité des acteurs au cœur du processus de construction de normes légitimes d’évaluation de la performance.

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En outre, si l’autonomie « étendue » des universités est réellement l’objectif des réformes en cours alors les trois niveaux de simplification que nous identifions peuvent participer à la construction d’un contrôle interactif de la performance universitaire car ils rapprochent les contraintes internes et managériales des attentes externes formulées par l’autorité administrative. En effet, la légitimation et la signification des outils d’évaluation s’inscrivent dans un processus progressif d’appropriation puis de normalisation qui pourrait accompagner l’autonomie progressive des universités. L’étude de la réflexivité des acteurs que nous avons menée s’inscrit donc dans ce travail de légitimation des instruments de contrôle de la performance en vue de faire cohabiter l’autonomie revendiquée des universités et leur nécessaire contrôle.


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Notes

[*]

Laurent MERIADE, Docteur en Sciences de Gestion - CUFR Champollion Albi - IUT GEA - 100 rue de l’égalité 15000 Aurillac (meriadelaurent@gmail.com)

[**]

Nicolas MAINETTI Professeur des Universités - CRCGM - Université d’Auvergne - IUT GEA - 100 rue de l’égalité 15000 Aurillac (nicolas.mainetti@iut.u-clermont1.fr)

Résumé

Français

Berry (1983) définit les simplifications en gestion comme « une réduction de la complexité nécessaire et périlleuse » opérée par les agents car « ils sont obligés de simplifier pour appréhender et pour agir ». A travers cet article, notre préoccupation est de questionner la supposée homogénéité des simplifications apportées aux outils du contrôle de gestion, en particulier, dans les organisations publiques. Nous abordons cette question de recherche en associant l’approche par les leviers de contrôle (Simons 1995) et les travaux portant sur les mécanismes d’appropriation des outils de gestion (de Vaujany et Grimand 2005). Pour cela, et afin de mieux comprendre les simplifications de ces outils, nous cherchons, en vue d’un contrôle interactif de la performance des universités françaises, à mettre en évidence les intérêts des analyses de la réflexivité des acteurs développées notamment par le courant réaliste critique (Archer, 1995 ; Bhaskar 1989).

Mots-clés

  • performance universitaire
  • réflexivité
  • rationalité
  • leviers de contrôle
  • usages

English

The actors’ reflexivity face to the public organizations complexity: an interactive lever of control of academic performance?Berry (1983) defines simplifications in management as "a reduction of complexity necessary and dangerous" brought about by agents because "they have to simplify to understand and to act." Through this article, our concern is to question the supposed homogeneity of simplifications transmitted to management control tools, especially in public organizations. We touch on this research question by comparing the approach by levers of control (Simons 1995) with researches on appropriation mechanisms of management tools (de Vaujany and Grimand 2005). To do this, and to better understand these tools simplifications, we seek, for a performance interactive control of French universities, to highlight interests of actors reflexivity analysis developed by the realistic critical approach (Archer 1995; Bhaskar 1989).

Keywords

  • university performance
  • reflexivity
  • rationality
  • control levers
  • uses

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. 1 - Les simplifications de la complexité par les usages : un levier de contrôle interactif de la performance universitaire ?
    1. 1.1 - Le contexte de l’évaluation de la performance dans les universités françaises
    2. 1.2 - La réflexivité des acteurs : un nouveau levier de contrôle ?
  3. 2 - Une lecture réflexive des simplifications de la complexité par les usages des instruments d’évaluation
    1. 2.1 - Cadre conceptuel
    2. 2.2 - Méthodologie
    3. 2.3 - Résultats et discussions
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Mériade Laurent, Mainetti Nicolas, « La réflexivité des acteurs face à la complexité des organisations publiques : un levier interactif de contrôle de la performance universitaire ? », Gestion et management public, 1/2013 (Volume 1/n°3), p. 3-23.

URL : http://www.cairn.info/revue-gestion-et-management-public-2013-1-page-3.htm
DOI : 10.3917/gmp.003.0003


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