Accueil Revues Revue Numéro Article

Gestion et management public

2014/4 (Volume 3 / n°2)

  • Pages : 94
  • DOI : 10.3917/gmp.032.0001
  • Éditeur : AIRMAP

ALERTES EMAIL - REVUE Gestion et management public

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Pages 1 - 5 Article suivant
1

L’ouverture accélérée des frontières politiques et commerciales des pays invite, plus que jamais, les chercheurs à s’intéresser aux dimensions internationales du management public. Longtemps cantonnées aux niveaux national et infranational, les politiques publiques s’ouvrent plus que jamais aux échanges transfrontaliers d’idées, de règles, de savoir-faire et de moyens. Ashworth et al. (2013), dans un article portant sur l’évolution de la recherche en management public, constatent d’ailleurs qu’au cours des dix dernières années les travaux se sont davantage orientés vers la dimension internationale des politiques étatiques.

2

Cependant, de nombreuses publications sur le sujet présentent des comparatifs entre pays sans véritablement étudier la nature des bouleversements que l’ouverture internationale de la décision publique engendre. Il est donc utile aujourd’hui de s’intéresser aux perspectives de recherche qu’offre, spécifiquement, le management public international. Ces perspectives concernent trois principaux axes : les réformes de l’Etat et des organisations publiques ; l’attractivité et la compétitivité des territoires ; les orientations de développement facilitant les activités des entreprises (publiques ou privées) et de leurs parties prenantes.

3

- Concernant les programmes de réforme, les Etats sont en quête de bonnes pratiques et s’inspirent de plus en plus régulièrement des mesures adoptées à l’étranger. Comme Pollitt et Bouckaert (2011) le remarquent, ces programmes se caractérisent à la fois par de nombreuses convergences (discours, principes, règles…), mais aussi par des particularités opérationnelles liées au contexte local. Ces particularités conditionnent la mise en œuvre des décisions publiques et donnent une certaine originalité aux réformes adoptées par un pays. Cela se comprend aisément si, comme Gibert (2008) l’avance, le management public est considéré à la fois comme un art, un mouvement et un mode de légitimation. Pollitt et Bouckaert (2000) précisent, dès la première édition de leur ouvrage-phare, que ces particularités sont liées à cinq variables qui influencent les réformes nationales. Pour eux, la conduite du changement dépend de la structure de l’État, de la nature du gouvernement exécutif au niveau central, des relations entre les dirigeants politiques et les hauts fonctionnaires, de la culture administrative et des canaux de conseil stratégique mobilisés (consultants, universitaires…). Ces différences structurelles invitent les chercheurs à étudier précisément les déterminants de l’action publique, et leurs interactions, pour cerner les conditions de transposition des principes de management public à l’échelle internationale.

4

- Concernant l’attractivité et la compétitivité des territoires, les thèmes de recherche semblent encore plus variés. Gérardin et Poirot (2010, p. 27) définissent l’attractivité comme la capacité d’un territoire à être choisi par un acteur comme zone de localisation (temporaire ou durable) pour tout ou partie de ses activités. La référence explicite au choix d’une zone traduit la concurrence qui s’intensifie, entre Etats ou collectivités locales, pour attirer les investissements directs étrangers. Fondée sur le développement et le renforcement de la capacité concurrentielle d’un territoire, l’attractivité est donc intrinsèquement liée à la notion de compétitivité. Dans un contexte qui se globalise, le développement d’avantages concurrentiels territoriaux devient, en effet, essentiel pour assurer une dynamique économique source d’emplois pour les personnes, d’activités pour les entreprises et de ressources pour l’Etat. Parmi les cinq types de travaux identifiés par Hatem (2005), pour étudier l’attractivité des territoires, deux sont particulièrement liés au management public international : les approches macro et méso-environnementales.

  • L’approche macro est essentiellement axée sur un pays ou une grande région. Elle permet d’apprécier, de manière globale, la capacité d’un territoire à attirer les investisseurs étrangers. C’est naturellement à ce niveau, où les conditions d’accueil du capital productif sont étudiées, que la dimension internationale est la plus marquée.

  • L’approche meso s’intéresse, quant à elle, aux effets d’agglomération. Elle analyse les raisons qui attirent une catégorie spécifique d’activités (fonction[s], secteur[s]) dans une zone régionale ou infrarégionale. Même si, à l’origine, ce cadre n’a pas été élaboré pour étudier la question des investissements étrangers, il concerne aujourd’hui les politiques de localisation des entreprises qui opèrent hors de leurs frontières.

5

Ces deux approches soulignent la nécessité, pour les autorités locales, de faire face à la concurrence qui s’internationalise. Parmi les principaux axes de recherche liés à l’attractivité et à la compétitivité des territoires, citons : les logiques de communication établies entre les pays hôtes et les investisseurs, les moyens qu’un pays peut développer pour attirer les capitaux étrangers, les obstacles à l’accueil de capitaux étrangers (lourdeurs bureaucratiques, corruption, crime organisé…)…

6

- Concernant les orientations de développement, la croissante intégration politique et économique des Etats invite à explorer de nouveaux terrains et à aborder de nouvelles problématiques de recherche. En effet, les mutations structurelles, renforcées par la combinaison de différentes forces motrices supranationales (globalisation, émergence et développement de blocs régionaux, défis transnationaux [écologie, santé, sécurité…]…), accélèrent les échanges entre Etats. Dès lors, les questions relatives à la gouvernance concertée, aux mesures étatiques favorisant les collaborations sectorielles transnationales, aux partenariats publics-privés internationaux, à la stratégie des organisations de l’Etat (Mazouz 2014)…, invitent les chercheurs à revisiter les grilles de lecture traditionnelles et à adapter les outils d’analyse aux problématiques émergentes.

7

Comme nous pouvons le constater, le management public international offre de très nombreux thèmes de recherche. Ces thèmes touchent, à un degré ou à un autre, toutes les organisations publiques : l’État, les collectivités territoriales, les administrations et les entreprises publiques. Ces organisations sont bien souvent simultanément concernées par les évolutions et mutations observées ; mais les réponses qu’elles apportent aux défis de l’ouverture des frontières nationales sont particulières. Ces organisations peuvent donc être étudiées de manière isolée et/ou intégrée pour offrir une analyse à géométrie variable de l’action publique.

8

La richesse des thématiques liées au management public international invite la revue Gestion et management public à proposer ce numéro spécial. Pour illustrer certaines des voies de recherche évoquées, il présente quatre articles qui abordent les trois axes précédemment identifiés (figure 1).

Figure 1 - Le positionnement des articles sélectionnés pour ce numéro spécialFigure 1
9

Dans le premier article, Pierre-André Hudon et Bachir Mazouz s’interrogent sur les raisons qui justifient, malgré un discours standardisé sur les valeurs économiques que les Etats devraient respecter, la pluralité des réformes de management public. En analysant cette pluralité par le biais des tensions de gouvernance publique, ils offrent un éclairage original sur les raisons qui expliquent pourquoi les systèmes de management des organisations de l’Etat gardent en grande partie leurs spécificités. Pour illustrer leurs propos, les auteurs présentent le cas de deux réformes administratives entreprises au Québec. Le comparatif de ces réformes confirme que les outils de gestion utilisés, les cadres temporels retenus, les contextes politiques et à la popularité des leaders politiques expliquent des trajectoires différentes.

10

Dans le deuxième article, Marc Hostert et Jean-Paul Lemaire abordent le thème de la compétitivité des Etats. Intégrant différentes forces motrices internes et externes, ils étudient la dynamique d’attractivité et de développement d’une petite économie mature ouverte : le Grand-Duché de Luxembourg. Fondant leur analyse sur le modèle PREST (pressions politico-réglementaires, économico-sociales et technologiques) de Lemaire (2000, 2013), ils identifient les facteurs qui affectent structurellement et conjoncturellement ce type d’économie, et les niches de spécialisation qui pourraient être au cœur de son prochain modèle de développement. Pour arriver à définir le nouveau modèle économique adapté au Grand-Duché, ils ont recours à la méthode Delphi et travaillent avec trois panels de parties prenantes.

11

Dans le troisième article, Olivier Coussi s’intéresse aux logiques de communication complexe - et aux controverses qu’elles peuvent engendrer - entre acteurs publics et acteurs privés. Dans ce but, il présente le cas holiste du rapprochement établi entre une entreprise chinoise de télécommunications et un territoire français (un technopôle). A travers ce cas, étudié sur huit années, il aborde la question relative à la gestion des moyens publics pour accompagner un projet d’investissement important en termes d’image et d’emplois pour le territoire concerné. Pour apprécier l’évolution du projet et les péripéties de sa mise en œuvre, il mobilise la sociologie de la traduction (Callon et Latour 1981, Callon 1986, Law 1986, Latour 1987…). Il explique ainsi pourquoi cette implantation d’un groupe chinois en France est considérée comme un échec par les autorités locales alors qu’elle a amené des investissements directs étrangers et créé des emplois sans aides publiques.

12

Enfin, dans un quatrième et dernier article, Katia Angué et Ulrike Mayrhofer abordent les orientations de développement étatiques, adoptées à l’échelle internationale, pour aider les entreprises à renforcer leur compétitivité. Etudiant les programmes européens en matière de recherche et développement, elles cherchent notamment à apprécier l’impact des distances géographique et institutionnelle entre les acteurs qui participent à une collaboration internationale. Dans ce but, elles étudient les coopérations paneuropéennes développées dans le cadre de l’initiative Eureka. Leur analyse, ancrée dans le secteur des biotechnologies, montre que les organisations impliquées favorisent parfois des distances courtes (proximité) pour réduire la diversité intra-projet et pour limiter les difficultés que cette dernière peut engendrer.

13

La présentation sommaire de ces quatre contributions souligne la grande diversité des thématiques de recherche liées au management public international. Comme Walker (2011) le souligne, le management public peut être considéré comme un carrefour de disciplines (sciences politiques, sciences économiques, droit, sociologie…). Par essence, il est également au carrefour des différents champs des sciences de gestion (stratégie, marketing, responsabilité sociale, comptabilité, finance, ressources humaines…). Une approche internationale des problématiques qui le concernent permet aux chercheurs de valoriser ce rôle d’interface pour offrir des analyses adaptées à la complexité d’un monde ouvert et interconnecté qui associe, plus que jamais, différents profils d’acteurs publics et privés.


Références bibliographiques

  • ASHWORTH R., FERLIE E., HAMMERSCHMID G., MOON M. J., REAY T., 2013, “Theorizing Contemporary Public Management: International and Comparative Perspectives”, British Journal of Management, 24, pp. S1– S17.
  • CALLON M., 1986, « Éléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de Saint-Brieuc », L’Année sociologique, 36, pp. 169-208.
  • CALLON M., LATOUR B., 1981, “Unscrewing the Big Leviathan: How Actors Macrostructure Reality and How Sociologists Help Them To Do So”, in K. D. KNORR-CETINA, A. V. CICOUREL (dir.), Advances in Social Theory and Methodology: Toward an Integration of Micro-and Macro-Sociologies, Boston, Routledge and Kegan Paul, London, pp. 277-303.
  • CHEMLA-LAFAY A., CHOL C., 2006, Bilan de 25 ans de réforme de la gestion publique dans les pays de l’OCDE, IGPDE, Paris, 44 p.
  • GERARDIN H., POIROT J., 2010, « L’attractivité des territoires : un concept multidimensionnel », Mondes en Développement, 38, 149, pp. 27-41.
  • GIBERT P., 2008, « Un ou quatre managements publics ? », Politiques et management public, 26, 3, pp. 7-23.
  • HATEM F., 2005, « Attractivité du territoire : de la théorie à la pratique », in Service des études et des statistiques industrielles, L’industrie en France et la mondialisation, chapitre 14, pp. 269-283.
  • LATOUR B., 1987, Science in Action: How to Follow Scientists and Engineers through Society, Harvard University Press, Cambridge.
  • LAW J., 1986, Power, Action and Belief: A New Sociology of Knowledge?, Routledge, London.
  • Lemaire J.P., 2000, “From an International Environmental and Sectorial Approach to Corporate Decisions Formulation: The PREST model”, in Proceedings of the 16th IMP Conference, Bath, United Kingdom, 7-9 September, 11 p.
  • LEMAIRE J.P., 2013, Stratégies d’internationalisation : nouveaux enjeux pour les organisations, les activités et les territoires, 3ème édition, Dunod, Paris.
  • MAZOUZ B. (dir.), 2014, La stratégie des organisations de l’Etat, Presses de l’Université du Québec, Québec.
  • POLLITT C., 2001, “Convergence: The Useful Myth?”, Public Administration, 79, 4, pp. 933–947.
  • POLLITT C., 2002, “Clarifying Convergence: Striking Similarities and Durable Differences in Public Management Reform”, Public Management Review, 4, 1, pp. 471–492.
  • POLLITT C., BOUCKAERT G., 2000, Public Management Reform: A Comparative Analysis, 1st edition, Oxford University Press, Oxford.
  • POLLITT C., BOUCKAERT G., 2011, Public Management Reform: A Comparative Analysis, 3rd edition, Oxford University Press, Oxford.
  • WALKER R., 2011, “Globalized Public Management: An Interdisciplinary Design Science?”, Journal of Public Administration Research and Theory, 21, Theory, 21, pp. i53?i59.

Notes

[1]

Maître de conférences HDR, Vice-président d’Atlas AFMI (Association Francophone de Management International), membre du CEREGE (EA 1722), Institut d’Administration des Entreprises IAE de l’Université de Poitiers, emilliot@iae.univ-poitiers.fr

Pour citer cet article

Milliot Éric, « Perspectives de recherche en management public international », Gestion et management public, 4/2014 (Volume 3 / n°2), p. 1-5.

URL : http://www.cairn.info/revue-gestion-et-management-public-2014-4-page-1.htm
DOI : 10.3917/gmp.032.0001


Pages 1 - 5 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback