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Gestion et management public

2015/4 (Volume 4 / n° 2)

  • Pages : 142
  • DOI : 10.3917/gmp.042.0001
  • Éditeur : AIRMAP

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La performance apparaît trop souvent comme le seul objectif de la politique publique de modernisation du secteur public. Le véritable défi n’est-il pas le couplage de l’éthique et de la performance. Est-il possible et souhaitable de combiner la recherche de la performance et l’éthique dans les activités de gestion publique comme le suggèrent nos collègues Dominique Phanuel et Isabelle Lemaire en prenant appui sur le secteur de l’économie sociale et solidaire ?

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Ricœur (1990) définit l’éthique comme « l’objectif de la bonne vie avec et pour autrui dans des institutions justes ». L’éthique est soutenue par des valeurs personnelles, c’est-à-dire, singulières et subjectives, mais qui peuvent également être partagées par le plus grand nombre (la solidarité, la démocratie, la justice …) (Audria, 2004). Dans le sens Kantien l’éthique, se réfère à la morale et au devoir : ce qu’on peut (doit) faire et ce dont on doit s’abstenir de faire

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Dans le service public elle est régie par des lois et circulaires qui expriment la primauté de l’intérêt général ; le respect des citoyens, l’importance des libertés individuelles, le sens de l’égalité et de la confidentialité… La loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires (dite loi Anicet Le Pors 2) est garante d’une certaine forme d’éthique et de déontologie du fonctionnaire. Celui-ci a l’obligation de consacrer l’intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées (article 25), de respecter le secret professionnel (article 26), et la hiérarchie sauf si l’ordre donné est illégal (article 28).

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Cette question de l’articulation entre éthique et performance peut être, selon nous, analysée en recourant au concept de bonne administration. Par bonne administration, nous entendons la recherche de la meilleure façon de conduire la politique publique et de gérer l’administration publique. Ce concept, en vogue actuellement, a un grand potentiel en particulier en France où le terme bon fait à la fois référence au jugement opérationnel sur le fonctionnement de l’administration et au jugement moral sur ce qui devrait être considéré comme bon d’un point de vue éthique. Il permet à la fois d’appréhender la vision étroite de la performance vue sous l’angle du New Public Management - NPM (économie, efficacité et efficience) dans une logique qui se veut être inspirée de l’entreprise privée et une vision plus large de la performance qui tient compte des valeurs et des principes communs.

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Pour répondre à cette question, il est utile de recourir à l’histoire de l’administration française pour expliquer la vision de bonne administration. L’administration française est le résultat d’une longue histoire dont l’organisation actuelle est le résultat de l’unification et de l’homogénéisation contre le féodalisme. Ce mouvement prolongé par la révolution française a permis de mettre en œuvre les principes d’égalité… Il explique aussi en grande partie la genèse et le développement de règles impersonnelles qui garantissent l’égalité de traitement entre les utilisateurs publics. Patiemment, le système administratif français s’est formé, selon les règles longtemps parues immuables et qui conservent encore, pour beaucoup d’entre elles, leur pertinence pour les agents publics. Nous mentionnons à titre d’exemple la subordination hiérarchique, le respect des règles et plus largement le respect des principes de neutralité, d’égalité, de continuité et de l’adaptation des services publics. L’article de Laurent Bouchard donne une image particulière de ce système immuable au travers de l’analyse du rôle du préfet.

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Toutefois, depuis les années 1980, les principes d’une bonne administration basée sur la bureaucratie ont été critiqués au profit d’une logique de recherche d’efficience. Ce mouvement s’est inscrit dans un flux continuel de réformes organisationnelles de l’administration avec la “réforme administrative”, “le renouveau du service public”, “la réforme de l’État”, “La Révision Générale des Politiques publiques” et la modernisation de l’action publique, toutes réformes qui ont pour visée l’introduction des principes du New Public Management… Si ces réformes ont conduit à des économies et peut-être à des rationalisations, n’ont- elles pas atténué les spécificités et les points forts de l’administration française fondés sur les principes immuables de continuité, d’adaptabilité et d’égalité d’accès au service public ?

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Paradoxalement, l’avenir dans la mise en œuvre du NPM ne passe-t-il pas par le renforcement de l’éthique, le retour à l’idée de jugement moral sur l’activité d’une administration et d’un fonctionnaire ? La répartition des ressources basée sur les fameux contrats d’objectifs, la mise en œuvre d’une rémunération individuelle au mérite sur la base d’objectifs ou l’usage de délégations de service public peuvent induire des comportements opportunistes entre le mandant et le mandataire si l’on se réfère à la théorie de l’agence. Le développement de comportements éthiques pourrait être une voie de réduction des risques de comportements opportunistes et d’efficacité des outils issus du NPM.

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Allant plus loin, faut-il trouver un autre paradigme qui prendra la place de la vision néoclassique ou de l’école du Public Choice où l’homme est mu par la poursuite de son propre intérêt. Les hommes politiques sont-ils guidés seulement par leurs propres intérêts ? Les utilisateurs ne sont-ils seulement que des consommateurs qui veulent maximiser leur bien-être ? Le citoyen ne vote-t-il qu’en fonction de son propre intérêt ? Nous pensons que les individus (citoyens, usagers, contribuables, fonctionnaires) sont mus par des valeurs et des sentiments qui ne peuvent pas selon nous être résumés par une simple maximisation de la satisfaction ou la poursuite du seul intérêt individuel.

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Nous croyons que l’approfondissement et l’instrumentation du concept de bonne administration peut contribuer à renouveler la pensée managériale et la gestion publique moderne en intégrant les dimensions opérationnelles et morales.

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Dans leur article « Concilier éthique et performance dans l’économie sociale et solidaire : quelle contribution de la vision stratégique et de la qualité ? Le cas de « A.I.D.E.R », Dominique Phanuel et Isabelle Lemaire s’interrogent sur le couplage de l’éthique et de la performance. L’articulation des fins et des moyens se pose non seulement au nom d’une culture des moyens, du résultat et de la performance mais aussi au nom d’un questionnement sur le sens et sur l’éthique. L’économie sociale et solidaire constituerait, selon eux, du fait de sa nature et de ses principes, mais aussi grâce à sa capacité d’appropriation de certains outils de gestion, une réponse originale et pertinente à l’association de l’éthique et de la performance.

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Dans son article intitulé « Le préfet : un instrument de domination devenu outil de dialogue ? », Laurent Bouchard traite du rôle du Préfet, figure de référence incontournable de l’organisation étatique française contemporaine aux côtés du Conseil d’Etat ou de la Cour des comptes (appelée « Commission de la Comptabilité nationale » jusqu’en 1807).

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Camille Guirou dans son article « Choisir un mode de gestion : l’importance des croyances » aborde la question de la gestion des crèches municipales et le choix entre une gestion internalisée sou forme de régie et le recours au marché préconisé par le NPM au travers d’une délégation de service public. Grâce à l’approche sensemaking de Weick, nous souhaitons montrer comment une étude des croyances des membres de l’organisation permet de mieux comprendre ce qui se joue dans les collectivités territoriales qui changent de mode de gestion de leurs services.

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Les deux autres articles suivant traitent de l’approche marketing territorial.

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Le troisième article intitulé « Le marketing territorial des Petits et Moyens Territoires : identité, image et relations » de nos collègues Christophe Alaux, Sarah Serval et Christelle Zeller montre que la proposition de l’identité territoriale est un antécédent de l’image territoriale.

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Dans son article « l’Usage de la BD comme outil de marketing narratif pour les territoires » Laurent Sempé souligne que le marketing des territoires vit aujourd’hui une véritable « révolution narrative ». Il montre que la somme des récits en provenance des parties prenantes entraîne une fabrication collective des territoires, au niveau de son identité, de sa culture, de son imaginaire et de ses croyances. Une étude empirique de type PLS permet d’évaluer l’effet du media BD, sur l’expérience narrative des répondants.

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Les deux autres articles traitent de l’analyse des politiques publiques et de la gestion d’équipements sportifs.

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Dans leur article « La modernisation des stades de football en France. Proposition d’une analyse des logiques d’acteurs à l’œuvre au sein d’un processus de traduction », Vincent Millereux, Nicolas Cicut, et Sandra Montchaud, offrent une analyse théorique originale des neufs projets de rénovation majeure et de construction de stades dans le cadre de l’organisation de l’Euro 2016. L’objectif est d’étudier les conditions de rassemblement des principaux acteurs – les collectivités locales et groupements associés, les clubs résidents, les sociétés exploitantes tierces (le cas échéant) et le stade – au sein de ces projets.

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Dans son article « L’efficacité d’un programme politique : le cas du palais des sports de Rouen », Nadine Dermit-Richard essaie de mesurer l’efficacité des choix politiques effectués par une collectivité territoriale en matière de gestion et d’animation d’un équipement sportif.

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Nous tenons à la fin de cet éditorial à remercier Yves Chappoz, Professeur de l’Université à l’IAE de Lyon 3 qui a porté durant plus de 10 ans en tant que rédacteur en chef puis corédacteur en chef de la revue Gestion et Management Public. Nous en profitons pour signaler l’arrivée de Stéphane Trebucq, Professeur d’Université à l’IAE de Bordeaux en tant que corédacteur en chef de la revue GMP.


Références

  • RICOEUR P. (1990), Soi-même comme un autre, Éditions du Seuil, Paris.
  • AUDRIA R. (2004) « New Public Management et Transparence : essai de déconstruction d’un mythe actuel », Thèse n° 567, présentée à la Faculté des Sciences économiques et sociales de Genève en 2004

Notes

[1]

Pierre-Charles Pupion, Professeur des Universités, IPAG-CIMP de l’Université de Poitiers, pierre.charles.pupion@univ-poitiers.fr

Pour citer cet article

Pupion Pierre-Charles, « NPM ou bonne administration : le rôle de l’éthique », Gestion et management public, 4/2015 (Volume 4 / n° 2), p. 1-3.

URL : http://www.cairn.info/revue-gestion-et-management-public-2015-4-page-1.htm
DOI : 10.3917/gmp.042.0001


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