Accueil Revue Numéro Article

Guerres mondiales et conflits contemporains

2003/2 (n° 210)



Article précédent Pages 19 - 46 Article suivant
1

« Bien que jouissant d’une énorme influence morale en 1945-1946, les Églises allemandes, estime Alfred Wahl, ne furent pas en mesure de traiter [l]e problème [de la dénazification] en raison de leur propre comportement passé. Sous l’influence du pasteur Niemöller, les protestants reconnurent d’abord leur culpabilité, solidairement avec celle du peuple : “Par nous, un malheur infini s’est abattu sur beaucoup de peuples et de pays” (déclaration de Stuttgart – 18 octobre 1945). Cette prise de position de franc-tireur ne sera pas réitérée. Quant à l’épiscopat catholique, il éluda purement et simplement la question. » De cette incapacité à « affronter le passé avec lucidité » [1]   Histoire de la République fédérale d’Allemagne, Paris,... [1] , faut-il accuser la guerre froide ?

2

La politique appliquée entre la fin de la guerre et la création de la RFA par le principal vainqueur, les États-Unis, mise au point depuis 1942, ne différait pas de la ligne suivie après la première [2]   Bruce Kuklick, American Policy and the Division of... [2] . La guerre froide apparaîtra donc ici comme le cadre chronologique d’un retour au statu quo semblable à celui d’après 1918 [3]   Ibid. et Charles S. Maier, Recasting Bourgeois Europe.... [3] et éclairé par : 1 / L’action du haut clergé, dont l’adhésion au nazisme entre 1933 et 1945 couronnait le credo réactionnaire et pangermaniste : hantise de la préservation de l’ordre social contre la subversion « rouge », haine des Lumières, revanche contre Versailles, droit d’un peuple supérieur à la conquête de l’espace vital occupé par ses voisins à peine humanisés, juifs et slaves en tête [4]   G. Zahn, German Catholics and Hitler’s wars, New York ;... [4]  ; 2 / La politique des Alliés occidentaux, informés sur le comportement des prélats depuis 1933 [5]   Apport décisif des archives du Quai d’Orsay (plus... [5] , mais qui virent en eux l’instrument de la reconstitution idéologique des zones concernées (le rôle du Saint-Siège sera étudié dans ce contexte). Le jeu de ces forces détermina le destin du concept de la « culpabilité » présenté à la fin de la guerre comme la clé de la « démocratisation » du Reich : ce qui suit en retrace les étapes entre mai 1945 et 1949.

I. LES ÉGLISES PRÉCOCEMENT INNOCENTÉES

3

Les Églises allemandes bénéficièrent du compromis établi entre Alliés et Saint-Siège et entre autorités protestantes anglo-saxonnes et allemandes perceptible dès la guerre. Du côté protestant, Rita Thalmann mentionne les relations de 1941 et 1942 entre Mgr Bell, évêque de Chichester, vieux héraut de la politique douce au Reich puis de l’Appeasement (acquis des fonds du Quai d’Orsay), et les protestants Boenhoffer et Schönfeld, opposants tardifs, typiques des pangermanistes ralliés au complot de juillet 1944 contre Hitler [6]   Rita Thalmann, Protestantisme et nationalisme en Allemagne... [6] . Le pasteur français Brun rappela en novembre 1945 la réunion de l’hiver 1942-1943 (le 14 janvier ?) où Bell avait donné la parole à deux pasteurs allemands réfugiés en Angleterre : « Pendant plus d’une heure, [ils] avaient plaidé la cause de la pauvre Allemagne et préconisé la nécessité de reprendre contact le plus tôt possible avec le protestantisme allemand et de lui envoyer des secours en abondance. » « Un [des] amis » de Brun releva « véhémentement que pareilles plaidoiries avaient été faites depuis 1918 avec surabondance devant les chrétiens anglais, et qu’on en voyait maintenant les résultats » [7]   Date de la réunion, ibid., p. 435. Note Brun, 9 novembre 1945,... [7] .

4

Le pardon se précisa en février 1945 au Conseil œcuménique protestant de New York, qui décida « de renouer le contact avec les protestants allemands » [8]   Synopsis politique de l’Allemagne, février 1946 (plus... [8] . En mai, prônant la « prudence » dans la « fraternisation avec les pasteurs et les congrégations » tant que leur attitude envers « le régime nazi » ne serait pas connue – clause de style, vu l’excellente information britannique –, le Dr Garbett, archevêque d’York, déclara : « Même s[i] les Églises allemandes [...] n’ont pu ouvertement résister, nous serions prêts à renouer nos relations interrompues par la guerre et à les aider dans la mesure du possible dans leurs efforts pour appeler leur peuple au repentir et à la vie chrétienne. » [9]   Lettre de Massigli 1191, Londres, 17 mai 1945, Allemagne,... [9] La « fraternisation » balaya bientôt la « prudence ». En septembre, l’évêque du Wurtemberg Wurm sollicita Bell pour une reprise des contacts entre Églises anglaise et allemande [10]   Note 390 de Tarbé, Baden-Baden, 10 septembre 1945,... [10] . Au Conseil œcuménique de Stuttgart des 18-19 octobre 1945, Américains et Anglais louèrent la « courageuse résistance à l’hitlérisme » des protestants allemands et prônèrent le pardon, contre l’ « esprit de violence et de vengeance » allié. Cette indulgence pour une institution si liée « aux entreprises du national-socialisme » ulcéra Brun : ce « regrettable (...) exemple [sera...] imité par de multiples individus ou organisations qui n’attendent que le moment de partir en pèlerinage en Allemagne pour venir ensuite plaider en Amérique la cause de la repentante et malheureuse Église allemande » [11]   Note Brun, 9 novembre 1945, Allemagne, vol. 67 ou... [11] .

5

Le luthéranisme souffrait de handicaps, comparé à l’Église romaine : divisé, fût-ce partiellement, sous Hitler, privé d’un « centre » soudé au chef occidental de l’Allemagne occupée, atout catholique majeur, il était affaibli par la géopolitique de l’occupation, l’Est luthérien, son fief, ayant été dévolu aux Soviétiques. Il fut cependant assuré du soutien des Anglais, pourvus d’une zone largement protestante, et des Américains, convaincus de son utilité à l’ouest du Reich et en zone soviétique. Préalable du sauvetage général, les occupants forgèrent donc des biographies antinazies qu’illustre un rapport de l’été 1945 sur « l’action de l’évêque Wurm contre les empiétements antichrétiens du régime national-socialiste » : il ne pouvait cacher qu’il n’avait contesté dans les persécutions religieuses que la menace contre l’union sacrée « détourn[ant] les hommes du sentiment du sacrifice consenti avec une conviction joyeuse pour la patrie. Malgré tout nous ne nous laisserons pas détourner de la fidélité envers notre peuple et notre patrie » [12]   Texte conforme au Christian Science Monitor du 13 juin 1942,... [12]  ; et qu’il avait attendu mai 1945 pour dire que « les lourdes épreuves imposées à la population chrétienne d’Allemagne sont allées jusqu’à la monstruosité par les traitements contraires au droit et à l’humanité imposées aux compatriotes non aryens comme aux citoyens étrangers » [13]   Rapport doc. GEN/9, 15 juillet 1945 (traduction d’un... [13] .

6

Les dignitaires protestants purent donc s’autorestaurer à la conférence de Treysa des 27 août-1er septembre 1945 qui élut un Conseil des Églises évangéliques en Allemagne (EEA) de 12 membres, dont Wurm, Niemöller, Meiser et Dibelius [14]   Lettre 1175 de Koenig, Berlin, 2 octobre 1945, Allemagne,... [14] . Le théologien suisse Karl Barth, qui avait le 2 octobre 1945, après un voyage en Allemagne, rappelé « les innombrables compromis entre chrétiens allemands et nazisme » [15]   PV de la conférence joint à la lettre 1374 de Hoppenot,... [15] , accusa en juillet 1946 les Alliés d’avoir laissé « l’oligarchie se réserver la dénazification des ecclésiastiques [...] lui permettant de conserver ses disciplines discréditées et de couvrir sa vieille garde totalitaire », avec son chef Wurm, « dont la plume et la pensée sont dirigées par de jeunes intransigeants [et...] que spécialement les Russes ont en suspicion [parce qu’il] plonge ses racines dans l’ère bismarckienne et agit en nationaliste de la bonne époque » [16]   Note de Carteron sur Barth, 25 juillet 1946, Allemagne,... [16] . Un bilan vague du début de 1946 atteste la modestie de l’épuration des « ecclésiastiques nationaux-socialistes » en zone américaine : en Wurtemberg, on signalait « peu de cas » ; en Bavière, « quelques militants nazis du clergé protestant décorés du Blutorden [ordre du sang] et beaucoup de prêtres qui avaient l’insigne d’or de la NSDAP ont été exclus des cadres de l’Église » [17]   Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32. [17] .

7

Le triomphe de l’Église romaine fut plus précoce. Ayant étudié ailleurs la contribution alliée, avant mai 1945, au sauvetage d’une Église pangermaniste et nazifiée, à la récupération de sa puissance weimarienne, au fiasco de la « rééducation » et à la renazification de l’Allemagne occidentale, je me bornerai ici à des données essentielles. Les États-Unis, alliés et financiers du Vatican pendant la guerre, dirigèrent leur zone à majorité catholique dès leur arrivée en s’appuyant sur l’épiscopat, le cardinal-archevêque de Munich Mgr von Faulhaber, vieil intime de Pacelli, au premier chef. Cette ligne, mise en œuvre depuis novembre 1942 par le chef de l’OSS à Berne, Allen Dulles, avec des laïcs et des ecclésiastiques du Zentrum, impliquait l’absolution du corps nazifié [18]   Allusions, A. Lacroix-Riz, Vatican (et travaux cités... [18] . Pie XII disculpa ses chers évêques allemands le 2 juin 1945 : prononçant pour la première fois le mot national-socialisme, il les posa en guides de l’antinazisme, ne cita comme déportés que les prêtres allemands (200) de Dachau et exalta la résistance « des millions de vaillants catholiques » [19]   Lettre 46 de Bourdeillette, Rome, 5 juin 1945, et... [19] .

8

« En l’absence de toute force gouvernementale pouvant s’exprimer au nom d’un pays écartelé et effondré, l’épiscopat catholique se présente en défenseur national des droits de la population », écrivit le Français Koeltz après la session nationale (annuelle) de Fulda des 21-23 août 1945, dont sortit un mandement collectif décernant un brevet d’antinazisme aux prélats : ils avaient lutté « pour les droits de la personne humaine », contre « l’empiétement de l’État sur la vie religieuse [...] contre l’orgueil de race et la haine des peuples » et pour réinstaller « la Croix que des mains criminelles avaient enlevée des classes » ; « beaucoup [de prêtres et de laïcs catholiques] ont sacrifié leur vie à leurs convictions, protégé et défendu “des ressortissants de races étrangères” et partagé “leur maigre pain quotidien avec un innocent non aryen poursuivi” ». Ayant décrété qu’on ne pouvait trouver « meilleur civisme pour assainir la situation spirituelle qu’une éducation religieuse », les évêques revendiquèrent les privilèges scolaires octroyés par Weimar et confirmés le 20 juillet 1933 par le Concordat du Reich, simple respect de « notre droit » [20]   Lettre pastorale du 23 août 1945 (traduction in extenso)... [20] .

9

Audace licite puisque l’Occident laissa leurs biographies s’enrichir au fil des ans de hauts faits de résistance absents des documents originaux. La mission de tuteurs d’une jeunesse rongée par le nazisme supposant pureté antinazie, leur passé fut repeint aux couleurs de la démocratie. Les archives du Quai d’Orsay, qui les mentionnent presque tous, insistent sur les évêques de zone française, Gröber de Fribourg-en-Brisgau, et Bornewasser de Trêves en tête, âme de la résistance sourde ou déclarée contre l’occupant français haï après 1945 comme après 1918 mais beaucoup plus méprisé. La correspondance se partage en tendances antagoniques : les courriers antérieurs à 1945 ou postérieurs mais sincères, accablants mais épargnés au public ; les dithyrambes de la presse allemande sous licence et de la presse nationale des occupants [21]   Allemagne, vol. 67 à 70. Sur Groeber et Bornewasser,... [21] . La tentative de réhabilitation heurtait parfois l’expérience récente : le portrait dressé en janvier 1946 avec la complicité de l’évêque local par le Luxemburger Wort, organe social chrétien, d’un Mgr Bornewasser « compatissa[n]t en silence à la misère si profonde » des populations « des diocèses de Luxembourg, de Metz et de Strasbourg pendant l’occupation », eut un « effet pas [...] très heureux » sur les Luxembourgeois « surpris » [22]   Lettre 5 d’Armand du Chayla, Luxembourg, 26 janvier 1946... [22] .

10

La presse sous licence des Américains, alliés avec un Zentrum nazifié et restauré, exalta « le triumvirat de résistance » formé par le cardinal Faulhaber (archevêque de Munich), von Galen (évêque de Munster) et von Preysing (évêque de Berlin) [23]   Tagesspiel cité par La Croix du 28 novembre 1946,... [23] . Le vieil antipapisme des Anglais avait été avivé pendant la guerre par la germanophilie vaticane, et le catholicisme se posait en cheval de Troie des Américains, impatients de conquérir toutes les zones occidentales à partir de la leur. Londres partageait encore à l’automne 1947 l’avis soviétique sur le Concordat « hitlérien » et refusait de le reconnaître [24]   Lettre d’Arnal, consul à Dusseldorf, 346, 29 octobre 1947,... [24] , mais la surenchère entre le « commissaire-priseur » anglais et l’américain « pour écarter d’autres acquéreurs éventuels, et aussi pour acquérir sa clientèle » [25]   Tarbé, lettre 329, Berlin, 29 juin 1947, Allemagne,... [25] l’emporta : dès la fin de 1945, les Anglais multiplièrent les « égards aux membres du haut clergé », tant catholique que protestant. « Une des principales préoccupations de nos alliés occidentaux, nota Tarbé de Saint-Hardouin, conseiller du commandant en chef Koenig, début 1946, est d’empêcher que l’Allemagne ne sombre dans un chaos qui permettrait à d’autres qu’eux de marquer des points » ; pour eux, « la mission de l’Église, qu’elle soit catholique ou protestante, est autant de contribuer à la préservation de l’ordre social établi que de répandre parmi les masses la conception qu’ils se font d’un univers démocratique » [26]   Lettre de Tarbé 353, Berlin, 9 février 1946, Allemagne,... [26] .

11

Les Français conservèrent la stratégie cléricale « séparatiste » qui avait fait fiasco en 1923-1924, malgré leur lucidité, Bidault en tête, sur le « fédéralisme » rhénan « très momentané », astuce pour « retrouver une unité complète », et sur la politique « unitaire » du Vatican soutenue, au motif clamé de maintenir l’Allemagne en rempart antibolchevique, par les États-Unis [27]   Saint-Siège, vol. 8 à 10 et États-Unis, vol. 200,... [27] . Paris s’associa tôt au blanchiment dont témoigne la série d’articles de Charles-Roux, alors président du Secours catholique, dans L’Époque de juin-juillet 1945. L’ambassadeur au Vatican de 1932 à 1940 y prétendait « serviable[s] » à la France les deux papes de l’ère nazie et prêtait au triumvirat Faulhaber-von Galen-von Preysing de l’ « énergie, voire [de l’]audace » dans ses « doléances (...) contre les infractions [nazies] au Concordat » muées en résistance au régime [28]   « Le Saint-Siège et l’hitlérisme » ; « et l’affaire... [28] . Le 30 décembre 1945, La Croix exalta « la résistance catholique dans l’Allemagne de Hitler » annonçant la révélation imminente des « innombrables et courageuses démarches de l’épiscopat allemand auprès du gouvernement national-socialiste », « ses protestations réitérées contre le régime des camps de concentration, la persécution des juifs et même contre les agissements des autorités hitlériennes dans les pays qu’occupait l’armée allemande » [29]   Coupure, date citée, Allemagne, vol. 67. En italique... [29] . En novembre 1946, elle taxa la thèse de la non-résistance de l’épiscopat allemand de « pure calomnie », et glorifia des prélats nommément cités – « et combien d’autres » – en puisant dans les hagiographies allemandes post bellum [30]   E. Gabel, La Croix, 28 novembre 1946, Allemagne, ... [30] .

12

La zone française reçut le même traitement. La presse de gauche eut beau jeu de fustiger les douceurs manifestées dans ce « repaire de fonctionnaires vichyssois » aux « catholiques allemands », du Concordat rétabli à l’instruction religieuse assurée par « les mêmes maîtres que sous le régime hitlérien » ; et de douter de la mutation séparatiste, francophile et fédéraliste, propre aux « anciens nazis », d’une « Église se condui[san]t en reine de notre zone, dont elle tente de faire une sorte de séminaire » [31]   Franc-Tireur, 27 décembre 1945, et Voix de Paris,... [31] . En février 1946 l’ « épuration des cultes » s’établissait en Bade et Hesse-Palatinat à 17 sanctions (8 révocations définitives, 9 temporaires) sur un effectif de 1134 [32]   Lettre de Laffon 1177, Baden-Baden, 16 février 1946,... [32] .

II. L’ÉGLISE ALLEMANDE ET LA DÉNAZIFICATION : L’ALLEMAGNE VICTIME INNOCENTE, LES ALLIÉS COUPABLES

1. La « dénazification » catholique : discours et pratiques 1945-1949

13

« Encore peu connue, écrit Rainer Hudemann pour la zone française, l’influence des Églises a été grande, par exemple en matière de dénazification. » [33]   « L’occupation française en Allemagne (...) », L’Allemagne... [33] Elle gagne à l’être.

a) Du discours...

14

À la « conférence particulièrement secrète » des 21-23 août à Fulda, l’épiscopat marcha sur les traces de Pie XII dont l’audace sur le Reich victime n’avait cessé de croître depuis Stalingrad. Un rapport de février 1946, selon lequel « les Églises allemandes », conscientes d’ « avoir fait faillite, non seulement matériellement, mais aussi spirituellement, recherchaient “un pardon et une excuse”, etc., perçut “deux tendances” : la modérée, de Gröber et von Preysing, “admettait une certaine culpabilité du peuple allemand et même des catholiques” ; l’autre était “soutenue par le cardinal Faulhaber qui prétendait que les Alliés étaient les vrais responsables du nazisme” et aurait “reproch[é] durement à Groeber son attitude” « [34]   Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32. [34] .

15

L’autolégende d’un Groeber « antinazi » ou « modéré » cautionnée par l’Occident a été reprise récemment [35]   Leonore Siegele-Wenshkewitz, « Les Églises entre l’adaptation... [35] malgré l’acquis des recherches sur ce « “membre promoteur” [förnderndes Mitglied] de la SS » surnommé dès 1933 « l’évêque brun » (der braune Bischof), parangon du nazisme, antisémitisme inclus [36]   Ouvrages de la n. 21 et G. Zahn, Catholics. [36] . Outre que Groeber ne parla plus jamais de culpabilité allemande, le débat allégué aboutit à une lettre pastorale « attaqua[nt si] violemment les puissances occupantes [qu’elle] dut être remaniée sous la pression du nonce Orsenigo ». Remaniée ou pas, le GM américain en Bavière en interdit la publication, vu sa prose sur les droits exclusifs de l’école confessionnelle, les prisonniers de guerre et la dénazification [37]   Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32. [37] . L’épiscopat récusait entre autres la responsabilité collective du peuple allemand, leitmotiv de Pie XII depuis 1943-1944 : « Des choses effroyables ont été perpétrées par des Allemands, en Allemagne même, avant la guerre et, pendant la guerre, dans les pays occupés. Nous le déplorons profondément » ; juste avant d’invoquer l’adhésion forcée de tant d’Allemands « en situation dépendante – fonctionnaires, instituteurs », dont il faut prouver la faute commise « cas par cas » [38]   Traduction, 23 août 1945, Allemagne, vol. 67, souligné... [38] . Ce « programme de rénovation morale pour tous les Allemands » était précisé par la lettre remise le 23 août 1945 aux quatre membres du Conseil de contrôle : l’épiscopat y prodiguait ses consignes pour les tâches de la reconstruction, du ravitaillement à la protection contre le viol en passant par le recours aux « spécialistes indispensables » qu’on avait sottement « congédiés parce que membres du Parti nazi » et l’urgente libération des « prisonniers de guerre » [39]   Lettre de Koeltz 1118, 20 septembre 1945, Allemagne,... [39] .

16

À partir de l’automne 1945, de plus en plus virulent, il prit la défense des malheureux réfugiés et stigmatisa les transformations sociales en zone soviétique (réforme agraire surtout). Le thème de « la misère [des...] millions d’Allemands chassés des pays de l’Est » était encore équilibré, dans un sermon de novembre 1945 de Mgr Sproll, par la reconnaissance de « la grande culpabilité du peuple allemand », soumis au jugement du « monde entier » quand commencerait le procès de Nuremberg [40]   Lettre de Laffon 565, Baden-Baden, 17 novembre 1945,... [40]  : seule référence trouvée, due à l’unique évêque catholique ayant eu un conflit avec le nazisme [41]   Sur Sproll, Lewy, Church, Lacroix-Riz, Le Vatican,... [41] . Début 1946, l’épiscopat dénonça dans ses « mandements significatifs [d’]un mot d’ordre venu de plus haut » (Pie XII) [42]   Tél. 193 de Koenig au CGAAA, 17 mars 1946, Allemagne,... [42] , la culpabilité des Alliés comparés aux nazis, Soviets en tête, réduisant celle des Allemands.

17

Le thème de « la transplantation des populations allemandes de l’Est », assorti d’une dénonciation en règle de la politique alliée devint envahissant. Le mandement de carême de Groeber répété les 3, 10 et 17 mars 1946, émut Koenig, qui protesta contre ce texte « politique », son « interprétation tendancieuse des faits et [sa] présentation générale offensante pour nos alliés » et voulut menacer l’intéressé « d’une révision complète d’attitude et d’une nouvelle orientation de la politique religieuse du GM en Bade ». Gröber, serein, invoqua « le “Concordat du Reich”, art. 4, alinéa 2 [43]   « Pleine liberté de communication (...) des évêques... [43] et [l’]attitude neutre [du] gouvernement militaire américain dont rel[evait] une partie de son archidiocèse » [44]   Tél. 1390, 8 mars 1946, Allemagne, vol. 67. [44] . Le souci de Koenig de ne « pas se laisser intimider » [45]   Tél. 193, 17 mars 1946, Allemagne, vol. 67. [45] s’était déjà heurté au veto du secrétaire aux Affaires allemandes et autrichiennes René Mayer, « d’accord avec le ministère des Affaires étrangères » pour juger « la menace d’une sorte de Kulturkampf (...) peu conciliable avec l’ensemble de notre politique en Allemagne » [46]   Tél. 120, 13 mars 1946, Allemagne, vol. 67. [46] .

18

Un assaut plus audacieux fut livré peu après par l’archevêque de Cologne et l’évêque de Paderborn, moment clé de la croisade contre la dénazification [47]   Lettre 1106 de François-Poncet, Godesberg, 8 septembre 1950,... [47]  : leur lettre pastorale à lire le lundi de Pâques 27 mars 1946, élaborée avec le Saint-Siège et « une partie importante de l’épiscopat allemand ». Après « un court préambule qui condamnait le nazisme », elle « faisait [longuement] grief aux Alliés de continuer à employer contre l’Allemagne les méthodes mêmes du nazisme » [48]   Lettre de Jacobsen 73/DD/S, Mayence, 20 avril 1946,... [48] . Elle dénonçait « les événements inouïs (ou révoltants) » survenus en Allemagne orientale, « en particulier en Silésie et dans la région des Sudètes », se lamentait sur « les masses expulsées de leur patrie », sur les « prisonniers de guerre [...] employés comme des esclaves au travail obligatoire, bien que le seul reproche qu’on puisse leur adresser est le fait qu’ils ont été des soldats. Beaucoup de ces malheureux sont encore sans nouvelles de chez eux ». Elle définissait la dénazification comme « un cauchemar [abattu] sur le peuple allemand » : alors qu’il était difficile de « distinguer les vrais nazis des simples comparses [...] de nombreux Allemands » avaient diffamé « leurs compatriotes pour se débarrasser d’eux ». Elle protestait donc contre « le renvoi sans fixation de durée et sans ménagements de milliers de fonctionnaires et d’hommes employés dans les affaires, l’emprisonnement de milliers encore sans décision judiciaire, leur privation de liberté sans qu’ils puissent pourvoir à leur propre défense, sans la possibilité d’entrer en contact avec leurs propres parents ». Il fallait en finir avec ces « pratiques indignes et odieuses » : « Tout ce qui rappelle la Gestapo, les camps de concentration et autres choses semblables doit être exclu de la vie publique », sous peine d’engendrer une « amertume » ou « un empoisonnement intérieur » qui compromettrait « le relèvement moral et religieux » de la nation allemande. Par « l’allocution si importante du 20 février 1946, le Saint-Père a [d’ailleurs] clairement et sans équivoque écarté la théorie de la faute collective d’un peuple tout entier [...] et [...] stigmatisé toute action dans ce sens comme une ingérence dans le droit de Dieu » [49]   Tél. Tarbé 69-73, Berlin, 20 avril, lettres 3092 de... [49] .

19

« Il y aurait lieu de demander au Saint-Siège », tonna Tarbé le 20 avril, « si l’interprétation tirée de ses paroles par les évêques allemands est exacte et s’il a l’intention d’accepter qu’elles permettent au clergé allemand d’abuser de la liberté de parole qui lui a été laissée par les autorités d’occupation pour encourager la résistance à l’encontre de ces mêmes autorités » [50]   Tél. Tarbé 69-73, Berlin, 20 avril 1946, Allemagne,... [50] . L’indignation contre « cette critique violente de l’action des Nations alliées en Allemagne conçue en termes absolument inadmissibles » [51]   Lettre 73/DD/S de Jacobsen, Mayence, 20 avril 1946,... [51] , que la France interdit dans sa zone, buta sur un mur anglo-saxon [52]   Ibid. et tél. Tarbé 69-73, 20 avril, et 128, 4 mai 1946,... [52] . Bidault prescrivit fin avril à Jacques Maritain de n’intervenir que sur « les abus éventuels » de la « liberté de parole » du clergé allemand auprès de la secrétairerie d’État [53]   Lettre 161, Paris, 29 avril 1946, Allemagne, vol.... [53] . Laquelle annonça le 20 mai à l’ambassadeur une mesure officielle depuis le 9 : la nomination comme « délégué apostolique » (pour tout l’ancien Reich) de l’évêque (germano-)américain de Fargo (déjà chef de la « Mission vaticane d’assistance » – à l’Allemagne – depuis l’automne 1945), Mgr Munch, à Francfort (Kronberg), « les autorités américaines [étant] seules compétentes pour autoriser l’installation du futur représentant du Saint-Siège dans la zone américaine d’occupation » [54]   Lettre de Maritain 63 P, Rome, 20 mai 1946, et note... [54] . À Maritain venu se plaindre début mai de la surenchère « de zèle nationaliste [du...] clergé allemand », Montini, secrétaire aux Affaires ordinaires, avait répondu que la curie ne pourrait « parer à ces abus » de langage et exercer son « action modérée » que via un tel « représentant du Saint-Siège » [55]   Lettre 57 P, Rome, 10 mai 1946, Allemagne, vol. 6... [55] .

20

Dispositif de concertation américano-vatican achevé, « ces abus » proliférèrent, perdant toute mesure à l’heure de la Conférence de Moscou, au printemps 1947. L’épiscopat brandit « le danger européen qui résulterait d’une paix de Moscou si elle était rigoureuse » (Diktat, précisa Mgr Faulhaber le 22 avril) [56]   Appel de Freising, Allemagne, vol. 68, et infra. [56] . Gröber stigmatisa le lundi de Pâques (7 avril) l’occupation en des termes atténuant fort celle du Reich, ainsi sur les réquisitions : « Il était bien conforme à l’exercice d’un droit de guerre païen – malheureusement appliqué jusqu’à la limite du crime par les armées allemandes quand elles étaient victorieuses – que le pays vaincu passât en la possession du vainqueur » ; ou sur la répression : « Les prisons se remplirent comme jamais auparavant ! [...] les camps de concentration renaissaient avec leur misère. » Il pleura sur les « millions d’Allemands [qui], comme pour augmenter la misère accumulée, durent se laisser chasser de l’Est, du Nord et du Sud-Est », sur les nazis innocents ou peu « coupables [qui] perdirent leur honneur, leur ancienne situation dans la profession, l’économie ou la vie publique, pour former maintenant un nouveau prolétariat et mener une existence triste, l’âme empoisonnée par l’amertume et le désir de vengeance ». La dénazification n’était qu’une délation : « L’Allemand se fit en d’innombrables cas l’ennemi juré et le méchant dénonciateur de son propre frère allemand. » Il « demand[a] » enfin « à tous les peuples de pardonner à l’ennemi repenti et de l’aimer de nouveau comme son prochain, compte tenu de ce qu’on ne peut lui reprocher une faute collective ». À l’heure du choix « occidental », les Français abdiquèrent toute fermeté : ces « critiques » et l’allusion aux « misères actuelles du peuple allemand ne sont pas, estima Koenig, de nature à léser les intérêts des autorités d’occupation » [57]   Lettre 5857 de Koenig, Baden-Baden, 23 avril 1947,... [57] .

21

Simultanément, Faulhaber cautionna presque la thèse de la modération de Gröber le 22 avril avec son « appel de l’épiscopat de Bavière à tous ceux qui veulent respecter les droits naturels octroyés aux hommes par Dieu ». Avec un an d’avance sur le texte de Pie XII qui déclencha une tornade en Pologne [58]   Lettre de Pie XII à Faulhaber pour tous les évêques... [58] , il y soutint la thèse nazie selon laquelle les déportations les plus graves de l’Histoire étaient les expulsions de l’hiver 1945 : « Il s’est passé en Europe quelque chose d’inouï dont on ne rencontre pas d’équivalent dans l’Histoire » – paragraphe encadré et marqué d’un point d’interrogation par son lecteur –, l’expulsion « des millions d’Allemands qui, depuis des siècles, avaient vécu dans l’est de l’Europe », transplantation inhumaine, « théorie barbare d’une philosophie totalitaire et sans cœur » ! Il invoqua « les droits inaliénables et inviolables de l’homme » au bénéfice de « nos prisonniers de guerre », traités « souvent comme des esclaves, logés et traités indignement [...] Une si terrible injustice ne peut être permise même si on veut la fonder et la justifier par des conventions et des décisions humaines que l’on dénomme droits » [59]   « Appel », Freising, 22 avril 1947, Allemagne, vo... [59] .

22

Des thèmes discrets de 1945-1946 s’affichaient désormais dans les mandements : l’exilé traître, la démocratie maudite, l’ignominie du procès de Nuremberg et de la dénazification, le scandale des nouvelles frontières. Bornewasser fustigea en mars 1947 l’exilé antinazi : « Le patriotisme est un devoir religieux [...] c’est aussi la fidélité. Celui qui rompt cette fidélité est un traître. La vraie fidélité se montre lorsque la souffrance et la misère fondent sur la Patrie. Ne serait-ce point triste de voir quelqu’un qui commencerait à calculer dans des temps de misère s’il ne pouvait pas vivre de façon meilleure en se séparant de sa Patrie ? Abandonner sa Patrie pour des motifs purement égoïstes et pour fuir les sacrifices qu’elle exige de nous, c’est être en contradiction avec l’esprit chrétien pour qui le sacrifice a plus de valeur que les biens matériels. » [60]   Extrait, 20 mars 1947 (mention manuscrite), Allemagne,... [60] À Pâques, il rejeta les structures politiques imposées par l’occupant : « La liberté démocratique par contre, qu’on peut seulement saluer comme telle, mais qui ne peut s’injecter du jour au lendemain à un peuple mis en esclavage pendant treize ans, devint progressivement la source de nouveaux maux et dangers » ; sur le procès de Nuremberg perçait la compassion pour les bourreaux : « Les gens du IIIe Reich abattu perdirent par pendaison leur vie, accablée d’épouvantables crimes, après un procès à grand spectacle pendant de longs mois. » [61]   Lettre 5857 de Koenig, Baden-Baden, 23 avril 1947,... [61] Ses « remarques désobligeantes » du 29 juin 1947 visaient les Français autant que les Soviétiques : « L’atroce guerre a jeté vers l’Europe des millions d’étrangers qui non seulement en détruisant les réserves, affaiblirent les armées allemandes, mais qui ravagèrent encore par les bombardements de grandes étendues de terres arables. Ensuite les puissances occupantes, dans certaines zones du moins, ont tant consommé de ce qui avait subsisté qu’il ne resta plus rien pour les habitants. » [62]   Lettre 6776 de Laffon, Baden-Baden, 9 juillet 1947,... [62] En juillet, il contesta la carte de Yalta et Potsdam : « Les territoires si fertiles de l’Est [...] sont maintenant en possession des Russes et des Polonais » alors que « les Allemands qui avaient habité ces régions sont entassés dans l’Ouest » [63]   Traduction, et lettre de Laffon 6776, Baden-Baden,... [63] .

23

Le 21 septembre 1947, à Einsiedeln, devant des Suisses allemands compréhensifs, Gröber ne se contenta pas de sangloter sur la « non-responsabilité collective allemande » et « les souffrances imméritées [de] la grande majorité du peuple allemand », dont « le seul crime fut de suivre de bonne foi un mouvement puissant, de lui donner leurs voix et leurs bras ». Il alla au-delà : « Il “n’avait eu aucune preuve certaine des atrocités qui auraient eu lieu dans les camps de concentration”. Ces récits se seraient propagés sur la foi d’ “on-dits”. » L’organe communiste suisse Arbeiter Zeitung, indigné, livra du prélat une biographie depuis janvier 1933 précise et accablante [64]   Article traduit du 10 octobre 1947, bordereau d’envoi... [64] . Celui qui « se disait lui-même “évêque politique” et [qui...] a[vait] été l’inspirateur de la CDU badoise » [65]   Lettre de Koenig 9641, Baden-Baden, 17 février 1948,... [65] , rédigea le 14 janvier 1948 un mandement de carême à lire les 1er et 8 février. Sermon significatif des hardiesses envers les occupants (pas seulement russes), pressés de renouer avec l’Allemagne une alliance avec Hitler qui les rendait plus coupables que les Allemands : il était très « troublant » que Hitler ait séduit « d’autres nations [qui] se laissèrent leurrer et cherchèrent, même pendant les hostilités, à se rapprocher de lui [pour] conclure des traités avec l’Allemagne. Je plains d’autant plus ceux qui, entraînés dès le début de l’évolution, sont obligés de payer aujourd’hui de leurs revenus, de leur liberté et de leur honneur », sans compter « le danger de nouvelles vengeances et de futures effusions de sang » induit par cette grave injustice. La maladie (qui l’emporta le 14 février) [66]   Lettre de Koenig 8289, Baden-Baden, 12 novembre 1947,... [66] avait incité Gröber à la méditation sur la grandeur allemande : « Combien me suis-je réjoui que précisément la science allemande ait devancé la science des autres pays. » Sans doute pesait le risque que l’Allemagne soit supplantée « si, imbus d’eux-mêmes, les vainqueurs nous éliminent » ; mais ils « reconnaîtront finalement que sans la collaboration du peuple allemand [...] il n’y a pas de progrès » [67]   Lettre de Koenig 9491, Baden-Baden, 9 février 1948,... [67] .

b) ... aux pratiques

24

Comme à Rome, les pratiques avaient devancé le verbe public, dans le cadre de structures politiques renouant dès mai 1945 avec les fastes du Zentrum et du Parti populaire bavarois. Les prélats obtinrent promptement la libération de prisonniers de guerre ecclésiastiques, qui incités à la férocité par leur évêque Rarkowski [68]   Lewy, Church, p. 236-242, 247, et Zahn, Catholics,... [68] et y poussant les troupes, n’avaient pas montré plus de douceur que celles-ci et leurs chefs laïcs. Mgr Faulhaber arracha dès octobre 1945 aux Français, par son « intervention personnelle et par l’intermédiaire des Autorités américaines », la libération de quatre prêtres et un pasteur « prisonniers de guerre » (seul vocable utilisé) [69]   PV de réunion (25 octobre) du Directoire des affaires... [69] . Décrite ailleurs, la « Commission pontificale d’assistance », regroupant deux commissions antérieures, financée par les États-Unis, fut mise sur pied entre février et octobre 1945 et dirigée depuis mai 1946 par l’évêque germano-américain Mgr Munch, déjà présenté. Coordonnant des efforts menés depuis 1943-1944, elle orientait les criminels de guerre vers les filières d’évasion, l’Amérique du Sud surtout. Le seul nom du responsable du « problème des réfugiés pour toute l’Allemagne », l’évêque d’Ermland Maximilian Kaller, hôte habituel de la curie et vieil instrument de l’expansion du Reich à l’Est, suffirait à définir l’œuvre accomplie [70]   Tél. Tarbé, Berlin, 5 octobre 1946, Allemagne, vol. 68,... [70] .

25

Les démarches officielles au profit des « prisonniers de guerre » gagnèrent en audace avec la priorité antibolchevique déclarée, et pas seulement dans la Bizone. En juillet 1948, à Offenburg, le député MRP Meck, ami de Schuman [71]   Raymond Poidevin, Robert Schuman, homme d’État, 1886-1903,... [71] , « aurait prié [...] quarante prêtres » allemands réunis en vue de la création des syndicats chrétiens, « de lui signaler toutes les difficultés qu’ils rencontraient auprès des officiers FFI et principalement FTP contre lesquels il se serait fait fort d’intervenir immédiatement à Paris ou à Baden-Baden » [72]   Note 2603/POL, Paris, 28 juillet 1948, Allemagne,... [72] . Dans les réunions communes reprises, les prélats allemands priaient leurs homologues français de soustraire leurs ouailles à la justice : au « 72e Congrès des catholiques allemands » de septembre 1948, l’évêque de Mayence demanda à l’archevêque de Bordeaux Feltin de faire libérer « un de ses diocésains, “arrêté par les Français à Ingelheim en mars 1947 et transféré en France sans que l’on sache pourquoi”... pareil cas se produisant souvent » [73]   « Réflexions sur le 72e Congrès (...) », classé entre 13... [73] .

26

La charité catholique, également organisée sous les auspices américano-vaticans, n’échappa pas à l’objectif général de placer à la tête du futur Reich des dirigeants de l’ancien, issus du Zentrum ou non, sous couvert d’ « urgence », via la distribution d’assistance, la gestion des chemins de fer ou « même le programme de dénazification » : on confiait à « d’anciens Nazis la responsabilité complète de statuer sur les plaintes des Juifs et non-nazis dont la propriété a[vait] été saisie par Hitler » [74]   Lettre de Bérard 1163, Washington, 22 juin 1946 et... [74] . Des organismes cléricaux couvraient des officines nazies, telle la section dite « Aide chrétienne » de l’ « Allemagne démocratique », mouvement dirigé par l’ancien chancelier du Zentrum Joseph Wirth, faux opposant à Hitler [75]   Lettre de Hoppenot 1025, Berne, 13 novembre 1946,... [75] . Le clergé, peuplant les rouages administratifs des Länder en voie de restauration, épargnait l’épuration aux pires nazis, si « gentils, profondément religieux » et assidus à la messe [76]   Lettre 569 de Bonnet, Washington, 5 mars 1946, États-Unis,... [76] . Depuis 1945, la Bavière, cas d’étude des journalistes américains en mission sur place, atteignait les sommets [77]   Voir surtout Allemagne, vol. 99 à 104, et Lacroix-Riz,... [77] . Début 1946, à Cobourg (en Rhénanie), « une association chrétienne de scouts aurait diffusé des tracts hostiles aux Alliés et publié une liste de jeunes filles “fraternisant” avec les soldats d’occupation » [78]   Lettre 331 du Consul de France à Bâle, 18 mars 1946,... [78] . Le clergé achevait alors la remise en selle du nazi « au-dessus de tout soupçon » Ernst Jünger, « très influent parmi les jeunes générations, en particulier dans les milieux intellectuels et universitaires ». L’écrivain avait au début de l’occupation alliée rédigé un essai, Der Friede, ein Wort an die deutsche Jugend ( « La paix, un mot à la jeunesse allemande » ), alors interdit par les autorités anglaises et largement diffusé clandestinement, « avant tout parmi les anciens chefs de la Jeunesse Hitlérienne et autres “activistes” », puis, au printemps 1946, « par les milieux catholiques. En Bavière [...], ce serait le clergé qui remettrait des exemplaires imprimés aux jeunes gens », Jünger annonçait alors sa prochaine conversion « au catholicisme » : se déclarant « profondément influencé par l’écrivain catholique Schubart », il préparait « une nouvelle édition de son œuvre, [...] en en supprimant tous les passages par trop “radicaux” [et...] entièrement réorientée vers “l’Ouest” [...] toute son activité serait consacrée à la lutte contre l’influence soviétique au sein de la jeunesse allemande » [79]   Lettre 676 de Hoppenot, Berne, 26 juin 1946, Allemagne,... [79] .

27

Ajoutons-y ce qui frappait tous les observateurs, « les traces de la propagande de Goebbels » et « l’hostilité foncière des masses allemandes à tout ce qui vient des Russes, “cette race inférieure” », qui bénéficièrent au SPD aux élections municipales de Berlin d’octobre 1946 [80]   Lettre de Tarbé 8511, Baden-Baden, 2 novembre 1946,... [80] . Aussi représentatifs que sa philippique contre le plan soviétique allégué de « bolchevisation totale de l’Allemagne de l’Est » furent les propos détendus du chanoine Adolph Walther, « un des principaux collaborateurs » de von Preysing, devant le correspondant de l’AFP à Berlin en juillet 1946. Les suites de la défaite – attitude de l’Armée rouge, fixation des frontières de l’Est, expulsion des Allemands de Pologne et de Tchécoslovaquie –, inspirant « à la population de la zone Est un ressentiment profond contre tout ce qui est russe et soviétique », provoqueraient un raz de marée catholique en Allemagne orientale : une des « difficultés [...] est la qualité généralement inférieure du Russe par rapport à l’Allemand. Que voulez-vous que le Russe apporte à l’Allemagne du point de vue intellectuel, moral ou à quelque point de vue que ce soit. Pour pénétrer l’esprit allemand, il faut pouvoir présenter ses titres en matière philosophique et historique, et avec les Soviets, il n’en est pas question » [81]   Lettre 2741 de Tarbé, Berlin, 8 juillet 1946, et note... [81] .

28

La façon dont fut organisée en zone française la lutte clandestine, sourde ou ouverte rattache également celle-ci au nazisme ou au vieux pangermanisme. Symbole de cette haine recuite, Gröber, l’ancien SS devenu « protecteur des hitlériens » (matière d’une chronique de l’Arbeiter Zeitung suisse), pratiqua très tôt la chasse aux sorcières : à l’automne 1946, outré de leur « collaboration [...] avec les autorités françaises », il menaça « des prêtres âgés [...] de nombreuses mises à la retraite, afin de remplacer [ces] suspects [...] par des éléments plus jeunes et plus dociles » [82]   Lettre 1321 du Consul de France à Bâle, 23 novembre 1946,... [82] . Bornewasser, fidèle à son passé de guérilla contre les Français, avec le même appui romain, avait « déclenché » début 1947 « une offensive » contre le rattachement économique de la Sarre à la France [83]   Tél. Bidault 150-155 à Ambafrance Saint-Siège, Paris,... [83] , qui prit un tour aigu en mai. Il « s’appuie sur la bienveillance du Vatican », assura Koenig le 30 [84]   Tél. Koenig 2633, 30 mai 1947, Allemagne, vol. 68 [84] . « Véritable déclaration de guerre », la réunion du 21 mai au siège de l’évêché, avec ses principaux collaborateurs, dont le vicaire général Mgr von Meurers, et « presque tous les doyens du diocèse » communiqua « les consignes » de l’évêque après l’interdiction par les Français de certains paragraphes d’une lettre pastorale. Il déclara « entre autres : [...] Les dirigeants des catholiques allemands ne sont pas les Français mais nos évêques. C’est actuellement le devoir absolu et aussi l’intérêt de l’Église de conduire le peuple allemand pour qu’il se souvienne encore avec fierté de sa noble qualité d’Allemand. C’est la jeunesse qui aura toute notre sollicitude, nous organiserons des cours du soir où nos jeunes auront la possibilité de se perfectionner dans la connaissance des langues étrangères de préférence l’espagnol et l’anglais, afin que ceux qui désireront ou devront émigrer en Amérique du Sud puissent montrer là-bas le visage du “vrai Deutschtum” » (confirmation, parmi mainte autre, de la contribution catholique à l’organisation de cette filière d’émigration nazie). « Vous devez éduquer la jeunesse dans le sens d’une Allemagne “totale et nationale”. C’est le moment de prendre position contre l’ingérence du gouvernement français et derrière lui l’État français dans nos affaires religieuses. [...] Nous saurons prouver par la parole et par l’action que nous sommes capables de mener à bonne fin la lutte qui paraît avoir commencé. » [85]   Tél. Boislambert 1835, 24 mai 1947, Allemagne, vol. 68.... [85]

29

Les Américains d’abord, les Anglais ensuite, plus hésitants, avaient largement remis à l’Église catholique le système scolaire. Aussi, bien informé, l’occupant français, malgré les efforts de l’équipe Schmittlein chargée de l’Éducation, avait par son rétablissement du statu quo abdiqué tout contrôle sur la « rééducation ». Il ne pouvait caresser d’illusion sur les objectifs de Gröber quand celui-ci vanta en janvier 1946 les mérites de l’école confessionnelle, exigeant le libre recrutement d’instituteurs ayant « les convictions catholiques et l’esprit apostolique » [86]   Extrait, BE 1770, Paris, 21 février 1946, Allemagne,... [86] . En décembre 1946, l’Église, l’ayant obtenu, tentait, via les projets de Constitution des Länder, de balayer la modeste tentative laïque des écoles normales, et Laffon dressa ce bilan : ces écoles n’existent encore que sur le papier, mais « l’enseignement religieux figure en tête des matières à enseigner [...] les concessions qui ont été faites sont de nature à donner entière satisfaction à l’épiscopat allemand sur le plan religieux. Aller plus loin et accorder le statut confessionnel [...] consisterait à abandonner aux églises la rééducation du peuple allemand, c’est-à-dire en pratique à rendre cette rééducation parfaitement illusoire ». L’épiscopat triomphait tant du point de vue des structures (l’occupant n’exerçait plus « aucune autorité et aucun contrôle » sur le personnel enseignant) que des méthodes : ses « informations [...] sur la majorité écrasante des partisans de l’école confessionnelle sont fortement sujettes à caution. [...] Pratiquement nulle part la consultation des parents n’a pu se faire selon les règles données » ; elle « a été partout faussée par l’intervention irrégulière du clergé usant très souvent de méthodes [...] rappel[a]nt étrangement le national-socialisme » [87]   Note pour Koenig, Baden-Baden, 30 décembre 1946, Allemagne,... [87] .

30

La guerre froide triomphant, l’épiscopat exhala sa nostalgie d’une Allemagne réarmée jusqu’aux dents pour régler son compte au bolchevisme. N’ayant jamais démenti son appui à la guerre hitlérienne, même lorsque ses critiques (contre l’eugénisme, l’euthanasie ou les « innocents ») s’étaient enhardies à l’approche de la défaite, il révéla début 1948 ce que signifiait l’Allemagne « totale et nationale ». À l’occasion d’un voyage à Rome aux côtés de Faulhaber (au nom de l’ensemble de l’épiscopat) consacré aux plans politico-militaires germano-américains retranchés derrière la « nécessité de s’opposer au communisme en Allemagne comme ailleurs », le cardinal-archevêque de Cologne Frings avoua en avril au chargé d’affaires français au Vatican Bourdeillette sa hâte de remettre sac au dos aux jeunes Allemands : « certains prélats » regrettent « que la jeunesse [...] soit privée de tout encadrement ; s’ils n’ont pas réclamé pour elle le rétablissement du service militaire, du moins souhaiteraient-ils que le travail obligatoire, ou quelque institution de ce genre, soient restaurés aussitôt que possible ; sans cette discipline, l’éducation de la jeunesse reste incomplète, m’a dit notamment le cardinal Frings, il faut que les jeunes gens éprouvent le bienfait de la soumission à l’autorité et de l’embrigadement, pour qu’ils puissent échapper à l’appel du chaos que tout Allemand entend dans l’intime de lui-même, et qui le séduit toujours » [88]   Lettre 143 de Bourdeillette, Rome, 3 mai 1948, Allemagne,... [88] .

2. La « dénazification » protestante : des apparences aux réalités 1945-1949

a) L’expiation évangélique ? Les pistes de l’été 1945 à mars 1946

31

Ripoliné par les Églises anglo-américaines muées en 1945 en « centre » du protestantisme allemand, le haut clergé protestant dut cependant offrir des garanties verbales de remords épargnées à l’Église catholique : une condition fut mise par le Conseil œcuménique protestant à la restauration de Treysa, à l’été 1945, « la reconnaissance préalable et totale de la culpabilité et de la responsabilité du peuple allemand ». À Stuttgart les 18 et 19 octobre 1945, au Conseil œcuménique suivant, qui offrit au Conseil des Douze la caution du protestantisme international, Niemöller lui donna son « adhésion complète », se déclarant « solidaire du peuple allemand dans la misère et dans la culpabilité », ce qui lui permit de « prend[re] une part prépondérante à la rédaction » de la Déclaration de Stuttgart [89]   Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32 et... [89] . Laquelle, comme les débats, avait limité l’aveu en exaltant « la courageuse résistance à l’hitlérisme » de l’Église allemande et en stigmatisant « l’esprit de violence et de vengeance » des Alliés [90]   Note Brun, 9 novembre 1945, Allemagne, vol. 67 (et... [90] .

32

En février 1946, le Congrès mondial de l’Église protestante et orthodoxe de Genève accueillit parmi trente nations l’Allemagne, représentée par Wurm et son second, Niemöller, dont les Américains avaient organisé le voyage comme celui, à Rome, simultané, des cardinaux von Preysing et Faulhaber [91]   Copie du tél. 104, lettre 1790/POL, s.d., BE du 23 janvier 1946,... [91] . Elle fut admise après sa déclaration « de repentance pour les péchés commis par le nazisme ». Niemöller, « chargé spécialement des relations avec l’extérieur » et qualifié d’ « antinazi notoire », déclara alors « l’Église protestante [...] complètement dénazifiée » [92]   Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32. [92] . On put le croire avec sa tournée en Suisse de mars 1946 : à Bâle, le 9, devant « une très nombreuse assistance [, ... il] a insisté sur la responsabilité collective du peuple allemand et sur la responsabilité de l’individu. Il a reconnu que lui-même, il n’avait pas assez élevé la voix pour dénoncer la persécution des communistes et des juifs. Il a conclu que la responsabilité de l’Église était peut-être plus lourde que celle du parti national-socialiste ». « La presse libérale et radicale » célébra ce « glorieux martyr », l’Arbeiter Zeitung rappela son passé nazi, le caractère limité à l’ « autonomie de l’Église » de son « conflit avec Hitler » et son « traitement privilégié » à Dachau [93]   Lettre du Consul de France à Bâle, 18 mars 1946, Allemagne,... [93] . C’est surtout la conférence « au temple de “Ville Nouvelle” », début mars, « devant environ 1 200 étudiants » de l’Université bavaroise d’Erlangen qui posa Niemöller en résistant. Il fut en effet le seul dignitaire à reconnaître la culpabilité allemande, devant un public constitué surtout, comme dans toutes les zones occidentales, de jeunes (ou moins jeunes) anciens officiers de la Wehrmacht [94]   Allemagne, vol. 99 à 104 et « Politique scolaire ... [94] . Dans ce fief protestant, prussien et nazi, Niemöller aurait, selon l’organe sous licence américaine Neue Zeitung, déclaré que « cette fois la défaite [était] plus manifeste qu’il y a vingt-huit ans », déploré la disparition de toute éthique chez « certains de [s]es camarades de la Première Guerre mondiale, Raeder et Doenitz » et admis la culpabilité de l’Église et du peuple allemands. « Sans cette confession, insista-t-il, il n’y aura ni pardon ni rénovation. Notre silence est coupable ; moi-même, j’ai vu des juifs maltraités en camp de concentration. Si nous ne la reconnaissions pas, cette culpabilité demeure : de trente à quarante millions d’hommes ont été abattus par les mains allemandes, mais nul en Allemagne n’est prêt à reconnaître cette faute [...] Nous sommes coupables. Nous savons que nous méritons un châtiment [...] On entend beaucoup de plaintes au sujet de notre détresse, de notre famine. Mais je n’ai pas encore entendu en Allemagne un homme exprimer du haut de la chaire son regret des souffrances terribles que nous, Allemands, avons infligées à d’autres peuples, son regret de ce qui s’est passé en Pologne, son regret des massacres de Russie, son regret des cinq à six millions de Juifs morts ! » Ce discours suscita des « protestations, bruits de pieds et cris : “et la culpabilité des autres ?” ». L’orateur n’avait pourtant pas renié son passé, en rappelant, ce dont il s’était gardé à Bâle, que « les idéaux du nazisme n’étaient pas tous mauvais » [95]   Lettre 241 de Hoppenot, 6 mars, et Articles et Documents,... [95] . Signe de l’attachement des futures élites de la RFA au régime défunt, les étudiants de Théologie de Göttingen, en zone britannique, envoyèrent à ceux d’Erlangen « une lettre pour les féliciter d’avoir réagi contre les idées exposées par le “traître Niemöller”. Certains [...] auraient même exprimé en public le regret que le pasteur Niemöller ait échappé à la chambre à gaz du camp de concentration où il a été détenu de longs mois » [96]   Lettre 277 de Hoppenot, Berne, 12 mars 1946, Allemagne,... [96] .

b) Les réalités de la dénazification protestante : Niemöller et les siens

33

La campagne de Niemöller sur la culpabilité allemande s’arrêta en mars 1946, époque où d’ailleurs ses propos privés contredisaient les publics. Compte tenu de l’autocensure propre à l’expression devant des occupants, ses déclarations le 19 mars 1946 à Baden-Baden en présence de hauts fonctionnaires français attestent que le pangermaniste de 1914 ou 1933 n’avait pas changé. Il prétendit que les incidents d’Erlangen « ne préjuge[ai]ent pas de l’avenir [:] un tiers seulement de la jeunesse lui semble gravement contaminée par les idées nationales-socialistes ». Il déplora le manque de cadres des mouvements de jeunesse confessionnels, par ailleurs « trop âgés », supposés guérir la jeunesse des idées qu’ils avaient contribué à leur inoculer, et proposa de pallier le déficit de maîtres dû à l’épuration en zone française par l’envoi « d’instituteurs repliés de la zone russe, de Silésie notamment, et qui lui étaient personnellement connus ». Plus sincère, il se félicita de « la dislocation des vieux partis [, ...] seul bénéfice laissé à l’Allemagne par l’aventure nationale socialiste est », et confirma l’absence de « signification » des récentes élections en zone américaine : « Les Allemands ont partout voté dans la ligne de moindre résistance et chercheront encore longtemps à complaire par leurs votes aux Anglo-Saxons dans les zones de l’Ouest, aux Russes dans la zone orientale. » Même franchise lorsqu’il « réagit en Prussien » à propos du particularisme : « Les mouvements apparus en Allemagne du Sud n’ont pas d’intérêt, et ne sont que le résultat de l’effondrement du Reich, produisant des effets analogues à ceux de 1918. » À une question sur Bismarck, « il répond par une allusion à Louis XIV et à Napoléon et déclare qu’il serait mauvais d’apprendre aux Allemands à avoir honte de leur passé » [97]   Note 1756 de Charmasse, Baden-Baden, 19 mars 1946,... [97] .

34

Nombre d’autres exemples de 1945-1946 attestent que le badigeonnage des dignitaires ne les avait pas changés. Dès septembre 1945, l’évêque de Berlin Dibelius déclara à Koenig refuser désormais le « patriotisme exacerbé », prétendit avoir pendant la guerre renié son passé de nazi « frénétiquement nationaliste et férocement antisémite » et avoir réagi à l’exagération hitlérienne en « cach[ant] des juifs en péril ». Mais il ajouta en fin d’entretien, après le propos rituel sur la tutelle des Russes quand les « trois autres Alliés » seraient partis, qu’il fallait donc « accepter avec eux un modus vivendi... jusqu’à la prochaine guerre » [98]   Lettre de Koeltz 1102, Berlin, 18 septembre 1945,... [98] . Le 3 novembre 1945, au nom du Conseil des Douze, il adressa au Conseil de contrôle « un long rapport » aussi insolent que le mandement de Fulda, avec ses « critiques contre le comportement des troupes d’occupation, spécialement contre la liberté laissée aux Polonais en zone américaine ». Il menait la guérilla avec assez d’audace pour contraindre les Soviets, premiers mais pas seuls visés, à réagir, le 25 février 1946, à la 11e réunion du Comité des affaires religieuses. « D’un ton péremptoire, conta le rédacteur français de la séance, le paisible colonel Makukhin demande que son collègue américain [le colonel Knappen] amène l’évêque Wurm à “cesser de nous faire la guerre” », et « brandit une feuille de papier » reproduisant son « exhortation aux chrétiens de Grande-Bretagne », « réponse à une lettre de l’archevêque de Cantorbery » que la BBC avait empêché de demeurer secrète : rappelant « que c’est le diktat de Versailles qui a favorisé l’éclosion du national-socialisme, [Wurm] met en garde contre la sévérité outrancière des Alliés à l’égard de l’Allemagne vaincue » ; on assistera à « la restauration inévitable du nazisme si des adoucissements n’interviennent pas » ; mais il comptait à nouveau « sur les chrétiens de Grande-Bretagne pour provoquer la détente puisque déjà une fois le diktat de Versailles, leurs efforts ont amené la renaissance du vaincu ». Les anglophones esquivèrent, l’Américain invoquant l’âge de Wurm, « dont les 78 ans ne se rendent pas suffisamment compte du maniement de certaines idées ou de certains termes » [99]   Compte rendu, 25 février 1946, Allemagne, vol. 67 [99] .

35

Le 26 avril 1946, le Conseil de l’EEA signa un « long mémoire », deuxième grande initiative ecclésiastique contre la dénazification après le « mandement collectif » de Cologne et Paderborn du 27 mars. Le texte ne concédait en préambule « la nécessité de punir les crimes nazis » que pour en rendre impossible l’application : la « directive 24 du Conseil de contrôle » (promulguée le 12 janvier 1946) prévoyait des « sanctions trop dures », violait le principe de droit nulla poena, sine lege, imposait la charge de la preuve aux prévenus au lieu de l’exiger de l’accusation « comme il est de rigueur en droit pénal » et se montrait trop sévère pour les adhérents du NSDAP d’avant avril 1937 ; il fallait opérer « une distinction plus nette entre les organisations nazies majeures et celles [... d’]importance secondaire ». « Les méthodes de dénazification étaient parfois plus cruelles dans leur application que ne l’avaient été les mesures nazies envers les adversaires du régime » ; le système des Fragebogen (questionnaires individuels) incitait « au mensonge et à la délation » ; les mesures contre les jeunes, particulièrement « injustes », menaçaient gravement leur avenir et leur sens moral. La seule différence avec la prose épiscopale courante de 1946 était son silence sur « l’un des griefs les plus répandus » contre la dénazification, l’attitude passée de « ceux des Alliés [...] mieux renseignés que le peuple allemand » sur la politique de Hitler, mais « représentés auprès de lui » et qui avaient traité avec lui [100]   Lettre 1106 de François-Poncet, Godesberg, 8 septembre 1950,... [100] . Cet assaut contre les « mesures alliées de dénazification » annonçait la lettre pastorale du 1er février 1948 [101]   Lettre de Seydoux 95, Berlin, 24 février 1948, Allemagne,... [101] qui clôturerait la brève carrière d’antinazi de Niemöller.

36

En août 1946, la participation de celui-ci à des congrès internationaux se heurta aux refus de la Grande-Bretagne puis des Pays-Bas, où les résistants communistes mirent leur veto contre son invitation au « Congrès international des anciens prisonniers politiques » de septembre [102]   Lettre de Hoppenot 811, Berne, 21 août 1946, Allemagne,... [102] . Mise au piquet abrégée par la surenchère entre « commissaires-priseurs » : il fut en novembre 1946 invité en Angleterre (où Dibelius lui succéda) pour visiter des camps de prisonniers et prendre « contact avec les hautes autorités ecclésiastiques anglaises », « action » marquée, selon l’attaché culturel français, par « un antisoviétisme exprimé ou latent ». Début décembre, il s’apprêtait à aller au Congrès protestant de Seattle « préparer une meilleure compréhension des chrétientés d’Allemagne et d’Amérique » [103]   Note 308/MCN, Berlin, 5 décembre 1946 (1er novembre-3 décembre),... [103] .

37

« Compréhension » qu’explicita la pétition adressée fin novembre 1946 par le Conseil de l’EEA aux gouvernements détenteurs de prisonniers de guerre et à la Croix-Rouge internationale. Elle avait été préparée par une campagne lancée dès la fin de 1944 et surtout depuis l’été 1945 en faveur de la « protection » puis de la libération des prisonniers de guerre allemands, où surenchérissaient la Curie, Washington (souvent via la Suisse et le Comité international de la Croix-Rouge) et Londres (pourtant bien marrie de devoir relâcher sous la pression américaine une utile main-d’œuvre) [104]   Allemagne, vol. 22-23, Prisonniers de guerre, août 1944-septembre 1947,... [104] . Cette « prière des chrétiens d’Allemagne aux peuples du monde à l’occasion de Noël », aux « mères de tous les pays », aux « pères de famille » et aux « chrétiens », appelait « à un don fraternel » et larmoyait sur « plus de cinq millions d’Allemands » et leurs familles. Le Conseil évangélique a « le souci », ironisa Seydoux, confronté à Berlin à la déferlante de la charité germanophile anglo-américaine [105]   Correspondance Seydoux, novembre-décembre 1946, Allemagne,... [105] , « de corriger l’impression fâcheuse provoquée par la déclaration de Stuttgart du 18 octobre 1945, dans laquelle était reconnue la culpabilité du peuple allemand » [106]   Lettre de Seydoux 4320, Berlin, 30 novembre 1946,... [106] .

38

Le long (sept mois) et triomphal voyage aux États-Unis de Niemöller révéla l’usage tactique de la thèse éclair de la culpabilité allemande. Son invitation par le Federal Council of the Churches of Christ, présidé par un des plus anciens piliers de l’alliance avec le Reich, John Foster Dulles (frère d’Allen), marqua une étape majeure dans la mutation du Reich nazi en « bonne Allemagne ». « Premier Allemand » invité à « faire une tournée de conférences », Niemöller était chargé « de rétablir entre Protestants américains et allemands les relations interrompues par la guerre, de vaincre le sentiment d’hostilité du peuple américain à l’égard du peuple allemand ». La cause de la « bonne Allemagne » et de la vilaine Russie ayant en 1946 progressé à pas de géant aux États-Unis, il ne parla plus de camps de concentration, de Polonais, de Soviétiques ou de juifs massacrés par des « mains allemandes ». À Seattle, le 4 décembre 1946, il présenta la défaite comme « une leçon divine » : Hitler avait été abattu par Dieu, seule l’Église allemande avait résisté. On pouvait donc tout oublier, sauf les « leçons » de Dieu et l’ « appel à la fraternité œcuménique : “Tous les hommes ont leur part de responsabilité dans les péchés” ». « De nombreuses voix, surtout chez les libéraux » américains, protestèrent contre une explication de la défaite « tend[ant] à exonérer le peuple allemand » et « contre le fait qu’un nationaliste aussi marqué ait été admis à faire une tournée de propagande aux États-Unis ». La presse libérale fouilla dans le passé du porteur de la croix de fer prêt à reprendre du service pour le Reich en 1939 (non pas, se justifia-t-il, « pour “la guerre de Hitler” mais pour le salut de l’Allemagne »). Eleanor Roosevelt observa « qu’un ancien commandant de sous-marins et de plus nationaliste allemand [était] difficilement un orateur de toute confiance pour une nouvelle Allemagne ».

39

« Certaines de ses récentes déclarations » sur la mort simultanée de l’antisémitisme et du national-socialisme ont, rapporta l’attaché à Washington Armand Bérard fin janvier 1947, « vivement ému l’opinion israélite » [107]   Lettre de Bérard 203, Washington, 28 janvier 1947,... [107] . Le Dr Stefan S. Wise, rabbin de New York et président de l’American Jewish Congress, protesta après une réunion de ce dernier contre l’invitation auprès du Federal Council protestant, s’attirant les sarcasmes du journal suisse conservateur et germanophile Basler Nachrichten sur la lutte de Niemöller en Allemagne « beaucoup plus méritoire que la campagne qu’a menée le rabbin Wise en Amérique contre le national-socialisme » [108]   Lettre 252 de Hoppenot, Berne, 28 janvier 1947, Allemagne,... [108] . Niemöller « est arrivé en Amérique, ricana le journaliste John P. Lewis, pour nous faire savoir que l’antisémitisme était mort en Allemagne ; si le Pasteur regardait un peu plus exactement, il s’apercevrait que ce sont les Juifs qui sont morts » [109]   Der Geist du 9 mai 1947 (Neue Zeitung du 21 février),... [109] . Les journalistes libéraux qui avaient depuis 1945 sillonné les zones occidentales l’accusaient « de fermer les yeux à l’évidence ou de peindre son pays sous des couleurs entièrement fausses » [110]   Lettre de Bérard 203, Washington, 28 janvier 1947,... [110] . Critiques incapables d’infléchir la « politique douce » dont la mission de Niemöller ne constituait qu’un signe, les « Germano-Américains » ayant perdu toute retenue dans l’apitoiement sur l’Allemagne, ses enfants faméliques, ses prisonniers de guerre martyrisés par la France et les Soviets, etc., leitmotiv de la presse de Chicago, mais pas seulement : le chef de l’Église protestante, Mgr Sherill, archevêque de Boston fut aussi chaleureux [111]   Lettre 85 de Chambon, consul à Boston, 10 mars 1947,... [111] . Ce voyage, premier d’une longue liste, catholique et protestante, « contribue, commenta Bérard, à développer la tendance, déjà trop répandue dans certains milieux, à considérer l’Allemagne comme la première victime du national-socialisme » [112]   Lettre de Bérard 203, Washington, 28 janvier 1947,... [112] .

40

Début mai 1947, des informations précises, tel le livre de Muller-Meiniger, Parteigenossen, filtrèrent sur la remise en selle en Hesse et dans le Palatinat par ce « grand nazi » de tous « les anciens membres des synodes » nazis – « comme jadis en Prusse » – contre les « libéraux-socialistes [...] comme naguère diffamés » [113]   Traduction, Der Geist, 9 mai 1947, Allemagne, vol... [113] . Début juillet, à son retour, Niemöller fit à la presse berlinoise des déclarations sur les rumeurs belliqueuses grandissantes en Amérique « étonnantes [dans] la bouche d’un pasteur », rappelant plus sa carrière dans les sous-marins : « Si j’étais Russe, je ferais de l’Europe un arsenal, puis, en deux jours, les deux autres Puissances d’occupation seraient au fond de la Manche. » L’antisémitisme, soudain ranimé, devait tout à « la fatale politique du gouvernement militaire américain » : « Des juifs occupent tous les postes administratifs “auprès desquels les Allemands rencontrent des difficultés”. » L’ancien antisémite bourrelé de remords de mars 1946 rappelait qu’il était « fils d’une famille paysanne westphalienne, “qui n’a jamais compté de juif en son sein” [...] Si, sans éprouver à leur égard de sympathie humaine, il intervient en faveur des juifs, c’est que son devoir de chrétien le lui prescrit » [114]   International News de Berlin, 11 juillet 1947 (Neue... [114] . Cette nouvelle campagne du « grand prédicateur de la culpabilité allemande », plus conforme à « sa traditionnelle antipathie vis-à-vis des juifs », lui coûta l’un des titres qui cautionnaient son passé d’antinazi : l’Union des victimes du nazisme, la VVN (Vereinigung der Verfolgten des Nazismus), lui retira fin juillet 1947 sa qualité de « victime du fascisme » (ODF). L’affaire provoqua « un bruit énorme », alors qu’il dirigeait la délégation allemande à la deuxième conférence mondiale de la jeunesse chrétienne à Oslo [115]   Note s.d., jointe à la lettre de Seydoux 95, Berlin,... [115] .

41

À l’automne 1947, les protestants avaient rejoint les catholiques dans la campagne publique en faveur des « prisonniers de guerre » (retard peut-être imputable à des lacunes de la correspondance classée). En novembre, le service social de l’Église protestante de Bade, à Karlsruhe, voulait « s’implanter dans les camps d’internement afin de pouvoir créer sous le couvert d’assurance sociale aux internés, un courant d’opinion en faveur de ces derniers ». Il avait envoyé à cet effet copie du sermon, déchaîné contre les Alliés et leurs « valets », prononcé le 5 avril 1947 à l’église Markus de Stuttgart, par le pasteur Thielicke, « La Passion sans Grâce » à trois pasteurs respectivement détachés dans les camps de zone américaine de Fribourg-Betzenhausen, Lahr-Dinglingen (Bavière) et Mannheim [116]   Lettre 1437/POL, Paris, 21 novembre 1947, Allemagne,... [116] . Début 1948, alors que la collaboration entre catholiques et protestants apparaissait en tout domaine complète, surtout en zone américaine [117]   Lettre 1792/POL, Paris, 28 janvier 1948, Allemagne,... [117] , intervint une étape décisive de la conversion de l’Allemagne en innocente nation, en apparence franchie sur une tapageuse initiative de Niemöller.

42

Le pasteur fit lire le dimanche 1er février 1948 dans tous les temples de Hesse-Nassau une lettre pastorale portant un coup final à la dénazification, d’une duplicité d’autant plus grande qu’il venait de rappeler, au Conseil œcuménique réuni à Genève puis à Lausanne, la « très lourde part de responsabilités [de...] l’Allemagne par son adhésion passée au régime hitlérien » et de prôner « une entente [...] entre les peuples et spécialement entre les traditionnels “frères ennemis” de France et d’Allemagne » [118]   Lettre 286 de Hoppenot, Berne, 6 février 1948, Allemagne,... [118] . Sous le vernis opposant « la haine » à « la cause de la justice et de la réconciliation », ce sermon officialisait le veto ecclésiastique contre la dénazification, acte de « vengeance » et de « représailles » : « L’intention d’extirper le national-socialisme au moyen de cette loi [...] conduit à une situation qui rappelle trait pour trait les années d’épouvante que nous avons derrière nous » ; elle a soumis à une « oppression constante [...] des centaines de milliers d’hommes », contraints « de recourir à tous les artifices et à tous les mensonges imaginables [...] Par dizaines de milliers ils ont perdu leur emploi et leurs moyens de subsistance, et ont été internés. L’ancien système de sanctions qui frappe la tribu est remis en vigueur ». Les chrétiens ne s’associeraient plus à ce « désastre » : vous ne pouvez accepter le rôle d’ « accusateurs publics » ou de « témoins à charge » dans « cette action qui entraîne tant d’injustices », sauf à « trahir [votre] mission de conciliation » ; le même veto valait pour les fonctions de président et d’assesseur de chambre d’épuration, sauf s’ils pouvaient contribuer à l’ « œuvre de la conciliation », pour les « membres du culte [...] il est de notre devoir d’interdire aux pasteurs de notre Église, par respect de leur charge et par respect de notre communauté, de prendre leur part de responsabilité à ce scandale » [119]   Lettre du 1er jointe à la lettre 9656 de Koenig, Baden-Baden,... [119] . Un protestant se voyait donc interdire de témoigner contre un nazi, mais un magistrat protestant pouvait l’acquitter – la magistrature formant un des piliers de l’appareil d’État les mieux restaurés [120]   Magistrature weimaro-hitlérienne toujours en place,... [120] .

43

Ce n’était qu’un ballon d’essai, lancé dans la phase finale d’un assaut concerté entre Américains et forces politiques dominantes, épiscopats inclus, contre la dénazification mort-née : le gouvernement (SPD) de Grande Hesse, notant qu’on était « en droit d’attendre que l’Église évangélique [...] ait également un mot pour les victimes du régime nazi », se déclara « surpris » qu’elle ait diffusé un tel document « au moment même où, comme elle devait le savoir, des allégements à l’application de la procédure de dénazification ont été ordonnés » [121]   Note jointe à la lettre 9656 de Koenig, Baden-Baden,... [121] . Le flegme des Américains, avec lesquels Niemöller entretenait des relations étroites, devant cet appel au sabotage de leur loi no 104 du 9 mai 1947 valut aveu d’action commune. Le général Clay, main de fer contre un péril rouge aussi bruyamment allégué que nul [122]   Campagne anticommuniste depuis l’automne 1947, Allemagne,... [122] , affectait souvent la colère contre une audace des Allemands qu’il avait préparée avec eux [123]   Voir toutes les archives relatives à leur occupation.... [123] , mais négligea cette précaution tactique : on peut « critiquer la loi », déclara-t-il dans une conférence de presse, mais il est « interdit de provoquer les autres à s’y opposer. Il est très regrettable qu’un représentant d’une communauté religieuse incite la population à mépriser la loi en vigueur, qui a du reste été faite par les Autorités allemandes elles-mêmes » ; le GM « n’envisage [cependant] pas d’intervenir contre le pasteur Niemöller », sans « exclu[re...] la possibilité de pourparlers avec » lui [124]   Note jointe à la lettre 9656 de Koenig, Baden-Baden,... [124] . La Follette, nommé en janvier 1948 gouverneur du Würtemberg-Bade [125]   Lettre de la direction d’Europe, 9 janvier 1948, Allemagne,... [125] , Land « essentiellement protestant » où l’ « intervention spectaculaire » de Niemöller avait eu « des répercussions très larges », pratiquait une démagogie délestant le consul Huart de l’autocensure diplomatique : celui qui « cro[ya]it devoir porter presque journellement la bonne parole aux Allemands » et préférait au « nom de Gouverneur » celui de « Directeur du gouvernement militaire de Würtemberg-Bade » [126]   Lettre de Huart 56, Tübingen, 7 février 1948, Allemagne,... [126] , répondit à la presse que « dans la déplorable situation morale et politique où se trouve le monde, les Allemands n’avaient pas à se battre par trop la coulpe [...] on ne peut arriver à rien si l’on continue par trop longtemps à méditer ses péchés. Ainsi, le Directeur (de conscience) du gouvernement de Würtemberg-Bade prêche maintenant aux Allemands l’oubli de leurs fautes » [127]   Lettre de Huart 124, Tübingen, 25 mars 1948, Allemagne,... [127] .

44

Reinhold Maier, président de la Diète du Land où, un énorme scandale le montrerait bientôt, la dénazification avait été bafouée comme ailleurs [128]   Correspondance de janvier à mars 1950 sur ses dirigeants... [128] , envoya à Wurm une lettre ouverte exprimant « sa crainte de voir l’Église accorder son soutien officiel aux prêches du Dr Niemöller » : « La conduite de l’Église favorisera seulement les vrais coupables », les poursuites contre les petits étant « presque toutes déjà terminées » [129]   Lettre de Huart 196, Tübingen, 6 mars 1948, Allemagne,... [129] . La fausse pression de Niemöller en faveur de nouveaux abandons qui l’avaient précédée prit en effort tout son sens avec les négociations germano-américaines ouvertes le 19 mars 1948 et achevées aussitôt [130]   John Gimbel, The American Occupation of Germany. Politics... [130] , sur la décision de transformer les « grands coupables » et « délinquants » des catégories I et II, définis par la directive 38 du Conseil de contrôle du 12 octobre 1946, en « sympathisants » de la catégorie IV [131]   Catégorie III des « délinquants de moindre importance... [131] .

45

La morgue anti-alliée ne connut plus de bornes. En mars 1948, Dibelius, dans un sermon prononcé à Berlin, accusa Sartre de reprendre les théories nazies « dans son refus de remords et son interprétation idéologique de la liberté [...] Qu’aujourd’hui de telles théories puissent nous revenir d’un pays voisin représente le signe qu’elles n’ont pas été inventées par les Allemands » [132]   Tél. Noblet 584, Berlin, 13 mars 1948, Allemagne,... [132] . Les Américains ne furent pas épargnés. En mai 1948, Wurm adressa à Robert M. W. Kempner, procureur américain au Tribunal de Nuremberg, qui siégeait encore pour les grands procès de zone américaine, tel celui des SS auteurs avérés du « massacre de Malmédy » (de 200 soldats américains prisonniers en décembre 1944) [133]   Bower, Blind eye, p. 102-104, 279-280 (Wurm), 268-293... [133] , une lettre où il « protestait contre la procédure ». On avait appliqué aux prévenus d’ « affreuses tortures » pour leur arracher des aveux, ajoutait-il en invoquant l’existence de « documents ». « Ces méthodes [...] compromettent l’autorité juridique et morale du Tribunal et transforment un jugement en acte de vengeance. » Il conclut en lui demandant « d’écarter l’impression qu’à Nuremberg des vaincus [étaient] jugés par des vainqueurs ». Le magistrat américain « le somma [...] de produire les documents auxquels il fai[sai]t allusion » [134]   Lettre de Huart 208, Tübingen, 21 mai 1948, Allemagne,... [134] . J’ignore s’il en remit, mais il poursuivit ses interventions, ainsi en octobre 1948, auprès de J. Foster Dulles, conseiller du candidat républicain Dewey, pour obtenir l’annulation de la décision de Clay d’exécuter les sentences de mort prononcées à Dachau en 1946 et 1947 et faire triompher « du droit et de la justice » : on allait pendre des « innocents » torturés, « dix exécutions » avaient déjà « eu lieu ». « Le clergé [catholique] munichois s’associ[ait] » à cette démarche [135]   Lettre de Huart 389, Tübingen, 25 octobre 1948, Allemagne,... [135] . L’affaire fut en novembre « fort discutée par une partie de la population », que l’ « Association des persécutés du nazisme » avait informée des démarches fructueuses de Wurm « pour faire libérer l’un de ses fils compromis dans le parti » [136]   Lettre de Huart 422, Tübingen, 16 novembre 1948, Allemagne,... [136] .

46

L’an 1949 vit la reconstitution définitive, au Synode de Bethel tenu du 9 au 14 janvier [137]   Lettre 00631 de Koenig, Baden-Baden, 3 mars, et rapport... [137] , d’une Église dirigée désormais par Dibelius. La croisade antirouge légitimait « la victoire des forces de restauration et de conservation de l’Église (et peut-être pas de l’Église seulement) représentée par les Luthériens et les Synodaux de l’Est sur les éléments de rénovation [de] l’Église confessante, plus universaliste, plus vivante, plus humaine [: ...] tout devait être entrepris pour fortifier la position de l’Église en face des occupants russes et de la SED » : Dibelius devait « lui permettre de lutter plus efficacement contre le totalitarisme » de l’Est. La victoire fut achevée par la mise à l’écart de Niemöller, qui avait incarné, pour le public, l’aveu de la faute : « la désaffection relative » dont il était frappé était « due autant à sa grande franchise personnelle [...] qu’à sa campagne appelant les Églises à reconnaître la culpabilité allemande et à se repentir » [138]   Lettre 210 de Tarbé, Baden-Baden, 20 février 1949,... [138] .

47

En juin 1949, Dibelius revendiqua donc sa participation à la campagne de soutien des anciens ministres nazis en tonnant contre les Soviets. À la conférence de presse clôturant la première séance du nouveau Conseil des Douze, il « a déclaré [...] que la lettre dans laquelle il critiquait la condamnation de l’ancien ministre des Finances a été publiée avec son assentiment » (l’inamovible Schwerin von Krosigk, de 1933 à 1945). Contestant la thèse de la responsabilité établie à Nuremberg et le principe même du procès, il défendit les « fonctionnaires qui n’ont fait que remplir leurs fonctions et ont prouvé qu’ils n’étaient pas d’accord avec le régime. Ce sont des actes de représailles qui n’ont rien à voir avec le droit. Il n’y a d’ailleurs pas de droit possible quand le vainqueur est en même temps le juge ; on aurait dû remettre ces affaires entre les mains du Tribunal de La Haye ou d’une instance du même genre » [139]   Tél. Huart 52, Tübingen, 9 juin 1949, Allemagne, ... [139] . Les seuls nazis demeuraient les Soviétiques : Dibelius stigmatisa à la Pentecôte, à la « satisfaction » des Occidentaux, « des “procédés dignes de la Gestapo” », « les méthodes politiques et policières » de la zone russe « rappel[a]nt, sous plus d’un aspect, celles de l’époque hitlérienne » [140]   Lettre 71, non signée, de Tarbé, Berlin, 11 juin 1949,... [140] .

48

Les deux Églises chrétiennes avaient été profondément nazifiées, ne serait-ce qu’au sens où le nazisme avait repris l’héritage de l’Allemagne bismarckienne et wilhelminienne. Elles n’avaient pas attendu 1933 pour entretenir le peuple allemand, que Weimar lui avait largement confié de la naissance à la mort, dans de vieilles « idées toutes faites, intangibles et immuables » [141]   Note Beyer sur l’Université de Bonn, mai 1949, Allemagne,... [141]  : supériorité de la « race » ou de la « civilisation » allemande sur les peuples inférieurs, voisins de l’Ouest et de l’Est, assortie d’un mépris haineux pour les « sous-hommes » slaves ; glorification de l’autorité et du prussianisme ; haine du libéralisme et de la subversion ; aversion « raciale », religieuse et politique contre les juifs ; exaltation d’un « patriotisme » agressif incluant le combat armé de l’Allemagne encerclée et persécutée par l’univers ligué contre elle en général, la France en particulier, surtout depuis le Diktat de Versailles, etc.

49

Les besoins propres des « commissaires-priseurs » anglais et américains les conduisirent, après 1945 comme après 1918, à rétablir un statu quo dont les Églises bénéficièrent comme le reste de l’appareil d’État et de l’appareil économique, mais plus visiblement et parfois plus tôt encore que les autres institutions allemandes. La vaincue de juin 1940 eut sa part d’initiative, renouant avec sa vieille politique « fédéraliste » catholique sous l’égide d’un corps d’occupation particulièrement mal épuré. Cette politique permit à « la seule autorité sociale restée intacte en Allemagne » [142]   Lettre 57 P, Rome, 10 mai 1946, Allemagne, vol. 6... [142] de montrer dès mai 1945 contre la dénazification une audace interdite à tout autre groupement politique. Les clercs allemands redevinrent tuteurs de l’Allemagne occidentale parce que les occupants avaient résolu de leur rendre leur hégémonie d’avant 1933, contestée par l’État nazi sans que fût jamais mise en cause leur adhésion au régime : ils jouèrent ainsi un rôle considérable dans ce qu’il faut bien appeler la renazification où le « loup-garou » soviétique, invoqué avec une énergie grandissante, joua un rôle réel discret. Les archives du Quai d’Orsay convergent avec les fonds anglais et américains où Tom Bower a puisé la démonstration que le sabotage de la dénazification était une décision et une œuvre de guerre, appliquée après-guerre [143]   Bower, Blind eye, passim. [143] .

Notes

[1]

Histoire de la République fédérale d’Allemagne, Paris, Armand Colin, 1991, p. 10.

[2]

Bruce Kuklick, American Policy and the Division of Germany, the Clash with Russia over Reparations, Ithaca, 1972 ; Tom Bower, Blind Eye to Murder. Britain, America and the Purging of Nazi Germany, a Pledge betrayed, Londres, André Deutsch, 1981, et Carolyn Eisenberg, Drawing the Line. The American Decision to divide Germany, 1944-1949, Cambridge University Press, 1998.

[3]

Ibid. et Charles S. Maier, Recasting Bourgeois Europe. Stabilization in France, Germany and Italy in the decade after the First World War, Princeton, 1975 ; « The two postwar eras and the conditions for Stability in twentieth-Century Western Europe », American Historical Review, vol. 86, 2, avril 1981.

[4]

G. Zahn, German Catholics and Hitler’s wars, New York ; 1962, G. Lewy, The Catholic Church and Nazi Germany, New York, 1964 ; John S. Conway (optimiste), The Nazi Persecution of the Churches 1933-1945, Londres, 1968 ; Léon Papeleux, Les silences de Pie XII, Bruxelles, 1980 ; Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l’Europe et le Reich de la Première Guerre mondiale à la guerre froide (1914-1955), Paris, 1996. Sans démonstration, Michael Phayer, juge l’épiscopat catholique allemand non antisémite, mais paralysé par le Concordat du Reich, L’Église et les nazis, 1930-1965, Paris, 2001, 381 p., chap. 1, 6-7 ; les chap. 8-10, documentés sur sa croisade pour les criminels de guerre, infirment cet optimisme.

[5]

Apport décisif des archives du Quai d’Orsay (plus loin MAE), Z Europe Allemagne 1944-1960 (plus loin Allemagne) vol. 67 à 70 (et A. Lacroix-Riz, Les Églises allemandes et le nazisme, à paraître).

[6]

Rita Thalmann, Protestantisme et nationalisme en Allemagne (de 1900 à 1945), Paris, 1976, p. 434-447.

[7]

Date de la réunion, ibid., p. 435. Note Brun, 9 novembre 1945, B Amérique États-Unis 1944-1960 (plus loin États-Unis), vol. 171 (et A. Lacroix-Riz, « Une « politique douce » précoce : Paris face à la politique allemande de Washington 1944-1945 », Revue d’histoire moderne et contemporaine, octobre 1991, p. 457-458).

[8]

Synopsis politique de l’Allemagne, février 1946 (plus loin Synopsis), Allemagne, vol. 32, MAE.

[9]

Lettre de Massigli 1191, Londres, 17 mai 1945, Allemagne, vol. 67.

[10]

Note 390 de Tarbé, Baden-Baden, 10 septembre 1945, Allemagne, vol. 67.

[11]

Note Brun, 9 novembre 1945, Allemagne, vol. 67 ou États-Unis, vol. 171.

[12]

Texte conforme au Christian Science Monitor du 13 juin 1942, Interallied Research Committee (plus loin IARC), Études allemandes 11, Allemagne, vol. 67.

[13]

Rapport doc. GEN/9, 15 juillet 1945 (traduction d’un texte américain ?), Allemagne, vol. 67. Souligné par moi.

[14]

Lettre 1175 de Koenig, Berlin, 2 octobre 1945, Allemagne, vol. 67.

[15]

PV de la conférence joint à la lettre 1374 de Hoppenot, Berne, 6 octobre 1945, Allemagne, vol. 67.

[16]

Note de Carteron sur Barth, 25 juillet 1946, Allemagne, vol. 68.

[17]

Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32.

[18]

Allusions, A. Lacroix-Riz, Vatican (et travaux cités sur l’Allemagne).

[19]

Lettre 46 de Bourdeillette, Rome, 5 juin 1945, et traduction du discours, Allemagne, vol. 67.

[20]

Lettre pastorale du 23 août 1945 (traduction in extenso) et lettre de Koeltz 1118, 20 septembre 1945, Allemagne, vol. 67. Enseignement, A. Lacroix-Riz, « Politique scolaire et universitaire en Allemagne occupée 1945-1949 », Gabriele Clemens (éd.), Kultur im besetzten Deutschland 1945-1949, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1994, p. 131-184.

[21]

Allemagne, vol. 67 à 70. Sur Groeber et Bornewasser, Lewy, Church, Lacroix-Riz, Le Vatican, index.

[22]

Lettre 5 d’Armand du Chayla, Luxembourg, 26 janvier 1946 et article traduit, Allemagne, vol. 67.

[23]

Tagesspiel cité par La Croix du 28 novembre 1946, Allemagne, vol. 68 (et toute cette série).

[24]

Lettre d’Arnal, consul à Dusseldorf, 346, 29 octobre 1947, Allemagne, vol. 68.

[25]

Tarbé, lettre 329, Berlin, 29 juin 1947, Allemagne, vol. 80 (contexte, A. Lacroix-Riz, « “Bonne Allemagne” ou reconstruction prioritaire [...] (janvier 1946 - printemps 1947) », GMCC, p. 174 (137-175).

[26]

Lettre de Tarbé 353, Berlin, 9 février 1946, Allemagne, vol. 67.

[27]

Saint-Siège, vol. 8 à 10 et États-Unis, vol. 200, MAE. Bidault, lettre à 18 postes, Paris, 20 août 1945, Allemagne, vol. 30. Avant-guerre, Le Vatican, chap. 5.

[28]

« Le Saint-Siège et l’hitlérisme » ; « et l’affaire de la Sarre » ; « et la remilitarisation de la Rhénanie » ; « et l’indépendance autrichienne » (19 juin, 3, 10 et 17 juillet), SIP, 18 juillet 1945, MAE, Saint-Siège, vol. 8. Comparer avec G. Lewy, Church, et A. Lacroix-Riz, Le Vatican, passim.

[29]

Coupure, date citée, Allemagne, vol. 67. En italique dans le texte.

[30]

E. Gabel, La Croix, 28 novembre 1946, Allemagne, vol. 68.

[31]

Franc-Tireur, 27 décembre 1945, et Voix de Paris, 12 janvier 1946, Allemagne, vol. 67.

[32]

Lettre de Laffon 1177, Baden-Baden, 16 février 1946, et tableau, Allemagne, vol. 67.

[33]

« L’occupation française en Allemagne (...) », L’Allemagne occupée 1945-1949, Institut allemand d’Asnières, 1989, p. 240.

[34]

Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32.

[35]

Leonore Siegele-Wenshkewitz, « Les Églises entre l’adaptation et la résistance sous le IIIe Reich », Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, 128, 1982, p. 62 ; Michael Phayer, L’Église, index.

[36]

Ouvrages de la n. 21 et G. Zahn, Catholics.

[37]

Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32.

[38]

Traduction, 23 août 1945, Allemagne, vol. 67, souligné par moi. Pie XII, Le Vatican, p. 434-436.

[39]

Lettre de Koeltz 1118, 20 septembre 1945, Allemagne, vol. 67.

[40]

Lettre de Laffon 565, Baden-Baden, 17 novembre 1945, Allemagne, vol. 67.

[41]

Sur Sproll, Lewy, Church, Lacroix-Riz, Le Vatican, index.

[42]

Tél. 193 de Koenig au CGAAA, 17 mars 1946, Allemagne, vol. 67.

[43]

« Pleine liberté de communication (...) des évêques avec les fidèles », G. Lewy, Church, p. 80.

[44]

Tél. 1390, 8 mars 1946, Allemagne, vol. 67.

[45]

Tél. 193, 17 mars 1946, Allemagne, vol. 67.

[46]

Tél. 120, 13 mars 1946, Allemagne, vol. 67.

[47]

Lettre 1106 de François-Poncet, Godesberg, 8 septembre 1950, Allemagne, vol. 311.

[48]

Lettre de Jacobsen 73/DD/S, Mayence, 20 avril 1946, Allemagne, vol. 68.

[49]

Tél. Tarbé 69-73, Berlin, 20 avril, lettres 3092 de Laffon, Baden-Baden, 3 juin, 1452 56/EF de Bouley, Neustadt, 23 avril, 73 de Jacobsen, Mayence, 20 avril 1946, Allemagne, vol. 67, texte du 27 mars 1946, Werl, traduction, Allemagne, vol. 68, et lettre 1106 de François-Poncet, Godesberg, 8 septembre 1950, Allemagne, vol. 311.

[50]

Tél. Tarbé 69-73, Berlin, 20 avril 1946, Allemagne, vol. 67.

[51]

Lettre 73/DD/S de Jacobsen, Mayence, 20 avril 1946, Allemagne, vol. 68.

[52]

Ibid. et tél. Tarbé 69-73, 20 avril, et 128, 4 mai 1946, Berlin, Allemagne, vol. 68.

[53]

Lettre 161, Paris, 29 avril 1946, Allemagne, vol. 67.

[54]

Lettre de Maritain 63 P, Rome, 20 mai 1946, et note 116900 de la secrétairerie d’État, Le Vatican, 9 mai 1946, Allemagne, vol. 68. Sur Munch, Le Vatican, p. 447, 455, 461, 473, 489. Phayer sous-estime sa mission, L’Église, p. 210.

[55]

Lettre 57 P, Rome, 10 mai 1946, Allemagne, vol. 68.

[56]

Appel de Freising, Allemagne, vol. 68, et infra.

[57]

Lettre 5857 de Koenig, Baden-Baden, 23 avril 1947, et texte traduit, Allemagne, vol. 68. Souligné par un lecteur du Quai d’Orsay.

[58]

Lettre de Pie XII à Faulhaber pour tous les évêques allemands, 1er mars 1948, traduction, et lettre 242 de Koenig, 15 mai 1948, Baden-Baden, Allemagne, vol. 69 (Le Vatican, p. 486).

[59]

« Appel », Freising, 22 avril 1947, Allemagne, vol. 68.

[60]

Extrait, 20 mars 1947 (mention manuscrite), Allemagne, vol. 68.

[61]

Lettre 5857 de Koenig, Baden-Baden, 23 avril 1947, et texte, Allemagne, vol. 68. Souligné par un lecteur du Quai d’Orsay.

[62]

Lettre 6776 de Laffon, Baden-Baden, 9 juillet 1947, et texte, Allemagne, vol. 68.

[63]

Traduction, et lettre de Laffon 6776, Baden-Baden, 9 juillet 1947, Allemagne, vol. 68.

[64]

Article traduit du 10 octobre 1947, bordereau d’envoi (BE) 2199, Berne, 20 octobre 1947, Allemagne, vol. 68 (concorde avec les réf. de la n. 21).

[65]

Lettre de Koenig 9641, Baden-Baden, 17 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[66]

Lettre de Koenig 8289, Baden-Baden, 12 novembre 1947, et tél. Fournier 35, Baden-Baden, 15 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[67]

Lettre de Koenig 9491, Baden-Baden, 9 février 1948, et traduction, souligné au crayon rouge par son lecteur du Quai d’Orsay, Allemagne, vol. 69.

[68]

Lewy, Church, p. 236-242, 247, et Zahn, Catholics, p. 143-172-1.

[69]

PV de réunion (25 octobre) du Directoire des affaires intérieures et des communications (DIAC), 30 octobre 1945, Allemagne, vol. 67.

[70]

Tél. Tarbé, Berlin, 5 octobre 1946, Allemagne, vol. 68, Lewy, Church, p. 230 et Lacroix-Riz, Le Vatican, p. 239, 412, 438-440 et 454-455.

[71]

Raymond Poidevin, Robert Schuman, homme d’État, 1886-1903, Paris, 1986, passim.

[72]

Note 2603/POL, Paris, 28 juillet 1948, Allemagne, vol. 60, MAE.

[73]

« Réflexions sur le 72e Congrès (...) », classé entre 13 et 22 septembre 1948, Allemagne, vol. 70.

[74]

Lettre de Bérard 1163, Washington, 22 juin 1946 et article de Drew Pearson, Washington Post, 20 juin 1946, États-Unis, vol. 173, MAE.

[75]

Lettre de Hoppenot 1025, Berne, 13 novembre 1946, États-Unis, vol. 173 ; Lacroix-Riz, « Une “politique douce” », p. 439-440, et Le Vatican, p. 336, 440 et 458-9.

[76]

Lettre 569 de Bonnet, Washington, 5 mars 1946, États-Unis, vol. 172 (et Lacroix-Riz, « La dénazification politique de la zone américaine d’occupation en Allemagne vue par les Français (1945-1949) », Stefan Martens (éd.), Vom « Erbfeind » zum « Erneuerer » [...], Sigmaringen, 1993, p. 138-139 (115-156)).

[77]

Voir surtout Allemagne, vol. 99 à 104, et Lacroix-Riz, « Politique scolaire ».

[78]

Lettre 331 du Consul de France à Bâle, 18 mars 1946, Allemagne, vol. 32.

[79]

Lettre 676 de Hoppenot, Berne, 26 juin 1946, Allemagne, vol. 99.

[80]

Lettre de Tarbé 8511, Baden-Baden, 2 novembre 1946, Y 1944-1949, vol. 335, MAE.

[81]

Lettre 2741 de Tarbé, Berlin, 8 juillet 1946, et note sur la conversation Allemagne, vol. 68.

[82]

Lettre 1321 du Consul de France à Bâle, 23 novembre 1946, Allemagne, vol. 68.

[83]

Tél. Bidault 150-155 à Ambafrance Saint-Siège, Paris, 10 mai 1947, Allemagne, vol. 68.

[84]

Tél. Koenig 2633, 30 mai 1947, Allemagne, vol. 68.

[85]

Tél. Boislambert 1835, 24 mai 1947, Allemagne, vol. 68. Tandem Bornewasser-von Meurers et Saint-Siège, Allemagne, vol. 68 à 70, Saint-Siège, vol. 8 et 10 et Julien Sala-Molins, « La querelle entre l’évêché de Trèves et la France à propos de la Sarre entre 1945 et 1955 », mémoire de maîtrise, Université de Toulouse-Le Mirail, 1987.

[86]

Extrait, BE 1770, Paris, 21 février 1946, Allemagne, vol. 67.

[87]

Note pour Koenig, Baden-Baden, 30 décembre 1946, Allemagne, vol. 100.

[88]

Lettre 143 de Bourdeillette, Rome, 3 mai 1948, Allemagne, vol. 69.

[89]

Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32 et note jointe à la lettre 95 de Seydoux, Berlin, 24 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[90]

Note Brun, 9 novembre 1945, Allemagne, vol. 67 (et Lacroix-Riz, « Une “politique douce” », art. cité, p. 457-458).

[91]

Copie du tél. 104, lettre 1790/POL, s.d., BE du 23 janvier 1946, Allemagne, vol. 67.

[92]

Synopsis, février 1946, IV, Allemagne, vol. 32.

[93]

Lettre du Consul de France à Bâle, 18 mars 1946, Allemagne, vol. 67.

[94]

Allemagne, vol. 99 à 104 et « Politique scolaire ».

[95]

Lettre 241 de Hoppenot, 6 mars, et Articles et Documents, nouvelle série, 512, 23 mars 1946, Allemagne, vol. 67. En italique dans le texte.

[96]

Lettre 277 de Hoppenot, Berne, 12 mars 1946, Allemagne, vol. 67.

[97]

Note 1756 de Charmasse, Baden-Baden, 19 mars 1946, Allemagne, vol. 67.

[98]

Lettre de Koeltz 1102, Berlin, 18 septembre 1945, Allemagne, vol. 67.

[99]

Compte rendu, 25 février 1946, Allemagne, vol. 67.

[100]

Lettre 1106 de François-Poncet, Godesberg, 8 septembre 1950, Allemagne, vol. 311.

[101]

Lettre de Seydoux 95, Berlin, 24 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[102]

Lettre de Hoppenot 811, Berne, 21 août 1946, Allemagne, vol. 68.

[103]

Note 308/MCN, Berlin, 5 décembre 1946 (1er novembre-3 décembre), Allemagne, vol. 100.

[104]

Allemagne, vol. 22-23, Prisonniers de guerre, août 1944-septembre 1947, MAE.

[105]

Correspondance Seydoux, novembre-décembre 1946, Allemagne, vol. 23, 76 et 100.

[106]

Lettre de Seydoux 4320, Berlin, 30 novembre 1946, Allemagne, vol. 23.

[107]

Lettre de Bérard 203, Washington, 28 janvier 1947, États-Unis, vol. 174.

[108]

Lettre 252 de Hoppenot, Berne, 28 janvier 1947, Allemagne, vol. 68.

[109]

Der Geist du 9 mai 1947 (Neue Zeitung du 21 février), traduction, Allemagne, vol. 68.

[110]

Lettre de Bérard 203, Washington, 28 janvier 1947, États-Unis, vol. 174.

[111]

Lettre 85 de Chambon, consul à Boston, 10 mars 1947, États-Unis, vol. 118.

[112]

Lettre de Bérard 203, Washington, 28 janvier 1947, États-Unis, vol. 174.

[113]

Traduction, Der Geist, 9 mai 1947, Allemagne, vol. 68.

[114]

International News de Berlin, 11 juillet 1947 (Neue Zeitung du 7), Allemagne, vol. 68.

[115]

Note s.d., jointe à la lettre de Seydoux 95, Berlin, 24 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[116]

Lettre 1437/POL, Paris, 21 novembre 1947, Allemagne, vol. 69.

[117]

Lettre 1792/POL, Paris, 28 janvier 1948, Allemagne, vol. 69.

[118]

Lettre 286 de Hoppenot, Berne, 6 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[119]

Lettre du 1er jointe à la lettre 9656 de Koenig, Baden-Baden, 18 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[120]

Magistrature weimaro-hitlérienne toujours en place, acquittant les pires bourreaux en bafouant leurs victimes, vivantes ou mortes, Allemagne, vol. 311. Lecture pénible.

[121]

Note jointe à la lettre 9656 de Koenig, Baden-Baden, 18 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[122]

Campagne anticommuniste depuis l’automne 1947, Allemagne, vol. 77 et 78, MAE, et A. Lacroix-Riz, « 1947-1948. Du Kominform au “coup de Prague”, l’Occident eut-il peur des Soviets et du communisme ? », 324, août-septembre 1989, Historiens et géographes, p. 230-232.

[123]

Voir toutes les archives relatives à leur occupation. Allemagne et États-Unis, MAE.

[124]

Note jointe à la lettre 9656 de Koenig, Baden-Baden, 18 février 1948, Allemagne, vol. 69.

[125]

Lettre de la direction d’Europe, 9 janvier 1948, Allemagne, vol. 78.

[126]

Lettre de Huart 56, Tübingen, 7 février 1948, Allemagne, vol. 78.

[127]

Lettre de Huart 124, Tübingen, 25 mars 1948, Allemagne, vol. 78.

[128]

Correspondance de janvier à mars 1950 sur ses dirigeants corrompus et le sabotage, tarifé, d’une dénazification confiée aux nazis, Allemagne, vol. 311.

[129]

Lettre de Huart 196, Tübingen, 6 mars 1948, Allemagne, vol. 69.

[130]

John Gimbel, The American Occupation of Germany. Politics and the Military, 1945-1949, Stanford, 1968, p. 160-162 et 172-174.

[131]

Catégorie III des « délinquants de moindre importance », les « personnes non touchées » de la catégorie V recevaient une attestation du service d’épuration, Allemagne, vol. 311.

[132]

Tél. Noblet 584, Berlin, 13 mars 1948, Allemagne, vol. 69.

[133]

Bower, Blind eye, p. 102-104, 279-280 (Wurm), 268-293 et index.

[134]

Lettre de Huart 208, Tübingen, 21 mai 1948, Allemagne, vol. 69.

[135]

Lettre de Huart 389, Tübingen, 25 octobre 1948, Allemagne, vol. 70. (et n. précédente).

[136]

Lettre de Huart 422, Tübingen, 16 novembre 1948, Allemagne, vol. 70.

[137]

Lettre 00631 de Koenig, Baden-Baden, 3 mars, et rapport Sturm, Baden-Baden, 31 janvier 1949, Allemagne, vol. 70.

[138]

Lettre 210 de Tarbé, Baden-Baden, 20 février 1949, Allemagne, vol. 70.

[139]

Tél. Huart 52, Tübingen, 9 juin 1949, Allemagne, vol. 70.

[140]

Lettre 71, non signée, de Tarbé, Berlin, 11 juin 1949, Allemagne, vol. 70.

[141]

Note Beyer sur l’Université de Bonn, mai 1949, Allemagne, vol. 104.

[142]

Lettre 57 P, Rome, 10 mai 1946, Allemagne, vol. 68.

[143]

Bower, Blind eye, passim.

Résumé

Français

Les Alliés occidentaux, soucieux de rétablir dans l’Allemagne vaincue le statu quo après la Seconde Guerre mondiale comme après la Première, s’appuyèrent dès les débuts de leur occupation, en vertu d’une politique fixée dès la guerre, sur les forces cléricales, qu’ils savaient profondément nazifiées. Directement en charge de la question, les Anglo-Saxons imposèrent aux protestants des déclarations de repentir dont le pasteur Niemöller fut chargé. Les catholiques, remis à la seule autorité du Vatican, furent dispensés de cette épreuve jugée humiliante. La France reprit sa politique « catholique » d’après 1918 qui avait fait fiasco. Les priorités antisoviétiques alléguées gommèrent les différences entre les deux confessions depuis l’été 1945 et épiscopats protestant et catholique surenchérirent dans la défense du peuple allemand victime de l’occupation et de la dénazification des Alliés.

English

Églises et retour au statu quo en Allemagne occidentaleThe Western Allies wanted defeated Germany to return to normalcy after the Second World War in the same way as after the First. After planning this policy during the war, they supported clerical forces from the beginning of their Occupation, even though they knew full well how nazified they had been since 1933. Directly commissioned to manage Protestant affairs, the Anglo-Americans compelled German Protestants to express their remorse. Catholics, left under the authority of the Holy See, were not subject to this painful humiliation. France returned to its old Catholic policy, though it had proved a failure. Anti-Soviet priorities soon erased the differences between the two denominations. From summer 1945, Protestant and Catholic bishops vied in lamenting the fate of the German people, the alleged victim of Allied occupation and denazification.

Plan de l'article

  1. I. LES ÉGLISES PRÉCOCEMENT INNOCENTÉES
  2. II. L’ÉGLISE ALLEMANDE ET LA DÉNAZIFICATION : L’ALLEMAGNE VICTIME INNOCENTE, LES ALLIÉS COUPABLES
    1. 1. La « dénazification » catholique : discours et pratiques 1945-1949
      1. a) Du discours...
      2. b) ... aux pratiques
    2. 2. La « dénazification » protestante : des apparences aux réalités 1945-1949
      1. a) L’expiation évangélique ? Les pistes de l’été 1945 à mars 1946
      2. b) Les réalités de la dénazification protestante : Niemöller et les siens

Pour citer cet article

Lacroix-Riz Annie, « Églises et retour au statu quo en Allemagne occidentale », Guerres mondiales et conflits contemporains 2/ 2003 (n° 210), p. 19-46
URL : www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2003-2-page-19.htm.
DOI : 10.3917/gmcc.210.0019


Article précédent Pages 19 - 46 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback