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Guerres mondiales et conflits contemporains

2006/3 (n° 223)


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Le problème des indigènes nord-africains, comme d’ailleurs celui de tous les indigènes provenant de l’Empire colonial français, faits prisonniers par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, n’a fait l’objet, jusqu’à présent, que de peu d’études [1][1]  Pour les indigènes coloniaux, voir le livre de Nancy.... Les témoignages, écrits notamment, sont pratiquement inexistants : la quasi-totalité des indigènes nord-africains était analphabète. Les quelques officiers et sous-officiers lettrés en arabe ou bilingues n’ont laissé aucun témoignage écrit sur leur expérience de captifs. Les différents travaux consacrés aux prisonniers de guerre français pendant la Seconde Guerre mondiale ne s’intéressent qu’à ceux détenus dans les Stalags (camps pour sous-officiers et hommes de troupes) et les Oflags (camps pour officiers) du Grand Reich à l’exclusion de ceux des Frontstalags où était détenue la quasi-totalité des prisonniers de guerre indigènes aux côtés de quelques Français qui servaient d’encadrement [2][2]  La Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale,.... Pourtant les archives du SHAT (Service historique de l’armée de terre), aujourd’hui Département Terre du Service historique de la Défense, permettent de se faire une idée assez précise sur leur sort.

D’OÙ VENAIENT-ILS ?

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Comme tous les autres prisonniers français, ils furent capturés lors de la débâcle de mai-juin 1940. En effet, la mobilisation au Maghreb, alors sous domination française, permit, de septembre 1939 à juin 1940, de constituer pour le corps de bataille 14 divisions : 7 DINA (Division d’infanterie nord-africaine), 4 DIA (Division d’infanterie d’Afrique) et 3 brigades de spahis. À ces unités s’ajoutent des éléments de réserve générale, des services et des unités du territoire [3][3]  Colonel Philibert, « Les forces françaises d’Afrique.... Ces unités se caractérisaient par une prédominance d’indigènes, dans la proportion de deux tiers, en gros. L’état-major de l’armée (EMA) prévoyait, en ce qui concerne les régiments de tirailleurs, en plus des quelque 84 000 présents sous les drapeaux, le rappel des réservistes instruits estimés en Algérie à 110 000, en Tunisie à 40 000 et au Maroc à 4 000 [4][4]  Les tirailleurs nord-africains en temps de guerre,..., soit un total de 154 000. Ce chiffre ramené à 100 000, après l’élimination des défaillants, des rappelés destinés aux formations du territoire et des cadres d’instruction, devait constituer l’essentiel des renforts pour le front. Selon les prévisions de l’EMA, ces renforts s’effectueraient au rythme suivant : 26 000 dans les deux premiers mois de guerre et 14 500 mensuellement à partir du troisième mois, ce qui permettrait d’alimenter les armées pendant sept mois en attendant l’instruction de nouvelles recrues par l’intensification de l’appel en Algérie-Tunisie et par courant accentué d’engagements au Maroc.

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En dehors des 7 DINA mobilisées en France, un premier lot de trois divisions fut acheminé au cours de l’automne-hiver 1939 [5][5]  Général Weygand, Rappelé au service, Paris, Flammarion,..., ce qui correspondait, en gros, aux prévisions de l’EMA pour les trois premiers mois de guerre. À la date du 1er mars 1940, l’effectif des indigènes nord-africains affectés aux armées s’élevait à 70 000 hommes qui se trouvaient déjà en métropole, auxquels s’ajoutaient 100 000 en Afrique du Nord, 23 000 au Levant, 2 000 dans la Marine et 145 000 affectés aux forces de territoire, soit un total de 340 000 hommes [6][6]  Note de l’EMA, mars 1940, SHd-Terre, 9N122 cité..

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Mais l’hiver 1939-1940 se passa, pour les mobilisés nord-africains déployés sur le front du Nord-Est, à aller de bivouac en cantonnement et vice versa. Les combats proprement dits ne commencèrent qu’à partir du 10 mai 1940 lorsque les troupes allemandes envahirent la Hollande et la Belgique. Le commandement décida alors d’acheminer un deuxième lot de forces nord-africaines qui comprenait deux divisions et d’importants éléments d’une troisième [7][7]  Général Weygand, op. cit., p. 387., forces auxquelles s’ajoutèrent des éléments provenant des dépôts de la métropole, évalués à 27 000 [8][8]  Note de l’EMA, mars 1940, SHd-Terre, 9N22.. Il est difficile d’établir le nombre exact de musulmans nord-africains ayant pris part aux combats de mai-juin 1940. En dehors des éléments endivisionnés, des renforts arrivèrent régulièrement en Métropole dès le début de la bataille, en provenance d’Algérie-Tunisie essentiellement. Ce fut le 18 juin seulement que le général Noguès, résident général au Maroc et commandant en chef du théâtre d’opérations, décida de suspendre tout départ vers la Métropole [9][9]  André Truchet, L’armistice de 1940 et l’Afrique du.... Certains, envoyés à la dernière minute, n’y arrivèrent que pour être faits prisonniers. Huit divisions étaient sur le front français le 10 mai 1940. Sur les six divisions françaises qui tenaient entre la Dyle et la Meuse, trois étaient nord-africaines : 1re DM, 2e et 5e DINA [10][10]  Christine Levisse-Touzé, L’Afrique du Nord : recours....

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La défaite de 1940 s’accompagna d’un nombre très élevé de prisonniers de guerre : plus de 1 800 000 soldats français faits prisonniers en 1940 [11][11]  Yves Durand, La vie quotidienne..., op. cit., p. .... Jamais un aussi grand nombre d’hommes n’était tombé entre les mains de l’ennemi en aussi peu de temps. Pour les indigènes nord-africains, certains, comme ceux déployés sur la ligne Maginot qui ne subit aucune attaque, n’eurent même pas l’occasion de se battre. D’autres provenaient des divisions engagées en Belgique et au Luxembourg qui, après une longue et exténuante retraite, se retrouvèrent à Dunkerque coincés entre la mer et l’armée allemande qui arrivait derrière, ou encore ceux du front des Ardennes qui, après une résistance sans espoir, se retrouvèrent rattrapés et dépassés par les colonnes motorisées ennemies.

OÙ ÉTAIENT-ILS DÉTENUS ?

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Toute cette masse de prisonniers fut d’abord internée dans les Frontstalags éparpillés sur l’ensemble de la zone occupée et qui servirent à héberger les prisonniers de guerre de toutes origines. Dans les cantonnements surpeuplés de France, les Allemands décidèrent de transférer dans les Oflags et Stalags situés outre-Rhin la majorité des Français et réservèrent les Frontstalags à l’internement des prisonniers originaires des colonies et des départements d’outre-mer. Par voie ferroviaire, dans des wagons à bestiaux, plus d’un million et demi de prisonniers franchirent le Rhin au cours de l’été et de l’automne 1940, et furent éparpillés dans les camps du Grand Reich. Il ne restait en novembre que 150 000 prisonniers français dans les Frontstalags [12][12]  Ibid., p. 78.. Inversement, les prisonniers d’outre-mer (colonies et départements d’outre-mer) qui étaient emmenés dans les camps en Allemagne connurent le même périple dans les mêmes conditions mais en sens inverse. Ils furent, pour la plupart, séparés de leurs compagnons d’infortune et ramenés durant la même période dans les Frontstalags en France qu’ils ne quittèrent plus, pour une bonne partie d’entre eux, jusqu’en 1944. Cependant, un certain nombre de prisonniers nord-africains connurent la captivité en Allemagne. Yves Durand [13][13]  Yves Durand, La captivité..., op. cit., p. 59. indique qu’ « on en voit dans plusieurs camps allemands en 1941 ». Nancy Lawler cite le chiffre de 34 000 soldats coloniaux détenus en Allemagne [14][14]  Nancy Lawler, Soldats d’infortune..., op. cit., p.... Par ailleurs, les Allemands renvoyaient, par mesure de discipline, dans les camps d’outre-Rhin les évadés des camps de France, qui avaient été repris [15][15]  Secrétariat d’État à la Guerre, Direction des PG,....

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Les « Frontstalags » au 24 septembre 1940

Brest, Vannes, Cherbourg, Saint-Lô, Mayenne, Rennes, Laval, Châteaubriant, Amboise, Sablé, Mulsanne, Le Mans, Alençon, Caen, Versailles (Hôpital), La Celle-Saint-Cloud, Jargeau, Beaune-la-Rolande, Montargis, Pithiviers (camps nos 1 et 2), Nemours, Troyes (Huit-clos et Saint-André) Ancours, Melun, Sens, Joigny, Auxerre, Saint-Florentin, Tonnerre, Meaux, Château-Thierry, Châlons-sur-Marne, Sainte-Ménéhould, Vitry-le-François, Mailly, Doullens, Rouen, Chantilly, Péronne, Laon, Sissonne, Sedan, Verdun, Toul, Nancy, Saint-Mihiel, Lunéville, Mirecourt, Epinal, Besançon, Vesoul, Belfort, Dijon, Langres, Chaumont, Fourchambault.

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Les Frontstalags furent modifiés plusieurs fois. Au fur et à mesure que les prisonniers français les quittaient, les Allemands avaient tendance à les regrouper. En 1941, on comptait les Frontstalags suivants, éparpillés sur l’ensemble de la zone occupée :

133 Rennes, 135 Quimper, 232 Savenay, 132 Laval, 181 Saumur, 141 Vesoul, 121 Épinal, 124 Joigny, 153 Chartres, 151 Montargis, 194 Châlons-sur-Marne, 161 Nancy, 195 Onnesse-Laharie, 184 Angoulême, 204 Amiens, 192 La Fère, 190 Charleville, 221 Saint-Médard, 230 Poitiers, 222 Bayonne-Anglet [16][16]  Y. Durand, La captivité..., op. cit., p. 59..

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Au printemps 1941, les prisonniers français dans les Frontstalags, d’après les comptes rendus des délégués de la DSPG (Direction du service des prisonniers de guerre) à Lyon, n’étaient que quelques milliers [17][17]  Secrétariat d’État à la Guerre, Direction des PG,.... Dans les Frontstalags où le transfert des prisonniers français et étrangers vers les camps du Grand Reich était achevé, seuls quelques Français demeuraient aux côtés des indigènes pour servir d’encadrement. C’était le cas pour beaucoup de Frontstalags au printemps 1941. Ainsi, par exemple, au Frontstalag 133 (Rennes) on comptait, le 2 avril 1941, 215 prisonniers français aux côtés des 4 044 Nord-Africains et 1 278 coloniaux. Le 132 (Laval) comptait, au 1er avril 1941, 100 prisonniers français aux côtés de 4 826 indigènes ; au 153 (Chartres), il n’y avait que 178 Français aux côtés des 3 354 indigènes.

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Les Français dans les Frontstalags devenaient de plus en plus rares pour n’être plus que quelques centaines vers fin 1941. Selon le rapport du médecin-commandant Bonnaud [18][18]  Ibid. Secrétariat d’État à la Guerre, Direction des PG,..., sur les 39 692 prisonniers contrôlés par les délégués de la DSPG au 31 mars 1942, il n’y avait que 331 Français. En conséquence, la diminution des effectifs et leur relative stabilisation vers le début de 1942 incitèrent les autorités allemandes à regrouper, le 7 avril 1942, les quelque 20 Frontstalags en huit seulement [19][19]  Ibid..

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Au 31 mars 1942

• Frontstalag 133 Rennes regroupa 135 (Quimper) en partie, 232 (Savenay), 132 (Laval) et 181 (Saumur). Il s’étendait sur les départements suivants : Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Mayenne, Sarthe, Morbihan, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Indre-et-Loire (partie occupée) et la Vendée.

• Frontstalag 141 Vesoul regroupa 121 (Épinal) et 124 (Laval). Il couvrait les départements suivants : Vosges, Haute-Marne, Yonne, Côte-d’Or, Haute-Saône, Territoire de Belfort, Doubs, Jura (partie occupée), Saône-et-Loire, Nièvre, Allier (partie occupée).

• Frontstalag 153 Chartres regroupa 151 (Montargis) et s’étendait sur les départements suivants : Manche, Calvados, Eure, Seine-et-Oise, Orne, Eure-et.Loir (partie occupée), Seine-et-Marne, Loir-et-Cher, Loiret, Cher (partie occupée).

• Frontstalag 194 Châlons-sur-Marne regroupa 161 (Nancy) et s’étendait sur les départements suivants : Meuse, Meurthe-et-Moselle, Marne, Aube.

• Frontstalag 195 Onnesse-Laharie regroupa 184 (Angoulême) et s’étendait sur le département des Landes (partie occupée).

• Frontstalag 204 Saint-Quentin regroupa 204 (Amiens), 192 (La Fère) et 190 (Charleville). Il couvrait les départements suivants : Nord, Pas-de-Calais, Somme, Aisne, Ardennes, Seine-Inférieure, Oise.

• Frontstalag 221 Saint-Médard regroupa 135 (Quimper) et 230 (Poitiers). Il s’étendait sur les départements suivants : Vienne (partie occupée), Deux-Sèvres, Charente-Inférieure, Charente (partie occupée), Gironde, Dordogne (partie occupée).

• Frontstalag 222 Bayonne-Anglet s’étendait sur le département des Basses-Pyrénées (partie occupée).

COMBIEN ÉTAIENT-ILS ?

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D’après le gouverneur général de l’Algérie Y. Chatel, le nombre d’indigènes nord-africains détenus dans les camps de France et d’Allemagne s’élèverait à 90 000 qui se répartissaient comme suit : 60 000 musulmans algériens, 18 000 Marocains et 12 000 Tunisiens [20][20]  Conférence du 2 au 5 janvier 1941 à Alger sur les PG.... Ce chiffre, le plus élevé de tous ceux révélés sur les indigènes nord-africains prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale, n’est ni confirmé ni infirmé par aucun document d’archives. Devant l’angoisse des familles des mobilisés, le gouvernement de Vichy demandait le 21 mars 1941 au gouverneur général de l’Algérie de faciliter la captation de Radio-Berlin qui, chaque soir, dans ses émissions à destination du Maghreb, donnait une liste de prisonniers musulmans détenus dans les camps de France et d’Allemagne. La liste était portée ensuite à la connaissance des chefs de communes qui devaient la diffuser dans les douars [21][21]  Note du 21 mars 1941 à l’intention du G. G. Y. Chatel,.... Nous ignorons si cette méthode permit de renseigner d’une façon précise les familles des prisonniers, mais, devant la multitude des homonymes, nous imaginons que dans beaucoup de cas elle n’a dû qu’accroître la confusion. P.-M. de La Gorce [22][22]  P.-M. de La Gorce, L’Empire écartelé, op. cit., p... cite le chiffre de 67 400 prisonniers nord-africains du 3 septembre 1939 au 25 juin 1940. Or certaines unités ne cessèrent le feu qu’après accord signé le 26 juin ; ce fut le cas notamment des troupes du secteur fortifié de Haguenau, qui formaient une DINA et qui avaient reçu l’assurance de ne pas être traitées en prisonniers [23][23]  Y. Durand, La vie quotidienne..., op. cit., p. 28.... Ch.-R. Ageron [24][24]  Ch.-R. Ageron, « Les populations du Maghreb... »,... donne le chiffre de 60 000 musulmans nord-africains. Y. Durand [25][25]  Yves Durand, La captivité..., op. cit., p. 59., citant une note de Scapini [26][26]  Georges Scapini (1893-1976), homme politique français,... à Reinecke [27][27]  Reinecke, général de l’armée allemande, chef de l’Office..., indique que, de 80 000 au début, le nombre de prisonniers indigènes détenus dans les Frontstalags tomba à 60 000 fin 1941. Selon le rapport [28][28]  Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., SHd-Terre,... du 8 octobre 1941 du médecin-commandant Bonnaud sur les prisonniers des Frontstalags, il y avait, d’après le haut commandement de l’armée allemande [OKW (Oberkommando der Wehrmacht)], 68 550 hommes dont 43 973 Nord-Africains, 15 777 Sénégalais, 3 888 Malgaches, 2 317 Indochinois, 380 Martiniquais et 2 718 prisonniers qui n’avaient pas été classés par race (sic). En juin 1942, les différentes œuvres pour la confection des colis anonymes, destinés aux indigènes prisonniers dans les Frontstalags s’occupaient de 41 962 prisonniers de guerre [29][29]  Secrétariat d’État à la Guerre, Direction du Service... : 13 974 Algériens, 7 140 Tunisiens, 5 152 Marocains, 10 757 Sénégalais, 2 468 Malgaches et 2 471 Indochinois. Le même médecin, dans le rapport du 30 mai 1942, indiquait un effectif de 43 944 prisonniers au 31 mars 1942, mais les délégués n’avaient pu en contrôler que 39 692 dont 25 475 Nord-Africains : 13 754 Algériens, 4 357 Tunisiens et 7 364 Marocains. Sur les 4 252 prisonniers non contrôlés, 2 292 se trouvaient au Frontstalag 133 et la répartition des 1 960 autres dans les Frontstalags n’était pas connue.

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À la date du 1er mai 1943, on comptait 23 141 Nord-Africains encore en captivité dans les Frontstalags : 12 584 Algériens, 6 007 Marocains et 4 550 Tunisiens, auxquels s’ajoutaient 13 610 coloniaux, Sénégalais pour la majorité [30][30]  Note de la sous-direction des PG, 27 juillet 1943,.... Jusqu’à la Libération, ces effectifs évoluèrent peu, puisqu’il restait, vers la fin de 1943, 21 977 prisonniers musulmans nord-africains : 11 685 Algériens, 5 802 Marocains et 4 490 Tunisiens [31][31]  Idem.. La diminution progressive de ces effectifs s’explique par quatre causes : les libérations, les évasions, les évacuations sanitaires et les décès.

Les libérations

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Contrairement à l’intention que claironnait la propagande allemande sur les ondes de Radio-Berlin et de Paris-Mondial de libérer tous les prisonniers indigènes, seule une dizaine de mille en bénéficièrent en vertu d’une décision allemande du 3 juillet 1941 et qui concernait 12 000 Nord-Africains [32][32]  Rapport d’un médecin-commandant, op. cit., ibid.. Ce qui représente un peu plus de 27 % par rapport aux 43 973 PG nord-africains cités plus haut. Ils furent libérés les 19 et 20 décembre 1941 aux côtés de 3 800 Sénégalais. Les libérations devaient en rester là, au grand désarroi des prisonniers des Frontstalags.

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Par ailleurs, les Allemands se servirent de certains prisonniers nord-africains comme agents de propagande, de renseignement ou de sabotage. Ils furent libérés ou pseudo-évadés et envoyés en Afrique du Nord. D’autres furent enrôlés dans l’armée allemande. Il est difficile, pour l’instant, de donner des indications précises sur leur nombre, étant donné que les archives du SHD, concernant cette catégorie de libérés, demeurent incommunicables [33][33]  Ces archives sont : le carton 2P87 concernant la libération....

Les évasions

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Les comptes rendus de visites des Frontstalags effectuées entre mars et juillet 1941 [34][34]  Direction du Service des PG, Compte rendu des visites... indiquaient que les évasions étaient assez nombreuses. Elles variaient entre 2 par mois au 153 (Chartres) où l’on notait une sévère discipline avec deux appels par jour, à 50 par mois au 132 (Laval), particulièrement au camp de Mulsanne, du début de la détention à janvier 1941. Or les moments les plus favorables aux évasions se situaient précisément durant cette période, à l’occasion des départs des prisonniers français vers l’Allemagne. Par la suite, des évasions encore nombreuses se produisaient parmi les prisonniers des Arbeitskommandos (détachements de travail). Le rapport du médecin-commandant Bonnaud indiquait qu’entre le 8 octobre 1941 et le 31 mars 1942, soit en six mois, le nombre d’évadés s’élevait à 2 481. Ce qui dégage une fréquence d’évasion de 2 500 à 3 000 tous les six mois jusqu’à fin mars 1942. Compte tenu de ces données, le nombre d’évadés depuis le début de la détention jusqu’en septembre 1941 peut être évalué à 6 000 environ. On peut donc estimer le nombre d’évadés nord-africains et coloniaux des Frontstalags à environ 10 000 du début de la détention jusqu’à avril 1942. Ce qui représente 12,5 % par rapport au 80 000 PG nord-africains et coloniaux du début annoncés par Scapini. Le nombre d’évadés français à l’occasion des transferts vers l’Allemagne, selon Y. Durand, s’élevait à 225 000 [35][35]  Yves Durand, op. cit., p. 35.. Ce qui donne la même proportion par rapport aux 1 800 000 PG français du début.

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Après la nouvelle répartition des Frontstalags du 7 avril 1942, la surveillance devint plus serrée et les occasions d’évasion plus rares. Mais les Allemands, qui ne manquaient pas d’imagination, et apparemment insatisfaits, pensèrent en février 1943 à renforcer l’encadrement français des indigènes placés dans des commandos de travail, où se produisaient encore de nombreuses évasions. Cet encadrement était responsable devant les Allemands, les Français s’engageant à reprendre les évadés [36][36]  Ibid., p. 59.. Les cadres français désignés étaient mis en congé mais non libérés. Ils devaient recevoir une indemnité du haut commandement de l’armée allemande. Les prisonniers indigènes nord-africains et coloniaux crurent à une libération des Français et leur moral s’en ressentit, en voyant leurs compagnons d’infortune devenir leurs surveillants. Un prisonnier antillais du Frontstalag 194 (Châlons-sur-Marne) écrivait, en juin 1943 [37][37]  Extrait de la lettre de l’adjudant-chef Gernet du... : « Il est amer d’être prisonnier de guerre et d’avoir en partie des Français comme gardiens et douloureux de souffrir les effets d’une telle distinction, peut-être involontaire, alors qu’il s’agit de libération. Je suis Antillais, puis-je dire que je suis Français ? » Chez les cadres désignés pour cette « tâche ingrate », pour reprendre les termes de la DSPG, l’émotion et le mécontentement étaient également grands. La DSPG soulignait en décembre 1943 [38][38]  Note du 20 décembre 1943, ibid., après dix mois d’application, « l’incompréhension quasi générale des services publics ou privés s’occupant des PG des Frontstalags qui voyaient là un manque de dignité dans le rôle attribué à des militaires français ». Les premiers prisonniers indigènes, mis sous surveillance française, étaient au nombre de 1 400, utilisés par les Allemands dans les industries d’armement [39][39]  Note du 27 février 1943, ibid.. Selon une note de novembre 1943 de la Direction du Personnel militaire [40][40]  Ibid., sur les 35 587 prisonniers qui restaient encore en détention dans les Frontstalags, il y avait un total de 4 800 prisonniers indigènes surveillés par des Français au 6 octobre 1943. L’effet de la décision allemande sur les évasions serait donc limité, puisque cette mesure ne portait que sur un peu plus de 13 % des effectifs de prisonniers. La comparaison de la situation de juin 1942 (26 266 prisonniers indigènes nord-africains) avec celle de mai 1943 (23 141) fait ressortir un déficit de 3 125 prisonniers, dont une bonne moitié de décédés ou rapatriés sanitaires au cours de l’hiver 1942-1943, ce qui confirme la nette régression des évasions, amorcée dès le regroupement des Frontstalags en avril 1942. Au 1er octobre 1943, il restait en captivité dans les Frontstalags, selon la DSPG, 21 977 indigènes nord-africains et environ 13 000 coloniaux, Sénégalais pour la majorité [41][41]  Note du 18 décembre 1943, ibid.. Ce qui représente un déficit de 8 967 prisonniers par rapport aux 43 944 du 31 mars 1942. Ce déficit comprend les décès et les évacuations sanitaires très nombreuses. Les dernières évasions se produisirent après le débarquement allié en Normandie en juin 1944 et celui de la 1re armée française en Provence en août ; les Allemands avaient alors tendance à transférer, rapidement, les PG des Frontstalags vers l’Allemagne : nouvelle occasion pour les prisonniers de tromper la vigilance de leurs gardiens. Mais certains de ces transferts tournèrent au tragique. « Un rapport d’octobre 1944 émanant du 2e Bureau [42][42]  Rapport du 2 octobre 1944 sur le moral des troupes..., sur le moral des troupes nord-africaines de la 1re DB, signalait qu’un train transportant des prisonniers nord-africains de Vesoul vers l’Allemagne a été mitraillé par un avion aux environs du 10 septembre à hauteur de Champagney. » Il y eut, selon le rapport, « quelques centaines de prisonniers tués ». Le reste s’était enfui dans la campagne où ils furent cachés par des paysans, puis ils rejoignirent le centre de prisonniers nord-africains rapatriables de Besançon.

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Si les documents consultés ne donnent aucun chiffre sur le nombre total d’évadés des Frontstalags, il est certain, cependant, qu’entre avril 1942 et jusqu’à la Libération les prisonniers s’étaient moins évadés, compte tenu de l’accentuation de la surveillance et de la dégradation de leur état sanitaire. Il est difficile de se hasarder à donner un chiffre sur le nombre total d’évadés, mais le cap de 12 000 serait difficilement dépassé. Proportionnellement aux effectifs, et du fait que l’état sanitaire des prisonniers sénégalais était plus grave que celui des Nord-Africains, la majorité des évadés se comptait parmi ces derniers. En outre, la masse illettrée de prisonniers, déplacés de camp en camp, n’avait souvent aucune idée de l’endroit où elle se trouvait.

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Une fois la zone libre gagnée, les évadés se présentaient en général aux différents centres de rapatriement ou de regroupement où ils subissaient un interrogatoire approfondi devant les officiers du 2e Bureau avant d’être rapatriés en Afrique du Nord.

Les décès et les évacuations sanitaires

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Dès les premières visites effectuées aux Frontstalags en mars 1941, les délégués de la DSPG [43][43]  Secrétariat d’État à la Guerre, Direction des PG,... s’inquiétèrent de l’état sanitaire des prisonniers. La tuberculose, au cours de l’hiver 1940-1941, fut particulièrement meurtrière pour les indigènes nord-africains et coloniaux. La proportion était particulièrement élevée parmi les prisonniers transférés d’Allemagne et ceux internés dans les camps du Nord-Est. Au Frontstalag 121 (Épinal) qui comptait 7 451 indigènes, les délégués soulignaient en mars 1941 que les prisonniers souffraient du climat de l’Est et s’inquiétaient d’une poussée de tuberculose. Au 132 (Laval) où étaient internés 4 826 indigènes aux côtés de 100 Français, on signalait en avril que 10 % des prisonniers transférés d’Allemagne étaient atteints. Au 133 (Rennes), on relevait 15 cas de tuberculose par semaine. Le 1er avril, au camp de la Marne rattaché au Frontstalag 133 où étaient détenus 151 Français, 708 indigènes nord-africains et 1 378 Noirs, les médecins délégués relevaient 12,5 % de tuberculeux parmi les Noirs, 2 % parmi les Algériens, et dénombraient 4 cas de lèpre. Le 2 avril, au Frontstalag 181 (Saumur) qui hébergeait 238 Français, 3 992 indigènes dont 1 400 en Arbeitskommandos, on compta 30 décès par tuberculose au cours de l’hiver. Le même nombre de décès par tuberculose – des Noirs en grande partie – fut signalé, le 4 avril, au 230 (Poitiers) depuis le 5 janvier. Le 12 juin, au Frontstalag 153 (Chartres) où étaient internés 178 Français et 3 354 indigènes, sur 1 200 PG visités on dénombra 300 cas de tuberculose, soit 25 %. Le 7 juillet, au 221 (Saint-Médard), sur un effectif de 2 782 prisonniers, indigènes algériens pour la majorité, on comptait 280 malades dont 50 tuberculeux et 10 lépreux, 83 décès par tuberculose depuis janvier.

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Les conditions d’hygiène, souvent catastrophiques, aggravèrent la situation sanitaire des prisonniers, sales et pouilleux. Dans beaucoup de camps, il n’existait ni douches ni bains. Aussi, cette poussée de tuberculose se poursuivit l’hiver suivant. Entre octobre 1941 et mars 1942, le rapport du médecin Bonnaud [44][44]  Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., ibid.,... relevait 8 975 prisonniers réformés et évacués sur les hôpitaux de la zone libre ; 700 se trouvaient encore dans les hôpitaux des Frontstalags, 300 dans les hôpitaux de la zone occupée et 150 prisonniers étaient décédés avant d’avoir été réformés. Les soins dans la quinzaine d’hôpitaux des Frontstalags étaient assurés par 120 médecins dont 75 étaient considérés par les Allemands comme prisonniers, 180 infirmiers français dont 77 étaient des prisonniers et 263 infirmiers indigènes, tous prisonniers. Le tout encadré par des médecins-chefs allemands. Mais des décès encore nombreux eurent lieu dans les hôpitaux de la zone libre parmi les prisonniers réformés. Le rapport, sans donner de chiffre, soulignait :

« Les prisonniers ont payé un lourd tribut à la tuberculose. Malgré des réformes extrêmement nombreuses dont ont bénéficié non seulement les malades, mais des suspects, dépistés au cours de la radio systématique, de nombreux décès ont été à déplorer, soit dans les hôpitaux de la zone occupée, soit et surtout dans les hôpitaux de la zone libre après la réforme [...]. Il est certain que, si la captivité se prolonge, les prisonniers seront décimés, malgré toutes les précautions qui ont pu être prises. Lorsqu’une réforme intervient, il est, en général, trop tard pour sauver le malade. » [45][45]  Ibid.

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Cette poussée de la maladie était favorisée par les conditions d’existence des indigènes, d’une part, et par la lenteur de soins appropriés, d’autre part. La DSPG, qui voulait une « répartition des indigènes par camps et par races » (sic) que les autorités allemandes refusaient, estimait qu’une telle répartition aurait, « outre un avantage de classification, un intérêt d’ordre sanitaire, car il est à craindre que les Arabes, vieux tousseurs et souvent vieux cracheurs de BK, n’aient, en bien des cas, contaminé les Sénégalais particulièrement réceptifs » [46][46]  Ibid..

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Les évacués sanitaires étaient accueillis à la ligne de démarcation par les services du secrétariat d’État à la Guerre, puis accompagnés aux centres de triage. Les consignes de l’EMA insistaient sur la nécessité d’ « accueillir avec une particulière sollicitude nos indigènes rapatriés : surveiller de très près l’alimentation, le couchage, l’état sanitaire, examiner avec bienveillance les demandes formulées... » [47][47]  Note du 24 décembre 1941, Secrétariat d’État à la.... Dans les centres de triage, notamment celui de Limoges qui recevait la majeure partie des indigènes rapatriés sanitaires, on renforça le service d’accueil et d’information par un personnel « possédant parfaitement la langue arabe ». L’attitude paternaliste du gouvernement vichyssois vis-à-vis des rapatriés sanitaires se poursuivit dans les hôpitaux. Des cafés maures furent, également, organisés dans les différents centres de regroupement à Marseille, Fréjus, Clermont-Ferrand, etc., qui accueillaient aussi des évadés. Les rapatriés sanitaires n’échappaient pas à l’interrogatoire individuel de contre-propagande passé devant les officiers du 2e bureau.

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Mais le brassage continuel des effectifs des camps et la promiscuité des « races » n’étaient que des facteurs aggravant la propagation rapide de la maladie. Les véritables causes sont à rechercher dans les conditions de détention.

LES CONDITIONS DE DÉTENTION

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La propagande du Reich sur les ondes de Radio-Zeesen ou de Paris-Mondial affirmait que les indigènes nord-africains étaient bien traités et bénéficiaient d’un régime de faveur. Sur les conditions de détention et le traitement réservés aux prisonniers parvenaient en Afrique du Nord des sons de cloche différents, répercutés par les libérés ou les évadés. Certains déclarèrent que « pendant les premiers mois de leur captivité ils ont été méprisés et maltraités par les Allemands puis que, par la suite, ils ont bénéficié d’un régime de faveur, vivant non avec les Français mais avec les soldats allemands dont ils partageaient les repas » [48][48]  Division de Constantine, État-Major, 2e bureau, Bulletin.... De tels faits ne sont pas explicitement mentionnés dans les rapports de la DSPG. Cependant, on pouvait lire dans certains comptes rendus de visite, notamment au 153 (Chartres) en juin 1941, que « les prisonniers indigènes rendent hommage aux autorités allemandes pour l’effort qu’elles font pour rendre leur captivité moins dure à supporter » [49][49]  Direction du Service des prisonniers de guerre, Compte.... Mais ces mêmes comptes rendus soulignaient le plus souvent une sévère discipline et un strict régime de détention.

Le logement

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Au début de l’internement, quand les Frontstalags hébergeaient tous les prisonniers capturés en mai et juin 1940, les conditions d’existence étaient souvent catastrophiques. Des dizaines de milliers d’hommes furent parqués, pendant plusieurs jours, dans des champs sans abri. Et, le plus souvent, le travail pour les prisonniers commençait par l’édification des baraquements. En attendant, ils dormaient sur des planches, à même le sol, à la belle étoile. L’eau et la nourriture étaient insuffisantes. Des prisonniers restaient des dizaines de jours sans se laver, envahis par les poux. Des épidémies de dysenterie se déclarèrent dans plusieurs camps au cours de l’été 1940 [50][50]  Rapport sur le Frontstalag de Chateaubriant, fait.... Mais les Frontstalags ne tardèrent pas à se vider de leurs prisonniers français, le temps pour les Allemands de faire le tri. Après leur départ, le malheur des uns faisant le bonheur des autres, les conditions de logement s’améliorèrent quelque peu ; du moins, on respirait mieux dans les cantonnements moins surpeuplés. Cependant, les conditions de logement dans les Arbeitskommandos qui ne possédaient pas les moyens de chauffage du camp principal demeurèrent assez précaires. Or le travail était la réalité pour la majorité des prisonniers des Frontstalags.

L’habillement

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Le mauvais état de l’habillement des prisonniers fut signalé dans pratiquement tous les Frontstalags par les délégués de la DSPG au cours des visites effectuées entre mars et juillet 1941. « Les uniformes et les chaussures usés » reviennent dans chaque compte rendu de visite de camps et d’Arbeitskommandos. En octobre 1941, la situation n’était guère meilleure. Le préfet de la Nièvre, dans une lettre au ministre secrétaire d’État à l’Intérieur, écrivait que « les 1 100 PG nord-africains, internés dans son département, portaient les mêmes vêtements et les mêmes chaussures depuis la déclaration de guerre et même plus. Certains allaient pieds nus ou vêtus de loques » [51][51]  Lettre du 10 octobre 1941, SHd-Terre, 2P78.. Le ministre répondit par la négative : « C’est à l’Allemagne d’habiller ses prisonniers. » [52][52]  Lettre du 14 novembre 1941, ibid. Il proposait d’intervenir auprès des autorités d’occupation auxquelles incombe l’entretien des prisonniers. Cela résume toute la politique du gouvernement de Vichy vis-à-vis des prisonniers de guerre qui, loin d’œuvrer pour leur libération puisque l’armistice avait été signé et qu’officiellement la France n’était plus en guerre contre l’Allemagne, se contenta d’ « interventions auprès des autorités allemandes » pour faire respecter la Convention de Genève.

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Des prisonniers travaillant chez des cultivateurs, notait le préfet, n’hésitaient pas à faire remarquer le « peu d’empressement que manifeste la France envers ses soldats coloniaux qui ont su à l’appel de la métropole accomplir leur devoir » [53][53]  Lettre du préfet de la Nièvre, 10 octobre 1941, op. cit.,.... Le rapport du médecin-commandant Bonnaud soulignait encore en mai 1942, après deux visites effectuées par les délégués à chaque Frontstalag et Arbeitskommando, entre octobre 1941 et mai 1942, que « les uniformes et les chaussures sont en mauvais état, malgré l’existence de stocks suffisants pour habiller et chausser correctement les prisonniers » [54][54]  Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., ....

La nourriture

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La crainte de ne pas manger à sa faim était l’obsession permanente du prisonnier. Dans la plupart des Frontstalags, la DSPG soulignait, au premier semestre 1941, l’état très mauvais de la nourriture et son insuffisance : « Une soupe peu appétissante et des cantines sans denrées alimentaires. » La situation commença à s’améliorer vers la fin 1941, grâce, notamment, à l’appoint fourni par la sous-direction des prisonniers de guerre et distribué par la Croix-Rouge. « Les indigènes ont toujours été bien pourvus en colis et, en certains cas, ils ont pu recevoir deux et même trois colis par mois. » Mais, en même temps, on signalait la très grande irrégularité dans la distribution de ces colis, « car si certains indigènes, en particulier les Marocains, ont été privilégiés, par contre d’autres, en particulier dans le Sud-Ouest, ont été beaucoup plus mal partagés » [55][55]  Ibid.. Le fait était également signalé par un rapport de la Croix-Rouge du 22 septembre 1941 [56][56]  Rapport de la Croix-Rouge, 22 septembre 1941, ibid.,... : « Les Marocains bénéficient d’un régime de faveur en colis. » Ce qui, vraisemblablement, provoqua dans certains camps une cohabitation difficile entre prisonniers indigènes de différentes origines et surtout entre indigènes et Français. Au Frontstalag 153 (Chartres), en mars 1941, un délégué de la DSPG notait que « les Français vivent à l’écart des indigènes. Les premiers reprochent aux seconds d’être comblés de colis par la Croix-Rouge et qu’ensuite ils les jouent aux dés » [57][57]  Compte rendu de la visite du Frontstalag 153, 28 mars 1941,.... À l’Arbeitskommando de Bourges qui comptait 34 Français et 1 467 indigènes, on notait, en juin 1942, que « les indigènes ne s’entendent pas très bien entre races, Nord-Africains et Noirs surtout » [58][58]  Compte rendu de visite de l’AK de Bourges le 10 juin 1941,....

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L’aide et l’assistance aux prisonniers des Frontstalags étaient organisées par la sous-direction des prisonniers de guerre à Paris, créée en novembre 1940 par le général Huntziger alors ministre de la Guerre. Les colis étaient distribués par la Croix-Rouge française et les Amitiés africaines [59][59]  Association d’aide aux militaires et anciens militaires.... Elle comptait quatre centres de distribution : Paris, Bordeaux, Chaumont et Angers. Le Comité central d’assistance aux prisonniers de guerre, rattaché à la sous-direction, aidait les familles à envoyer à leurs prisonniers des colis individuels confectionnés par les comités locaux. La section d’outre-mer du Comité central d’assistance faisait également confectionner des colis en zone nord par des œuvres s’intéressant aux prisonniers indigènes [60][60]  M.-Th. Chabord, « Organismes français chargés des....

Le travail

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Le travail était la réalité pour la majorité des prisonniers. Chaque Frontstalag comptait plusieurs camps principaux auxquels étaient rattachés les nombreux commandos de travail (Arbeitskommandos). L’effectif d’un commando de travail variait entre une dizaine et un millier d’hommes. Selon le rapport du médecin-commandant Bonnaud [61][61]  Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., SHd-Terre,..., les commandos de travail n’avaient pas un caractère définitif. En fonction des besoins, les autorités allemandes en supprimaient ou en créaient. Les prisonniers étaient employés directement par les autorités allemandes ou mis à la disposition de communes, de particuliers et d’administrations. Beaucoup, notamment parmi les indigènes coloniaux, étaient employés comme domestiques chez des Allemands. En février 1943, outre les 1 400 utilisés dans l’industrie d’armement, 5 450 prisonniers indigènes nord-africains, « soumis à un régime strict et une discipline militaire » [62][62]  Note du cabinet du Secrétariat d’État à la Guerre,..., travaillaient dans les exploitations agricoles des départements des Ardennes, de la Meuse, de la Meurthe-et-Moselle, de la Haute-Saône, du Loiret et d’Eure-et-Loir. Une note de la DSPG du 18 décembre [63][63]  Ibid. précisait que 10 000 prisonniers indigènes travaillaient en permanence pour le compte des Allemands. En beaucoup d’autres départements, les prisonniers étaient occupés à des coupes de bois. D’autres furent utilisés comme hommes de corvées dans les formations allemandes. Cependant, quel que soit le travail effectué, la rémunération était de 10 F par jour, sauf pour les hommes de confiance : 30 F par jour. Les autorités allemandes prélevaient 2 F destinés à l’entretien du camp. La rémunération était moindre pour les prisonniers travaillant à l’intérieur des camps : 6 à 7 F par jour au camp de Saumur en avril 1941. Selon le rapport Bonnaud, les prisonniers travaillent modérément, 8 à 9 heures par jour, et se reposaient le dimanche.

Vie religieuse et distraction

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La captivité a toujours favorisé chez le prisonnier croyant une recrudescence de la pratique du culte et, pour les incroyants, elle a souvent suscité la découverte de la foi. Pour les musulmans qui constituaient la majorité des prisonniers des Frontstalags, seule la foi pouvait aider à atténuer l’adversité et l’absurdité du monde dans lequel ils se sentaient précipités.

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Les prières dans les camps ou les commandos de travail étaient dirigées par des imams choisis parmi les prisonniers pratiquants, lettrés en arabe. Beaucoup de camps et commandos possédaient des salles réservées aux prières et qui tenaient lieu, en quelque sorte, de mosquées. Des corans furent abondamment distribués par la Croix-Rouge et les Amitiés africaines. Pendant le mois de Ramadhan, la sous-direction et les différentes œuvres s’occupant des prisonniers indigènes fournissaient des suppléments d’aliments. « Chaque fête religieuse a été respectée et marquée par le repas traditionnel. Quant aux catholiques, ils ont pu dans certains cas être conduits dans une église voisine ; dans d’autres cas, un prêtre a été autorisé à pénétrer dans les camps pour célébrer la messe. » [64][64]  Rapport du médecin-commandant Bonnaud, ibid.

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Quant aux loisirs, ils se résumaient pour les indigènes, analphabètes pour la majorité, à la pratique des jeux de cartes, dominos, dés, dames, etc. Les éléments lettrés s’adonnaient à la lecture de livres que distribuait la Croix-Rouge. La pratique du sport se réduisait souvent à des parties de football. « Presque partout les prisonniers possèdent des ballons de football. Mais lorsque les jeux d’ensemble ne sont pas dirigés, les indigènes ne semblent pas particulièrement attirés par eux. » [65][65]  Ibid. On signala aussi l’existence de quelques troupes théâtrales, dirigées par des médecins, mais qui s’effritèrent rapidement à cause du brassage perpétuel des prisonniers. Des prisonniers, artisans, purent exercer leur art. Leurs travaux – objets de vannerie, broderies, petits tableaux – étaient ensuite récupérés et exposés lors des fêtes données par les Amitiés africaines au profit des prisonniers indigènes. Il semblerait que les Allemands favorisaient ce genre d’activité et étaient les premiers acheteurs.

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Des écoles françaises furent organisées dans beaucoup de camps, mais la plupart ne connurent qu’une existence éphémère. Le déplacement des prisonniers entraînait souvent la suppression de l’école. À côté des écoles françaises, les Allemands organisaient des cours d’allemand qui, selon la DSPG, eurent moins de succès auprès des indigènes : « Chaque fois qu’une école de français a pu être organisée, elle a été suivie. Souvent les indigènes ont réclamé des livres français. » [66][66]  Ibid.

Le moral

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Dans les camps et les commandos de travail, la monotone succession de jours semblables et l’effritement de l’espoir d’une libération faisaient flancher le moral le plus solide. Outre les conditions de détention, évoquées ci-dessus, et le sentiment répandu dans beaucoup de camps d’être abandonnés par la France, les prisonniers indigènes, signalait-on lors des visites, souffraient d’un « manque de nouvelles de leurs familles et étaient abattus et résignés ». Malgré les efforts de la section d’outre-mer du Comité central d’assistance d’établir avec l’aide des autorités allemandes et des hommes de confiance des listes d’indigènes avec les adresses de leurs familles, de nombreux prisonniers, notait le rapport Bonnaud en mai 1942, n’avaient jamais reçu de lettre depuis le début de la détention. En Afrique du Nord, les familles des prisonniers se faisaient assister, pour rédiger et envoyer leur courrier, par les comités locaux et leurs associations marraines ainsi que par les Amitiés africaines. Mais la portée de cette assistance était le plus souvent limitée aux villes et atteignait difficilement les douars reculés d’où étaient issus la majorité des prisonniers, et où les familles étaient trop peu fortunées pour s’adresser à l’écrivain public qui faisait payer cher les quelques missives de ses clients. Aussi lisait-on, dans le rapport Bonnaud : « J’ai l’impression que si, dans bien des cas, les prisonniers n’ont reçu aucune correspondance, c’est parce que leurs familles n’en ont pas envoyé. » À cela s’ajoutait la censure au centre de triage de Bordeaux qui aggravait la lenteur du courrier. Les prisonniers, souvent pères de famille, étaient angoissés par la question des allocations. Beaucoup s’imaginaient que celles-ci n’étaient pas « touchées », sous prétexte que les lettres n’arrivaient pas ou n’en faisaient pas mention. La conclusion du rapport Bonnaud soulignait qu’ « actuellement le moral des Indigènes est mauvais et ceci est dû à plusieurs causes : prolongation de la captivité, lenteur et insuffisance du courrier, certaines mesures qu’ils ont pu considérer comme injustes : libération des Blancs, libération de 12 000 Nord-Africains [...], promiscuité des races et contamination des Noirs par le mauvais état d’esprit revendicateur de certains Martiniquais et Nord-Africains. Le caractère particulier de chaque race s’épanouit particulièrement à l’occasion de la captivité. Les Martiniquais se montrent le plus souvent revendicateurs, les Nord-Africains se laissent assez facilement entraîner par des camarades excités. Les Sénégalais, les Malgaches et les Indochinois, beaucoup plus calmes, supportent le plus souvent sans se plaindre une captivité qui les éprouve durement » [67][67]  Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., ....

Notes

[1]

Pour les indigènes coloniaux, voir le livre de Nancy Lawler, Soldats d’infortune, les tirailleurs ivoiriens de la Deuxième Guerre mondiale, Paris, L’Harmattan, 1996, p. 97-121.

[2]

La Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, puis Guerres mondiales et conflits contemporains, a consacré trois numéros à la captivité de guerre : le no 25, janvier 1957, no 37, janvier 1960, et no 147, juillet 1987, mais aucune étude sur les PG, originaires d’outre-mer internés dans les Frontstalags. Le livre de P. Gascar, Histoire de la captivité des Français en Allemagne, 1939-1945, Paris, Gallimard, 1967, et celui d’Yves Durand, La vie quotidienne des prisonniers dans les stalags, les oflags et les kommandos, 1939-1945, Paris, Hachette, 1987, ne donnent aucune précision sur les PG musulmans. Cependant l’autre livre d’Y. Durand, La captivité. Histoire des prisonniers de guerre français, 1939-1945, Publication de la Fédération nationale des Combattants d’Algérie, Tunisie-Maroc-Paris, 1981, donne de précieuses indications sur les prisonniers de guerre originaires d’outre-mer détenus dans les Frontstalags, p. 59.

[3]

Colonel Philibert, « Les forces françaises d’Afrique du Nord, septembre 1939 - juin 1940 », Revue historique de l’Armée, numéro spécial « Algérie », 1953, p. 105.

[4]

Les tirailleurs nord-africains en temps de guerre, Études de l’EMA, section Organisation-Mobilisation, 12 janvier 1939, SHd-Terre (ex-Archives du Shat), 9N122.

[5]

Général Weygand, Rappelé au service, Paris, Flammarion, 1950, p. 387.

[6]

Note de l’EMA, mars 1940, SHd-Terre, 9N122 cité.

[7]

Général Weygand, op. cit., p. 387.

[8]

Note de l’EMA, mars 1940, SHd-Terre, 9N22.

[9]

André Truchet, L’armistice de 1940 et l’Afrique du Nord, Paris, PUF, 1955, p. 102.

[10]

Christine Levisse-Touzé, L’Afrique du Nord : recours ou secours, septembre 1939 - juin 1943, thèse d’État, Paris I, 1991, p. 161.

[11]

Yves Durand, La vie quotidienne..., op. cit., p. 11.

[12]

Ibid., p. 78.

[13]

Yves Durand, La captivité..., op. cit., p. 59.

[14]

Nancy Lawler, Soldats d’infortune..., op. cit., p. 98.

[15]

Secrétariat d’État à la Guerre, Direction des PG, Lyon, Rapport du médecin-commandant Bonnaud, 2 mai 1942, sur les PG des Frontstalags, du 1er octobre 1941 au 1er avril 1942, SHd-Terre, 2P78.

[16]

Y. Durand, La captivité..., op. cit., p. 59.

[17]

Secrétariat d’État à la Guerre, Direction des PG, Comptes rendus des visites effectuées aux Frontstalags entre mars et juillet 1941, SHd-Terre, 2P78.

[18]

Ibid. Secrétariat d’État à la Guerre, Direction des PG, Rapport du médecin-commandant Bonnaud.

[19]

Ibid.

[20]

Conférence du 2 au 5 janvier 1941 à Alger sur les PG nord-africains, organisée par le GG de l’Algérie, SHd-Terre, 1P133.

[21]

Note du 21 mars 1941 à l’intention du G. G. Y. Chatel, ibid.

[22]

P.-M. de La Gorce, L’Empire écartelé, op. cit., p. 496.

[23]

Y. Durand, La vie quotidienne..., op. cit., p. 281.

[24]

Ch.-R. Ageron, « Les populations du Maghreb... », op. cit., p. 19.

[25]

Yves Durand, La captivité..., op. cit., p. 59.

[26]

Georges Scapini (1893-1976), homme politique français, chargé par le maréchal Pétain à partir de novembre 1940 de traiter avec les Allemands des questions relatives aux prisonniers de guerre. Cette fonction, qui avait le rang et les prérogatives d’ambassadeur, était plus connue sous le nom de l’ « ambassade Scapini ». Il ne réussit à obtenir des Allemands que la libération de quelque 50 000 prisonniers, soutiens de famille.

[27]

Reinecke, général de l’armée allemande, chef de l’Office des forces armées, organisme du haut commandement de l’armée allemande (OKW).

[28]

Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., SHd-Terre, 2P78.

[29]

Secrétariat d’État à la Guerre, Direction du Service des PG, Répartition des indigènes prisonniers dans les Fronstalags entre les différentes œuvres pour la confection des colis anonymes, juin 1942, ibid.

[30]

Note de la sous-direction des PG, 27 juillet 1943, ibid.

[31]

Idem.

[32]

Rapport d’un médecin-commandant, op. cit., ibid.

[33]

Ces archives sont : le carton 2P87 concernant la libération des PG désirant servir aux colonies, PG engagés dans la Légion antibolchevique ; le carton 5P35 concernant les Algériens ayant combattu aux côtés de l’Axe, la Force germano-arabe et la Phalange africaine. Nos demandes de dérogation sont restées sans suite.

[34]

Direction du Service des PG, Compte rendu des visites aux Frontstalags, SHd-Terre, 2P78.

[35]

Yves Durand, op. cit., p. 35.

[36]

Ibid., p. 59.

[37]

Extrait de la lettre de l’adjudant-chef Gernet du 25 juin 1943, SHd-Terre, 2P78.

[38]

Note du 20 décembre 1943, ibid.

[39]

Note du 27 février 1943, ibid.

[40]

Ibid.

[41]

Note du 18 décembre 1943, ibid.

[42]

Rapport du 2 octobre 1944 sur le moral des troupes nord-africaines, 1re D., État-Major, 2e bureau, AMM, ibid., 11P186.

[43]

Secrétariat d’État à la Guerre, Direction des PG, Comptes rendus des visites des Fronstalags effectuées entre mars et juillet 1941, ibid., 2P78.

[44]

Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., ibid., 2P78.

[45]

Ibid.

[46]

Ibid.

[47]

Note du 24 décembre 1941, Secrétariat d’État à la Guerre, EMA, 1er bureau, ibid.

[48]

Division de Constantine, État-Major, 2e bureau, Bulletin de renseignement, no 48 du 15 mars 1943, dans La guerre d’Algérie par les documents, t. I : L’avertissement, 1943-1946, Publication du SHd, Vincennes, 1990, p. 39.

[49]

Direction du Service des prisonniers de guerre, Compte rendu de la visite effectuée au Frontstalag de Chartres le 12 juin 1941, SHd-Terre, 2P78.

[50]

Rapport sur le Frontstalag de Chateaubriant, fait à la Libération par le président de l’Amicale des ACPG des camps de Chateaubriant ; cité par Y. Durand, op. cit., p. 60.

[51]

Lettre du 10 octobre 1941, SHd-Terre, 2P78.

[52]

Lettre du 14 novembre 1941, ibid.

[53]

Lettre du préfet de la Nièvre, 10 octobre 1941, op. cit., ibid.

[54]

Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., ibid.

[55]

Ibid.

[56]

Rapport de la Croix-Rouge, 22 septembre 1941, ibid., 1P133.

[57]

Compte rendu de la visite du Frontstalag 153, 28 mars 1941, ibid., 2P78.

[58]

Compte rendu de visite de l’AK de Bourges le 10 juin 1941, ibid., 2P78.

[59]

Association d’aide aux militaires et anciens militaires français et indigènes, reconnue d’utilité publique, fondée en 1935 par le maréchal Franchet d’Espèrey.

[60]

M.-Th. Chabord, « Organismes français chargés des prisonniers de guerre sous le gouvernement de Vichy », Revue d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, no 37, janvier 1960, p. 9.

[61]

Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., SHd-Terre, 2P78.

[62]

Note du cabinet du Secrétariat d’État à la Guerre, 27 février 1943, ibid., 2P78.

[63]

Ibid.

[64]

Rapport du médecin-commandant Bonnaud, ibid.

[65]

Ibid.

[66]

Ibid.

[67]

Rapport du médecin-commandant Bonnaud, op. cit., ibid.

Résumé

Français

Les indigènes nord-africains prisonniers chez les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale étaient détenus pour la majorité en France dans la partie occupée. Ils provenaient des divisions nord-africaines engagées dans la bataille de mai-juin 1940. D’abord détenus avec tous les prisonniers capturés après la débâcle, ils ne tardèrent pas à en être séparés, les Allemands ayant décidé de transférer outre-Rhin les prisonniers français de souche européenne. Estimés à quelque 80 000 au début de la détention, prisonniers coloniaux compris, leur nombre ne cessa de décroître pour n’être au moment de la Libération que quelque 40 000. Une partie fut libérée par les Allemands après accord avec le gouvernement de Vichy. Il y eut aussi de nombreuses évasions, mais une bonne partie d’entre eux périt dans les camps, suite aux maladies, notamment la tuberculose qui ravagea les camps Nord-Est. Bien que soumis à une intense propagande de la part des Allemands qui entendaient en faire des soldats ou des espions, ils subissaient un strict régime de détention.

English

Les indigènes nord-africains prisonniers de guerre (1940-1945)Native North Africans who were taken prisoner by the Germans in the Second World War were for the most part held in the Occupied Zone of France. They came from the North African divisions which were engaged in the battle of May-June 1940. At first held with all other prisoners captured after the debacle, they were soon separated from the rest once the Germans decided to transfer the metropolitan French prisoners across the Rhine. Estimated at some 80,000 at the beginning of their captivity, they steadily declined in number to the level of some 40,000 at the time of the Liberation. A proportion was liberated by the Germans in accordance with an agreement with the Vichy Government. There were also a number of escapes, but a large proportion perished in the camps as a result of sickness, especially tuberculosis, which spread through camps in the Northeast. Although subjected to an intense campaign by the Germans to enlist them into German ranks or to use them for espionage, they held to a strict code of POW behaviour.

Plan de l'article

  1. D’OÙ VENAIENT-ILS ?
  2. OÙ ÉTAIENT-ILS DÉTENUS ?
  3. COMBIEN ÉTAIENT-ILS ?
  4. Les libérations
  5. Les évasions
  6. Les décès et les évacuations sanitaires
  7. LES CONDITIONS DE DÉTENTION
  8. Le logement
  9. L’habillement
  10. La nourriture
  11. Le travail
  12. Vie religieuse et distraction
  13. Le moral

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