2001
Hérodote
Les Verts et le pouvoir. Regards géopolitiques sur les écologistes français : stratégies et représentations
Sylvie Vieillard-Coffre
[*]
Il y a encore quelques années, la population française était considérée comme
assez peu sensibilisée aux questions d’environnement par rapport aux populations d’États européens voisins. Aujourd’hui, les Verts sont au gouvernement, au
Parlement, et le discours écologiste a un impact d’autant plus important en France
qu’il apparaît régulièrement justifié par des phénomènes climatiques assez exceptionnels ou des événements dont les conséquences environnementales inquiètent
la population (marée noire, abîmage de cargos chimiquiers, épidémie de la vache
folle, OGM...). Plusieurs sondages publiés dans le contexte du congrès des
Verts à Toulouse ( 11-12 novembre 2000) font d’ailleurs état de leur poids croissant dans l’opinion.
La montée en puissance des Verts
Si les représentants de l’écologie politique sont particulièrement placés sous les
feux de la rampe lors de leurs congrès, c’est notamment du fait de l’inquiétude
d’une grande partie de la population au sujet de ces questions d’actualité environnementale. C’est en effet encore essentiellement sur ces questions que les
écologistes sont jugés capables par la population de pouvoir apporter de bonnes
réponses
[1]. Incontestablement, la base de l’électorat écologiste reste sensible aux
questions environnementales. Néanmoins, la prise en compte par les Verts de
problèmes de société (comme les sans-papiers, les problèmes des banlieues ou le
statut de la Corse) leur a permis de toucher un nouveau milieu militant et sans doute
aussi un électorat plus large. Souvent réduits par le passé à un score ne leur permettant pas de dépasser la barre des 5%, les Verts ont vu croître leurs scores électoraux
et leur nombre de militants depuis l’élection présidentielle de 1995 (où effectivement les problèmes de société ont largement été abordés). Désormais, et bien que
d’autres écologistes les aient concurrencés entre 1992 et 1995, les Verts ont réussi
l’intégration de plusieurs petits mouvements (en dehors de GE, MEI
[2], des
mouvances écologistes de droite et de quelques groupes alternatifs) et s’affichent
comme les porte-parole de l’écologie politique. Cette situation correspond à une
évolution récente de stratégie politique du mouvement qui a visé à réorienter le parti
résolument à gauche et surtout, pour les élections législatives de 1997, à privilégier
une stratégie d’alliance avec le Parti socialiste au sein de la majorité plurielle. Mais
il ne s’agissait pas uniquement d’une stratégie électoraliste; la prise en compte des
positions des écologistes au sein du « programme commun » a été une préoccupation essentielle des Verts lors de la négociation avec le PS. Néanmoins, alors que
les écologistes se voulaient hors des partis dans les années soixante-dix, ils ont finalement choisi d’entrer dans le système partisan mais en voulant « faire de la politique autrement ». Et aujourd’hui, c’est cette alliance électorale qui leur permet de
tirer profit de la sensibilité croissante de la population à l’environnement.
Aussi les Verts sont-ils actuellement un parti potentiellement fort grâce à une
plus grande sensibilisation de la population aux enjeux environnementaux et à
leur stratégie gagnante de participation à la majorité plurielle. Mais leurs divisions,
qui traduisent à la fois la diversité des militants et les rivalités de personnes, sont
une source de faiblesse. C’est pourquoi, si par divers aspects on peut reconnaître
l’« ancrage irréversible des Verts dans le champ politique traditionnel
[3] », un regard
particulier doit être porté sur leurs stratégies politiques compte tenu de leur caractéristique militante spécifique.
L’implantation des écologistes
Quelle est la force militante des Verts ? La carte de l’évolution de la répartition
des adhérents est une représentation intéressante de cette récente sensibilité au
discours écologiste en France (figure 1). En effet, alors que la présence des adhérents est faible et très inégalement répartie au début des années quatre-vingt, l’augmentation au début des années quatre-vingt-dix s’est faite pratiquement sur
l’ensemble du territoire. Aujourd’hui, il existe des groupes locaux dans tous les
départements (les départements de l’Aube et du Cantal apparaissent en blanc car
leur nombre de militants reconnus est très faible). Mais de fortes inégalités existent
encore (le plus grand nombre de militants se trouve à Paris, près de 600), et certains
des départements ayant des effectifs importants étaient déjà en tête en nombre
d’adhérents au début des années quatre-vingt (Nord, Haut-Rhin, Rhône, Paris).
À l’origine, quelques points d’ancrage militants
À la création du parti des Verts en 1984, les adhérents sont répartis dans un peu
plus d’une vingtaine de départements. Ils sont plus nombreux dans le Nord et à
Paris, ce qui peut s’expliquer en partie par une forte densité de population
[4] et
notamment de population urbaine, puisque, on le sait, l’attachement aux idées
écologistes est particulièrement développé en milieu urbain. On peut également
identifier, pour les départements qui ont un nombre plus élevé de militants, la
présence de leaders charismatiques (dont certains ont pu se distinguer lors de luttes
locales particulières): Antoine Waechter et Solange Fernex dans le Haut-Rhin
(avec notamment la lutte contre la centrale de Fessenheim), Yves Cochet en IlleetVilaine, Didier Anger dans la Manche (contre l’usine de retraitement nucléaire
de La Hague et la centrale de Flammanville), ou encore Jean Brière
[5] et Étienne
Tête dans le Rhône, Christian Brodag dans la Loire... Dominique Voynet sera du
nombre des militants écologistes qui se rassembleront dans ce nouveau parti vert.
Mais en 1984, elle habite dans le Doubs et a été candidate sur la liste Les Verts de
Besançon aux élections municipales de 1983, menée par celui qui a lancé la lutte
anti-canal Rhin-Rhône (liste qui a obtenu 9,4% des voix).
FIGURE 1.
LES ADHÉRENTS DES VERTS PAR DÉPARTEMENTS
cartes de J.-L. BENNAHMIAS et A. ROCHE, Des Verts de toutes les couleurs, Albin Michel, Paris, 1992;et, pour les chiffres de 2000, les Verts.
En effet, souvent, mais pas toujours, l’engagement militant s’est cristallisé à la
suite d’un enjeu écologique qui se posait près de chez soi. On le sait, les militants
écologistes ont un niveau de formation assez élevé. Mais surtout, « de par leur
formation, les élites vertes se révèlent être bien davantage des techniciens de la
nature (et de la matière) que des professionnels de l’État et du droit
[6] ». Cela
explique en grande partie le fait que les enjeux mobilisateurs aient surtout été liés
dans un premier temps à des tracés de grosses infrastructures, à des installations
nucléaires ou à des préoccupations se rapprochant des réflexions de l’écologie
urbaine (améliorer la vie sociale, laisser la place aux piétons et réduire celle des
voitures, recréer des lieux de convivialité en ville...). Mais la présence de grands
enjeux environnementaux ne suffit pas à expliquer l’inégale répartition des adhérents verts. Ainsi, il faut noter par exemple que le département de la Seine-Maritime
commence à se distinguer par son nombre d’adhérents dès 1984, mais il n’est pas
d’explication connue nationalement à ce phénomène. On peut, en partie, le rattacher au contexte économique et industriel local (port du Havre et entreprises
industrielles –pétrochimiques et chimiques – de la vallée de la Seine).
Il faut tenir compte également, dès le début, de la grande diversité de l’origine
militante des adhérents. Certains militants adhèrent pour des préoccupations environnementales globales (désertification, enjeu de l’eau dans le monde...). Pour
d’autres, il s’agit davantage d’une mobilisation pour « rester vivre au pays » (dans
les Alpes par exemple). Pour d’autres encore, leur niveau de vie, leur formation
culturelle les ont sensibilisés à la recherche d’un cadre de vie de qualité ou de lieux
de vacances qu’ils veulent voir préservés. D’autres enfin sont venus aux Verts après
un parcours politique au sein de partis traditionnels plutôt de gauche, de syndicats
ou de mouvements lycéens. Cette hétérogénéité des militants est au départ
commune à tous les mouvements écologistes. Mais au sein de ces mouvements
analysés par Guillaume Sainteny, le parti des Verts se distingue car il cherche à
apparaître comme un parti politique national, c’est-à-dire représenté sur l’ensemble du territoire.
En 1986, l’implantation n’est pas beaucoup plus développée tant en nombre
d’adhérents que géographiquement. 1986, c’est l’arrivée à la tête des Verts
d’Antoine Waechter, qui en restera le principal leader jusqu’en 1993. Ainsi, entre
1986 et 1993, les Verts d’Alsace
[7] sont une des structures militantes les mieux
organisées (candidatures régulières à tous les scrutins et dans un grand nombre de
circonscriptions), que citent parfois en exemple les cadres du parti, qui essayent
d’inciter les instances locales à présenter des listes aux élections. L’arrivée de
Waechter à la tête des Verts correspond également au recul d’anciens leaders
comme Didier Anger, Jean Brière ou Yves Cochet. Dominique Voynet, elle, a
changé de département depuis 1984 et s’est installée à Dole (Jura). Mais attribuer
la diminution du nombre d’adhérents du groupe local du Doubs à son départ (ou
de celui d’Ille-et-Vilaine à la perte de poids d’Yves Cochet au sein des Verts)
serait excessif; de plus, il s’agit d’effectifs très faibles.
La sensibilisation à l’écologie s’accroît également dans le Nord-Pas-de-Calais
(où Yves Cochet a été parachuté pour les élections législatives à la proportionnelle
de 1986), en Gironde, dans les Bouches-du-Rhône et dans les Alpes-Maritimes,
où le nombre d’adhérents augmente. C’est dans les régions Alsace, Bretagne, ÎledeFrance, Nord-Pas-de-Calais, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Rhône-Alpes que
les candidats soutenus par les Verts sont les plus nombreux aux élections cantonales de 1986, de 1988 et pour les élections municipales de 1989. Or, le discours
porté à la tête des Verts par Antoine Waechter, avec une orientation « environnementaliste » et une position politique « ni droite ni gauche », n’est pas accueilli de
la même manière dans ces différentes régions.
En vérité, les discours et les positions politiques des militants ne sont pas identiques partout. Ainsi, dans le Nord-Pas-de-Calais, comme à Lille ou à Tourcoing,
les écologistes font campagne pour les élections municipales de 1983 contre les
pertes massives d’emploi et pour la recherche de solutions alternatives (emplois
de services à la population, chantiers de réhabilitation urbaine...). Aux élections
municipales de 1989, le programme de la liste des Verts à Roubaix demande plus
de participation des citoyens et critique l’urbanisme destructeur qui accompagne
la politique d’accueil d’entreprises et d’emplois qualifiés souvent réservés à une
population extérieure à la ville. Pour ce qui est des positionnements politiques, la
liste verte de Lille par exemple, menée par Dominique Plancke, Daniel Rougerie
et Guy Hascoët, se ralliera entre les deux tours à la liste de rassemblement de
Pierre Mauroy. Le discours des écologistes du Nord est donc clairement ancré à
gauche, sur des questions de société plus que sur des thèmes environnementalistes (le développement d’espaces verts est peut-être le point de leur programme
le plus « environnementaliste »). La grave crise économique et sociale qui touche
la région induit des priorités dans le discours politique. Ce n’est que plus tard que
les écologistes feront de cette région l’exemple d’un développement non durable
en mettant en avant les problèmes environnementaux qui en ont découlé.
Les problèmes locaux, mais également les rivalités de pouvoir entre les principales forces politiques, sont bien sûr très différents dans le Nord-Pas-de-Calais
et en Alsace. Pour les écologistes alsaciens, plus radicaux sur les questions environnementales, la participation au pouvoir peut être envisagée dans le cadre d’une
alliance avec la gauche ou avec la droite. La position « ni droite ni gauche », alors
majoritaire chez les Verts, n’empêche donc pas, pendant toute cette période, que
des pratiques différentes aient lieu. Il ne s’agissait pas forcément de ne pas s’allier
avec d’autres forces politiques, mais surtout de ne pas se situer nationalement sur
l’échiquier politique et de ne pas privilégier un allié potentiel plus qu’un autre
(hormis l’extrême droite, avec laquelle toute alliance était exclue).
1990 : une implantation généralisée mais encore inégalement répartie
Entre 1986 et 1990, la sensibilité aux questions environnementales s’accroît
alors que la situation sociale se dégrade (permanence de la montée du chômage),
ce qui favorise le recrutement militant. La fin des années quatre-vingt et le début
des années quatre-vingt-dix seront une période de dynamisme pour l’écologie
politique. Aux élections européennes de 1989, les Verts obtiennent plus de 10%
des suffrages. Mais surtout, Brice Lalonde, après avoir appelé à voter pour François
Mitterrand en 1988, deviendra secrétaire d’État à l’Environnement jusqu’en 1992.
Les idées écologistes prennent du poids sur la scène politique nationale. Dans
presque tous les départements, il y a désormais un groupe de Verts.
Chez les Verts, la volonté d’être davantage présents sur le territoire se manifeste par exemple par l’élaboration en interne d’une liste des communes de plus
de 10000 habitants où l’objectif fixé aux militants est de pouvoir présenter une
liste. Mais le nombre de militants n’est pas toujours suffisant. On retrouve, parmi
les départements où les militants sont les plus nombreux, les départements « historiques » (Nord, Pas-de-Calais, Haut-Rhin et Bas-Rhin, Rhône et Drôme, Gironde,
Paris, Essonne, et certains départements du littoral méditerranéen). Pour ce qui est
de la Gironde, Noël Mamère est devenu maire de Bègle et vice-président de la
Communauté urbaine de Bordeaux (CUB) aux élections municipales de 1989.
Mais il faut noter qu’il a été élu sous l’étiquette « majorité présidentielle », qu’il a
ensuite apartenu à Génération écologie (parti créé par Brice Lalonde en 1992)
puis a présidé un petit parti, Convergence Écologie Solidarité (CES) avant de
rejoindre les Verts en 1997.
La structuration du mouvement militant apparaît sur cette carte de 1990 dans
de nouvelles régions comme la Bretagne, les Alpes ou la Franche-Comté. Parmi
les régions les plus sensibilisées aux discours écologistes, on peut donc effectuer
une distinction en fonction de la date de l’engagement militant. En Alsace, l’engagement est plus ancien, alors qu’en Bretagne et dans les autres régions frontalières
de l’est de la France l’accroissement du nombre de militants peut correspondre à
une sensibilité plus récente au discours écologiste compte tenu de la dégradation
de la qualité de l’eau ou des milieux (littoral, pluies acides, accident de Tchernobyl
en 1986). Par ailleurs, la présence assez importante de militants verts en Corse sur
cette carte de 1990 est à rapprocher des liens entre certains écologistes et autonomistes, qui se sont alors développés au point de voir Max Simeoni en bonne place
sur la liste des Verts aux élections européennes de 1989 (il a d’ailleurs été élu
député européen). Cette alliance électorale ne se reproduira pas pour les élections
européennes de 1994.
2000, une carte contrastée : pratiques de pouvoir et rapports de forces
Les Verts sont aujourd’hui dans une phase d’ascension du fait de leur entrée au
Parlement et au gouvernement. Mais on ne peut expliquer l’évolution, entre 1990
et 2000, du nombre d’adhérents et de leur répartition sur le territoire sans tenir
compte des fortes transformations qui ont touché le mouvement écologiste pendant
cette période. Brice Lalonde a créé en 1992 Génération écologie, machine électorale organisée pour avoir des élus (concentration du dispositif électoral sur le
scrutin régional de 1992, statuts permettant la double appartenance à GE et à un
autre parti...) dans le cadre d’une stratégie du « et droite et gauche » (voir Sainteny,
p. 373 sq). Les écologistes représentés par GE et les Verts obtiennent plus de deux
cents élus aux élections régionales de 1992 et, à la suite d’un soutien du PS, qui
est dans l’impossibilité d’obtenir la présidence, Marie-Christine Blandin pour les
Verts est élue présidente de la région Nord-Pas-de-Calais. L’alliance entre GE et
les Verts dans une Entente des écologistes pour les élections législatives de 1993
se terminera après ces élections, qui n’apportèrent pas les résultats escomptés. En
1995, Brice Lalonde appelait à voter Jacques Chirac et s’est présenté sur une liste
UDF en Ille-et-Vilaine aux élections régionales de 1998. L’aile gauche de GE s’est
donc constituée sous l’égide de Noël Mamère en CES (Convergence Écologie
Solidarité). Pour les Verts, après l’insuccès des législatives de 1993, Waechter va
perdre la majorité, quitter les Verts et créer un nouveau parti, MEI. Bien que la
motion « Verts pluriel » majoritaire organise la révision des statuts (notamment
en instaurant une direction collégiale), Dominique Voynet apparaît comme le
nouveau leader des Verts, mais pas encore comme celui de tous les écologistes.
À l’élection présidentielle de 1995, elle obtient 3,35% des votes exprimés, réalisant un moins bon score que Brice Lalonde en 1981 ( 3,87%) et qu’Antoine
Waechter en 1988 ( 3,77%).
Au vu de ce médiocre résultat, alors que les Verts sont bien loin de pouvoir
peser sur la politique du pays, se repose comme en 1993 la question de la stratégie
d’alliance pour les Verts. Les militants ne partagent pas tous la même position sur
cette question, mais il semble que, à la recherche d’une motion consensuelle au
congrès du Mans de 1995 entre les « pour » et les « contre », Dominique Voynet
ait donné le ton : « Nous n’avons pas d’autre choix que l’alliance à gauche et pas
d’autre façon d’y survivre que l’autonomie
[8]. » En 1997, en prévision des élections
législatives, des accords électoraux et programmatiques sont donc conclus entre
les Verts et le PS. Mais il s’agit également de concrétiser la réunion des écologistes
au sein des Verts pour pouvoir peser davantage. Le rapprochement et la fusion de
petits groupes ou partis allogènes, qui ont déjà fait l’objet de longs débats, se réaliseront en grande partie après le succès de 1997. Cependant, inversement, des militants refusant l’alliance privilégiée avec le PS ont quitté les Verts pour rejoindre
par exemple les Alternatifs, créés en 1998 par des militants de petits groupes
écologistes plus proches des communistes ou de la « gauche de la gauche »
(AREV, CAP
[9]). Les années qui suivirent, 1995 et surtout depuis le succès des
Verts (au sein de la gauche plurielle) en 1997, ont donc été des périodes de restructuration de la base militante après parfois l’explosion du groupe local, pour des
raisons idéologiques ou de personnes.
Aussi la carte de la situation au milieu de l’année 2000 rend-elle compte des
résultats d’une mobilisation militante parfois fortement renouvelée et des expériences de gestion qui ont pu susciter de nouvelles adhésions (Nord-Pas-de-Calais). Une nouvelle géographie s’esquisse, marquant l’évolution du poids des
courants. Compte tenu de la scission waechtérienne, le nombre de militants a
fortement diminué dans le Haut-Rhin et dans certains départements alpins, comme
les Alpes de Haute-Provence ou les Hautes-Alpes. Et inversement, logiquement,
le nombre de militants s’est accru dans le Jura, où milite Dominique Voynet. L’effet
Voynet peut, peut-être, également jouer dans d’autres départements, où le nombre
d’adhérents s’accroît et où militent des leaders proches de la ministre : en ÎledeFrance (Jean-Luc Bennahmias, Alain Rist...), en Ille-et-Vilaine (Yves Cochet), en
Haute-Garonne (Gérard Onesta) ou dans le Nord (Dominique Plancke, par
exemple). Mais il faut bien sûr noter aussi, parmi les départements où le nombre
d’adhérents augmente, le Nord et le Pas-de-Calais (avec la présence de Marie-Christine Blandin à la tête de la région) et la Gironde, bastion de Noël Mamère.
Avec l’Hérault et les Bouches-du-Rhône, on voit apparaître des pratiques militantes contestables et contestées (d’autant que les militants à l’origine du parti des
Verts voulaient surtout éviter cela). Pour la réalisation de cette carte, j’ai diminué
les chiffres du total comptabilisé par les Verts en juillet 2000, en tenant compte
des recomptages effectués depuis par le parti dans les sections locales accusées
d’avoir fait adhérer de « faux militants ». Mais l’Hérault apparaît toujours bien
doté (environ 750 adhérents pour 900 000 habitants
[10]). La commune de Mèze
( 7 500 habitants), dont le maire est Yves Piétrasanta
[11], en compte déjà une
centaine. Mais dans d’autres communes du département (Montpellier, Sète,
Frontignan, Béziers), les rapports de forces entre courants ou partis de la gauche
plurielle expliqueraient ces adhésions nombreuses (d’après ce qu’il en est dit dans
la presse critique interne aux Verts).
On le voit, en 2000, si la présence de structures militantes sur l’ensemble des
départements (hormis les DOM-TOM, où il existe une section à la Réunion et une
en Guadeloupe) traduit une sensibilisation générale de la population au discours
écologiste, il existe toujours une répartition inégale des effectifs des adhérents. Ces
grandes différences de poids ont des conséquences dans l’organisation des rapports
de forces au sein des Verts. Un cinquième des départements métropolitains regroupe
plus de la moitié des adhérents, ce qui confère aujourd’hui un poids particulier au
sein du parti à la région Île-de-France ( 21% des adhérents), à la région Languedoc-Roussillon et au département du Nord (troisième en terme d’effectifs après Paris et
l’Hérault). Aussi, obtenir une majorité de voix des adhérents de certains départements peut conférer un score national notable. Inversement, certains leaders ne
peuvent pas compter uniquement sur les militants de leur département pour avoir
du poids chez les Verts. La Gironde ( 150 adhérents) ou le Jura ( 120 adhérents) ne
représentent environ que 1,5% des adhérents. Leurs leaders doivent donc acquérir
de l’audience auprès des militants dans d’autres départements, de préférence ayant
un grand nombre d’adhérents. Se dessine donc le poids de certains départements
au sein des Verts. Mais qu’en est-il de l’utilisation des particularités de cette
implantation militante en termes de retombées électorales ?
Les stratégies de conquête électorale des Verts
Cette implantation militante ne correspond pas forcément à celle des meilleurs
résultats électoraux. Pour l’élection présidentielle, scrutin phare de la vie politique française, certains départements obtiennent toujours les meilleurs résultats
depuis 1981 (figure 2). Y prédominent la Bretagne, étendue au nord de la région
Pays de la Loire et à la Basse-Normandie, l’Alsace, les Vosges, le Jura et l’arc
alpin : ce qui correspond à la carte que l’on fait généralement des zones de forces
écologistes. Au regard de cette carte, dans le Nord-Pas-de-Calais, les résultats
sont faibles comparativement aux effectifs militants
[12]. C’est également le cas,
dans une moindre mesure, des départements du littoral méditerranéen. Inversement, l’effectif des adhérents peut paraître ténu dans les Alpes par exemple,
compte tenu des bons résultats électoraux obtenus. La comparaison de la carte des
adhérents et des résultats aux élections présidentielles ne permet donc pas d’envisager que les régions plus fortes en terme de militants et/ou marquées par la
présence de leaders aient été privilégiées par une stratégie particulière des Verts.
Les parachutages sont d’ailleurs rares chez les Verts. Néanmoins, peut-on dire à
l’inverse que les stratégies définies nationalement par les Verts sont suivies de
manière identique sur tout le territoire ? Les élections régionales à la proportionnelle par département sont le scrutin le plus intéressant pour étudier la dynamique
d’implantation électorale et le résultat des stratégies des Verts, même si ces stratégies ont varié selon les contextes politiques du moment en 1986,1992 ou 1998
(figure 3).
Des stratégies politiques à géométrie variable
Les résultats des trois scrutins qui ont eu lieu pour l’élection des conseils régionaux sont très contrastés. En 1986, les militants des Verts n’avaient pas réussi à
présenter des listes dans tous les départements (pas de liste en Corse, en Aquitaine,
en Poitou-Charentes, et dans plusieurs départements d’autres régions). Et en
dehors des trois départements où ils obtiennent un élu (Didier Anger dans la
Manche, Antoine Waechter dans le Haut-Rhin et Andrée Buchmann dans le Bas-Rhin), les résultats sont assez faibles. La conquête s’annonce longue et difficile.
Elle commence chez les militants par une autocritique. De nouveaux leaders accèdent à la tête des Verts, légitimés par leur élection : Andrée Buchmann et surtout
Antoine Waechter. Ils sont porteurs d’une nouvelle orientation qui devient alors
majoritaire chez les Verts : l’écologie ne doit être ni à droite ni à gauche; elle
« n’est pas à marier ». Brice Lalonde, lui, qui n’est pas aux Verts et appelle à voter
Mitterrand en 1988, occupe à partir de cette date la charge de ministre de l’Environnement au sein de plusieurs gouvernements socialistes. On se souvient que
Génération écologie, le parti qu’il a créé avec une forte orientation électoraliste,
permettait notamment à ses élus de conserver leur carte d’un autre parti politique,
afin d’attirer les notables. GE obtiendra un peu plus d’élus que les Verts aux élections régionales suivantes de 1992, mais au total cela représente plus de deux
cents conseillers régionaux pour les écologistes (figure 3). Sans entrer dans les
détails développés par Guillaume Sainteny par exemple (
op. cit., p. 117-142), on
peut dire que la nouvelle configuration culturelle, politique et institutionnelle qui
se met en place à la fin des années quatre-vingt est très favorable aux écologistes.
Notamment parce que, politiquement, le PS est alors particulièrement faible
(affaires, usure du pouvoir, première cohabitation de 1986 à 1988). Une partie de
l’électorat socialiste se tourne vers les écologistes. Aussi, en 1992, les écologistes
(sous plusieurs étiquettes : Verts, GE et d’autres listes locales) sont présents dans
tous les départements, mais la répartition des meilleurs scores diffère de celle des
Verts en 1986. Les meilleurs scores
[13] sont obtenus là où il y avait deux listes (Verts
et GE), ce qui est la majorité des cas. Là où les Verts présentaient la seule liste
écologiste
[14], les résultats sont meilleurs qu’en 1986 mais bien plus faibles que
ceux cumulés de GE et des Verts dans d’autres départements. Ainsi, dans le Haut-Rhin, la liste des Verts obtient 14,6% et dans le Bas-Rhin, les Verts 11,14% et
GE 7,25%, soit presque 18,4% à eux deux. La coexistence de ces deux structures
politiques se revendiquant de l’écologie apparaît donc comme la formule la plus
rentable électoralement. L’idée de rassembler les diverses formes de l’écologie
politique se développe alors, et une structure électorale réunissant les Verts et GE
se constitue donc pour les élections législatives de 1993 : l’Entente des écologistes. Mais les résultats de l’Entente ne seront pas à la hauteur de l’espérance des
militants (et des prévisions avancées dans les médias), qui mettent un terme à
l’expérience. La ligne « ni droite ni gauche » d’Antoine Waechter est désavouée
dès 1993, et va progressivement se mettre en place chez les Verts l’idée d’une
alliance nécessaire au sein de la gauche. En 1997, les Verts donnent donc pouvoir
à leurs dirigeants pour signer une alliance électorale et programmatique avec le
PS, au sein de la majorité plurielle. Mais si les instances dirigeantes peuvent
mettre en place une stratégie concernant un scrutin national, elles n’ont pas la
même latitude concernant les élections infranationales.
FIGURE 2.
RÉSULTATS DE DOMINIQUE VOYNET (VERTS) À L’ÉLECTION
FIGURE 3.
LES RÉSULTATS DES ÉCOLOGISTES AUX ÉLECTIONS RÉGIONALES
FIGURE 4.
LES STRATÉGIES DES VERTS AUX ÉLECTIONS RÉGIONALES
La base, une limite forte aux stratégies nationales
Lors de la création des Verts en 1984, si certains militants sont très en faveur
de la création d’un parti, d’autres viennent à l’écologie parce que déçus des partis
classiques ou parce qu’ils se veulent apolitiques. Le parti créé devait donc se
démarquer des organisations partisanes traditionnelles. D’ailleurs, le parti que
nous connaissons encore sous le nom des Verts s’intitule en fait « Les Verts »,
confédération écologiste – parti écologiste, et correspond à l’unification de
plusieurs organisations antérieures. Les militants ont donc déjà des positions fort
diverses et sont très attentifs au respect de leurs différences. Compte tenu du refus
de certains d’un pouvoir centralisé, une grande partie du pouvoir de décision devait
être conservée par les militants. Le passage par le PS (au sein du PSU le plus
souvent) ou par le PC (ou encore par le syndicalisme) pousse à une construction
interne des Verts qui soit à l’opposé de l’appareil de parti qu’ils ont pu connaître et
décrier. Il s’agit tout autant de décentraliser la décision que de reconnaître l’égalité
de tous les militants dans la décision. Étant assez peu nombreux, ils ont choisi la
représentation la plus large possible. La représentation de l’échelon régional est
majoritaire dans les instances nationales; chaque adhérent est membre de l’organisation nationale et de l’une de ses organisations régionales.
La critique du pouvoir centralisé au sein du parti rejoint celle du pouvoir centralisé au sein de l’État. Les principes prônés pour l’organisation politique de la
société sont mis en œuvre en interne : subsidiarité, proportionnelle, importance
donnée aux régions ou encore référendum d’initiative locale. Ainsi, si l’exécutif
national semblait favoriser l’implantation du parti dans des régions jugées plus
favorables, les autres régions pourraient s’y opposer. Mais il n’est même pas nécessaire d’en arriver là pour contrer les positions de l’exécutif puisque certaines positions votées nationalement par une majorité de militants ne sont tout simplement
pas appliquées au niveau local : ce fut le cas de la présentation de listes communes
avec la gauche plurielle pour les élections régionales de 1998.
FIGURE 5.
LES ÉLUS DES VERTS AUX ÉLECTIONS RÉGIONALES DE 1998
Vert Info, n° 11,21 mars 1998.
« Couper les têtes » n’empêche pas de voir certaines poindre
Le poids et l’autonomie régulièrement réaffirmés par la base se font notamment au nom du refus de la monopolisation du pouvoir par certains
[15] et de l’égalité des compétences de chaque militant. Aussi, en 1998, la carte des résultats
écologistes doit-elle tenir compte d’une double orientation stratégique : la stratégie
nationale des Verts de participation à la majorité plurielle
[16] (cinquante-quatre
listes d’union et quatre listes d’union partielle) et la stratégie revendiquée par
certains militants de se distinguer des partis partenaires au gouvernement (trente-sept listes « vertes et ouvertes »... à la société civile et à l’extrême gauche). Les
résultats des listes vertes sont bien moins bons que ceux des écologistes en 1992
(Verts plus GE et autres listes écologistes), mais également un peu moins bons que
ceux réalisés par les Verts seuls à cette élection (figure 4). Globalement, les listes
de la majorité plurielle ont rapporté plus d’élus aux Verts que celles d’union
partielle ou que les listes vertes (figure 4). La stratégie d’union avec les partis de
la majorité plurielle s’affirme donc bien comme la plus rentable pour les Verts.
C’est grâce à elle, en effet, qu’ils ont obtenu pour la première fois de leur histoire
six députés (dont un non-adhérent aux Verts) et deux postes ministériels. Et c’est
d’ailleurs en fonction de la majorité plurielle que les Verts ont cherché des circonscriptions gagnables (là où les résultats additionnés des partis de la majorité
plurielle pouvaient leur permettre de l’emporter) à négocier avec le PS et pas
uniquement en fonction de leur électorat. Aussi, sur les six députés écologistes
élus, deux seulement se sont présentés dans des départements où les scores du
candidat écologiste à la dernière élection présidentielle étaient parmi les meilleurs
(dans le Jura et dans le Maine-et-Loire, voir figure 2). C’est pourquoi la poursuite
de cette stratégie de la majorité plurielle avait été proposée aux militants pour les
régionales de 1998 et adoptée par la majorité.
Dans certains départements où la majorité plurielle obtient ses meilleurs résultats, les Verts, qui y participaient, n’ont aucun élu. Il s’agit du Cher, du Loir-et-Cher
et de l’Indre, qui font partie des départements où la majorité plurielle a obtenu des
résultats supérieurs à 40%. Les Verts n’y sont pas traditionnellement forts. Le
rapport de forces n’était sans doute pas en leur faveur pour leur permettre de négocier des places éligibles sur les listes. Mais ils n’auraient sans doute pas obtenu
d’élus non plus en partant seuls. Néanmoins, cela peut jouer en faveur de ceux qui
ont choisi de présenter une liste verte autonome. Et cela d’autant plus que les
meilleurs résultats en termes d’élus par départements à ces élections régionales de
1998 ont été obtenus par les listes vertes portées par certains leaders locaux : trois
élus dans le Pas-de-Calais pour la liste menée par Jean-François Caron (élu GE en
1992 mais devenu Verts, membre de la majorité de Marie-Christine Blandin à la
région et signataire de la motion qu’elle a présentée à Toulouse), six dans le Nord
pour la liste menée par Marie-Christine Blandin et deux en Gironde, département
de Noël Mamère. Seule la liste de la majorité plurielle à Paris permet aux Verts
d’avoir trois élus.
Cependant, si globalement la stratégie de la majorité plurielle est la plus
rentable, la présentation de listes autonomes a pu être bénéfique à certains leaders
locaux. On peut distinguer deux raisons principales à leur existence. Les militants
locaux pouvaient ainsi chercher à se démarquer du PS pour rappeler les promesses
non tenues (comme l’établissement d’une dose de proportionnelle dans tous les
modes de scrutin, abordé dans l’accord Verts-PS de 1997, dans la Vienne) ou pour
s’opposer à un partenaire difficile dans les négociations car en position de leadership local (comme le PS dans la Nièvre ou le Nord-Pas-de-Calais sans doute). Dans
d’autres départements, les militants pouvaient vouloir positionner leurs leaders de
manière distincte par rapport à la ligne majoritaire des Verts (qui prônait des listes
majorité plurielle) ou évaluer leur poids électoral dans une optique de rapports de
forces interne ou externe. Il faut en effet rappeler que les élections régionales se
déroulaient en mars 1998 et que le congrès des Verts avait lieu au mois d’octobre
suivant. Par ailleurs, en termes de rapport de forces externe, la candidature de
Marie-Christine Blandin lui permettait de compter les voix en faveur des Verts, face
à Michel Delebarre pour le PS, qui briguait la présidence de la région Nord-Pas-de-Calais. Parmi les départements où une liste verte autonome a pu être avantageuse pour les leaders locaux, on peut donc citer le Nord, le Pas-de-Calais ou la
Gironde. Il s’agit non pas de chercher les arguments confirmant ou non cette hypothèse, mais de s’interroger sur les réelles possibilités stratégiques que certaines
structures locales pourraient envisager. En effet, il faut rappeler que toute stratégie
d’un individu ou d’un groupe risque d’être considérée par la base comme la marque
d’ambitions personnelles (peu appréciées chez les Verts) et faire l’objet de vives
critiques. Comment alors, entre les suspicions et les non-dits, repérer les différentes
stratégies territoriales de certains leaders ou de groupes de militants ?
Le slogan « Faire de la politique autrement »...
à l’aune des situations locales
Les stratégies infranationales sont du ressort des échelons directement
concernés par l’élection, au nom du principe de subsidiarité. Et ce principe est
régulièrement rappelé. Ainsi, les militants des Verts ont refusé d’approuver le
travail de réflexion mené entre certains membres de l’exécutif des Verts et du PS,
dans l’optique d’une négociation nationale sur une soixantaine de grandes villes
pour les élections municipales de 2001. Une dizaine d’enquêtes qualitatives auprès
de représentants ou de membres de groupes locaux ont confirmé la grande variété
de situations et de choix des militants concernant ces élections à venir. Mais l’intérêt n’est pas tant de répertorier la totalité des situations que d’analyser pourquoi
il n’existe pas une seule position des Verts mais bien plusieurs, même s’ils se réfèrent à des principes communs.
Les multiples pratiques politiques des Verts
Le débat sur la présentation de listes autonomes au premier tour, sur leur maintien au second tour ou sur la participation à une liste plurielle est ancien chez les
Verts. En 1989, alors que la position nationale est « ni droite ni gauche », des
accords sont passés localement, avec la gauche mais aussi avec la droite (ce qui
offusque certains militants). Les différents cas qui peuvent en découler se retrouvent de manière assez indifférenciée sur le territoire, et les choix peuvent changer
d’une élection à l’autre pour diverses raisons. Ces positionnements à propos des
accords électoraux correspondent souvent à des réflexions stratégiques menées
localement et visant notamment l’implantation et le développement de la base
militante (nécessaire pour pouvoir présenter des listes dans les communes les plus
importantes). Les territoires d’implantation à favoriser sont pensés au niveau
départemental ou régional selon les cas. Il s’agit, lors de la préparation des élections municipales, de mobiliser des sympathisants pour chercher à créer de
nouveaux groupes locaux, même si ceux-ci ne sont pas suffisamment importants
pour présenter une liste autonome dès cette élection. Des réunions locales sont
organisées autour d’un thème particulièrement sensible ou de la présence d’un
leader écologiste, pour tenter de motiver les sympathisants à s’organiser localement. L’électorat étant surtout urbain, il s’agit la plupart du temps de créer une
mobilisation sur les principales villes du département (et dans plusieurs villes
d’une même agglomération) afin de pouvoir être présent lors des élections. Mais
les actions de mobilisation peuvent aussi correspondre à une analyse plus fine du
contexte politique et social local et des zones de faiblesse du parti, où une attention particulière doit être portée à la constitution de groupes locaux
[17]. Même si je
n’ai pas obtenu les positions de tous les représentants ou porte-parole des structures départementales ou régionales, on peut dire que certaines ont des analyses
stratégiques plus poussées que d’autres sur leur territoire –cela dépend également
de la sensibilité des populations locales aux discours des Verts. Mais, parmi toutes
les variantes possibles de positionnement local face aux alliances et à la structuration de l’implantation militante, certaines contredisent franchement les représentations portées nationalement par le parti.
Un échelon de pouvoir privilégié entre tous : la région...
Les Verts sont apparus sur la scène politique en tant que parti alors que la représentation de la région comme échelon de pouvoir pertinent commençait à être
partagée par un très grand nombre. Se définissant comme antiproductivistes et antiétatistes, les écologistes adoptent cet échelon régional comme le niveau pertinent
de la décentralisation des pouvoirs qu’ils appellent de leurs vœux. Le parti national
des Verts s’appuie donc initialement sur une organisation régionale (ce qui nécessite un moins grand nombre de sections locales). Et l’intérêt pour cet échelon ne
pourra aller que grandissant compte tenu du système électoral à la proportionnelle
qui leur est favorable. Depuis, dans le nouveau contexte européen, a été développée
une représentation d’une Europe des régions, où les régions, pour avoir une certaine
cohérence, devraient avoir une importance relativement semblable. L’exemple des
Länder allemands est souvent repris à l’échelon national : « Enfin nous sommes
favorables à une France fédérale dans une Europe fédérale. C’est dire combien il
nous semble que doive se poursuivre la décentralisation en s’inspirant, par
exemple, du système allemand basé sur les Länder
[18]. » Les Grünen ont acquis
dans leurs expériences de gestion à cet échelon une certaine légitimité. Néanmoins, si l’échelon régional est privilégié par les Verts, on peut distinguer deux
façons de l’envisager, entre le discours au niveau national sur le découpage des
régions tel qu’on imagine qu’il devrait être et les positions distinctes de militants
de certaines régions. Au niveau national, l’idée d’un nouveau découpage permettant de diminuer le nombre des régions est appréciée. Mais on reste dans le flou.
Inversement, dans certaines régions, les Verts prônent depuis des années un redécoupage régional qui irait à l’encontre du projet national. Par exemple, les militants de la région PACA veulent une restructuration de la région, ceux de l’actuelle
région Rhône-Alpes, une région Savoie distincte ou d’autres militent pour une
région Pays basque... Il faut dire que, les organisations régionales bénéficiant
d’une grande autonomie de décision, notamment en ce qui concerne leur délimitation, il y a vingt-trois régions chez les Verts, la région Rhône-Alpes étant divisée
en deux, avec une région Savoie qui correspond aux positions régionalistes des
militants historiques.
Dans des écrits plus récents engageant les Verts nationalement, on peut noter
que le fait que ces redécoupages éventuels puissent créer des régions plus petites a
entraîné l’apparition d’un nouvel argumentaire. Ainsi, il est précisé que ces petites
régions périphériques s’intégreront dans de plus vastes eurorégions par le biais de
relations privilégiées avec leurs homologues de l’autre côté des frontières nationales actuelles (
Le Nouveau Livre des Verts, Éditions du Félin, 1999). Mais il
semble en fait que la question de la taille des régions et des pouvoirs qui pourraient
leur être attribués ne soit pas mise en débat au sein des Verts. Par exemple, les
leaders des Verts se sont prononcés en faveur du plan Jospin pour la Corse, mais il
n’a pas été fait état publiquement d’un débat interne chez les Verts à ce sujet. Et
pourtant, la question de la Corse ne manque pas d’interroger les militants, ne seraitce que sur le rattachement récent des Verts corses à une organisation nationaliste
(et que dire de la loi Littoral ?). Or il s’agit d’une question d’importance pour les
Verts. Leur conception de l’Europe a-t-elle évolué avec l’affirmation de nationalismes régionaux
[19] ? Les Verts sont-ils tous prêts à reconnaître divers degrés de
revendication d’autonomie, y compris ceux où s’exprime un sentiment national
(même si cela passe par des formes autres que la revendication d’un État-nation)?
De plus, alors que, dans le discours national des Verts, une organisation des
niveaux de pouvoir français devrait amener à privilégier l’échelon régional, cela
ne se passe pas forcément de la sorte au sein même du parti.
... et pourtant, le département réapparaît !
Ainsi le cas des grandes régions comme l’Île-de-France n’est pas sans poser
problème. Certains responsables considèrent que le niveau départemental y est
alors plus pertinent
[20] en termes d’organisation interne. D’ailleurs, l’échelon départemental n’est pas totalement proscrit chez les Verts puisque, on l’a vu, leur
volonté d’être présents partout sur le territoire national s’affiche dans l’existence
d’une structure militante dans chacun des quatre-vingt-quinze départements
métropolitains. En fonction de l’idée que les Verts ont de l’organisation du pouvoir
et de l’aménagement du territoire, ils ont privilégié certains échelons : régional et
intercommunal aujourd’hui. Mais les positions des groupes locaux sur les candidatures à présenter aux différents types de scrutin divergent encore, notamment sur
la nécessité d’être présents ou non aux cantonales (compte tenu de leur critique de
l’instance départementale). Devant la difficulté de supprimer certains échelons
existants qui ne sont pas privilégiés par les écologistes, des propositions sont apparues dans les discours des Verts. Les petites et moyennes communes et les quartiers des grandes villes pourraient être conservés au moins un temps en tant
qu’échelon de démocratie plus directe, sur certaines questions choisies en fonction
du principe de subsidiarité. Les départements sont également envisagés comme
pouvant constituer une deuxième chambre régionale où tous auraient le même
poids. Les écologistes redécouvrent certaines vertus du département ! Ils se
rendent compte, même s’ils ne veulent pas l’affirmer clairement, que dans des
stratégies de conquête du pouvoir, l’échelon de la région n’est pas toujours à privilégier. Mais est-ce que ce pragmatisme ne traduit pas non plus l’inégale répartition des militants, qui confère un poids important à certains départements ?
Il faut donc tenir compte des stratégies des Verts français alors que celles-ci ont
varié dans le temps et dans l’espace, que la répartition spatiale des forces militantes semble surtout refléter aujourd’hui les rapports de forces internes, et que les
différentes structures infranationales sont loin de concevoir les mêmes priorités,
au point parfois de contredire les représentations portées nationalement. C’est-à-dire que, pour pouvoir considérer plus finement les enjeux qu’entraîne la présence
des écologistes dans la vie politique, il faut prendre en compte la complexité des
rivalités de pouvoir qui peuvent jouer à différentes échelles.
Aménagement du territoire et environnement :
les nouveaux enjeux de la participation au pouvoir
Aménagement du territoire et Environnement, c’est l’intitulé du ministère de
Dominique Voynet, premier poste ministériel que les Verts français obtiennent
depuis leur création. L’obtention de ce ministère associant l’aménagement du territoire à l’environnement
[21] marque leur volonté d’avoir prise, au-delà des questions environnementales
stricto sensu, sur l’ensemble de la société (ils avaient
demandé un plus grand ministère comprenant également les transports). L’importance de ce ministère est d’autant plus grande pour eux que certaines oppositions
des écologistes à des projets d’aménagement du territoire ont été le moteur de
luttes importantes dans l’histoire du mouvement. Néanmoins, cela ne veut pas
dire forcément que ces enjeux soient de bons « tremplins » politiques pour les
Verts. Les choses sont plus compliquées que cela.
Les Verts ont été à l’initiative du mouvement de contestation de certains grands
projets. Ils peuvent donc tirer profit en termes électoraux ou d’adhésion aux Verts
de leur lutte locale (en Bretagne par exemple) ou des succès obtenus (comme pour
l’annulation du projet du canal Rhin-Rhône). Dans d’autres luttes où ils n’étaient
pas à l’origine de l’opposition (comme pour le tunnel du Somport), ce sera moins
le cas même s’ils ne sont pas forcément malvenus. Certaines questions rencontrent
des réactions particulièrement vives car elles ont des conséquences à très long
terme et, qui plus est, elles peuvent être considérées comme très dangereuses.
C’est le cas de l’enfouissement des déchets nucléaires, au sujet duquel une décision gouvernementale a associé Dominique Voynet pour le choix d’un site d’expérimentation. S’ajoute alors au mécontentement de la population concernée une
réaction interne aux Verts, à l’égard de leur ministre. Le choix de Bure (Meuse)
pour implanter un laboratoire-test d’enfouissement des déchets nucléaires a
provoqué de vives réactions chez les Verts lorrains, et cela dans le contexte d’une
relation conflictuelle entre Dominique Voynet et Marie-Anne Isler-Béguin
[22], leader
régionale des Verts. La connaissance des différents aspects du dossier par cette
dernière, en tant qu’élue régionale, semble également être l’objet d’une déception
des militants, qui en attendaient peut-être une meilleure information sur les
coulisses de la décision. Cela se marque notamment par une désadhésion massive
(chute du nombre d’adhérents dans la Meuse) que pointe du doigt Françoise Duthu
dans sa motion (motion F « La politique autrement, vite ! ») pour le congrès national
des Verts de Toulouse. Le discours que l’on peut tenir quand on est à l’extérieur des
lieux de décision n’est bien sûr pas le même que celui que l’on tient quand on est
au pouvoir. La pratique du pouvoir met Dominique Voynet en situation de négociation. Et parmi les marges de manœuvre dont elle dispose, il est évident qu’elle
doit tenir compte du poids que peuvent prendre certains dossiers dans les rivalités
de pouvoir internes aux Verts. Ainsi, récemment, l’abandon du projet de prolongement de l’autoroute A 51 entre Gap et Sisteron doit-il se lire comme le résultat
d’enjeux se posant à plusieurs échelles et relevant de différents types de rapports
de forces. Il s’agit d’une réorientation nationale de l’organisation du trafic routier,
qui doit tenir compte des choix concernant les traversées alpines et met un terme
aux débats entre les acteurs locaux sur ce tracé. Et dans ces débats jouaient des
oppositions entre partis politiques (les positions n’étant pas forcément les mêmes
localement et nationalement), entre élus, acteurs économiques et militants écologistes, voire entre écologistes. Il faut croire qu’en termes d’enjeu ce dossier de
l’A 51 pesait fort puisque Dominique Voynet l’aurait négocié contre le maintien du
projet d’un troisième aéroport « parisien ». Les enjeux de ces grands dossiers
concernant l’aménagement du territoire et l’environnement sont donc complexes et
variables d’un dossier à un autre. Et cela d’autant plus que les Verts n’ont pas une
vision très fixe de l’aménagement du territoire.
Des représentations encore contradictoires
Cela rejoint l’analyse que Dominique Allan Michaud fait des Verts, habitués
« à glisser entre les formulations », au point qu’il n’y a pas de projet écologiste
réellement identifié mais qu’on pourrait globalement situer comme « libéralétatique
[23] ». Or l’aménagement du territoire est fortement associé au rôle de l’État,
dont les écologistes ne peuvent critiquer les objectifs, mais dont ils dénoncent les
dérives centralisatrices et ses orientations trop « autoroutières » depuis les années
soixante-dix. « Comme l’État a perdu une partie de son pouvoir d’aménager le territoire, il se concentre sur ce qu’il sait encore faire : des autoroutes, des TGV. Et il jette
par-dessus bord l’idée généreuse de l’après-guerre, qui visait à répartir le développement économique sur tout le territoire » (
Le Nouveau Livre des Verts, p. 105).
Un des principaux objectifs des Verts est de réduire l’autoroutier et d’augmenter la part du ferroviaire, mais les représentations utilisées pour argumenter cet
objectif sont différentes dans les deux éditions de leur
Livre des Verts ( 1994 et
1999). Quelles sont les grandes représentations de l’aménagement du territoire que
reprennent les Verts en 1994 ? Ce sont, étonnamment, celles portées notamment
par la DATAR. Publié en 1994, le premier
Livre des Verts apparaît en effet fortement influencé par le débat sur l’aménagement du territoire lancé par Charles
Pasqua
[24]. Et si les Verts y dénoncent les conclusions du ministre de l’Intérieur en
termes d’infrastructures routières, ils n’en partagent pas moins le discours alarmiste sur la « dislocation » qui menaçait la France, entre des villes qui « craquent »
et des campagnes qui « meurent ». Mais alors que Charles Pasqua avait organisé
son outillage conceptuel géopolitique autour de la dislocation de la République,
les écologistes développaient un discours sur la dislocation de la société. Le poids
était mis sur les zones rurales, qui devaient pouvoir bénéficier de services publics
identiques à ceux des zones urbaines.
Dans le
Nouveau Livre des Verts de 1999, ce sont les représentations développées dans le débat sur la LOADDT (Loi d’orientation sur l’aménagement et le
développement durable du territoire), qui révise la loi Pasqua et son orientation
trop rurale, qui sont mises en avant. Le développement de plusieurs pôles urbains
de taille « européenne » est envisagé pour contrebalancer le poids jugé trop important de la métropole parisienne et qui favorise notamment un étalement périurbain
qui s’étend au-delà des limites régionales. On retrouve ici encore les réflexions de
la DATAR. Il s’agit moins de celles portées par certains de ses dirigeants qui
souhaitaient un retour de l’État que de celles portées par ceux qui pensent que
l’avenir de leur institution doit s’adapter aux attentes des nouveaux pouvoirs
décentralisés : aux projets de développement des régions et à ceux menés dans le
cadre des Pays ou des nouveaux Systèmes productifs locaux. Certains Verts ont
sans doute servi de vecteurs à ces idées au sein du parti
[25]. Mais d’autres militants
écologistes sont étonnés de la tournure prise par la loi Voynet, alors qu’ils l’espéraient plus en faveur du rural (dans le sens de la défense de l’idée de « vivre au
pays »). Dominique Voynet elle-même n’aurait pas été, il y a quelques années, en
faveur d’une telle conception de l’aménagement du territoire. Avant d’être concrètement confrontée à des arbitrages, elles aurait été plus sensible à un discours
défendant les potentialités de tous les territoires à s’organiser économiquement,
même autour de petites villes, comme Dole.
Les stratégies que peuvent mettre en place les militants verts sont donc à
rechercher dans la complexité des rivalités de pouvoir qui peuvent jouer à différentes échelles et dans la superposition de différentes représentations, parfois
contradictoires, qui cohabitent dans ce parti. Cette approche géopolitique permet
également d’expliquer certaines contradictions qui apparaissent au grand jour, et
dont le congrès de Toulouse a fourni plusieurs aperçus.
En plus des querelles apparentes des chefs pour la conquête de places de
pouvoir, qui s’accompagnaient néanmoins d’un discours généralisé sur la nécessité de ne pas sortir divisés du congrès et de la réorganisation des courants en six
motions (mais ce nombre n’est pas extraordinaire, cela était déjà le cas à l’Assemblée générale de Lille en 1993, où la motion de Dominique Voynet a été majoritaire) entre lesquelles les différences sont parfois très ténues, il faut retenir
l’interrogation des militants sur la stratégie politique à suivre. Le vote en région a
donné une majorité pour que l’introduction d’une dose de proportionnelle soit un
préalable à toute négociation avec le PS, mais également une très grande majorité
contre la motion pour un retrait du gouvernement. Ainsi, la motion « Clé pour la
proportionnelle avant 2002 » remporte 2 345 voix (soit 58,57% des votants et
26,81% du corps électoral), mais il faut ajouter à ce résultat celui de la motion
« Objectif proportionnelle » ( 1799 voix, soit 45,60% des votants et 20,57% du
corps électoral) présentée par des proches de Dominique Voynet où l’adoption
du mode de scrutin proportionnel est appuyé mais où il n’apparaît pas clairement
comme un préalable à toute négociation avec le PS. Et en même temps, la motion
« Sortir du gouvernement pour changer réellement l’avenir », signée essentiellement par des militants du courant « Autrement les Verts » de Martine Billard, n’a
obtenu que 466 voix « pour » ( 11,81% des votants) mais 3 082 voix « contre »
( 78,10% des votants).
Après Toulouse, tenir compte de l’état des forces... et de leur répartition
Cette question de la stratégie à suivre, les adhérents des Verts se la posent car
ils sont bien aujourd’hui dans une logique de conquête électorale. Mais s’ils apparaissent forts au regard de la sensibilité actuelle au discours écologiste, ils doivent
néanmoins faire face à des faiblesses internes. Comme leur implantation militante
est très inégale, certains départements pèsent très lourd. Dominique Voynet arrive
en tête dans le Jura, bien sûr, mais surtout dans six des huit régions où les adhérents sont les plus nombreux, notamment dans la première d’entre elles, l’ÎledeFrance. Le poids de certaines régions est donc une donnée essentielle dans les
stratégies de pouvoir interne. Il ne s’agit pas de forcer le trait sur les stratégies
individuelles, ni de nier le libre arbitre des militants lors des votes. Mais il faut
tenir compte du fait que le parti est organisé de telle manière, pour éviter tout
noyautage, qu’arriver à obtenir une position relativement hégémonique chez les
Verts est la preuve d’un très grand sens tactique (ce que souligne d’ailleurs
Murielle Szac à propos du parcours de Dominique Voynet). L’inégal poids des
structures militantes ne doit donc pas être négligé. Ainsi, si le désaveu des militants lorrains apparaît nettement sur la figure 6, il ne touche qu’un petit effectif :
84 votants. Dominique Voynet n’y a qu’une voix, mais les autres n’en obtiennent
pas beaucoup plus (trente-sept voix au maximum). On ne peut bien sûr pas en
déduire que c’est pour cela qu’elle aurait laissé le gouvernement choisir Bure pour
l’implantation d’un laboratoire-test d’enfouissement des déchets nucléaires. Mais
il faut noter que cette région ne pèse pas grand-chose en termes de poids militant
chez les Verts.
Inversement, le poids d’un courant peut venir des résultats obtenus au sein des
régions où les adhérents sont les plus nombreux (figure 6). La liste Maison verte
menée par Marie-Christine Blandin et Stéphane Pocrain (figure montante chez les
Verts, qui a été réélu porte-parole à Toulouse) arrive en tête dans le Nord-Pas-de-Calais avec la moitié des voix de cette région et en obtient un peu plus d’une
centaine en Île-de-France (Yves Contassot, choisi par les Verts parisiens pour être
leur tête de liste pour les élections municipales, a signé cette motion). Mais par
rapport à cette liste, celle menée par Noël Mamère et Guy Hascoët fait la différence, non pas dans les régions respectives de ces deux leaders, mais dans celles
où il y a le plus d’adhérents ( 251 voix en Île-de-France et 122 en Languedoc-Roussillon, contre 63 voix en Aquitaine et 80 dans le Nord-Pas-de-Calais). Dans
la région Languedoc-Roussillon, deuxième en nombre d’adhérents, le résultat de
la liste Verts écolo menée par Maryse Arditi et Yves Piétrasanta (militants de cette
région), qui arrive en tête, leur permet également de peser de manière non négligeable dans les rapports de forces internes.
FIGURE 6.
LA MOTION «OUVERTS» DE DOMINIQUE VOYNET.
les Verts.
FIGURE 7.
LES MOTIONS DU CONGRÈS DE TOULOUSE ET LE POIDS DES RÉGIONS.
les Verts.
Le poids de cette grande inégalité de la répartition des adhérents dans les stratégies de pouvoir internes se reporte également, parfois, sur les choix de stratégies
électorales que font les militants verts pour certains scrutins. On l’a vu pour les
élections régionales de 1998 mais, pour des échéances à venir, certains militants
sont à nouveau tentés de partir seuls localement avec une liste verte autonome. Et
cela alors que la stratégie la plus rentable pour le parti, sur l’ensemble du territoire,
est la stratégie d’alliance.
[*]
Géographe, Centre de recherches et d’analyses géopolitiques, université Paris-VIII.
[1]
Pour J. CHICHE et N. MAYER (« Les enjeux de l’élection »,
L’électeur a ses raisons, Presses
de Sciences po, Paris, 1997), le vote pour Dominique Voynet à l’élection présidentielle de 1995
est celui qui correspond le mieux à un « vote sur enjeu », où l’importance donnée à l’enjeu
« environnement » est un des facteurs de vote les plus déterminants.
[2]
Génération écologie (GE) créé par Brice Lalonde en 1992, Mouvement écologiste indépendant (MEI), créé par Antoine Waechter après son départ des Verts en 1994.
[3]
B. VILLALBA, « Les usages politiques du bilan, ou l’intégration assumée des Verts en
France »
in P. DELWIT et J.-M. DE WAELE (dir.)
Les Partis verts en Europe, Éditions Complexe,
Bruxelles, 1999, p. 108, le démontre au sujet de la constitution récente et de la valorisation
collective du bilan de leur action politique, dans les différents postes de pouvoir que les Verts
ont pu occuper ces dernières années.
[4]
Cette cartographie des adhérents aurait pu être réalisée en fonction du rapport du nombre
d’adhérents à la population départementale, mais ce que la représentation avec les chiffres bruts
montre bien, c’est le poids de certaines régions au sein de la structure nationale.
[5]
Qui n’est plus une figure des Verts aujourd’hui, ayant depuis « défrayé la chronique en
virant à l’antisémitisme », d’après M. SZAC,
Dominique Voynet. Une vraie nature, Plon, Paris,
1998 (récente biographie réalisée par une journaliste qui fournit bien d’autres éléments sur les
coulisses des Verts, certaines personnalités et les rivalités de pouvoir).
[6]
G. SAINTENY,
L’Introuvable Écologisme français, PUF, Paris, 2000.
[7]
Où militent deux des trois élus des élections régionales de 1986, Andrée Buchmann et
Antoine Waechter.
[8]
Citée par M. SZAC,
Dominique Voynet. Une vraie nature, op. cit., p. 136.
[9]
AREV : Alternative rouge et verte. CAP : Convergence pour une alternative progressiste,
de Charles Fiterman.
[10]
Comparativement, la région Languedoc-Roussillon compte 4,6 adhérents pour 10 000 habitants alors que la région Nord-Pas-de-Calais en compte 1,01 et la région Île-de-France 1,63 pour
10 000 habitants.
[11]
Premier maire vert d’une commune d’une certaine importance (Noël Mamère, maire de
Bègle, n’a adhéré aux Verts que récemment), il a porté à Toulouse la motion Vert écolo avec
Maryse Arditi et Marie-Anne Isler-Béguin.
[12]
Mais il faut noter que les résultats électoraux en suffrages exprimés sont un rapport qui tient
compte de la taille de la population alors que le nombre de militants a été donné en chiffres bruts.
[13]
Les meilleurs scores sont en région parisienne : 20,75% dans les Yvelines et 20,44% en
Val-d’Oise.
[14]
En Hautes-Alpes ( 9,94%), Ariège ( 9,6%), Corrèze ( 7,12%), Creuse ( 8,7%), Haute-Garonne ( 8,18%), Gers ( 12,42%), Haute-Loire ( 10,2%), Haute-Marne ( 14,51%), Nièvre
( 7,8%), Hautes-Pyrénées ( 9,16%), Haut-Rhin ( 14,6%), Saône-et-Loire ( 9,01%), Deux-Sèvres
( 10,68%), Tarn ( 6,53%), Territoire de Belfort ( 14,43%).
[15]
Ce qui est parfois désigné, y compris par les écologistes, comme leur penchant naturel
à « couper les têtes ».
[16]
Les négociations début 1997 avec le PS concernaient les législatives (alors prévues pour
1998) et les régionales.
[17]
Dans le cas du Nord-Pas-de-Calais : le bassin minier, où des groupes locaux se sont depuis
constitués (Hénin-Carvin, Lens-Liévin, Béthune, Douai et dans les environs de Valenciennes);
dans les zones rurales des environs de Hazebrouck et dans les zones où le taux de chômage reste
encore très important dans le bassin de la Sambre, dans le Nord, vers Maubeuge.
[18]
Programme des Verts représentés par Dominique Voynet pour l’élection présidentielle
de 1995,
Oser l’écologie et la solidarité, p. 96.
[19]
Voir « Nationalismes régionaux en Europe »,
Hérodote, 4
e trimestre 1999, n° 95.
[20]
La région Île-de-France comprend plus de 1600 adhérents en 2000 alors que la moyenne
régionale est de 300 environ, et les départements de cette région ont tous entre 100 et 200 habitants, en dehors de Paris –plus de 500 – et de la Seine-et-Marne – 80 (se reporter à la figure 1).
[21]
Au sujet des réflexions préalables à la constitution d’un ministère associant l’aménagement du territoire et l’environnement, voir par exemple S. ANTOINE, « Les leçons de l’expérience
historique »,
in J.-P. DE GAUDEMAR (dir.),
Environnement et aménagement du territoire,
DATAR-La Documentation française, Paris, 1996.
[22]
Elle fut la tête de liste des Verts aux élections européennes de 1994. Avec Maryse Arditi,
elle était à la tête du courant Vert résolument écologiste, qui a rejoint le groupe d’Yves Piétrasanta
en un nouveau courant, Vert écolo, qui proposait la motion D « L’écologie, sinon rien ! » au congrès
de Toulouse.
[23]
D. ALLAN MICHAUD, « Quel projet pour l’écologisme : libéral, libertaire, étatique ?»,
in
J.-P. BOZONNET et J. JAKUBEC,
L’Écologisme à l’aube du XXIe siècle. De la rupture à la banalisation ?, Georg Éditeur, Genève, 2000.
[24]
Dans un précédent
Hérodote, Béatrice Giblin démontrait l’opération géopolitique que
représentait ce débat national sur l’aménagement du territoire. Béatrice Giblin, « “La communauté nationale en question” et le débat sur l’aménagement du territoire. Une opération géopolitique »,
Hérodote, « Nation, nations, nationalistes », n° 72-73,1994.
[25]
À ce sujet, voir l’article d’Alain Lipietz dénonciateur de l’extension géographique de la
métropole parisienne et des politiques envisagées : « Face à la mégapolisation : la bataille d’ÎledeFrance », article qui date de 1995 mais republié
in G. BENKO et A. LIPIETZ (dir.),
La Richesse
des régions, PUF, Paris, 2000.