2001
Hérodote
Les villes mondiales, villes du système mondial
Robert Fossaert
[*]
Du voisinage de Birmingham, ville aussi mondialement connue, à la grande
époque de l’Empire britannique, que ses cousines de Manchester et Liverpool
– et aussi endommagée qu’elles quand le système mondial changea d’axes au
XX
e siècle –, il nous vient aujourd’hui une stimulante étude des
villes mondiales,
c’est-à-dire des villes qui jouent un rôle moteur dans le système mondial actuel.
Ces recherches sont pilotées par le Globalization and World Cities Research
Group and Network (GaWC : Groupe et réseau de recherches sur les villes
mondiales et la globalisation), lequel publie un bulletin électronique où les résultats de ses travaux s’affichent sans attendre leur publication en revue
[1]. Le département de géographie de l’université de Loughborough – ville située à
150 kilomètres au nord-est de Birmingham – est le pilier de cette entreprise à
laquelle des participants d’autres universités et d’autres disciplines se sont joints.
Parmi les chefs de file figurent notamment les professeurs J. V. Beaverstok, D. R. F.
Walker et P. J. Taylor. Néanmoins, je ferai référence exclusivement à ce dernier,
par simplification, mais aussi pour tenir compte de ses ouvrages personnels, qui
me paraissent être des plus importants, comme on pourra en juger plus loin
[2].
Le réseau des villes mondiales
Taylor et ses coéquipiers s’inspirent des observations de Castells sur les
services avancés dont les sociétés en voie d’informatisation rapide tirent une
bonne part de leurs ressources
[3]. En repérant les villes d’où ces services proviennent, en observant les liens internationaux permanents que leurs entreprises
productrices entretiennent de ville à ville, à grand renfort de filiales ou d’alliances,
et en décryptant les diverses variantes des réseaux ainsi formés, le GaWC met en
lumière le fonctionnement des villes dont l’activité irrigue le système mondial
en offrant les services les plus avancés aux centres de production et d’échange.
Les services pris comme repères ont été choisis par approches successives. En
un premier temps, la cible a été la presse des grandes villes et les directions du
personnel des très grandes firmes. Les quotidiens riches d’information sur les
affaires (business information) ont été scrutés pour juger de quelles cités lointaines ils informent le plus souvent leur lectorat local. Par ailleurs, les migrants
hautement qualifiés ont également été pris en compte, bien que leur mouvement
soit difficile à mesurer, la presse spécialisée et l’enquête auprès des directions des
relations humaines des firmes internationales étant les seules sources disponibles,
mais d’accès délicat pour les secondes. En revanche, certains services internationaux de première importance ont été délibérément ignorés lorsque, à la façon des
vols aériens, ils mêlent sans discrimination possible des consommations banales
(tourisme et voyages des particuliers) avec des prestations de service indispensables aux entreprises à vocation mondiale. Au total, ces approches ont été jugées
trop qualitatives pour fixer une image périodiquement mesurable des villes
mondiales et pour discerner les réseaux qu’elles forment.
Dès lors, l’attention s’est portée vers quatre catégories de services dont les
firmes multinationales sont grandes utilisatrices et dont la production est assurée
par des entreprises qui ont elles-mêmes étalé leurs réseaux de filiales et participations sur toutes les villes où leurs clientèles souhaitent les trouver. La comptabilité (et l’audit), la publicité, la finance (banque incluse) et l’assurance sont ainsi
devenues des repères centraux, étant bien entendu qu’en ces diverses branches le
droit commercial, fiscal, financier, etc. est pleinement représenté. Au total, dans
ces diverses catégories, on sait adapter un savoir spécialisé, utile aux firmes
clientes, à des contextes juridiques, fiscaux et même culturels des plus variés, ce
qui est précisément l’une des demandes essentielles des entreprises en cours
de mondialisation.
Quarante-six entreprises productrices de ces services avancés, présentes en
1997-1998 dans 55 villes mondiales, ont finalement été retenues comme échantillon
représentatif, à partir d’une sélection initiale de 263 entreprises et de 142 villes.
La décantation a été opérée par élimination des entreprises ne disposant pas
d’agences dans au moins 15 villes, ce qui limite la matrice des connexions potentielles à 46 (entreprises) ✕ 55 (villes), soit 2530 positions, grâce auxquelles les
réseaux pilotés par les producteurs de services avancés et les réseaux d’interconnexion des villes deviennent mesurables au prix de calculs justifiés par la
théorie statistique. Tout en faisant l’économie de ces investigations – dont le détail
est donné par le
Bulletin du GaWC –, je noterai que les services retenus sont
évidemment hétéroclites, si bien que leurs combinaisons ne relèvent pas d’un
cadre dont la cohérence formelle serait comparable à celle d’une comptabilité
économique nationale ou internationale. Néanmoins, on est, ici, dans un domaine
analogue à celui où le PNUD
[4] a agencé ses Indices du développement humain
[5]
qui soumettent les Indices des PIB nationaux
[6] à une fort utile contestation.
Mutatis
mutandis, le GaWCa opéré de même, tout en détaillant, d’étape en étape, dans son
Bulletin, la méthodologie dont il a fait usage, sans cacher ses hésitations et ses
occasionnels repentirs. Ses résultats sont donc fondés en raison, autant que les
données disponibles et les techniques statistiques mises en œuvre le permettent.
Leur ensemble – provisoire, car il s’agit d’une recherche qui se poursuit – permet
de « typifier » les divers réseaux des prestataires de services avancés et de hiérarchiser les villes à vocation plus ou moins mondiale observées en 1997-1998.
S’agissant des prestataires de services, le GaWC détaille divers modèles. Ainsi,
les firmes juridiques américaines ont pour stratégie d’entretenir une agence de
lobbying à Washington et une antenne financière à New York, tandis que leur filiale
londonienne est le centre d’où rayonnent leurs activités internationales. À l’inverse,
les firmes juridiques britanniques concentrent leur attention sur les villes européennes et sur les places financières de Tokyo et Singapour, alors que leurs agences
américaines sont rares. Dernier exemple, les firmes publicitaires s’intéressent à de
nombreux segments de marché en Europe, mais viennent rarement concurrencer
leurs rivales américaines et japonaises sur leurs propres terrains.
Quant à la hiérarchie des villes mondiales, elle est ordonnée selon un critère
simple. Les producteurs des quatre branches de services évoquées plus haut sont
rangés en trois classes selon leur taille globale. À la classe principale est accordée
une valeur 3, si bien qu’une ville où les quatre branches sont représentées par des
entreprises de cette classe atteint un score de 12, ce qui est, par exemple, le cas de
Paris. De même, une ville où deux branches de services sont le fait d’entreprises
de première classe et deux autres branches, le fait de prestataires de classe moyenne
(valeur 2) reçoit, au total, un score de 10, ce qui est, par autre exemple, le cas de
Francfort. Et ainsi de suite, jusqu’aux villes où les quatre branches de services ne
sont représentées que par des entreprises de la dernière classe (valeur 1), ce qui leur
donne une cotation de 4, comme c’est le cas (en 1997-1998, je le rappelle) pour
Berlin, Hambourg ou Shanghai. En dessous d’un score de 4, les villes ne sont pas
encore considérées comme atteignant un suffisant niveau d’influence mondiale, ce
qui est, entre autres, le cas de Birmingham ou de Rotterdam (!).
Les villes mondiales sont réparties en trois groupes en fonction de leur score
ainsi décompté. Le groupe alpha retient les scores compris entre 12 et 10, alors
que dans le groupe gamma, le dernier, les scores se situent entre 6 et 4. Donc figurent dans le groupe alpha les villes mondiales d’abord dites « de plein exercice » :
Londres, New York, Paris et Tokyo, suivies de près par Chicago, Francfort, Hong
Kong, Los Angeles, Milan et Singapour. La catégorie suivante, ou groupe bêta
– un temps désignée comme celle des major world cities –, est inaugurée par San
Francisco, Sydney, Toronto et Zurich (cotation : 9), suivies par Bruxelles, Madrid,
Mexico et São Paulo (cotation : 8), après quoi Moscou et Séoul ferment la marche
avec une cotation de 7.
Vient ensuite la première tranche du groupe
gamma (soit un score de 6):
Amsterdam, Boston, Caracas, Dallas, Düsseldorf, Genève, Houston, Djakarta,
Johannesburg, Melbourne, Osaka, Prague, Santiago, Taipei et – ironie de l’ordre
alphabétique – Washington
[7].
Que Washington soit, dans cette liste, une ville « moins mondiale » que
Moscou – et que Rotterdam ne soit pas rangée parmi les villes déjà mondiales –
ne doit conduire à aucune conclusion hâtive, car on touche, ici, non point aux
défauts intrinsèques de l’investigation, mais simplement à ses limites propres. On
en jugera mieux en détaillant les bénéfices de l’entreprise, avant de se demander
comment ces limites pourraient être dépassées.
LE CLASSEMENT DES VILLES MONDIALES SELON LE GaWC
This page provides links to the official web sites of those cities identified as world cities
by GaWC. A description of the underlying classification is provided in GaWC Research
Bulletin 5. The list is also available in alphabetic order and (for alpha, beta and gamma
world cities) as interactive map.
A. ALPHA WORLD CITIES (full service world cities)
12 : London, New York, Paris, Tokyo
10 : Chicago, Frankfurt, Hong Kong, Los Angeles, Milan, Singapore
B. BETA WORLD CITIES (major world cities)
9 : San Francisco, Sydney, Toronto, Zurich
8 : Brussels, Madrid, Mexico City, Sao Paulo
7 : Moscow, Seoul
C. GAMMA WORLD CITIES (minor world cities)
6 : Amsterdam, Boston, Caracas, Dallas, Düsseldorf, Geneva, Houston, Jakarta,
Johannesburg, Melbourne, Osaka, Prague, Santiago, Taipei, Washington
5 : Bangkok, Beijing, Montreal, Rome, Stockholm, Warsaw
4 : Atlanta, Barcelona, Berlin, Budapest, Buenos Aires, Copenhagen, Hamburg, Istanbul,
Kuala Lumpur, Manila, Miami, Minneapolis, Munich, Shanghai
Les villes d’influence mondiale, identifiées par ceux de leurs services avancés
qui se sont laissé mesurer jusqu’ici, ne figurent que dans un État sur six. Leur densité
est évidemment plus forte en Amérique du Nord et en Europe que partout ailleurs,
même en Asie de l’Est et du Sud-Est, où se trouvent plusieurs d’entre elles, de
Tokyo à Singapour. Leur classement dessine une nette hiérarchie, ainsi que des
configurations régionales. Par exemple, la position occupée par Miami ne tient guère
au rôle de cette ville dans le sous-système nord-américain, mais résulte de sa prééminence financière envers l’Amérique latine. À l’inverse, l’exclusion de Rotterdam,
principal port mondial et grand-porte d’entrée du pétrole consommé en Europe,
signifie que cette cité éminemment commerciale est relativement peu développée
pour ce qui est des services aux firmes cherchant à se déployer mondialement. Les
études détaillées par villes et par sous-systèmes abondent dans le Bulletindu GaWC,
aux côtés de travaux sur le réseau mondial considéré dans sa totalité.
L’information ainsi rassemblée est précieuse et le deviendra de plus en plus, à
mesure que des investigations régulièrement espacées permettront d’observer les
transformations du réseau des villes mondiales et de l’espace variable que dessinent les entreprises clientes de leurs services. Mais ces investigations se heurteront à des difficultés pratiques que seules d’habiles précautions méthodologiques
permettront de surmonter. En effet, l’échantillon des firmes à observer sera nécessairement perturbé par l’apparition de nouvelles entreprises, comme par la disparition de compagnies antérieurement prises en compte (déclin, absorption par un
autre groupe ou dépeçage entre plusieurs groupes). Un autre risque résulterait de
l’effacement de l’une des quatre branches d’activité retenues pour l’étude de 1997-1998, par exemple en raison d’une interpénétration croissante des activités de
banque et d’assurance. À l’inverse, on peut espérer que de nouvelles catégories
de firmes à vocation mondiale viendront étendre le champ de l’étude, vers les
services qui aident à la localisation/délocalisation des firmes (marketing, évaluation des « risques politiques », etc.) ou qui approchent de plus près encore les stratégies des entreprises multinationales. Tous bouleversements de l’échantillon à
identifier qui déplaceront l’intérêt, d’une enquête à l’autre et quelle que soit la
périodicité tenue, du « Qui fait quoi en matière de services mondiaux ?» vers le
« Comment évolue la géographie de leur réseau mondial ?».
D’ores et déjà, il apparaît que le réseau
mondial des villes ressemble aux
réseaux
nationaux, étudiés de longue date : il est l’un des repères essentiels des
transformations multiples qui affectent l’espace où il se déploie. À la différence
des décennies antérieures, où le mouvement économique de la mondialisation
apparaissait comme une contagion d’État à État, puis comme une internationalisation touchant une branche de l’économie après l’autre (par exemple les industries chimiques après l’automobile), elle se présente désormais comme le travail
de firmes multinationales, alimentées notamment par le réseau des villes mondiales
et dont les choix sont variés et changeants, voire versatiles. Encore serait-il souhaitable que l’enquête déborde des services avancés vers les firmes ainsi servies,
nonobstant la discrétion chère aux affaires. En effet, l’exploration directe ducontinent inconnu que forment les firmes multinationales elles-mêmes est un objectif
en vue duquel les recherches universitaires devraient tenter de s’appuyer sur la
coopération des États et de certaines agences internationales, telle la CNUCED
[8].
Ce vaste groupe d’entreprises mobiles, avides de publicité boursière et commerciale, jalouses du secret bancaire et utilisatrices des paradis (fiscaux et autres), est
aujourd’hui le principal moteur de l’économie mondiale, la machine qui répand
partout le mode de production capitaliste. Les services avancés permettent, certes,
d’approcher ces firmes, mais ils ne les saisissent que partiellement et de biais. Ils
ne révèlent rien des opérations interbancaires et de leurs prolongements boursiers
grâce auxquels le capital se répand ou se replie, au gré des groupes multinationaux, selon leurs perspectives techniques et marchandes. Rien non plus des
critères (marchands, salariaux, fiscaux, sécuritaires, etc.) qui déterminent les
préférences géographiques de ces firmes. Rien, enfin, de la façon dont leurs
ressources, en attente d’investissements en capital fixe, se mêlent aux capitaux qui
flottent d’un pays à l’autre, selon les fluctuations des devises et des politiques
monétaires. Les services considérés composent l’entourage juridique, fiscal,
commercial et financier des firmes multinationales, mais ils ne constituent pas
leur essence même. Les villes où ces services nouent leurs coopérations ne sont
certes pas un simple tissu conjonctif qui entourerait les organes vitaux du capitalisme, ils sont pour ce dernier un précieux moteur auxiliaire, mais rien de plus. Et,
comme l’exemple de Rotterdam le souligne, il est d’autres villes d’importance
économique mondiale où le capital-marchandise coule à grands flots.
Plus généralement, le réseau générateur des flux internationaux de capitaux,
d’hommes et d’entreprises sera de mieux en mieux compris à mesure que l’on
s’approchera du cœur du capitalisme : les stratégies des entreprises multinationales, y compris celles des banques qui les desservent et celles des firmes les plus
innovantes ou les plus rentières, ces dernières tirant leurs surprofits de produits
dont la rareté va croissant, tels le pétrole ou, demain, l’eau.
Villes mondiales et sous-systèmes mondiaux
Sous un autre angle, l’étude des villes mondiales se révèle précieuse pour
éclairer certains des ressorts géopolitiques du monde actuel. Il y a dix ans, j’avais
esquissé l’hypothèse que, malgré les traits communs que lui impriment la surpuissance économique et militaire des États-Unis, la soumission des autres États à leurs
contrôles ou à leurs sanctions, l’extraversion rapide de firmes multinationales le
plus souvent d’origine américaine, européenne et japonaise et l’adaptation des principales agences internationales à cette dissymétrie structurelle, ce monde n’était
cependant pas représentable par un schéma simpliste où un « centre » surplomberait toute la « périphérie » mondiale, à charge pour une « semi-périphérie » fluctuante d’accueillir ce qui n’entrait pas dans cette dichotomie
[9]. En fait, le système
planétaire contemporain me semblait contenir, sous sa structure mondiale polarisée
par la prédominance américaine, une petite dizaine de « sous-systèmes mondiaux »
– ou, mieux, de systèmes « régionaux » – dont chacun se caractérisait par un
ensemble spécifique d’équilibres et de tensions entre États, par l’héritage de civilisations bien différentes malgré leur commune patine « moderne » et par un espace
géographique fort inégalement riche en montagnes, océans, terres fertiles et autres
ressources naturelles, le tout diversement valorisé par des siècles ou des millénaires
d’équipements publics – c’est-à-dire de capital fixe enfoui dans les villes, les routes
et les campagnes –, chaque sous-système se concrétisant notamment par un différentiel démographique propre, par un héritage urbain d’inégale aménité et par une
activité idéologique (culturelle) d’ampleur fort variée.
Comme le réseau des villes mondiales étudié par le GaWC ne couvre qu’une
partie de la planète, il m’a fallu réduire la comparaison à quelques zones seulement et modifier un peu mon découpage ancien, pour tenir compte des effets
manifestes d’une décennie supplémentaire de mondialisation. La rectification
concerne essentiellement le Royaume-Uni, dont l’étude du GaWC a montré qu’il
est un relais des États-Unis vers de nombreux pays, mais aussi le siège de maintes
entreprises opérant en Grande-Bretagne ou dans d’ex-dominions britanniques
(Australie, Afrique du Sud et Canada). À quoi s’ajoute l’appartenance ambiguë du
Royaume-Uni à l’Union européenne. D’où la constitution d’une zone « britannique » (zone 2).
Les données rassemblées par la carte ci-après permettent d’examiner, zone par
zone, l’impact des services avancés, c’est-à-dire le nombre des villes mondiales
qu’elles contiennent et leur score global et moyen par ville, à quoi elles adjoignent
une évaluation du produit intérieur brut (PIB) par tête. Exprimé en dollars courants,
ce dernier est un très médiocre instrument de comparaison internationale. En
revanche, d’opportuns correctifs statistiques permettent de le mesurer (pour l’année
1998) en dollars à parité de pouvoir d’achat
[10]. Les données utilisées à cette fin sont
généralement de qualité convenable, la principale exception étant celle de la Chine
continentale, dont l’appareil statistique, mal armé pour évaluer le PIB, est plus
défaillant encore pour ce qui est des prix nécessaires au calcul des ppa.
Les zones ( 1 à 4) qui relèvent plutôt du « centre » ont des scores moyens assez
homogènes, tout comme, un cran plus bas, les zones où la prégnance américaine
(zone 5) ou ouest-européenne (zone 6) est manifeste, encore que, pour cette
dernière, le collapsus russe de 1998 rende les données incertaines, après quelques
années de présence massive des services avancés, venus participer au partage d’un
gâteau russe qui a jusqu’à présent désappointé les firmes multinationales. Hormis
ces zones bien typées, la géographie des villes mondiales révèle que leur poussée
est loin d’être une fonction directe de la richesse locale. Bien au contraire, leur
distribution atteste d’une contradiction profonde entre la poussée des firmes multinationales et la viscosité des sociétés où elles pénètrent.
Chez les « vieux tigres » du Japon, de Corée et de Taiwan (zone 4), les scores
moyens par ville sont comparables à ceux du « centre » américain ou européen,
mais ils concernent peu de villes, dans des sociétés dont l’accueil n’a cessé d’être
jugé trop frileux par les États-Unis. La situation est plus nette encore chez les
« jeunes tigres » du Sud-Est asiatique, où Singapour polarise beaucoup de services
avancés et dispense les États voisins de leur faire un trop large accueil. Les péripéties de la « crise asiatique » de 1997 et le refus des purges que le FMI a cru
devoir administrer (notamment à la riche Malaisie et à l’énorme Indonésie) attestent du refus obstiné d’une politique de la porte grande ouverte. Le contraste n’est
qu’apparent avec la Chine (zone 8), où le score moyen des villes mondiales est
certes voisin de celui de l’Amérique latine, car Hong Kong pèse, ici, plus encore
que Singapour dans le Sud-Est. En fait, la Chine est seulement entrouverte.
Par ailleurs, la prise en compte des villes où il n’existait, en 1997-1998, que
des traces de mondialisation (scores inférieurs à 4) ne résorbe guère l’immense
désert africano-asiatique. Ainsi, l’Inde se voit créditer de deux villes modestement prometteuses, tandis que les cinq villes de même espèce repérables au
Proche et Moyen-Orient sont toutes logées au voisinage du pétrole « arabe »,
hormis Téhéran. Reste la pauvre Afrique, où (en dehors de Johannesburg, rattachée
à la zone 2) deux villes seulement portent de minces promesses.
Certes, les rapprochements sommaires qui viennent d’être esquissés pourront
être considérablement enrichis quand l’enquête du GaWC s’étendra à plusieurs
périodes successives et peut-être aussi, comme il a été souhaité, à un échantillon
élargi, approchant de mieux en mieux le noyau des firmes multinationales. Mais
ils suffisent, me semble-t-il, pour suggérer que l’étude des villes mondiales
comme réseau de services avancés gagnerait à se marier avec une contre-étude des
viscosités « régionales ». Autrement dit, le mariage d’une géographie des réseaux
et des flux avec une géographie toujours attentive aux capacités propres des États
et avec une histoire donnant à leurs entrelacs la profondeur de champ qui peut
rendre visibles les inerties culturelles permettrait, je l’espère, d’épargner à la
géographie les guerres théologiques entre les tenants de l’international comme
interétatique et les nouveaux apôtres du transnational irrigué de flux sans frontières. Alors serait donnée une nouvelle chance à cette « problématique commune
à toutes les sciences sociales » que Braudel appelait de ses vœux, il y a près d’un
demi-siècle.
On vient de le voir, le système mondial perd de son allure éléphantesque,
lorsque la capillarité qu’y établit le réseau des villes mondiales devient claire,
étant bien entendu que ce réseau de villes-à-services-avancés n’est lui-même
qu’un prototype, enrichissable par l’étude d’autres vascularisations étatiques, militaires, boursières, informatiques, informationnelles, associatives (à la manière des
ONG) et de mille autres « réseaux » encore. Autrement dit, lorsque le système
mondial commence à perdre la raideur économiste que Braudel lui a peut-être
donnée en survalorisant l’« économie-monde » (ou
Weltwirtschaft) qu’il a si bien
analysée en son sein. Quand Moscou surclasse Washington parmi les villes
mondiales, c’est évidemment parce que l’implosion du socialisme étatique a
conduit vers Moscou une horde de services avancés, mais c’est aussi parce que
Washington, ville mondiale par excellence dans l’ordre politico-militaire, n’est
dans l’ordre économique qu’un catalyseur de
lobbies. La remarque est généralisable. Le fait que les transformations structurelles de l’économie semblent être la
caractéristique principale du système mondial actuel ne signifie nullement que
laformation d’un marché pleinement mondial soit l’
ultimaratio de notre histoire,
ni même le ressort principal des péripéties et des mouvements de moyenne ou de
longue durée qui vont la scander au cours des prochaines décennies. Rien ne
garantit que les villes
politiques mondiales – y compris les énormes bases militaires disséminées sur le globe – ne pèseront pas davantage. Rien ne garantit, non
plus, que le centre de gravité des mutations présentes ne soit pas à rechercher
plutôt du côté des villes
idéologiques mondiales, qu’elles soient marchandes
comme les centres de production cinématographique ou télévisuelle, de Hollywood
à Atlanta et du Caire à Bombay et Hong Kong, ou qu’elles soient religieuses comme
toutes les Jérusalem aujourd’hui disputées ou antagonistes, à moins qu’elles ne
soient éducatives ou d’autres factures encore, dans un monde où Huntington a cru
pouvoir prédire un « clash des civilisations
[11] », mais où, en tout cas, une observation moins simpliste montre que la déferlante du marché mondial semble devoir
se heurter de plus en plus à des résistances, voire à des contre-offensives politicoculturelles : l’inégale viscosité des zones examinées ci-avant en témoigne. Il est de
bonne et prudente méthode d’accorder une égale attention à l’économique, au
politique et à l’idéologique (ou culturel).
Des villes hégémoniques ?
P. J. Taylor est certainement convaincu de la nécessité d’une telle démarche
trifonctionnelle, à en juger par son ouvrage magistral
The Way the Modern World
Works
[12] (ou
Comment fonctionne le monde moderne). Ici, en effet, il enrichit
les vues de Braudel sur les systèmes mondiaux successivement centrés sur
Amsterdam, Londres et New York. Pour chacune de ces villes, comme pour les
pays qu’elles pilotent et pour les régions du monde qu’elles influencent, Taylor
dresse un panorama général de leur activité économique, de leur action politique
et de leur mouvement culturel, le tout saisi sans qu’aucun déterminisme
a priori
ne privilégie l’un ou l’autre de ces trois niveaux d’analyse. Pour permettre d’en
juger, par un aspect majeur, je noterai seulement la façon dont il fait droit au
mouvement culturel (ou idéologique) de ces trois sociétés hégémoniques.
À cette fin, il prête une grande attention au retentissement idéologique des
exploits économiques de ces
can-do societies in a no can-do world, autrement dit
de ces sociétés performantes au regard de leur monde encore malhabile. De même,
il ne néglige aucun des échos culturels que provoquent les succès politiques de
ces mêmes sociétés, telle la maturation d’un droit international qui chemine du
jus gentium promu par le Hollandais Grotius à la liberté des mers imposée par
l’Angleterre impériale, jusqu’à son épanouissement multiforme, lorsque les politiques de l’Amérique prédominante s’appuient sur les traités internationaux plus
que sur le
big stick qu’ils savent aussi manier. S’agissant des structures et des activités idéologiques considérées dans leur plénitude propre, Taylor s’intéresse,
certes, aux démarches des appareils idéologiques spécialisés
[13], mais plus encore
aux larges mouvements qui se manifestent dans les profondeurs de la culture
populaire, c’est-à-dire dans la vie quotidienne de tout le monde – ou, à tout le
moins, d’une vaste minorité à partir de laquelle la société tout entière est finalement entraînée. Ainsi, par exemple, il souligne la coexistence plutôt pacifique des
confessions que les Provinces-Unies font à peu près régner en leur sein, laquelle
contraste singulièrement avec les guerres de Religion qui dévastent la France
et, plus encore, l’Allemagne. Tandis que la théologie s’incline ainsi devant le
commerce, il suit de fort près l’épanouissement du mode de vie et de l’habitat
bourgeois et urbain auquel les marchands s’adonnent, les goûts nouveaux qui
s’affirment dans leur quotidienneté, jusqu’à cette floraison de tableaux où les
scènes de la vie ordinaire deviennent œuvres d’art aux lieu et place des allégories
mythologiques ou religieuses, tandis que des estampes tirées de ces tableaux
gagnent bientôt les habitats plus populaires.
À l’étape suivante, celle de la prééminence anglaise, la révolution industrielle,
le refus des annexions en Europe même, la préférence manifeste pour le contrôle
indirect des pays où le protectorat anglais relaie d’autres colonisateurs européens
et le bâti d’un empire massif limité aux Indes sont attentivement examinés, tout
comme la diffusion des institutions politiques anglaises, dans les contrées vers
lesquelles l’émigration britannique est abondante. Mais il s’intéresse tout autant
aux transformations culturelles qui travaillent la Grande-Bretagne et qui débordent
peu ou prou vers le monde entier. Londres devient l’asile des réfugiés politiques
de tous pays, tandis que les universités anglaises s’entrouvrent aux élites de tous
les continents. Le roman anglais fait partout école. Le mode de vie confortable des
bourgeois britanniques est envié et imité, à grand renfort de clubs, cercles et loges.
L’européanisation qui déferle sur le monde est le plus souvent portée par des
modèles économiques et culturels anglais.
Quand le primat américain devient évident après 1945, il est à son tour analysé
comme un bouleversement des intérêts, valeurs et modes de vie impulsé depuis le
nouveau centre américain. Toutes les caractéristiques de cette américanisation du
système mondial, fort bien détaillées par Taylor, sont si connues, en matière industrielle, bancaire, politique et culturelle, qu’il me semble inutile d’insister ici, sauf
à noter l’attention extrême qu’il accorde aux observations formulées par Gramsci
dès avant les années trente
[14] quant au développement conjoint des revenus et de
la consommation (le « fordisme »), à la maturation d’une nouvelle culture populaire (littérature, radio et cinéma, plus tard prolongés par la télévision) et à la
diffusion de nouveaux modes de vie dont l’automobile, l’habitat confortable et le
supermarché deviennent les piliers, au détriment des villes.
Primauté, prépondérance et autres prééminences que je viens d’évoquer ne sont
pas étrangères au vocabulaire de Taylor, mais lorsqu’il s’agit d’expliciter ces manifestations par un concept précis, c’est à l’hégémonie qu’il recourt, au sens rigoureux que lui a donné Gramsci. En effet, Taylor a parfaitement compris la démarche
de ce dernier, grâce à quoi il surclasse Braudel pour ce qui est des aspects du
système mondial dont l’économie-monde et l’analyse classique des relations internationales ne peuvent rendre pleinement compte. Gramsci prend en considération
les appareils spécialisés de toute sorte, mais il prête une attention plus grande
encore à la culture communément répandue dans la société, d’où ses fréquentes
références à l’habitat, à la ville, aux modes de vie raffinés ou ordinaires, bref à la
quotidienneté. En effet, c’est en s’enracinant dans ce terreau de la vie sociale que
les novations perdent leur étrangeté et deviennent d’une banalité durable.
Taylor met sur le même pied les grandes novations des trois villes (et sociétés)
hégémoniques qu’il étudie et les transformations massives des niveaux et des
modes de vie, car l’hégémonie se manifeste par tous ces canaux. Chaque société
hégémonique dans un système mondial montre la voie dans l’ordre technicoéconomique, comme dans l’orientation politico-culturelle des affaires mondiales.
Elle exprime ses intérêts particuliers sur un mode universel, en les convertissant
en principes généraux et en modèles offerts à tous les autres pays. Elle répand de
nouveaux besoins et de nouvelles consommations, si bien qu’elle « exemplifie »
–pour un temps – la nouvelle modernité. En préfigurant l’avenir auquel le système
mondial semble promis, elle rend naturelle sa prééminence effective dans l’ordre
marchand ou diplomatique et – plus difficilement – dans le royaume des idées.
On le voit, P. J. Taylor internationalise pleinement la théorie gramscienne.
Gramsci, qui vivait dans une Italie unifiée depuis un demi-siècle à peine et qui se
souciait plus de bâtir une Internationale que de voir mûrir une nation italienne,
avait pour souci premier de comprendre les succès du fascisme et les échecs du
socialisme et du jeune communisme en Italie. De ce fait, l’hégémonie idéologique
(ou culturelle) apparaît souvent, chez lui, comme le pendant de la domination
politique : la domination contraint les classes sociales; l’hégémonie les convainc.
Autrement dit, une société garde sa cohérence, malgré les transformations qui la
travaillent, par l’effet conjoint de la contrainte étatique et du consentement de
la population à l’ordre établi, consentement qui s’entretient par des moyens idéologiques dont la culture commune est le sédiment et qui, dans le cas italien, devait
beaucoup plus « aux solides bastions de la société civile », y compris l’Église
omniprésente, qu’à un État faible assorti d’une nation naissante, agrégeant difficilement des régions alors indépendantes depuis des siècles.
En déplaçant le centre de gravité de la réflexion vers le système mondial,
Taylor aide à comprendre comment la prépondérance d’une société hégémonique,
certes soutenue par ses capacités économiques et militaires, a un autre ressort qui
devient décisif dans la durée : le respect et l’envie que suscitent ses performances.
À l’échelle du système mondial, un consentement à l’ordre international établi se
marie à la prépondérance multiforme de la puissance principale et à la modernité
qui se déploie exemplairement dans ses villes et ses régions majeures. En somme,
les sociétés hégémoniques sont les sources de la modernité tant que dure leur
système mondial.
Encore faut-il s’interroger sur la nature et la durée de cette modernité qui servirait à définir le système mondial dit « moderne », dont le déploiement amorcé par
l’Europe du « long XVI
e siècle » se serait poursuivi jusqu’à englober la planète
entière, en notre fin de XX
e siècle. Taylor est conscient de ce problème. Trois ans
après
The Way the Modern World Works, singulier qui semble le rallier à l’orthodoxie dominante, il a publié un
Modernities dont le pluriel convient assurément
mieux à la
geohistorical interpretation
[15] que veut être cet ouvrage. Pour qui doute
de l’unicité des « temps modernes », la lecture de ce livre est stimulante, car Taylor
s’y débat comme un beau diable pour remplacer « la » modernité, pont aux ânes
de maintes sociologies aux contours historico-géographiques indéfinis, par une
conception de la modernisation sociale où l’historien et le géographe peuvent
retrouver leurs repères.
En substance, sa démarche le conduit à distinguer plusieurs modernités et à
explorer leurs rapports avec les hégémonies successives qu’il a précédemment
détaillées conformément aux repérages braudéliens. Au terme de cette recherche
dont je ne discuterai pas les étapes, Taylor me semble arriver au voisinage immédiat d’une conclusion qu’il ne souligne pas explicitement et que je vais évoquer en
mes propres termes, mais sans le trahir, me semble-t-il. Cette conclusion est que la
modernité et même la modernisation, consacrées par l’usage scolaire en Europe
occidentale, ne sont qu’une commodité de langage permettant de faire allusion à
toute une série de processus sociaux, aux rebondissements multiples, soit que l’on
veuille faire l’économie de leur détail, soit aussi que l’on veuille gommer certains
de leurs aspects, tels que le capitalisme ou l’impérialisme. En effet, les principaux
processus (complexes, sinueux et rebondissants) que la modernité subsume sont
la difficile formation d’États démocratiques-bourgeois, la longue révolution industrielle capitaliste bondissant d’une novation technologique à l’autre, et la révolution culturelle jaillissant de même, à mesure que la presse, l’école pour tous et le
foisonnement des médias étalent leurs effets. Trois énormes processus (l’un politique, l’autre économique et le troisième culturel) dont les affluents multiples ne
cessent d’entrecroiser leurs cours dans une aire géographique étendue par les colonisations, réduite par les révolutions russe et chinoise, étendue derechef par les
décolonisations et rendue planétaire par l’implosion du socialisme étatique.
Si tel est bien le cas, les recherches des sciences sociales, libérées de toute référence à « une » modernité pérenne et quintessentielle, peuvent qualifier n’importe
quelle réalité macrosociologique (un système mondial, une période historique, un
espace territorial, etc.) selon ses traits propres et ses vertus intrinsèques. Ainsi en
va-t-il des villes, fussent-elles pour un temps des foyers hégémoniques : les dire
« modernes » ne peut avoir qu’une portée comparative, dans l’espace comme dans
le temps.
Une leçon unique est à tirer des travaux de Taylor sur les systèmes mondiaux,
les modernisations et les villes mondiales : c’est qu’une investigation devient théoriquement féconde lorsqu’elle se charge de faits bien calibrés (telle la géographie
des « services avancés » rapportée aux réseaux urbains) auxquels les concepts plus
généraux doivent se plier, tant que d’autres investigations encore mieux fondées
ne viennent pas élargir et assouplir leur portée. Si les recherches du GaWC
conduitespar Taylor et ses coéquipiers peuvent s’élargir selon certaines des pistes
que j’ai cru pouvoir suggérer, mais aussi selon maintes autres voies que je n’ai pas
aperçues, il n’est pas douteux que l’interprétation géohistorique (comme dit
Taylor) des phénomènes que je me plais à dire « macrosociologiques
[16] » gagnera
en robustesse théorique et, donc, en utilité pratique.
[*]
Économiste et sociologue. Dernier ouvrage paru :
Le Monde au XXIe siècle, Fayard, Paris,
1991.
[1]
L’adresse du GaWC est :
www. lboro. ac. uk/ departments/ gy/ research/ gawc/ html.
[2]
D’abondantes bibliographies – trop souvent limitées à l’univers anglo-saxon – accompagnent les travaux publiés jusqu’ici dans le
Bulletin du GaWC. Trois auteurs y reviennent très
souvent : M. CASTELLS (
The Rise of the Network Society, Oxford, Blackwell, 1996, édition française :
La Société en réseaux, 3 vol. Fayard, 1998), J. FRIEDMANN (« The World City Hypothesis »,
Development and Change, n° 17,1995) et S. SASSEN (
The Global City, Princeton University
Press, 1991, et
Cities in a World Economy, Pine Forge Press, Londres, 1994).
[3]
Op. cit., t. 1, chap VI.
[4]
Programme des Nations unies pour le développement.
[5]
La justification de telles méthodes d’agrégation est détaillée – à un tout autre propos –
par Amartya SEN dans
On Economic Inequality (Oxford et New York, 1973) et dans
Inequality
Revisited (Oxford, 1992).
[6]
Le PIB, ou produit intérieur brut, évalue la production annuelle nette d’un pays donné.
[7]
Le groupe
gamma comprend ensuite Bangkok, Pékin, Montréal, Rome, Stockholm et
Varsovie, suivies, un cran au-dessous, par Atlanta, Barcelone, Berlin, Budapest, Buenos Aires,
Copenhague, Hambourg, Istanbul, Kuala Lumpur, Manille, Miami, Minneapolis, Munich et
Shanghai. Quant à la foule des villes qui présentent seulement quelques indices de mondialité
potentielle, avec un score inférieur à 4, leur liste peut être trouvée dans le
Bulletin (page citylist.html) sur le site indiqué en note 1.
[8]
Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement.
[9]
Voir Robert FOSSAERT,
Le Monde au XXIe siècle, Fayard, Paris, 1991.
[10]
Formule à parité de pouvoir d’achat (ppa); en anglais
ppp :
purchasing power parities.
Source : banque de données CHELEM du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales).
[11]
Samuel P. HUNTINGTON,
The Clash of Civilizations and the Remaking of the World
Order, Simon & Schuster, 1997.
[12]
Peter J. TAYLOR,
The Way the Modern World Works. World Hegemony to World Impasse,
Wiley, 1996.
[13]
Églises, écoles, médias et toutes autres institutions productrices de haute – ou basse –
culture.
[14]
Voir ses
Cahiers de prison (publiés après 1945).
[15]
Peter J. TAYLOR,
Modernities. A Geohistorical Interpretation, Polity Press, 1999.
[16]
Cette dénomination est justifiée par divers travaux consultables sur
www. macrosociologie. com.