Hérodote
La Découverte

I.S.B.N.2707134627
206 pages

p. 10 à 25
doi: 10.3917/her.101.0010

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N°101 2001/2

Du voisinage de Birmingham, ville aussi mondialement connue, à la grande époque de l’Empire britannique, que ses cousines de Manchester et Liverpool – et aussi endommagée qu’elles quand le système mondial changea d’axes au XXe siècle –, il nous vient aujourd’hui une stimulante étude des villes mondiales, c’est-à-dire des villes qui jouent un rôle moteur dans le système mondial actuel. Ces recherches sont pilotées par le Globalization and World Cities Research Group and Network (GaWC : Groupe et réseau de recherches sur les villes mondiales et la globalisation), lequel publie un bulletin électronique où les résultats de ses travaux s’affichent sans attendre leur publication en revue [1]. Le département de géographie de l’université de Loughborough – ville située à 150 kilomètres au nord-est de Birmingham – est le pilier de cette entreprise à laquelle des participants d’autres universités et d’autres disciplines se sont joints. Parmi les chefs de file figurent notamment les professeurs J. V. Beaverstok, D. R. F. Walker et P. J. Taylor. Néanmoins, je ferai référence exclusivement à ce dernier, par simplification, mais aussi pour tenir compte de ses ouvrages personnels, qui me paraissent être des plus importants, comme on pourra en juger plus loin [2].
 
Le réseau des villes mondiales
 
 
Taylor et ses coéquipiers s’inspirent des observations de Castells sur les services avancés dont les sociétés en voie d’informatisation rapide tirent une bonne part de leurs ressources [3]. En repérant les villes d’où ces services proviennent, en observant les liens internationaux permanents que leurs entreprises productrices entretiennent de ville à ville, à grand renfort de filiales ou d’alliances, et en décryptant les diverses variantes des réseaux ainsi formés, le GaWC met en lumière le fonctionnement des villes dont l’activité irrigue le système mondial en offrant les services les plus avancés aux centres de production et d’échange.
Les services pris comme repères ont été choisis par approches successives. En un premier temps, la cible a été la presse des grandes villes et les directions du personnel des très grandes firmes. Les quotidiens riches d’information sur les affaires (business information) ont été scrutés pour juger de quelles cités lointaines ils informent le plus souvent leur lectorat local. Par ailleurs, les migrants hautement qualifiés ont également été pris en compte, bien que leur mouvement soit difficile à mesurer, la presse spécialisée et l’enquête auprès des directions des relations humaines des firmes internationales étant les seules sources disponibles, mais d’accès délicat pour les secondes. En revanche, certains services internationaux de première importance ont été délibérément ignorés lorsque, à la façon des vols aériens, ils mêlent sans discrimination possible des consommations banales (tourisme et voyages des particuliers) avec des prestations de service indispensables aux entreprises à vocation mondiale. Au total, ces approches ont été jugées trop qualitatives pour fixer une image périodiquement mesurable des villes mondiales et pour discerner les réseaux qu’elles forment.
Dès lors, l’attention s’est portée vers quatre catégories de services dont les firmes multinationales sont grandes utilisatrices et dont la production est assurée par des entreprises qui ont elles-mêmes étalé leurs réseaux de filiales et participations sur toutes les villes où leurs clientèles souhaitent les trouver. La comptabilité (et l’audit), la publicité, la finance (banque incluse) et l’assurance sont ainsi devenues des repères centraux, étant bien entendu qu’en ces diverses branches le droit commercial, fiscal, financier, etc. est pleinement représenté. Au total, dans ces diverses catégories, on sait adapter un savoir spécialisé, utile aux firmes clientes, à des contextes juridiques, fiscaux et même culturels des plus variés, ce qui est précisément l’une des demandes essentielles des entreprises en cours de mondialisation.
Quarante-six entreprises productrices de ces services avancés, présentes en 1997-1998 dans 55 villes mondiales, ont finalement été retenues comme échantillon représentatif, à partir d’une sélection initiale de 263 entreprises et de 142 villes. La décantation a été opérée par élimination des entreprises ne disposant pas d’agences dans au moins 15 villes, ce qui limite la matrice des connexions potentielles à 46 (entreprises) ✕ 55 (villes), soit 2530 positions, grâce auxquelles les réseaux pilotés par les producteurs de services avancés et les réseaux d’interconnexion des villes deviennent mesurables au prix de calculs justifiés par la théorie statistique. Tout en faisant l’économie de ces investigations – dont le détail est donné par le Bulletin du GaWC –, je noterai que les services retenus sont évidemment hétéroclites, si bien que leurs combinaisons ne relèvent pas d’un cadre dont la cohérence formelle serait comparable à celle d’une comptabilité économique nationale ou internationale. Néanmoins, on est, ici, dans un domaine analogue à celui où le PNUD [4] a agencé ses Indices du développement humain [5] qui soumettent les Indices des PIB nationaux [6] à une fort utile contestation. Mutatis mutandis, le GaWCa opéré de même, tout en détaillant, d’étape en étape, dans son Bulletin, la méthodologie dont il a fait usage, sans cacher ses hésitations et ses occasionnels repentirs. Ses résultats sont donc fondés en raison, autant que les données disponibles et les techniques statistiques mises en œuvre le permettent. Leur ensemble – provisoire, car il s’agit d’une recherche qui se poursuit – permet de « typifier » les divers réseaux des prestataires de services avancés et de hiérarchiser les villes à vocation plus ou moins mondiale observées en 1997-1998.
S’agissant des prestataires de services, le GaWC détaille divers modèles. Ainsi, les firmes juridiques américaines ont pour stratégie d’entretenir une agence de lobbying à Washington et une antenne financière à New York, tandis que leur filiale londonienne est le centre d’où rayonnent leurs activités internationales. À l’inverse, les firmes juridiques britanniques concentrent leur attention sur les villes européennes et sur les places financières de Tokyo et Singapour, alors que leurs agences américaines sont rares. Dernier exemple, les firmes publicitaires s’intéressent à de nombreux segments de marché en Europe, mais viennent rarement concurrencer leurs rivales américaines et japonaises sur leurs propres terrains.
Quant à la hiérarchie des villes mondiales, elle est ordonnée selon un critère simple. Les producteurs des quatre branches de services évoquées plus haut sont rangés en trois classes selon leur taille globale. À la classe principale est accordée une valeur 3, si bien qu’une ville où les quatre branches sont représentées par des entreprises de cette classe atteint un score de 12, ce qui est, par exemple, le cas de Paris. De même, une ville où deux branches de services sont le fait d’entreprises de première classe et deux autres branches, le fait de prestataires de classe moyenne (valeur 2) reçoit, au total, un score de 10, ce qui est, par autre exemple, le cas de Francfort. Et ainsi de suite, jusqu’aux villes où les quatre branches de services ne sont représentées que par des entreprises de la dernière classe (valeur 1), ce qui leur donne une cotation de 4, comme c’est le cas (en 1997-1998, je le rappelle) pour Berlin, Hambourg ou Shanghai. En dessous d’un score de 4, les villes ne sont pas encore considérées comme atteignant un suffisant niveau d’influence mondiale, ce qui est, entre autres, le cas de Birmingham ou de Rotterdam (!).
Les villes mondiales sont réparties en trois groupes en fonction de leur score ainsi décompté. Le groupe alpha retient les scores compris entre 12 et 10, alors que dans le groupe gamma, le dernier, les scores se situent entre 6 et 4. Donc figurent dans le groupe alpha les villes mondiales d’abord dites « de plein exercice » : Londres, New York, Paris et Tokyo, suivies de près par Chicago, Francfort, Hong Kong, Los Angeles, Milan et Singapour. La catégorie suivante, ou groupe bêta – un temps désignée comme celle des major world cities –, est inaugurée par San Francisco, Sydney, Toronto et Zurich (cotation : 9), suivies par Bruxelles, Madrid, Mexico et São Paulo (cotation : 8), après quoi Moscou et Séoul ferment la marche avec une cotation de 7.
Vient ensuite la première tranche du groupe gamma (soit un score de 6): Amsterdam, Boston, Caracas, Dallas, Düsseldorf, Genève, Houston, Djakarta, Johannesburg, Melbourne, Osaka, Prague, Santiago, Taipei et – ironie de l’ordre alphabétique – Washington [7].
Que Washington soit, dans cette liste, une ville « moins mondiale » que Moscou – et que Rotterdam ne soit pas rangée parmi les villes déjà mondiales – ne doit conduire à aucune conclusion hâtive, car on touche, ici, non point aux défauts intrinsèques de l’investigation, mais simplement à ses limites propres. On en jugera mieux en détaillant les bénéfices de l’entreprise, avant de se demander comment ces limites pourraient être dépassées.
LE CLASSEMENT DES VILLES MONDIALES SELON LE GaWC
This page provides links to the official web sites of those cities identified as world cities by GaWC. A description of the underlying classification is provided in GaWC Research Bulletin 5. The list is also available in alphabetic order and (for alpha, beta and gamma world cities) as interactive map.
A. ALPHA WORLD CITIES (full service world cities)
12 : London, New York, Paris, Tokyo
10 : Chicago, Frankfurt, Hong Kong, Los Angeles, Milan, Singapore
B. BETA WORLD CITIES (major world cities)
9 : San Francisco, Sydney, Toronto, Zurich
8 : Brussels, Madrid, Mexico City, Sao Paulo
7 : Moscow, Seoul
C. GAMMA WORLD CITIES (minor world cities)
6 : Amsterdam, Boston, Caracas, Dallas, Düsseldorf, Geneva, Houston, Jakarta, Johannesburg, Melbourne, Osaka, Prague, Santiago, Taipei, Washington
5 : Bangkok, Beijing, Montreal, Rome, Stockholm, Warsaw
4 : Atlanta, Barcelona, Berlin, Budapest, Buenos Aires, Copenhagen, Hamburg, Istanbul, Kuala Lumpur, Manila, Miami, Minneapolis, Munich, Shanghai
Les villes d’influence mondiale, identifiées par ceux de leurs services avancés qui se sont laissé mesurer jusqu’ici, ne figurent que dans un État sur six. Leur densité est évidemment plus forte en Amérique du Nord et en Europe que partout ailleurs, même en Asie de l’Est et du Sud-Est, où se trouvent plusieurs d’entre elles, de Tokyo à Singapour. Leur classement dessine une nette hiérarchie, ainsi que des configurations régionales. Par exemple, la position occupée par Miami ne tient guère au rôle de cette ville dans le sous-système nord-américain, mais résulte de sa prééminence financière envers l’Amérique latine. À l’inverse, l’exclusion de Rotterdam, principal port mondial et grand-porte d’entrée du pétrole consommé en Europe, signifie que cette cité éminemment commerciale est relativement peu développée pour ce qui est des services aux firmes cherchant à se déployer mondialement. Les études détaillées par villes et par sous-systèmes abondent dans le Bulletindu GaWC, aux côtés de travaux sur le réseau mondial considéré dans sa totalité.
L’information ainsi rassemblée est précieuse et le deviendra de plus en plus, à mesure que des investigations régulièrement espacées permettront d’observer les transformations du réseau des villes mondiales et de l’espace variable que dessinent les entreprises clientes de leurs services. Mais ces investigations se heurteront à des difficultés pratiques que seules d’habiles précautions méthodologiques permettront de surmonter. En effet, l’échantillon des firmes à observer sera nécessairement perturbé par l’apparition de nouvelles entreprises, comme par la disparition de compagnies antérieurement prises en compte (déclin, absorption par un autre groupe ou dépeçage entre plusieurs groupes). Un autre risque résulterait de l’effacement de l’une des quatre branches d’activité retenues pour l’étude de 1997-1998, par exemple en raison d’une interpénétration croissante des activités de banque et d’assurance. À l’inverse, on peut espérer que de nouvelles catégories de firmes à vocation mondiale viendront étendre le champ de l’étude, vers les services qui aident à la localisation/délocalisation des firmes (marketing, évaluation des « risques politiques », etc.) ou qui approchent de plus près encore les stratégies des entreprises multinationales. Tous bouleversements de l’échantillon à identifier qui déplaceront l’intérêt, d’une enquête à l’autre et quelle que soit la périodicité tenue, du « Qui fait quoi en matière de services mondiaux ?» vers le « Comment évolue la géographie de leur réseau mondial ?».
D’ores et déjà, il apparaît que le réseau mondial des villes ressemble aux réseaux nationaux, étudiés de longue date : il est l’un des repères essentiels des transformations multiples qui affectent l’espace où il se déploie. À la différence des décennies antérieures, où le mouvement économique de la mondialisation apparaissait comme une contagion d’État à État, puis comme une internationalisation touchant une branche de l’économie après l’autre (par exemple les industries chimiques après l’automobile), elle se présente désormais comme le travail de firmes multinationales, alimentées notamment par le réseau des villes mondiales et dont les choix sont variés et changeants, voire versatiles. Encore serait-il souhaitable que l’enquête déborde des services avancés vers les firmes ainsi servies, nonobstant la discrétion chère aux affaires. En effet, l’exploration directe ducontinent inconnu que forment les firmes multinationales elles-mêmes est un objectif en vue duquel les recherches universitaires devraient tenter de s’appuyer sur la coopération des États et de certaines agences internationales, telle la CNUCED [8].
Ce vaste groupe d’entreprises mobiles, avides de publicité boursière et commerciale, jalouses du secret bancaire et utilisatrices des paradis (fiscaux et autres), est aujourd’hui le principal moteur de l’économie mondiale, la machine qui répand partout le mode de production capitaliste. Les services avancés permettent, certes, d’approcher ces firmes, mais ils ne les saisissent que partiellement et de biais. Ils ne révèlent rien des opérations interbancaires et de leurs prolongements boursiers grâce auxquels le capital se répand ou se replie, au gré des groupes multinationaux, selon leurs perspectives techniques et marchandes. Rien non plus des critères (marchands, salariaux, fiscaux, sécuritaires, etc.) qui déterminent les préférences géographiques de ces firmes. Rien, enfin, de la façon dont leurs ressources, en attente d’investissements en capital fixe, se mêlent aux capitaux qui flottent d’un pays à l’autre, selon les fluctuations des devises et des politiques monétaires. Les services considérés composent l’entourage juridique, fiscal, commercial et financier des firmes multinationales, mais ils ne constituent pas leur essence même. Les villes où ces services nouent leurs coopérations ne sont certes pas un simple tissu conjonctif qui entourerait les organes vitaux du capitalisme, ils sont pour ce dernier un précieux moteur auxiliaire, mais rien de plus. Et, comme l’exemple de Rotterdam le souligne, il est d’autres villes d’importance économique mondiale où le capital-marchandise coule à grands flots.
Plus généralement, le réseau générateur des flux internationaux de capitaux, d’hommes et d’entreprises sera de mieux en mieux compris à mesure que l’on s’approchera du cœur du capitalisme : les stratégies des entreprises multinationales, y compris celles des banques qui les desservent et celles des firmes les plus innovantes ou les plus rentières, ces dernières tirant leurs surprofits de produits dont la rareté va croissant, tels le pétrole ou, demain, l’eau.
 
Villes mondiales et sous-systèmes mondiaux
 
 
Sous un autre angle, l’étude des villes mondiales se révèle précieuse pour éclairer certains des ressorts géopolitiques du monde actuel. Il y a dix ans, j’avais esquissé l’hypothèse que, malgré les traits communs que lui impriment la surpuissance économique et militaire des États-Unis, la soumission des autres États à leurs contrôles ou à leurs sanctions, l’extraversion rapide de firmes multinationales le plus souvent d’origine américaine, européenne et japonaise et l’adaptation des principales agences internationales à cette dissymétrie structurelle, ce monde n’était cependant pas représentable par un schéma simpliste où un « centre » surplomberait toute la « périphérie » mondiale, à charge pour une « semi-périphérie » fluctuante d’accueillir ce qui n’entrait pas dans cette dichotomie [9]. En fait, le système planétaire contemporain me semblait contenir, sous sa structure mondiale polarisée par la prédominance américaine, une petite dizaine de « sous-systèmes mondiaux » – ou, mieux, de systèmes « régionaux » – dont chacun se caractérisait par un ensemble spécifique d’équilibres et de tensions entre États, par l’héritage de civilisations bien différentes malgré leur commune patine « moderne » et par un espace géographique fort inégalement riche en montagnes, océans, terres fertiles et autres ressources naturelles, le tout diversement valorisé par des siècles ou des millénaires d’équipements publics – c’est-à-dire de capital fixe enfoui dans les villes, les routes et les campagnes –, chaque sous-système se concrétisant notamment par un différentiel démographique propre, par un héritage urbain d’inégale aménité et par une activité idéologique (culturelle) d’ampleur fort variée.
Comme le réseau des villes mondiales étudié par le GaWC ne couvre qu’une partie de la planète, il m’a fallu réduire la comparaison à quelques zones seulement et modifier un peu mon découpage ancien, pour tenir compte des effets manifestes d’une décennie supplémentaire de mondialisation. La rectification concerne essentiellement le Royaume-Uni, dont l’étude du GaWC a montré qu’il est un relais des États-Unis vers de nombreux pays, mais aussi le siège de maintes entreprises opérant en Grande-Bretagne ou dans d’ex-dominions britanniques (Australie, Afrique du Sud et Canada). À quoi s’ajoute l’appartenance ambiguë du Royaume-Uni à l’Union européenne. D’où la constitution d’une zone « britannique » (zone 2).
Les données rassemblées par la carte ci-après permettent d’examiner, zone par zone, l’impact des services avancés, c’est-à-dire le nombre des villes mondiales qu’elles contiennent et leur score global et moyen par ville, à quoi elles adjoignent une évaluation du produit intérieur brut (PIB) par tête. Exprimé en dollars courants, ce dernier est un très médiocre instrument de comparaison internationale. En revanche, d’opportuns correctifs statistiques permettent de le mesurer (pour l’année 1998) en dollars à parité de pouvoir d’achat [10]. Les données utilisées à cette fin sont généralement de qualité convenable, la principale exception étant celle de la Chine continentale, dont l’appareil statistique, mal armé pour évaluer le PIB, est plus défaillant encore pour ce qui est des prix nécessaires au calcul des ppa.
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Les zones ( 1 à 4) qui relèvent plutôt du « centre » ont des scores moyens assez homogènes, tout comme, un cran plus bas, les zones où la prégnance américaine (zone 5) ou ouest-européenne (zone 6) est manifeste, encore que, pour cette dernière, le collapsus russe de 1998 rende les données incertaines, après quelques années de présence massive des services avancés, venus participer au partage d’un gâteau russe qui a jusqu’à présent désappointé les firmes multinationales. Hormis ces zones bien typées, la géographie des villes mondiales révèle que leur poussée est loin d’être une fonction directe de la richesse locale. Bien au contraire, leur distribution atteste d’une contradiction profonde entre la poussée des firmes multinationales et la viscosité des sociétés où elles pénètrent.
Chez les « vieux tigres » du Japon, de Corée et de Taiwan (zone 4), les scores moyens par ville sont comparables à ceux du « centre » américain ou européen, mais ils concernent peu de villes, dans des sociétés dont l’accueil n’a cessé d’être jugé trop frileux par les États-Unis. La situation est plus nette encore chez les « jeunes tigres » du Sud-Est asiatique, où Singapour polarise beaucoup de services avancés et dispense les États voisins de leur faire un trop large accueil. Les péripéties de la « crise asiatique » de 1997 et le refus des purges que le FMI a cru devoir administrer (notamment à la riche Malaisie et à l’énorme Indonésie) attestent du refus obstiné d’une politique de la porte grande ouverte. Le contraste n’est qu’apparent avec la Chine (zone 8), où le score moyen des villes mondiales est certes voisin de celui de l’Amérique latine, car Hong Kong pèse, ici, plus encore que Singapour dans le Sud-Est. En fait, la Chine est seulement entrouverte.
Par ailleurs, la prise en compte des villes où il n’existait, en 1997-1998, que des traces de mondialisation (scores inférieurs à 4) ne résorbe guère l’immense désert africano-asiatique. Ainsi, l’Inde se voit créditer de deux villes modestement prometteuses, tandis que les cinq villes de même espèce repérables au Proche et Moyen-Orient sont toutes logées au voisinage du pétrole « arabe », hormis Téhéran. Reste la pauvre Afrique, où (en dehors de Johannesburg, rattachée à la zone 2) deux villes seulement portent de minces promesses.
Certes, les rapprochements sommaires qui viennent d’être esquissés pourront être considérablement enrichis quand l’enquête du GaWC s’étendra à plusieurs périodes successives et peut-être aussi, comme il a été souhaité, à un échantillon élargi, approchant de mieux en mieux le noyau des firmes multinationales. Mais ils suffisent, me semble-t-il, pour suggérer que l’étude des villes mondiales comme réseau de services avancés gagnerait à se marier avec une contre-étude des viscosités « régionales ». Autrement dit, le mariage d’une géographie des réseaux et des flux avec une géographie toujours attentive aux capacités propres des États et avec une histoire donnant à leurs entrelacs la profondeur de champ qui peut rendre visibles les inerties culturelles permettrait, je l’espère, d’épargner à la géographie les guerres théologiques entre les tenants de l’international comme interétatique et les nouveaux apôtres du transnational irrigué de flux sans frontières. Alors serait donnée une nouvelle chance à cette « problématique commune à toutes les sciences sociales » que Braudel appelait de ses vœux, il y a près d’un demi-siècle.
On vient de le voir, le système mondial perd de son allure éléphantesque, lorsque la capillarité qu’y établit le réseau des villes mondiales devient claire, étant bien entendu que ce réseau de villes-à-services-avancés n’est lui-même qu’un prototype, enrichissable par l’étude d’autres vascularisations étatiques, militaires, boursières, informatiques, informationnelles, associatives (à la manière des ONG) et de mille autres « réseaux » encore. Autrement dit, lorsque le système mondial commence à perdre la raideur économiste que Braudel lui a peut-être donnée en survalorisant l’« économie-monde » (ou Weltwirtschaft) qu’il a si bien analysée en son sein. Quand Moscou surclasse Washington parmi les villes mondiales, c’est évidemment parce que l’implosion du socialisme étatique a conduit vers Moscou une horde de services avancés, mais c’est aussi parce que Washington, ville mondiale par excellence dans l’ordre politico-militaire, n’est dans l’ordre économique qu’un catalyseur de lobbies. La remarque est généralisable. Le fait que les transformations structurelles de l’économie semblent être la caractéristique principale du système mondial actuel ne signifie nullement que laformation d’un marché pleinement mondial soit l’ultimaratio de notre histoire, ni même le ressort principal des péripéties et des mouvements de moyenne ou de longue durée qui vont la scander au cours des prochaines décennies. Rien ne garantit que les villes politiques mondiales – y compris les énormes bases militaires disséminées sur le globe – ne pèseront pas davantage. Rien ne garantit, non plus, que le centre de gravité des mutations présentes ne soit pas à rechercher plutôt du côté des villes idéologiques mondiales, qu’elles soient marchandes comme les centres de production cinématographique ou télévisuelle, de Hollywood à Atlanta et du Caire à Bombay et Hong Kong, ou qu’elles soient religieuses comme toutes les Jérusalem aujourd’hui disputées ou antagonistes, à moins qu’elles ne soient éducatives ou d’autres factures encore, dans un monde où Huntington a cru pouvoir prédire un « clash des civilisations [11] », mais où, en tout cas, une observation moins simpliste montre que la déferlante du marché mondial semble devoir se heurter de plus en plus à des résistances, voire à des contre-offensives politicoculturelles : l’inégale viscosité des zones examinées ci-avant en témoigne. Il est de bonne et prudente méthode d’accorder une égale attention à l’économique, au politique et à l’idéologique (ou culturel).
 
Des villes hégémoniques ?
 
 
P. J. Taylor est certainement convaincu de la nécessité d’une telle démarche trifonctionnelle, à en juger par son ouvrage magistral The Way the Modern World Works [12] (ou Comment fonctionne le monde moderne). Ici, en effet, il enrichit les vues de Braudel sur les systèmes mondiaux successivement centrés sur Amsterdam, Londres et New York. Pour chacune de ces villes, comme pour les pays qu’elles pilotent et pour les régions du monde qu’elles influencent, Taylor dresse un panorama général de leur activité économique, de leur action politique et de leur mouvement culturel, le tout saisi sans qu’aucun déterminisme a priori ne privilégie l’un ou l’autre de ces trois niveaux d’analyse. Pour permettre d’en juger, par un aspect majeur, je noterai seulement la façon dont il fait droit au mouvement culturel (ou idéologique) de ces trois sociétés hégémoniques.
À cette fin, il prête une grande attention au retentissement idéologique des exploits économiques de ces can-do societies in a no can-do world, autrement dit de ces sociétés performantes au regard de leur monde encore malhabile. De même, il ne néglige aucun des échos culturels que provoquent les succès politiques de ces mêmes sociétés, telle la maturation d’un droit international qui chemine du jus gentium promu par le Hollandais Grotius à la liberté des mers imposée par l’Angleterre impériale, jusqu’à son épanouissement multiforme, lorsque les politiques de l’Amérique prédominante s’appuient sur les traités internationaux plus que sur le big stick qu’ils savent aussi manier. S’agissant des structures et des activités idéologiques considérées dans leur plénitude propre, Taylor s’intéresse, certes, aux démarches des appareils idéologiques spécialisés [13], mais plus encore aux larges mouvements qui se manifestent dans les profondeurs de la culture populaire, c’est-à-dire dans la vie quotidienne de tout le monde – ou, à tout le moins, d’une vaste minorité à partir de laquelle la société tout entière est finalement entraînée. Ainsi, par exemple, il souligne la coexistence plutôt pacifique des confessions que les Provinces-Unies font à peu près régner en leur sein, laquelle contraste singulièrement avec les guerres de Religion qui dévastent la France et, plus encore, l’Allemagne. Tandis que la théologie s’incline ainsi devant le commerce, il suit de fort près l’épanouissement du mode de vie et de l’habitat bourgeois et urbain auquel les marchands s’adonnent, les goûts nouveaux qui s’affirment dans leur quotidienneté, jusqu’à cette floraison de tableaux où les scènes de la vie ordinaire deviennent œuvres d’art aux lieu et place des allégories mythologiques ou religieuses, tandis que des estampes tirées de ces tableaux gagnent bientôt les habitats plus populaires.
À l’étape suivante, celle de la prééminence anglaise, la révolution industrielle, le refus des annexions en Europe même, la préférence manifeste pour le contrôle indirect des pays où le protectorat anglais relaie d’autres colonisateurs européens et le bâti d’un empire massif limité aux Indes sont attentivement examinés, tout comme la diffusion des institutions politiques anglaises, dans les contrées vers lesquelles l’émigration britannique est abondante. Mais il s’intéresse tout autant aux transformations culturelles qui travaillent la Grande-Bretagne et qui débordent peu ou prou vers le monde entier. Londres devient l’asile des réfugiés politiques de tous pays, tandis que les universités anglaises s’entrouvrent aux élites de tous les continents. Le roman anglais fait partout école. Le mode de vie confortable des bourgeois britanniques est envié et imité, à grand renfort de clubs, cercles et loges. L’européanisation qui déferle sur le monde est le plus souvent portée par des modèles économiques et culturels anglais.
Quand le primat américain devient évident après 1945, il est à son tour analysé comme un bouleversement des intérêts, valeurs et modes de vie impulsé depuis le nouveau centre américain. Toutes les caractéristiques de cette américanisation du système mondial, fort bien détaillées par Taylor, sont si connues, en matière industrielle, bancaire, politique et culturelle, qu’il me semble inutile d’insister ici, sauf à noter l’attention extrême qu’il accorde aux observations formulées par Gramsci dès avant les années trente [14] quant au développement conjoint des revenus et de la consommation (le « fordisme »), à la maturation d’une nouvelle culture populaire (littérature, radio et cinéma, plus tard prolongés par la télévision) et à la diffusion de nouveaux modes de vie dont l’automobile, l’habitat confortable et le supermarché deviennent les piliers, au détriment des villes.
Primauté, prépondérance et autres prééminences que je viens d’évoquer ne sont pas étrangères au vocabulaire de Taylor, mais lorsqu’il s’agit d’expliciter ces manifestations par un concept précis, c’est à l’hégémonie qu’il recourt, au sens rigoureux que lui a donné Gramsci. En effet, Taylor a parfaitement compris la démarche de ce dernier, grâce à quoi il surclasse Braudel pour ce qui est des aspects du système mondial dont l’économie-monde et l’analyse classique des relations internationales ne peuvent rendre pleinement compte. Gramsci prend en considération les appareils spécialisés de toute sorte, mais il prête une attention plus grande encore à la culture communément répandue dans la société, d’où ses fréquentes références à l’habitat, à la ville, aux modes de vie raffinés ou ordinaires, bref à la quotidienneté. En effet, c’est en s’enracinant dans ce terreau de la vie sociale que les novations perdent leur étrangeté et deviennent d’une banalité durable.
Taylor met sur le même pied les grandes novations des trois villes (et sociétés) hégémoniques qu’il étudie et les transformations massives des niveaux et des modes de vie, car l’hégémonie se manifeste par tous ces canaux. Chaque société hégémonique dans un système mondial montre la voie dans l’ordre technicoéconomique, comme dans l’orientation politico-culturelle des affaires mondiales. Elle exprime ses intérêts particuliers sur un mode universel, en les convertissant en principes généraux et en modèles offerts à tous les autres pays. Elle répand de nouveaux besoins et de nouvelles consommations, si bien qu’elle « exemplifie » –pour un temps – la nouvelle modernité. En préfigurant l’avenir auquel le système mondial semble promis, elle rend naturelle sa prééminence effective dans l’ordre marchand ou diplomatique et – plus difficilement – dans le royaume des idées.
On le voit, P. J. Taylor internationalise pleinement la théorie gramscienne. Gramsci, qui vivait dans une Italie unifiée depuis un demi-siècle à peine et qui se souciait plus de bâtir une Internationale que de voir mûrir une nation italienne, avait pour souci premier de comprendre les succès du fascisme et les échecs du socialisme et du jeune communisme en Italie. De ce fait, l’hégémonie idéologique (ou culturelle) apparaît souvent, chez lui, comme le pendant de la domination politique : la domination contraint les classes sociales; l’hégémonie les convainc. Autrement dit, une société garde sa cohérence, malgré les transformations qui la travaillent, par l’effet conjoint de la contrainte étatique et du consentement de la population à l’ordre établi, consentement qui s’entretient par des moyens idéologiques dont la culture commune est le sédiment et qui, dans le cas italien, devait beaucoup plus « aux solides bastions de la société civile », y compris l’Église omniprésente, qu’à un État faible assorti d’une nation naissante, agrégeant difficilement des régions alors indépendantes depuis des siècles.
En déplaçant le centre de gravité de la réflexion vers le système mondial, Taylor aide à comprendre comment la prépondérance d’une société hégémonique, certes soutenue par ses capacités économiques et militaires, a un autre ressort qui devient décisif dans la durée : le respect et l’envie que suscitent ses performances. À l’échelle du système mondial, un consentement à l’ordre international établi se marie à la prépondérance multiforme de la puissance principale et à la modernité qui se déploie exemplairement dans ses villes et ses régions majeures. En somme, les sociétés hégémoniques sont les sources de la modernité tant que dure leur système mondial.
Encore faut-il s’interroger sur la nature et la durée de cette modernité qui servirait à définir le système mondial dit « moderne », dont le déploiement amorcé par l’Europe du « long XVIe siècle » se serait poursuivi jusqu’à englober la planète entière, en notre fin de XXe siècle. Taylor est conscient de ce problème. Trois ans après The Way the Modern World Works, singulier qui semble le rallier à l’orthodoxie dominante, il a publié un Modernities dont le pluriel convient assurément mieux à la geohistorical interpretation [15] que veut être cet ouvrage. Pour qui doute de l’unicité des « temps modernes », la lecture de ce livre est stimulante, car Taylor s’y débat comme un beau diable pour remplacer « la » modernité, pont aux ânes de maintes sociologies aux contours historico-géographiques indéfinis, par une conception de la modernisation sociale où l’historien et le géographe peuvent retrouver leurs repères.
En substance, sa démarche le conduit à distinguer plusieurs modernités et à explorer leurs rapports avec les hégémonies successives qu’il a précédemment détaillées conformément aux repérages braudéliens. Au terme de cette recherche dont je ne discuterai pas les étapes, Taylor me semble arriver au voisinage immédiat d’une conclusion qu’il ne souligne pas explicitement et que je vais évoquer en mes propres termes, mais sans le trahir, me semble-t-il. Cette conclusion est que la modernité et même la modernisation, consacrées par l’usage scolaire en Europe occidentale, ne sont qu’une commodité de langage permettant de faire allusion à toute une série de processus sociaux, aux rebondissements multiples, soit que l’on veuille faire l’économie de leur détail, soit aussi que l’on veuille gommer certains de leurs aspects, tels que le capitalisme ou l’impérialisme. En effet, les principaux processus (complexes, sinueux et rebondissants) que la modernité subsume sont la difficile formation d’États démocratiques-bourgeois, la longue révolution industrielle capitaliste bondissant d’une novation technologique à l’autre, et la révolution culturelle jaillissant de même, à mesure que la presse, l’école pour tous et le foisonnement des médias étalent leurs effets. Trois énormes processus (l’un politique, l’autre économique et le troisième culturel) dont les affluents multiples ne cessent d’entrecroiser leurs cours dans une aire géographique étendue par les colonisations, réduite par les révolutions russe et chinoise, étendue derechef par les décolonisations et rendue planétaire par l’implosion du socialisme étatique.
Si tel est bien le cas, les recherches des sciences sociales, libérées de toute référence à « une » modernité pérenne et quintessentielle, peuvent qualifier n’importe quelle réalité macrosociologique (un système mondial, une période historique, un espace territorial, etc.) selon ses traits propres et ses vertus intrinsèques. Ainsi en va-t-il des villes, fussent-elles pour un temps des foyers hégémoniques : les dire « modernes » ne peut avoir qu’une portée comparative, dans l’espace comme dans le temps.
Une leçon unique est à tirer des travaux de Taylor sur les systèmes mondiaux, les modernisations et les villes mondiales : c’est qu’une investigation devient théoriquement féconde lorsqu’elle se charge de faits bien calibrés (telle la géographie des « services avancés » rapportée aux réseaux urbains) auxquels les concepts plus généraux doivent se plier, tant que d’autres investigations encore mieux fondées ne viennent pas élargir et assouplir leur portée. Si les recherches du GaWC conduitespar Taylor et ses coéquipiers peuvent s’élargir selon certaines des pistes que j’ai cru pouvoir suggérer, mais aussi selon maintes autres voies que je n’ai pas aperçues, il n’est pas douteux que l’interprétation géohistorique (comme dit Taylor) des phénomènes que je me plais à dire « macrosociologiques [16] » gagnera en robustesse théorique et, donc, en utilité pratique.
 
NOTES
 
[*]Économiste et sociologue. Dernier ouvrage paru : Le Monde au XXIe siècle, Fayard, Paris, 1991.
[1] L’adresse du GaWC est : www. lboro. ac. uk/ departments/ gy/ research/ gawc/ html.
[2] D’abondantes bibliographies – trop souvent limitées à l’univers anglo-saxon – accompagnent les travaux publiés jusqu’ici dans le Bulletin du GaWC. Trois auteurs y reviennent très souvent : M. CASTELLS ( The Rise of the Network Society, Oxford, Blackwell, 1996, édition française : La Société en réseaux, 3 vol. Fayard, 1998), J. FRIEDMANN (« The World City Hypothesis », Development and Change, n° 17,1995) et S. SASSEN ( The Global City, Princeton University Press, 1991, et Cities in a World Economy, Pine Forge Press, Londres, 1994).
[3] Op. cit., t. 1, chap VI.
[4] Programme des Nations unies pour le développement.
[5] La justification de telles méthodes d’agrégation est détaillée – à un tout autre propos – par Amartya SEN dans On Economic Inequality (Oxford et New York, 1973) et dans Inequality Revisited (Oxford, 1992).
[6] Le PIB, ou produit intérieur brut, évalue la production annuelle nette d’un pays donné.
[7] Le groupe gamma comprend ensuite Bangkok, Pékin, Montréal, Rome, Stockholm et Varsovie, suivies, un cran au-dessous, par Atlanta, Barcelone, Berlin, Budapest, Buenos Aires, Copenhague, Hambourg, Istanbul, Kuala Lumpur, Manille, Miami, Minneapolis, Munich et Shanghai. Quant à la foule des villes qui présentent seulement quelques indices de mondialité potentielle, avec un score inférieur à 4, leur liste peut être trouvée dans le Bulletin (page citylist.html) sur le site indiqué en note 1.
[8] Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement.
[9] Voir Robert FOSSAERT, Le Monde au XXIe siècle, Fayard, Paris, 1991.
[10] Formule à parité de pouvoir d’achat (ppa); en anglais ppp : purchasing power parities. Source : banque de données CHELEM du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales).
[11] Samuel P. HUNTINGTON, The Clash of Civilizations and the Remaking of the World Order, Simon & Schuster, 1997.
[12] Peter J. TAYLOR, The Way the Modern World Works. World Hegemony to World Impasse, Wiley, 1996.
[13] Églises, écoles, médias et toutes autres institutions productrices de haute – ou basse – culture.
[14] Voir ses Cahiers de prison (publiés après 1945).
[15] Peter J. TAYLOR, Modernities. A Geohistorical Interpretation, Polity Press, 1999.
[16] Cette dénomination est justifiée par divers travaux consultables sur www. macrosociologie. com.
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