2001
Hérodote
L’Égypte et le barrage d’Assouan Que serait l’Égypte sans ce très grand barrage ?
Habib Ayeb
[*]
Presque une cinquantaine d’années après le début de l’aventure du barrage
d’Assouan, il n’est pas aisé d’imaginer l’Égypte sans ce très grand ouvrage qui lui
a permis de gérer et de rationaliser l’utilisation de la crue du Nil. Que serait ce
pays si le rythme du Nil n’avait pas été modifié par la construction de la grande
digue ? Les périodes de sécheresses et de crues exceptionnelles auraient continué
à marquer la société égyptienne. Comment aurait-elle pu faire face à une croissance démographique qui a été considérable ?Quelle serait aujourd’hui l’ampleur
de « sous-développement » ou de « développement » de l’économie égyptienne, et
par conséquent de la dépendance économique et politique de l’Égypte ? Mais la
disparition de ce phénomène immémorial que fut la crue du Nil n’a pas été sans
conséquences préoccupantes, ne serait-ce qu’en raison de la disparition des limons
qu’elle apportait.
Un éventuel bilan ne peut être encore que provisoire. Doit-il se faire à la manière
comptable en termes de pertes et profits ou doit-il se limiter à répondre aux
nombreuses questions que se posent ses défenseurs et ses détracteurs, ou doit-il,
encore, relever et analyser l’ensemble des conséquences induites ?Combien de fois
n’avons-nous pas entendu cette sentence : « Le barrage d’Assouan est une véritable
catastrophe écologique » et d’autres formules similaires ? La remarque est évidemment justifiée tellement cette réalisation hydraulique, la plus grande de sa génération, a fondamentalement modifié l’écosystème. Mais ne pourrait-on pas s’interroger
sur l’ampleur de la catastrophe humaine que l’Égypte aurait certainement connue si
l’ouvrage n’avait pas été construit, à savoir la famine ?
Dans son précédent numéro « Géopolitique de l’eau », Hérodote a commenté
et critiqué la campagne que les organisations écologistes mènent désormais contre
la construction de tout grand barrage. Mes propos sur l’utilité et les conséquences
du haut barrage en Égypte s’inscrivent dans cette réflexion d’ensemble, mais ils
abordent aussi les facteurs spécifiquement géopolitiques qui ont rendu possible la
construction du barrage, au temps de la guerre froide. On parle en Égypte du haut
barrage, car à Assouan il existait déjà un barrage achevé en 1902, à l’époque de
la domination britannique qui s’était imposée en 1882. Le haut barrage construit
un peu en amont a 111 m de hauteur et 3,6 km de largeur.
L’Égypte constitue par sa géographie un cas unique en Méditerranée et ne
connaît pas beaucoup d’autres équivalents dans le monde. Un vaste désert sec et
aride (la pluviométrie n’y dépasse jamais les 100 mm par an), partie du grand
Sahara, l’Égypte est d’abord le seul pays méditerranéen qui ne doit sa densité,
exceptionnellement forte, qu’à un seul facteur – acteur – naturel : le Nil. C’est du
reste dans ce sens qu’Hérodote avait lancé la formule : « L’Égypte est un don
du Nil. » Aujourd’hui, ce rappel s’impose avant tout débat parce que l’édification
d’un aussi grand barrage en Égypte ne peut en aucune manière être comparée à
une autre construction hydraulique dans un autre pays. L’Égypte est un cas à part
et doit être pensée comme tel.
Unique source d’eau, le Nil est en quelque sorte le « créateur » du territoire
utile du pays ( 4% du territoire national) occupé par 96% de la population totale.
Ce territoire utile, qui vu d’en haut prend une forme de cerf-volant, est la véritable
Égypte. Le reste est désert ! Le problème de l’Égypte est que son désert, à la différence de ceux d’Arabie, ne recèle pas de trésors « commercialisables », comme le
pétrole. À l’exception des ressources pétrolières et touristiques du Sinaï, le désert
ne participe guère au développement de l’Égypte.
Plus qu’un exploit technique, une révolution hydraulique
En termes hydrauliques, la différence fondamentale entre l’avant et l’après-Assouan, c’est la capacité du stockage du pays : 4 milliards de mètres cubes d’eau
avant 1964 et 165 milliards depuis. Cela impliquait automatiquement deux transformations d’une importance capitale : la fin des cycles de crues parfois catastrophiques qui alors emportaient presque tout et endeuillaient plusieurs milliers de
familles. Plus fréquentes, les crues trop faibles réduisaient à presque rien les
récoltes et provoquaient des situations dramatiques. Par ailleurs, en augmentant la
capacité de stockage, les responsables égyptiens se sont donné, enfin, les moyens
techniques de gérer, au mètre cube près, la réserve des eaux du Nil, et ce en amont
de l’ensemble du système hydraulique. En 1964, le Nil, certes toujours majestueux, a cessé d’être le fleuve capricieux et arrogant pour devenir un grand canal
dont le débit est désormais déconnecté du rythme naturel régi par les précipitations
sur ses sources. Il s’agit là d’une véritable révolution hydraulique dont les échos
ont résonné, et résonnent peut-être encore à une échelle internationale.
L’année même de sa mise en eau, en 1964, le haut barrage a bloqué derrière
les frontières sud du pays une des crues les plus fortes du siècle, qui aurait pu
provoquer des dégâts considérables. Il l’a transformée en une colossale réserve
pour les années qui allaient suivre. Entre 1984 et 1988, alors que le Soudan et
d’autres pays du Sahel africain vivaient la période de sécheresse la plus longue
et la plus catastrophique de cette dernière moitié du siècle, la digue du barrage a
constitué une véritable barrière de protection contre l’aridité, évitant au pays une
situation qui aurait été fort difficile. Du reste, rares furent les Égyptiens qui entendirent parler de la sécheresse au Soudan et de ses conséquences, qui furent pourtant véritablement dramatiques, comme si l’Égypte ne faisait plus partie de
l’espace saharien. La crue de 1996, qui fut une crue exceptionnelle et a dépassé
les 130 milliards de mètres cubes d’eau, aurait été inévitablement catastrophique
si le haut barrage n’avait pas existé. Pour l’Égyptien moyen, comme pour les
responsables, l’information qui a le plus de poids, aujourd’hui, n’est pas tant la
hauteur de la crue que le niveau de l’eau dans le lac Nasser.
La réponse à des changements géopolitiques dans la vallée du Nil
qui marquèrent l’échec d’une grande « hydropolitique » égyptienne
Cette réalisation-révolution qu’a été la construction du haut barrage d’Assouan
n’est pas une simple invention d’ingénieurs en mal de notoriété ou de décideurs
despotiques : le plan a été dessiné par Daninos, ingénieur égyptien, en 1945 et la
décision de construire le barrage a été prise par les « officiers libres », auteurs
dela révolution de 1952. Mais il faut se rappeler qu’auparavant les ingénieurs et
hommes politiques égyptiens, soucieux d’éviter une frontière artificielle au travers
de la vallée du Nil, pensaient à une politique hydraulique qui aurait permis la
construction d’infrastructures de stockage de la crue beaucoup plus en amont, vers
les sources du fleuve, en Éthiopie, au Soudan et en Ouganda. N’oublions pas que
le promoteur de l’Égypte moderne, Méhémet Ali, avait entrepris dès 1820 la
conquête du Soudan. En 1881 y éclata un énorme soulèvement aux causes très
complexes qu’aujourd’hui l’on appellerait islamiste, celui des mahdistes. En 1889,
le Soudan devint anglo-égyptien, car ce furent des troupes britanniques (l’armée
des Indes) qui avaient repoussé les mahdistes et assuré la reconquête.
L’idée d’un haut barrage à Assouan était tout à fait contraire au projet géopolitique de contrôle de l’amont de la vallée du Nil. Sa construction a en fait
signifié la fin de l’impérialisme hydropolitique égyptien. Présenté comme une
nouvelle source de fierté, dans la lignée des grands chantiers pharaoniques, le haut
barrage a été en réalité le signe d’une grande déception du Caire, celle provoquée
par l’indépendance du Soudan en 1956 et sa séparation d’avec l’Égypte. Celle-ci
devait donc désormais se limiter au segment de la vallée qui s’étend de la
Méditerranée à la Nubie. C’est donc une véritable « amputation » hydroterritoriale
qui est à l’origine d’une nouvelle stratégie hydropolitique élaborée presque à la
frontière sud de l’Égypte pour rendre possible le stockage pluriannuel de la crue,
ce que seul un très grand barrage pouvait permettre.
Un contexte économique social et politique qui était très défavorable
Dans les années cinquante, l’Égypte se trouvait dans une situation géopolitique,
interne et externe, extrêmement difficile. En réalité, malgré la déclaration de l’indépendance formelle proclamée par la Grande-Bretagne, l’Égypte était encore sous
occupation. Une occupation aggravée par un système politique royal vieillissant et
improductif, une crise économique extrêmement grave, des institutions politiques
exclusivement destinées à protéger les intérêts bien particuliers du palais et de ses
proches et alliés, dont les grands propriétaires terriens, qui en plus du système
productif du pays dominaient le système politique avec une majorité absolue au
Parlement. L’école était devenue obsolète, et la pauvreté s’aggravait et s’élargissait,
touchant de plus en plus de groupes sociaux qui lui avaient jusque-là échappé.
En même temps, la démographie continuait avec des taux de croissance très
élevés : plus de 3% l’an. Autrement dit, la population continuait de doubler globalement tous les vingt ans, ce qui devait faire passer le nombre des Égyptiens de
presque 20 millions au début des années cinquante à plus de 40 millions dans les
années soixante-dix, et en continuant elle pouvait atteindre les 80 millions de
personnes dans les années quatre-vingt-dix. Si le premier palier a été atteint dans
les délais envisagés, la population égyptienne n’a toujours pas dépassé les
70 millions en 2001. Les effets du haut barrage d’Assouan ne sont sans doute pas
étrangers à ce ralentissement.
Je ne veux pas dire que la limitation de la croissance démographique était
l’objectif en soi des promoteurs du barrage. Mais ils surveillaient de près la courbe
de la croissance démographique et avaient en tête une question incontournable :
comment nourrir 80 millions de personnes avec les médiocres moyens de la vallée
du Nil, où la sécheresse sévissait chaque année durant de longs mois ? La seule
réponse réaliste à l’époque était l’accroissement de la production agricole, grâce
à la possibilité de faire fonctionner toute l’année le système d’irrigation.
Rappelons qu’à l’époque on réalisait à peine un peu plus d’une récolte par an,
qu’une grande partie de la surface irriguée, qui tournait autour de 2,5 à 3 millions
d’hectares, était encore sous irrigation par bassins retenant pendant quelques mois
une partie des eaux d’inondation. Toute l’agriculture égyptienne était régulièrement
touchée par la succession des sécheresses et des crues exceptionnelles, les unes et
les autres privant les paysans des fruits de leur labeur.
Une situation géopolitique nouvelle et dangereuse
du fait de l’indépendance du Soudan
Sur le plan externe, l’Égypte avait au début des années cinquante un environnement géopolitique particulièrement défavorable et explosif. La place, le rôle et
la sécurité du pays étaient sérieusement menacés.
On sait que le malaise intérieur et l’échec en 1948 des armées arabes face aux
Israéliens avaient favorisé la prise du pouvoir par les « officiers libres » en
juillet 1952. Cette révolution se devait, d’abord, de présenter des alternatives
viables et réalisables pour le pays. Au-delà des discours politiques sur le nationalisme arabe et plus tard sur le socialisme, le nouveau pouvoir militaire devait
répondre aux premières urgences : empêcher la coupure de l’Égypte avec l’amont
de la vallée du Nil et, si cela se révélait impossible, remédier à la nouvelle situation, c’est-à-dire protéger l’Égypte de toute pression hydropolitique exercée notamment par le nouvel État soudanais.
Au sud, le Soudan évoluait en effet inexorablement vers l’indépendance, avec
l’aide active des Anglais. Pour les Égyptiens, il était impensable qu’un nouvel État
aussi important, en termes de superficie, de population (le Soudan compte actuellement environ 30 millions de personnes), et surtout en raison de sa position
géographique, soit créé au sud de la Nubie, coupant ainsi l’Égypte des sources du
fleuve. Mais en vérité les Soudanais avaient toutes les raisons historiques et
géographiques de demander des comptes à l’Égypte. Plus particulièrement les
Ansars, descendants du Mahdi revenus au pouvoir, avaient de bonnes raisons de
se venger des Égyptiens, qui avaient envahi le Soudan et participé avec les Anglais
à l’écrasement de la révolte mahdiste.
Par ailleurs, vu du Caire, il y avait un autre inconvénient à l’indépendance du
Soudan : celui de priver l’Égypte d’une profondeur stratégique et territoriale inestimable. Le Soudan, du fait de l’élargissement en amont de la vallée du Nil, constituait un potentiel agricole et d’accueil capable de répondre à la croissance de la
population égyptienne en accueillant ses « excédents » et en produisant de quoi
nourrir les habitants de toute la vallée.
Les choses se précipitèrent à partir de 1953. Cette année-là, après d’interminables discussions, les deux parties du condominium anglo-égyptien (imposé au
Soudan en 1899) s’étaient accordées pour débloquer la situation et demander aux
Soudanais de se prononcer par référendum sur leur avenir et celui de leur pays. Ils
devaient choisir entre le rattachement à l’Égypte, dans le cadre d’un grand État
couvrant toute la vallée du Nil, et la création d’un État soudanais indépendant.
L’indépendance du Soudan est officiellement proclamée le 1
er janvier 1956.
À partir de ce moment-là, les relations entre Le Caire et Khartoum seront toujours
tendues, en « dents de scie ». Des crises extrêmement graves ont marqué ces relations et certaines ont failli donner lieu à un affrontement armé, comme ce fut le
cas à propos du triangle d’Halayeb en 1991-1992
[1]. L’indépendance du Soudan
est incontestablement une grande contrainte géopolitique pour l’Égypte. Et c’est
parce que les Égyptiens craignaient déjà ce qui allait devenir une réalité qu’ils
avaient envisagé la construction du barrage.
Aucun gouvernement d’un pays comme l’Égypte, qui dépend entièrement du
Nil, ne serait resté sans réaction face à une évolution géopolitique qui, à tort ou à
raison, devait fatalement le séparer de sa seule source de vie. Certes le gouvernement égyptien aurait pu réagir par la guerre afin d’empêcher la partition de la
vallée du Nil en deux États distincts. D’ailleurs, cette option avait bien tenté
certains responsables face à la détermination de l’Angleterre de vouloir imposer
la création d’un État soudanais. On a du mal aujourd’hui à imaginer l’issue et les
conséquences humaines, hydrauliques et géopolitiques globales d’un tel choix.
La construction du haut barrage d’Assouan a été un des effets positifs de la
guerre froide. Pour comprendre la relation entre le haut barrage d’Assouan et
laguerre froide, il faut reprendre un peu l’histoire de la « révolution » égyptienne.
Les « officiers libres » n’avaient pas de penchants pour le communisme et ne
pensaient pas, lorsqu’ils prirent le pouvoir en 1952, instaurer un régime socialiste
et encore moins sous la coupe de l’URSS. Ils étaient bien plus proches des Frères
musulmans que du parti communiste égyptien.
Quand en 1953 le gouvernement égyptien comprend le risque d’indépendance
du Soudan, ils décide d’entreprendre la construction du haut barrage et s’adresse
aux puissances occidentales pour demander une aide pour le financement et la technologie nécessaires à la réalisation d’un tel ouvrage. Les États-Unis et l’Angleterre
répondent positivement afin de garder l’Égypte dans leur zone d’influence. Ils interviennent auprès de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international pour
assurer le financement. En 1956, une grave crise va tout bouleverser.
L’Égypte cherchait à obtenir des armes pour un futur conflit avec Israël et,
devant les difficultés qu’il rencontrait pour s’en procurer, Nasser a essayé d’accéder
au marché soviétique par l’entremise de certains pays d’Europe de l’Est. L’annonce
d’un achat d’armes soviétiques par l’intermédiaire du maréchal Tito mit le feu aux
poudres. Washington menaça immédiatement de s’opposer au projet de financement
du barrage si Nasser n’annulait pas le contrat d’achat d’armes et s’il ne s’engageait
pas dans un processus de paix avec Israël.
Rejetant une première proposition soviétique de prendre la relève des Américains
et des Européens, en juin 1956 Nasser décida plutôt de nationaliser la Compagnie
du canal de Suez, afin d’utiliser les profits qu’elle réalisait pour le financement du
barrage. La réaction militaire vint de la France, de l’Angleterre et d’Israël, qui en
octobre 1956 lancèrent une offensive soudaine pour reprendre le contrôledu canal.
Les États-Unis s’opposèrent à une telle expédition, peut-être pour éviter une
épreuve de force avec l’Union soviétique, bien qu’elle fût alors aux prises avec
l’insurrection de Budapest. Si les Israéliens restèrent au Sinaï, les parachutistes
français et anglais durent quitter Port-Saïd. Nasser conserva le canal et devint le
leader incontesté du monde arabe.
Dans la foulée, Nasser prit un virage politique : il accepta l’offre de l’Union
soviétique de participer massivement à la construction du barrage et en échange il
lui procura une position stratégique de la plus haute importance, en Méditerranée
orientale et sur la mer Rouge. Ce soutien soviétique n’empêcha pas en 1967 la
défaite de l’Égypte et de ses alliés face à Israël. Il faudra attendre 1972 pour que
le président Sadate puisse obtenir que les Soviétiques quittent l’Égypte. Entretemps, le haut barrage d’Assouan avait été construit.
Ainsi, c’est une situation intérieure à la fois complexe et difficile et une situation géopolitique défavorable qui ont fortement et directement joué en faveur de
la réalisation de ce très grand ouvrage hydraulique. Aujourd’hui, c’est donc en
termes de bilan qu’il faut en parler. Certes, il ne s’agit pas d’établir un bilan définitif qui n’aurait aucun sens, les conséquences de ce genre d’intervention humaine
sur la nature n’apparaissant clairement que plusieurs décennies plus tard. On se
contentera donc ici de quelques indications principales. Le bilan ne peut concerner
effectivement que la seule période qui commence en 1964, année de mise en eau
du barrage et de constitution de la grande réserve d’eau du lac Nasser
[2].
Mais que reproche-t-on au barrage d’Assouan ?
Pour éviter de le dire trop tard et pour épargner aux autres de le rappeler à ma
place, commençons par le passif du barrage. Pour ce faire, sans polémiques
stériles, centrons-nous sur l’essentiel. Deux conséquences graves sont reprochées au haut barrage : la rétention du fameux limon du Nil et la modification
de l’écosystème côtier, dont le premier signe conséquence est la disparition des
sardines des côtes méditerranéennes de l’Égypte. D’autres reproches, moins
sérieux, sont souvent avancés mais ne méritent pas plus que la simple évocation,
tellement ils ne peuvent être scientifiquement défendables : la transformation
du climat, notamment dans la région d’Assouan, et les fortes pertes d’eau par
évaporation au-dessus du lac Nasser. Restons donc sur la question fort pertinente
du limon.
Pour reprendre, encore une fois, la formule d’Hérodote, l’Égypte est – doublement – un don du Nil. D’abord parce que sans les quantités considérables d’eau
que le fleuve charrie tous les ans, à travers le grand Sahara, l’eau des pluies équatoriales vers les terres égyptiennes, l’Égypte n’aurait certainement pas existé. Au
mieux, elle aurait ressemblé, dans son espace et dans son histoire, à la Libye
actuelle : des oasis, quelques agglomérations le long des côtes et probablement pas
beaucoup plus. Imaginons l’Égypte sans les pyramides et ce qu’elles représentent
comme témoins d’une histoire glorieuse à laquelle le Nil n’est évidemment pas
totalement étranger.
Mais l’on oublie souvent que l’eau seule n’aurait pas pu créer la fertile vallée
du Nil. En plus de l’eau indispensable à la vie, il fallait une terre riche et fertile.
Plus de 15 m de limon constituent aujourd’hui le socle de vie de tout ce qui est
égyptien, un riche limon arraché aux flancs des montagnes volcaniques éthiopiennes, qui s’est accumulé au cours des siècles, millimètre par millimètre, pour
former ce beau tapis de production.
Mais il est vrai que ce tapis s’appauvrit dangereusement, et le responsable de
ce processus de dégradation des qualités productives de ce sol est bien le haut
barrage d’Assouan, qui, en retenant le limon dans le fond du lac Nasser, empêche
le renouvellement de la fertilité des sols à l’occasion de chaque crue. La terre
d’Égypte ne reçoit plus sa ration alimentaire naturelle. Ainsi, pour maintenir sa
productivité, il a fallu changer son régime alimentaire : du chimique à la place du
« naturel ». Ce n’est pas pareil. Et ça peut être dangereux pour ceux qui consomment les fruits de la terre, ainsi chimiquement fécondée.
Avec une moyenne de 319 kg d’engrais à l’hectare, ce qui constitue un record
dans les pays du tiers-monde, l’Égypte enregistre une consommation d’engrais
comparable à celle des Pays-Bas, qui s’élève à 346 kg/ha. Sur ce problème, l’écologie retrouve tous ses droits. D’ailleurs les autorités européennes, peu soupçonnables de fanatisme écologique, ont apporté un argument difficilement contestable.
Toute l’exportation égyptienne de pommes de terre (de l’année 1999-2000) s’est
vu refuser l’accès aux marchés européens pour cause de forte concentration en
produits chimiques.
Par ailleurs, le fleuve « récupère » vers l’aval des eaux qui ont servi à l’irrigation
des villes et des industries et qui se sont lourdement chargées de polluants divers.
Les eaux du Nil sont aujourd’hui extrêmement polluées, ce qui est sans doute à
l’origine d’une détérioration de la santé publique. De nombreuses maladies,
notamment différentes formes de cancer, provoquées ou favorisées par la pollution et la contamination de l’eau, ont fait leur apparition.
L’Égypte est aujourd’hui l’un des pays au monde où la pollution fait le plus de
dégâts, difficilement réparables. Une véritable catastrophe écologique est possible,
qui nécessiterait probablement des moyens énormes pour y remédier. Cela fait
directement ou indirectement partie du bilan du haut barrage. Mais est-ce vraiment
la « faute » du barrage ?Les eaux qu’il retient sont pures, et c’est ensuite vers l’aval
que s’opère progressivement la pollution. Plutôt que de « détruire » le barrage,
comme le proclament presque certains écologistes fanatiques, ne faut-il pas mettre
en œuvre une politique agricole rationnelle nécessitant moins d’engrais et surtout
un programme d’épuration des eaux rejetées par les grandes villes ?
Les progrès agricoles
Continuons à faire le bilan du barrage mis en accusation. La défense s’en tiendra
à un ou deux éléments essentiels du dossier : l’équilibre entre population, terres,
productions agricoles et ressources hydrauliques. Un « petit » rappel avant d’entrer
dans les détails : la population égyptienne a doublé entre le début des années
soixante et aujourd’hui, et continue à augmenter au rythme de 1,9% par an.
Après presque un siècle et demi de politique volontariste de développement de
l’agriculture, de l’irrigation et du système hydraulique global, inaugurée au début
du XIXe siècle par Muhammad Ali, le système agricole, qui avait subi une forte
croissance démographique, avait atteint une sorte de saturation et se trouvait en
situation de grave déséquilibre entre la population (nombre et rythme de croissance) et la production (surfaces, quantités et alimentation). La bonification de
nouvelles terres, qui avait notamment permis de mettre en culture l’ensemble du
delta, dont seulement une partie minime était en culture en 1800, était au point
mort, depuis déjà plusieurs décennies. Ce blocage exprimait surtout le manque de
moyens et l’impossibilité de conquérir le désert avec un fleuve dont la crue
annuelle pouvait passer du simple au double, marquant la vie des paysans par de
difficiles périodes de trop fortes ou trop faibles crues, toujours destructrices.
Une grande partie de la Haute-Égypte était encore irriguée par inondation et
l’intensification (verticale) de l’agriculture, qui était déjà de 1,2 récolte par an, ne
pouvait connaître une amélioration sans une plus grande rationalisation de l’irrigation, que seul un système de stockage pluriannuel de la crue pouvait faciliter.
Jusqu’en 1964, la capacité de stockage de l’Égypte était limitée à 4 milliards de
mètres cubes d’eau, pour une crue annuelle du fleuve d’environ 84 milliards
de mètres cubes. À titre de comparaison, à elle seule l’agriculture consomme
aujourd’hui presque 40 milliards de mètres cubes par an !
La croissance démographique, aggravée par la hausse proportionnelle de la
densité pour cause d’impossibilité d’élargissement de l’espace habitable, avait fini
par déclencher une baisse de la surface agricole, progressivement grignotée par les
agglomérations rurales et urbaines.
L’un des tout premiers résultats tangibles des grandes réalisations hydrauliques, et particulièrement du haut barrage d’Assouan, a été l’extension de l’irrigation pérenne à l’ensemble des terres cultivables, dont une grande partie,
particulièrement en Haute-Égypte, était jusqu’aux années soixante encore sous
le système des bassins. Dès 1964,602 000 feddans ( 1 feddan = 0,42 hectare) de
bassins et 371 000 feddans d’irrigation mixte, soit un total de 973 000 feddans,
essentiellement dans la Haute-Égypte, ont été pour la première fois de l’histoire
soumis au système de l’irrigation pérenne.
Par ailleurs, la construction du haut barrage et l’introduction de nouvelles techniques culturales ont permis une considérable intensification de l’agriculture,
faisant passer la superficie récoltée
[3], grâce au système de double récolte, de
9 307 millions de feddans en 1952 à 10 200 en 1960,10 988 en 1972,11 009 en
1974,11090 en 1984 et presque 13 millions aujourd’hui, sur une surface agricole
totale actuelle d’environ 7 millions de feddans. Derrière ces résultats, on trouve
aussi l’introduction des nouvelles techniques d’irrigation (goutte-à-goutte, aspersion...) et de drainage (amélioration du réseau ouvert et mise en place d’un
système de drainage souterrain sur une superficie de 4 496 millions de feddans).
La rationalisation de la gestion de la crue, la modernisation des techniques d’irrigation et de drainage et la recherche de nouvelles variétés précoces des cultures
ont permis de doubler voire de tripler, dans certaines régions et pour certains assolements, le nombre de récoltes par an. Aujourd’hui, la moyenne se situe autour de
1,9 récolte par an contre une seule ( 1,2 exactement) à la veille de la formation du
lac Nasser, un peu comme si on avait multiplié par 2 la superficie cultivée.
Les deux tableaux qui suivent illustrent les résultats des politiques agricoles
menées depuis le début des années cinquante : l’évolution, entre 1952 et 1996 et
pour chacune des cultures principales, de la production (premier tableau) et des
surfaces cultivées et des rendements (second tableau).
ÉVOLUTION DES PRINCIPALES PRODUCTIONS AGRICOLES
(EN MILLIERS DE TONNES) 1952-1996
Cultures 1952 1980 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1992 1993 1994 1995 1996
Blé 1089 1790 1873 1928 2723 2839 3185 4270 4648 4785 4437 5722 5813
Maïs 1505 3227 3698 2907 3618 4089 4113 4811 4431 4943 5821 6300 5879
Sorgho 523 642 547 606 556 592 591 635
Riz 516 2379 2273 2479 2276 2130 2527 2950 3908 4159 4162 4585 4888
Canne
à sucre 3250 8653 9438 10151 8415 10808 11196 11127 11708 11705 12411 13822 11648
Fèves 249 240 359 320 366 363 455 427 215 252 317 393 416
Pommes
de terre – 1214 1478 1400 1801 1862 1657 1638 1618 994 1324 1765 1400
Légumes 1810 5675 8351 9527 9964 9074 8444 8717 9784 10041 13795 14060 15225
Fruits 894 – 2951 3667 4125 4125 4643 4064 5344 5117 5146 5480 6170
Coton 1298 1408 1151 1087 949 854 797 815 946 1083 1083 681 681
Sources: Banque mondiale, décembre 1992; BLIN, L’Économie égyptienne4. Pour la période 1992-1996, La Lettre d’Égypte, Poste d’expansion économique, n° 45, Le Caire, janvier 1998.
Banque mondiale, décembre 1992; BLIN, L’Économie égyptienne
[4]. Pour la période 1992-1996, La Lettre d’Égypte, Poste d’expansion économique, n° 45, Le Caire, janvier 1998.
En plus de la simple performance des chiffres, la hausse de la production agricole a surtout répondu à, voire dépassé, la croissance démographique. Sans le haut
barrage, l’autosuffisance alimentaire et agricole aurait été aujourd’hui extrêmement réduite. En situation de sécheresses prolongées ou d’inondations, l’aide
internationale aurait été le seul moyen d’éviter la famine. Même théorique, ce
calcul, qui ne relève aucunement d’une quelconque spéculation intellectuelle, a au
moins le mérite de rappeler les termes du débat. Incontestablement le haut barrage,
par ailleurs source de nuisances, a déjà gagné le pari de faire disparaître le mot
« famine » du langage des Égyptiens. Cela est d’autant plus à souligner que le
Soudan voisin, dépendant lui aussi des eaux du même fleuve (au moins pour ce
qui est de sa partie septentrionale), a vécu des années de famine (surtout pendant
la décennie quatre-vingt) que l’existence d’un système de stockage pluriannuel
d’eau aurait certainement permis d’éviter.
ÉVOLUTION DE L’AFFECTATION DES TERRES CULTIVÉES ET DES RENDEMENTS
1952-1990
[5]
ÉVOLUTION DE L’AFFECTATION DES TERRES CULTIVÉES ET DES RENDEMENTS
1952-19905
Superficie cultivée Évolution Évolution
Cultures Rendements (t/ha)1000 feddans en % en %
Années 1952 1980 1990 1952-1990 1980-1990 1952 1980 1990 1952-1990 1980-1990
Blé 1402 1326 1955 39,44 47,44 1,85 3,21 5,21 181,62 62,31
Maïs 1704 1905 1975 15,90 3,67 2,10 4,03 5,80 176,19 43,92
Sorgho 433 410 320 – 26,10 –21,95 3,72 4,58 23,12
Riz 374 972 1037 177,27 6,69 3,29 5,83 6,77 105,78 16,12
Canne
à sucre 92 253 274 197,83 8,30 84,11 81,43 96,69 14,96 18,74
Fèves 355 276 345 – 2,82 25,00 1,67 2,07 2,95 76,65 42,51
Pommes
de terre 83 119 43,37 17,40 20,95 20,40
Légumes 181 693 775 328,18 11,83
Coton 1967 1245 993 – 49,52 –20,24 1,57 2,69 1,95 24,20 – 27,51
Bersim 2202 2712 2456 11,53 –9,44
Néanmoins, l’Égypte de 1985 à 1991 a dû importer en moyenne plus de
10 millions de tonnes par an de denrées alimentaires, soit environ 200 kg par habitant et par an. Les importations de céréales sont passées de 3,8 millions de tonnes
en 1974 à 8,9 millions de tonnes en 1985.
L’élargissement de la surface agricole du pays
La constitution de la réserve d’eau du lac Nasser, grâce à la construction du
haut barrage d’Assouan, a permis la bonification de plusieurs centaines de milliers
d’hectares de terres désertiques. Le CAPMAS (l’Institut égyptien des statistiques)
donne le chiffre global de 2,6 millions de feddans pour la période allant de l’année
1952-1953 à l’année 1996-1997. À souligner que les projets de bonifications de
nouvelles terres agricoles ont commencé, pour l’essentiel, au milieu des années
cinquante en même temps que le lancement du chantier de construction du haut
barrage
[6]. Le tableau suivant donne un bilan chiffré de la bonification du désert.
Il s’agit là évidemment du bilan quantitatif.
LA BONIFICATION DE NOUVELLES TERRES AGRICOLES ENTRE 1952 ET 1997
[7]
LA BONIFICATION DE NOUVELLES TERRES AGRICOLES ENTRE 1952 ET 19977
Périodes
1952-1960
1960-1970
1970-1980
1980-1990
1990-1997
Totaux 1952-1997
Superficie totale bonifiée (milliers de feddans)
78,9
891,0
36,4
900,0
747,6
2 653,9
À noter que l’ensemble des terres bonifiées n’a pas été mis en culture. En
réalité, la surface effectivement cultivée se limite à environ 1,9 million de feddans
puisque 700000 ha bonifiés n’ont jamais été mis en culture. Une grande perte qui
s’explique par une qualité médiocre des travaux de bonification ou l’abandon de
ces terres par des familles qui ne voulaient plus les cultiver, préférant partir
ailleurs ou tout simplement rentrer chez elles.
Certes, malgré cet effort considérable, l’extension réelle de la superficie annuellement cultivée demeure relativement limitée. Passant de 5,9 millions de feddans en
1960 à 6 millions de feddans entre 1966 et 1970, la superficie agricole se situe
aujourd’hui autour de 7 millions de feddans. Parmi les raisons principales qui se
cachent derrière ce résultat relativement modeste, on peut s’arrêter sur les suivantes.
L’expansion urbaine, essentiellement dans la vallée du Nil et notamment autour
de la ville du Caire, s’est opérée en grande partie sur l’espace agricole. Ce phénomène a couvert, selon différentes estimations, une surface totale de terres agricoles
d’environ 700000 feddans, soit 12,8% des terres cultivées en Égypte en 1976. La
« perte » définitive de ces terres agricoles est causée à la fois par les nouvelles
constructions et par l’érosion volontaire des sols et l’utilisation de ces limons du
Nil pour la fabrication des briques en terre cuite. Cette pratique est heureusement
interdite depuis 1982.
À titre d’exemple, entre 1960 et 1970, la surface agricole du Saïd égyptien (la
Haute-Égypte) a perdu 150 000 feddans, à cause de l’expansion urbaine (villes et
villages). Il a fallu attendre les années quatre-vingt pour voir la tendance s’inverser
avec un gain de 250 000 feddans, ce qui a amené le total de la surface agricole à
2,57 millions en 1990. Dans le delta, la croissance de la surface agricole, surtout dans
les marges, a été plus importante que les pertes causées par l’expansion urbaine.
La forte densité démographique du delta du Nil se traduit, depuis quelques
années, par une réduction relative de la superficie cultivée avec une moyenne
annuelle négative de l’ordre de 0,21% entre 1960 et 1981, et dans des proportions
comparables pendant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. La superficie
totale a augmenté dans la même période avec une moyenne annuelle de l’ordre de
0,07%, passant de 3 496 795 à 3 550 105 ha. La différence entre les deux valeurs
absolues correspond à l’augmentation de la superficie « urbaine ou urbanisée » et
son empiétement sur l’espace rural.
La remontée de la nappe phréatique et la salinisation de certaines zones agricoles sont dues à un excès d’irrigation avec 8 000 m3 d’eau par feddan et par an,
en moyenne, pour un optimum estimé à 4 500 ou 5 000 m3. Ces pratiques furent
à l’origine de la détérioration rapide puis de l’abandon de plusieurs terres qui
étaient cultivées jusqu’à la fin des années soixante-dix. Dans la seule oasis du
Fayoum, irriguée par les eaux du Nil (acheminées par le Bahr Youssef), on estime
que 15% de l’ensemble des terres agricoles ont été perdus depuis la mise en eau
du haut barrage. En effet, l’oasis du Fayoum, vaste dépression dont la plus grande
partie se situe au-dessous du niveau de la mer, connaît de considérables difficultés
de drainage vu que la quasi-totalité des eaux de drainage s’écoulent dans le lac
Qaroun. La montée du niveau du lac se traduit par une inondation des terres agricoles avoisinantes qui provoque mécaniquement une remontée du niveau de la
nappe phréatique et l’apparition du phénomène de salinisation des sols.
Dans ce contexte, un des grands problèmes tout à la fois culturel et politique que
les dirigeants égyptiens hésitent à poser est celui du prix de l’eau. Jusqu’à présent
et depuis des millénaires, les paysans égyptiens ont considéré que l’eau est un don
du Nil et que par conséquent il n’est pas question pour eux de la payer. Aussi en
font-ils largement usage, ce qui contribue à l’aggravation de la salinisation.
L’accroissement démographique devrait entraîner, entre autres, une forte
hausse de la consommation d’eau, qui subira ainsi l’effet combiné du nombre des
consommateurs et des changements des modes de consommation. Le problème est
que les ressources en eau étant constantes en volume, la disponibilité moyenne
annuelle par habitant enregistre arithmétiquement une baisse proportionnelle à la
croissance démographique. Aujourd’hui, comme le montre le tableau suivant,
cette disponibilité atteint un niveau qui laisse planer la menace sérieuse d’un déséquilibre grave entre ressources hydrauliques et population.
DISPONIBILITÉ EN EAU PAR PERSONNE ET PAR AN ENTRE 1972 ET 2015
[8]
DISPONIBILITÉ EN EAU PAR PERSONNE ET PAR AN ENTRE 1972 ET 20158
Année
1972
1976
1986
1996
2015
Population (millions)
34,56
38
50,21
60
85
Eau disponible (m3/an)
1604
1460
1105
925
653
m3/jour
4,4
4
3,03
2,5
1,8
[*]
Géographe, université Paris-VIII-Saint-Denis.
[1]
Halayeb est un territoire situé sur la frontière et revendiqué par les deux États.
[2]
Le lac Nasser, qui s’étend sur le territoire de l’ex-Nubie, à cheval entre le Soudan et l’Égypte,
mesure plus de 500 km de long et permet le stockage de plus de 165 milliards de mètres cubes d’eau,
soit presque deux fois la crue du fleuve, qui se situe à 84 milliards de mètres cubes d’eau.
[3]
Les parcelles recevant en général plus d’une récolte par an, la superficie récoltée n’est pas
toujours la même que celle cultivée, dite aussi « superficie agricole utile » (SAU).
[4]
Luis BLIN (dir.), « La libéralisation de l’agriculture égyptienne »,
L’Économie égyptienne,
L’Harmattan, Paris, 1993, p. 121.
[5]
Source : Banque mondiale, décembre 1992.
[6]
On se limite ici aux derniers grands projets. En réalité, ce terme couvre toutes les entreprises
de mise en culture de surfaces auparavant non productives. C’est le cas le plus connu des déserts.
Mais c’est aussi le cas des terres de la vallée et du delta qui étaient à une certaine époque difficilement cultivables, soit parce que la crue ne les atteignait pas, soit parce qu’elles étaient en permanence
couvertes par les marécages, surtout dans le nord du delta. Par conséquent, on peut considérer que la
bonification de nouvelles terres avait déjà démarré au début du siècle dernier et qu’une grande partie
des terres actuellement cultivées sont le résultat de grands et longs chantiers de bonification.
[7]
Tableau dressé à partir de la brochure du CAPMAS,
Bulletin annuel de la bonification des
terres agricoles, 1992-1993, janvier 1994. Pour les années 1994-1997, CAPMAS,
Bulletin annuel de
la bonification des terres, 1996-1997, mars 1999, p. 7 et 9.
[8]
Nous ne prenons en considération ici que les quantités d’eau que l’Égypte exploite sur le
volume total de la crue du Nil, soit 55,5 milliards de mètres cubes d’eau par an. Ce volume correspond à la quote-part de l’Égypte décidée par les accords de 1959 (signés entre le Soudan et l’Égypte).