Hérodote
La Découverte

I.S.B.N.2707135925
204 pages

p. 137 à 151
doi: 10.3917/her.103.0137

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N°103 2001/4

Presque une cinquantaine d’années après le début de l’aventure du barrage d’Assouan, il n’est pas aisé d’imaginer l’Égypte sans ce très grand ouvrage qui lui a permis de gérer et de rationaliser l’utilisation de la crue du Nil. Que serait ce pays si le rythme du Nil n’avait pas été modifié par la construction de la grande digue ? Les périodes de sécheresses et de crues exceptionnelles auraient continué à marquer la société égyptienne. Comment aurait-elle pu faire face à une croissance démographique qui a été considérable ?Quelle serait aujourd’hui l’ampleur de « sous-développement » ou de « développement » de l’économie égyptienne, et par conséquent de la dépendance économique et politique de l’Égypte ? Mais la disparition de ce phénomène immémorial que fut la crue du Nil n’a pas été sans conséquences préoccupantes, ne serait-ce qu’en raison de la disparition des limons qu’elle apportait.
Un éventuel bilan ne peut être encore que provisoire. Doit-il se faire à la manière comptable en termes de pertes et profits ou doit-il se limiter à répondre aux nombreuses questions que se posent ses défenseurs et ses détracteurs, ou doit-il, encore, relever et analyser l’ensemble des conséquences induites ?Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette sentence : « Le barrage d’Assouan est une véritable catastrophe écologique » et d’autres formules similaires ? La remarque est évidemment justifiée tellement cette réalisation hydraulique, la plus grande de sa génération, a fondamentalement modifié l’écosystème. Mais ne pourrait-on pas s’interroger sur l’ampleur de la catastrophe humaine que l’Égypte aurait certainement connue si l’ouvrage n’avait pas été construit, à savoir la famine ?
Dans son précédent numéro « Géopolitique de l’eau », Hérodote a commenté et critiqué la campagne que les organisations écologistes mènent désormais contre la construction de tout grand barrage. Mes propos sur l’utilité et les conséquences du haut barrage en Égypte s’inscrivent dans cette réflexion d’ensemble, mais ils abordent aussi les facteurs spécifiquement géopolitiques qui ont rendu possible la construction du barrage, au temps de la guerre froide. On parle en Égypte du haut barrage, car à Assouan il existait déjà un barrage achevé en 1902, à l’époque de la domination britannique qui s’était imposée en 1882. Le haut barrage construit un peu en amont a 111 m de hauteur et 3,6 km de largeur.
L’Égypte constitue par sa géographie un cas unique en Méditerranée et ne connaît pas beaucoup d’autres équivalents dans le monde. Un vaste désert sec et aride (la pluviométrie n’y dépasse jamais les 100 mm par an), partie du grand Sahara, l’Égypte est d’abord le seul pays méditerranéen qui ne doit sa densité, exceptionnellement forte, qu’à un seul facteur – acteur – naturel : le Nil. C’est du reste dans ce sens qu’Hérodote avait lancé la formule : « L’Égypte est un don du Nil. » Aujourd’hui, ce rappel s’impose avant tout débat parce que l’édification d’un aussi grand barrage en Égypte ne peut en aucune manière être comparée à une autre construction hydraulique dans un autre pays. L’Égypte est un cas à part et doit être pensée comme tel.
Unique source d’eau, le Nil est en quelque sorte le « créateur » du territoire utile du pays ( 4% du territoire national) occupé par 96% de la population totale. Ce territoire utile, qui vu d’en haut prend une forme de cerf-volant, est la véritable Égypte. Le reste est désert ! Le problème de l’Égypte est que son désert, à la différence de ceux d’Arabie, ne recèle pas de trésors « commercialisables », comme le pétrole. À l’exception des ressources pétrolières et touristiques du Sinaï, le désert ne participe guère au développement de l’Égypte.
 
Plus qu’un exploit technique, une révolution hydraulique
 
 
En termes hydrauliques, la différence fondamentale entre l’avant et l’après-Assouan, c’est la capacité du stockage du pays : 4 milliards de mètres cubes d’eau avant 1964 et 165 milliards depuis. Cela impliquait automatiquement deux transformations d’une importance capitale : la fin des cycles de crues parfois catastrophiques qui alors emportaient presque tout et endeuillaient plusieurs milliers de familles. Plus fréquentes, les crues trop faibles réduisaient à presque rien les récoltes et provoquaient des situations dramatiques. Par ailleurs, en augmentant la capacité de stockage, les responsables égyptiens se sont donné, enfin, les moyens techniques de gérer, au mètre cube près, la réserve des eaux du Nil, et ce en amont de l’ensemble du système hydraulique. En 1964, le Nil, certes toujours majestueux, a cessé d’être le fleuve capricieux et arrogant pour devenir un grand canal dont le débit est désormais déconnecté du rythme naturel régi par les précipitations sur ses sources. Il s’agit là d’une véritable révolution hydraulique dont les échos ont résonné, et résonnent peut-être encore à une échelle internationale.
L’année même de sa mise en eau, en 1964, le haut barrage a bloqué derrière les frontières sud du pays une des crues les plus fortes du siècle, qui aurait pu provoquer des dégâts considérables. Il l’a transformée en une colossale réserve pour les années qui allaient suivre. Entre 1984 et 1988, alors que le Soudan et d’autres pays du Sahel africain vivaient la période de sécheresse la plus longue et la plus catastrophique de cette dernière moitié du siècle, la digue du barrage a constitué une véritable barrière de protection contre l’aridité, évitant au pays une situation qui aurait été fort difficile. Du reste, rares furent les Égyptiens qui entendirent parler de la sécheresse au Soudan et de ses conséquences, qui furent pourtant véritablement dramatiques, comme si l’Égypte ne faisait plus partie de l’espace saharien. La crue de 1996, qui fut une crue exceptionnelle et a dépassé les 130 milliards de mètres cubes d’eau, aurait été inévitablement catastrophique si le haut barrage n’avait pas existé. Pour l’Égyptien moyen, comme pour les responsables, l’information qui a le plus de poids, aujourd’hui, n’est pas tant la hauteur de la crue que le niveau de l’eau dans le lac Nasser.
 
La réponse à des changements géopolitiques dans la vallée du Nil qui marquèrent l’échec d’une grande « hydropolitique » égyptienne
 
 
Cette réalisation-révolution qu’a été la construction du haut barrage d’Assouan n’est pas une simple invention d’ingénieurs en mal de notoriété ou de décideurs despotiques : le plan a été dessiné par Daninos, ingénieur égyptien, en 1945 et la décision de construire le barrage a été prise par les « officiers libres », auteurs dela révolution de 1952. Mais il faut se rappeler qu’auparavant les ingénieurs et hommes politiques égyptiens, soucieux d’éviter une frontière artificielle au travers de la vallée du Nil, pensaient à une politique hydraulique qui aurait permis la construction d’infrastructures de stockage de la crue beaucoup plus en amont, vers les sources du fleuve, en Éthiopie, au Soudan et en Ouganda. N’oublions pas que le promoteur de l’Égypte moderne, Méhémet Ali, avait entrepris dès 1820 la conquête du Soudan. En 1881 y éclata un énorme soulèvement aux causes très complexes qu’aujourd’hui l’on appellerait islamiste, celui des mahdistes. En 1889, le Soudan devint anglo-égyptien, car ce furent des troupes britanniques (l’armée des Indes) qui avaient repoussé les mahdistes et assuré la reconquête.
L’idée d’un haut barrage à Assouan était tout à fait contraire au projet géopolitique de contrôle de l’amont de la vallée du Nil. Sa construction a en fait signifié la fin de l’impérialisme hydropolitique égyptien. Présenté comme une nouvelle source de fierté, dans la lignée des grands chantiers pharaoniques, le haut barrage a été en réalité le signe d’une grande déception du Caire, celle provoquée par l’indépendance du Soudan en 1956 et sa séparation d’avec l’Égypte. Celle-ci devait donc désormais se limiter au segment de la vallée qui s’étend de la Méditerranée à la Nubie. C’est donc une véritable « amputation » hydroterritoriale qui est à l’origine d’une nouvelle stratégie hydropolitique élaborée presque à la frontière sud de l’Égypte pour rendre possible le stockage pluriannuel de la crue, ce que seul un très grand barrage pouvait permettre.
 
Un contexte économique social et politique qui était très défavorable
 
 
Dans les années cinquante, l’Égypte se trouvait dans une situation géopolitique, interne et externe, extrêmement difficile. En réalité, malgré la déclaration de l’indépendance formelle proclamée par la Grande-Bretagne, l’Égypte était encore sous occupation. Une occupation aggravée par un système politique royal vieillissant et improductif, une crise économique extrêmement grave, des institutions politiques exclusivement destinées à protéger les intérêts bien particuliers du palais et de ses proches et alliés, dont les grands propriétaires terriens, qui en plus du système productif du pays dominaient le système politique avec une majorité absolue au Parlement. L’école était devenue obsolète, et la pauvreté s’aggravait et s’élargissait, touchant de plus en plus de groupes sociaux qui lui avaient jusque-là échappé.
En même temps, la démographie continuait avec des taux de croissance très élevés : plus de 3% l’an. Autrement dit, la population continuait de doubler globalement tous les vingt ans, ce qui devait faire passer le nombre des Égyptiens de presque 20 millions au début des années cinquante à plus de 40 millions dans les années soixante-dix, et en continuant elle pouvait atteindre les 80 millions de personnes dans les années quatre-vingt-dix. Si le premier palier a été atteint dans les délais envisagés, la population égyptienne n’a toujours pas dépassé les 70 millions en 2001. Les effets du haut barrage d’Assouan ne sont sans doute pas étrangers à ce ralentissement.
Je ne veux pas dire que la limitation de la croissance démographique était l’objectif en soi des promoteurs du barrage. Mais ils surveillaient de près la courbe de la croissance démographique et avaient en tête une question incontournable : comment nourrir 80 millions de personnes avec les médiocres moyens de la vallée du Nil, où la sécheresse sévissait chaque année durant de longs mois ? La seule réponse réaliste à l’époque était l’accroissement de la production agricole, grâce à la possibilité de faire fonctionner toute l’année le système d’irrigation.
Rappelons qu’à l’époque on réalisait à peine un peu plus d’une récolte par an, qu’une grande partie de la surface irriguée, qui tournait autour de 2,5 à 3 millions d’hectares, était encore sous irrigation par bassins retenant pendant quelques mois une partie des eaux d’inondation. Toute l’agriculture égyptienne était régulièrement touchée par la succession des sécheresses et des crues exceptionnelles, les unes et les autres privant les paysans des fruits de leur labeur.
 
Une situation géopolitique nouvelle et dangereuse du fait de l’indépendance du Soudan
 
 
Sur le plan externe, l’Égypte avait au début des années cinquante un environnement géopolitique particulièrement défavorable et explosif. La place, le rôle et la sécurité du pays étaient sérieusement menacés.
On sait que le malaise intérieur et l’échec en 1948 des armées arabes face aux Israéliens avaient favorisé la prise du pouvoir par les « officiers libres » en juillet 1952. Cette révolution se devait, d’abord, de présenter des alternatives viables et réalisables pour le pays. Au-delà des discours politiques sur le nationalisme arabe et plus tard sur le socialisme, le nouveau pouvoir militaire devait répondre aux premières urgences : empêcher la coupure de l’Égypte avec l’amont de la vallée du Nil et, si cela se révélait impossible, remédier à la nouvelle situation, c’est-à-dire protéger l’Égypte de toute pression hydropolitique exercée notamment par le nouvel État soudanais.
Au sud, le Soudan évoluait en effet inexorablement vers l’indépendance, avec l’aide active des Anglais. Pour les Égyptiens, il était impensable qu’un nouvel État aussi important, en termes de superficie, de population (le Soudan compte actuellement environ 30 millions de personnes), et surtout en raison de sa position géographique, soit créé au sud de la Nubie, coupant ainsi l’Égypte des sources du fleuve. Mais en vérité les Soudanais avaient toutes les raisons historiques et géographiques de demander des comptes à l’Égypte. Plus particulièrement les Ansars, descendants du Mahdi revenus au pouvoir, avaient de bonnes raisons de se venger des Égyptiens, qui avaient envahi le Soudan et participé avec les Anglais à l’écrasement de la révolte mahdiste.
Par ailleurs, vu du Caire, il y avait un autre inconvénient à l’indépendance du Soudan : celui de priver l’Égypte d’une profondeur stratégique et territoriale inestimable. Le Soudan, du fait de l’élargissement en amont de la vallée du Nil, constituait un potentiel agricole et d’accueil capable de répondre à la croissance de la population égyptienne en accueillant ses « excédents » et en produisant de quoi nourrir les habitants de toute la vallée.
Les choses se précipitèrent à partir de 1953. Cette année-là, après d’interminables discussions, les deux parties du condominium anglo-égyptien (imposé au Soudan en 1899) s’étaient accordées pour débloquer la situation et demander aux Soudanais de se prononcer par référendum sur leur avenir et celui de leur pays. Ils devaient choisir entre le rattachement à l’Égypte, dans le cadre d’un grand État couvrant toute la vallée du Nil, et la création d’un État soudanais indépendant. L’indépendance du Soudan est officiellement proclamée le 1er janvier 1956. À partir de ce moment-là, les relations entre Le Caire et Khartoum seront toujours tendues, en « dents de scie ». Des crises extrêmement graves ont marqué ces relations et certaines ont failli donner lieu à un affrontement armé, comme ce fut le cas à propos du triangle d’Halayeb en 1991-1992 [1]. L’indépendance du Soudan est incontestablement une grande contrainte géopolitique pour l’Égypte. Et c’est parce que les Égyptiens craignaient déjà ce qui allait devenir une réalité qu’ils avaient envisagé la construction du barrage.
Aucun gouvernement d’un pays comme l’Égypte, qui dépend entièrement du Nil, ne serait resté sans réaction face à une évolution géopolitique qui, à tort ou à raison, devait fatalement le séparer de sa seule source de vie. Certes le gouvernement égyptien aurait pu réagir par la guerre afin d’empêcher la partition de la vallée du Nil en deux États distincts. D’ailleurs, cette option avait bien tenté certains responsables face à la détermination de l’Angleterre de vouloir imposer la création d’un État soudanais. On a du mal aujourd’hui à imaginer l’issue et les conséquences humaines, hydrauliques et géopolitiques globales d’un tel choix.
La construction du haut barrage d’Assouan a été un des effets positifs de la guerre froide. Pour comprendre la relation entre le haut barrage d’Assouan et laguerre froide, il faut reprendre un peu l’histoire de la « révolution » égyptienne. Les « officiers libres » n’avaient pas de penchants pour le communisme et ne pensaient pas, lorsqu’ils prirent le pouvoir en 1952, instaurer un régime socialiste et encore moins sous la coupe de l’URSS. Ils étaient bien plus proches des Frères musulmans que du parti communiste égyptien.
Quand en 1953 le gouvernement égyptien comprend le risque d’indépendance du Soudan, ils décide d’entreprendre la construction du haut barrage et s’adresse aux puissances occidentales pour demander une aide pour le financement et la technologie nécessaires à la réalisation d’un tel ouvrage. Les États-Unis et l’Angleterre répondent positivement afin de garder l’Égypte dans leur zone d’influence. Ils interviennent auprès de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international pour assurer le financement. En 1956, une grave crise va tout bouleverser.
L’Égypte cherchait à obtenir des armes pour un futur conflit avec Israël et, devant les difficultés qu’il rencontrait pour s’en procurer, Nasser a essayé d’accéder au marché soviétique par l’entremise de certains pays d’Europe de l’Est. L’annonce d’un achat d’armes soviétiques par l’intermédiaire du maréchal Tito mit le feu aux poudres. Washington menaça immédiatement de s’opposer au projet de financement du barrage si Nasser n’annulait pas le contrat d’achat d’armes et s’il ne s’engageait pas dans un processus de paix avec Israël.
Rejetant une première proposition soviétique de prendre la relève des Américains et des Européens, en juin 1956 Nasser décida plutôt de nationaliser la Compagnie du canal de Suez, afin d’utiliser les profits qu’elle réalisait pour le financement du barrage. La réaction militaire vint de la France, de l’Angleterre et d’Israël, qui en octobre 1956 lancèrent une offensive soudaine pour reprendre le contrôledu canal. Les États-Unis s’opposèrent à une telle expédition, peut-être pour éviter une épreuve de force avec l’Union soviétique, bien qu’elle fût alors aux prises avec l’insurrection de Budapest. Si les Israéliens restèrent au Sinaï, les parachutistes français et anglais durent quitter Port-Saïd. Nasser conserva le canal et devint le leader incontesté du monde arabe.
Dans la foulée, Nasser prit un virage politique : il accepta l’offre de l’Union soviétique de participer massivement à la construction du barrage et en échange il lui procura une position stratégique de la plus haute importance, en Méditerranée orientale et sur la mer Rouge. Ce soutien soviétique n’empêcha pas en 1967 la défaite de l’Égypte et de ses alliés face à Israël. Il faudra attendre 1972 pour que le président Sadate puisse obtenir que les Soviétiques quittent l’Égypte. Entretemps, le haut barrage d’Assouan avait été construit.
Ainsi, c’est une situation intérieure à la fois complexe et difficile et une situation géopolitique défavorable qui ont fortement et directement joué en faveur de la réalisation de ce très grand ouvrage hydraulique. Aujourd’hui, c’est donc en termes de bilan qu’il faut en parler. Certes, il ne s’agit pas d’établir un bilan définitif qui n’aurait aucun sens, les conséquences de ce genre d’intervention humaine sur la nature n’apparaissant clairement que plusieurs décennies plus tard. On se contentera donc ici de quelques indications principales. Le bilan ne peut concerner effectivement que la seule période qui commence en 1964, année de mise en eau du barrage et de constitution de la grande réserve d’eau du lac Nasser [2].
 
Mais que reproche-t-on au barrage d’Assouan ?
 
 
Pour éviter de le dire trop tard et pour épargner aux autres de le rappeler à ma place, commençons par le passif du barrage. Pour ce faire, sans polémiques stériles, centrons-nous sur l’essentiel. Deux conséquences graves sont reprochées au haut barrage : la rétention du fameux limon du Nil et la modification de l’écosystème côtier, dont le premier signe conséquence est la disparition des sardines des côtes méditerranéennes de l’Égypte. D’autres reproches, moins sérieux, sont souvent avancés mais ne méritent pas plus que la simple évocation, tellement ils ne peuvent être scientifiquement défendables : la transformation du climat, notamment dans la région d’Assouan, et les fortes pertes d’eau par évaporation au-dessus du lac Nasser. Restons donc sur la question fort pertinente du limon.
Pour reprendre, encore une fois, la formule d’Hérodote, l’Égypte est – doublement – un don du Nil. D’abord parce que sans les quantités considérables d’eau que le fleuve charrie tous les ans, à travers le grand Sahara, l’eau des pluies équatoriales vers les terres égyptiennes, l’Égypte n’aurait certainement pas existé. Au mieux, elle aurait ressemblé, dans son espace et dans son histoire, à la Libye actuelle : des oasis, quelques agglomérations le long des côtes et probablement pas beaucoup plus. Imaginons l’Égypte sans les pyramides et ce qu’elles représentent comme témoins d’une histoire glorieuse à laquelle le Nil n’est évidemment pas totalement étranger.
Mais l’on oublie souvent que l’eau seule n’aurait pas pu créer la fertile vallée du Nil. En plus de l’eau indispensable à la vie, il fallait une terre riche et fertile. Plus de 15 m de limon constituent aujourd’hui le socle de vie de tout ce qui est égyptien, un riche limon arraché aux flancs des montagnes volcaniques éthiopiennes, qui s’est accumulé au cours des siècles, millimètre par millimètre, pour former ce beau tapis de production.
Mais il est vrai que ce tapis s’appauvrit dangereusement, et le responsable de ce processus de dégradation des qualités productives de ce sol est bien le haut barrage d’Assouan, qui, en retenant le limon dans le fond du lac Nasser, empêche le renouvellement de la fertilité des sols à l’occasion de chaque crue. La terre d’Égypte ne reçoit plus sa ration alimentaire naturelle. Ainsi, pour maintenir sa productivité, il a fallu changer son régime alimentaire : du chimique à la place du « naturel ». Ce n’est pas pareil. Et ça peut être dangereux pour ceux qui consomment les fruits de la terre, ainsi chimiquement fécondée.
Avec une moyenne de 319 kg d’engrais à l’hectare, ce qui constitue un record dans les pays du tiers-monde, l’Égypte enregistre une consommation d’engrais comparable à celle des Pays-Bas, qui s’élève à 346 kg/ha. Sur ce problème, l’écologie retrouve tous ses droits. D’ailleurs les autorités européennes, peu soupçonnables de fanatisme écologique, ont apporté un argument difficilement contestable. Toute l’exportation égyptienne de pommes de terre (de l’année 1999-2000) s’est vu refuser l’accès aux marchés européens pour cause de forte concentration en produits chimiques.
Par ailleurs, le fleuve « récupère » vers l’aval des eaux qui ont servi à l’irrigation des villes et des industries et qui se sont lourdement chargées de polluants divers. Les eaux du Nil sont aujourd’hui extrêmement polluées, ce qui est sans doute à l’origine d’une détérioration de la santé publique. De nombreuses maladies, notamment différentes formes de cancer, provoquées ou favorisées par la pollution et la contamination de l’eau, ont fait leur apparition.
L’Égypte est aujourd’hui l’un des pays au monde où la pollution fait le plus de dégâts, difficilement réparables. Une véritable catastrophe écologique est possible, qui nécessiterait probablement des moyens énormes pour y remédier. Cela fait directement ou indirectement partie du bilan du haut barrage. Mais est-ce vraiment la « faute » du barrage ?Les eaux qu’il retient sont pures, et c’est ensuite vers l’aval que s’opère progressivement la pollution. Plutôt que de « détruire » le barrage, comme le proclament presque certains écologistes fanatiques, ne faut-il pas mettre en œuvre une politique agricole rationnelle nécessitant moins d’engrais et surtout un programme d’épuration des eaux rejetées par les grandes villes ?
Les progrès agricoles
Continuons à faire le bilan du barrage mis en accusation. La défense s’en tiendra à un ou deux éléments essentiels du dossier : l’équilibre entre population, terres, productions agricoles et ressources hydrauliques. Un « petit » rappel avant d’entrer dans les détails : la population égyptienne a doublé entre le début des années soixante et aujourd’hui, et continue à augmenter au rythme de 1,9% par an.
Après presque un siècle et demi de politique volontariste de développement de l’agriculture, de l’irrigation et du système hydraulique global, inaugurée au début du XIXe siècle par Muhammad Ali, le système agricole, qui avait subi une forte croissance démographique, avait atteint une sorte de saturation et se trouvait en situation de grave déséquilibre entre la population (nombre et rythme de croissance) et la production (surfaces, quantités et alimentation). La bonification de nouvelles terres, qui avait notamment permis de mettre en culture l’ensemble du delta, dont seulement une partie minime était en culture en 1800, était au point mort, depuis déjà plusieurs décennies. Ce blocage exprimait surtout le manque de moyens et l’impossibilité de conquérir le désert avec un fleuve dont la crue annuelle pouvait passer du simple au double, marquant la vie des paysans par de difficiles périodes de trop fortes ou trop faibles crues, toujours destructrices.
Une grande partie de la Haute-Égypte était encore irriguée par inondation et l’intensification (verticale) de l’agriculture, qui était déjà de 1,2 récolte par an, ne pouvait connaître une amélioration sans une plus grande rationalisation de l’irrigation, que seul un système de stockage pluriannuel de la crue pouvait faciliter. Jusqu’en 1964, la capacité de stockage de l’Égypte était limitée à 4 milliards de mètres cubes d’eau, pour une crue annuelle du fleuve d’environ 84 milliards de mètres cubes. À titre de comparaison, à elle seule l’agriculture consomme aujourd’hui presque 40 milliards de mètres cubes par an !
La croissance démographique, aggravée par la hausse proportionnelle de la densité pour cause d’impossibilité d’élargissement de l’espace habitable, avait fini par déclencher une baisse de la surface agricole, progressivement grignotée par les agglomérations rurales et urbaines.
L’un des tout premiers résultats tangibles des grandes réalisations hydrauliques, et particulièrement du haut barrage d’Assouan, a été l’extension de l’irrigation pérenne à l’ensemble des terres cultivables, dont une grande partie, particulièrement en Haute-Égypte, était jusqu’aux années soixante encore sous le système des bassins. Dès 1964,602 000 feddans ( 1 feddan = 0,42 hectare) de bassins et 371 000 feddans d’irrigation mixte, soit un total de 973 000 feddans, essentiellement dans la Haute-Égypte, ont été pour la première fois de l’histoire soumis au système de l’irrigation pérenne.
Par ailleurs, la construction du haut barrage et l’introduction de nouvelles techniques culturales ont permis une considérable intensification de l’agriculture, faisant passer la superficie récoltée [3], grâce au système de double récolte, de 9 307 millions de feddans en 1952 à 10 200 en 1960,10 988 en 1972,11 009 en 1974,11090 en 1984 et presque 13 millions aujourd’hui, sur une surface agricole totale actuelle d’environ 7 millions de feddans. Derrière ces résultats, on trouve aussi l’introduction des nouvelles techniques d’irrigation (goutte-à-goutte, aspersion...) et de drainage (amélioration du réseau ouvert et mise en place d’un système de drainage souterrain sur une superficie de 4 496 millions de feddans).
La rationalisation de la gestion de la crue, la modernisation des techniques d’irrigation et de drainage et la recherche de nouvelles variétés précoces des cultures ont permis de doubler voire de tripler, dans certaines régions et pour certains assolements, le nombre de récoltes par an. Aujourd’hui, la moyenne se situe autour de 1,9 récolte par an contre une seule ( 1,2 exactement) à la veille de la formation du lac Nasser, un peu comme si on avait multiplié par 2 la superficie cultivée.
Les deux tableaux qui suivent illustrent les résultats des politiques agricoles menées depuis le début des années cinquante : l’évolution, entre 1952 et 1996 et pour chacune des cultures principales, de la production (premier tableau) et des surfaces cultivées et des rendements (second tableau).


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ÉVOLUTION DES PRINCIPALES PRODUCTIONS AGRICOLES (EN MILLIERS DE TONNES) 1952-1996 Cultures 1952 1980 1985 1986 1987 1988 1989 1990 1992 1993 1994 1995 1996 Blé 1089 1790 1873 1928 2723 2839 3185 4270 4648 4785 4437 5722 5813 Maïs 1505 3227 3698 2907 3618 4089 4113 4811 4431 4943 5821 6300 5879 Sorgho 523 642 547 606 556 592 591 635 Riz 516 2379 2273 2479 2276 2130 2527 2950 3908 4159 4162 4585 4888 Canne à sucre 3250 8653 9438 10151 8415 10808 11196 11127 11708 11705 12411 13822 11648 Fèves 249 240 359 320 366 363 455 427 215 252 317 393 416 Pommes de terre – 1214 1478 1400 1801 1862 1657 1638 1618 994 1324 1765 1400 Légumes 1810 5675 8351 9527 9964 9074 8444 8717 9784 10041 13795 14060 15225 Fruits 894 – 2951 3667 4125 4125 4643 4064 5344 5117 5146 5480 6170 Coton 1298 1408 1151 1087 949 854 797 815 946 1083 1083 681 681 Sources: Banque mondiale, décembre 1992; BLIN, L’Économie égyptienne4. Pour la période 1992-1996, La Lettre d’Égypte, Poste d’expansion économique, n° 45, Le Caire, janvier 1998.
Banque mondiale, décembre 1992; BLIN, L’Économie égyptienne [4]. Pour la période 1992-1996, La Lettre d’Égypte, Poste d’expansion économique, n° 45, Le Caire, janvier 1998.

En plus de la simple performance des chiffres, la hausse de la production agricole a surtout répondu à, voire dépassé, la croissance démographique. Sans le haut barrage, l’autosuffisance alimentaire et agricole aurait été aujourd’hui extrêmement réduite. En situation de sécheresses prolongées ou d’inondations, l’aide internationale aurait été le seul moyen d’éviter la famine. Même théorique, ce calcul, qui ne relève aucunement d’une quelconque spéculation intellectuelle, a au moins le mérite de rappeler les termes du débat. Incontestablement le haut barrage, par ailleurs source de nuisances, a déjà gagné le pari de faire disparaître le mot « famine » du langage des Égyptiens. Cela est d’autant plus à souligner que le Soudan voisin, dépendant lui aussi des eaux du même fleuve (au moins pour ce qui est de sa partie septentrionale), a vécu des années de famine (surtout pendant la décennie quatre-vingt) que l’existence d’un système de stockage pluriannuel d’eau aurait certainement permis d’éviter.


ÉVOLUTION DE L’AFFECTATION DES TERRES CULTIVÉES ET DES RENDEMENTS 1952-1990 [5]
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ÉVOLUTION DE L’AFFECTATION DES TERRES CULTIVÉES ET DES RENDEMENTS 1952-19905 Superficie cultivée Évolution Évolution Cultures Rendements (t/ha)1000 feddans en % en % Années 1952 1980 1990 1952-1990 1980-1990 1952 1980 1990 1952-1990 1980-1990 Blé 1402 1326 1955 39,44 47,44 1,85 3,21 5,21 181,62 62,31 Maïs 1704 1905 1975 15,90 3,67 2,10 4,03 5,80 176,19 43,92 Sorgho 433 410 320 – 26,10 –21,95 3,72 4,58 23,12 Riz 374 972 1037 177,27 6,69 3,29 5,83 6,77 105,78 16,12 Canne à sucre 92 253 274 197,83 8,30 84,11 81,43 96,69 14,96 18,74 Fèves 355 276 345 – 2,82 25,00 1,67 2,07 2,95 76,65 42,51 Pommes de terre 83 119 43,37 17,40 20,95 20,40 Légumes 181 693 775 328,18 11,83 Coton 1967 1245 993 – 49,52 –20,24 1,57 2,69 1,95 24,20 – 27,51 Bersim 2202 2712 2456 11,53 –9,44

Néanmoins, l’Égypte de 1985 à 1991 a dû importer en moyenne plus de 10 millions de tonnes par an de denrées alimentaires, soit environ 200 kg par habitant et par an. Les importations de céréales sont passées de 3,8 millions de tonnes en 1974 à 8,9 millions de tonnes en 1985.
L’élargissement de la surface agricole du pays
La constitution de la réserve d’eau du lac Nasser, grâce à la construction du haut barrage d’Assouan, a permis la bonification de plusieurs centaines de milliers d’hectares de terres désertiques. Le CAPMAS (l’Institut égyptien des statistiques) donne le chiffre global de 2,6 millions de feddans pour la période allant de l’année 1952-1953 à l’année 1996-1997. À souligner que les projets de bonifications de nouvelles terres agricoles ont commencé, pour l’essentiel, au milieu des années cinquante en même temps que le lancement du chantier de construction du haut barrage [6]. Le tableau suivant donne un bilan chiffré de la bonification du désert. Il s’agit là évidemment du bilan quantitatif.


LA BONIFICATION DE NOUVELLES TERRES AGRICOLES ENTRE 1952 ET 1997 [7]
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LA BONIFICATION DE NOUVELLES TERRES AGRICOLES ENTRE 1952 ET 19977 Périodes 1952-1960 1960-1970 1970-1980 1980-1990 1990-1997 Totaux 1952-1997 Superficie totale bonifiée (milliers de feddans) 78,9 891,0 36,4 900,0 747,6 2 653,9

À noter que l’ensemble des terres bonifiées n’a pas été mis en culture. En réalité, la surface effectivement cultivée se limite à environ 1,9 million de feddans puisque 700000 ha bonifiés n’ont jamais été mis en culture. Une grande perte qui s’explique par une qualité médiocre des travaux de bonification ou l’abandon de ces terres par des familles qui ne voulaient plus les cultiver, préférant partir ailleurs ou tout simplement rentrer chez elles.
Certes, malgré cet effort considérable, l’extension réelle de la superficie annuellement cultivée demeure relativement limitée. Passant de 5,9 millions de feddans en 1960 à 6 millions de feddans entre 1966 et 1970, la superficie agricole se situe aujourd’hui autour de 7 millions de feddans. Parmi les raisons principales qui se cachent derrière ce résultat relativement modeste, on peut s’arrêter sur les suivantes.
L’expansion urbaine, essentiellement dans la vallée du Nil et notamment autour de la ville du Caire, s’est opérée en grande partie sur l’espace agricole. Ce phénomène a couvert, selon différentes estimations, une surface totale de terres agricoles d’environ 700000 feddans, soit 12,8% des terres cultivées en Égypte en 1976. La « perte » définitive de ces terres agricoles est causée à la fois par les nouvelles constructions et par l’érosion volontaire des sols et l’utilisation de ces limons du Nil pour la fabrication des briques en terre cuite. Cette pratique est heureusement interdite depuis 1982.
À titre d’exemple, entre 1960 et 1970, la surface agricole du Saïd égyptien (la Haute-Égypte) a perdu 150 000 feddans, à cause de l’expansion urbaine (villes et villages). Il a fallu attendre les années quatre-vingt pour voir la tendance s’inverser avec un gain de 250 000 feddans, ce qui a amené le total de la surface agricole à 2,57 millions en 1990. Dans le delta, la croissance de la surface agricole, surtout dans les marges, a été plus importante que les pertes causées par l’expansion urbaine.
La forte densité démographique du delta du Nil se traduit, depuis quelques années, par une réduction relative de la superficie cultivée avec une moyenne annuelle négative de l’ordre de 0,21% entre 1960 et 1981, et dans des proportions comparables pendant les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. La superficie totale a augmenté dans la même période avec une moyenne annuelle de l’ordre de 0,07%, passant de 3 496 795 à 3 550 105 ha. La différence entre les deux valeurs absolues correspond à l’augmentation de la superficie « urbaine ou urbanisée » et son empiétement sur l’espace rural.
La remontée de la nappe phréatique et la salinisation de certaines zones agricoles sont dues à un excès d’irrigation avec 8 000 m3 d’eau par feddan et par an, en moyenne, pour un optimum estimé à 4 500 ou 5 000 m3. Ces pratiques furent à l’origine de la détérioration rapide puis de l’abandon de plusieurs terres qui étaient cultivées jusqu’à la fin des années soixante-dix. Dans la seule oasis du Fayoum, irriguée par les eaux du Nil (acheminées par le Bahr Youssef), on estime que 15% de l’ensemble des terres agricoles ont été perdus depuis la mise en eau du haut barrage. En effet, l’oasis du Fayoum, vaste dépression dont la plus grande partie se situe au-dessous du niveau de la mer, connaît de considérables difficultés de drainage vu que la quasi-totalité des eaux de drainage s’écoulent dans le lac Qaroun. La montée du niveau du lac se traduit par une inondation des terres agricoles avoisinantes qui provoque mécaniquement une remontée du niveau de la nappe phréatique et l’apparition du phénomène de salinisation des sols.
Dans ce contexte, un des grands problèmes tout à la fois culturel et politique que les dirigeants égyptiens hésitent à poser est celui du prix de l’eau. Jusqu’à présent et depuis des millénaires, les paysans égyptiens ont considéré que l’eau est un don du Nil et que par conséquent il n’est pas question pour eux de la payer. Aussi en font-ils largement usage, ce qui contribue à l’aggravation de la salinisation.
L’accroissement démographique devrait entraîner, entre autres, une forte hausse de la consommation d’eau, qui subira ainsi l’effet combiné du nombre des consommateurs et des changements des modes de consommation. Le problème est que les ressources en eau étant constantes en volume, la disponibilité moyenne annuelle par habitant enregistre arithmétiquement une baisse proportionnelle à la croissance démographique. Aujourd’hui, comme le montre le tableau suivant, cette disponibilité atteint un niveau qui laisse planer la menace sérieuse d’un déséquilibre grave entre ressources hydrauliques et population.


DISPONIBILITÉ EN EAU PAR PERSONNE ET PAR AN ENTRE 1972 ET 2015 [8]
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DISPONIBILITÉ EN EAU PAR PERSONNE ET PAR AN ENTRE 1972 ET 20158 Année 1972 1976 1986 1996 2015 Population (millions) 34,56 38 50,21 60 85 Eau disponible (m3/an) 1604 1460 1105 925 653 m3/jour 4,4 4 3,03 2,5 1,8

 
NOTES
 
[*] Géographe, université Paris-VIII-Saint-Denis.
[1] Halayeb est un territoire situé sur la frontière et revendiqué par les deux États.
[2] Le lac Nasser, qui s’étend sur le territoire de l’ex-Nubie, à cheval entre le Soudan et l’Égypte, mesure plus de 500 km de long et permet le stockage de plus de 165 milliards de mètres cubes d’eau, soit presque deux fois la crue du fleuve, qui se situe à 84 milliards de mètres cubes d’eau.
[3] Les parcelles recevant en général plus d’une récolte par an, la superficie récoltée n’est pas toujours la même que celle cultivée, dite aussi « superficie agricole utile » (SAU).
[4] Luis BLIN (dir.), « La libéralisation de l’agriculture égyptienne », L’Économie égyptienne, L’Harmattan, Paris, 1993, p. 121.
[5] Source : Banque mondiale, décembre 1992.
[6] On se limite ici aux derniers grands projets. En réalité, ce terme couvre toutes les entreprises de mise en culture de surfaces auparavant non productives. C’est le cas le plus connu des déserts. Mais c’est aussi le cas des terres de la vallée et du delta qui étaient à une certaine époque difficilement cultivables, soit parce que la crue ne les atteignait pas, soit parce qu’elles étaient en permanence couvertes par les marécages, surtout dans le nord du delta. Par conséquent, on peut considérer que la bonification de nouvelles terres avait déjà démarré au début du siècle dernier et qu’une grande partie des terres actuellement cultivées sont le résultat de grands et longs chantiers de bonification.
[7] Tableau dressé à partir de la brochure du CAPMAS, Bulletin annuel de la bonification des terres agricoles, 1992-1993, janvier 1994. Pour les années 1994-1997, CAPMAS, Bulletin annuel de la bonification des terres, 1996-1997, mars 1999, p. 7 et 9.
[8] Nous ne prenons en considération ici que les quantités d’eau que l’Égypte exploite sur le volume total de la crue du Nil, soit 55,5 milliards de mètres cubes d’eau par an. Ce volume correspond à la quote-part de l’Égypte décidée par les accords de 1959 (signés entre le Soudan et l’Égypte).
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