Accueil Revues Revue Numéro Article

Hérodote

2001/4 (N°103)

  • Pages : 204
  • ISBN : 9782707135926
  • DOI : 10.3917/her.103.0203
  • Éditeur : La Découverte

ALERTES EMAIL - REVUE Hérodote

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 203 - 204
1

Bernard Kayser a été un fidèle ami d’Yves Lacoste et d’Hérodote, depuis les débuts de la revue. Elle a publié dans le numéro précédent lultime article de Bernard Kayser, un compte rendu du livre de Simon Schama, Le Paysage et la Mémoire.

2

La mort de Bernard Kayser, le 25 août 2001, n’a pu surprendre ceux qui le voyaient souvent : une maladie le détruisait inexorablement depuis dix-neuf ans. C’est un extraordinaire goût de vivre, d’œuvrer, qui l’a maintenu quand on lui avait donné seulement « quelques années encore... ».

3

Bernard Kayser, était le fils de Jacques Kayser, journaliste qui fut dans les années trente un jeune leader dynamique au sein du parti radical, puis un homme de Londres, puis le fondateur de l’Institut de presse. Bernard racontait que, adolescent, son père lui faisait écrire chaque jour une page sur le sujet de son choix, qu’ils corrigeaient ensuite, pour aboutir à un style simple, clair, direct : qualités qu’il gardera. Cette famille laïque, de bourgeoisie cultivée parisienne, a des ascendances juives. Pendant la guerre, on se réfugie à Villeneuve-sur-Lot. Bernard y est bientôt maquisard, et c’est là qu’il connaît sa future femme, Renée, d’une famille de petits maraîchers.

4

Bernard aurait voulu être agronome, avant de se décider à être géographe. Jeune agrégé, il part enseigner au lycée de Cannes, où il est vite conseiller municipal communiste : c’est là qu’il fait ses recherches de thèse sur l’arrière-pays de la Côte d’Azur; il soutient ce doctorat en 1958 à trente-deux ans : à cet âge, on travaille encore en étudiant, dans la foulée. Il passera bientôt deux ans comme expert d’un programme de développement à Athènes : à l’époque, c’est découvrir le sous-développement, comme en Italie du Sud, qui le passionne aussi.

5

Avant cela, dès 1958 il est élu à la faculté des lettres de Toulouse, qui sera à partir des années soixante-dix l’université du Mirail. Je n’ai pas connu ce jeune professeur, et ses anciens étudiants – dont pas mal sont des enseignants universitaires retraités maintenant... – pourront témoigner de son brio et sans doute aussi de sa combativité, dans les affaires politiques et syndicales, mais aussi dans les querelles professionnelles locales. Quand j’y suis arrivé en 1973, il dirigeait l’Institut de géographie de l’université et, dans la querelle du moment, lui et sa majorité prônaient une géographie – humaine ou écologique – appliquée et militante à la fois, entre contrats et subversion, face aux tenants de la « filière agrégation », au demeurant durablement dépourvue de débouchés à cette époque.

6

Soucieux de sortir de sa discipline géographique, il fonde, à Toulouse, avec le sociologue Raymond Ledrut, le Centre interdisciplinaire d’études urbaines (CIEU), dans ces années soixante où la sociologie naît en France comme discipline « applicable ». De même, à propos du monde méditerranéen, l’intérêt de Kayser s’affirme pour les travaux des ethnologues, surtout anglais. Ses thèmes et ses lieux de prédilection : la Méditerranée, le monde rural, mais aussi le développement urbain en France, le tiers-monde (Brésil entre autres, où il s’est lié avec Milton Santos, mort récemment). Des missions pour l’OCDE (sur le thème des migrations), plus tard, sur le thème du monde rural, pour la DATAR et d’autres groupes d’experts. Enfin – le plus original –, des programmes collectifs dont le plus novateur REMICA (Région Midi Catalogne)a regroupé des collègues du sud de la France (Toulouse, Montpellier, Aix) et des Catalans.

7

Le dynamisme intellectuel de Kayser relève souvent du refus des idées reçues. Non, pas plus que les paysans, le monde rural n’est « liquidé » : il se transforme. Non, le tiers-monde n’est pas, toujours et partout, en déroute : des croissances, voire des développements, s’y produisent, et des élites et des classes moyennes y surgissent, localement. Et plus récemment, le « libéralisme » ne mérite pas toujours le nom de sauvage. Parfois, sa plume s’aiguise et il pourfend, près du style maoïste, des ennemis incertains (« Sans enquête, pas de droit à la parole », Hérodote, 1978).

8

Son goût de la littérature le conduit, en une collaboration avec sa femme, Renée, à publier des anthologies de textes littéraires : à eux deux, L’Amour des jardins célébrés par les écrivains, Arléa, 1986, puis, lui seul, L’Amour des maisons, Arléa, 1987 (préfacé par François Nourissier...). À la fin des années quatre-vingt, avant l’âge limite, déjà malade, il prend sa retraite. Il boucle son ouvrage principal, La Renaissance rurale, sociologie des campagnes du monde occidental (Armand Colin), et poursuit dans ce domaine son rôle d’assesseur à la DATAR, mais aussi des Foyers ruraux.

9

Surtout, il se lance dans une activité nouvelle, en équipe avec Renée. Celle-ci rédige pour les éditions Milan un best-seller, Copain des bois ( 1987): à partir de ses souvenirs d’enfance « rurale », nous dit-elle, un livre pour que les enfants apprennent à jouer « dans la nature ». Bernard a collaboré, puis ils sortent ensemble Copain des villes ( 1991), puis Bernard signe seul Copain des Pyrénées ( 1997). Peut-être un Copain de la France sortirait-il bientôt...

Pour citer cet article

Bataillon Claude, « La disparition de Bernard Kayser », Hérodote, 4/2001 (N°103), p. 203-204.

URL : http://www.cairn.info/revue-herodote-2001-4-page-203.htm
DOI : 10.3917/her.103.0203


Article précédent Pages 203 - 204
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback