2002
Hérodote
Langues nationales et régionales : une relation géopolitique
Barbara Loyer
[*]
Du point de vue de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, la reconnaissance du plus grand nombre d’idiomes en Europe est frappée
du sceau de la justice et ne peut donc avoir d’effets négatifs sur les sociétés où elle
s’applique. Selon ses rédacteurs, la diversité des situations nationales est prise en
compte par le fait que, dans chaque domaine – enseignement, médias, justice,
administration publique... –, des articles de portées très différentes sont proposés à
la ratification, de sorte que chaque État puisse doser le degré d’existence qu’il
souhaite accorder aux langues minoritaires. Mais ce n’est pas suffisant pour éliminer toutes les réticences que soulève la ratification de la Charte (seize ratifications
sur quarante-trois membres du Conseil de l’Europe depuis 1992) parce que, bien
souvent, le plurilinguisme sur un territoire est source de conflit ou s’intègre dans
des rivalités plus complexes. À cet égard, le cas de l’Espagne et celui de la France
sont intéressants à comparer car ce sont deux très anciens États confrontés à des
revendications linguistiques multiples. En 1978, après la dictature franquiste,
l’Espagne a reconnu la co-officialité du catalan, du basque, du galicien avec
l’espagnol. Néanmoins, les antagonismes à ce sujet n’ont pas disparu et se sont
même, dans le cas basque, exacerbés. L’analyse des langues d’un point de vue
géopolitique situe ces conflits dans un contexte plus large que leur seule dimension linguistique. Elle s’attache également à décrire les représentations contradictoires dont ils font l’objet, c’est-à-dire les différentes manières de présenter les
faits selon l’opinion que l’on défend.
En France, l’enseignement des langues régionales se développe
En France, la personnification de l’État présenté comme un être luttant pour ne
rien céder de ses prérogatives, une sorte de roi d’Ancien Régime, est assez courante. Pourtant, cette représentation est un écran qui empêche d’examiner les multiples facettes de la réalité. En ce qui concerne l’enseignement, en effet, le
renouvellement des hommes et des idées qu’a permis l’arrivée des socialistes au
pouvoir en 1981 a été le point de départ d’un mouvement en faveur de l’enseignement des langues régionales, notamment à partir de la circulaire de 1982
[1] du
ministre de l’Éducation nationale Alain Savary. Plusieurs académies de l’Éducation nationale ont mis sur pied des systèmes d’enseignement bilingue françaislangue régionale qui sont maintenant en plein essor. Au total, d’après les
statistiques du ministère de l’Éducation nationale, l’enseignement bilingue a progressé, entre 1998 et 2001, de 4071 élèves pour l’école et de 2463 élèves pour le
collège. Les effectifs affichés sont de 2 868 élèves en occitan langue d’oc, 839 en
catalan, 6 099 en basque, 6 592 en breton, 7 323 dans les langues d’Alsace et
5823 pour les langues mosellanes
[2].
Au sein des sections bilingues, les enfants étudient la moitié des matières en
français et l’autre moitié, en général les disciplines scientifiques, dans la langue
régionale. Les premières ouvertures de ce type ont eu lieu sous l’impulsion des
recteurs et d’inspecteurs d’académie. Au Pays basque, le recteur Jean-Claude
Martin avait fait appel à deux inspectrices, Claudine Leralu et Isabelle Lichau,
pour apporter une réponse à la mobilisation locale croissante en faveur des écoles
de l’association Seaska (« berceau » en
euskara). Cette association est membre de
la confédération réunissant les
ikastolas (« école » en
euskara) de France et
d’Espagne. Elle pratique la méthode de l’immersion totale, c’est-à-dire que toute
la vie scolaire se déroule en
euskara. À l’époque, Seaska était quasiment, avec
quelques écoles catholiques privées, le seul lieu où l’on pouvait faire étudier
l’
euskara aux enfants. Depuis 1983, l’État français a subventionné Seaska par
divers canaux (aujourd’hui, ses enseignants – environ 150 pour 1 850 élèves –
sont payés par le ministère de l’Éducation nationale), mais les deux inspectrices
ont proposé une autre forme d’enseignement de la langue basque. Isabelle Lichau
avait une expérience personnelle de cette question; sa famille s’exprimait en
béarnais, et elle a d’abord appris le français à l’école. La filière bilingue qu’elles
ont organisée se fonde sur deux principes : respect des programmes nationaux et
parité des deux langues. La première section s’est ouverte en maternelle dès 1982,
et en primaire l’année suivante. Au début, cette innovation a été critiquée à la fois
par les personnes qui craignaient le nationalisme basque ou l’affaiblissement
de l’école publique et par Seaska, qui perdait sa place de défenseur exclusif de
l’identité locale. Le projet a en revanche reçu le soutien d’élus qui souhaitaient
justement éviter que Seaska ou les nationalistes basques aient le monopole de
cette identité. Avant la mise en place de la filière bilingue, les premiers enseignants itinérants de langue basque sur le département avaient d’ailleurs été nommés, en 1969
[3], par le ministère de l’Éducation nationale sur la demande de
personnalités locales, notamment le député de Saint-Jean-Pied-de-Port, Michel
Inchauspe (RPR).
À partir de 1986, une association de parents d’élèves des classes bilingues,
Ikas Bi (
ikas signifie « apprendre » et
bi signifie « deux »), qui comprenait au
départ bon nombre d’enseignants dans ses rangs, a travaillé à la divulgation des
résultats de l’expérience, puis a édité le premier manuel de mathématiques en
euskara utilisé en France. La collaboration entre les services de l’académie et Ikas
Bi a été très étroite. Les uns et les autres se reconnaissent une dette mutuelle pour
le démarrage de ces classes aménagées. Actuellement, toutes les demandes
d’ouverture sont honorées. Le ministère prévoit d’ouvrir quatorze sections supplémentaires en 2003. L’expérience du bilinguisme a ensuite fait des émules pour
l’occitan ( 1989), l’allemand ( 1992), le catalan ( 1996). En Alsace, dans les années
quatre-vingt, le recteur Deyon avait lui aussi mis en place le mouvement en faveur
de l’enseignement bilingue, mais c’est sous l’impulsion du recteur Jean-Paul de
Gaudemar, chargé de cette question auprès de Jack Lang, que le mouvement s’est
accéléré. On est passé de 10 classes bilingues en 1992 à 218 en 1998-1999,
accueillant près de 5 000 élèves. L’académie de Strasbourg évalue régulièrement le
niveau global des enfants de ces sections et publie systématiquement ses rapports
d’évaluation. En outre, elle propose un « cursus universitaire binational sur deux
années, suivi de préparation à l’IUFM et à la
Pädagogische Hoschschule, du
concours de recrutement des professeurs des écoles et du
Staatsexamen ( 1
re année
d’IUFM), et enfin de la formation bilingue ( 2
e année d’IUFM)
[4] ».
En Bretagne, en revanche, le bilinguisme à l’école publique s’est développé
essentiellement à l’initiative d’une association de parents d’élèves, Div Yezh
(« deux langues », prononcer
diou yéz), fondée en 1979, et sans le soutien du rectorat. Div Yezh a également mis à profit la circulaire Savary pour obtenir l’ouverture des premières classes bilingues. Le système est différent : ce sont les mêmes
enseignants qui passent du français au breton selon les matières ou les moments
de la journée. Il y a, en 2001,45 écoles offrant cette option à 2649 enfants
[5].
Le fait qu’en octobre 2001 le Conseil d’État ait bloqué l’intégration dans
l’Éducation nationale de l’école Diwan ( diwan signifie « germe » en breton), qui
pratique le système d’immersion totale de l’enfant dans un environnement scolaire
en langue bretonne, ne signifie pas que rien ne bouge et ne bougera jamais en
France, mais que la question des langues régionales soulève de nombreuses interrogations. Ces questions sont éminemment géopolitiques en ce sens que les revendications linguistiques débouchent sur une remise en cause des représentations
traditionnelles de la France comme nation unitaire, ou comme république dont
l’homogénéité garantit l’exercice des libertés individuelles. Aux revendications
linguistiques sont liées non seulement des opinions différentes au sujet de la
liberté individuelle, mais également d’autres représentations du territoire français.
Une analyse géopolitique des rivalités linguistiques prend en compte ces images
du territoire, que l’on peut cartographier.
Les cartes sont parfois des arguments géopolitiques :
l’exemple de la Navarre
Les partisans de la diffusion des langues minoritaires dissocient en général
leurs réclamations de toute référence aux territoires car, pour obtenir les moyens
qu’ils demandent, ils évitent de parler de ce qui pourrait être source de conflit.
Mais c’est une dimension importante du sujet. L’exemple basque illustre nettement cet aspect du problème car la nation basque revendique une partie du territoire de deux nations, l’espagnole et la française. Côté espagnol, c’est en Navarre
que la rivalité se voit le mieux.
La Navarre est une région autonome que les nationalistes basques veulent voir
intégrer dans la région autonome basque, parce qu’ils pensent qu’elle fait partie de
la nation historique dont ils veulent obtenir l’indépendance. Mais ils n’y représentent pour l’instant qu’un électeur sur cinq ( 21% des suffrages exprimés en 1999).
L’opposition entre les régionalistes navarrais majoritaires, qui se disent espagnols,
et les nationalistes basques est très forte et se cristallise pour une part sur la question linguistique. Le recensement de 1991 dénombre 16% de bascophones, et
cette proportion s’élevait à 73% de la population dans le Nord, la zone bascophone où la langue basque est co-officielle avec le castillan. Dans la vallée de
l’Èbre, au sud, les bascophones représentaient à cette date 2,8% de la population.
En 1986 a été votée une loi, la
Ley del Vascuence (loi de la langue basque), qui
régissait les droits des locuteurs en
euskara. À l’époque, la méfiance entre nationalistes et non-nationalistes basques était moindre, et les socialistes, étant arrivés
au pouvoir avec seulement 28% des suffrages devant la droite régionaliste (UPN
24,8%), avaient besoin des voix nationalistes basques pour gouverner. Les
compromis se sont faits notamment sur la loi linguistique. Sa première version
mettait en place une discrimination positive envers l’
euskara. Il fallait connaître
cette langue pour avoir accès à certaines places de fonctionnaires dans la zone
bascophone, et l’
euskara apportait des points supplémentaires à celui qui postulait
pour un emploi de ce type dans les deux autres zones. En 1991, l’UPN remporta
les élections et le nouveau président, Juan Cruz Alli, poursuivit la politique
d’ouverture à l’égard de l’
euskara. Il voulut faire passer l’idée qu’il valait mieux
intégrer la dimension basque de l’identité navarraise parce qu’une telle identité
singulière serait un atout dans ce qu’il appelait le « nouvel ordre européen post-moderne ». En effet, d’après lui, de grandes régions s’imposeront face aux États,
qui ne devraient plus être les dépositaires exclusifs de la souveraineté sur les territoires régionaux
[6]. En 1994, il amenda considérablement la loi linguistique dans le
sens d’une meilleure protection légale des intérêts des bascophones et fit des
gestes concrets en faveur des
ikastolas.
Ces innovations, et d’autres, ne furent pas admises par le parti qui, en 1995,
choisit un autre candidat à la présidence régionale (Juan Cruz Alli quitte alors
UPN pour prendre la tête d’un nouveau parti, Convergencia de Demócratas
Navarros). L’idée qui prévaut depuis dans l’UPN est que la discrimination favorable aux locuteurs bascophones a entraîné une surreprésentation des nationalistes
basques au sein de l’administration régionale, ceux-ci ayant pu ainsi obtenir des
postes clés. C’est pourquoi l’équipe actuellement au pouvoir (UPN), avec l’appui
du Parti socialiste, a modifié la loi, en décembre 2001, pour diminuer les
contraintes de l’administration navarraise à l’égard de la langue basque et augmenter les possibilités de contrôle sur son usage public. Dans la zone bascophone,
elle permet, par exemple, de demander aux autorités locales qu’elles justifient
l’exigence de l’euskara pour certains postes. Quant aux emplois pour lesquels la
maîtrise du basque apporte des points supplémentaires, il est dit, dans la loi de
janvier 2001, que ces points ne peuvent pas représenter plus de 10% de la note
globale, alors qu’en 1994 ces points de bonus ne devaient pas représenter moins
de 10% de la note globale. Enfin, le gouvernement de Pampelune a décidé d’examiner les livres de textes utilisés dans les ikastolas. Les ayant trouvés trop nationalistes, parce que leur principal cadre de référence est la carte des sept
territoires de la nation basque accompagnée d’une réécriture, nationaliste basque,
de l’histoire du royaume de Navarre et de l’Espagne, il envisage d’imposer les
manuels reconnus par le gouvernement régional, traduits en basque. C’est la
bataille actuelle.
L’une des caractéristiques de ce combat linguistique est donc ici de vouloir
faire coïncider par une relation d’appartenance historique une langue et un territoire, sans tenir compte des locuteurs qui y viennent ou qui s’en vont. En Navarre,
malgré le respect des droits des bascophones au début des années quatre-vingt,
l’affrontement entre nationalistes et non-nationalistes basques s’est durci parce
que la langue est l’instrument d’un autre combat, celui de la reconnaissance d’un
territoire symbolique. En France, l’euskara donne aussi l’occasion d’évoquer une
nation basque qui se superpose au territoire de la nation française. Un petit groupe
de militants nationalistes basques mobilisés peut entraîner les débats sur une voie
assimilant la juxtaposition de la langue basque et de la langue française à la
confrontation de deux nations irréductibles. Il est tout à fait possible d’imposer
cette seule approche de la question linguistique bien que la majorité des électeurs
votent pour des partis qui soutiennent l’enseignement bilingue, mais n’accordent
pas pour autant la même valeur symbolique à l’euskara.
Un territoire symbolique n’est cependant pas forcément national; il peut être
régional. Ce n’est pas parce que l’on décrit les représentations territoriales liées à
des revendications en faveur d’une langue minoritaire que l’on voit du séparatisme dans ces revendications. Même si l’on pense qu’il n’y aura pas de conflit
grave entre locuteurs, ces représentations sont un élément de l’analyse dès lors
qu’elles font partie des arguments utilisés pour favoriser la pratique d’une langue
ou d’une autre. L’uniformité du territoire français est une représentation fondée
sur une part de réalité que l’on choisit de favoriser. Elle a été un dogme durant
certaines époques, pour des raisons diverses, et a été diffusée par les cartes qui
figurent dans les manuels d’histoire-géographie des programmes nationaux. Elle
est aujourd’hui relativisée par d’autres représentations qui peuvent devenir aussi
des dogmes aux yeux de leurs partisans.
L’ensemble spatial des langues celtes, par exemple, est l’une de ces représentations. Il a été baptisé d’un néologisme, la Celtie, qui regroupe l’Écosse, le Pays
de Galles, l’Irlande, la Cornouaille, la Bretagne. Pour voir ce que cette représentation contient, il faut changer de niveau d’analyse et étudier chacune de ses composantes :
Hérodote a déjà publié un article sur le sujet
[7]. La Bretagne elle-même est
une représentation complexe puisque les limites du duché de Bretagne englobaient un territoire qui allait jusqu’à Nantes, aujourd’hui capitale de la région Pays
de la Loire. La directrice de l’école Diwan de Landerneau, Ana Vari Chapalain,
affirme que l’ouverture des écoles Diwan dans des zones où l’on parlait autrefois
le gallo et non le breton, à Saint-Nazaire ou à Rennes, ne relève pas d’une stratégie territoriale mais répond à une demande. Diwan a été à une époque sollicité
pour enseigner le breton en banlieue parisienne, mais le contexte local ne se prêtait
pas, dit-elle, à l’enseignement par immersion, alors qu’en Loire-Atlantique il s’y
prête. Cela met en valeur le lien étroit entre les représentations territoriales historiques et l’implantation des cours de langues régionales. Il existe d’ailleurs une
réelle volonté de diffuser, par la cartographie des lieux où l’on dispense des cours
de langue bretonne dans les limites de l’ancien duché, une image de ce contexte
que l’on dit favorable à l’immersion. Cette image permet d’argumenter la nécessité de poursuivre l’effort dans les interstices des implantations existantes, afin de
compléter l’infrastructure linguistique d’un espace (le mot « espace » est neutre,
celui de « territoire » contient l’idée d’appropriation). Il ne s’agit pas de dire ici
que la carte est vraie ou fausse. Il y a sans doute des parents habitant en Loire-Atlantique qui voudraient faire bénéficier leurs enfants de cours en breton.
L’association Div Yezh demande aussi l’ouverture de classes dans ce département
(l’inspection académique ne les a pas accordées pour des raisons diverses). Mais
les cartes ne sont pas des documents plus objectifs que d’autres. Outre les répartitions qu’elles donnent à voir, elles sont le support de messages, représentations,
convictions, qui font partie de l’information.
Gizarte Zientziak, Geografia eta Historia, Erein Proiektua, 1997.
La grande influence des petits espaces
Si la France ou l’Espagne apparaissent dans leur complexité dès que l’on
s’intéresse aux régions ou aux nationalités qui les composent, il en va de même
desdites régions. Bretagne, Pays basque, Catalogne ne sont pas non plus des
ensembles simples. Pour les mettre en valeur, il est utile de distinguer différents
niveaux d’analyse de la réalité. Plus on prend en considération des ensembles
spatiaux vastes, plus on néglige les diversités locales au profit des représentations.
Pour repérer et étudier la complexité des problèmes linguistiques, et les décrire, il
faut envisager la question sur des territoires restreints dans lesquels le rôle des
individus apparaîtra. Tous les élus du conseil général du Finistère, département où
se trouve la moitié des établissements Diwan, ont voté une motion pour que les
deux collèges de l’association « relèvent de sa responsabilité, au même titre que
les 63 autres collèges publics » et demandent au gouvernement de « rechercher et
mettre en œuvre toutes les solutions juridiques permettant la poursuite du processus d’intégration des écoles Diwan au service public ». Qu’en est-il dans les autres
conseils généraux de Bretagne ? Peut-on définir le Finistère et même certaines
communes, comme Carhaix, qui abrite l’une des écoles Diwan les plus revendicatives, ou Landerneau, qui a confié le suivi du dossier au conseiller municipal de
l’Union démocratique bretonne
[8], comme des locomotives du mouvement pour
lalangue bretonne ?Le conseil municipal de Saint-Nazaire, en Loire-Atlantique, a
reporté l’intégration de l’école Diwan. Quelle a été la teneur des débats, comment
a été prise la décision ? Les projets géopolitiques des personnes qui apprennent le
breton en Loire-Atlantique sont-ils les mêmes que ceux des membres de Diwan
dans le Finistère?
Au Pays basque, la commune de Hendaye ( 12 000 habitants) est un espace de
dimension réduite dont l’évolution en matière linguistique est particulière.
Comme c’est un cadre balnéaire enchanteur par rapport aux villes industrielles du
Sud, notamment Irun, et parce que durant les années quatre-vingt les taux d’intérêt
des banques françaises pour l’immobilier étaient plus avantageux que ceux
d’Espagne, Hendaye accueille depuis vingt ans un nombre grandissant de résidents
basques espagnols. Un tiers des enfants scolarisés ne parlent pas le français lorsqu’ils arrivent à l’école. Ils l’apprennent dans le système bilingue, mais restent
dans un univers bascophone et hispanophone s’ils sont dans l’ikastola de Seaska.
Il est utile de concrétiser la spécificité de lieux aussi petits que des communes
ou des quartiers, et de rappeler leur taille ou leur poids démographique par rapport
à un ensemble plus vaste (département, région...), car c’est souvent dans des
espaces restreints que se développent des contradictions qui ne sont pas forcément
le souci de la majorité des habitants d’une région, mais occupent le devant de la
scène. En retour, l’impact qu’ont de tels événements sur un ensemble spatial plus
vaste – région, État, nation – dépend des représentations générales décrites plus
haut. Si Juan Cruz Alli, l’ex-président navarrais, a surpris ses collègues régionalistes de l’UPN, c’est parce qu’il a adopté un autre espace symbolique de référence que la nation espagnole. Il a défendu l’idée que les États-nations actuels
seraient bientôt caducs et qu’il fallait parier sur l’émergence d’une fédération des
régions de l’Union européenne. Dans cette optique, l’alliance de la Navarre avec
la communauté autonome basque lui apparaissait comme un atout. La méthode
géopolitique explicite cette relation entre les représentations que les acteurs se
font des territoires et la vie politique locale concrète, ainsi que leur évolution dans
le temps.
Le choix des représentations utiles aux idées que l’on poursuit
Le fondateur et président d’Ikas Bi, Thierry Delobel, est un bon exemple de
personnalité influente qui donne du sens à son action en l’intégrant dans des représentations géopolitiques plus générales. Le fait que François Bayrou, lorsqu’il
était ministre de l’Éducation nationale, ait retiré des subventions à certains projets
de l’association Ikas Bi a en effet amené Thierry Delobel à chercher de l’argent
ailleurs. Il en a trouvé dans les arcanes de la communauté autonome basque. C’est
le gouvernement de cette communauté autonome d’Espagne qui a subventionné
une partie des manuels scolaires en
euskara, visés par le ministère français de
l’Éducation nationale
[9]. De même, le centre de vacances en immersion linguistique d’Ascarat, ouvert en 1991 par Ikas Bi, a été renfloué par des fonds du Pays
basque espagnol. La création de cet établissement avait été jugée nécessaire par
l’association, car 80% des enfants des sections bilingues ne peuvent pas employer
l’
euskara en famille. Mais les enseignants de France n’ont pas utilisé cette possibilité d’immersion et les parents non plus. Ikas Bi s’est alors adressé au Pays
basque sud pour recevoir des enfants et diminuer son déficit : en 2000,70% des
financements du centre venaient de la communauté autonome du Pays basque
d’Espagne. Le président d’Ikas Bi a donc multiplié des contacts, qu’il dit chaleureux, avec les responsables de l’administration nationaliste basque. Cela a sans
doute renforcé sa conviction que, dans le cadre de l’Union européenne et du
développement des programmes transfrontaliers, le sentiment identitaire sera
un des facteurs déterminants de la compétitivité des régions. C’est pourquoi le
rapprochement avec les institutions du Pays basque d’Espagne, contrôlées par les
nationalistes basques, lui semble souhaitable. Il dit « naturel ». Un homme comme
Thierry Delobel préfère se tourner vers l’administration nationaliste basque, au
sud de la frontière, dont il ne craint pas de servir aussi les intérêts à long terme
parce qu’ils rejoignent en partie les siens, plutôt que de dépendre de l’Aquitaine,
qu’il juge lointaine et peu dynamique. De Bordeaux, dit-il, il n’y a rien à attendre.
La région Aquitaine lui apparaît comme une entrave à ses projets, sans doute
parce que, au sein de l’assemblée et des administrations régionales, ceux-ci ne
sont portés par personne. Pour Thierry Delobel, les élites locales ont besoin de
pouvoir « investir une institution ». Cela rejoint la question du département Pays
basque séparé du Béarn. Le département, que Delobel décrit comme une
« meilleure courroie de transmission avec l’État », serait aussi un lieu de pouvoir
dans lequel ses idées ont plus de chances d’être majoritaires. De son point de vue,
« ce n’est pas grave que ce département puisse être pour les uns une fin en soi, et
pour les autres une étape » vers l’union des sept provinces de la nation basque. Si
une région basque transfrontalière voyait le jour, associant un département à la
communauté autonome d’Espagne, il est clair qu’il y aurait beaucoup plus
d’argent consacré à l’
euskara (écoles, édition, traduction, radio, télévision, presse
écrite...). Une partie de la population en verrait immédiatement le bénéfice. Le
budget de la communauté autonome est dix fois supérieur à celui de la région
Aquitaine
[10], qui a des compétences beaucoup moins étendues. Il est ainsi utile de
mettre l’accent non seulement sur l’activité de telles personnalités, mais également
sur les représentations qu’elles choisissent de privilégier, parfois consciemment,
pour faire avancer leurs idées
[11].
Beaucoup de citoyens qui sont favorables aux langues régionales ne partagent
pas pour autant les mêmes représentations de l’avenir. La dévolution de la politique linguistique à la région Aquitaine, ou bien à un département Pyrénées-Atlantiques, ou encore à un hypothétique département basque, ébauche peut-être
d’une future eurorégion basque, serait une décision géopolitique. Les arguments
purement linguistiques ne doivent pas escamoter cet enjeu. L’identité culturelle
d’un territoire est en effet un élément que l’on peut retrouver partout, qui semble
« naturellement » tout influer. Mais rien n’est moins « naturel » qu’un territoire.
Il est le résultat d’une patiente construction dans laquelle les symboles jouent un
grand rôle. Dans le langage courant, on qualifie souvent de « symboliques » les
actions ou paroles auxquelles on n’attache pas grand poids. Le mot est employé au
sens de « très petite quantité ». Mais les symboles sont importants, car ils cristallisent des représentations historiques ou politiques nécessaires à l’action. C’est l’enjeu aussi de ce qu’on appelle la « territorialisation » des compétences linguistiques,
c’est-à-dire le fait de donner aux instances régionales le pouvoir de légiférer sur
l’enseignement ou l’usage social des langues régionales.
La région : territoire du bilinguisme ?
Vers la région convergent des objectifs distincts. Les régionalistes convaincus
ont besoin de l’argument culturel et historique pour détendre ou dissoudre le lien
que l’histoire a forgé entre les États-nations dont ils dépendent et leur région. De
leur côté, les partisans des « petites » langues ont besoin de cadres régionaux culturellement définis pour affermir l’usage social des langues minoritaires. L’opinion
est en fait assez répandue que l’on assiste, comme le dit Jacques-André Tschoumy
[12],
« à un tournant historique qui, de l’Europe des États-nations créée vers 1850,
conduit à une cartographie toute nouvelle de l’Europe. Cette évolution sera marquée
de la rupture d’une Europe dominée par les pays de grande culture, de l’essor de
communautés politiques marginales, de la revanche des langues minoritaires et
de l’avènement de pays “petits-moyens” mieux préparés à l’Europe de demain que
les grandes nations qui ont façonné l’histoire jusqu’à présent [...]». C’est ce
quedéfendait, d’une certaine manière, l’ancien président navarrais Juan Cruz Alli.
Mais l’idée que l’adéquation entre pouvoir et langue régionale résoudrait tous
les problèmes évite d’aborder la question de la relation des personnes qui sont
bilingues, « français-langue régionale », avec celles qui ne le sont pas. Que le territoire concerné soit celui d’un État ou d’une région ne change pas à mon sens la
nature du problème. En effet, si d’un point de vue strictement linguistique il n’y a
pas de hiérarchie entre les langues, ce n’est plus pareil dès que l’on envisage leur
insertion dans des systèmes juridiques appliqués à un territoire, quel qu’il soit.
Dans ce cas, il faut bien définir la relation qui s’établit entre les locuteursdes différentes langues. Les linguistes ont forgé le concept de « diglossie » pour décrire la
coexistence entre deux variétés d’une même langue, aux fonctions ou statuts différents (espace privé/public, oral/écrit). Le mot s’applique à la différenciation que
fait un locuteur bilingue dans l’usage des deux parlers, ou des deux langues. Il est
en général utilisé de manière négative car les locuteurs des idiomes minoritaires
finissent souvent par adopter les « grandes » langues, qui offrent plus d’opportunités sociales, et laissent les premières disparaître. D’autres linguistes jugent que
le concept de diglossie n’est pas suffisant pour exprimer la rivalité entre des locuteurs de langues distinctes cohabitant sur un même territoire. Les Catalans ont
notamment développé le concept de « conflit linguistique », qui décrit une situation dont l’enjeu est la substitution d’une langue par l’autre. Le mot « diglossie »
désigne une « polarité sociolinguistique neutre » alors que celui de « conflit » s’applique à une « polarité problématique entre une langue dominante et une langue
dominée » et traduit un dilemme : « Ou bien la langue imposée va se substituer
lentement, mais sûrement, à la langue dominée, ou les usagers de celle-ci vont
œuvrer à sa normalisation, c’est-à-dire à une utilisation normée (standardisée)
dans tous les domaines de la communication, en combattant sans relâche les tendances à l’assimilation
[13]. »
La notion de conflit linguistique entre en contradiction avec celle de bilinguisme. « Les forces ultranationalistes et indépendantistes catalanes, écrit le socio-linguiste Gentil Puig i Moreno, sont fermement opposées au bilinguisme de masse,
au concept lui-même [...]. Ils considèrent que le bilinguisme est une capitulation
pour la langue catalane et que celle-ci ne peut retrouver un usage et une place
hégémoniques qu’en redevenant langue première dans tous les domaines
[14]. »
De la sociolinguistique catalane est sortie la mise en pratique de cette résistance face à l’influence du castillan. Selon le directeur général de la politique linguistique du gouvernement autonome de Catalogne, Lluis Jou, nationaliste
catalan, « l’universalité de la connaissance [du catalan], qui évite la subordination
linguistique, la double communication systématique et le stérile bilinguisme de
façade, est la condition première de la survie [
pervivencia] du catalan; le maintien
d’espaces où son usage est en principe exclusif [
espacios de uso normalmente
exclusivo], ainsi que l’obtention de sa présence significative dans d’autres
champs, est l’unique garantie d’utilité sociale et la condition incontournable pour
éviter sa dépendance vis-à-vis du castillan [
supeditación al castellano]». L’idée
est que la langue catalane risque à terme d’être marginalisée, voire de disparaître,
si elle n’acquiert pas une forme de prééminence dans la communauté autonome de
Catalogne (« elle doit être indispensable dans certains secteurs, comme l’éducation, l’administration ou les services publics »). Cette conviction se fonde sur une
comparaison à l’échelle de l’Espagne et du monde, qui met en valeur la domination du castillan, parlé par 400 millions de personnes contre 10 millions de catalanophones. La communauté autonome est l’« espace vital » du catalan, dans lequel
il doit être la « langue de tous, d’identification collective et d’intégration sociale ».
« Le catalan doit se voir garantir en Catalogne le respect, le prestige et l’utilité
sociale ainsi qu’un usage complet [
la plenitud de uso]
[15]. »
C’est de l’inversion de la hiérarchie linguistique à l’intérieur de la communauté
autonome dont il est question ici, et non d’une égalité des langues, qui est perçue
comme un leurre. Lorsque l’on réclame, comme en Corse, la co-officialité de deux
langues dans une région, ce qui est un terme désignant une relation politique entre
elles, se place-t-on dans l’optique que prônent les catalanistes cités plus haut ?
Roland Breton, géographe engagé pour les langues minoritaires
[16], distingue
les langues « régionales », dont l’extension territoriale n’est pas légalement définie, et les langues « territoriales », qui ont un statut particulier au sein d’une région
(comme le corse). De son point de vue, seule la généralisation du statut de langue
territoriale permettra d’organiser la « survie des langues dans l’égalité ». Cela
signifie que pour mettre deux langues, nationale et régionale, sur un pied d’égalité, il faut donner des compétences aux régions en matière linguistique. « La
situation linguistique particulièrement complexe de l’Europe, poursuit cet auteur,
et l’avancement culturel de la plupart de ses composantes ethniques lui imposent
de rechercher des formules qui devraient cesser définitivement d’asseoir la grandeur de certains ensembles humains sur l’abaissement des autres considérés
comme mineurs et négligeables. » Présentée de cette façon, la survie des langues
dans l’égalité est étroitement liée à l’évolution des hiérarchies entre le pouvoir
régional et celui de l’État.
Pourtant, organiser dans l’harmonie une société dont les habitants parlent les
deux langues du territoire ne dépend pas seulement de la décentralisation des pouvoirs. Ce bilinguisme est si difficile à organiser qu’il n’existe pratiquement pas à
l’heure actuelle en Europe
[17], sauf peut-être en Catalogne, qui constitue un cas un
peu spécial. Les nationalistes et les non-nationalistes catalans parlent et défendent
tous la langue catalane. Si les socialistes gagnent les élections, rien ne changera
sur ce plan. C’est dû à l’histoire, mais également à la proximité linguistique entre
le catalan et le castillan. Celui qui parle castillan (ou français) peut lire un texte
simple en catalan, le comprendre si son interlocuteur le veut bien, et l’apprendre
sans trop de peine. Les catalanistes peuvent être radicaux sans affecter profondément la vie de leurs concitoyens. C’est différent dans le cas du basque par rapport
au français et à l’espagnol, du breton ou du flamand par rapport au français, du
gaélique par rapport à l’anglais.
Au Pays basque, le principal problème pour développer une société bilingue
réside non seulement dans la difficulté que représente l’apprentissage du basque
pour un adulte, mais aussi dans le lien entre langue et politique
. Pour les nationalistes basques, la connaissance de l’
euskara devrait avoir un caractère obligatoire
dans la communauté autonome au même titre que l’espagnol. C’est une question
de souveraineté linguistique. D’un autre côté, la plupart des hommes politiques
non nationalistes basques ne parlent pas ou parlent mal l’
euskara. C’est surtout le
cas au sein du Parti populaire. Pour le Parti socialiste, l’intégration du parti nationaliste Euskadiko Ezkerra a augmenté la proportion de bascophones, mais elle
reste faible. Au Guipuzcoa, on compte 15 bascophones sur 96 élus
[18] (la population de bascophones étant évaluée à 50% du total provincial). La division entre les
locuteurs bilingues
euskara-espagnol et les autres Basques est très forte. Même
chez les jeunes adultes, le système fomente une séparation puisque l’on doit choisir de faire ses études universitaires soit tout en
euskara, soit tout en espagnol. Et
la situation ne va pas s’améliorer à court terme : le contexte de terreur actuel crée
un climat de moins en moins favorable au bilinguisme.
Le lien entre région et langue régionale est souvent montré comme allant de
soi, alors qu’on a vu que la coïncidence entre langue bretonne et Bretagne, ou
entre langue basque et Pays basque, n’est pas une réalité linguistique mais une
représentation historique ou politique. Ce lien est aussi proposé comme la solution
à toutes les difficultés, alors qu’on a vu qu’il peut en faire surgir d’autres. Il faut
bien préciser les enjeux des revendications d’égalité des langues dans leurs
contextes géopolitiques particuliers. L’histoire des langues détermine en partie le
pouvoir de zizanie qu’elles contiennent. Il est très important de garder à l’esprit
cette diversité pour comprendre qu’une politique linguistique comparable peut
avoir des effets différents selon les situations géopolitiques. Le gaélique ne représentera pas la même chose en république d’Irlande que dans l’Ulster, qui connaît
une évolution rapide des rapports de forces entre nationalistes irlandais et unionistes. En Alsace, le programme de développement de l’enseignement bilingue
fait de l’allemand la langue régionale en se fondant sur les définitions proposées
par l’université Marc-Bloch de Strasbourg : « Langue écrite et langue de référence
des dialectes alémaniques et franciques parlés en Alsace – et dans une partie de la
Moselle –, l’allemand est une langue régionale de France » (juin 1985). « L’allemand présente en effet, du point de vue éducatif, la triple vertu d’être à la fois la
langue écrite et la langue de référence des dialectes régionaux, la langue des pays
les plus voisins et une grande langue de diffusion européenne et internationale »
(septembre 1991). Cette option peut aboutir à la disparition de l’alsacien. On
mesure combien le choix de ce bilinguisme est différent de celui de la Bretagne ou
du Pays basque. Le débat en France n’est pas dans « une impasse » comme l’écrit
Henri Giordan, il met simplement à jour les nombreuses contradictions de la
question linguistique et ses liens complexes avec la politique.
La relation entre le français et les langues régionales
Le problème de l’intégration ou non des écoles Diwan dans le secteur public
est compliqué parce que, entre autres choses, il est difficile de mesurer l’impact
que pourrait avoir la généralisation d’une telle mesure à des régions et situations
très variées. Depuis 1994, Diwan bénéficie, comme Seaska, du statut d’établissement privé sous contrat. Le personnel y est payé par l’État mais pas les investissements d’équipement (locaux, matériel). En vertu de la loi Falloux de 1850, ces
écoles ne peuvent être subventionnées par les collectivités locales qu’à hauteur de
10% de l’investissement engagé, parce que ce sont des établissements privés. En
mai 2001, un protocole d’accord a été signé avec le ministère de Jack Lang pour
l’intégration de Diwan dans le service public, mais cette intégration a depuis été
suspendue par le Conseil d’État le 30 octobre 2001, au motif que Diwan pratique
une méthode d’immersion totale.
D’un point de vue politique, la controverse n’oppose pas un État à une société
en mal d’identité, ou à des régions, mais des citoyens qui ne sont pas d’accord
entre eux. L’ordonnance du 30 octobre répond à une requête déposée par le Syndicat de l’enseignement du second degré (SNES), l’Union nationale des syndicats
autonomes (UNSA), la Ligue de l’enseignement, la Fédération des conseils de
parents d’élèves des écoles publiques (FCPE), la Fédération des délégués départementaux de l’Éducation nationale. Ces requêtes concernaient à la fois l’enseignement bilingue et l’immersion totale. Le SNES dénonce que « le ministre feint de
confondre enseignement “des langues régionales” et enseignement “en langues
régionales”». L’UNSA, la Ligue de l’enseignement, la FCPE soutiennent que « la
méthode d’enseignement en langue régionale par immersion préjudicie [...] à un
intérêt public; [...] elle met en cause l’unité de la République ». En réponse à ces
requêtes, le Conseil d’État n’a suspendu l’exécution que « des actes contestés en
tant qu’ils concernent l’enseignement bilingue par la méthode de “l’immersion”».
En Bretagne, le débat divise la population. Les parents de la FCPE du lycée
Jean-Marie-Le-Bris de Douarnenez ont écrit, par exemple, que « la pédagogie par
immersion ne menace en rien la langue française ni les valeurs de la République,
et cela ouvre des perspectives d’innovation et d’expérimentation pédagogique, y
compris pour l’apprentissage des langues étrangères, domaine dans lequel la
France est loin d’atteindre la performance
[19] ». Jackie Guigo, du Mouvement des
citoyens de Douarnenez, répondait quelques jours plus tard qu’admettre le principe que l’école publique puisse se dérouler sans langue française, même en
maternelle, c’est créer « des sous-communautés identitaires qui [...] essaient à tour
de rôle d’imposer des droits qui leur seraient spécifiques
[20] ». En outre, ajoutait-il,
rien n’empêchera à la suite d’une telle décision « les locuteurs des langues de
l’immigration de demander la même chose, ce qui suppose une mobilisation
considérable de moyens dirigés vers l’apprentissage d’autres langues que le français ». Les parents FCPE du lycée Jean-Marie-Le-Bris écrivent qu’ils ont un
« doute sur les motivations profondes du recours » au Conseil d’État, sans doute
pour suggérer que ces motivations sont politiques. Et en effet elles le sont, parce
que c’est une question qui dépasse la linguistique. Andrew Lincoln, président des
écoles Diwan, pense lui aussi qu’il s’agit de politique. La question doit maintenant
être jugée sur le fond. « Il ne s’agit pas, dit-il, d’attendre passivement, il faut préparer une réaction très forte sur ces questions qui soulèvent la fragilité de tous les
acquis sur les langues régionales [...]. Il faut décider une fois pour toutes, faut-il
aller vers des changements législatifs et constitutionnels pour parvenir à cette
intégration
[21] ?»
La polémique n’est pas seulement pédagogique. Elle se rapporte aux relations
que l’on veut établir entre le français et les langues régionales. En Bretagne,
l’Association des parents d’élèves pour l’enseignement en breton dans l’école
publique se différencie de Diwan par la place qu’elle accorde au français « toujours présent depuis la maternelle ». « C’est un projet parental. On donne tous les
outils à l’enfant pour qu’il puisse être bilingue, il peut choisir
[22]. » C’est aussi la
raison pour laquelle Div Yezh préfère essaimer des classes bilingues dans toutes
les écoles, afin de créer une « offre de choix pédagogique aux familles ». L’association ne souhaite pas concentrer les ouvertures de ces classes sur un petit
nombre d’établissements que les parents pourraient assimiler à des centres
d’enseignement en breton différents du reste des écoles.
La controverse sur l’immersion et la place du français se développe aussi au
Pays basque français, mais d’une manière un peu différente. Tout d’abord, au sein
des écoles avec sections bilingues, les conseils des maîtres ont tous opté pour un
système dans lequel une classe est composée d’enfants pratiquant l’
euskara et
d’autres qui ne le font pas. À certaines heures, la classe se divise pour rejoindre
deux cours différents, l’un en français, l’autre en
euskara. Cela oblige le professeur en
euskara à travailler en concertation avec de nombreux collègues puisque
son cours réunit des enfants qui viennent de plusieurs classes. Ce choix vise à
éviter la clôture des enfants sur un milieu scolaire bilingue qui percevrait trop nettement sa différence, une sorte de « ghetto » bilingue. Deux écoles ont, dans le
passé, regroupé les élèves de la section bilingue dans des classes spéciales. Cela
simplifie le travail du professeur en
euskara, qui ne doit se concerter qu’avec un
seul collègue, celui qui assure les cours que toute la classe suit en français. Mais,
même dans ce cas, des activités en commun réunissaient de temps à autre l’ensemble des élèves. Aujourd’hui, Thierry Delobel demande que l’immersion totale
soit étendue aux petites classes des sections actuellement bilingues de l’école
publique, ce qui ne fait pas l’unanimité dans Ikas Bi. Un récent sondage réalisé sur
la communauté d’agglomération Bayonne-Anglet-Biarritz, la zone la plus densément peuplée du département des Pyrénées-Atlantiques, a d’ailleurs fait apparaître que la majorité des parents souhaitant l’enseignement du basque opteraient
pour le bilinguisme et non pour l’immersion totale
[23]. Enfin, de son côté, l’association Seaska a refusé les propositions d’intégration au secteur public que lui a
faites le ministre de l’Éducation nationale. L’association argue qu’en son sein les
parents participent à l’élaboration de la pédagogie, ce qui ne pourrait plus être le
cas dans le secteur public. Une partie du problème réside sans doute aussi dans les
relations des nationalistes basques d’Espagne avec Seaska. Jusqu’à l’année dernière,
elle recevait quelque 3,5 millions de francs par an de la part du gouvernement
basque et on ne sait pas combien de la part d’Udalbitza, l’assemblée des communes
nationalistes basques, financée par le même gouvernement autonome. Dans ce
contexte d’un territoire revendiqué par deux nations, la basque et la française, la
question de la relation à la langue de l’État est plus politique encore qu’ailleurs.
Pour l’instant, les autorités locales semblent plutôt vouloir éviter de créer un
conflit au sujet de l’euskara, sans doute parce que l’opinion publique reçoit avec
bienveillance tout ce qui favorise la langue basque. Une bataille à ce sujet est perçue par une bonne partie de la classe politique comme un jeu où qui perd gagne.
L’impossibilité légale de financer les bâtiments de Seaska a déjà été contournée
par Hendaye, Biarritz, Urrugne et Bayonne, au moyen d’arguties réglementaires
pour désamorcer les remarques de la chambre régionale des comptes. Un collège
de Seaska est actuellement en trop mauvais état pour continuer à accueillir des
élèves à la rentrée prochaine. Avec son refus d’intégrer le système public, Seaska
portait la responsabilité de ne pas avoir de locaux aux normes. L’arrêt du Conseil
d’État va rejeter théoriquement l’accusation d’intransigeance sur le ministère de
l’Éducation nationale, ou sur le département, qui appliquera la loi Falloux.
La relation de la langue régionale au français est une affaire pratique : lors d’un
symposium entre spécialistes des politiques linguistiques, Christiane Marcellesi,
épouse du sociolinguiste corse Jean-Baptiste Marcellesi, disait par exemple au
sujet de l’enseignement en occitan : « Quel rôle et quelle place donnez-vous au
français lorsque vous revendiquez pour l’occitan le statut de langue enseignante ?
Il me semble que c’est bel et bien le français qui devient une langue minorée.
Refusez-vous le rôle national du français ?Quelle place, dans un tel cadre, donnez-vous au français dans la vie économique, scientifique, etc. nationale et internationale ? Que faire des réalités du marché de l’emploi, des nécessités et réalités de la
mobilité de l’emploi ? Voulez-vous réenfermer les enfants dans le ghetto du
monolinguisme régional-social ?[...] Pour moi, conclut-elle, il s’agit en priorité de
défendre à la fois un bilinguisme national-régional et un multilinguisme social
demasse
[24]. »
Mais, comme le fait apparaître aussi la question « Refusez-vous le rôle national
du français ?», cette relation est également symbolique. La nation française
comme la nation espagnole sont aussi des représentations, qui se trouvent consolidées ou fragilisées par le statut accordé à la langue nationale par rapport aux
langues régionales. L’hypothèse que je formule ici est que la revendication d’égalité des langues dans tous les domaines, c’est-à-dire le refus de relations hiérarchiques entre les langues, le refus qu’une langue ait le monopole de certaines
fonctions, a de forts risques de déboucher sur une contestation des relations de
pouvoir établies au sein d’un État, notamment entre l’État et les régions. Rappelons
qu’après l’enseignement les politiques linguistiques concernent les médias, les activités culturelles, la vie économique et sociale, les services publics et la justice. Le
statut accordé à une langue n’est pas seulement juridique. C’est une opinion subjective à son sujet, qui reflète aussi un état des rapports sociaux. Lorsque le président
du Parti nationaliste basque, Xavier Arzalluz, dit que l’espagnol est la « langue de
Franco », j’en déduis qu’il a beau admettre la loi l’obligeant à reconnaître les droits
des non-bascophones, son utopie est d’imposer un jour la seule langue nationale
qui vaille à ses yeux, l’euskara, parce qu’il conteste la souveraineté espagnole sur
sa nation basque. On entendra aussi dire, pour affirmer un désir de revanche des
langues régionales, que le français est la langue des tortionnaires d’Algérie.
Une langue, explique Philippe Blanchet, peut avoir un statut bas et une pratique importante, un statut élevé et une faible pratique, ou bien conjuguer les deux
paramètres. Il paraît aller de soi que cette distinction ne concerne que les langues
minoritaires, surtout en France, où la domination du français est écrasante. Pourtant, il me semble qu’un débat sur le développement de pratiques linguistiques
diversifiées dans notre pays ne devrait pas faire l’économie d’une réflexion sur le
statut que les citoyens de ce pays accordent à la langue nationale.
Une substitution des élites ?
La question linguistique ne concerne donc pas que l’enseignement car les
langues ont des fonctions multiples. Dans diverses communautés autonomes
d’Espagne, le statut de langues co-officielles a ouvert une part non négligeable de
l’emploi aux personnes bilingues espagnol-« langue propre » (c’est ainsi que l’on
nomme les autres idiomes). Dans la communauté basque, du fait de la dimension
symbolique et politique de l’
euskara, la mise en place d’une société bilingue s’est
accompagnée d’un phénomène que l’on pourrait qualifier de substitution des
élites car la minorité des personnes vraiment bilingues
euskara-espagnol
[25] s’est
trouvée en position de prendre les rênes d’institutions nouvelles (le premier gouvernement autonome se met en place en 1980) pour lesquelles cette compétence
était requise. Certains socialistes pensent qu’ils ont alors fait preuve d’une trop
grande complaisance envers les défenseurs de l’
euskara, car cela a contribué à
affaiblir l’influence de leurs idées politiques au profit de celles des adversaires
nationalistes. En 1986, le PSOE a, par exemple, laissé le PNV prendre la présidence du gouvernement alors que, du fait d’une scission interne, ce dernier s’était
retrouvé en deuxième position derrière les socialistes. Cette décision fut prise
pour accéder à des postes de responsabilité tout en évitant les blocages que les
partis nationalistes ne manqueraient pas de provoquer au parlement. L’un des protagonistes de cette époque, Ramón Recalde
[26], croit aujourd’hui, à la lumière de
l’évolution catastrophique de la situation, que les socialistes se sont alors trompés
et qu’ils ont été « utilisés par les nationalistes pour augmenter leur hégémonie ».
Ramón Recalde attribue cette « erreur » à un « sentiment de mauvaise conscience »
à cause du nationalisme espagnol de Franco, dont ils n’étaient pourtant pas les
héritiers. « Nous nous sentions d’une certaine façon disqualifiés et il fallait accepter
le plus du nationalisme. Cela [...] a contribué à étendre cette façon de penser
basique du nationalisme qu’il est très difficile de vaincre
[27]. »
En Navarre, dans les institutions régionales, le modus vivendi des bascophones
et des non-bascophones tient sur le mutisme, le non-dit. On ne connaît pas les
convictions de tel ou tel directeur de cabinet lié aux associations militantes de
l’euskara. Le soupçon y tient lieu de débat, et toute décision, si minime soit-elle,
en faveur ou contre le développement de l’euskara est perçue comme une victoire
ou une défaite selon les camps.
La suspicion envers l’extension d’une langue minoritaire sur un territoire
prend racine dans la crainte que cela puisse changer les rapports de forces existants, notamment parmi les élites. On entend souvent dire, en effet, qu’une langue
minoritaire ne peut pas résister à la domination d’une grande langue de communication si les locuteurs ne peuvent l’utiliser dans leur vie sociale. Il faudrait, pour
en justifier aussi l’enseignement, lui donner une place dans l’administration et, si
possible, dans la vie économique, aux côtés de la langue nationale. Mais la discrimination positive pour les locuteurs d’une langue au sein de l’administration est
un moyen pour ces derniers d’accéder à des postes où se prennent des décisions,
ainsi qu’aux places de professeur, journaliste, directeur administratif, syndicaliste..., ce que j’appelle l’élite, d’où se diffusent les idées
[28]. La réalité sociale qui
en découle est liée à la proportion de bilingues dans la langue régionale, ainsi
qu’aux flux migratoires internes à l’État, certaines zones attirant plus de populations nouvelles que d’autres. La portée de l’enjeu est fonction de l’idéologie politique (nationalisme, régionalisme...) associée, ou non, à la langue régionale.
D’un point de vue pratique, le choix entre la contrainte et le volontariat pour
amener les citoyens à avoir besoin de la langue minoritaire dépend d’un cadre
législatif, donc des résultats électoraux, mais aussi des rapports de forces au sein
d’instances diverses. Le « dosage entre persuasion et coercition, écrit un spécialiste du Québec
[29], [se fait] à la suite de négociations et d’alliances avec les principaux agents d’application de la politique linguistique : les chefs d’entreprise,
les syndicats, les groupes sociaux, les leaders des communautés linguistiques, les
sociétés étrangères qui sont des partenaires commerciaux ». Aujourd’hui, en
Europe, la réussite ou l’échec d’un projet de diffusion linguistique ne reflète pas la
victoire d’une langue innocente sur une langue de l’oppression, mais le résultat
positif ou négatif d’un travail d’influence auprès de ces « principaux agents ».
C’est ce travail qui aboutit à des décisions favorisant, ou freinant, l’extension des
lieux d’usage social d’une langue minoritaire. D’où l’utilité d’occuper, ou de
conserver si l’on n’est pas favorable à une telle diffusion, des lieux de pouvoir et
d’influence très diversifiés. C’est de la politique.
Il est important que le débat sur les langues n’oppose pas une représentation de
l’État inamovible face aux locuteurs de langues moins répandues qui seraient
impuissants. Non seulement cette vision n’est pas juste, mais elle nourrit les discours légitimant l’usage de la violence et de l’intimidation contre les symboles
et les représentants de l’État que l’on dit « criminel », ou même envers des
concitoyens. En France, cela se passe en Corse depuis plus de vingt ans, et cela
commenceau Pays basque. La distance est si grande entre les militants ou les élus
qui intimident leurs adversaires pour obtenir un résultat et ceux qui agissent dans
le respect de la liberté d’opinion que les uns et les autres semblent ne pas pouvoir
relever de la même réflexion. Dès l’instant où l’on est non violent, il n’y aurait pas
de conflit. Mais l’analyse géopolitique s’applique à toutes sortes de rivalités, et
notamment celles qui se déroulent dans le cadre du consensus démocratique. Dans
un système démocratique, en effet, le pouvoir est multiforme, car on peut avoir de
l’influence à partir d’une association, d’un journal, d’un syndicat. La description
des stratégies mises en œuvre pour se trouver aux places où se prennent les décisions et à partir desquelles se diffusent des représentations géopolitiques est une
information nécessaire à la réflexion d’ensemble.
La question linguistique est associée à celle de l’évolution des pouvoirs dans
l’Union européenne. L’image irénique qui en est donnée par le Conseil de l’Europe
vise à obtenir un résultat quantitatif, une augmentation du nombre de locuteurs.
Mais elle ne permet pas d’aborder la nature des relations qui s’établissent entre
ces locuteurs. Des idées simplistes et culpabilisantes sur les méfaits des États
actuels auront comme principal résultat de conférer une portée symbolique supérieure aux victoires des uns et des autres, en laissant notamment plus de latitude
aux groupes, pas forcément représentatifs, qui manipulent sciemment ces représentations afin d’imposer leur vision des choses. Les combats linguistiques se
développent selon des modalités variées, et ces modes d’action, ainsi que les
projets politiques qui s’y rattachent, peuvent et doivent être finement analysés
pour être débattus.
[*]
Géographe, université Paris-VIII.
[1]
BO n° 26,1
er juillet 1982. La circulaire énumère diverses possibilités d’intervention en
langue régionale dans les classes. Pour l’école élémentaire, une phrase concerne l’enseignement
bilingue : « Enfin, seront étudiées les conditions dans lesquelles pourraient être créées des
classes expérimentales bilingues tenant compte des expériences déjà engagées dans certaines
régions et faisant appel aux compétences qu’elles ont ainsi révélées. » Le
BO n° 16 du
20 avril 1995 définit beaucoup plus longuement les modalités de l’enseignement bilingue
dans le service public.
[2]
h
http :// www. education. gouv. fr/ discours/ 2001/ rentree/ ecole. htm. Ces chiffres englobent
apparemment toutes les offres d’enseignement bilingue.
[3]
Année de la fondation de la première maternelle de Seaska.
[4]
Daniel MORGEN (directeur adjoint de l’IUFM d’Alsace et directeur du centre de formation aux enseignements bilingues de Guebwiller),
Les Nouveaux Cahiers d’allemand, n° spécial, juin 1999.
[5]
http :// www. bretagnet. com/ div_yezh/
[6]
Discours d’ouverture du 2
e congrès « Culture européenne » de l’université de Navarre,
28 octobre 1992.
[7]
N° 95,4
e trimestre 1999, « Nationalismes régionaux en Europe ».
[8]
L’UDB est un parti régionaliste qui demande la reconnaissance du peuple breton (assortie
d’une citoyenneté bretonne), une large autonomie respectant les frontières historiques de la
Bretagne, la représentation directe du peuple breton dans les instances européennes, une Europe
fédérale des peuples et des régions.
[9]
Aujourd’hui, les choses ont changé. Le Centre régional de documentation pédagogique
(CRDP) donne sa validation pédagogique aux projets d’édition de matériel scolaire en
euskara.
Cette validation est nécessaire à l’octroi par les collectivités territoriales françaises de subventions pour l’édition de ce matériel.
[10]
Budget 2000 de la communauté autonome basque : 5 173 761 000 euros. Budget
Aquitaine 2002 : 660037 euros, soit un rapport de 1 à 8.
[11]
Entretien, avril 2001. Thierry Delobel est aussi président de la Fédération pour les
langues régionales dans l’enseignement public (FLAREP). Je ne lui ai pas demandé les raisons
qui l’ont mené à s’engager si fortement pour la cause de l’
euskara (il a payé de ses deniers la
fabrication de la première brochure d’information). Fut-ce pour des raisons familiales, philosophiques, ou bien le fait d’avoir ouvert des cabinets dentaires à la fois en France et en Espagne
(Pays basque, Rioja) lui a-t-il donné des idées sur les liens à développer de part et d’autre de la
frontière ? Les réponses éclaireraient sans doute certains de ses choix et compléteraient utilement l’analyse.
[12]
In Claude TRUCHOT (dir.),
Le Plurilinguisme européen, Honoré Champion, Paris, 1994,
p. 110.
[13]
Henri BOYER, 1987, cité par Eva VETTER,
Plus de breton ?, Éditions An Here, Le
Relecq-Kerhuon, 1999, p. 28.
[14]
« Problèmes de glottopolitique »,
Cahiers de linguistique sociale, n° 7,1985, p. 83.
[15]
El País, édition Barcelone, 15 janvier 2002.
[16]
Voir notamment son article « Linguicide à l’école, crimes d’État », publié dans
LeMonde
de l’éducation et dans la revue
Fédéchoses, « Pour le fédéralisme », 3
e trimestre 2001, n° 113.
[17]
En Suisse et en Belgique, sauf exception, les territoires sont monolingues. Voir Paul
TOURRET, « Nationalismes régionaux en Europe »,
Hérodote n° 95,4
e trimestre 1999.
[18]
Douze conseillers municipaux sur 86,2 conseillers provinciaux sur 10, et 1 député au
parlement autonome sur 4. (Source personnelle.)
[19]
Le Télégramme, 28 janvier 2001.
[20]
Le Télégramme, 31 janvier 2001.
[21]
Le Télégramme, 31 octobre 2001.
[22]
Entretien Judith Castel, Div Yezh, Rennes, mars 2002.
[23]
Sondage CSA (synthèse des principaux enseignements) auprès de cinq cents parents
d’enfants de zéro à deux ans, en octobre 2001 : 19% des parents souhaitent « tout à fait » et 37%
« plutôt » que leur enfant apprenne l’
euskara, soit 56% de réponses positives ( 64% chez les
parents âgés de moins de trente ans).
La majorité des parents qui souhaitent que leur enfant apprenne le basque à la maternelle
déclarent également souhaiter qu’il maîtrise parfaitement le français et ait une connaissance
suffisante du basque pour le comprendre et le parler. 81% de ces parents optent pour le modèle
pédagogique consistant en un enseignement dispensé pour moitié en basque et pour moitié en
français en maternelle et en élémentaire. 13% seulement optent pour un enseignement dispensé
en basque en maternelle avec introduction progressive du français à l’issue de la maternelle.
Les motivations des parents qui souhaitent l’enseignement de l’
euskara sont variées : l’attachement aux traditions, au patrimoine, aux racines est cité par 17% des sondés (dont 20% des
parents nés au Pays basque). 37% des interviewés qui souhaitent que leur enfant apprenne le
basque à l’école invoquent comme raison le fait de vivre au Pays basque. La culture, l’ouverture
d’esprit et l’enrichissement sont mentionnés par 24% d’entre eux. Concernant les 44% qui ne
souhaitent pas que leur enfant apprenne la langue basque à l’école, l’hostilité de principe à
fondement idéologique ne se manifeste pas dans les réponses spontanées des interviewés : seuls
4% d’entre eux évoquent un enseignement trop « politisé ». C’est à Biarritz que cette méfiance
se manifeste le plus.
[24]
« Problèmes de glottopolitique »,
Cahiers de linguistique sociale, n° 7,1985, p. 71.
[25]
En 1986,24,5% de la population se déclaraient bascophones, 15% seulement sachant
lire et écrire la langue. 57,9% ne parlaient pas du tout le basque (entre les deux, il y a une catégorie de « presque bascophones »),
Anuario Estadístico Vasco, Eustat, 1988.
[26]
Un des promoteurs de l’enseignement du basque à la fin du franquisme, puis
conseiller à l’éducation et à la justice dans la communauté autonome. L’ETA a tenté de le
tuer en septembre 2000.
[27]
Entretien publié dans la revue dominicale d’
El País de septembre 2000, après l’attentat
contre lui.
[28]
On m’a rapporté l’anecdote suivante : lors d’une exposition internationale au Japon, la
Navarre était la seule région d’Espagne à avoir un stand, mais on n’y voyait que le drapeau
basque, et les traditions présentées étaient celles de la montagne.
[29]
Pierre-Étienne LAPORTE, président du Conseil de la langue française, Québec,
in Claude
TRUCHOT (dir.),
Le Plurilinguisme européen,
op. cit., p. 107.