Hérodote
La Découverte

I.S.B.N.270713537X
204 pages

p. 203 à 203
doi: 10.3917/her.105.0203

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Lectures

N°105 2002/2

 
Le regard des géographes français sur la Corse (XVIIIe-XIXe siècle)
 
 
Fort intéressant est ce neuvième numéro de Strade (travaux du centre d’études corses)
de décembre 2001, réalisé par Joseph Martinet, maître de conférences à l’IUFM de Nice. Cet ensemble de 170 pages (et la reproduction de nombreuses cartes anciennes et illustrations) est divisé en trois parties d’importance à peu près égale.
La première, « La géographie française et la Corse au XVIIIe siècle entre exotisme et régénération », débute par une intéressante réflexion sur le statut de la géographie dans la France du XVIIIe siècle et la présentation de textes peu connus : l’article de l’Encyclopédie sur la Corse, des extraits d’une description de la Corse de l’ingénieur hydrographe Jacques-Nicolas Bellin (qui s’intéresse aussi aux mœurs, coutumes et usages des Corses), des extraits du Mémoire sur l’histoire naturelle de la Corse de l’inspecteur des Ponts et Chaussées Pierre Barral, du Voyage et vues politiques sur l’amélioration de cette île de l’abbé Gaudin, et d’un État physique de la Corse de Volney.
La deuxième partie traite de « La Corse et les géographes français du “premier XIXe siècle”» avec notamment des extraits du Précis historique et statistique de la Corse de Vérard, du rapport du préfet Piétry sur le département du Golo ( 1802), de la Géographie de Malte-Brun, d’un Panorama de la Corse de l’abbé de Lemps ( 1844) et du chapitre qu’Élisée Reclus a consacré à la Corse dans le premier tome de sa Nouvelle Géographie universelle ( 1887). À noter, entre autres, qu’il impute « la fréquence des scènes de meurtres pendant les siècles passés [comme devant] être attribuée surtout à la perte de l’indépendance nationale : l’invasion génoise avait divisé les familles. En outre, la certitude de ne pas trouver l’équité chez les magistrats obligeait les indigènes à se faire justice eux-mêmes; ils en étaient revenus à la forme rudimentaire du droit, letalion ».
La troisième partie rappelle « le regard des géographes d’avant l’Université (seconde moitié du XIXe siècle)». Ce regard, souligne Joseph Martinet, est étroitement lié « aux circonstances politiques : ainsi le Second Empire voit l’arrivée des Corses au pouvoir [...] la Corse vivra plus difficilement la IIIe République ». Les textes présentés sont plus techniques : sur le dessèchement des marais de la plaine orientale ( 1875), carnets de route d’alpinistes du Club alpin français; une Petite Géographie pour le département de la Corse de Levasseur ( 1873).
Joseph Martinet annonce un numéro de Strade qui serait consacré à la façon dont les géographes au XXe siècle ont traité de la Corse, non seulement les français, mais aussi les italiens, dans leur discours sur l’irrédentisme. Nous attendons cette publication avec intérêt et même avec impatience.
Yves Lacoste
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