2002
Hérodote
Lectures
Hérodote a lu
Le regard des géographes français sur
la Corse (XVIIIe-XIXe siècle)
Fort intéressant est ce neuvième numéro
de Strade (travaux du centre d’études corses)
de décembre 2001, réalisé par Joseph Martinet, maître de conférences à l’IUFM de
Nice. Cet ensemble de 170 pages (et la reproduction de nombreuses cartes anciennes et
illustrations) est divisé en trois parties d’importance à peu près égale.
La première, « La géographie française
et la Corse au XVIIIe siècle entre exotisme et
régénération », débute par une intéressante
réflexion sur le statut de la géographie dans
la France du XVIIIe siècle et la présentation
de textes peu connus : l’article de l’Encyclopédie sur la Corse, des extraits d’une
description de la Corse de l’ingénieur hydrographe Jacques-Nicolas Bellin (qui s’intéresse aussi aux mœurs, coutumes et usages
des Corses), des extraits du Mémoire sur
l’histoire naturelle de la Corse de l’inspecteur des Ponts et Chaussées Pierre Barral,
du Voyage et vues politiques sur l’amélioration de cette île de l’abbé Gaudin, et d’un
État physique de la Corse de Volney.
La deuxième partie traite de « La Corse
et les géographes français du “premier
XIXe siècle”» avec notamment des extraits
du Précis historique et statistique de la
Corse de Vérard, du rapport du préfet
Piétry sur le département du Golo ( 1802),
de la Géographie de Malte-Brun, d’un
Panorama de la Corse de l’abbé de Lemps
( 1844) et du chapitre qu’Élisée Reclus a
consacré à la Corse dans le premier tome de
sa Nouvelle Géographie universelle ( 1887).
À noter, entre autres, qu’il impute « la fréquence des scènes de meurtres pendant les
siècles passés [comme devant] être attribuée surtout à la perte de l’indépendance
nationale : l’invasion génoise avait divisé
les familles. En outre, la certitude de ne pas
trouver l’équité chez les magistrats obligeait les indigènes à se faire justice eux-mêmes; ils en étaient revenus à la forme
rudimentaire du droit, letalion ».
La troisième partie rappelle « le regard
des géographes d’avant l’Université (seconde
moitié du XIXe siècle)». Ce regard, souligne
Joseph Martinet, est étroitement lié « aux
circonstances politiques : ainsi le Second
Empire voit l’arrivée des Corses au pouvoir
[...] la Corse vivra plus difficilement la
IIIe République ». Les textes présentés sont
plus techniques : sur le dessèchement des
marais de la plaine orientale ( 1875), carnets
de route d’alpinistes du Club alpin français;
une Petite Géographie pour le département
de la Corse de Levasseur ( 1873).
Joseph Martinet annonce un numéro de
Strade qui serait consacré à la façon dont les
géographes au XXe siècle ont traité de la
Corse, non seulement les français, mais
aussi les italiens, dans leur discours sur
l’irrédentisme. Nous attendons cette publication avec intérêt et même avec impatience.
Yves Lacoste