Hérodote
La Découverte

I.S.B.N.2707139386
206 pages

p. 113 à 143
doi: 10.3917/her.108.0113

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

N°108 2003/1

Bien qu’elle regroupe 3,5 % de la population mondiale, l’immense Indonésie n’est pas un observatoire privilégié d’où le système mondial actuel se laisserait apercevoir dans toute sa complexité. C’est plutôt un monde en soi, un espace rassemblé au cours de trois siècles de domination coloniale, placé sous un pouvoir devenu indépendant depuis moins de soixante ans. Donc, un État dont la maturationnationale est loin d’être achevée et dont la modernisation, certes bien engagée, n’en progresse pas moins par saccades. Mais, précisément, les vues sur le monde que l’on peut prendre depuis Jakarta, comme depuis les trente-deux provinces de ce vaste archipel tirent tout leur prix de l’acuité des problèmes auxquels l’Indonésie est confrontée et de l’originalité des points de vue offerts par cette lointaine périphérie méridionale de l’Asie. Loin de l’Europe et de l’Amérique septentrionale d’où émanent la plupart des représentations globales du monde présent, l’Indonésie offre l’occasion de globaliser d’autre manière le monde qui nous est commun.
 
L’Indonésie, un monde en soi
 
 
Le caractère archipélagique (ou nousantarien [1]) de l’Indonésie mérite que l’on s’y attarde parce qu’il définit le pays et conditionne ses relations avec ses voisins. Immense par sa superficie terrestre de 1,9 million de km2, l’Indonésie se distingue plus encore par son caractère maritime. Ses eaux archipélagiques sont presque trois fois plus étendues ( 5410139 km2) que les quelque 13000 îles qui les enserrent à l’intérieur d’un vaste croissant, formant ainsi un territoire pratiquement aussi vaste que l’Australie. En fait, l’espace habité ne concernerait pas plus de 3000 îles, pour la plupart minuscules. Plus de 99 % de la population totale, qui selon le recensement de l’an 2000 s’élevait à 203,5 millions d’habitants [2], sont rassemblés dans une centaine d’îles. Quatre d’entre elles s’en partagent plus de 90% : à savoir Java, environ 59 %, Sumatra, 21 %, Sulawesi, 7 %, et Kalimantan, c’est-à-dire la partie indonésienne de l’île de Bornéo, un peu plus de 5 %. Le territoire de ces quatre grandes îles compte pour quelque 70% du total national.
Le morcellement insulaire est accentué par les reliefs, souvent volcaniques, qui structurent la plupart des îles, grandes ou petites. Il l’est encore plus par les distances, lesquelles jouent un « rôle primordial » dans la géographie de l’archipel [3]. Certes, les trois cinquièmes de la population sont concentrés sur les îles de Java, Madura et Bali, lesquelles comptent pour à peine 7 % du territoire national; cette concentration autour de Java est même accentuée par le poids démographique croissant du sud de Sumatra. Mais le fait demeure que le bon fonctionnement du pays repose sur la capacité des Indonésiens à maîtriser les distances, à gérer leur Méditerranée [4]. Les extrémités sumatranaise et papouasienne sont séparées par 5 000 km alors que 2 000 km s’étendent entre les extrémités bornéenne et timoraise. Malgré les similitudes tropicales, les distances ne sont pas moindres entre des régions d’une grande diversité écologique, toute en nuances. Ces écarts, très manifestes au plan de la biodiversité, affectent les domaines tant terrestre que maritime, et se traduisent par des potentiels agricoles et halieutiques tout aussi divers [5].
Les distances culturelles sont tout aussi larges au sein de la population, car des peuples fort différents se partagent des héritages linguistiques et culturels parmi les plus pesants du monde, soit indien, chinois, musulman, occidental et chrétien. L’héritage indien, très ancien, très diffus, est enfoui dans les cultures, notamment les arts, et il ne demeure apparent qu’en quelques lieux, en particulier l’est de Java, Bali et Lombok, là où prédomine une version éminemment indonésienne de la religion hindoue, rassemblant moins de 2 % de la population du pays. L’héritage chinois, lui aussi important à l’échelle historique, apparaît plus vivant, du fait de la présence d’une population de langue chinoise. Comptant environ sept millions de personnes ( 3,5 % du total), cette minorité est très active au plan économique : elle contrôle une bonne part des capitaux locaux. La marque de l’islam est celle d’un corpus culturel et religieux dont le poids n’a cessé de s’accroître dans tout l’archipel depuis le XIIIe siècle. Aujourd’hui, la religion musulmane est de loin la première du pays ( 87 % des habitants). Au sein de cette communauté des croyants, il existe cependant bien des degrés d’adhésion aux pratiques et préceptes, car l’islam javanais – le plus populeux au pays – est dilué dans un fonds culturel proprement pré-islamique (voir infra). Enfin, l’héritage culturel de l’Occident est particulièrement manifeste parmi les populations christianisées, les protestants comptant pour quelque 6,5% et les catholiques pour environ 3% de la population nationale. Ces chrétiens sont dispersés à travers l’archipel, notamment parmi les Batak de Sumatra, les Dayak de Kalimantan, les Toraja et les Minahassa de Sulawesi, dans les Moluques, à Timor-Occidental et en Irian Jaya, mais aussi dans les grandes villes du pays, notamment parmi la communauté chinoise.
CARTE 1.
INDONÉSIE. LES PROVINCES EN 2001
IMGIMGINDONÉSIE. LES PROVINCES EN 2001IMGIMF
site Web des Nations unies.
La taille et surtout la répartition de la population du pays ont toujours posé problème. Pendant la période coloniale, les Néerlandais avaient mis en place un programme de déplacement de populations javanaises vers les îles extérieures, essentiellement le sud de Sumatra, Kalimantan et Sulawesi. Mais ce sont les autorités de l’Indonésie indépendante qui ont mené une vigoureuse gestion du peuplement. La forte croissance démographique a été ralentie par des programmes de limitation des naissances plutôt efficaces. Ainsi, entre 1960 et la fin des années 1990, son taux annuel a baissé de 2,2 % à 1,4 %, alors qu’aux Philippineset en Malaysia [6], pays voisins pourtant plus développés, les taux y sont encore supérieurs à 2%.
Dès les années 1950, les autorités ont accentué le programme officiel d’aide à la transmigration. Au cours des cinq premiers plans quinquennaux, de 1969 à 1994, plus de 1 650 000 familles, soit quelque 5,5 millions de personnes, ont été déplacées vers des fronts de colonisation agricole dans les îles périphériques. La part relative des migrants dits « spontanés » s’est accrue considérablement, jusqu’à devenir la plus importante. Au total, Sumatra, île « périphérique » la plus ciblée dès la période coloniale, est demeurée la destination privilégiée, mais l’ampleur du mouvement a touché des régions aussi lointaines que l’Irian Jaya papou [7].
Les impacts de cet immense programme, officiellement interrompu en mars 2000, ont été considérables. De nature économique et culturelle, ils se sont aussi manifestés par un meilleur étalement du peuplement du pays et par la transformation de la carte des ressources forestières. La densification et la redistribution de la population ont été accompagnées par une urbanisation tout aussi impressionnante et par un développement accéléré des réseaux aériens et des infrastructures aéroportuaires. Le taux d’urbanisation aurait doublé entre 1960 et 1990 [8]. Quant aux réseaux de communication, même si leur développement a concerné les voies routières et maritimes, ce sont les liaisons aériennes qui sont devenues le principal outil de désenclavement, car elles desservent bien les marges du pays, en particulier les zones d’exploitation des ressources naturelles à Kalimantan et en Irian Jaya (figure 2).
CARTE 2.
INDONÉSIE. LES PRINCIPALES LIAISONS AÉRIENNES INTERNES
IMGIMGINDONÉSIE. LES PRINCIPALES LIAISONS AÉRIENNES INTE...IMGIMF
Fortement accrue et un peu mieux répartie dans l’archipel, la population indonésienne a bénéficié d’une révolution verte réussie et d’une réduction marquée de la pauvreté. L’intensification agricole et les progrès technologiques associés à la révolution verte ont été les principaux facteurs de croissance de l’agriculture vivrière, d’abord rizicole, alors que l’expansion des territoires cultivés a surtout servi l’agriculture de plantation, largement tournée vers les exportations. Néanmoins, le secteur industriel s’est également développé, notamment dans l’industrie textile ( 15% des exportations en 1998) comme dans l’industrie du bois, du contreplaqué et du papier (ensemble 10% des exportations). De ce fait, le pays a connu une remarquable réduction de la pauvreté. Alors que 60% de sa population vivait sous le seuil de la pauvreté en 1970, ce taux serait tombé à 12 % en 1995. Autrement dit, le nombre total de personnes vivant sous ce seuil aurait chuté de 87 à 22 millions [9].
Parallèlement, des efforts considérables ont été accomplis pour la promotion de la langue indonésienne (ou bahasa Indonesia) et pour la généralisation de l’accès à l’école. Le choix d’une langue unique comme facteur d’unité remonte aux années 1920. Sitôt après la guerre d’indépendance ( 1945-1949), la généralisation de cette langue nationale est devenue un objectif prioritaire pour l’école comme pour l’administration. On estime qu’en 2000 près de 90 % des Indonésiens sont alphabétisés et savent s’exprimer dans la langue nationale, alors que celle-ci est sensiblement différente de la langue javanaise parlée par le groupe majoritaire. Quoi qu’il en soit, depuis les années soixante, l’analphabétisme a reculé considérablement, y compris parmi les femmes.
La construction de l’Indonésie moderne a été dirigée à partir de Java ou plus exactement à partir de Jakarta. L’administration du pays, la gestion de son économie sont dictées par ce centre qui draine les revenus de la périphérie. Jusqu’en 1999, la totalité des revenus provenant de l’exploitation des ressources en pétrole et en gaz naturel – source essentielle de devises – tombait dans les coffres du gouvernement central, qui en redistribuait une fraction aux provinces concernées, au gré des pressions et des tensions. De même pour les 2,1 milliards de dollars de revenus gouvernementaux issus, en 1998, du tourisme balinais. Le régime fiscal de l’Indonésie était alors l’un des plus centralisés au monde, 89% de tous les revenus étant récupérés par le gouvernement central [10]. Si les tensions entre les provinces et le centre javanais relèvent de facteurs variés, il est clair que le premier, le plus universel, résultait de cette forme de colonialisme interne dont souffrent tout particulièrement les provinces riches en matières premières. À quoi s’ajoutait l’intrusion liée au programme de transmigration en provenance de Java, Madura et Bali. De ce fait, des problèmes de partage des ressources – y compris l’accès à la terre – sont venus se greffer sur les distinctions religieuses et culturelles préexistantes. Ces tensions qui ont parfois mené à la violence n’ont pas épargné la communauté chinoise locale, prise à partie par des groupes extrémistes, voire exposée à des massacres lorsque quelque chose allait mal dans le pays, ce qui fut fréquent, surtout à Java.
Dans la province sumatranaise d’Aceh, héritière d’un sultanat que les Néerlandais mirent plus d’un siècle à réduire [11], le rôle de l’islam est en jeu tout comme le partage des ressources. Aux Moluques, en particulier dans l’île d’Amboine, les tensions sont plus complexes encore, car l’opposition entre islam et chrétienté protestante se double d’une tension entre culture moluccoise et culture javanaise, sur un terrain miné de longue date par les Néerlandais. Quant aux trois provinces récemment découpées au sein de l’immense Irian Jaya [12], pays papou par excellence et de rattachement tardif ( 1963), elles représentent pour l’Indonésie un enjeu territorial majeur, étant donné leurs immenses ressources, notamment minières : les tensions sont nationalistes, ensuite économiques, et enfin culturelles, du fait de l’intégration d’un monde papou dans un ensemble national dominé par la culture javanaise. Le Timor-Oriental, annexé par l’Indonésie en 1975, peu après que la « révolution des œillets » l’eut émancipé du Portugal, est devenu le théâtre d’une lutte complexe, en raison de son hétérogénéité ethnique et de l’intervention persistante de l’armée indonésienne. L’ONU, qui n’avait jamais ratifié cette annexion, a dû confier à l’Australie, en 1999, la direction d’une force d’intervention pour arrêter le massacre auquel se livraient les milices locales soutenues par l’armée. Depuis lors, le Timor-Oriental, rebaptisé Timor Lorosae, s’active à organiser son indépendance, prévue pour mai 2002.
S’il est vrai que la construction des royaumes précoloniaux, en particulier celui de Mojopahit, qui a connu son apogée au XIVe siècle, a contribué à la naissance d’une hégémonie javanaise, les véritables bases de cette hégémonie ont été établies par l’administration néerlandaise, du XVIIe au XXe siècle, puis se sont consolidées contre ces mêmes Néerlandais, pendant la guerre d’indépendance ( 1945-1949). La conquête du pouvoir par les militaires qui s’était dessinée durant l’ère nationaliste militante du président Sukarno ( 1945-1966) a été consolidée par un coup d’État douteux suivi du violent contre-coup d’État militaire de septembre 1965 [13]. Le pouvoir dont l’armée s’est alors drapée a pris la forme du régime de l’Ordre nouveau, dirigé par le général Suharto, devenu président en 1967. Les politiques de consolidation nationale et de centralisation javanaise ont été obstinément poursuivies jusqu’aux crises de 1997-1998 dont il sera question plus loin.
L’une des caractéristiques de l’Ordre nouveau tient au rôle qu’il a accordé aux militaires dans l’administration du pays, grâce au système de la double fonction qui garantit sa présence à tous les niveaux de l’administration civile et dans la gestion des grandes entreprises publiques [14]. Les militaires occupent des postes souvent au plus haut niveau de l’appareil central de l’État. Ils doublent ou remplacent les gouverneurs dans chacune des 27 provinces de l’époque. En 1999 encore, au moins la moitié des quelque 300 bupati, ou chefs de district, étaient des militaires. À la direction des grandes entreprises nationalisées – telle la Pertamina pétrolière –, les représentants de l’armée sont actifs et parfois prédominants. Leur présence intimidante pèse sur l’économie, non sans entretenir la corruption, depuis les grands prédateurs qui gravitent autour des généraux, y compris autour du président Suharto [15], jusqu’au petit peuple militaire qui exige sa part du gâteau, par exemple lors de l’allocation des permis d’exploitation des terres, forestières ou autres. En 1998, au moment de la démission de Suharto, les parents et les familiers de celui-ci étaient partie prenante dans 1 247 sociétés différentes. Dimension archipélagique oblige, les grands projets ont été nombreux dans l’histoire moderne de l’Indonésie. Sous le régime de l’Ordre nouveau, l’aide étrangère et la manne pétrolière ont favorisé une mégalomanie des dirigeants de l’État qui, il est vrai, s’était déjà manifestée pendant l’ère Sukarno.
 
Le cercle des voisins : ASEAN et Australie
 
 
L’immense Indonésie occupe une position cruciale entre un Sud-Est asiatique dynamique mais exposé à des crises économiques et un continent australien excentré qui apprécie la proximité d’un grand marché. Pour ses voisins, en tout cas pour les intérêts capitalistes largement dominants chez eux, la stabilité politique de l’Indonésie unitaire est plus rassurante qu’un archipel éclaté, tant pour le maintien de la sécurité régionale, y compris maritime, que pour le développement des échanges économiques. En effet, malgré gaspillages et gâchis, l’Indonésie dispose de ressources naturelles considérables, sans doute plus importantes que celles de tous les autres pays du Sud-Est asiatique réunis. Cela vaut d’abord pour les hydrocarbures, même si la croissance de la consommation intérieure continue de réduire les capacités exportatrices. Cela vaut aussi pour les ressources forestières, malgré leur dilapidation rapide, et pour plusieurs produits du sous-sol, tels le cuivre et l’or de l’Irian Jaya.
Hormis l’Australie, tous ces voisins sont membres de l’ASEAN [16], créée en 1967 notamment pour accroître le commerce intrarégional. En fait, les liens commerciaux intrarégionaux ne se sont pas accrus de façon aussi poussée qu’il était envisagé. Chacun à sa façon, les pays les plus développés de la région – Singapour, Malaysia, Thaïlande, Philippines et Indonésie – ont attiré des investissements internationaux, réalisés en priorité dans des secteurs tournés vers l’exportation à destination des pays industriels, ceux-là mêmes qui fournissaient des capitaux. Ainsi, à mesure que l’Indonésie diversifiait ses exportations, les pays industriels en ont absorbé une part accrue, qu’il s’agisse des produits énergétiques, achetés par le Japon et la Corée du Sud, ou des produits manufacturés destinés à ces mêmes pays ainsi qu’à l’Europe et aux États-Unis. En retour, les importations, beaucoup moins importantes en valeur, proviennent des mêmes pays, auxquels s’ajoute l’Australie.
Au sein de l’ASEAN, l’Indonésie ne possède qu’un seul partenaire commercial important, Singapour, plaque tournante du commerce intrarégional et partenaire financier et industriel de plus en plus pesant [17]. La petite république insulaire n’a d’ailleurs cessé, depuis les années 1960, de se tailler une position exceptionnelle sur le marché mondial, en servant d’intermédiaire et de partenaire, d’abord à son voisin immédiat, la Malaysia, puis, de plus en plus, à son voisin géant, l’Indonésie. La mondialisation de l’économie singapourienne, l’une des plus avancées qui soit, s’est appuyée sur sa capacité à enrôler ses deux voisins dans plusieurs grands projets, dont celui du fameux triangle de croissance dit « de Sijori » (pour Singapour, Johore et Riau [18]). D’ailleurs, l’île de Batam, située à une vingtaine de kilomètres de la république insulaire, dans l’archipel des îles Riau, sert de banc d’essai à de multiples initiatives singapouriennes en Indonésie : services financiers, développement de parcs industriels, aménagement touristique et échanges de touristes, mi-villégiateurs, mi-gens d’affaires, dans les deux sens d’ailleurs [19] : les Indonésiens sont les principaux visiteurs à Singapour, loin devant les Japonais, les Malaysiens, les Britanniques et les Australiens. Si l’influence proprement culturelle de Singapour sur l’Indonésie demeure modeste, il n’en reste pas moins que la cité-État occupe une place prépondérante dans l’horizon indonésien, y compris via les échanges universitaires, en croissance rapide. Quoi qu’il en soit, s’agissant de l’ensemble de l’ASEAN, une évolution peut-être prometteuse d’un recentrage régional s’est esquissée depuis la crise financière de 1997 (voir infra): alors qu’au début des années 1990, moins de 10 % des importations indonésiennes provenaient de ses voisins de l’ASEAN, la hausse de cette part a été continue au cours des quatre dernières années, jusqu’à atteindre près de 20% en 1999 et 2000.

TABLEAU 1.
INDONÉSIE. LE COMMERCE EXTÉRIEUR EN 2000
IMGIMGTABLEAU 1. – INDONÉSIE. LE COMMERCE ...IMGIMF
TABLEAU 1. – INDONÉSIE. LE COMMERCE EXTÉRIEUR EN 2000 Valeur en millions $ Asie orientale dont Japon Corée du Sud République populaire de Chine Taïwan Hong Kong États-Unis Communauté européenne dont Pays-Bas Royaume-Uni Allemagne France ASEAN dont Singapour Malaysia Thaïlande Australie Autres TOTAL Importations Exportations 23672 62124 Part des partenaires (en%) 33,1 40,0 16,1 23,2 6,2 7,0 6,0 4,5 3,8 3,8 1,0 2,5 10,1 13,6 12,4 14,0 1,3 3,0 1,7 2,4 3,7 2,3 1,2 1,2 19,3 17,5 11,3 10,6 3,4 3,2 3,3 1,7 5,1 2,4 20,0 12,5 100,0 100,0 Source: Site web du Badan Pusat Statistik, Indonesia.
site web du Badan Pusat Statistik, Indonesia.

Avec l’Australie voisine, les liens économiques demeurent relativement modestes. Pourtant la présence persistante de l’Australie sur la scène économique indonésienne est à souligner, tant elle contraste avec les relations politiques entre ces deux grands voisins, lesquelles se sont refroidies au gré des crises indonésiennes, en particulier depuis les massacres de septembre-octobre 1965. Plus récemment, le rôle prépondérant de l’Australie à la tête de l’intervention onusienne dans le Timor-Oriental ( 1999) a été largement critiqué par la presse indonésienne, toujours prompte à soupçonner le grand voisin d’ingérence dans les affaires internes de la nation. Cette même presse s’en prend d’ailleurs régulièrement aux politiques d’immigration de son voisin, y compris lorsque celui-ci accorde l’asile politique à des réfugiés indonésiens. Une autre source de tension concerne la délimitation des zones de souveraineté dans les eaux qui les séparent, réputées riches en hydrocarbures, en particulier depuis que Timor Lorosae est sur la voie de l’indépendance totale et que cette délimitation le concerne aussi. Par ailleurs, la Papouasie-Nouvelle-Guinée a récemment fait part de son inquiétude devant le flot de réfugiés entré sur son territoire en provenance de l’Irian Jaya indonésien, pour fuir la répression exercée sur une population dont les représentants revendiquent une plus grande autonomie pour ce qu’ils appellent la Papouasie occidentale. Voisine de l’Australie « déserte » et contenant elle-même la majeure portion de deux très grandes îles relativement peu peuplées (la Nouvelle-Guinée et Bornéo), l’Indonésie se trouvera confrontée à des migrations internes et internationales qui ont toutes chances de s’accentuer au cours des prochaines décennies [20]. Sa transmigration traditionnelle – et localement contestée – ne suffira pas à régler tous ces mouvements, d’autant plus qu’elle n’est plus officiellement appuyée par les autorités du pays. Mais si elle devait improviser en ces domaines fort compliqués, on peut craindre que de nouveaux errements militaires en résulteraient.
La cohésion régionale, « panmalaise », dont l’Indonésie avait à bien des reprises tenté de prendre le contrôle ou du moins le leadership, demeure hypothétique [21]. Au cours des années 1990, pendant les dernières années de l’Ordre nouveau, cette tentative de contribuer à la consolidation de l’ASEAN tout en y exerçant un rôle de leader s’était accentuée. Mais, depuis la démission de Suharto en mai 1998 et la multiplication des problèmes auxquels le pays est exposé, l’avenir du leadership indonésien apparaît fort incertain. Les échanges avec les proches voisins ont certes aidé à maintenir la cohésion nationale de l’Indonésie, tandis que, dans l’ordre régional, la circonspection est de règle. Les dirigeants des pays de l’ASEAN évitent de soulever la question du leadership de l’Indonésie, si chère à l’ex-président Suharto. Ils se contentent de souhaiter que le pays le plus pesant de la région reste unifié et ne sombre pas dans le chaos. Aucun de ces pays ne trouverait intérêt dans une faillite de l’Indonésie. Bien que non-membre de l’OMC, l’Indonésie a regardé avec faveur la résistance dirigée par la Thaïlande contre Mike Moore, le Néo-Zélandais que les États-Unis voulaient propulser à sa direction générale. Ce long duel s’étant achevé par un découpage du mandat en deux périodes égales, l’OMC sera à compter de septembre 2002 pilotée par Suphachai Panichaphakdi, ex-ministre thaïlandais des Finances. Cela pourrait être de nature à rendre les règles internationales du commerce plus attentives aux besoins spécifiques des pays en voie de développement, ce qui est le cas de l’ASEAN presque entière.
Sans que l’Indonésie y soit pour beaucoup, on doit souligner, par ailleurs, un autre signe attestant d’une certaine cohérence au sein de l’ASEAN. Tous les membres de cette association participent fidèlement aux réunions de l’APEC [22], mais ils refusent obstinément d’y diluer leur groupement, au grand dam des États-Unis, qui souhaiteraient inscrire toute l’Asie orientale dans une zone de libreéchange qu’ils piloteraient. Par contre, le rapprochement entre l’ASEAN et les trois grands pays de l’Asie nord-orientale (Japon, Chine et Corée), esquissé lors de la conférence tenue à Singapour en mars 2000, pourrait annoncer un élargissement des échanges entre les pays asiatiques riverains de l’océan Pacifique. La prochaine conférence ASEAN + trois permettra de vérifier si cette perspective est bien ouverte. Quoi qu’il advienne, les trois grands du Nord-Est asiatique occupent d’ores et déjà une place de tout premier plan dans le second cercle du monde vu d’Indonésie.
 
Le cercle de la grande Asie
 
 
Le développement hésitant des relations de l’Indonésie avec ses partenaires de l’ASEAN est en partie attribuable au modèle de développement auquel le pays a souscrit. Dès les années 1950, en effet, ce modèle a privilégié les échanges avec les pays industriels, au premier rang desquels le Japon. Il faut rappeler qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale, alors que le Japon prétendait rassembler autour de lui une sphère de coprospérité asiatique, les destructions causées par ses troupes ont été considérables dans presque tout le Sud-Est asiatique. Dans les années qui suivirent la fin de l’occupation, les nations en émergence ont, tour à tour, exigé le financement de « réparations », dans le cadre du versement de la « dette du sang [23] ». Tout en contribuant de façon enfin pacifique au redressement des économies du Sud-Est asiatique, le Japon en profita pour s’y positionner comme investisseur, rôle qu’il transforma progressivement en celui de partenaire commercial dominant. Il n’y eut point ici de plan Marshall, mais bien une participation déterminante à la dynamisation de l’Asie du Sud-Est.
CARTE 3.
INDONÉSIE. LE COMMERCE EXTÉRIEUR EN 2000
IMGIMGINDONÉSIE. LE COMMERCE EXTÉRIEUR EN 2000IMGIMF
site Web du Badan Pusat Statistik Indonesia.
À la fin des années 1960 et au début des années 1970, l’Indonésie était ainsi devenue, parmi les nations de l’Asie du Sud-Est, le principal bénéficiaire de l’aide japonaise et des investissements japonais [24]. Depuis lors, cette place de premier investisseur et de premier partenaire commercial n’a jamais été ravie au Japon. Aujourd’hui encore, le total des échanges réalisés entre les deux pays équivaut au double de celui que l’Indonésie réalise avec son second partenaire, Singapour (tableau 1). Ce même total équivaut à celui des échanges indonésiens avec les autres pays de l’Asie nord-orientale (Corée, Taïwan, Chine et Hong Kong). Groupé autour du Japon, cet ensemble domine l’horizon commercial de l’Indonésie, loin devant l’Europe et les États-Unis. De même, au chapitre des investissements étrangers, le Japon apparaît encore au premier rang, mais pas très loin devant le surprenant Royaume-Uni (que l’on retrouvera plus loin) alors que la Corée du Sud et Taïwan, ainsi que Singapour, la Malaysia et l’Australie, comptent parmi les investisseurs fidèles. Il faut souligner ici que le trio constitué par la Corée, Taïwan et Hong Kong, auquel à vrai dire il faudrait ajouter Singapour, entretient des relations particulièrement dynamiques avec l’Indonésie, dans un contexte où se combinent investissements, échanges et divers joint-ventures industriels et commerciaux, toutes choses impliquant généralement les réseaux de la diaspora chinoise.
S’agissant de ses relations avec le « monde chinois », l’Indonésie devra compter de plus en plus sur celles qui se développent avec la république populaire de Chine elle-même. Par le passé, elles ont été parfois tendues, au gré des crises internes tant chinoises qu’indonésiennes. Ainsi, le coup d’État douteux de septembre 1965 aurait peut-être impliqué le parti communiste indonésien, soutenu ou incité par Pékin. Quoi qu’il en soit, à la suite du contre-coup d’État du 30 septembre, des massacres ont été perpétrés jusqu’à la mi-1966 à l’endroit de centaines de milliers de paysans, surtout javanais, accusés d’être de prétendus sympathisants communistes; cela devait permettre d’annuler les réformes agraires esquissées ici et là et d’en prévenir l’éventuelle généralisation. Ultérieurement, les prises à partie voire les massacres, par des groupes extrémistes, de représentants de la communauté chinoise locale ont été fréquents lorsque quelque chose allait mal en Indonésie. En 1997, encore, les soubresauts indonésiens de la crise financière (voir infra) offrirent l’occasion de quelques émeutes antichinoises. Qui plus est, les visées parfois manifestées par la Chine sur une grande partie de la mer de Chine méridionale, riche en hydrocarbures, ne manquaient pas d’irriter l’Indonésie autant que le Vietnam et les Philippines, principaux autres riverains concernés.
L’accroissement des liens commerciaux entre les deux géants que sont la Chine et l’Indonésie est peut-être à mettre en parallèle avec l’apparent adoucissement de ces revendications territoriales, d’autant qu’un rapprochement manifeste s’est opéré entre la Chine, l’Indonésie et l’ensemble de l’Asie du Sud-Est, dans le cadre des ententes précitées dites de l’ASEAN + trois (Chine, Japon, Corée) et du sommet ASEAN-Chine lui aussi tenu à Singapour en 2000. Toujours est-il que la visite du Premier ministre chinois à Jakarta, en novembre 2001, a pleinement satisfait la nouvelle présidence indonésienne (voir infra), lorsque Zhu Rongji a donné son appui au gouvernement indonésien dans ses tentatives de résolution des problèmes à Aceh et en Irian Jaya. Même si les accords économiques contractés lors de cette visite d’État ont été relativement modestes, ils témoignent d’un net réchauffement et prolongent des relations économiques qui ont connu une amélioration constante depuis une bonne dizaine d’années.
Certes, à mesure que l’ouverture au monde de l’économie chinoise s’accentue, la présence de la Chine s’intensifie sur les marchés du Sud-Est asiatique. Cette poussée n’est pas toujours appréciée, étant donné son caractère compétitif. En effet, les coûts de production généralement plus faibles de l’économie chinoise, tout comme la capacité de production considérable de ce pays, sont perçus comme une menace, en particulier au Vietnam et en Indonésie. La menace semble plus grave encore en matière d’investissements, car l’actuelle croissance phénoménale de la part chinoise dans les investissements étrangers directs en Asie se réalise aux dépens des pays de l’ASEAN, dont, au premier chef, l’Indonésie. Désormais adhérente de l’OMC, la Chine va accroître sa compétitivité commerciale, alors qu’une éventuelle adhésion de l’Indonésie n’apparaît même pas à l’horizon. D’où une situation sans doute encore plus difficile pour l’Indonésie.

TABLEAU 2.
INDONÉSIE. LES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS DE 1997 À 2000
IMGIMGTABLEAU 2. – INDONÉSIE. LES INVESTIS...IMGIMF
TABLEAU 2. – INDONÉSIE. LES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS DE 1997 À 2000 A) Investissements directs annuels Année Valeur Nombre en milliards $ US de projets 1997 33,8 790 1998 13,5 1035 1999 10,9 1164 2000 15,4 1508 B) Principaux investisseurs en 2000 Pays Valeur cumulée Nombre en milliards $ US de projets Japon 34,1 1279 Royaume-Uni 28,5 457 Singapour 18,8 1199 Hong Kong 15,1 438 Taïwan 12,8 871 Source: US Department of Commerce. National Trade Data Bank.
US Department of Commerce. National Trade Data Bank.

Néanmoins, les deux géants ont intérêt à coopérer. L’Asie du Nord-Est est notamment le principal acheteur des produits pétroliers indonésiens, et les besoins de la Chine ne cessent d’augmenter en ce domaine. De son côté, la Chine, dont la présence sur le marché indonésien a tendance à s’accentuer, y dépasse même l’Australie. Qui plus est, de nombreux représentants de la communauté chinoise d’Indonésie jouent un rôle de démarcheurs tant auprès de la Chine elle-même qu’à Hong Kong, antichambre du continent chinois, et à Taïwan ou à Singapour, dont les propres ressortissants comptent parmi les principaux investisseurs en Indonésie.
Sur l’échiquier indonésien, la Banque asiatique de développement (BAD), dont le siège social est établi à Manille, joue un rôle crucial, car c’est en partie à travers elle qu’interviennent les principaux partenaires financiers de l’Indonésie. La BAD compte parmi ses actionnaires près d’une cinquantaine de pays. Parmi les dix principaux, les grandes régions de l’Asie sont représentées, tout comme l’Europe et les États-Unis. En date du 1er juin 2001, le Japon et les États-Unis détiennent chacun 16 % des actions. Viennent ensuite la république populaire de Chine et l’Inde, avec chacune un peu plus de 6%; puis l’Australie, l’Indonésie, la Corée et le Canada, avec chacun entre 5 % et 6 %; enfin l’Allemagne avec 4,4 % et la Malaysia 2,8 %. En 2001, le premier récipiendaire d’aide technique financée par la BAD a été la Chine, le second, l’Indonésie. Mais, surtout, le premier emprunteur est l’Indonésie avec un total cumulé de quelque 18 milliards de dollars à la fin de 2000. Les prêts de la BAD sont surtout orientés vers l’agriculture et le développement rural, avec une certaine attention accordée à la réduction de lapauvreté.
Si les relations avec la Chine semblent destinées à une croissance rapide, on ne peut en dire autant de celles qui existent entre l’Indonésie et cet autre géant qu’est l’Inde. Malgré des accords culturels fréquents, notamment dans le domaine cinématographique, la présence indienne en Indonésie demeure modeste. Moins de 40 000 personnes de nationalité ou d’origine indienne y résident alors que les échanges commerciaux entre les deux pays ne représentent même pas 1% de leur commerce extérieur respectif. La production cinématographique indonésienne n’est pas négligeable mais en déclin, surtout qualitatif. Outre l’apport du cinéma indien, c’est sans doute l’influence chinoise qui se manifeste de la façon la plus marquée. Celle-ci prend la forme de films « chinois », provenant surtout de Hong Kong et de Singapour; d’ailleurs, les productions télévisuelles singapouriennes tout comme malaysiennes sont aussi largement présentes. Pourtant, une coupure profonde existe encore entre d’une part les villes, surtout les grandes, et d’autre part les campagnes; au sein de ces dernières, les arts locaux, dont le théâtre d’ombre, le wayang, et les musiques traditionnelles se maintiennent jusqu’à un certain point, résistant devant l’invasion des arts étrangers; dans le monde urbain, les productions hollywoodiennes dominent le marché, cependant que les réseaux de distribution sont presque totalement contrôlés par des entreprises américaines. Enfin, les autres échanges culturels à l’échelle asiatique, telles les compétitions sportives, en particulier entre les pays de l’ASEAN, mais aussi et surtout les contacts universitaires, en particulier avec Singapour, la Malaysia et le Japon, sont en croissance rapide, contribuant à l’ouverture irréversible de l’Indonésie.
 
Le vaste monde, au loin...
 
 
En sortant d’Asie vers l’Europe, une halte s’impose en Arabie Saoudite, pays où la présence indonésienne se manifeste par une intense participation au Haj, le pèlerinage annuel à La Mecque. Chaque année, le contingent le plus important de pèlerins non saoudiens provient, semble-t-il, d’Indonésie : ainsi, en 2001, quelque 210000 Indonésiens se rendirent à LaMecque, soit 15% des pèlerins étrangers [25]. À leur retour, les pèlerins héritent d’un statut social envié, celui de haji ou de hajiah, ce qui leur fait mieux accepter le prix élevé qu’ils doivent payer pour le pèlerinage [26]. Pour des raisons qui doivent plus aux intérêts pétroliers de deux pays membres de l’OPEP qu’aux vertus du pèlerinage, les liens économiques entre l’Indonésie et l’Arabie se sont affermis, les Saoudiens investissant massivement dans de grands projets de développement de l’industrie pétrolière et pétrochimique indonésienne.
En Europe, des liens assez étroits continuent d’exister avec les Pays-Bas, malgré le mauvais souvenir laissé, surtout au sein de l’état-major militaire indonésien, par l’acharnement des Néerlandais à entraver la formation initiale de la République indonésienne. Il en va comme de tout héritage colonial, des liens culturels se sont durablement établis. Ils concernent en particulier les populations christianisées, tels les Moluccois, dont bon nombre ont été éduqués aux Pays-Bas et parfois y résident. Par ricochet, ces liens postcoloniaux s’étendent jusqu’en Afrique du Sud, où en plus d’une ambassade à Pretoria, l’Indonésie dispose d’un consulat au Cap [27]. Ils se prolongent jusqu’au Surinam, colonie néerlandaise jusqu’en 1975, où l’on retrouve une importante communauté d’origine indonésienne, et une ambassade indonésienne à Paramaribo, capitale de ce pays (figure 4).
Néanmoins, le Royaume-Uni surclasse de très loin la Hollande au chapitre des échanges tout comme des investissements, parfois en conjonction avec l’Australie, membre fidèle du Commonwealth britannique : la Grande-Bretagne est le seul pays non asiatique parmi les cinq premiers investisseurs en Indonésie (tableau 2). Les deux autres puissances européennes assez bien représentées dans le commerce, sinon dans l’investissement indonésien, sont l’Allemagne et la France, alors que la Russie demeure aussi absente que l’URSS de naguère. Mais c’est en faisant masse de l’Union européenne et des États-Unis que l’on peut juger du positionnement de l’Indonésie sur le marché mondial, hormis l’Asie.
Depuis l’avènement du régime de l’Ordre nouveau, en 1966, les liens avec les pays industriels ont été élargis. Conseillées en cela par des économistes américains, les autorités indonésiennes ont choisi d’ouvrir le marché national aux investissements internationaux et d’accroître, de façon aussi rapide que possible, la participation de l’économie indonésienne au marché mondial. Ce pari précoce s’est traduit par un accroissement phénoménal des exportations. De 1966 à 1980, leur valeur a augmenté en moyenne de 33,5 % par an, par suite de la hausse du volume et surtout de la valeur des exportations pétrolières. En 1970, le pétrole brut comptait pour 29 % de la valeur totale des exportations nationales. En 1975, après les deux « chocs pétroliers » provoqués par l’OPEP, cette proportion atteignait presque 70 %. À partir des années 1980, alors que la production pétrolière commençait à plafonner et que la demande énergétique intérieure s’accroissait, le gaz naturel est venu à la rescousse grâce à un regain d’investissements. Mais, au total, la part des hydrocarbures dans les exportations s’est continuellement abaissée depuis lors : elle se situait encore près de 38 % en 1990; elle est tombée à moins de 25 % en 2000. Certes, la croissance de la valeur des exportations s’est éloignée, à compter des années 1980, de ses records antérieurs, mais elle s’est tenue à une moyenne annuelle, tout de même honorable, de 3,4 %. Qui plus est, la balance commerciale indonésienne est demeurée largement excédentaire, car d’autres exportations (cuivre, bois, crevettes, huile de palme, etc.) sont venues compenser partiellement la baisse des rentrées pétrolières.
Moins que le Japon et même moins que l’Inde, mais beaucoup plus que la Chine, l’Indonésie est ouverte sur le reste du monde par d’autres voies que celles du marché mondial. Sa contribution déjà notée au pèlerinage annuel de La Mecque est le signe le plus manifeste de son implication dans la communauté musulmane mondiale. Les autorités entretiennent peu de liens avec la Conférence islamique et, malgré des relations relativement étroites avec l’Arabie Saoudite, la distance est grande, on l’a vu, entre l’islam indonésien et celui qui prévaut au Moyen-Orient. Il reste que les divers mouvements musulmans, de caractère politique ou associatif, sont très ouverts aux échos qui leur viennent d’un monde musulman dont l’Indonésie est le compartiment le plus peuplé. Les États-Unis, qui ont déjà mis à profit leur « croisade antiterroriste » pour reprendre pied aux Philippines – où ils avaient en 1992 fermé toutes leurs installations militaires, dont la gigantesque base navale de Subic Bay –, essaient actuellement de mobiliser le concours d’un gouvernement indonésien qu’aucune véritable menace terroriste interne n’inquiète pourtant. Divers pays de l’ASEAN, à commencer par la Malaysia et surtout par Singapour, qui a accordé de longue date des facilités portuaires à la flotte américaine, joignent leurs pressions à celles de Washington, jusqu’ici sans succès autre que verbal. La prudence gouvernementale semble tenir à l’ampleur des courants islamiques modérés, dans une opinion publique devenue plus volatile depuis la chute de Suharto : ces courants deviendraient fort dangereux s’ils se radicalisaient, non contre le terrorisme, mais contre les États-Unis.
Hormis les pèlerins, des contingents importants d’Indonésiens vont à l’étranger pour acquérir une formation universitaire. Les principaux pays d’accueil sont, outre les Pays-Bas, l’Australie, les États-Unis et le Canada. En sens inverse, d’importants courants de visiteurs se dirigent vers l’Indonésie pour des raisons touristiques plus que d’affaires. En 1999, dernière année pour laquelle un tableau détaillé de leurs provenances est disponible, la part des résidents des pays de l’ASEAN apparaît nettement supérieure à celle des habitants des autres régions du monde (tableau 3). Cette année-là, quatre pays ont fourni près de 60 % des quelque 4,7 millions de visiteurs; loin derrière Singapour ( 28 %), qui entretient décidément d’étroites relations avec l’Indonésie, viennent le Japon ( 12,8 %) puis l’Australie ( 11,2%) et la Malaysia ( 9,3%).

TABLEAU 3.
INDONÉSIE. ORIGINE DES VISITEURS EN 1999
IMGIMGTABLEAU 3. – INDONÉSIE. ORIGINE DES ...IMGIMF
TABLEAU 3. – INDONÉSIE. ORIGINE DES VISITEURS EN 1999 Région ou pays d’origine Pays de l’ASEAN dont Singapour Malaysia Asie orientale dont Japon Taïwan Corée Australie Europe dont Allemagne Royaume-Uni Pays-Bas France États-Unis Autres dont Asie du Sud, dont l’Inde Moyen-Orient  % 39,4 27,0 11,2 14,6 3,2 4,6 100,0  % 28,0 9,3 12,8 7,4 4,7 3,5 2,9 1,8 1,7 0,8 0,8 Source: Badan Pusat Statistik, Republik Indonesia.
Badan Pusat Statistik, Republik Indonesia.

Les deux voies d’entrée les plus fréquentées, tant par les Singapouriens que par les autres visiteurs, sont les aéroports de Soekarno-Hatta (Jakarta) et de Ngurahai-Bali (Denpasar), respectivement pour les visites d’affaires et le tourisme. L’importante contribution australienne à cette forme d’échange international témoigne du fait que l’Australie appartient bien au premier cercle asiatique des partenaires del’Indonésie.
La présence internationale de l’Indonésie, assurée par son commerce et par ses citoyens qui étudient à l’étranger, s’appuie sur un large réseau de représentations diplomatiques. Des ambassades sont établies dans près de 90 pays (figure 4) [28]. Leur répartition mondiale est significative du monde vu par l’Indonésie puisque les régions les mieux desservies sont celles du cercle rapproché du Sud-Est asiatique et celle du cercle intermédiaire d’Asie orientale et méridionale. Les ambassades sont également nombreuses en Europe, où l’on en trouve quelque 25, de Londres à Moscou, tout comme au Moyen-Orient, notamment dans la péninsule arabique. Par contre, la diplomatie indonésienne est moins présente en Amérique centrale ou même australe et en Afrique. Auprès de certains partenaires, notamment dans les pays les plus étendus, le réseau des consulats [29] est également consistant : c’est le cas aux États-Unis et en Australie, qui en accueillent respectivement cinq et quatre, alors que le Canada et l’Allemagne en accueillent deux chacun. En Asie du Sud-Est, le pays le mieux doté sur ce plan est la Malaysia, avec trois consulats indonésiens, dont un dans la province bornéenne de Sabah, à Kota Kinabalu.
S’il avait été dressé en 1996-1997, le tableau du monde vu d’Indonésie qui vient d’être esquissé aurait pu se conclure par quelques banalités : un riche et vaste pays; un bon demi-siècle d’indépendance réussie et d’unité préservée, à quelques spasmes près; un progrès économique modeste et par trop gagé sur l’exploitation intensive des ressources naturelles, mais qui a été plus rapide que la croissance démographique elle-même ralentie – ce qui implique une certaine modernisation des mœurs; une stabilité politique à peu près maintenue, mais au prix d’un régime musclé et de quelques crises dont une au moins se solda par d’épouvantables massacres [30]; bref, un pays « en voie de développement » qui, sans être une success story, ne s’en situe pas moins à un bon niveau dans le palmarès mondial des performances. Sans être inexacte, une telle récapitulation aurait néanmoins laissé échapper l’essentiel de ce que les crises des années suivantes allaient mettre en relief : l’Indonésie était peut-être le plus vulnérable des pays d’Asie orientale, tant par la rapacité et la faiblesse stratégique de ses classes dirigeantes que par sa trop vive sensibilité aux impulsions financières venues du centre économique du système mondial actuel, c’est-à-dire des banques et des Bourses américaines et de leurs homologues européennes. En tout cas, les orages venus de ces antipodes en 1997-1998 – désignés par antiphrase comme une « crise asiatique » – sévirent avec une virulence particulière en Indonésie, au point d’infléchir le cours de son histoire.
CARTE 4.
INDONÉSIE. LES REPRÉSENTATIONS DIPLOMATIQUES
IMGIMGINDONÉSIE. LES REPRÉSENTATIONS DIPLOMATIQUESIMGIMF
L’Indonésie, vortex d’un monde en crise
À partir de juillet 1997, plusieurs monnaies est-asiatiques sont frappées. Le baht thaïlandais perd 45% de sa valeur, le ringgit malais 35% et le peso philippin 33 %. Ces records sont battus par le won coréen (– 48 %) et surtout par la roupie indonésienne (– 52 %), cependant que d’autres monnaies se tiennent mieux, notamment au Japon, en Chine et à Hong Kong, mais non à Taïwan (– 16%), ni à Singapour (– 17 %). Naturellement, ces pourcentages arrondis qui détaillent une « partie de quilles » étalée sur tout le second semestre 1997 s’accompagnent, d’un pays à l’autre, de péripéties diverses. Mais leur coïncidence incite le FMI à faire sienne la sagesse journalistique qui titre sans délais sur la « crise asiatique ».
Les « enseignements de la crise asiatique » explicités par le FMI deux ans plus tard [31] mêlent les « dysfonctionnements dans le secteur financier aux facteurs de vulnérabilité macroéconomiques » : trop d’emprunts étrangers à court terme, des contrôles bancaires déficients, des « liens étroits entre l’État, les banques et les entreprises ». Des analystes moins obsédés par l’orthodoxie financière définie par le « consensus de Washington [32] » raisonnent d’autre façon. Ils soulignent que l’enflure des prêts à court terme, suivie d’une fuite générale dès la première alerte, procède d’une responsabilité des prêteurs supérieure à celle des emprunteurs, car leur commune imprévoyance a été confortée par la certitude qu’en cas de défaillance le FMI rétablirait la solvabilité des pays débiteurs, au moyen de prêts nouveaux en dollars, rendus très onéreux par les dévaluations des monnaies locales. Ce qui fut effectivement le cas, comme en diverses autres occasions et régions. Donc, pas de « crise asiatique », mais bien une crise du système financier international.
Un autre élément fort répandu en Asie orientale, mais dont l’Asie ne détient pas le monopole, tient à la structure des prêts bancaires. À l’instar du Japon, suivi par la Corée, puis par la plupart des pays de l’ASEAN – hormis Singapour –, une grande partie des crédits d’équipement a été longtemps financée sur les dépôts à court terme collectés en abondance par des banques attentives aux consignes gouvernementales quant à la destination de leurs prêts. Peu à peu, ce système a été prudemment relayé par des formules gagées sur des ressources bancaires ou boursières plus stables et moins dépendantes des suggestions gouvernementales, mais ce trajet, peu avancé en Corée et ailleurs, l’était encore moins en Indonésie, où, par surcroît, les faveurs bancaires à la famille présidentielle et aux autres leaders de l’Ordre nouveau étaient plus amples que pour leurs homologues d’autres pays. Mieux dirigée, selon des plans aussi pertinents que ceux de la Corée par exemple, et moins prodigue de libéralités, l’Indonésie, par ailleurs dotée de substantielles richesses naturelles, aurait pu se révéler plus performante que la Corée, ce qu’elle ne fut pas par déficit éthico-politique.
Toujours est-il que le FMI [33] s’efforça d’imposer à l’Indonésie – comme aux pays voisins – sa saine doctrine libérale. Les normes dictées par ses agents, mais recopiées par le gouvernement indonésien sous forme de « lettres d’intention », furent difficiles à fixer. Du 2 janvier au 31 juillet 2000, trois versions successives de ces « lettres » virent le jour avant d’être acceptées par un pouvoir que Suharto venait d’abandonner. La thérapeutique ainsi offerte était des plus simples : équilibrez le budget, supprimez les subventions aux entreprises et aux produits de première nécessité, exportez le plus possible et nettoyez votre secteur bancaire en le privatisant et en laissant les banques internationales s’introduire davantage enson sein, jusqu’à absorber vos banques privatisées; moyennant quoi des crédits seront accordés pour vous permettre de rembourser vos dettes et pour rétablir la libre convertibilité de la roupie en d’autres monnaies.
Secouée par la crise économique de 1997-1998, puis par la multiplication des conflits politiques rendant la sortie de crise d’autant plus difficile, l’Indonésie vit sous perfusion du CGI. En mai 1998, le président Suharto a quitté le pouvoir, après avoir refusé d’appliquer la médecine de cheval préconisée par le FMI. Un premier crédit de 7,1 milliards de dollars a été approuvé en avril 1999, alors que la première « lettre d’intention » se mijotait et que les tentatives de restructuration du secteur bancaire se multipliaient, mais avec un succès mitigé [34]. À la suite de réunions tenues à Jakarta au tout début de février 2002, le CGI a réitéré sa confiance dans l’Indonésie, en lui accordant un nouveau crédit de 4,8 milliards de dollars étalés sur une période de trois ans [35], à condition que soient réalisées les réformes du secteur bancaire, de la fiscalité et des pratiques gestionnaires [36]. En même temps, l’Indonésie a été invitée à décentraliser et à démilitariser son administration, une plus grande autonomie des marges de l’archipel étant supposée garante d’une meilleure stabilité politique.

TABLEAU 4.
INDONÉSIE. LES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS EN 2001
IMGIMGTABLEAU 4. – INDONÉSIE. LES INVESTIS...IMGIMF
TABLEAU 4. – INDONÉSIE. LES INVESTISSEMENTS ÉTRANGERS EN 2001 (Nouveaux projets approuvés entre les 1er janvier et 31 juillet 2001) Arabie Saoudite Singapour Royaume-Uni Malaysia Japon Corée du Sud Australie Autres TOTAL EN MILLIONS $ US 1510 1032 544 538 512 279 206 971 5592 PROJETS 3 87 44 53 58 170 31 326 768 % EN VALEUR 27,0 18,4 9,8 9,6 9,2 5,0 3,7 17,3 100,0 Source: Badan Koordinasi Penanaman Modal, Jakarta, 2001.
Badan Koordinasi Penanaman Modal, Jakarta, 2001

Cette stabilité a été mise à rude épreuve dès la démission de Suharto. Mais, à chaque changement à la tête de l’État, l’ASEAN a réitéré sa confiance, qu’il s’agisse de l’arrivée au pouvoir de B. J. Habibie en mai 1998, de la nomination de Abdurrahman Wahid comme président le 20 octobre 1999 ou de sa destitution moins de deux ans plus tard, le 23 juillet 2001, suivie de son remplacement par la vice-présidente Megawati Sukarnoputri [37]. Les États-Unis ont été moins discrets. Leurs liens avec le régime de l’Ordre nouveau avaient été conséquents. Nombre de cadres de ce régime, en particulier des économistes et des officiers, avaient été formés aux États-Unis. Ensuite, les liens étaient restés étroits, même si les massacres perpétrés par l’armée indonésienne en novembre 1991, à Dili, la capitale timoraise, avaient amené les Américains à prendre leurs distances, au moins publiquement. À leur tour, les massacres de septembre 1999, à la suite du référendum timorais sur l’indépendance, n’avaient pas totalement interrompu la formation des officiers par les instructeurs américains. Enfin, depuis les attentats new-yorkais du 11 septembre 2001, les États-Unis ont fait savoir que, dans le cadre de leur lutte mondiale contre le terrorisme, ils allaient participer derechef à la formation d’unités des forces armées indonésiennes, tant à Hawaii que, semble-t-il, en Indonésie même [38]. On peut craindre que ce rapprochement vienne conforter l’armée indonésienne dans la répression des Acehnais, des Papous et d’autres supposés terroristes.
Dans l’ordre économique, le mot d’ordre du CGI le mieux suivi est l’exportation à tout prix, car il confirme une tendance déjà bien établie. Après une baisse considérable en 1997 et 1998, le commerce extérieur de l’Indonésie a connu dès 1999 une remontée spectaculaire, favorisée par la faiblesse de la roupie. Ce fut plus encore le cas en 2000, où la valeur des exportations fut deux fois supérieure à celle des importations (tableau 1). Il est vrai que, cette année-là, une nouvelle dégringolade de la monnaie (près de 30 % au cours de l’année) avait dopé les exportations. Bien que leur valeur ait quelque peu régressé en 2001, l’excédent commercial est resté considérable. Dans ce contexte, le défrichement forestier se poursuit au profit de plantations, comme celles du palmier à huile, auxquelles les entrepreneurs malaysiens s’intéressent de plus en plus, pour bénéficier d’un marché du travail plus abondant en Indonésie et moins onéreux que celui de la Malaysia elle-même.
Dans l’ordre politique, les bailleurs de fonds internationaux réclament une véritable décentralisation du pays et une démilitarisation de son administration. Quelques mesures concrètes ont déjà été prises en ce sens. Ainsi, certaines provinces (tel Riau) commencent à tirer leur épingle du jeu dans le partage des revenus avec Jakarta, fût-ce en brandissant la menace de sécession. Des ententes ont également été proposées à la province « spéciale » d’Aceh, pour la répartition des revenus du gaz naturel, mais les accords avec Jakarta sont loin d’être arrêtés pour cette province, où l’armée pourchasse le mouvement indépendantiste local. Par ailleurs, la carte administrative du pays a été modifiée au début de 2001 par la création de six nouvelles provinces, ce qui porte leur total à 32 [39]. Quant à la démilitarisation des administrations locales, elle semble bien amorcée, puisque dès 1999 plusieurs dizaines de chefs de district qui étaient des militaires ont cédé la place à des civils [40]. Malgré des ratés durant la présidence d’Abdurrahman Wahid (octobre 1999-juillet 2001), la démilitarisation de l’appareil gouvernemental se poursuit apparemment, encore que la fille de Sukarno qui lui a succédé semble dépendre plus que lui des militaires.
Si l’avenir des militaires demeure une grande énigme, il en va de même pour l’islam. Vu d’Indonésie, l’islam est massif ( 87 % de la population), mais il apparaît fort différent de celui qui prévaut dans le monde arabe, voire dans les mondes perse ou indien. Même dans les provinces où l’islam semble particulièrement militant, comme à Aceh, la place de la religion n’est pas aussi dominante dans la vie civile qu’elle peut l’être, disons, au Pakistan. À Java, là où l’on compte le plus grand nombre de musulmans, la religion dite javanaise dilue sérieusement, on l’a évoqué, le contenu de l’islam [41]. Une caractéristique fondamentale de l’islam indonésien, des islams indonésiens devrait-on dire, a toujours été leur diversité. Celle-ci résulte d’abord des liens tissés au fil des siècles avec les communautés islamiques du pourtour de l’océan Indien, ensuite des conditions de la mise en place des réseaux musulmans dans un archipel largement étalé. Il en découle tout à la fois une grande polyvalence et surtout une grande autonomie de l’islam indonésien devant celui des autres régions du monde, en particulier devant l’islam « arabe ». C’est à cause de cette diversité, de cette autonomie relative, elle-même liée en bonne partie à celle des pesantren, ces écoles coraniques, dont quelque 40000 existaient encore en Indonésie vers 1990 [42], que l’islam indonésien est tout sauf monolithique. Les modes de fonctionnement des pesantren varient selon les îles et les régions, et demeurent particulièrement influencés par l’héritage indojavanais, à Java d’abord, mais aussi dans plusieurs autres îles. On voit mal comment ces outils de propagation de la foi islamique – version indonésienne –, largement marqués au sceau de la tolérance, pourraient adhérer à un projet collectif national, faisant de l’islam un outil de jihad ou de rejet des autres cultures.
Quoi qu’il en soit, sur la scène politique, la place des partis et des factions qui se réclament de l’islam est volatile. Toutefois, l’influence de l’intégrisme musulman est à la hausse, du fait de la présence, de plus en plus évidente, de militants provenant du Moyen-Orient. En effet, des extrémistes, regroupés au sein des Laskar Jihad (littéralement les soldats du jihad), sont actifs en Indonésie [43]. Ils ont contribué aux affrontements entre des milices musulmanes, essentiellement composées de Javanais, et les populations chrétiennes. Au cours des dernières années, de tels affrontements ont ensanglanté une partie des Moluques, en particulier l’île d’Amboine, où la situation s’est cependant calmée en mai 2002. De surcroît, il semble bien que tant les Laskar Jihad que le Jemaah Islamiyah – groupe beaucoup plus important, dirigé par Abu Bakar Bashir, un « saint homme » – aient été infiltrés par le réseau Al Qaida. Il est cependant difficile de mesurer l’ampleur et la nature même des groupes et mouvements infiltrés par Al Qaida, notamment à Aceh, d’où cet organisme terroriste semble absent. Il est également difficile de mesurer la capacité des militaires indonésiens à endiguer la progression des « fous de Dieu » ou même leur capacité à les manipuler à leurs propres fins. L’énigme militaire indonésienne, c’est aussi cela.
L’Indonésie va se fracturer, l’Indonésie doit se dissoudre, entendait-on en 1998-1999. Mais, de toute évidence, ce pays possède des atouts. Trois nouveaux présidents en trois ans, contre un seul de 1945 à 1966 et un seul autre de 1967 à 1998; de multiples crises, de Riau au Kalimantan occidental, de Timor aux Moluques, d’Aceh à l’Irian Jayan; un quasi-effondrement du système bancaire et une fuite des capitaux; aucune de ces crises dramatiques n’a pu rompre cet État unitaire sans grande ancienneté. Certes, on peut expliquer au cas par cas pourquoi tel ou tel débordement a été circonscrit [44], mais il reste qu’au-delà de ces cas particuliers l’unité de l’Indonésie s’est maintenue, quoique sa pérennité fasse problème.
En fait, la façon dont les crises ont été gérées jusqu’à présent par les Indonésiens n’apparaît pas désastreuse. Même la communauté chinoise, dont de nombreux représentants avaient quitté le pays en 1997-1998, se maintient et contribue à la diversification des liens financiers avec Singapour et la Malaysia. Certes, les problèmes économiques demeurent énormes dans le monde agricole [45] ou industriel, certes le pays risque de voir s’accroître sa dépendance à l’endroit des capitaux et des marchés étrangers, certes les risques d’un regain durable de la pauvreté sont énormes. Pourtant, ne serait-ce que parce que la fragmentation du pays ne ferait qu’accentuer chacun de ces problèmes, l’unité politique du pays apparaît toujours comme une option valable [46], à condition que les politiques de décentralisation continuent de s’appliquer. Une option d’autant plus valable que le poids de l’Indonésie dans le monde et le poids que le monde représente pour l’Indonésie sont tels qu’ils peuvent contribuer à la survie de la Grande Indonésie, de l’Indonésie nousantarienne.
Le faisceau des crises indonésiennes est pour partie le fruit de stratégies et d’actions erronées : dilapidation du potentiel, corruption, népotisme, étouffement de la diversité, etc. Mais tous ces vices ont servi de circonstances aggravantes à une maladie venue d’ailleurs dont la contagion a frappé toutes les Asies en surchauffe bancaire. Plusieurs, presque toutes se relèvent mieux et plus vite que l’Indonésie. Le retard de celle-ci tient-il principalement au fait que, à la différence des autres victimes de la « crise asiatique », l’Indonésie doit régler une crise politique, celle que lui pose la difficile succession de l’Ordre nouveau ?
 
P.S. après l’attentat de Bali : lettre d’Indonésie
 
 
L’attentat perpétré le 12 octobre 2002 à Kuta, dans l’île de Bali, a, à juste titre, réveillé les pires appréhensions concernant l’influence du fondamentalisme musulman et de sa dérive extrémiste et terroriste dans l’archipel, bien que, pour le moment, l’on soit incapable d’identifier les auteurs de l’attentat et de démontrer qu’ils représentent cette mouvance. Quoi qu’il en soit, pendant le « règne » de Suharto, de 1967 à 1998, le fondamentalisme musulman avait été largement muselé, ce qui, en fait, n’aurait pas empêché les réseaux extrémistes de se mettre en place. À vrai dire, la répression féroce exercée par les militaires sur toute remise en question de l’ordre établi a favorisé le développement de ces réseaux. Plus l’armée prenait de place, plus sa corruption et celle du clan Suharto prenaient de l’ampleur, plus les croyants musulmans se tournaient vers l’islam, ce que les réseaux extrémistes, alors en plein développement clandestin, auraient exploité, aidés en cela par des leaders déjà mûrs pour encourager voire pratiquer le terrorisme... tels Abu Bakar Bashir ou Jafar Umar Talib. Le premier dirige le mouvement Jemaah Islamiyah, le second est le chef des Laskar Jihad, dont les actions guerrières ont au cours des dernières années laissé bien des morts sur le terrain, tant à Poso, au centre de Sulawesi, que, surtout, dans les Moluques.
Il faut cependant se rappeler que les Laskar Jihad ont souvent servi de fer de lance aux stratégies déstabilisatrices de l’armée indonésienne, passée maître dans la manipulation des milices, le summum de l’horreur à ce chapitre ayant été atteint à Timor-Oriental avant et surtout après le référendum indépendantiste gagnant du 30 août 1999. À cette occasion, les forces armées indonésiennes, plutôt que de s’impliquer directement dans la répression meurtrière, ont préféré soudoyer des éléments extrémistes de la population locale pour qu’ils fassent le « sale travail » à leur place. Tout cela est amplement documenté.
Il faut aussi se rappeler que la majorité des victimes de la puissante bombe qui a explosé dans un bar de Kuta, le samedi soir 12 octobre, étaient australiennes. Peut-être s’agissait-il d’un hasard, peut-être que non. Chose certaine, les représentants des forces armées indonésiennes (TNI), en particulier ceux qui étaient basés à Timor, éprouvent peu d’affection pour les Australiens. Après tout, ce sont souvent ceux-ci qui se sont révélés les plus critiques des exactions de l’armée indonésienne, notamment après le coup d’État du 30 septembre 1965. De plus, c’est le contingent australien qui a dirigé les opérations de l’ONU à Timor en septembre 1999, alors que les TNI ont progressivement été évincées de leur chasse gardée territoriale. Faut-il enfin rappeler que les unités des TNI sont affectées à long terme à un territoire donné, ce qui leur permet de mettre celui-ci en coupe réglée, tant en y développant leurs propres entreprises qu’en y pratiquant la corruption systématique, voire le pillage organisé.
Depuis la chute de Suharto en 1998, le caractère territorial de l’armée indonésienne a été largement remis en question, tous ses éléments, à tous les échelons, y résistant farouchement, refusant de se passer du lucratif partage des prébendes qui les ont tellement enrichis par le passé. Cette résistance passe par la provocation délibérée, le financement et l’organisation d’actions violentes apparemment anarchiques, toutes choses qui leur permettent de se déclarer indispensables au maintien de l’ordre. Parmi les régions réclamant un meilleur partage des ressources locales avec le centre javanais, il faut compter la province d’Aceh, où les TNI multiplient les provocations, contribuant ainsi à radicaliser le mouvement indépendantiste local (GAM) et donc à le rendre de plus en plus susceptible d’être infiltré par les réseaux terroristes, d’autant plus qu’Aceh est, de loin, la province la plus musulmane du pays; il y a aussi Bali, dont la population, à majorité hindouiste, et les dirigeants en ont assez de verser à Jakarta et à l’armée l’essentiel des profits issus du tourisme, principale activité économique de l’île.
Certes, rien de cela ne démontre une quelconque implication des TNI ou de l’une de ses unités dans le drame balinais, dont les suites nuisent déjà tant à l’ensemble du pays et en particulier à son ouverture sur le monde. Mais il demeure évident que la lutte contre les réseaux terroristes ne pourra que reposer sur une implication et une collaboration accrues des forces armées et des forces de police, ce qui pose déjà problème. Une chose est certaine, la condamnation des réseaux terroristes et la lutte qui doit leur être menée devront s’appuyer sur une implication directe, explicite et très active des milieux musulmans modérés, encore largement majoritaires en Indonésie. Sans cela, ils seront eux-mêmes débordés par le fondamentalisme musulman et par son bras terroriste, dont bien des dirigeants ne sont pas indonésiens, les « connexions » arabe et moyen-orientale apparaissant de plus en plus évidentes. Et il leur faut rappeler que leurs faux frères violents n’en ont que faire de l’islam proprement dit, étant plutôt animés par la haine et la soif de pouvoir, ce qui semble bien être le cas du Jemaah Islamiyah.
Sur ces questions, il faut lire le livre tout à fait remarquable publié il y a quelques mois par Rohan Gunaratna, Inside Al Qaeda. Global Network of Terror (Allen and Unwin, Londres, 2002). Que l’on me permette de traduire et de citer ici la dernière phrase de ce livre : « La plupart des musulmans, tout comme les tenants d’autres religions, désirent vivre en paix et dans l’harmonie. Mais ceux-ci n’appuierontla campagne mondiale contre le terrorisme et la participation de leurs propres dirigeants qu’à condition que le reste du monde s’active à lutter aussi contre bien d’autres problèmes et non pas contre le seul terrorisme. »
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  AHUJA V. et al. (dir.), Everyone’s Miracle? Revisiting Poverty and Inequality in East Asia, World Bank, Washington, 1997.
·  ANDERSON B., The Spectre of Comparisons: Nationalism, Southeast Asia and the World, Verso, Londres, 1999.
·  CAYRAC -BLANCHARD F., L’Armée et le pouvoir en Indonésie, L’Harmattan, Paris, 1993.
·  CHARRAS M. et FRANCK M., Quarante Ans d’introversion en Indonésie. L’éclipse de toute une région, in CAYRAC -BLANCHARD F., DOVERT, S. et DURAND F., Indonésie : un demi-siècle de construction nationale, L’Harmattan, Paris, 2000, p. 69-105.
·  COMPAGNON D., « La corruption en Asie du Sud-Est : mesure du phénomène, variables explicatives et politiques anticorruption », Revue internationale de politique comparée, vol. 4, n° 2,1997, p. 333-359.
·  CROUCH H., The Army and Politics in Indonesia, Cornell University Press, Ithaca, 1978.
·  –, « Patrimonialism and Military Rule in Indonesia », World Politics, 31,1979, p. 571-587.
·  DE KONINCK R., « Le monde malais devant l’influence japonaise », Choix, n° 2,1971, p. 65-77.
·  –, « Aceh ou le retour d’un bastion de l’Islam en Indonésie », Hérodote, n° 52,1988, p. 45-56. –et MC GEE T., « Du miracle économique à la crise financière en Asie du Sud-Est : érosion des acquis sociaux et retour de la pauvreté ?», Revue internationale de politique comparée, 2001, vol. 8, no 3, p. 519-533.
·  ESCAP, « Economic and Social Commission for Asia and the Pacific », State of Urbanization in Asia and the Pacific, United Nations, New York, 1992.
·  FAU N. et NUR Y., « Le pari des triangles de croissance Sijori et IMT-GT », Hérodote, n° 88,1998, p. 125-140.
·  HILL H., The Indonesian Economy in Crisis. Causes, Consequences and Lessons, Institute of Southeast Asian Studies, Singapour, 1999.
·  LEIFER M., Dictionary of the Modern Politics of Southeast Asia, Routledge, Londres, 1995.
·  LIDDLE R., « Indonesia in 1999. Democracy Revisited », Asian Survey, vol. 40, n° 1,2000, p. 32-42.
·  –, « Indonesia in 2000. A Shaky Start for Democracy ?», Asian Survey, vol. 41, n° 1,2001, p. 208-220.
·  LOMBARD D., Le Carrefour javanais, 3 vol., EHESS, Paris, 1990.
·  –, « Une autre “Méditerranée” dans le Sud-Est asiatique », Hérodote, n° 88, La Découverte, 1998, p. 184-193.
·  MALLET V., The Trouble with Tigers. The Rise and Fall of South-East Asia, HarperCollins, Londres, 1999.
·  MASON A. et BAPTIST J., How Important are Labor Markets to the Welfare of Indonesia’s Poor, Policy Research Working Paper, World Bank, Washington, 1996.
·  MC GEE T. G., The Southeast Asian City, G. Bell & Sons, Londres, 1967.
·  MORGAN J. R. ET VALENCIA M. J. (dir.), Atlas for Marine Policy in Southeast Asian Seas, University of California Press, Berkeley, 1983.
·  NUR Y., « L’île de Batam à l’ombre de Singapour », Archipel, 2000, n° 59, p. 145-170.
·  ONU (Organisation des Nations unies), Annuaire des statistiques mondiales de l’énergie, diverses années, ONU, New York.
·  ONU (Organisation des Nations unies), Yearbook of International Trade Statistics, diverses années, ONU, New York.
·  PAIN M., « Politique de peuplement. Transmigration et migrations spontanées au centre des débats », Hérodote, n° 88,1998, p. 26-61.
·  RAILLON F., Indonésie. La réinvention d’un archipel, La Documentation française, Paris, 1999.
·  RUF F. et GÉRARD F. (dir.), Agricultures en crise. Population, matières premières et ressourcesnaturelles en Indonésie. 1996-2000, CIRAD-Karthala, Paris, 2001.
·  WHITTEN A., DAMANIK S. J., ANWAR J. et NAZARUDDIN H., The Ecology of Sumatra, Gadjah Mada University Press, Yogyakarta, deuxième édition, 1987a.
·  WHITTEN A., MUSLIMIN M. et HENDERSON G. S.; The Ecology of Sulawesi, Gadjah Mada University Press, Yogyakarta, 1987b.
·  WIEBE F., Measuring Poverty in Indonesia : Identifying the Poor Un der Heterogeneous Conditions, thèse de doctorat non publiée, Food Research Institute, Stanford University, Stanford, 1996.
·  WORLD BANK, Indonesia : Stability, Growth and Equity in Repelita VI, Indonesia Resident Mission, Jakarta, 1994.
 
NOTES
 
[*] Rodolphe De Koninck est titulaire de la chaire des études asiatiques à l’université de Montréal. Il tient à remercier Claire G. Daigle, Geneviève Guimont, Andrée Gauthier et Marc Miller. En mission en Asie du Sud-Est au moment de l’attentat de Bali, l’auteur nous a adressé une lettre reproduite en fin du présent article qui était de rédaction antérieure.
[1] En langue indonésienne, nusantara signifie archipel. En français, le néologisme « nousantara » et sa forme adjective « nousantarien » sont courants parmi les observateurs de l’Indonésie, en particulier les animateurs de la revue Archipel.
[2] Plusieurs observateurs pensent qu’en réalité, en l’an 2000, la population de l’Indonésie s’élevait à près de 210 millions.
[3] Comme l’a si bien souligné Denys Lombard [ 1990, I, p. 14].
[4] Lombard [ 1998].
[5] Sur la richesse écologique, voir en particulier Whitten et al. [ 1987a et b] et Morgan et Valencia [ 1983].
[6] Le pays qui assemble depuis 1963 la Malaisie péninsulaire et la majeure partie du nord de Bornéo a pris Malaysia comme désignation officielle.
[7] La transmigration indonésienne a représenté « le plus vaste programme de colonisation agricole qui fut organisé dans le monde », tant par les effectifs de population et les budgets concernés que par la logistique et la nature archipélagique des déplacements [Pain, 1998, p. 29]. Bien qu’elle ait été officiellement interrompue, les migrants « spontanés » continuent à affluer vers les fronts pionniers, souvent pour y être engagés comme travailleurs agricoles par les sociétés développant des plantations.
[8] Selon McGee [ 1967] et ESCAP [ 1992], il serait passé de 14,9% à 30,6%.
[9] Selon Ahuja [ 1997, p. 6]. Certes, comme le soulignaient Mason et Baptist en 1996, il s’agit là de chiffres officiels, sujets à caution. Pourtant, plusieurs sources semblent en corroborer la fiabilité [Wiebe, 1996]. Le nombre des pauvres a sans doute recommencé à croître depuis le déclenchement de la crise en 1997 [De Koninck et McGee, 2001].
[10] Far Eastern Economic Review, 13 mai 1999, p. 30.
[11] DeKoninck [ 1988].
[12] Moitié occidentale de la grande île de Nouvelle-Guinée.
[13] Leifer [ 1995, p. 101]. On reviendra sur les conséquences de ce coup d’État à propos des relations sino-indonésiennes.
[14] Sur la place des militaires dans la gestion du pays, voir en particulier Crouch [ 1978] et Cayrac-Blanchard [ 1993].
[15] Sur cette question de la corruption, voir entre autres Crouch [ 1979], Compagnon [ 1997] et Mallet [ 1999, p. 153].
[16] Acronyme anglais de l’Association of South-East Asian Nations. Son équivalent français (ANASE) n’est guère usité.
[17] Par le passé, une large part des échanges commerciaux réalisés entre l’Indonésie et Singapour n’était pas comptabilisée officiellement. L’augmentation officielle de ces échanges est peut-être en bonne partie imputable à une comptabilité désormais un peu plus transparente.
[18] Sur cette question, voir en particulier Fau et Nur [ 1998].
[19] Nur [ 2000].
[20] Il faut souligner que l’Australie compte peu comme destination migratoire indonésienne. Ainsi, au cours de l’année financière 1999-2000, parmi les quelque 92 000 immigrants accueillis par l’Australie, les Indonésiens ne comptaient que pour moins de 3 000, loin derrière les Néo-Zélandais (près de 22 000), les Britanniques ( 9 000), les Chinois ( 7 000), les Sud-Africains ( 6 000) les Indiens ( 5000) et les Philippins (>3 000). Voir le site web du Australian Department of Immigratrion and Multicultural Affairs.
[21] Sur cette question, voir Charras et Franck [ 2000].
[22] Acronyme de l’Asia Pacific Economic Cooperation.
[23] Sur cette question, voir De Koninck [ 1971].
[24] Far Eastern Economic Review, 1970, nos 39 et 50.
[25] Department of General Statistics, Planning Ministry, Saudi Arabia, 2001; Arab News, Jeddah, 15 février 2002.
[26] Soit 3200 dollars pour le Haj de février 2002.
[27] Au XVIIe siècle, des esclaves furent amenés des Indes néerlandaises vers la colonie hollandaise alors installée à l’extrémité méridionale de l’Afrique.
[28] L’Indonésie entretient des relations diplomatiques officielles avec quelque 80 autres pays.
[29] Ne sont pris ici en considération que les consulats indonésiens dûment constitués, à l’exclusion des consulats honoraires, dont le nombre s’élève actuellement à près de 50, dont quatre au Brésil !
[30] On pense ici aux suites du contre-coup d’État du 30 septembre 1965. On pourrait aussi penser aux massacres perpétrés au Timor-Oriental lors et à la suite de son intégration forcée au territoire indonésien en 1975-1976, tout comme à la suite du référendum du 30 août 1999.
[31] Rapport annuel 2000, p. 43.
[32] Cette expression désigne la sagesse commune au FMI, à la Banque mondiale et aux grandes banques new-yorkaises et européennes qui se dégage des réunions annuelles des deux premiers, tenues en 1997 et 1998. Voir notamment les articles de R. WADE et F. VENEROSO, sur le site web de la Russell Sage Foundation.
[33] Le FMI s’est associé un Consultative Group on Indonesia (CGI), qui rassemble la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement (BAD) et les pays prêteurs, Japon en tête.
[34] Voir, notamment, le Far Eastern Economic Review, 19 août 1999, p. 8-12, ainsi que Hill [ 1999] et le site web du FMI : http :// www. fmi. org/
[35] En doublant pratiquement le solde encore inutilisé du premier crédit.
[36] Sous le contrôle d’une Commission permanente anticorruption, pour ces dernières.
[37] La fille de Sukarno, le leader de l’indépendance, chassé du pouvoir en 1965-1966.
[38] Far Eastern Economic Review, 17 janvier 2002, p. 26.
[39] En 1975-1976, lorsque l’Indonésie avait intégré par la force le Timor-Oriental à son territoire, elle en avait fait sa 27e province. À la suite du référendum de septembre 1999, où les Timorais ont voté en faveur de l’indépendance, le nombre des provinces était revenu à 26. Quatre provinces supplémentaires ont été découpées à même les anciennes (figure 1, nos 3,4,6 et 19). De plus, l’ancienne immense province d’Irian Jaya a été segmentée en Irian Jaya Ouest, Central et Est, malgré les revendications de nombreux Papous qui réclament l’autonomie, voire l’indépendance, pour ce qu’ils appellent Papua Barat, la Papouasie occidentale.
[40] Far Eastern Economic Review, 13 mai 1999, p. 30.
[41] Sur cette question, voir Lombard [ 1990, vol. 2, chapitreII], intitulé « Les éléments moteurs de l’islam javanais », p. 77 à 130. Voir aussi Raillon [ 1999, p. 40-42].
[42] Lombard [ 1990, II, p. 123].
[43] Far Eastern Economic Review, 27 septembre 2001. Voir aussi les éditions du même périodique datées du 13 décembre 2001 et du 31 janvier 2002.
[44] Sur cette question, voir Liddle [ 2000 et 2001].
[45] Ruf et Gérard [ 2001].
[46] À laquelle souscrit d’ailleurs Benedict Anderson [ 1999], l’un des observateurs les plus chevronnés et les plus sages de la scène indonésienne.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[*]
Rodolphe De Koninck est titulaire de la chaire des études a...
[suite] Suite de la note...
[1]
En langue indonésienne, nusantara signifie archipel. En fra...
[suite] Suite de la note...
[2]
Plusieurs observateurs pensent qu’en réalité, en l’an 2000,...
[suite] Suite de la note...
[3]
Comme l’a si bien souligné Denys Lombard [ 1990, I, p. 14]. Suite de la note...
[4]
Lombard [ 1998]. Suite de la note...
[5]
Sur la richesse écologique, voir en particulier Whitten et ...
[suite] Suite de la note...
[6]
Le pays qui assemble depuis 1963 la Malaisie péninsulaire e...
[suite] Suite de la note...
[7]
La transmigration indonésienne a représenté « le plus vaste...
[suite] Suite de la note...
[8]
Selon McGee [ 1967] et ESCAP [ 1992], il serait passé de 14...
[suite] Suite de la note...
[9]
Selon Ahuja [ 1997, p. 6]. Certes, comme le soulignaient Ma...
[suite] Suite de la note...
[10]
Far Eastern Economic Review, 13 mai 1999, p. 30. Suite de la note...
[11]
DeKoninck [ 1988]. Suite de la note...
[12]
Moitié occidentale de la grande île de Nouvelle-Guinée. Suite de la note...
[13]
Leifer [ 1995, p. 101]. On reviendra sur les conséquences d...
[suite] Suite de la note...
[14]
Sur la place des militaires dans la gestion du pays, voir e...
[suite] Suite de la note...
[15]
Sur cette question de la corruption, voir entre autres Crou...
[suite] Suite de la note...
[16]
Acronyme anglais de l’Association of South-East Asian Natio...
[suite] Suite de la note...
[17]
Par le passé, une large part des échanges commerciaux réali...
[suite] Suite de la note...
[18]
Sur cette question, voir en particulier Fau et Nur [ 1998]. Suite de la note...
[19]
Nur [ 2000]. Suite de la note...
[20]
Il faut souligner que l’Australie compte peu comme destinat...
[suite] Suite de la note...
[21]
Sur cette question, voir Charras et Franck [ 2000]. Suite de la note...
[22]
Acronyme de l’Asia Pacific Economic Cooperation. Suite de la note...
[23]
Sur cette question, voir De Koninck [ 1971]. Suite de la note...
[24]
Far Eastern Economic Review, 1970, nos 39 et 50. Suite de la note...
[25]
Department of General Statistics, Planning Ministry, Saudi ...
[suite] Suite de la note...
[26]
Soit 3200 dollars pour le Haj de février 2002. Suite de la note...
[27]
Au XVIIe siècle, des esclaves furent amenés des Indes néerl...
[suite] Suite de la note...
[28]
L’Indonésie entretient des relations diplomatiques officiel...
[suite] Suite de la note...
[29]
Ne sont pris ici en considération que les consulats indonés...
[suite] Suite de la note...
[30]
On pense ici aux suites du contre-coup d’État du 30 septemb...
[suite] Suite de la note...
[31]
Rapport annuel 2000, p. 43. Suite de la note...
[32]
Cette expression désigne la sagesse commune au FMI, à la Ba...
[suite] Suite de la note...
[33]
Le FMI s’est associé un Consultative Group on Indonesia (CG...
[suite] Suite de la note...
[34]
Voir, notamment, le Far Eastern Economic Review, 19 août 19...
[suite] Suite de la note...
[35]
En doublant pratiquement le solde encore inutilisé du premi...
[suite] Suite de la note...
[36]
Sous le contrôle d’une Commission permanente anticorruption...
[suite] Suite de la note...
[37]
La fille de Sukarno, le leader de l’indépendance, chassé du...
[suite] Suite de la note...
[38]
Far Eastern Economic Review, 17 janvier 2002, p. 26. Suite de la note...
[39]
En 1975-1976, lorsque l’Indonésie avait intégré par la forc...
[suite] Suite de la note...
[40]
Far Eastern Economic Review, 13 mai 1999, p. 30. Suite de la note...
[41]
Sur cette question, voir Lombard [ 1990, vol. 2, chapitreII...
[suite] Suite de la note...
[42]
Lombard [ 1990, II, p. 123]. Suite de la note...
[43]
Far Eastern Economic Review, 27 septembre 2001. Voir aussi ...
[suite] Suite de la note...
[44]
Sur cette question, voir Liddle [ 2000 et 2001]. Suite de la note...
[45]
Ruf et Gérard [ 2001]. Suite de la note...
[46]
À laquelle souscrit d’ailleurs Benedict Anderson [ 1999], l...
[suite] Suite de la note...
INDONÉSIE. LES PROVINCES EN 2001
INDONÉSIE. LES PRINCIPALES LIAISONS AÉRIENNES INTERNES
INDONÉSIE. LE COMMERCE EXTÉRIEUR EN 2000
INDONÉSIE. LES REPRÉSENTATIONS DIPLOMATIQUES