2003
Hérodote
Lectures
Hérodote a lu
Laurent CARROUÉ, Géographie de la mondialisation, Armand Colin, 2002, 254 pages.
D’entrée de jeu, Laurent Carroué déclare
que « la mondialisation repose d’abord et
avant tout sur la mise en relation de différents ensembles géographiques. On peut
donc affirmer que la mondialisation est,
d’abord, l’interconnexion complexe de territoires diversifiés. [...] Nous définissons la
mondialisation comme le processus historique d’extension progressive du système
capitaliste dans l’espace géographique
mondial » (p. 4). C’est, écrit Laurent Carroué, « un phénomène très hiérarchisé [...].
Un phénomène instable et conflictuel. [...] Un
processus producteur de profondes inégalités » (p. 5). La mondialisation peut être étudiée par les géographes à la fois comme la
maîtrise de l’espace par les différents acteurs
(États, sociétés, entreprises) et comme la
valorisation différenciée et sélective des
différents territoires par le capital dans un
cadre concurrentiel. « Il n’y a aucun télescopage des différents niveaux d’échelles
géographiques [...] qui ne peuvent être circonscrites au seul couple local/global. L’organisation transnationale s’insère dans une
valorisation emboîtée des différentes échelles
géographiques » (p. 8). Je suis tout à fait
d’accord, en préférant pour ma part me
référer non pas à de grandes ou petites
échelles (ce qui fait l’objet de malentendus
classiques dans l’opinion), mais à des
ensembles spatiaux qui relèvent dans la
réalité des différents ordres de grandeur.
Après avoir traité dans le chapitre 1,
« Continuités et ruptures historiques et
géographiques », du « rôle des États et des
organismes internationaux » et d’un « nouveau régime d’accumulation financière »,
Laurent Carroué consacre un grand chapitre 2 aux « firmes transnationales », un
chapitre 3 à « l’explosion des échanges et
de la logistique » et un chapitre 4 à « la
mondialisation des marchés et des facteurs
de production », et il choisit pour ce faire
de nombreux exemples concrets traduits
en termes cartographiques. Il en est de
même dans le chapitre 5, « Territoires et
transnationales ». Sa démarche conduit à
une réflexion géopolitique (chapitre 6) sur
« les dynamiques territoriales entre intégration et fragmentation ».
En conclusion, Laurent Carroué affirme
que « sous les désordres apparents du
monde [...] la mondialisation est un système
hégémonique [...]. Sa première caractéristique est d’être une construction systémique
des rapports mondiaux à la fois totale, totalisante et asymétrique ». Il considère que
« la résistance des territoires [représente]
des limites à la mondialisation » et que
la gestion des contradictions actuelles
« devrait conduire à une nécessaire refondation ». Au total, un ouvrage fort intéressant qui permet d’y voir plus clair et qui
démontre l’efficacité des raisonnements
géographiques.
Y. L.