2003
Hérodote
Les rapports sino-américains
Passé, présent, futur
Général Henri Eyraud
Les rapports sino-américains sont sans conteste, pour la Chine, la relation la
plus importante avec le monde extérieur. Pour les États-Unis, ils sont également
devenus prioritaires en Asie et dans le Pacifique.
Pourquoi cette prédominance ? À Washington, on constate que la Chine de
1,3 milliard d’habitants monte en puissance depuis bientôt vingt-cinq ans et
qu’elle a de grandes ambitions, une volonté politique d’indépendance et d’affirmation nationale. L’Europe, le Japon, la Russie, l’Inde, le Brésil, voire le monde
arabo-musulman, ont d’autres atouts et faiblesses, mais aussi certains handicaps,
économiques ou politiques, plus graves.
Vus du côté chinois, les États-Unis apparaissent comme le modèle de référence
dans l’échelle de la puissance économique, financière, technologique et militaire.
La Chine a besoin, pour se développer, d’échanges avec l’Amérique, de coopération
et d’aide américaine dans la plupart des domaines. Elle craint toujours, en même
temps, que les États-Unis ne veuillent limiter son progrès et contenir son expansion. Une tendance en ce sens existe, naturellement, aux États-Unis.
Ces observations ne sont pas nouvelles. Les États-Unis et la Chine ont eu en
effet des relations spéciales depuis le milieu du XIXe siècle. La partie chinoise
hésitait déjà entre imitation et rejet de l’Amérique, entre admiration et méfiance,
tandis que le côté américain mêlait des envies de domination et de répulsion, de
partenariat et de containment. En cent ans, les États-Unis avaient forcé l’ouverture
du Japon (en 1854) et s’étaient installés aux Philippines (en 1898), tout en restant,
jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, plus réservés que les Européens à l’égard du
continent chinois. Très présents pourtant en Chine, ils ont souvent préféré à cette
époque s’aligner derrière la Grande-Bretagne, en particulier dans les Concessions
internationales, plutôt que d’afficher leur puissance croissante.
Mais l’histoire est riche en surprises. L’Amérique avait contraint le Japon à
s’ouvrir : il allait revenir au Japon de forcer les États-Unis à s’engager fortement
en Asie. Depuis Pearl Harbour (décembre 1941), Washington est militairement
actif en Extrême-Orient, et y joue les premiers rôles. Devenus maîtres du Pacifique
et de l’Asie insulaire à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les Américains ont
voulu, tout au long de la seconde moitié du XXe siècle, jouer en même temps les
arbitres entre les camps nationalistes et communistes et les garants du statu quo
dans toute l’Asie orientale. Cette politique les a menés à des revers en Chine et au
Vietnam, mais a assuré la sécurité du Japon et de la Corée du Sud depuis 1945.
Quatre phases en soixante ans
À partir du tournant majeur de 1941, les relations sino-américaines traversent
quatre phases successives, très différentes les unes des autres.
De 1941 à 1950, Washington veut à la fois soutenir le Kuomintang de Ch’iang
Kai-shek et s’imposer comme médiateur entre ce dernier et l’armée-parti communiste de Mao Zedong. Mais on ne peut guère être à la fois l’arbitre et l’allié puissant d’une des parties. Le régime du Kuomintang, alors corrompu et déconsidéré,
est vaincu dans la guerre civile de 1946-1949. Cette phase, défensive, se terminera
par un échec. La Chine continentale tombe entre les mains de Mao, alors que
Ch’iang et le KMT se réfugient à Taïwan.
Il s’ensuivra, de 1950 à 1972, une rupture presque complète des relations entre
les États-Unis et la Chine continentale. C’est l’époque de l’endiguement (containment) et des guerres en Asie de l’Est. Dans la péninsule coréenne ( 1950-1953),
l’attaque du Nord contre le Sud, suscitée par Staline et soutenue à grand prix par la
Chine populaire, aboutit au rétablissement de la frontière antérieure, divisant pour
longtemps les deux Corées détruites. Aussi désastreuse, la guerre du Vietnam ( 1965-1975) amènera Nixon à choisir finalement le retrait des forces américaines sur
leurs positions insulaires et péninsulaires, Japon, Philippines, Australie, Pacifique.
Pendant vingt-deux ans, les diplomates américains et chinois ne se parlent
qu’épisodiquement et sur des sujets mineurs, à Genève d’abord, à Varsovie
ensuite. Ces contacts excluent toute vision d’avenir, toute négociation importante
entre Washington et Pékin. Pendant une quinzaine d’années, en revanche, l’aide
économique et technique américaine, ainsi que la protection de la VIIe Flotte,
permettent le décollage de Taïwan.
Entre 1972 et 1991, la guerre froide et la réflexion stratégique amènent un
rapprochement sino-américain face à l’Union soviétique. La « doctrine de Guam
[1] »
énoncée par le président Nixon en juillet 1969 s’appuie sur une reprise de relations normales avec l’immense Chine. En 1969 aussi, la querelle sino-soviétique a
provoqué six mois de combats frontaliers. Mao et Zhou Enlai considèrent alors
l’URSS comme l’adversaire principal et l’« impérialisme américain » comme beaucoup moins menaçant à court terme. Plusieurs émissaires de Mao (dont Edgar
Snow en décembre 1970) font savoir à Nixon que l’on veut parler sérieusement. Le
voyage secret de Henry Kissinger à Pékin (juillet 1971) ouvre la voie. Nixon se
rend en Chine en février 1972 et signe le « communiqué de Shanghai », rétablissant
des relations diplomatiques partielles, qui deviendront complètes en janvier 1979.
C’est un coup de tonnerre dans la région, en particulier pour Moscou et pour
Taipei, mais aussi pour le Japon, la Corée, l’Inde et bien d’autres pays. Les relations américano-taïwanaises vont bien sûr en souffrir, malgré l’adoption en 1979
par le Congrès du
Taiwan Relations Act, qui conforte la sécurité de l’île. Pékin,
pour sa part, cherchera longtemps à enfermer Washington dans ses engagements
des « trois communiqués » (de 1972,1978-1979 et de 1982)
[2]. Pionnière sur ce terrain, la France du général de Gaulle avait montré le chemin en janvier 1964, sans
toutefois en tirer un bénéfice autre que global. L’antagonisme sino-soviétique
apparu en 1960 et porté à son maximum d’intensité dans ces années-là ( 1966-1972) déclinera ensuite pour prendre fin en 1985-1986, dès l’arrivée au pouvoir à
Moscou de Mikhaïl Gorbatchev.
Avec la fin de la guerre froide, depuis 1985-1989 – et encore plus depuis 1992 –,
une phase nouvelle devait évidemment s’ouvrir avec la disparition de la menace
soviétique ressentie simultanément à l’Ouest et à l’Est. Les États-Unis et la Chine
populaire n’ont plus d’ennemi commun. L’effondrement de l’URSS – remplacée
en Asie par une Russie provisoirement très affaiblie, une Mongolie abandonnée à
elle-même et les nouveaux États d’Asie centrale – change les données stratégiques. À la fin de 1978 en outre, la Chine de Deng Xiaoping se lance dans une
politique de réforme et d’ouverture : la réforme de l’économie administrée et
l’ouverture (économique) vers les États-Unis, le Japon et l’Europe occidentale
vont favoriser les relations. Entre l’Amérique et la Chine, certains intérêts restent
conflictuels, d’autres désormais convergent. Les deux pays progressent dès
lors entre incidents et négociations, crises et compromis, « engagement » et
containment. Des deux côtés, comme il est normal, existe une tendance méfiante
et hostile à l’égard de l’autre, critiquant les responsables gouvernementaux
contraints à plus de modération.
À partir de 1992, la Chine confirme une orientation résolue vers l’économie de
marché, tout en conservant son régime de parti unique. Les dirigeants de Pékin
font ainsi, consciemment, l’inverse de ce qu’avait fait Gorbatchev. Cette stratégie
de développement semble peu à peu acceptée par l’Occident, favorisant ainsi des
rapports sino-américains plus maîtrisables.
La Chine monte en puissance ( 1992-2002)
En Chine, les années quatre-vingt-dix (et au moins jusqu’en mars 2003) sont
dominées, après Deng Xiaoping, par deux personnalités : Jiang Zemin, numéro un
du parti, des armées et de l’État depuis 1989, et le réformateurmacro-économique
Zhu Rongji, vice-Premier ministre chargé de la modernisation depuis 1991 et
Premier ministre de 1998 à 2003. Le premier a un profil de politicien habile, le
second, de réformateur énergique et parfois brutal.
Dans les rapports avec les États-Unis, Jiang Zemin a toujours esquivé ou limité
le plus possible les affrontements. Il a préféré une « diplomatie de grande puissance » posant la Chine en pays responsable discutant d’égal à égal avec la super-puissance américaine. Dans la direction du parti communiste chinois, le courant
de gauche opposé à ces attitudes est resté minoritaire. Le Premier ministre Zhu,
pour sa part, a favorisé indirectement les relations sino-américaines par son
réalisme économique et sa volonté réformatrice. C’est lui notamment qui a le plus
voulu l’adhésion de la Chine à l’OMC, conçue à la fois comme l’entrée dans la
cour des grands et le moyen le plus sûr de forcer les structures bureaucratiques
et économiques chinoises à accepter des réformes indispensables. Depuis 1997 et
surtout depuis 1999, Jiang et Zhu semblent avoir trouvé un accord entre eux pour
conduire la modernisation économique tout en réduisant à peu de chose les
réformes politiques et en maintenant le pouvoir du parti unique. L’œuvre de Deng
Xiaoping a été poursuivie fidèlement jusqu’en 2002, tant dans ses principes ou
orientations que dans le choix des principaux dirigeants au pouvoir.
La réorientation économique de la Chine a connu trois temps forts depuis
décembre 1978. Le premier, sept ans avant Gorbatchev, est la ligne de « réformeouverture » qui a occupé toutes les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.
Il s’agissait d’une part d’assouplir et de déconcentrer l’économie planifiée, dont
l’échec était patent dans tout le camp socialiste, et de l’autre de développer les
rapports économiques avec les pays riches dans l’intérêt de la Chine. On commença
donc à accroître l’autonomie de gestion des autorités provinciales et des directions
d’entreprises, à libéraliser en partie les marchés et, dans les zones rurales, à passer
du système collectiviste des communes populaires à celui de « responsabilité
familiale », proche d’un système de fermage-métayage. À l’extérieur, on va orienter
l’économie chinoise vers les Chinois du Sud-Est asiatique
[3], le Japon, les États-Unis et l’Europe occidentale en vue d’attirer leurs investissements accompagnés
de transferts de technologies. On vise aussi à ouvrir ces marchés riches aux exportations chinoises et à stimuler la délocalisation massive des industries de maind’œuvre de toute l’Asie orientale vers les côtes de Chine, notamment vers les
« zones économiques spéciales ».
Le deuxième temps fort commence en 1992. Il est lié à l’éclatement de l’Union
soviétique et du camp socialiste officialisé en décembre 1991. Dès janvier 1992,
au cours de ce qu’on a appelé le « voyage dans le Sud », Deng Xiaoping veut provoquer une accélération du changement. Il impose le concept – tout à fait hérétique à l’époque – d’« économie socialiste de marché ». On tiendra compte, encore
longtemps, de l’héritage socialiste, mais le but est désormais d’aller vers l’économie
de marché. Deng rencontre des résistances, mais il trouve aussi les hommes
capables de faire avancer les choses en ce sens, en particulier Zhu Rongji. En
même temps, Deng pousse à la croissance maximale par tous les moyens et quels
que soient les effets pervers. « Devenir riche », « accepter des inégalités » sont des
slogans de cette époque. On prescrit à tous les Chinois de faire de l’argent. On
pousse dans le même sens le parti, l’armée, la police, les ministères et la justice
elle-même. Cela provoque une ébullition généralisée et une croissance globale à
deux chiffres dans les années 1993,1994 et 1995. Naturellement, il y a le revers
de la médaille : montée dangereuse de l’inflation, flux migratoires massifs vers les
villes et vers les côtes, détournements de fonds publics et corruption généralisée.
Zhu Rongji va prendre la responsabilité d’un freinage en 1995 et 1996. Il réussira
à maîtriser l’inflation et à ramener les structures civiles et militaires à leurs missions propres, mais la corruption, la « population flottante », la délinquance et la
criminalité persistent.
Le troisième temps fort de la politique de réforme se situe après la mort de
Deng Xiaoping (janvier 1997). Il s’agit, à partir de 1998, de réformer les entreprises d’État (industrie et services, plus de 100 millions de salariés) et d’intégrer
la Chine à l’économie mondiale la plus avancée, notamment par l’adhésion à
l’OMC. Il faut en même temps s’attaquer à d’autres problèmes de grande taille :
débarrasser les quatre principales banques d’État de leurs créances douteuses,
organiser un nouveau système de protection sociale, limiter la disparité de
croissance entre les provinces côtières et l’intérieur de la Chine, sauver l’environnement et maîtriser la pénurie d’eau dans le nord du pays. Le coût social des
restructurations est à la dimension de la population chinoise : on a licencié 44 millions de salariés en quatre ans entre 1997 et 2000 inclus, dont la moitié environ se
recase, mais parfois de façon précaire. Le climat social en Chine est donc marqué
par de nombreux incidents, tous couverts aujourd’hui par la censure de la presse.
Les réformes et le boom économiques en Chine sont donc des réalités frappantes depuis plus de vingt ans. Si on peut parler de « réforme autoritaire
[4] », c’est
que tout ce qui touche à l’instabilité sociale et aux tensions politiques, normales
dans un tel contexte, est enfermé dans la pensée unique et le secret de la direction
du parti, qui impose à tous un contrôle facilement répressif. Pour diverses raisons,
les dirigeants chinois sont convaincus que le monopole de pouvoir du parti reste
indispensable à la modernisation de la Chine. Il est vrai que ce pays est menacé
par des forces centrifuges sous-jacentes et n’a pas de tradition démocratique, au
sens occidental de ce terme. Les provinces les plus avancées prennent des libertés.
La nouvelle classe moyenne qui émerge détourne volontiers les yeux des problèmes politiques et sociaux environnants. Les expatriés étrangers résidant en
Chine encore plus. Les « dissidents » chinois résidant en Chine sont neutralisés par
le pouvoir. Les « dissidents » en exil semblent trop loin et trop divisés entre eux
pour exercer la moindre influence sur l’évolution de leur patrie. Bien que l’économie et la société chinoises se libéralisent peu à peu, le système politique – élections villageoises (sans réels pouvoirs) mises à part – est en réalité aussi rigide
aujourd’hui qu’avant 1989. Plus encore que les événements de Tian’anmen,
l’exemple de Mikhaïl Gorbatchev en URSS a montré aux dirigeants de Pékin ce
qu’il ne fallait pas faire s’ils voulaient rester au pouvoir
[5].
À la fin de l’an dernier, en prévision du XVIe Congrès du parti, le Bureau national
des statistiques a publié un rapport sur le progrès économique et social en Chine
entre 1990 et 2002. Ces chiffres sont évidemment flatteurs pour Jiang Zemin et
Zhu Rongji. Mais le progrès global est vérifiable. Son produit intérieur brut (PIB)
plaçait la Chine au dixième rang mondial en 1990, alors qu’elle est aujourd’hui au
sixième rang. Le PIB actuel, soit 9600 milliards de yuan ( 1170 milliards de dollars
américains, taux officiel) est le double de celui d’il y a treize ans. Les échanges
extérieurs de la Chine (import et export) sont passés de 115,4 à 509,8 milliards
d’USD. Les réserves en devises, de 5,5 milliards à plus de 250 milliards d’USD.
Le total des investissements étrangers (à 96 % directs) de cette période s’est
monté à 510,8 milliards de dollars. Ils assureraient environ 40 % de la croissance
officielle du PIB.
Malgré des limites visibles (masse de la Chine, difficulté à contrôler les cadres
locaux, limites de l’adhésion populaire, etc.) et des effets pervers importants
(détournements et corruption sous diverses formes, délinquance et criminalité,
flux migratoires massifs, disparités et inégalités), jusqu’ici le dynamisme économique et technique est au rendez-vous, au moins pour une part importante de la
population. La croissance et la modernisation peuvent continuer et avec elles le
besoin d’une bonne tolérance et d’une coopération importante des États-Unis.
Essor et échec du constructive engagement
Bill Clinton est devenu président des États-Unis en janvier 1993, dans la perspective d’après-guerre froide. L’éclatement du camp socialiste et la dissolution de
l’Union soviétique s’étaient déroulés en trois ans, de 1989 à 1991. Beaucoup
d’Occidentaux croyaient alors à un triomphe immédiat et universel de leurs
valeurs : économie de marché, démocratie pluraliste et droits de l’homme. C’était
oublier le poids des cultures, les différences de l’histoire et la nécessité de transitions. L’ex-monde socialiste et l’ex-tiers monde allaient s’aligner tant bien que
mal, par nécessité, sur l’économie de marché. Mais la démocratie et les droits de
l’homme mettaient très vite en jeu les structures sociales et les pouvoirs et c’était
une autre affaire. De fortes réactions allaient s’organiser, notamment en Asie en
1993, en s’appuyant sur le nationalisme et le concept de « valeurs asiatiques
[6] ».
En Chine, la réaction immédiate de Deng Xiaoping à la dissolution de l’Union
soviétique (décembre 1991) avait été triple : choix de l’économie (socialiste) de
marché, recherche du taux de croissance le plus élevé possible et décision de maintenir le monopole de pouvoir du parti communiste le plus longtemps possible.
Il fallut près d’un an au vieux dirigeant chinois, de son « voyage dans le Sud »
(janvier 1992) au XIVe Congrès du parti communiste (novembre de la même
année) pour imposer ces choix audacieux à une bureaucratie réticente. Les
rapports sino-américains allaient s’inscrire dans ce schéma nouveau, créé à la fois
par l’effondrement du camp socialiste, la réussite des économies ouvertes en Asie
orientale, et par la détermination chinoise à passer rapidement d’un système économique à l’autre.
1993-1994 : Bill Clinton cherche une politique chinoise
Ainsi, lorsque Bill Clinton arrive au pouvoir, en janvier 1993, l’envolée économique chinoise, déjà sensible depuis une douzaine d’années, s’accélère de façon
spectaculaire, mais sans évolution des institutions politiques. Or le candidat Clinton
s’intéressait peu à la politique étrangère et n’avait pas de politique chinoise bien
définie. Critiquant la « complaisance » de George Bush (père) pendant la campagne de 1992, il promettait seulement de donner priorité aux droits de l’homme
sur les intérêts économiques américains en Chine. En réalité, le nouveau président
allait découvrir à la fois le poids des intérêts américains sur le marché chinois et la
difficulté d’influer sur les dirigeants communistes de Pékin. La pression des lobbies
industriels, les attaques du Congrès et la rudesse du partenaire chinois allaient
l’obliger à changer de cap.
Un premier tournant apparut en effet dès le 1
er juin 1993, avec le renouvellement « sous conditions » en faveur de la Chine de la clause de la nation la plus
favorisée (MFN, ou aujourd’hui NTR
[7]), contrairement aux récents engagements
électoraux. Un deuxième changement se révéla en septembre suivant, lorsque
Clinton proposa le premier « sommet » des chefs d’État ou de gouvernement de
l’APEC
[8] à Seattle et décida de donner toute priorité à sa réussite.
Du coup, Washington déclenchait, dès août 1993, une vague de contacts sinoaméricains de haut niveau. Ministres et directeurs venus de Washington se succédèrent à Pékin, parfois en même temps ou avec des objectifs contradictoires. La
première rencontre Jiang Zemin-Clinton, à Seattle (novembre 1993), ne devait
pourtant servir qu’à conforter l’image du président chinois.
Le 1er juin 1994 – troisième tournant –, l’administration démocrate renouvelait, sans conditions cette fois, la clause MFN en faveur de la Chine, renonçant en
fait à défendre sérieusement les droits de l’homme dans ce pays. Le nouvel objectif majeur était la pénétration industrielle et commerciale du marché chinois.
L’heure était à d’ambitieux contacts entre le secrétaire à la Défense William Perry
et les industriels américains intéressés, avec les chefs militaires chinois.
L’intérêt était en même temps politique. Au moment où Deng Xiaoping allait
s’effacer, en effet, l’administration américaine se demandait qui seraient les successeurs stables, peut-être après une lutte pour le pouvoir à Pékin. Une idée s’imposa
alors à elle : de toute façon, les chefs militaires chinois en feraient partie. En
octobre 1994, on installa la « Commission mixte sino-américaine pour la reconversion de l’industrie de défense en Chine », sous la coprésidence du secrétaire à la
Défense William Perry et du président de la COSTIND, Ding Henggao
[9]. Les
industriels américains de défense connaissaient l’intérêt de ce type de structure
favorisant des rencontres et des échanges périodiques sur les transferts de technologies. Ils en avaient fait l’expérience depuis longtemps, sous des formes voisines,
au Japon et en Corée.
1995-1996 : de l’indécision à la crise
Cette avancée prometteuse ne devait cependant pas résister bien longtemps
aux attaques des adversaires de Clinton. Au lendemain de la victoire républicaine
aux élections de mi-terme (en novembre 1994), l’administration Clinton est sur la
défensive. Il lui faut composer avec les initiatives anti-Pékin du nouveau
Congrès : amendement favorable à l’indépendance du Tibet, critiques sur le
manque de contrôle des transferts de technologies sensibles vers la Chine, visa
accordé au président taïwanais Lee Teng-Hui en juin 1995, etc.
Le sujet (évolution vers la reconnaissance internationale de Taïwan) était très
délicat. La question de Taïwan reste en effet constamment au centre des relations
stratégiques sino-américaines. Aussi, en pleine crise de succession à Pékin, les
surenchères nationalistes se déchaînèrent alors à propos de la « réunification ».
Les dirigeants communistes étaient alarmés par l’évolution politique de l’île, ainsi
que par la diplomatie officieuse de Taipei et sa recherche d’un statut international.
Il en résulta une tension durable, avec plusieurs démonstrations de force par
l’Armée populaire de libération (APL) chinoise : exercices interarmées dans
le détroit de Taïwan et tirs de missiles balistiques (à tête inerte) en juillet et
septembre 1995; reprise, plus menaçante encore, de ces démonstrations en
mars 1996, lors des premières élections présidentielles au suffrage direct organisées à Taïwan. La tension devint assez sérieuse en cette dernière occasion pour
que le président Clinton ordonne l’envoi dans les parages de deux groupes aéronavals, autour des porte-avions Independence et Nimitz. Il faisait ainsi, à son corps
défendant, une belle démonstration de containment de la Chine.
Les relations sino-américaines étaient brusquement plongées dans une crise
et se détérioraient sur divers sujets. Les désaccords sur les droits de propriété
intellectuelle
(copyrights) et sur les « textiles
[10] » rebondissaient, aboutissant à
des menaces de sanctions douanières et de représailles qui auraient fait mal aux
deux parties. Le Congrès, à majorité républicaine, multipliait alors ses attaques
contre la politique chinoise de Bill Clinton. Appréhendant la montée en puissance
d’une Chine communiste hostile, il reprochait au président d’y contribuer par ses
changements de cap, sa faiblesse dans les négociations bilatérales et son laxisme
en matière de transferts de technologies sensibles. Certains républicains voyaient
là, en outre, un thème efficace et porteur à moyen terme dans la bataille politique
intérieure contre leurs adversaires démocrates. Six mois avant les élections de
novembre 1996, le secrétaire à la Défense William Perry était contraint de mettre
fin à la Commission mixte sino-américaine pour la reconversion de l’industrie de
défense chinoise créée en octobre 1994.
La politique de constructive engagement
Soudain, en mai et juin 1996, les rapports sino-américains revinrent pourtant
au calme. Les Chinois gelaient temporairement toute leur politique à l’égard de
Taïwan et fermaient quelques usines spécialisées dans la contrefaçon de disques
compacts. Washington renonçait à ses sanctions, proposant au contraire un
échange de visites des chefs d’État au cours des deux prochaines années.
Depuis longtemps, les deux pays tentaient discrètement de faire un pas l’un
vers l’autre dans le domaine de la non-prolifération. Le principal différend
concernait la vente chinoise au Pakistan d’anneaux magnétiques destinés à
l’usine d’enrichissement d’uranium de Kahuta. Soudain, la Chine reconnut implicitement cette fourniture, en l’attribuant à l’initiative d’une entreprise ayant agi
deson propre chef. Pékin s’engageait en même temps à s’abstenir dans l’avenir de
fournir une aide à des installations nucléaires non contrôlées par l’AIEA
[11]. Les
États-Unis annonçaient une entente pour des consultations sino-américaines sur
les politiques nationales de non-prolifération et leur application pratique. Un
« langage commun avait été atteint », permettant une « consultation continue sur
les contrôles à l’exportation ».
En fait, Bill Clinton et Jiang Zemin avaient tous deux besoin, pour des raisons
intérieures, de calmer les frictions sino-américaines. L’un était en campagne à six
mois de sa réélection, l’autre manœuvrait entre des écueils pour confirmer sa
primauté après la mort de Deng Xiaoping. Le président américain prit l’initiative.
Début juillet, le conseiller à la Sécurité nationale Anthony Lake, porteur d’une
lettre présidentielle, se rendit dans la capitale chinoise afin de repousser à plus tard
toutes les difficultés et toutes les échéances bilatérales. La mission d’Anthony
Lake était de proposer à Pékin deux développements positifs : tous les sujets
de désaccord (Taïwan, prolifération, excédent commercial, droits de propriété
intellectuelle et artistique, respect des engagements à Hong Kong, droits de
l’homme, etc.) feraient l’objet de négociations patientes, évitant tensions et
menaces; les deux parties établiraient un programme d’échange de visites à tous
niveaux et dans tous les domaines.
Quels que soient ses réflexes de méfiance, la direction chinoise ne pouvait
qu’accepter d’emblée ces deux développements. Le premier élargirait sa marge de
manœuvre dans les négociations sino-américaines. Le second conforterait la
position personnelle de Jiang Zemin en politique intérieure et ferait de la Chine
un partenaire privilégié des États-Unis. Chinois et Américains tombèrent donc
d’accord sur un plan de visites majeures, autour duquel s’ordonnerait leur dialogue stratégique : invitation à Pékin du secrétaire d’État Warren Christopher, qui
aurait auparavant rencontré son homologue Qian Qichen à Jakarta au cours de
l’été; visite aux États-Unis du ministre de la Défense Chi Haotian, en réciprocité
de la venue en Chine en octobre 1994 du secrétaire à la Défense d’alors, William
Perry; visite du vice-président Al Gore en Chine au début de 1997; visites d’État
du président Jiang Zemin aux États-Unis en 1997 et du président Bill Clinton en
Chine en 1998.
Le dialogue stratégique
En fait, le dialogue sino-américain allait se développer sous de multiples
formes au cours du dernier trimestre 1996 et du premier trimestre 1997. Du point
de vue militaro-stratégique, le contact le plus important de cette période semble
bien avoir été la tournée de deux semaines faite aux États-Unis par le viceprésident de la Commission militaire centrale (CMC) et ministre de la Défense chinois
Chi Haotian, du 3 au 18 décembre 1996. Il était accompagné par les principaux
responsables militaires concernés en cas de menace américaine
[12].
Le programme incluait des rencontres avec le général John Shalikashvili, président du comité des chefs d’état-major, William Perry, secrétaire à la Défense, et
plusieurs de ses prédécesseurs, ainsi qu’avec le président Bill Clinton et des autorités du Conseil national de sécurité et du Département d’État. Les Chinois partici-pèrent à une discussion au CSIS. Chi Haotian put exposer la politique chinoise de
sécurité devant la National Defense University, ce qu’il fit sans aucune précaution
diplomatique. La délégation chinoise visita successivement des éléments de l’US
Air Force et de l’US Navy à Norfolk (Virginie), l’Air Force University à Maxwell
AF Base (Alabama) et des forces terrestres du 3e Corps à Fort Hood (Texas). Une
démonstration et un débat technique sur la vérification du traité d’interdiction des
essais nucléaires eut lieu au Cooperative Monitoring Center, Sandia Lab. à Albuquerque (Nouveau-Mexique). Enfin, la délégation chinoise passa trois jours à
Honolulu, avec l’amiral Prueher, commandant en chef du Pacifique (CINCPAC).
Ce programme permit aux Américains de faire une démonstration et de lancer
deux messages. La communauté du renseignement avait en effet conclu de la
crise dans les détroits de Taïwan, en mars 1996, qu’une partie des dirigeants politiques et militaires chinois sous-estimait gravement la puissance des armes américaines et la volonté au sommet de s’en servir en cas de conflit. Une telle erreur
d’appréciation à Pékin pouvait être dangereuse en cas de nouvel affrontement
dans l’avenir.
Le Pentagone avait donc décidé d’impressionner ses hôtes par la masse des
armements modernes exposés et le niveau technique avancé de leurs personnels.
À une étape de sa visite, par exemple, la délégation chinoise survola à basse altitude sur dix kilomètres un alignement de blindés, d’hélicoptères et de divers
armements modernes. D’autres étapes permirent de montrer aux hôtes chinois des
moyens de renseignement technique, de C 4i
[13], ou de vérification des accords
stratégiques.
Le premier message américain était implicite : il s’agissait, tout au long de la
visite, de donner aux responsables chinois une « meilleure appréciation de ce qui
est réellement la plus formidable puissance militaire du monde ». Le deuxième
message était explicite au contraire. William Perry, secrétaire à la Défense, s’employa à nouveau à convaincre ses interlocuteurs chinois sur deux points : les
100 000 militaires américains prépositionnés en Extrême-Orient ne constituent
pas une force capable d’opérations offensives contre la Chine et ne sont donc pas
une menace pour la Chine; le renforcement du traité de sécurité nippo-américain
en avril 1996 n’est dirigé contre aucun pays en particulier et n’a pas transformé le
traité en une alliance offensive.
Les chefs militaires chinois n’ont pas été dupes, sans doute, mais ce qu’ils ont
vu peut leur avoir inspiré à la fois une grande prudence en cas d’affrontement
sino-américain au cours des prochaines années et une volonté de rattrapage accrue
pour l’avenir à plus long terme.
Un bilan mitigé
La politique de constructive engagement, avec ses deux aspects (volonté de
non-affrontement des États-Unis envers la Chine et échanges de visites à tous
niveaux), apportait quelques bénéfices aux deux parties.
Les Chinois avaient-ils promis – verbalement – de mettre fin à leur prolifération nucléaire et balistique en Iran et au Pakistan ? Pas tout à fait, semble-t-il. Les
Américains n’obtenaient là que des résultats limités. Pékin envisageait quelques
demi-engagements. En matière de prolifération balistique, en outre, la Chine restait sur des positions plus rigides : la fourniture au Pakistan des missiles chinois
M-11 de moyenne portée restait en balance avec les ventes américaines d’avions
F-16 et de missiles sol-air à Taïwan. Or l’esprit du Taiwan Relations Act de 1979
écarte tout marchandage de ce genre.
De même, les États-Unis avaient réitéré leur demande constante de renoncer
officiellement à l’emploi de la force contre Taiwan, et Pékin leur avait seulement
donné l’assurance qu’aucune initiative offensive ne viendrait contrecarrer les
visites réciproques des chefs d’État, prévues en 1997 et 1998. On sortait d’une
période d’affrontement entre la Chine et les États-Unis (de juin 1995 à mai 1996).
Mais aucun différend sino-américain n’avait trouvé de solution.
En revanche, le différend sino-américain sur les « textiles » finit par aboutir à
la déclaration d’intention signée à Pékin le 2 février 1997. Dans le domaine des
droits de propriété intellectuelle et artistique (copyrights) – autre sujet permanent
de friction –, il s’agissait d’amener la Chine populaire à appliquer sérieusement un
premier accord passé avec les États-Unis en février 1995. Washington dénonçait
l’activité exportatrice d’une trentaine d’usines chinoises produisant 100 millions
de CD-I et CD-ROM par an. Envoyée à Pékin à la mi-juin 1996, Charlene
Barshefsky, acting trade representative, annonçait avoir obtenu de ses interlocuteurs la fermeture de la moitié de l’industrie de contrefaçon, située en majeure
partie dans le sud de la Chine. C’était un premier résultat pourtant encore en
grande partie illusoire cette année-là.
Les dirigeants de Pékin se devaient de privilégier quelques grandes sociétés
américaines. En mars 1997, Jiang Zemin recevait un groupe de dirigeants d’IBM
et au début d’avril le président du comité exécutif de Motorola, deux multinationales plus importantes pour la Chine que les neuf dixièmes des États avec lesquels
elle a des relations diplomatiques. Le Premier ministre Li Peng de son côté poussait
à la signature de deux gros contrats, en négociation depuis longtemps, avec Boeing
et General Motors. Les big three de l’automobile américaine (Chrysler, Ford, GM)
sont désormais engagés en Chine. Dans ce pays, comme on sait, la stratégie
politique et diplomatique est souvent présente dans de telles décisions.
La politique de constructive engagement se traduisait aussi dans l’immédiat
par beaucoup de concessions américaines. Certes, la multiplication des visites de
part et d’autre partait d’un excellent principe. Mais l’affichage d’une volonté systématique de non-affrontement ne pouvait qu’affaiblir la position des États-Unis
dans les négociations de leurs différends avec la Chine, puisque celle-ci n’en faisait
pas autant.
Certaines concessions matérielles étaient faites en outre, avec discrétion. En
novembre 1996, Washington décidait d’alléger le contrôle des transferts de technologies sensibles à double usage. Le président Clinton avait déjà libéré de tout
contrôle l’exportation des ordinateurs de grande puissance dès lors que l’acheteur
présentait une carte de visite civile. Le Congrès devait s’en alarmer en 1997, la
Chine ayant rapidement acquis plusieurs dizaines de gros ordinateurs et 46 supercomputers pour ses services scientifiques et techniques d’État. Fin 1996, les technologies d’origine militaire utilisées pour les satellites commerciaux et les
moteurs d’avions étaient rendues pratiquement libres à l’export vers la Chine.
Au cours du second mandat de Bill Clinton, la politique de constructive
engagement allait pourtant s’enliser quelque peu, en particulier dans le domaine
militaire et stratégique. Certes, les échanges de visites ont continué entre les États-Unis et la Chine. Le général Shalikashvili, chairman of the joint chiefs of staff,
s’est rendu à Pékin en mai 1997 pour discuter des sujets de sécurité internationale
où il y avait blocage entre les deux nations : l’opposition américaine à l’usage de
la force dans le détroit de Taïwan; les livraisons d’armes américaines à Taïwan;
les renforcements d’alliance des États-Unis avec le Japon et l’Australie; le prépositionnement de forces américaines en Extrême-Orient; la liberté de navigation en
mer de Chine du Sud; le secret camouflant les dépenses militaires chinoises
réelles; la présence militaire américaine à Hong Kong. Le joint chief a été déçu
par ces pourparlers, particulièrement par le refus de ses interlocuteurs chinois de
lever le voile sur leurs dépenses militaires réelles et sur le développement de leurs
forces en général, comme lui-même l’avait fait.
Avec la visite officielle de Jiang Zemin aux États-Unis en 1997 et celle de Bill
Clinton en Chine en 1998, on pouvait croire que le nouveau cours des relations
sino-américaines se développait facilement. Il n’en était rien. Le bombardement
de l’ambassade chinoise à Belgrade en 1999, pendant la guerre du Kosovo, fut
ressenti en Chine comme une véritable agression. Dès lors, les dirigeants chinois,
tout en exprimant leur approbation au principe de constructive engagement, reprochent à la politique chinoise de Bill Clinton d’« avoir une double face » : d’une
part, la nécessité d’avoir des relations stratégiques et économiques avec la Chine
est impérieuse, d’autre part, l’Amérique cherchera toujours à freiner ou à s’opposer
à la montée de la puissance chinoise.
Aux États-Unis mêmes, la politique chinoise de Bill Clinton s’est heurtée
également à beaucoup de réticences, d’oppositions et de contre-attaques. L’opinion
et les grands journaux restaient, eux aussi, méfiants envers la Chine. La majorité
voulait, au minimum, voir les résultats concrets de ce qui était souvent perçu
comme une politique de concessions généreuses et unilatérales de la part des
États-Unis. Beaucoup d’Américains ont pensé que l’abandon des promesses électorales du candidat Clinton et une diplomatie américaine trop compréhensive
envers Pékin avaient abouti à une série de rebuffades, voire à des tricheries, de la
part de la Chine.
Au cours de la campagne présidentielle de 1996, Bill Clinton et Al Gore
étaient allés un peu plus loin que d’habitude dans les méthodes peu regardantes de
collecte des fonds électoraux. Côté chinois, seul le lobbying taïwanais avait
obtenu des résultats sensibles auparavant. On a des raisons de penser qu’en 1996,
pour la première fois, certains services de Chine populaire ont réussi à s’ingérer
par intermédiaires dans un processus électoral particulièrement vulnérable.
Au total, la rigidité chinoise était restée frappante sur des questions comme les
droits de l’homme, l’excédent commercial avec les États-Unis et les relations
Chine-Taïwan. Et le conflit dans le secteur des « textiles », l’existence d’une
industrie de contrefaçons de CD-ROM et de CD-I, la piraterie maritime en mer de
Chine du Sud, l’introduction frauduleuse aux États-Unis d’AK-47 et, surtout, les
soupçons d’ingérence électorale en 1996 ont été perçus comme autant de tricheries
déloyales par l’opinion publique américaine.
Avant et après le 11 septembre
L’arrivée au pouvoir du président George W. Bush allait-elle aggraver encore
ces relations détériorées ? Pas forcément. Les dirigeants communistes chinois ont
souvent eu de meilleurs rapports avec les républicains qu’avec les démocrates.
George Bush père avait une image plutôt bonne en Chine. Certes, le discours de
Washington devenait plus ferme, mais aussi plus clair. On sortait du prétendu
strategic partnership: la Chine était désormais un
strategic competitor. Et le nouveau
président affichait sa volonté de protéger le
statu quo à Taïwan « en faisant tout ce
qu’il faut » pour protéger l’île. En mai 2001, Bush décidait d’accorder à Taipei
d’importantes livraisons d’armements navals. L’incident de l’avion de surveillance
EP-3 E
[14] au large de l’île de Hainan (collision et saisie de l’appareil et de son équipage) marquait cependant des limites à ne pas franchir, de part et d’autre.
En fait, la Chine et le président Jiang Zemin lui-même souhaitaient dès l’installation de « W. » Bush une amélioration des rapports avec les États-Unis. L’adaptation de l’économie chinoise aux règles de l’OMC était une affaire difficile qui
s’étalerait sur plusieurs années, de 2002 à 2008 au moins. La modernisation et la
puissance économiques de la Chine future en dépendaient. De même, la réussite
des Jeux olympiques de 2008 devenait un grand objectif national, qui placerait la
Chine au rang des grandes nations reconnues comme telles par le monde entier. La
fierté et la volonté de réussir des Chinois de tous bords, l’ampleur et la longue
durée de la préparation, l’ambition de rassembler les délégations sportives du
monde entier, tout cela serait incompatible avec une crise permanente dans les
relations sino-américaines; encore plus avec des menaces et gesticulations militaires ou des tensions répétées dans le détroit de Taïwan.
On prêtait à Jiang Zemin l’ambition de rester devant l’histoire comme un
grand « modernisateur » et un grand « réunificateur ». Mais ces deux buts sont parfois en contradiction l’un avec l’autre. Or à chaque difficulté de ce type, Jiang a
choisi en priorité la modernisation. En réalité, depuis 1996-1997, la modernisation
de la Chine passait avant la réunification. À plus court terme en outre, Jiang voulait créer un bon climat pour le premier sommet de l’APEC qui se tiendrait à
Shanghai en octobre 2001 : la ville devait en effet recevoir à cette occasion une
réunion de chefs d’État ou de gouvernement sans précédent en Chine. Celle-ci
devait être suivie par la visite d’État du président Bush, une occasion de première
importance pour la diplomatie de Pékin. Tout nouveau président américain passe
en effet par une telle phase initiale de séduction et d’influence au contact de la
Chine. Le numéro un chinois avait aussi en tête le futur XVIe Congrès de son
parti, fin 2002, qui devait régler une relève de dirigeants très délicate. Tout cela
poussait à créer un climat harmonieux à l’extérieur et d’abord dans les rapports
sino-américains. Aussi, malgré l’incident de l’EP-3 E au printemps 2001, Pékin
s’en tenait à une attitude diplomatique et modérée.
En fait, Bush fut contraint par le 11 septembre et ses suites en Afghanistan
d’écourter son passage en Chine et de reporter sa visite officielle à février 2002
(trentième anniversaire du « communiqué de Shanghai »). La courte rencontre
Bush-Jiang à Shanghai, en marge du sommet de l’APEC, porta uniquement sur la
coopération bilatérale dans la lutte contre le terrorisme international. Bush voyant
tout sous cet angle absolument prioritaire, les points de friction en cours entre les
deux pays devenaient secondaires. Le président américain était en position de
demandeur et Jiang Zemin était comblé.
On ne s’étonnera donc pas que Pékin ait accepté d’emblée, après le 11 septembre,
d’entrer dans la grande alliance des États contre le terrorisme international menée
par les États-Unis. La Chine était mûre pour un tel choix. Ses dirigeants ont d’excellentesdispositions pour évaluer les rapports de puissance. Il fallait choisir entre un
refus qui les aurait isolés et marginalisés, et une adhésion qui mettrait la Chine
dans le courant principal et faciliterait beaucoup ses rapports avec Washington.
Ajoutons qu’à Moscou Vladimir Poutine, le premier, avait fait le même choix de
rapprochement avec l’Amérique, sans grande concertation avec Pékin. Les
Chinois surpris voulaient aussi sauver, si possible, l’Organisation de coopération
de Shanghai (OCS), une alliance encore récente et peut-être déjà dépassée
[15].
Pékin enfin espérait beaucoup faire cesser la condamnation, par le monde
occidental, de sa répression énergique du séparatisme ouighour dans la région
autonome du Xinjiang, l’ex-Turkestan chinois. Ce fut chose faite lors de la visite
à Pékin ( 25-27 août 2002) de Richard Armitage, secrétaire d’État adjoint, venu
préparer la rencontre Bush-Jiang au Texas en octobre. M. Armitage annonça à
cette occasion la décision de Washington de mettre le « Mouvement islamique du
Turkestan oriental » sur la liste des organisations terroristes ayant des connexions
avec Al Qaida. L’Amérique avait écarté jusque-là cette demande chinoise pressante. Elle allait désormais geler les avoirs des membres de ce groupe ouighour
indépendantiste.
Donnant, donnant : à la veille de cette même visite, la Chine avait publié une
réglementation des exportations de technologies relatives aux missiles que
Washington demandait en vain depuis longtemps. Elle s’était engagée à le faire
depuis novembre 2000, en signant les accords internationaux, dits MTCR (Missile
Technology Control Regime). Mais Pékin s’abritait depuis lors derrière la responsabilité de ses sociétés exportatrices, que Washington avait fini par sanctionner
dans l’été 2002, en les coupant du marché américain. Les nouvelles règles, en
24 articles, n’interdisent pas totalement les exportations en question, mais les soumettent à l’autorisation préalable et au contrôle de l’administration chinoise.
Pékin prend donc clairement la responsabilité de ces exportations sensibles.
« C’est potentiellement un pas important », ont fait savoir les Américains, qui attendent quand même d’en constater les effets sur le terrain pour lever leurs sanctions.
Ces rapprochements ne font toutefois pas disparaître les préventions
mutuelles. Les analystes américains considèrent toujours, à moyen et long terme,
la Chine comme une menace montante. Et les stratèges chinois s’inquiètent du
nouvel « encerclement » de leur pays : l’Amérique a aujourd’hui, en effet, des
alliances, des accords opérationnels ou des forces déployées en Corée, au Japon et
à Okinawa, à Taïwan, aux Philippines, en Inde et au Pakistan, en Russie et en Asie
centrale, sans parler de la maîtrise des mers, des airs et de l’espace.
La Chine deviendra-t-elle la deuxième superpuissance ?
Cette question, souvent posée, est en réalité très complexe, mais elle a le
mérite d’énoncer le problème le plus important à long terme dans les rapports de
la Chine avec le monde et avec les États-Unis
[16]. À long terme, autant dire que
toute prévision assurée est exclue. Mais on peut préciser cette question trop vaste
et apporter quelques réflexions utiles sur le sujet.
En ce début du XXIe siècle, le monde industrialisé se laisse dépasser par les
États-Unis sur les plans militaire, technologique et économique, ainsi que du point
de vue de l’ambition nationale et du poids international. Le Japon peine beaucoup
à sortir de douze ans de léthargie. L’Union européenne progresse, difficilement,
dans le domaine de l’économie et de l’élargissement à vingt-cinq États, mais pas
vers une volonté politique commune. La Russie a encore besoin de temps pour
redevenir une grande puissance. Ce déséquilibre mondial mène tout naturellement
au glissement, déjà perceptible, vers un stade renforcé de responsabilité, de leadership et de domination du monde par l’Amérique. Ce n’est pas être antiaméricain
que d’observer cette évolution : dans la lutte contre le terrorisme et le radicalisme islamiste, la surpuissance conduit Washington à préférer la responsabilité
et l’efficacité américaines à l’enlisement dans la légitimité onusienne et les
actions multilatérales.
Si l’on suppose que cette hiérarchie des puissances se prolonge, ou s’amplifie,
la Chine aura une opportunité d’atteindre le deuxième rang, à condition que sa
croissance et sa cohésion se maintiennent. Sa réussite sur ce plan, les dimensions
de son territoire et de sa population, les qualités de son peuple et son ambition
politico-économique peuvent la conduire à ce niveau. Pékin a un siège au Conseil
de sécurité de l’ONU. Les forces chinoises auront sans doute dès 2005-2010 la
supériorité dans le détroit de Taïwan, une petite capacité de frappe nucléaire en
second touchant les États-Unis et les moyens de tenir la VIIe Flotte de l’US Navy
à une certaine distance en cas de crise. N’oublions pas toutefois qu’en 2002 le
produit intérieur brut chinois est encore approximativement à 25 % de celui du
Japon et 10 % de celui des États-Unis; et que, sur vingt ans, des retournements
surprenants sont également possibles.
La croissance d’un vaste ensemble économique, comme la Chine, passe normalement par des cycles d’accélération et de ralentissement. C’est ce qu’on a
observé notamment au cours des années 1979 à 1997. La croissance récente, plus
régulière, est liée à l’abondance des investissements extérieurs directs
[17] et au
développement des exportations, ou réexportations. Les investissements étrangers
se poursuivront sans doute pendant encore quelques années, mais au-delà ? La
Chine peut-elle compter sur eux pendant vingt années ? Ce serait sans précédent,
mais sait-on jamais ? La perspective sociale et démographique dans cette période
prochaine laisse aussi prévoir une masse de 200 millions de ruraux à urbaniser et
une population active en expansion : cette main-d’œuvre jeune et facile à former
pèsera sur les salaires. Capitaux et main-d’œuvre abondants sont deux ingrédients
majeurs – nécessaires, bien que pas forcément suffisants – d’une longue poursuite
de la croissance.
La Chine en revanche doit faire face à de grands risques et à la nécessité de
grands efforts collectifs. Nous avons souligné le risque de dépendance à l’égard de
l’extérieur, qui conditionne une petite moitié de la croissance chinoise. Le risque
social aussi préoccupe les dirigeants : les restructurations d’entreprises d’État
(industrie lourde et grands services) et la transformation du secteur agricole
détruisent des dizaines de millions d’emploi. La modernisation n’en crée pas
autant, loin de là. Le climat social en est gravement détérioré. Le risque d’une
crise financière est permanent : les quatre grandes banques (d’État) chinoises
connaissent une nouvelle hausse de leurs prêts « non performants
[18] ». Elles
tiendront assez bien jusqu’en 2005, l’épargne des ménages étant en augmentation
et la concurrence des grandes banques étrangères n’étant pas encore là. Mais leur
heure de vérité viendra probablement un jour avec l’application des règles de
l’OMC. Les détériorations de l’environnement, aggravées par la masse de la
population, les disparités croissantes entre régions et les inégalités sociales également en hausse rapide, sont autant de menaces à maîtriser. L’évolution économique et sociale de la Chine – soyons réalistes – peut être marquée par divers
accidents et par certaines déceptions par rapport aux plans et aux ambitions les
plus optimistes.
La mise en place d’une nouvelle équipe dirigeante par le XVIe Congrès du parti,
en novembre 2002, ne modifie pas ces graves problèmes, ni la croissance continue
d’une partie de la Chine. Jiang Zemin contrôle encore en arrière-plan le Bureau
politique et le groupe de neuf ingénieurs de soixante ans qui forment son « Comité
permanent » – groupe qui détient le pouvoir suprême dans ce régime. Admise à
l’OMC, chargée des JO de 2008 et aussi de l’Exposition universelle de 2010 à
Shanghai, la Chine aidée par le monde riche peut trouver là de puissants stimulants.
Tout compte fait, entre 2010 et 2020, un développement économique et technique réussi pourrait bien l’aider, sur le plan stratégique du moins, à passer devant
le Japon et devant l’Union européenne. Mais cette performance exigerait aussi
que l’évolution politique préserve un minimum de stabilité. Pour des raisons
démographiques et historiques, ce changement-là est particulièrement difficile à
réussir en Chine, alors que l’immobilisme politique serait également dangereux.
Bornons-nous à dire que l’immense société chinoise ne suivra probablement
pas les modèles sud-coréen et taïwanais de la seconde moitié du XXe siècle. Ces
deux petits pays – comptant approximativement 40 et 20 millions d’habitants à
l’époque – ont eu initialement des régimes dictatoriaux ou de parti unique. Ils ont
connu un développement remarquable et une hausse régulière de leur revenu par
tête pendant trente-cinq à quarante ans, entre 1950 et 1985 notamment, avant
d’évoluer sur le plan politique vers la démocratie parlementaire à plusieurs partis
et un État de droit. Le progrès économique avait provoqué une augmentation du
niveau de vie et d’éducation et la formation progressive d’une classe moyenne. Le
passage à la démocratie s’est enclenché lorsque cette classe moyenne a dépassé la
moitié de la population et atteint des revenus moyens annuels de l’ordre de 5000
à 6000 euros.
Ce qu’on observe en Chine populaire est assez différent jusqu’à maintenant.
La classe moyenne en gestation, dont les revenus augmentent, représente moins
d’un quart de la population totale
[19]. Les anciens pauvres, les sans-travail et autres
oubliés de la croissance, également
[20]. Plus de la moitié de la population chinoise,
enfin, a connu jusqu’à maintenant des conditions générales un peu meilleures
qu’auparavant, mais peu ou pas d’augmentation de revenu individuel
[21]. Malgré
toutes les mesures prises par le gouvernement chinois, ces écarts ne cessent de
croître. C’est ce qu’on peut appeler le schéma « un quart-une moitié-un quart »
dans l’évolution des revenus moyens en Chine continentale. Un quart de satisfaits,
qui forment la classe moyenne émergente, une grosse moitié dont les revenus par
tête augmentent peu, un quart d’oubliés ou de victimes de la croissance.
Ce schéma socio-démographique peut se maintenir et s’accentuer au cours des
dix à vingt prochaines années, dans une population de 1,4 milliard en 2010 et de
1,5 milliard entre 2020 et 2025 (ayant encore un certain élan de croissance)
[22].
Dans ce long terme, la Chine pourrait donc avoir une nouvelle classe moyenne de
300 à 400 millions, à revenu par tête en hausse, tirant l’économie vers le haut. Une
grande partie du monde ressentira l’existence et le dynamisme de ce qui sera une
des plus grandes sociétés de consommation du monde. Mais la Chine aura probablement aussi quelque 300 millions d’anciens et de nouveaux pauvres et une
énorme moitié de population à développement relativement lent.
Cette structure démographique et sociale prévisible aura quelques conséquences politiques : changement de la base sociale du pouvoir et de son idéologie,
tensions internes dans une Chine à deux vitesses, etc. Cette situation demandera le
maintien d’un régime autoritaire plutôt qu’un système démocratique de type occidental. L’adaptation du régime au changement social, facteur d’un certain progrès
des mœurs politiques, sera tentée à l’intérieur du parti unique et en vue de maintenir celui-ci au pouvoir, plutôt que par l’abandon du système. Le legs idéologique
de Jiang Zemin – les « trois représentations
[23] » et l’admission dans le parti communiste d’une nouvelle élite économique – amorce ce type d’évolution.
C’est dans ce cadre assez probable que l’on peut tenter d’imaginer avec réalisme
les relations sino-américaines futures. On doit certes poser plusieurs hypothèses et
envisager d’autres scénarios : celui de l’enlisement du régime, celui de la prépondérance des forces centrifuges et, plus optimiste, celui d’une démocratisation
réussie. Depuis une dizaine d’années, on observe des éléments de chacun de ces
scénarios dans l’évolution de la Chine. Mais on constate surtout la vigueur
du schéma que nous privilégions ici : la montée en puissance dans une certaine
continuité
[24].
Les États-Unis doivent donc envisager comme probable la percée en Asie
d’une Chine d’un milliard et demi d’habitants, conservant un régime assez autoritaire, résolument indépendant bien que souple sur le plan tactique, visant la suprématie régionale et poursuivant de grandes ambitions nationales à long terme. Une
crise, ou des crises, entre les États-Unis et la Chine sont prévisibles si les deux
pays veulent l’un conserver, l’autre conquérir la prédominance en Asie orientale.
Mais la Chine aura, assez longtemps encore, besoin de l’Amérique. Elle continuera à craindre le retour des États-Unis à une stratégie de containment, technologique, géographique et politico-militaire basé sur Taïwan et sur la supériorité
américaine en armements « hi-tech ». Avec un peu de savoir-faire – et de chance –,
les deux grands pays maîtriseront leur rivalité, trouveront des compromis temporaires et finiront par gagner du temps et s’adapter l’un à l’autre.
[1]
Dans un discours prononcé à la base américaine de Guam, le président Nixon annonçait
une nouvelle stratégie en Asie orientale : retrait sauf exception hors du continent, sur les bases
insulaires et en Corée. Cette stratégie allait mener à la fin de la guerre du Vietnam et à un
rapprochement avec la Chine populaire.
[2]
Les « trois communiqués » sont celui de Shanghai (février 1972) sur le rétablissement
partiel de relations diplomatiques, celui de décembre 1978 sur les relations diplomatiques
complètes à partir du 1er janvier 1979, et celui d’août 1982 sur la réduction progressive et conditionnelle des ventes d’armes américaines à Taïwan.
[3]
« Chinois d’outre-mer » ou « compatriotes », les Chinois du Sud-Est asiatique sont estimés
à l’époque à 27 millions, plus 6 millions à Hong Kong et 22 millions à Taïwan : au total 55 millions d’hommes et de femmes en général plus formés et plus riches que la moyenne des Chinois
du continent.
[4]
Henri EYRAUD,
Chine, la Réforme autoritaire, Jiang Zemin et Zhu Rongji, Éditions Bleu
de Chine, Paris, 2001.
[5]
Andreï GRATCHEV,
Le Mystère Gorbatchev, Éditions du Rocher, Paris 2001.
[6]
Conférences de Bangkok en avril et de Vienne en juin 1993 – cette dernière organisée par
l’ONU sur les droits de l’homme. Une cinquantaine de gouvernements asiatiques firent front
avec un certain succès en contestant l’universalité des « valeurs occidentales ».
[7]
Most favored nation ou
normal trade relations, clause qui garantit à un pays partenaire
les meilleures conditions commerciales accordées à d’autres. Exceptionnellement, envers la
Chine, le Congrès imposait alors le renouvellement de cet avantage commercial chaque
année.
[8]
APEC : Asia Pacific Economic Cooperation, groupement souple des pays riverains de
l’océan Pacifique, favorisant les échanges économiques entre eux.
[9]
COSTIND : Commission scientifique, technique et industrielle de la défense nationale,
dirigeant l’industrie de défense chinoise.
[10]
Vaste catégorie recouvrant les tissus, vêtements, tapis, cuirs, etc.
[11]
Agence internationale de l’énergie atomique.
[12]
La délégation chinoise comprenait en particulier le chef d’état-major général adjoint
Xiong Guangkai (affaires stratégiques, Taïwan, renseignement militaire), le nouveau commandant de l’armée de l’air Liu Shunyao, le commandant de la Région militaire sud (Canton) Tao
Bojun, le directeur adjoint du département général logistique Wang Tailan, le commandant
adjoint de la marine (et ex-chef du département équipement de l’EMG) He Pengfei, le
commandant adjoint de la seconde artillerie (missiles balistiques stratégiques et tactiques)
Zhao Xijun, ainsi qu’un assistant du ministre des Affaires étrangères, Yang Jiechi, et un du
bureau des Affaires extérieures de la Défense, Zhan Maohai.
[13]
Ce sigle désigne les systèmes opérationnels, à base de télécommunication et d’informatique, permettant au commandement de rassembler et de traiter l’information, de contrôler la
situation et de diffuser des ordres.
[14]
Avion américain de surveillance maritime équipé de senseurs photographiques et électroniques. Des appareils de ce type font régulièrement des patrouilles en mer, au large des côtes
de la Chine.
[15]
Créé à partir de 1996, le groupe de Shanghai rassemblait la Russie, la Chine, le
Kazakhstan, le Kirgkizstan et le Tadjikistan, auxquels s’est joint plus récemment l’Ouzbékistan.
Il prit le nom d’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), mais l’objet reste d’abord de
réprimer les mouvements indépendantistes islamiques en Asie centrale ex-soviétique et
chinoise. La coopération doit s’élargir progressivement. La coalition autour de l’Amérique
contre le terrorisme international concurrençait dangereusement l’OCS.
[16]
Le long terme envisagé ici est la période comprise entre 2010 et 2020.
[17]
Depuis 1992, la Chine mobilise à peu près la moitié des investissements étrangers
directs (FDI) du monde riche dans le monde en développement. Le total aurait dépassé, de 1990
à 2001,500 milliards de dollars américains.
[18]
C’est-à-dire non ou mal remboursables. 27% des prêts totaux selon Pékin, 44% selon le
consensus des experts étrangers.
[19]
Environ 200 millions de personnes, soit environ 15% en 2000-2001. Voir les chiffres et
les sources dans
Chine, la Réforme autoritaire, op. cit., chapitre 12, p. 140-143.
[20]
Mêmes références que ci-dessus (p. 144-145). Cette catégorie était évaluée en privé à
environ 250 millions de personnes (ou 19%).
[21]
Selon le Bureau national des statistiques (octobre 2002), le revenu par tête des résidents
en zones rurales avait atteint 2 366,4 yuan (= 300 dollars américains au taux officiel) pour
l’année 2001. Ce revenu moyen de 70 % de la population aurait été multiplié par 2,9 depuis
1989. En pouvoir d’achat, on peut l’estimer
grosso modo à 700 ou 800 dollars.
[22]
Références dans
Chine, la Réforme autoritaire,
op. cit., chapitre12.
[23]
Les « trois représentations » : le parti communiste doit représenter « les forces de la productivité les plus avancées », « les forces culturelles les plus avancées » et les intérêts de la
majorité du peuple. Autrement dit, le parti doit d’appuyer sur les chefs d’entreprises privées ou
sino-étrangères, les ingénieurs, scientifiques, experts et intellectuels, l’élite de la nouvelle classe
moyenne en formation.
[24]
Description de ces scénarios dans une étude prospective faite par l’auteur en 1994, sous
le titre
China, Thinking the Possible Futures, AEI, Washington DC.