2004
Hérodote
Colombie : le rôle de la drogue dans l’extension territoriale des FARC-EP ( 1978-2002)
Alain Labrousse
[*]
C’est à partir de la VIIe Conférence
nationale des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), en 1982, que
les profits tirés de la drogue sont devenus
un élément de la stratégie du contrôle du
territoire et de la prise de la prise du pouvoir de cette guérilla rurale. Cela impliquait
non seulement de percevoir un impôt sur les
cultures illicites en échanged’une protection
fournie aux paysans constituant sa base
sociale, mais également de tisser des liens
avec les narcotrafiquants. Cette stratégie a
eu des effets contrastés: d’une part elle a permis une croissance importante de l’organisation, mais de l’autre a entraîné des conflits
très violents avec les trafiquants et leurs
alliés, les paramilitaires d’extrême droite. De
nerf de la guerre, la drogue est devenue un
de ses enjeux. Elle s’est surtout révélée très
dommageable pour l’image des FARC, tant
aux yeux de la population colombienne que
de la communauté internationale.
Colombia: The Role
of Drugs in the Territorial Expansion of the
FARC-EP Rebels ( 1978-2002)
Ever since the 7th Conference of the
Revolutionary Armed Forces of Colombia
(FARC) in 1982, the profits obtained from
drugs have played an important role in the
rural guerrilla movement’s strategy of territorial control and power seizure. This has
implied not only taxing illicit crops in
exchange for protection to the farmers, the
rebels’ social basis, but also maintaining a
relationship with drug traffickers. This strategy has had contrasted results: on the one
hand it has allowed the FARC to grow significantly; but on the other hand it has led to
extremely violent conflicts with the traffickers and their allies— the far-right paramilitary militias. Illicit drugs, once the sinews of
the war in Colombia, thereby became one of
its stakes. Drugs also greatly tarnished the
image of the FARC with the Colombian
population and the international community.
« Il est nécessaire de réaffirmer que les FARC-EP n’ont aucun
rapport, quel qu’il soit, avec les narcotrafiquants. Elles rejettent tout
contact avec eux par principe et pour des raisons éthiques. Cela parce
que ce serait incompatible avec la démocratie et la vie citoyenne et
parce que ces activités génèrent, entre autres, la corruption, l’impunité, la criminalité, la décomposition sociale mais aussi parce
qu’elles affectent, en premier lieu, la jeunesse dans le monde
[1]. »
Atelier, « Le narcotrafic en Amérique latine et dans les Caraïbes ».
Présentation de la Commission internationale des FARC-EP,
San José de Costa Rica, 18-19 juillet 1997
[2].
« Il n’y a aucun doute que les FARC continuent à être une guérilla ayant des motivations politiques, mais on ne peut pas non plus
faire l’impasse sur le fait que les finalités sont inséparables des
méthodes utilisées et que ces dernières n’ont cessé de se dégrader
[3]. »
Daniel PÉCAUT,
Midiendo Fuerzas,
Planeta, Bogota, 2003, p. 117.
L’existence et l’essor des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)
depuis une quarantaine d’années ont été étroitement liés au contrôle de territoires.
Il n’est pas superflu de souligner ce fait dans la mesure où cela n’a pas été le cas
pour la plupart des groupes de guérilla rurale qui sont apparus en Amérique latine
dans les années 1960
[4] [Gott, 1971]. En effet ces derniers, s’inspirant de la vision
« révisionniste » qu’a cherché à donner d’elle-même la révolution cubaine, vision
propagée en particulier par les écrits de Régis Debray [ 1966], ont mis en pratique
la théorie du
foco (foyer) à partir duquel un petit groupe de révolutionnaires résolu
parcourant les campagnes et harcelant les forces de répression était censé, par son
seul exemple, susciter le soulèvement et le ralliement des masses rurales. Au
contraire, le vocabulaire utilisé pour décrire les différentes phases du développement des FARC, non seulement par elles-mêmes mais aussi par les chercheurs
qui les ont étudiées – « républiques », « colonisation armée », « milices populaires »,
« milices bolivariennes », etc. –, suffit à suggérer l’enracinement de la guérilla
dans des territoires et au sein des populations. Certains géographes se sont efforcés d’analyser plus précisément la nature des territoires où interviennent les
FARC en distinguant par exemple « a) les zones où les FARC exercent une
influence sur la population; b) les zones de refuge; c) les régions d’où elles
extraient des ressources; d) les régions d’affrontement armé » [Reyes Posada,
1988]. On le voit, dans cette typologie, il n’existe pas à proprement parler de
« zones libérées », dans lesquelles les forces de répression ne pourraient pas pénétrer, comme ce fut le cas par exemple au Salvador dans les années 1980. Mais
dans de nombreuses régions de ce pays de jungles et de montagnes, la prise de
contrôle par l’armée de territoires difficilement accessibles requiert la mobilisation de moyens considérables et entraîne l’impossibilité de tenir longtemps le
terrain qui est réoccupé ensuite par la guérilla : « Le territoire contrôlé par la guérilla se déplace constamment, son extension ou sa contraction dépendant dans une
large mesure des phénomènes sociaux dont sont le théâtre les régions contrôlées
par l’État » [Reyes Posada, 1988, p. 9].
C’est dans un tel contexte qu’il faut s’interroger sur le rôle joué par la drogue
dans l’extension territoriale des FARC au cours des vingt-cinq dernières années de
leur existence
[5]. C’est à l’ambassadeur des États-Unis en Colombie, Lewis Tamb,
que l’on attribue le néologisme « narco-guérilla » lancé en 1986, terme qui a
connu une nouvelle fortune à la suite des événements du 11 septembre 2001 et de
la rupture des négociations de paix entre le gouvernement du président Andrés
Pastrana et les FARC en février 2002. Dans l’esprit de ses promoteurs américains
et des militaires colombiens (sous la variante de
« cartel de las FARC » ), ce
concept implique non seulement que la guérilla tire des ressources importantes de
la production et du trafic de drogues, mais qu’il existerait une sorte d’alliance
objective entre la rébellion marxiste et les narcotrafiquants pour déstabiliser le
pays. Pour tenter d’avoir une vision objective du phénomène, il convient de l’analyser dans sa dimension spatio-temporelle. En effet, les pratiques des FARC dans
ce domaine ont d’une part évolué avec le temps et d’autre part ne sont pas toujours
les mêmes pour les différents fronts (voir
infra) évoluant dans les diverses régions
de Colombie. Surtout, l’expansion territoriale de la guérilla ne repose pas sur les
seuls profits tirés du commerce des drogues. De nombreuses autres activités lui
procurent des ressources non négligeables pour armer et entretenir ses combattants :
exploitation de l’or et des pierres précieuses, enlèvements contre rançon, extorsion,
bénéfices tirés d’entreprises légales tenues par des prête-noms, etc. [Labrousse,
2001, p. 201]
[6]. Enfin, le contrôle territorial découle des relations entretenues par les
FARC avec les paysans qui cultivent le cocaïer et le pavot sur de vastes territoires.
L’histoire de la guérilla communiste remonte à la guerre civile, connue sous le
nom de « La Violence », qui s’est déroulée entre 1948 et 1953 et passe pour avoir
fait de 200 000 à 300 000 morts [Pécaut, 1988]. Cette guerre civile a fait suite à
l’assassinat du leader du Parti libéral, de tendance progressiste, Jorge Eliecer
Gaitán, en 1948, et a mis aux prises les deux grands partis traditionnels, Libéral et
Conservateur [Molano, 2000]. Le Parti communiste, qui était à cette époque entré
en crise et qui n’avait, semble-t-il, pris aucune part au déclenchement de la guerre
civile, mit à profit cette situation d’anarchie pour organiser de petits groupes de
paysans en armes. La première et la plus fameuse des « républiques » communistes fut Marquetalia, fondée en 1949, à la limite des provinces du Tolima et du
Huila, dans la Cordillère centrale. Elle abritait 4000 personnes sur 3000 kilomètres
carrés. Son chef était Pedro Antonio Marín, plus connu sous les pseudonymes de
Marulanda ou Tiro Fijo (« Qui ne manque pas sa cible »), transfuge du Parti libéral
devenu communiste et qui, aujourd’hui, à plus de soixante-dix ans, est toujours
à la tête des FARC. Les autres républiques étaient Río Chiquito, Sumapaz, Ariari
et Guayabero.
À partir de 1954, l’armée attaqua ces bastions communistes qui offrirent une
résistance acharnée durant trois ans. Lorsque la résistance s’avéra impossible, le
Parti communiste encadra des « marches » de paysans armés (d’où le concept de
« colonisation armée ») qui descendirent des montagnes vers les régions amazoniennes, en particulier dans les départements du Meta et du Guaviare qui n’étaient
occupés que par quelques tribus indiennes dispersées. Il s’agit de régions de forêt
ou de brousse où la présence de l’État est quasi inexistante. Le cas du département
du Guaviare est particulièrement intéressant parce qu’il constituait au milieu des
années 1990 un des bastions des FARC et la plus importante région de culture de
coca ( 30 000 hectares) et de production de cocaïne
[7]. « Ces colonisations armées,
dirigées par des organisations paysannes d’autodéfense, se caractérisent par leur
haut degré d’organisation, leur participation aux luttes agraires et leurs références
idéologiques, prises chez des leaders progressistes et surtout les communistes
[8]. »
Ces phénomènes se retrouvent dans les années 1970. « Dans les départements
de l’Arauca, du Casanare, du Meta et du Caquetá, la répression de l’État contre le
mouvement paysan et l’utilisation de milices armées par des latifundistes ont
poussé les colons dans les bras de la guérilla » [Reyes, 1988]. La criminalisation
de toute opposition (Statut de Sécurité 1978) fait qu’ils ont été rejoints par de
nombreux étudiants, intellectuels et ouvriers. La présence des FARC garantit au
paysan qu’il ne sera pas chassé par les éleveurs de bétail des terres qu’il a défrichées au prix de grands efforts au cours des années précédentes. Ces pratiques
expliquent la situation qui régnait dans les campagnes colombiennes au début des
années 1980 : 8000 familles de latifundistes monopolisaient 13 millions d’hectares,
alors que 800 000 familles de petits agriculteurs devaient se contenter de
4,5 millions d’hectares. La situation n’a guère évolué depuis une vingtaine
d’années : « 1,8% des propriétaires terriens possèdent 53% des terres », écrit
Daniel Pécaut [ 2003]. Seule différence notable : l’extension considérable des
domaines des narcos qui sont passés d’environ 1 million d’hectares en 1985 à 4 à
5 millions d’hectares dans les années 2000, en général les meilleures terres d’élevage [Reyes, 1997].
PNUCID, Jane's Intelligence Review. Cartographie : V. Brustlein.
Les avatars de la rencontre des FARC avec la drogue ( 1980-1987)
Au début des années 1980, lorsque la culture du cocaïer a commencé à prendre
de l’extension dans les zones contrôlées par les FARC, en particulier dans les
départements du Guaviare, de l’Ariari et du Caquetá, le premier réflexe de leurs
chefs, qui de par leur formation marxiste considéraient les drogues comme un produit de la « dégénérescence capitaliste », a été de s’opposer à leur production et à
leur trafic. Mais ils ont très vite réalisé que les cultures illicites participaient de la
stratégie de survie des paysans qui formaient leur base sociale
[9] [Ferro Medina,
2000, p. 61]. En 1980, en Colombie, 80% des cultures de cocaïers, qui couvraient
encore moins de 10000 hectares et représentaient 3,5% de la production des pays
andins, s’effectuaient dans des territoires contrôlés par les FARC. Lorsque les
paysans cueillaient la feuille de coca sur les terres de grands propriétaires, c’était
la guérilla qui fixait le montant de leurs salaires. Elle établissait aussi le prix de la
coca payée par les commerçants aux petits paysans propriétaires de leurs champs,
en échange d’un prélèvement de 7% à 10% sur le prix de vente de leur récolte.
Cet impôt,
gramaje, n’était pas appliqué aux cultures vivrières. Il a en revanche
été étendu à la pâte base de cocaïne lorsque les paysans se sont mis à la fabriquer.
La guérilla percevait également 8% du prix payé par les commerçants pour
l’achat de feuilles ou de base.
Parallèlement, les FARC ont exercé des pressions sur les agriculteurs afin
qu’ils ne se livrent pas à la monoculture du cocaïer, les trois quarts des superficies
devant être, en principe, consacrés aux productions vivrières, indispensables à la
survie de la guérilla. Simultanément, les FARC réprimaient vols et meurtres et,
surtout, prenaient des mesures rigoureuses, pouvant aller jusqu’à l’application de
la peine de mort en cas de récidive, contre les consommateurs de basuko (cigarettes imprégnées des déchets de base de cocaïne). Selon un médecin et historien
vivant dans le Caguán, lors de leur apparition dans la région, les FARC créèrent
des milices populaires appelées « autodéfense » chargées de contrôler la population et la croissance des cultures illicites [Ferro Medina, 2000, p. 63]. Ces groupes
commirent de tels abus à l’encontre du reste de la population que la guérilla dut
les éliminer (exécutant certains de leurs membres) et prendre elle-même en main le
contrôle de l’économie de la drogue à travers les impôts et la régulation du marché.
Ce contrôle social fut notablement renforcé à la suite de l’effondrement des
prix de la coca provoqué par une surproduction, en 1982-1983, qui appauvrit
beaucoup de paysans. Lorsque, à la suite de l’assassinat par les narcos du ministre
de la Justice, Rodrigo Lara Bonilla, en avril 1984, les prix de la coca s’envolèrent
à nouveau, les FARC, qui exerçaient un contrôle étroit sur les paysans dans leurs
zones d’influence, étaient en bonne position pour en tirer parti. En échange d’une
obéissance stricte aux règles qu’elle imposait, la guérilla proposait un certain
nombre d’avantages : fourniture de services (éducation, santé, crédit, etc.), monopole de l’usage de la force et administration de la justice. En somme, durant cette
première étape, les FARC se posent comme une alternative à l’État, et administrent les productions illicites comme tous les autres aspects de la vie sociale
etéconomique.
Mais, très vite, les FARC vont établir des relations, souvent conflictuelles,
avec de grands trafiquants, éléments extérieurs aux territoires qu’elles administrent. Le tournant des relations entre les narcos et la guérilla se situe entre 1981
et 1982 [Labrousse, 1996] et n’est qu’un élément d’une stratégie économique plus
large qui concerne tous les produits du secteur primaire présentant une haute
valeur ajoutée. En 1982, les FARC tiennent leur VII
e Conférence nationale dont
l’objectif est de « dresser un plan stratégique de huit ans », période estimée nécessaire à la prise du pouvoir
[10]. Déjà, à la fin des années 1970, la direction des FARC
avait fait procéder à une étude socio-économique du pays. Alors que, dans les
années 1960, elles s’étaient d’abord implantées dans les régions les plus pauvres
et les plus isolées du pays, à la fois pour y recruter des militants et pour y être à
l’abri de la répression, la politique de « dédoublement des fronts
[11] » (ils sont passés de 7 à 42 entre 1978 et 1986) pour les implanter dans les zones riches en
pétrole, or, charbon, coca et, plus tard, pavot s’accéléra à partir de la VII
e Conférence nationale. Comme le fait remarquer un observateur attentif de ce phénomène, « dans la pratique, la logique de la conquête de nouveaux territoires ne
dépend pas nécessairement de la situation sociale de leurs habitants, mais plutôt
du potentiel économique de ces zones » [Echandía Castilla, 1995]
[12]. Parmi ces
produits convoités, il n’a pas échappé à la direction des FARC que la drogue était
le plus rentable : c’est à partir de ce moment-là que le secrétariat de l’organisation
a commencé à exiger un apport financier beaucoup plus important des fronts qui
opéraient dans les régions productrices de coca; et que certains d’entre eux ont
fait mouvement vers ces régions.
En 1986, selon diverses sources, entre 2 et 3 tonnes de cocaïne étaient évacuées, chaque semaine, sur des vols de la compagnie Satena, depuis le seul aéroport de San José du Guaviare, dans le département du Meta, région contrôlée par
les FARC. Un trafic portant sur de telles quantités, dont la guérilla n’était pas productrice, suggère une collaboration avec les narcos
[13].
Si les relations des FARC ont été relativement bonnes avec le cartel de Cali et
avec des membres importants du cartel de Medellín, comme Carlos Lehder et
Pablo Escobar, après une période de collaboration elles sont devenues extrêmement conflictuelles avec un autre de ses chefs, José Gonzalo Rodríguez Gacha.
Les FARC ont accepté, moyennant finance, de protéger les laboratoires et les pistes
d’atterrissage des narcos lorsqu’ils étaient dans des zones où opérait la guérilla
et même de servir d’escorte aux trafiquants. Il arrivait d’ailleurs que de jeunes
hommes de main des narcos adhèrent aux FARC et réciproquement. Dans le cas
de Rodríguez Gacha, ce sont les FARC qui n’ont pas respecté les accords passés
avec ce parrain. Ainsi, à la fin de l’année 1983, la guérilla s’est attaquée à ses
propriétés et à ses laboratoires dans le nord-ouest du Meta
[14]. En guise de représailles, celui-ci a organisé des groupes paramilitaires dans le but de mener « des
campagnes d’extermination » contre tout ce qu’il estimait être les bases sociales
de la guérilla. Ces campagnes ont été d’une efficacité redoutable et, en 1985,
Rodríguez Gacha, en alliance avec les milices d’autodéfense des grands propriétaires terriens, a fini par chasser la guérilla de la région du moyen Magdalena.
En 1986 et 1988, les affrontements avec les groupes d’autodéfense et les narcos
ont également conduit à l’expulsion, parfois provisoire, des FARC de certains de
leurs bastions du département du Meta, telles les régions de San Martín, Granada
et Vista Hermosa. Un des membres importants des FARC nous déclarait en 1990
que les accords passés avec les narcos « étaient une erreur... Nous leur avons permis
de faire des profits qu’ils ont ensuite utilisés pour monter l’appareil militaire
chargé de nous combattre et de massacrer nos sympathisants vivant dans la légalité » [Labrousse, 1991, p. 315-316].
Négociation de paix et confrontation
avec le narco-paramilitarisme ( 1984-1990)
Le 28 mars 1984, dans la région de La Uribe, département du Meta, ont été
signés des accords de cessez-le-feu entre une délégation de la Commission de paix
du gouvernement du président Betancur et les FARC, donnant aux combattants
de ces dernières un an pour s’intégrer à la vie civile. Trois autres mouvements de
guérilla suivent la même voie quelques mois plus tard. Les affrontements ne cessent
pas pour autant, l’armée utilisant désormais systématiquement les groupes paramilitaires des propriétaires terriens pour en finir non seulement avec les FARC,
mais également avec toutes les organisations de gauche. Le laboratoire de cette
stratégie a été la région du moyen Magdalena, un fief du Parti communiste.
À partir de 1979, les enlèvements, l’extorsion et l’assassinat de personnes refusant
de collaborer avec les FARC avaient provoqué la réaction des grands éleveurs de
bétail à travers l’organisation de groupes d’autodéfense [Agudelo, 1994]. Ces derniers seront un peu plus tard intégrés et financés par les narcotrafiquants, en particulier ceux du cartel de Medellín [Labrousse, 1991]. Le phénomène des milices
privées, apparu dès le tout début des années 1980
[15], devient à partir du milieu de
la décennie un acteur central du conflit colombien [Cubides, 1999; Aranguren
Molina, 2001; Salgado Ruiz, 2002]. En septembre de 1987, le ministre de l’Intérieur, CésarGaviria, reconnaît l’existence de 140 groupes paramilitaires. À travers
l’assassinat systématique des militants communistes et des sympathisants supposés des FARC, le Parti communiste disparaît de la région et les guérilleros perdent
leur influence.
Malgré tout, les FARC, dans la logique des accords de La Uribe, en mars 1985
lancent un mouvement politique légal, l’Union patriotique (UP). Cette dernière
devait favoriser « l’émergence d’une situation insurrectionnelle dans les villes et la
conduite politique des mouvements populaires dans tout le pays pour pouvoir
accompagner les offensives des FARC dans la phase finale des huit années qu’a
duré le plan militaire [Agudelo, 1994, p. 26]. Lors des élections générales de
1986, l’UP, avec 340 000 voix (en 1982, l’ensemble de la gauche n’avait obtenu
que 140 000 voix), parvenait à faire élire 320 conseillers municipaux, 19 députés
aux parlements provinciaux et 14 membres du Congrès national.
À la fin de l’année 1986, l’UP dénonçait l’existence d’un plan d’extermination
élaboré par un secteur des forces armées, lié à de grands propriétaires terriens, à
des narcotrafiquants et à des dirigeants d’extrême droite. En 1989, plus de
1 000 membres de l’UP avaient été assassinés. C’est alors que « Pablo Escobar
offre de servir de médiateur entre l’UP, d’une part, et, d’autre part, Rodríguez
Gacha et Fidel Castaño
[16], pour qu’ils mettent un terme à la participation des
narcotrafiquants dans “la guerre sale”, en échange de quoi les FARC s’engageraient à de nouveaux accords avec les mafias » [Agudelo, 1994, p. 28]. La réponse
des FARC, peut-être parce qu’elles tiraient de toute façon l’essentiel de leurs
ressources des impôts perçus sur la production et le trafic, a été de demander à
l’UP de ne pas intervenir. Bien que cette dernière se soit déclarée « complètement
indépendante des FARC » lors de son V
e Plenum en 1987, le massacre continua et
l’on estime que plus de 3 000 membres de l’UP ont été finalement assassinés,
parmi lesquels Jaime Pardo Leal, principal dirigeant de l’organisation et candidat
présidentiel. Son successeur, Bernardo Jaramillo, accroît ses distances avec les
FARC en critiquant la notion de « combinaison de toutes les formes de lutte » et
en affirmant que « seule l’utilisation des voies démocratiques peut sauver la
Colombie ». Il sera assassiné par un tueur des Castaño, le 22 mars 1990, et l’UP se
décomposera tandis que d’autres mouvements de guérilla, comme le Mouvement
du 19 avril (M 19), se démobiliseront pour s’intégrer à la vie politique légale.
Enfin, le 9 décembre 1990, l’armée lance une grande opération militaire contre les
camps du secrétariat de l’état-major des FARC, ce qui marque la reprise « officielle » des hostilités avec ses dernières et la guérilla de l’ELN.
Les ressources financières des FARC dans les années 1990
En 1999, « la justice n’avait encore jamais fermé un compte de la guérilla dans
une banque, n’avait jamais arrêté personne chargé de gérer son patrimoine, ni
condamné une entité financière pour complicité
[17] ». Par conséquent les données
fournies par diverses sources sont de simples estimations [Thoumi, 2002]. À partir
d’informations fournies par des « repentis » et des disquettes informatiques saisies
par des services de renseignement de l’armée, la revue
Semana a publié, en
juillet 1992, une estimation des ressources des FARC pour l’année 1991. Ces dernières se seraient élevées à 140 millions de dollars. La moitié de cette somme provenait des revenus de la drogue. Les enlèvements contre rançon ( 370 pour la seule
année 1991) représentaient environ 15 millions de dollars; l’impôt sur les têtes de
bétail
(boleto) et l’exploitation des mines d’or, 5 millions de dollars chacun. Selon
le rapport d’une commission d’enquête parlementaire rendu public en 1995, les
FARC et l’Armée de libération nationale (ELN), l’autre mouvement de guérilla
d’importance en Colombie qui passait pourtant pour être moins lié à la drogue
[Labrousse, 1996, p. 391 et 397-398], se seraient mis d’accord pour harmoniser
leurs critères en matière de prélèvement sur le trafic de drogues. Les tarifs seraient
les suivants : 11000 dollars par mois pour la protection d’un laboratoire;5 dollars
par kilo de cocaïne qui en sort; 20 dollars par kilo embarqué dans un avion;
15000 dollars pour chaque avion décollant d’une piste clandestine.
L’extension considérable des cultures de coca dans la seconde partie des
années 1990, dont une part importante s’est faite au profit des FARC (voir infra),
a entraîné une augmentation sensible de leurs revenus tirés de la drogue. Le seul
commerce de la pâte base, pris en main par la guérilla (voir infra) à la fin de la
décennie, leur aurait rapporté annuellement 72 millions de dollars [Vargas Meza,
2003, p. 14] et l’ensemble des profits tirés aux différents niveaux de la production
et du commerce de la cocaïne et des opiacés, de 200 à 300 millions de dollars.
Cela a contribué à permettre un quasi-doublement des effectifs de cette guérilla
entre 1995 et 2000.
Les pourparlers de paix entre les FARC et le gouvernement Pastrana, entre
janvier 1999 et février 2002 (voir infra), ont été mis à profit par journalistes et
chercheurs pour enrichir leur connaissance à propos de cette guérilla avec laquelle
les contacts sont devenus légaux dans la zone démilitarisée ( zona de despeje, voir
infra). En particulier, deux chercheurs colombiens ont longuement interrogé
plusieurs commandants des FARC, ainsi que des dirigeants paysans et des leaders
du mouvement populaire [Ferro Medina, 2002]. Au cours de ces interviews des
dirigeants des FARC nient que leur croissance soit due aux profits tirés de la production de drogue. L’argumentation consiste à avancer qu’elles se sont développées pendant de nombreuses années sans avoir recours à la coca et que, dans
certains départements comme ceux de Córdoba et d’Urabá, leurs fronts se sont
multipliés en l’absence de cultures illicites [ ibid., p. 96]. Ensuite, leurs porteparole prétendent n’avoir de relation qu’avec les paysans et non avec les acteurs
du reste du processus de transformation et de commercialisation. Cette affirmation
est notamment contredite par l’interview d’un cultivateur et leader paysan du
département du Caguán : « Personnellement, je pense que la grande quantité
d’argent provenant du narcotrafic a joué un rôle fondamental, tant du point de vue
de l’enrichissement de la guérilla que de l’augmentation de son pouvoir militaire.
Cela est également vrai des groupes paramilitaires et d’autodéfense » [ ibid., 2002,
p. 99]. Ferro Medina remarque qu’il est possible que des narcotrafiquants qui
collaborent avec les FARC observent le développement des paramilitaires et
décident de s’appuyer désormais sur ces derniers avec lesquels ils ont davantage
d’affinités politiques.
En revanche, les crises cycliques que connaît le prix de la coca constituent un
avantage pour la guérilla, les paysans dont les revenus s’effondrent rejoignant
souvent ses rangs [ ibid., p. 100]. De même, la très forte répression qui a frappé le
mouvement cocalero (producteurs de coca) après les marches de 1996 (voir infra)
a entraîné une vague d’enrôlement dans les fronts des FARC [ ibid., p. 67]. Un
autre paysan interrogé établit un rapport entre le fait que le Bloc Sud des FARC,
qui opère dans les deux plus importants départements de production de coca, le
Caquetá et le Putumayo (où sont produites 15 tonnes de pâte de coca chaque
mois), est celui qui a obtenu les plus importants succès contre l’armée colombienne de 1996 à 1998. Les détachements des FARC de cette région peuvent
même se permettre d’apporter une aide économique aux fronts qui opèrent dans
d’autres zones.
On peut observer, au cours du temps, une tendance incontestable des FARC à
ne plus se contenter de percevoir des taxes aux différents niveaux de la production
et du trafic, mais à s’impliquer de plus en plus directement dans les activités liées
au narcotrafic proprement dit. En outre, en 1990, au moment de l’apparition dans
plusieurs zones du pays de la culture du pavot qui semble
[18] alors beaucoup plus
rentable que celle de la coca, l’état-major des FARC décide d’en entreprendre la
culture sur les terres qui sont, à travers des prête-noms, sa propriété afin de vendre
l’opium directement aux trafiquants
[19]. Un ancien dirigeant de la guérilla estime
qu’il s’agit là d’une victoire du « lobby de la drogue » à l’intérieur des FARC,
représenté par la Commission des infrastructures et certains membres de la
Commission des finances [
ibid. ]. Dans les années 1990, on observe aussi un processus de décentralisation à l’intérieur des FARC, les fronts jouissant de plus en
plus d’autonomie par rapport à la direction, ce qui explique une diversification du
type de relations avec le narcotrafic selon les régions.
La guerre pour la coca : FARC et paramilitaires
À partir de 1998-1999, un nouveau pas est franchi, les FARC décidant, dans
denombreuses régions, d’éliminer les intermédiaires
(chichipatos
[20]
) qui vont de
ferme en ferme collecter pour le compte des trafiquants la pâte base fabriquée par
les paysans. La raison mise en avant pour cette mesure est le fait que les
chichipatos pouvaient être utilisés comme informateurs par l’armée ou les paramilitaires.
Selon la plupart des observateurs [Vargas, 2003, p. 89], l’objectif des FARC est en
réalité de s’approprier la plus-value résultant du rôle d’intermédiaire entre les paysans et les gros commerçants et les trafiquants. Cela d’autant plus que la guérilla
fixe un cours de la pâte base qui est au-dessous de celui du marché ou paie avec de
simples bons de papier. Pour contrôler ces activités, les FARC utilisent des milices
composées de sympathisants « qui deviennent la colonne vertébrale de l’articulation de la guérilla avec le circuit économique de la drogue
[21] ». Ricardo Vargas
estime que cette politique autoritaire des FARC aboutit à une perte de leur légitimité et favorise la pénétration des paramilitaires
[22].
Les paramilitaires sont, contrairement aux FARC, consubstantiellement liés à
l’économie de la drogue. En effet, leur essor au milieu des années 1980 date du
financement de ces groupes dans le moyen Magdalena par les barons du cartel de
Medellín
[23]. Créés pour défendre les propriétaires terriens de l’extorsion et des
enlèvements de la part de la guérilla, leur fonction était à la fois de lutter contre
les différents groupes armés révolutionnaires (et contre les mouvements populaires censés être leur base sociale) et de protéger les laboratoires des trafiquants
qui ont assez rapidement investi dans l’achat de terres dans ces régions
[24]. Il est
donc compréhensible qu’ayant à financer une guerre sur des territoires de plus en
plus vastes, ils aient trouvé dans la drogue leur principale ressource
[25]. Les paramilitaires étant des auxiliaires de l’armée, il a fallu attendre la destruction, le
10 août 1997, d’un complexe de quatre laboratoires très sophistiqués et la saisie de
700 kilogrammes de cocaïne à Puerto Libre, au nord du département de Cundinamarca, pour que leur implication dans le trafic de drogues soit officiellement
reconnue. Le chef des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), Carlos Castaño, a
fini par reconnaître que son organisation recevait un appui financier du narcotrafic
« comme c’est le cas des guérillas » [Aranguren Molina, 2001]. Ainsi, on a pu noter
que la plus grande partie de la cocaïne réceptionnée dans les ports espagnols,
belges et hollandais provient de ports des côtes pacifique et atlantique (en particulier celui de Turbo dans l’Urabá) situés dans des territoires qui sont sous le
contrôle politique et militaire de l’AUC. Or, comme c’est au niveau des exportationsque se font les profits les plus importants, il est vraisemblable que les paramilitaires tirent des ressources plus importantes que les FARC des activités liées à
la drogue. Présents dans pratiquement tous les départements du pays, ils font une
vraie guerre de contrôle du territoire aux mouvements de guérilla pour récupérer
les régions productrices de coca qui sont leur base économique commune
[26]
[Pécaut, 2003, p. 138]. Logique circulaire : cette guerre de conquête des territoires
« à coca » est d’autant plus nécessaire que le financement du conflit entre les deux
groupes est de plus en plus coûteux.
On peut faire remonter l’origine de l’affrontement direct et généralisé pour le
contrôle des zones productrices de drogues entre les FARC et les paramilitaires
aux grandes marches des paysans cocaleros d’août et septembre 1996. Le motif
de ces manifestations était de protester contre la politique de fumigation massive
dans les zones amazoniennes déclarées par le gouvernement zones spéciales
d’ordre public (ZEOP), où l’autorité était transférée aux forces de répression par
le gouvernement d’Ernesto Samper ( 1994-1998). Le président Samper, dont la
campagne électorale avait été en partie financée par le cartel de Cali, voulait éviter
l’approfondissement des mesures de rétorsion prises par Washington. Bien que les
organisations de producteurs de coca aient toujours prétendu avoir agi de façon
autonome, le gouvernement a accusé les FARC et les narcos d’avoir suscité et organisé le mouvement. Les réponses données à Ferro Medina par des leaders paysans
[Ferro Medina, 2002, p. 66] sont que si les narcos ont « été obligés » d’appuyer
le mouvement, se contentant de livrer des vivres et d’autres fournitures aux manifestants, la guérilla a voulu, d’une part en faire une démonstration de sa force et,
d’autre part, élargir son influence sur le mouvement paysan. Un dirigeant des
FARC admet pour sa part que le mouvement a été minutieusement préparé durant
une année [ ibid., p. 67]. Les manifestations ont été suivies par la conquête et la
destruction par les FARC de la base de l’armée Las Delicias dans le Caquetá et la
capture de 60 soldats.
Un autre élément qui explique l’extension du contrôle des territoires producteurs de drogues tant de la part des FARC que des AUC est le fait que les superficies de culture du cocaïer se sont considérablement accrues en Colombie à partir
du milieu des années 1990, passant de moins de 70000 hectares en 1995 à plus de
150 000 hectares en 2000-2001, en dépit de grandes campagnes de fumigation.
Cette situation est due d’une part au démantèlement du cartel de Cali, dont les
réseaux d’importation de matière première à partir du Pérou ont été désorganisés,
et d’autre part au relatif succès résultant de la mise en place par les États-Unis
d’un dispositif de radars, auquel était connectée l’aviation de chasse péruvienne,
lelong de la frontière entre le Pérou et ses voisins, l’Équateur, la Colombie et le
Brésil, pour empêcher le passage de petits avions colombiens venant s’approvisionner en pâte base en Amazonie péruvienne [Ronken, 1999].
Un troisième facteur a été la crise de l’agriculture « moderne » dans le pays
(blé, coton, riz, sorgho) au cours des années 1990 qui a poussé une armée d’ouvriers
agricoles sans emploi vers les champs de coca en pleine expansion. La demande
pour la matière première des laboratoires a conduit à un développement des
cultures dont ont profité les organisations armées, mais qui a aussi provoqué la
généralisation de leur affrontement.
Pour Ricardo Vargas l’offensive des paramilitaires dans la région de Puerto
Asís (bas Putumayo) à la fin de l’année 1997 et au début de l’année 1998 « est en
grande partie motivée par l’impact des marches paysannes de 1996, perçues
comme une base d’appui de la guérilla dans le sud de la Colombie » [Vargas
Meza, 2003, p. 88]. Non seulement les anciens leaders du mouvement, mais également des militants du mouvement populaire, des syndicalistes, des ecclésiastiques, font l’objet de persécutions systématiques ponctuées d’assassinats, mais le
conflit se déroule simultanément sur le plan économique. Les paramilitaires,
mettant à profit leur contrôle des zones urbaines, offrent ainsi des prix supérieurs
à ceux payés par la guérilla pour l’achat de la pâte base, accompagnés de menaces
à l’encontre des intermédiaires et des commerçants (environ 1500 personnes pour
la seule ville de Puerto Asís) pour qu’ils leur livrent leur marchandise et paient
une taxe à leurs groupes d’autodéfense. L’État est incapable de protéger les
citoyens, victimes souvent innocentes de ce conflit. Depuis la présidence d’Ernesto
Samper, les forces armées sont censées lutter contre tous les groupes armés, y
compris les paramilitaires. Bien que le président Álvaro Uribe, élu en 2002, ait
lui-même fondé des groupes d’autodéfense citoyenne (CONVIVIR) qui se sont
souvent transformés en groupes paramilitaires et qu’il ait reçu l’appui des AUC
lors de sa campagne électorale, il a officiellement poursuivi cette politique. Mais
il n’a pas tardé à ouvrir des négociations avec les paramilitaires, impliquant
l’amnistie de leurs crimes
[27], afin d’obtenir leur désarmement et leur réintégration
dans la société. Quant aux États-Unis, après le 11 septembre 2001, ils ont placé
l’AUC sur la liste des organisations « narcoterroristes » au même titre que les
FARC et l’ELN et ont réclamé l’extradition de leurs leaders sous l’accusation de
trafic de drogue. Cependant, de nombreux témoignages montrent que des officiers
de l’armée colombienne continuent de collaborer étroitement avec les organisations paramilitaires
[28].
Le Putumayo n’est pas le seul département témoin du développement du
conflit territorial autour de la drogue. C’est également le cas dans les départements de la côte pacifique du Nariño et du Valle où les groupes paramilitaires, à
partir du nord-ouest du département du Cauca, ont commencé à étendre leur
influence à partir du milieu de l’année 1998 [Arthortua Cruz, colloque; Agudelo,
2002, chapitre VII, p. 459-488]. Alors qu’ils étaient traditionnellement implantés
dans le nord-ouest du département du Valle, ils ont élargi leur présence au nord
et au centre sous le nom de
Bloque Calima, aux environs de Cali
(Bloque Farallones) et surtout dans la région du Pacifique
(Bloque Pacífico), près du port de
Buenaventura dont se servait depuis longtemps le cartel de Cali pour exporter la
cocaïne. Les FARC, quant à elles, pour suivre le développement des cultures de
pavot le long des cours supérieurs des rivières et de coca et de marijuana dans les
parties plus basses, ont implanté dans la région les Fronts 8,29 et 43. Avec l’augmentation des activités et des conflits
[29] liés à la drogue, on observe également un
recul des activités traditionnelles de la région telles que la pêche et l’exploitation
minière.
La drogue dans le contexte des négociations de paix ( 1999-2002)
Les négociations de paix initiées par le gouvernement d’Andrés Pastrana
( 1999-2003) avec les FARC ont impliqué l’octroi à ces dernières d’une zone
démilitarisée couvrant un territoire grand comme la Suisse ( 42 000 km
2) dans la
région du Caguán, mais peu peuplé ( 200000 habitants) et en grande partie couvert
de forêt. Le problème de la drogue figure dans la plate-forme qui constitue le
corpus de propositions de la guérilla présentées comme base de leurs négociations
avec le gouvernement d’Andrés Pastrana et qui s’intitule « Pour un gouvernement
de reconstruction et de réconciliation nationale ». Cette proposition avait pour
antécédent un projet de substitution présenté dans le cadre des premières négociations de paix avec le gouvernement de Belisario Betancur (voir
supra) dans la
même région. En outre, à la fin des années 1980 et au début des années 1990,
plusieurs projets des Nations unies, à travers l’UNFDAC qui devint ensuite le
PNUCID, n’ont pu se développer dans les régions où la guérilla était influente
qu’avec son assentiment et sa collaboration
[30]. Ces projets de développement
doivent être resitués dans le contexte des positions « officielles » des FARC sur
la drogue
[31] qui sont celles non seulement du courant tiers-mondiste et antimondialisation à travers le monde, mais aussi celles de nombreux experts indépendants. Ainsi, « la drogue est un phénomène du capitalisme globalisé et des
gringos [États-Unis] en premier lieu
[32] ». Alors que la responsabilité provient de la
demande dans les pays riches, ces derniers font porter tout le poids de la répression aux secteurs populaires
(cocaleros) et criminalisent leurs mobilisations. De
plus, la fumigation indiscriminée des cultures dans le cadre du plan Colombie a un
impact grave sur le milieu naturel et la santé humaine. Situation d’autant plus
injuste que les précurseurs chimiques sont produits dans les pays développés et
que la plus grande partie de l’argent de la drogue y est blanchie. Dans un pays
comme la Colombie, ce sont les narcotrafiquants qui tirent le plus grand bénéfice
des activités liées à la drogue, en investissant notamment dans l’achat de millions
d’hectares de terres productives, ainsi que la classe politique, dont les campagnes
électorales sont financées par l’argent sale. Cette analyse s’accompagne d’une
critique des mécanismes de l’extradition et de la certification dans le cadre des
relations de la Colombie avec les États-Unis. La seule façon d’éradiquer le fléau
est de légaliser l’usage des drogues, ce qui, au-delà de l’impact économique de la
mesure, permettra de traiter de façon appropriée les toxicomanes.
Dans ce contexte le plan concernant la municipalité de Cartagena del
Chaíras visait à substituer 8 765 hectares de cultures illicites en augmentant de
17 000 hectares les productions vivrières et en développant l’élevage sur
155 200 hectares de pâturages sous-utilisés. Le texte indique que les détails du
plan devront être élaborés à travers des mécanismes de participation populaire à
tous les niveaux
[33]. Leur mise en place sera réalisée par des équipes d’experts
(agronomes, forestiers, zootechniciens, etc.). Le plan sera financé principalement
par des investisseurs nationaux et étrangers appartenant aux pays particulièrement
intéressés par la lutte contre le narcotrafic. Ils s’engageront à acheter les productions agricoles durant les cinq premières années de la mise en place du plan. Le
développement agricole sera accompagné d’un vaste développement des infrastructures : routes, ponts, chemin de fer, aéroport, hôpitaux, écoles, centres sportifs, etc. La sanction prévue par les FARC à l’encontre de ceux qui se refuseraient
à éradiquer leurs plantes est l’expulsion temporaire décidée par les assemblées
locales en accord avec les FARC. L’échec des négociations de paix en février 2002
et la reprise du conflit n’ont pas permis de vérifier le degré de sincérité et de motivation des FARC. L’ampleur des ressources nécessaires à la réalisation du plan le
rendait utopique, ce que les FARC n’ignoraient pas
[34].
Une étape supplémentaire dans l’implication ?
Parallèlement, dans la zone démilitarisée, les FARC menaient une politique
dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’allait pas dans le sens de la substitution des cultures illicites. D’une façon générale, il est admis que les FARC, au
mépris de l’esprit des négociations de paix, ont fait de cette région une base arrière
de leurs opérations régionales, un lieu de détention pour une partie des personnes
séquestrées, en particulier des militaires et des policiers, ce qui a donné des arguments à tous les adversaires du processus de paix et a accéléré son échec. Du point
de vue de la drogue, les paysans, qui n’étaient plus la cible de la répression, ont eu
tendance à développer les productions illicites
[35]. Mais cette tendance a été encouragée et facilitée par les FARC qui, de leur côté, ont semé la coca sur des terres
achetées aux paysans, parfois en exerçant des formes de coercition pour les forcer
à vendre. Selon des observateurs présents sur le terrain que nous avons rencontrés,
elles ont également permis l’importation dans la zone de quantités importantes de
précurseurs chimiques permettant la production de pâte base et la libre circulation de trafiquants achetant ce produit. Cependant, aucun de nos interlocuteurs n’a évoqué la présence de laboratoires de chlorhydrate de cocaïne dans
la zone démilitarisée.
La possibilité que les FARC aient monté leurs propres laboratoires reste l’objet
de conjectures. Certes, l’armée annonce périodiquement avoir investi de telles
installations, mais son objectivité en la matière reste sujette à caution. Pourtant,
Daniel Pécaut tient pour acquis que « les FARC possèdent leurs propres laboratoires ou les gèrent conjointement avec les narcotrafiquants, ce qui contribue au
financement de la guérilla et à contrôler la majeure partie des étapes de la chaîne
du trafic à l’exception de ce qui génère le plus de profit, l’exportation et la distribution au niveau des consommateurs ». À quoi servirait de fabriquer le produit fini
si on ne contrôle pas les moyens de l’exporter ? Là aussi, des affaires récentes
révélées par les polices de pays latino-américains ont mis en cause les FARC au
Mexique, au Paraguay, au Venezuela et au Brésil, sans que des preuves vraiment
convaincantes de leur implication aient été apportées. L’arrestation d’un patron de
la drogue brésilien, Luis Fernando da Costa, dit Fernandinho Beira-Mar, par
l’armée colombienne au mois d’avril 2001, constitue un indice beaucoup plus
sérieux, même si les quantités de chlorhydrate de cocaïne qu’il prétend avoir
achetées chaque mois aux FARC paraissent considérablement exagérées
[36]. Selon
la justice américaine, ce serait ce même Fernandinho qui aurait avancé aux FARC
l’argent nécessaire au paiement de 10000 fusils d’assaut Kalachnikov importés de
Jordanie
via l’ancien chef des services de renseignements péruviens, Vladimiro
Montesinos
[37].
Il est dans la logique de l’implication dans le système des drogues de vouloir
contrôler « la majeure partie des étapes du trafic », surtout à l’intérieur de la
Colombie. En effet, hors des frontières cela impliquerait des liens avec les
mafias internationales, et donc un degré supplémentaire dans la criminalisation
de l’organisation.
Les réflexions précédentes amènent à conclure que la drogue a contribué à
l’extension territoriale des FARC, même si ce n’est pas à l’échelle de celle des
paramilitaires. Et cela de deux façons : d’abord à travers les ressources que la production et le trafic leur permettent d’engranger. Mais nous l’avons dit, il ne suffirait pas de couper les FARC de cette source de financement, comme le tentent les
États-Unis et le gouvernement colombien à travers des campagnes massives de
fumigation, pour mettre fin à leurs activités. Aucun observateur n’estime, en effet,
que la drogue représente plus de 40% de leurs ressources et, dans le cas où elles
en seraient privées, elles développeraient les autres activités qui contribuent à leur
financement. Un chercheur colombien remarque d’ailleurs que, dans la mesure où
l’économie de guerre repose aussi sur le racket et les enlèvements qui se développent dans les zones urbaines, elle tend à être moins étroitement associée au
contrôle du territoire [Echandia Castilla, 2002, p. 32-47]. La drogue a permis par
ailleurs à la guérilla d’élargir sa base sociale en régulant le marché des produits
illicites et en protégeant les paysans des incursions des forces de l’ordre. À ce
niveau également, un succès des campagnes d’éradication conduirait vraisemblablement une partie des jeunes paysans laissés sans ressources par l’inefficacité des
programmes de substitution à rallier les rangs des FARC.
Pour toutes ces raisons, un succès des politiques antidrogues porterait des coups
beaucoup plus importants aux paramilitaires qui sont plus étroitement liés aux
étapes les plus lucratives du commerce illicite et dont la part de pure coercition
dans leur contrôle du monde paysan est plus importante.
Il est bien sûr impossible de décrire ce qu’aurait été l’histoire des FARC depuis
vingt-cinq ans sans la drogue. Mais cette dernière est loin d’avoir joué un rôle uniquement positif dans leur développement et l’extension de leur contrôle territorial.
Nous l’avons vu, les relations conflictuelles avec le narcotrafiquant Rodríguez
Gacha ont conduit à l’expulsion des FARC d’une vaste région qui constituait l’un
de leurs bastions. La campagne d’extermination menée par les narcos contre les
militants et les dirigeants de l’UP n’a sans doute pas eu que des motivations idéologiques, les FARC étant ressenties comme des concurrentes dans le domaine du
commerce illicite. De même, l’acharnement affiché plus récemment par les paramilitaires afin de reconquérir certaines zones tient, du moins en partie, au fait que
ces dernières sont d’importantes zones de production de drogues. Certains chercheurs [Ferro Medina, 2000, p. 61-73] estiment, à juste titre, que les relations des
FARC avec la drogue ont nui gravement à leur image aux yeux de la population
colombienne et ont donc constitué une des raisons, mais c’est loin d’être la seule,
de leur discrédit croissant parmi cette dernière
[38]. Leur implication porte en outre
atteinte à leur image sur le plan international où elles ont longtemps bénéficié
d’un préjugé favorable, en particulier en Europe. De fait, les liens avec la drogue
ont certainement joué un rôle dans la décision prise par l’Union européenne de
placer les FARC sur la liste des organisations terroristes.
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[*]
Alain Labrousse est sociologue. Membre fondateur et ancien directeur de l’Observatoire
géolopolitique des drogues (OGD), il est notamment l’auteur du
Dictionnaire géopolitique des
drogues (De Boeck, 2003) et d’un « Que sais-je ?» à paraître sur la géopolitique des drogues.
[1]
Traduction par l’auteur de l’article.
[2]
Le texte intégral peut être trouvé sur le site des FARC :
www. farc-ep. org.
[3]
Traduction par l’auteur de l’article.
[4]
Notamment au Guatemala, au Venezuela, au Pérou et en Bolivie avec le Che Guevara.
[5]
Les FARC, officiellement créées en 1964 et comptant à l’origine 350 combattants, ne
sont confrontées à la drogue qu’à la fin des années 1970.
[6]
La plupart des observateurs estiment que l’argent de la drogue représente de 30% à 40%
des ressources financières des FARC.
[7]
À la suite d’importantes campagnes de fumigation des cultures, la plus importante zone
de production est devenue, à la fin des années 1990, le département du Putumayo. Celui-ci étant
à son tour la plus importante cible des campagnes de défoliation à partir de l’année 2000, les
cultures tendent à se déplacer vers les départements voisins du Caquetá et du Nariño.
[8]
Les relations entre les FARC et le Parti communiste colombien (PCC) représentent un
processus complexe où des FARC « bras armé » du Parti communiste on passe à un PCC
« appendice politique » des FARC et enfin à une autonomie des deux organisations qui s’identifient simplement par une politique commune. Sur cette question voir [Agudelo, 1994].
[9]
Lorsque les FARC s’implantent dans le Caguán en 1979, la région est frappée par une
sévère sécheresse qui provoque un début de famine. La coca apparaît donc comme la seule
alternative.
[10]
C’est à partir de cette date que les FARC ajoutent à leur nom – EP (Ejército Popular,
armée du peuple). Simultanément, des discussions de paix s’ouvrent, en septembre 1982, avec
le gouvernement nouvellement élu de Belisario Betancur : « Les FARC considéraient le processus de paix comme un espace politique et militaire que l’on devait utiliser pour continuer à
accumuler des forces et développer leur projet stratégique, mais désormais adapté aux nouvelles
circonstances générées par la politique de paix de Betancur » [Agudelo, 1994, p. 22].
[11]
L’organisation politico-militaire des FARC est très structurée. Pour l’aspect militaire :
escouade (douze combattants), guérilla (deux escouades), compagnie (deux guérillas), colonne
(deux compagnies ou plus, cent dix combattants), fronts (plus d’une colonne), bloc de fronts (cinq
fronts ou plus) situés dans une même grande région [Ferro Medina, Uribe Ramón, 2002, p. 50-53].
[12]
Toujours selon le même auteur, ce type de croissance de l’organisation n’est pas sans
conséquence politique. En effet, les fronts les plus anciens, composés de guérilleros formés
politiquement et ayant une grande expérience de la lutte populaire, ont tendance à rester fixés
dans des régions anciennement occupées par la guérilla et qui n’ont aucun potentiel économique. Les nouveaux fronts, en revanche, sont composés de guérilleros plus jeunes et qui ont
des pratiques plus axées sur le combat militaire. La guérilla se développe donc quantitativement, sans pour autant se développer sur le plan politique.
[13]
La cocaïne passait également par d’autres aéroports, étroitement contrôlés par l’armée,
impliquant la contamination de cette dernière par l’économie de la drogue.
[14]
Pour les explications données par Rodríguez Gacha à ce conflit, voir [Agudelo, 1994,
p. 27].
[15]
En 1981 les narcotrafiquants ont créé le MAS (Muerte a Secuestradores – mort aux
auteurs d’enlèvement) pour se défendre des enlèvements contre rançons de la part de la guérilla.
[16]
Un éleveur anti-communiste dont le père avait été assassiné par les FARC, membre du
cartel de Medellín et chef de milices. Après sa mort au cours d’un combat, le 6 février 1994,
son frère, Carlos, deviendra, jusqu’en 2002, le chef des paramilitaires des Autodéfenses unies
de Colombie (AUC).
[17]
« Los negocios de las FARC »,
Semana, n° 879,15 août 1999, p. 38-43.
[18]
Le kilo d’opium, qui était alors payé aux paysans entre 30 et 70 dollars en Afghanistan
et au Pakistan, valait 1 500 dollars en Colombie. Il s’agissait probablement pour les trafiquants
d’inciter au développement d’une production qui débutait. Le prix de l’opium en Colombie a
progressivement baissé pour atteindre 300 dollars en 2003, soit sensiblement le même prix qu’il
a atteint en Afghanistan à la suite de l’intervention des Occidentaux.
[19]
Interview à Bogota, en avril 2003, d’un ex-dirigeant des FARC.
[20]
Littéralement, « gens de peu d’importance ».
[21]
Ibid., p. 90. Dans le Putumayo, selon Ricardo Vargas, les miliciens pourraient être
quatre ou cinq fois plus nombreux que les combattants des FARC.
[22]
Elle expliquerait également l’échec de la grève armée proclamée par la guérilla dans le
Putumayo du 25 septembre au 28 novembre 2000.
[23]
« Structure of International Drug Trafficking Organizations », Committee on Governmental Affairs, First Session, Washington DC, 12 et 13 septembre 1989 et Henry SALGADO
RUIZ,
op. cit.
[24]
Fidel Castaño, fondateur et leader jusqu’en 1994, date de sa mort, des mouvements
d’autodéfense du département de Córdoba, ne cachait pas qu’il était membre du cartel de
Medellín.
[25]
Pour une analyse détaillée de ce phénomène [Salgado Ruiz, 2002].
[26]
Selon plusieurs observateurs, en 2003 les paramilitaires contrôleraient près de 40 % des
productions de coca et de pavot.
[27]
À la fin de l’année 2003, ce processus, qui rencontre de vives résistances au sein du
Parlement, était en cours.
[28]
« Les paramilitaires sont également là et continuent de jouer le rôle de force d’appui,
pour ne pas dire de choc, des militaires » [Pécaut, 2003, p. 122].
[29]
C’est au cours des combats pour le contrôle du village de Bellavista que, le 2 mars 2002,
alors que les paramilitaires s’étaient mêlés à la population, les FARC ont lancé un projectile
chargé d’explosifs qui est tombé sur l’église où s’étaient réfugiées 300 personnes, faisant
119 morts et 98 blessés [Agudelo, 1994, p. 470].
[30]
Ces accords étaient bien sûr tout à fait clandestins : interview en juillet 1990, à Bogota,
d’un responsable des projets de l’UNFDAC.
[31]
On trouve, outre le plan concernant Cartagena del Chaíra, deux textes à ce sujet sur le
site des FARC. Atelier « Narcotrafic en Amérique latine et dans les Caraïbes »,
op. cit., et
« Legalizar el consumo de la droga, única alternativa seria par eliminar el narcotráfico » [Légaliser la consommation de la drogue, seule alternative sérieuse pour éliminer le narcotrafic].
[32]
« Legalizar... »,
op. cit. Pour une analyse approfondie du programme agraire des FARC
et de leur position sur les cultures de coca [Salgado Ruiz, 2002].
[33]
Une partie importante du plan est consacrée aux mécanismes de cette participation.
[34]
Le montant nécessaire à un tel plan sur une seule région dépasse probablement de beaucoup tout ce que les États-Unis et les Nations unies consacrent en une année au développement
alternatif dans le monde (entre 100 et 200 millions de dollars).
[35]
Témoignages recueillis par l’auteur, en juillet 2003, auprès d’ex-habitants de la zone et
de déserteurs des FARC.
[36]
Entre 18 et 20 tonnes de cocaïne par mois, payées de 10 à 12 millions de dollars. Cela
représenterait plus du tiers de la production annuelle de la Colombie alors que les paramilitaires
sont influents sur près de 40% des zones plantées de coca et qu’une grande partie des organisations de trafiquants échappent au contrôle des uns et des autres. Beira-Mar a été extradé au
Brésil, où il continue de diriger le trafic depuis sa cellule. Il est probable que Beira-Mar a invoqué de telles quantités et fait des révélations sur ces commanditaires en échange d’un traitement
de faveur de la part des autorités.
[37]
La República, Lima, 20 novembre 2003.
[38]
Les enlèvements contre rançon, les assassinats et les attentats constituent également des
explications importantes à leur perte d’influence.