2005
Hérodote
Forces armées et politique : une longue passion russe
Cyrille Gloaguen
[*]
La présence massive de militaires dans
les rouages du pouvoir russe trouve son origine dans les traditions soviétiques. La disparition de l’URSS bouleverse cependant la
donne: de simples représentants de leur
corps social, les militaires deviennent acteurs
de la vie politique russe, mais à titre individuel et en occupant l’ensemble du prisme
politique. Avec V. Poutine, ils semblent
s’être définitivement emparés des centres
de décision. Cette vision est cependant
trompeuse: loin d’avoir pris le pouvoir en
tant qu’institution, les militaires que l’on
trouve dans l’entourage de Poutine sont des
proches du président, pour la plupart originaires, comme les civils, de Saint-Pétersbourg
ou ayant jadis travaillé avec lui au KGB.
Les Siloviki ne sont rien d’autre qu’un outil
au service de la politique du président russe.
Armed Forces and
Politics: a Russian Passion
The substantial presence of the military
in the intricate machinery of Russian
government is a legacy from the Soviet era.
Yet, the USSR is bygone and cards have
been reshuffled. Once mere representatives
of their social corps, the military is now a
full-fledge actor on the Russian political
scene, but individually so on the whole
political spectrum. With V. Putin, they may
well have taken control over the main political centres. This view may yet be fallacious: far from taking over power as a
constitued body, the military close to Putin
are his near-relations, most being – just as
the civilians – kins from Saint-Peterburg or
former KGB brothers-in-arms. The “siloviki” are a mere tool servicing Russian presidential politics.
Les relations qu’entretient la société russe avec ses forces armées sont pour le
moins ambiguës. Alors que les généraux, retraités et d’active, sont aujourd’hui
visibles dans tous les rouages politiques de la Fédération, du centre aux régions,
qu’ils sont, comme sous l’URSS, redevenus acteurs de l’éducation nationale au
travers de la formation militaire enseignée dans les lycées, alors que les forces
armées sont le principal pilier sur lequel repose la politique étrangère du pays,
force est pourtant de constater que les maux qui rongent l’armée et les multiples
structures de force
[1] nationales (voir annexe à cet article) – violence, corruption,
conservatisme – ne cessent d’étendre leurs métastases à l’ensemble de la société. La
Russie a, depuis de nombreuses années, tout en plébiscitant au sommetles généraux,
divorcé de ses forces armées en tant qu’institution. Si échapper au service national
a donné lieu à la mise en place de véritables institutions souterraines dont l’activité
se ressent jusque dans les chiffres de la criminalité, de l’éducation et de la santé, la
raison principale de ce divorce est surtout la violence inouïe qui provoque chaque
année dans les unités militaires la mort de milliers de jeunes soldats
[2], sans même
parler des morts de la guerre de Tchétchénie, cette guerre sans fin qui pourrit de
l’intérieur la jeune démocratie russe.
L’origine de cette violence et de ces morts est aussi ancienne que l’armée russe
elle-même. Les principales raisons sont l’absence d’un véritable corps de sous-officiers qui place les plus jeunes recrues entre les mains des plus anciens, la
médiocrité des règles de sûreté lors de l’utilisation d’armes, la sévérité des conditions de vie dans les cantonnements qui poussent de nombreux jeunes soldats au
suicide, le mépris, il faut bien le souligner, le plus total des officiers pour la vie
humaine et, au-delà, la déficience de la justice militaire. Officiellement, les suicides
représentaient, en 2002,27% des morts de militaires, le non-respect des règles de
sûreté avec arme et les accident de la route 13% chacun
[3]. En 2003, le ministre de la
Défense attribue 35% des morts à des suicides, 23% aux manquements aux règles
de sûreté et 10% aux règles de conduite de véhicules
[4]. Ces chiffres sont cependant
sujets à caution. Pour l’organisation de mères de soldats « Droits de la mère », l’une
des sept que compte aujourd’hui la Russie, les cas de suicide seraient d’environ 400
par an, mais, nuance son porte-parole, « sur les 2000 à 3000 morts » que l’organisation a à investiguer chaque année, « environ 20% sont officiellement décrits
comme suicide
[5] » ( 400 à 600). Morts et violence trouvent également leurs causes
dans l’origine sociale des conscrits. Selon une source du ministère russe de la
Défense, 9% d’entre eux avaient un casier judiciaire avant d’endosser l’uniforme,
4% avaient fait de la prison, 5% et 11% consommaient régulièrement, respectivement, de la drogue et de l’alcool, 3% étaient sans domicile fixe et 3% encore
avaient effectué des tentatives de suicide ou avaient un parent dans ce cas
[6].
La Russie militaire vit au-dessus de ses moyens financiers actuels. Elle continue
encore à entretenir des dizaines de ministères et de services représentant au bas
mot trois millions d’hommes et alors même que ses budgets militaires sont à peine
équivalents à ceux de la France. En conséquence, les conditions de vie des militaires de la base demeurent dramatiques. Les réformes – ou du moins ce qui en tient
lieu, c’est-à-dire les déflations de personnel – continuent à jeter chaque année dans
la précarité des dizaines de milliers de militaires et leurs familles. Ainsi, au cours
de la dernière grande réforme, celle de 1997, qui vit la fusion des forces
aériennes et de l’aviation de la défense anti-aérienne (PVO), ce ne sont pas moins de
580 unités qui ont été dissoutes : 5 quartiers généraux d’armée et de corps d’armée,
12 divisions et 70 régiments/brigades; 32 terrains d’aviation ont été abandonnés,
plusieurs dizaines de centres d’entraînement et 310 garnisons rendues aux autorités locales [Dick, 1998]. En dix ans le seul ministère de la Défense aura perdu
2,4 millions d’hommes, auxquels il convient d’ajouter les centaines de milliers
d’autres issus des autres services et ministères de force et de la base industrielle et
technologique de défense. En juillet 2002,46% des familles du personnel du ministère de la Défense, 53% du personnel du ministère de l’Intérieur et 57% du Service
fédéral des gardes-frontières continuaient à vivre en dessous du seuil de pauvreté
[cité par Felgenhauer, 2002], tandis que près de 400000 soldats et membres de leurs
familles devaient se contenter en guise d’abri d’une tente ou de dortoirs communs
[7].
Selon une loi de 2000,3% des logements construits en Russie sont pourtant censés
devoir être remis au ministère de la Défense
[8]. Pour être juste, cependant, les militaires ne sont pas plus que les civils touchés par la pauvreté. Les Russes, en général,
sont ainsi aujourd’hui 40 millions à vivre dans des immeubles en très mauvais état :
« 11,4% des habitations ont besoin d’être totalement refaites, et 9% d’être entièrement reconstruites. De plus, 11,4% du parc de logements ont plus de 40 ans et
56% sont en bois », affirme un rapport officiel
[9]. 45 à 53 millions, selon les sources,
ont des revenus inférieurs au minimum vital
[10]. Les forces armées sont donc bien
à l’image de la société russe tout entière, divisée en une caste aisée, très conservatrice par intérêt personnel, et une base largement paupérisée qui se débat toujours,
treize ans après la disparition de l’URSS, dans les affres de l’après-soviétisme.
Militaires et politique, les habitus soviétiques
La société soviétique était par essence une société militarisée, c’est-à-dire
organisée dans un but de contrôle social et de production économique selon un
mode universel typique des forces armées. Cette organisation sociale trouve bien
entenduson origine dans l’histoire de l’URSS. Le parti bolchevique de Lénine est
un parti de révolutionnaires professionnels, tendu tout entier vers la prise du pouvoir et soumis à une discipline militaire. Après 1917, l’« esprit de Parti » –
partiïnost’– qui se met peu à peu en place exige de l’individu abnégation absolue et
effacement devant les intérêts communs, comme le soldat face aux ordres de son
supérieur. Les unités de base du Parti, les cellules (au moins trois communistes),
sont implantées partout, dans les usines, les fermes, les écoles, l’armée, on travaille
en « brigades » en « équipes de choc », etc. La langue politique rend compte elle
aussi de cette « militarisation » : « front pionnier », « plans », « discipline du travail »,
« mobilisation des réserves », tandis que le monde du travail calque ses décorations sur celles du monde militaire. Immense armée de conscription, l’armée
soviétique était aussi la principale instance de socialisation – c’est-à-dire de « soviétisation » – de l’immense empire, le creuset où se fondaient les différentes franges
de la population ( 70% des jeunes Soviétiques effectuaient un service militaire
dans les années 1980 contre à peine 10% aujourd’hui), les multiples ethnies de
l’Union et où, pour beaucoup, le russe devenait pour la première fois de leur vie
une langue de communication. L’endroit, aussi, où l’idéologie communiste renforçait sa prégnance sur la société
via les leçons des officiers politiques
[11]. Avant de
faire son service militaire ou d’intégrer une des 140 prestigieuses écoles d’officiers, le jeune Soviétique passait par toute une série d’organisations comme la
DOSAAF et les Komsomol (Union des Jeunesses communistes), par exemple,
dont les structures étaient elles-mêmes calquées sur celles de l’armée. Le Komsomol, à vocation essentiellement politique, jouait également un rôle important dans la
défense nationale en participant à la formation militaire des jeunes lycéens, garçons
et filles. Jumelé avec de nombreuses unités militaires, acteur incontournable de toutes
les activités patriotiques, il fournissait à la fin des années 1970 près d’un tiers des
membres de la DOSAAF et 20% des officiers (dont 70% étaient membres du Parti
communiste), et 80% des sous-officiers et soldats appelés. La DOSAAF, organisation
« bénévole » de coopération avec les forces armées, dont les cadres étaient tous des
militaires à la retraite ou en activité, formait techniquement les jeunes gens avant leur
service militaire. Aujourd’hui, devenue ROSTO (Organisation technique et sportive
de la Défense
[12]), elle joue toujours un rôle important dans l’acculturation des
jeunes gens à la vie sous l’uniforme. Son influence est de nouveau forte dans les
lycées, depuis que Poutine y a réintroduit l’éducation militaire obligatoire, et dans les
missions de défense nationale que lui permettent d’effectuer ses équipements et
matériels, souvent prélevés sur les vieux stocks des forces armées. À côté du
ROSTO on trouve encore de très nombreuses autres associations paramilitaires
comme Brigantine ou Vostok, l’Union des sous-mariniers
[13] qui préparent les
lycéens au service militaire dans la marine, Ekipazh, Podrostrok ou Kaskad qui
prodiguent aux lycéens et aux jeunes gens un entraînement militaire plus classique. Même si l’influence de ces organisations ne doit pas être surestimée ou
comparée avec celle du Komsomol et de la DOSAAF soviétiques, elle n’en est,
donc, pas moins une réalité de la société russe actuelle.
Pourtant la vraie influence des militaires est à chercher ailleurs. Comme hier en
URSS, ceux-ci, tout comme les membres des structures de force (les
« siloviki
[14]
» )
en général, font toujours naturellement partie du paysage politique de la Fédération.
C’est-à-dire que comme tout citoyen russe, ils se réservent le droit de participer à la
vie politique des partis et de briguer des mandats électoraux. Plusieurs facteurs sont
ici en cause. On notera, tout d’abord, que sous l’URSS leur statut ne les a jamais
écartés du Congrès des députés du peuple où ils siégeaient, nombreux, au même
titre que les autres classes sociales soviétiques. Ils étaient également représentés
dans le saint des saints soviétiques, le Politburo, dont était membre titulaire, selon
une tradition établie au début des années 1970, le ministre de la Défense – toujours un militaire, faut-il le préciser. Cette tradition sera perdue sous Gorbatchev
qui à son arrivée au pouvoir fera du nouveau ministre, le général Sokolov, un
simple suppléant. Au début des années 1980, les forces armées ont aussi des
représentants dans les deux collèges du Comité central
[15], dont ils constituaient
environ 8% des membres, et dans le Parti communiste d’Union soviétique
(PCUS), où, à la même époque, les officiers et les sous-officiers constituaient près
de 20% des effectifs ( 90% des officiers et 20% des sous-officiers possédaient la
carte du Parti). L’institution militaire, surtout le corps des officiers, était donc
extrêmement politisée.
Autre facteur, celui de l’entrée des militaires en politique au début des années
1990, invités par les deux poids lourds politiques de l’époque, Gorbatchev et
Eltsine, à venir jouer les arbitres dans le bras de fer qui les opposait. Le premier
va choisir les généraux Chapochnikov et Routskoï, Gorbatchev Lobov. Eltsine,
plus tard, récompensera les
siloviki de leur aide pendant les événements de septembre et d’octobre 1993 en propulsant des généraux un peu partout dans l’appareil d’État. Pour autant leur influence n’est plus contrebalancée comme sous
l’URSS par le KGB et le Parti mais par la seule personnalité du président. Celui-ci
en est conscient et n’aura de cesse, parallèlement, de multiplier les « structures de
force » pour les affaiblir. Il veillera surtout à maintenir armée de terre et troupes
du ministère de l’Intérieur
[16] (MVD) à un même niveau de force et chargera les
services successeurs du KGB (FSK, FSB) de surveiller l’ensemble. Eltsine ne
cessera jamais de les regarder avec méfiance. Conséquence de la disparition de
l’URSS en 1991, les militaires vont également se trouver happés dans le processus
de création des partis politiques. Cinq d’entre eux, plus particulièrement, vont faire
parler d’eux, les généraux Gromov, Routskoï et Lebed, tout auréolés de leur campagne afghane, le général Rokhlin et le capitaine Jirinovskiy (KGB). Leur destin
aurait pu être national. En Tchétchénie, au même moment, un autre général,
d’aviation celui-là, Djokhar Doudaiev, s’empare du pouvoir. Parallèlement, d’autres
siloviki se créent des empires financierset industriels : Banque nationale de réserve
(NRB), très présente dans l’aéronautique (Aeroflot et Iliouchine), holding Interros
(contrôle 3 à 4% du PIB en 2003), groupe Alfa, Wim-Bill-Dan, la principale
entreprise agro-alimentaire russe, etc. Ils investissent également le monde universitaire et les instituts de recherche privés. Parmi ceux-ci, les membres de l’ancien
KGB sont les plus nombreux. Non pas à la suite d’un quelconque complot ou de
machinations aussi diaboliques que fantasmatiques, mais tout simplement parce
que ces hommes faisaient partie des rares personnes autorisées par le pouvoir
soviétique à étudier le monde occidental sous toutes ses coutures (structures économiques, recherche, courants politiques, langues, etc.) et à y voyager. Au moment
de l’entrée de la Russie dans le monde des économies de marché en 1991, les
membres des anciens services spéciaux se sont tout naturellement révélés être
lesplus aptes à faire face aux bouleversements. Loin d’être une simple officine de
barbouzes ou une police politique, le KGB, dans sa version dernière toutefois,
celle des années 1970-1980, tenait à la fois de nos INALCO, Sciences-po, DGSE,
DST, etc., et accueillait dans ses écoles les sujets les plus brillants des universités
soviétiques
[17].
Un vote militaire couvrant tout le prisme politique
Lorsque Poutine, ex-lieutenant-colonel du KGB, arrive au pouvoir à la fin
1999, les militaires sont déjà présents un peu partout dans les centres de décision
du pays. En politique toutefois, et à la différence de l’époque soviétique, ils sont
devenus des acteurs actifs et ne sont plus de simples « représentants » de leur corporation. Pour autant il est faux de parler d’une « militarisation » de la Russie au
sens où les forces armées seraient devenues l’acteur principal dans le processus de
décision politique national. Poutine, après tout, est arrivé au pouvoir par les urnes.
En attirant l’attention des médias, certains petits mouvements ultranationalistes
bruyants comme le groupe Soyouz, par exemple, des fameux « colonels noirs »
Alknis et Petrouchenko, ont au début des années 1990 fortement contribué à propager à l’étranger l’image d’une armée russe réactionnaire, votant comme un seul
homme pour les idées les plus extrémistes. Plus tard, les votes militaires massifs
en faveur de Jirinovskiy aux législatives de 1993 ( 34%
[18]), et de Poutine aux présidentielles de 2000 ( 80%), n’ont fait que renforcer encore cette image. Pourtant,
les militaires, loin de constituer un groupe de pression homogène, se répartissent
sur l’ensemble du prisme politique russe, selon leur âge, leur niveau d’étude, leur
grade, leur armée d’appartenance. On ne peut réellement les associer à un parti politique donné, même si, d’évidence, ils ne se bousculent pas sur les listes des partis
libéraux, Union des forces de droite (SPS), Iabloko et Russie libre. Igor Iouchenkov,
le leader du parti Russie libérale, défenseur estimé des droits de l’homme et
ancien officier du KGB, assassiné en avril 2003, est largement demeuré une
exception. On trouvera donc plutôt les
siloviki dans les partis nationalistes (LDPR,
Rodina), dans les mouvements issus des différents courants du PC et, bien entendu,
dans le parti du pouvoir, Russie unie. On notera également que les rares partis politiques à avoir été fondés par des officiers, comme le Mouvement pour le soutiende
l’armée et l’industrie de défense du général Rokhlin ou le Renouveau cosaque, par
exemple, n’ont jamais servi de tremplin à la préparation d’un 18 Brumaire russe,
mais ont adopté une orientation nationaliste somme toute banale dans la Russie de
l’après-soviétisme. De même, le 2 octobre 1994, à l’occasion du premier anniversaire
des événements sanglants du 4 octobre 1993 (voir tableau ci-après), ce n’est pas
l’armée en tant qu’institution qui défile derrière le général Routskoï, mais ce que
la presse qualifie de « forces patriotiques », un amalgame hétéroclite de Cosaques,
de « cent-noirs » (tsaristes), de communistes de toutes obédiences, de nationalistes
et de « petits épargnants floués et badauds » [Jego, 1994]. Les
siloviki, par leur
vote et leurs orientations politiques, ne diffèrent donc pas du citoyen russe moyen.
LA CRISE D’OCTOBRE 1993
La crise institutionnelle grave qui a eu lieu à Moscou du 21 septembre au 4 octobre 1993
trouve sa source dans le conflit opposant B. Eltsine, président de la Fédération russe, au Parlement, hérité de l’époque soviétique et dominé par R. Khasboulatov. Le 21 septembre, face
à l’obstruction systématique aux politiques du président pratiquée par ce dernier, son viceprésident, le général d’aviation Alexandre Routskoï, et une majorité de parlementaire, Eltsine dissout le Parlement qui réplique en le destituant. Les événements prennent bientôt
un tour insurrectionnel quand les partisans du Parlement, sous les ordres de Routskoï qui
s’est autoproclamé président de la Fédération, débordent les forces de sécurité. Cette
explosion de violence va donner à Eltsine une raison d’utiliser la force. Le 4 octobre, après
avoir longtemps hésité quant à la suite à donner aux ordres du président [Taylor et Brian, 1994], l’état-major militaire et le ministre de la Défense, le général P. Gratchev, autorisent
l’armée à s’emparer du Parlement. Les combats feront près de 150 morts et 900 blessés.
L’épreuve de force a bien failli conduire à un déchirement des forces armées, Routskoï et Khasboulatov ayant appelé à leur scission et encouragé la création de groupes paramilitaires.
Les législatives de 1995 ont été une bonne plate-forme d’observation de l’implication des siloviki dans la vie politique russe et au sein des différents courants politiques. Tandis que le ministre de la Défense, S. Gratchev, lance officiellement la
campagne dans les casernes en espérant créer un vrai lobby militaire, les autres
« poids lourds » militaires, de leur côté, engagent la lutte auprès de leurs partis : le
général A. Lebed auprès du Congrès des Communautés russes (droite nationaliste);
Valentin Varennikov, le PC, où il espère attirer les Afgantsy, les anciens combattants
d’Afghanistan; E. Vorobev, le « Choix de la Russie » d’Egor Gaïdar et A. Tchoubaïs
(droite libérale); le général Lev Rokhlin, « Notre Maison la Russie », le parti du
Premier ministre Viktor Tchernomyrdine; B. Gromov, « Ma Patrie » d’Ivan Rybkin,
l’ancien coprésident du Parti des travailleurs socialistes; le général du KGB Alexandre
Sterligov, l’« Assemblée des officiers russes » (droite nationaliste); Nikolaï Ryjkov,
le « Pouvoir au peuple » (obédience communiste), tandis que le colonel-général
E. Podkolzin, ancien commandant des troupes aéroportées, encouragé par le général
Korjakov, le chef des gardes du corps de B. Eltsine, adhère à « Pour la Patrie » où il
est rejoint par l’amiral E. Baltin, le commandant de la Flotte de mer Noire [Galeotti,
1995]. En tout, ils sont 123 militaires à la retraite ou en congé sans solde, dont
23 généraux [Galeotti, 1995], à se présenter à ces élections. Apeuré par cette
débauche d’épaulettes sur les listes électorales, le président Eltsine réagit en faisant
voter deux lois fédérales. La première, le 12 mars 1996, autorise les militaires et les
membres des Troupes de l’intérieur à se présenter à une élection, quelle qu’elle soit,
à condition qu’ils démissionnent ou aient obtenu un congé sans solde. La seconde,
le 1er juin 1996, interdit aux militaires en activité d’adhérer à un parti ou même de
participer à la vie politique.
Ces deux lois ne semblent pas avoir été respectées. Au cours des législatives
de 1999, les siloviki sont en effet à nouveau nombreux à se bousculer sur les listes
électorales : Sergueï Stepachine le numéro deux du parti libéral Iabloko, Sergueï
Shoïgou, le leader de Edintsvo (Unité), sont tous deux officiers généraux, à la retraite
il est vrai, dix autres apparaissent sur les listes du Parti socialiste unifié de Russie
(Héritage spirituel) et six encore – d’active ou retraités – sur les listes de trois autres
partis de gauche, le Mouvement de soutien à l’Armée, le Parti pour la paix et l’unité
et le Parti des communistes et des travailleurs de Russie pour l’Union soviétique.
Plus grave, les législatives de 1999 ont surtout été marquées par de multiples
violations de l’article 18 de la loi de mars 1996 qui interdit aux partis politiques
de faire campagne dans les bases militaires et les garnisons. Des tracts sont ainsi
distribués dans les garnisons et des officiers membres de partis tiennent des
réunions électorales avec, dans de nombreux cas, l’assentiment des chefs de corps.
Il est vrai que de son côté le ministre de la Défense de l’époque, le général Sergueev,
n’a lui-même pas hésité à autoriser la distribution de tracts appelant à voter pour le
parti de V. Poutine, Edinstvo [Komarov, 1999]. L’activisme du futur président
dans les casernes n’est bien entendu pas un hasard. Poutine connaît le nombre de
voix que peut lui rapporter un électorat qui, au sens large (familles, retraités, personnel civil, ministères et service, etc.), représente probablement à l’époque entre
15 et 18 millions de personnes en plus des 5,5 autres millions du personnel d’active.
Sa campagne politique, axée sur l’intransigeance envers les sécessionnistes tchétchènes et la nécessité pour le pays de recouvrer son statut de grande puissance,
était d’ailleurs tout particulièrement étudiée pour toucher les siloviki et leurs
familles. L’importance de leurs votes n’échappe pas non plus à un porte-parole du
ministère de la Défense au début de la campagne [Komarov, 1999]: « les personnes liées aux forces armées sont une force motrice dans ces élections [...]. Elles
représentent la partie la plus organisée de l’électorat, elles participent activement
aux élections. Celui qui saura gagner leur confiance pourrait bien gagner les élections ». L’électorat militaire est d’autant plus facile à toucher qu’il vit regroupé dans
des villes de garnison, dans des casernes, des régions géographiques entières,
comme la presqu’île de Kola, par exemple, et des bassins industriels bien précis.
D’autres scandales, vite étouffés, ont aussi émaillé les législatives de 2003,
comme celui mettant en cause les élèves de l’Institut militaire des Finances de la
ville de Iaroslav à qui leur directeur a donné l’ordre de voter pour le gouverneur
de l’oblast
[19].
La Douma et le Conseil de la Fédération sont d’autres lieux de prédilection des
siloviki, même s’ils y sont moins nombreux qu’à l’époque soviétique. En 1991, ils
représentaient près d’un cinquième des députés. Avec la disparition de l’URSS,
leurs effectifs s’effritent et après les législatives de décembre 1993, ils ne sont plus
que 18 sur les 444 députés que compte la Douma et deux sur les 171 sénateurs du
Conseil de la Fédération. Il est vrai que les siloviki étaient peu nombreux sur les
listes : 50 en tout sur un total de 1517 candidats, qui plus est dispersés sur les listes
de 11 partis sur les 13 inscrits. Aux législatives de 1999,77 militaires et anciens
militaires inscrits se présentent au poste de député; une vingtaine seront élus
[Golts, 1999]. Aujourd’hui, après les dernières élections de décembre 2003, les
siloviki seraient une quarantaine ( 9%) à la Douma, selon les analystes Olga
Krychtanovskaïa et Stephen White [Krychtanovskaïa, 2003, p. 289-306]. Toutefois
leurs rangs sont probablement plus étoffés que ne l’avancent ces derniers. L’examen
des biographies des membres des deux plus petits partis de la Douma, Rodina
( 39 députés) et le LDPR ( 34 députés) – à eux deux 16,23% des députés –, montrent, en effet, qu’ils comptent chacun au moins une dizaine de députés ayant un
passé au sein des structures de force. Ils sont en toute logique bien plus nombreux
qu’une vingtaine dans les rangs de l’immense Russie unie ( 306 députés) et du PC
( 48 députés). Toujours selon O. Krychtanovskaïa et S. White, les siloviki représentent également 15% (soit 26 sénateurs) de l’actuel Conseil de la Fédération,
10% de l’élite régionale et 58% du Conseil de sécurité. Ces chiffres sont cependant
trompeurs : on peut en effet avoir effectué sous l’URSS une partie de ses études
dans une école de l’armée ou du KGB sans pour autant être devenu, plus tard, officier de l’armée ou membre du KGB. Malgré cette importante présence des structures de force au sein des élites politiques russes, inimaginable en Europe, il
convient de noter que le temps où Gorbatchev réunissait en novembre 1990 un
millier de « députés militaires » du Congrès des députés du peuple est bien révolu.
Pour être juste, la présence des siloviki – je ne dis pas leur influence – est
aujourd’hui surtout à rechercher dans les différents cercles du pouvoir exécutif.
Les missi dominici de Vladimir Poutine
Avec Poutine, militaires et, surtout, membres des structures des services spéciaux
investissent littéralement les rouages de la haute administration. Pour Sergueï
Kovalev, l’ancien dissident soviétique, aujourd’hui reconverti dans la défense des
droits de l’homme, le pire est arrivé : « Le KGB est [...] au pouvoir en Russie. »
D’autres, comme Anatoliy Tchoubaïs, le PDG du Réseau électrique unifié de Russie
(SEU) et « père des privatisations » de 1992, dénoncent, après les législatives de
2003 et les attaques contre la compagnie pétrolière Yukos, le « nationalisme outrancier », le « national-socialisme » qui s’abrite derrière une « force soutenue par une
partie significative des structures de force ». En d’autres lieux, aux États-Unis, et
en d’autres temps, en décembre 1966, le sénateur Joseph Clark dénonçait lui aussi
l’influence « de la CIA, du FBI et du complexe militaro-industriel
[20] ». À première
vue, tout semble indiquer que Poutine, homme politique fabriqué à la hâte en 1999
en vue de succéder à B. Eltsine et de veiller aux intérêts de son clan, et arrivé à la tête
de l’État au début de 2000... après une partie de son gouvernement, pallie l’incapacité de son parti Unité, lui aussi monté de toutes pièces, de lui fournir des cadres
politiques compétents en piochant parmi ses anciens collègues de travail. 40% des
hauts fonctionnaires, soit 10 sur 24, nommés par Poutine au cours des trois premiers
mois de sa présidence, sont ainsi issus des structures de force, principalement du
KGB/FSB
[21], « partie intégrante des organes démocratiques du pouvoir
[22] », pour
reprendre une expression utilisée par le président lui-même. Selon des statistiques
de l’Institut de sociologie de l’Académie des sciences de Russie, les
siloviki représentaient 3,6% de l’administration Gorbatchev et 7% à 8% de l’administration
Eltsine. Ils constitueraient aujourd’hui 26% de l’administration Poutine [cité par
Rybkin, 2002]. D’autres analystes [Krychtanovskaïa, 2003, p. 289-306] avancent
des chiffres semblables : 4% en 1988,11% en 1993, au début du premier mandat de
Eltsine, 17% en 1999 à la fin de son dernier mandat, 25% en 2003. On notera que
le chiffre de 1999 est probablement dû à l’arrivée en août de V. Poutine au postede
Premier ministre. Selon la revue en ligne
Russia Reform Monitor les
siloviki sont
surtout présents dans les ministères à vocation économique et « représentent 50% du
personnel de l’administration présidentielle » et même « 58,3% au milieu de premier
mandat de Poutine
[23] ». 35% des ministres adjoints nommés entre 2001 et 2003 dans
les ministères économiques ont travaillé dans les structures de force
[24].
Toutefois, si V. Poutine n’a jamais cessé depuis son arrivée au Kremlin de propulser des
siloviki dans les différents cercles du pouvoir, il n’a jamais cessé non plus
d’en limoger. Très conservatrice, la caste des officiers généraux s’est toujours opposée aux réformes du président, que ces réformes soient de nature politique – certains
estiment ainsi que la politique d’ouverture sur l’Occident menée par Poutine depuis
le 11 septembre 2001 aurait le soutien de moins d’un tiers des officiers de carrière
[25]
– ou militaires. Du naufrage du SSGN
Koursk ( 11 amiraux renvoyés !) à la prise
d’otages de Beslan, qui a servi de prétexte au renvoi du commandant de l’état-major
général, le général A. Kvachnin, le président russe n’a jamais hésité à écarter les
officiers qui se mettaient en travers de sa route et à désarticuler les ministères et
services quand leurs missions ne cadraient pas avec sa vision du moment. Les
ministères de l’Intérieur, de la Défense, le FAPSI
[26], le Service fédéral des frontières,
la police des impôts, le Service fédéral des troupes de voies ferrées, etc. ont ainsi
subitour à tour les foudres du président. Poutine ne poursuit donc pas une logique
de caste ou d’institution, pas plus qu’il ne protège une caste ou une institution –
militaire en l’occurrence –, mais une logique personnelle : imposer son pouvoir
grâce à des hommes sûrs, issus du même moule que le sien, moderniser coûte que
coûte la Russie, et lui redonner sur la scène internationale l’aura qui était avant
1991 celle de l’Union soviétique. Il s’agit aussi, dans la logique du président, de
contrer l’affolante corruption, le manque de maturité des organisations politiques et
l’inachèvementdes liens entre le Centre et les régions de la Fédération. Poutine est
ici plus proche, me semble-t-il, de la logique d’un Pierre le Grand que de celle d’un
Pinochet : sa politique est toute d’évolution et non de préservation.
LES POSTES CLÉS DU GOUVERNEMENT POUTINE EN 2004
Premier ministre(M. Fradkov);vice-Premier ministre(Alexandre Joukov); ministères de la Défenseet département nucléaire du BITD (S. Ivanov);Affaires étrangères
(S. Lavrov);Intérieur(R. Nourgaliev);Transports(I. Levitin);Sécurité civile(S. Choïgou),
Industrie et Énergie(V. Khristenko);Information et Culture(Alexander Sokolov),
Commerce et Économie(G. Gref), Finances(A. Koudrin);Ressources naturelles(Iouri
Troutnev);FSB(N. Patrouchev); présidents de la Douma(B. Gryzlov) et du Conseil de la
Fédération (S. Mironov);Secrétariat général du Kremlin et contrôle de Gazprom
(Dmitri Medvedev);Exportations d’armes(RosOboronExport) (Sergueï Chemezov);
Comité de lutte contre la drogue(Viktor Tcherkessov);Conseil de sécurité(Igor Ivanov);
Commandes militaires du MINDEF (A. Belianinov); producteurs de Gaz(Gazprom)
(A. Miller) et d’électricité(RAO-SEU) (Tchoubaïs);Transport de pétrole(Transneft,
réseau d’oléoducs) (Semion Vainchtok); Président de Russie Unie(B. Gryzlov, également
président de la Douma);Conseil de Défense de la CEI(Alexandre Sinaïskiy), Cour des
Comptes(Sergueï Stepachin);Procurature générale(V. Oustinov);Banque Vnech-EkonomBank(commerce extérieur) (Vladimir Dmitriev et Iou. Zaostrovtsev);Banque
centrale(Sergueï Ignatiev).
Sur les 29 postes clés apparaissant dans le tableau ci-dessus
[27] de l’actuel gouvernement Poutine, 13 sont occupés par des
siloviki, la plupart d’ailleurs, comme le
président lui-même, issus des services spéciaux (KGB/FSB
[28]/SVR
[29]). Sont dans ce
cas R. Nourgaliev, S. Ivanov (premier ministre de la Défense « civil »), N. Patrouchev,
D. Medvedev, Igor Setchin, Viktor Tcherkessov, S. Chemezov. S. Stepachin vient du
ministère de l’Intérieur, mais a dirigé un temps le FSB; B. Gryzlov a été ingénieur de
l’armement, tout comme S. Choïgou; le général Sinaïskiy vient de l’armée de terre.
On notera cependant qu’Igor Levitin, un ancien officier des Troupes de chemin de
fer et Iouri Zaostrovtsev s’étaient, avant d’occuper leurs postes actuels, lancés
depuis longtemps dans les affaires. Il est également courant que les titulaires
« civils » de certains postes soient « doublés » par un
silovik. Ainsi en est-il, par
exemple, de la VnechEkonomBank où Vladimir Dmitriev, le directeur, a pour
adjoint le général-colonel du FSB Iouri Zaostrovtsev; du ministère des Ressources
naturelles, où Iouri Troutnev est épaulé par V. Stepankov, ex-vice-directeur du
Conseil de sécurité et procureur général de Russie de 91 à 93. Ce ne sont là que
quelques exemples, mais l’on pourrait en trouver bien d’autres en creusant plus
avant dans les structures administratives et politiques de la Fédération. La présence
massive de
siloviki n’est toutefois pas exclusive des cercles du pouvoir. Le monde
économique, Gazprom et Yukos en tête, leur a toujours offert de magnifiques
perspectives de carrière.
Dans les fameux districts fédéraux, mis en place en 2000, une certaine « civilisation » des postes semble à l’ordre du jour. Dans le district Nord-Ouest, le général
Tcherkessov a ainsi cédé la place en mars 2003 à V. Matvienko (civile), qui l’a
laissée elle-même à Ilia Klebanov (civil, ancien ingénieur du BITD). Dans le district
Sud, le général V. Kazantsev (armée de terre) a été remplacé le 9 mars 2004 par
V. Iakovlev, l’ancien maire de Saint-Pétersbourg, lui-même remplacé en septembre 2004 par D. Kozak, l’un des proches de Poutine, après la prise d’otages
sanglante de Beslan. Par contre dans le district de Sibérie, le diplomate Leonid
Drachevskiy, en poste depuis 2000, a dû s’effacer au profit du général A. Kvachnin,
limogé par Poutine en juillet 2004. Trois districts sur sept sont donc aujourd’hui
tenus par des civils, deux par des généraux de l’armée de terre, un par un général
de la police des impôts, le dernier par un général du ministère de l’Intérieur. Les
« civils » ont donc gagné un poste par rapport à 2000 !
KGB et mairie de Saint-Pétersbourg
Si l’on examine à présent les biographies dans l’entourage de V. Poutine, il est
surprenant de constater combien ces hommes n’ont en fait pas pour dénominateur
commun une origine professionnelle, mais bel et bien une origine géographique,
Saint-Pétersbourg et, plus précisément, sa mairie. Celle-ci, on s’en souvient, a été
le foyer de l’ascension politique du président russe qui y a débuté sa carrière dans
l’équipe de politiciens et d’économistes libéraux de l’ancien maire, A. Sobtchak,
aujourd’hui décédé. Sous la férule d’un autre éminent Pétersbourgeois, A. Tchoubaïs,
les membres de ce groupe constituent l’ossature économique du gouvernement
russe depuis 1993. Cette origine géographique unique de la plupart des principaux
collaborateurs de V. Poutine ne peut être une simple coïncidence. Le président est
bien le produit d’un clan et d’une vision politique mis en place autour d’A. Sobtchak
il y a une décennie et dont il n’a pas pu ou voulu se séparer. Pourquoi Saint-Pétersbourg ? Probablement parce que Sobtchak, au début des années 1990, a su
réunir autour de lui une équipe compétente et soudée qui, plus tard, a su s’imposer
sur une scène politique gangrenée par les luttes stériles des clans et des coteries
qui gravitaient à Moscou autour de B. Eltsine. G. Gref, D. Medvedev, D. Kozak,
A. Tchoubaïs, A. Miller, A. Koudrin ont tous occupé au début des années 1990
des fonctions importantes à la mairie de Saint-Pétersbourg au même moment que
Poutine. D’autres sont des compagnons d’études (S. Ivanov, Nikolaï Bobrovskiy,
l’adjoint au directeur du Secrétariat du Premier ministre) ou de travail (au
KGB/FSB) du président, parfois depuis son séjour en RDA dans les années 1980
(V. Ivanov, Viktor Tcherkessov, S. Chemezov, A. Belianinov), d’autres sont nés et
ont effectué leurs études civiles ou militaires à Léningrad (Igor Setchin, Alexander
Sokolov, B. Gryzlov, S. Mironov, Sergueï Ignatiev, Iouri Zaostrovtsev), d’autres
encore y ont été longtemps en poste (S. Stepachin, vice-président de l’Institut
d’histoire politique, N. Patrouchev, ancien du KGB de Saint-Pétersbourg, etc.).
[30]
LES MISSI DOMINICI DU PRÉSIDENT POUTINE DANS LES DISTRICTS FÉDÉRAUX
Inspecteurs fédéraux
Adjoints avec un passé dansChef de district fédéral ( 2004) principaux30 avec un passé dans
un ministère de force ( 2001) un ministère de force ( 2001)
Centre:
Georgiy Poltavchenko 3 sur 8 ( 1 FSB, 1 ministère 10 sur 18 ( 4 FSB, 2 MVD,
(KGB/police des impôts et de la Défense et 1 police 2 ministère de la Défense,
des douanes) des impôts) 1 police des impôts,
1 troupe des chemins de fer)
Nord-Ouest:
Ilya Klebanov (civil) 4 sur 6 ( 2 FSB, 1 ministère 7 sur 10 ( 2 ministère de la
de la Défense, 1 procurature Défense, 2 police des impôts,
militaire) 1 FSB, 1 MVD, 1 procurature
militaire)
Volga:
Sergueï Kirienko 1 sur 6 (procurature militaire) 6 sur 13 (MVD, FSB, ministère
(civil, ancien de la Défense, ministère des
Premier ministre) situations d’urgence, police
des impôts, gardes-frontières)
Sud:
Dmitriy Kozak 2 sur 7 (ministère de la 5 sur 9 ( 3 ministère de la
(civil) Défense et MVD) Défense, 2 MVD)
Oural:
Piotr Latyshev (MVD) 1 sur 5 (FSB) 3 sur 6 (FSB, MVD, ministère
de la Défense)
Sibérie:
Anatoliy Kvachnin 2 sur 6 (FSB, police des 2 sur 11 (MVD, FSB)
(Armée de terre) impôts)
Extrême-Orient:
Konstantin Pulikovskiy 3 sur 6 ( 3 ministère de 1 sur 8 (gardes-frontières)
(Armée de terre) la Défense)
Total 16 sur 44 ( 36%) 34 sur 75 ( 45%)
Source: Rambler. ru: Rossiyskaya Vlast’ ((http:// vlast. rambler. ru). Mise à jour: Cyrille Gloaguen.
ANATOLIY SOBTCHAK, LE MENTOR DE POUTINE
Né en août 1937 à Chita, en Sibérie, Anatoliy Sobtchak aura été l’un des hommes
politiques russes les plus importants de la décennie 90 grâce au rôle qu’il aura joué dans la
réhabilitation du capitalisme et des libertés civiles en Russie. Cette importance, Sobtchak
la doit aussi à l’équipe de jeunes réformateurs libéraux qu’il aura su réunir autour de lui à
Saint-Pétersbourg, et qui, dans le sillage de son ancien élève à l’université de la ville, V. Poutine, s’est aujourd’hui installée au Kremlin. Paradoxalement, alors qu’il haïssait la
Sécurité d’État et la violence politique, c’est lui qui sera à l’origine de la carrière politique
de l’actuel président russe, ex-lieutenant colonel du KGB ! Diplômé en droit de l’Université d’État de Léningrad (LGOu) en 1959, Anatoliy Sobtchak y est affecté en 1973
comme professeur après plusieurs postes dans divers collèges et universités du pays,
avant d’être nommé directeur de la faculté de droit du LGOu au début de la Perestroïka.
Ilsoutient alors activement les réformes de Gorbatchev, mais ce n’est qu’en juin 1988
qu’il obtiendra sa carte de membre du PCUS. C’est le début de sa carrière politique.
L’année suivante il est élu au Soviet suprême où il dirigera la commission chargée d’enquêter sur les événements sanglants du printemps 1989 à Tbilissi. Avec l’échec de la Perestroïka, Sobtchak change son fusil d’épaule et se joint aux adversaires de Gorbatchev,
c’est-à-dire au « groupe des députés interrégionaux » formé pour soutenir Eltsine et ses
réformes libérales. Le 13 juillet 1990, il démissionne du PC, tout comme Gavril Popov, le
maire de Moscou. Un an plus tard, en juin 1991, il est élu maire de Léningrad, à laquelle
il va redonner son ancien nom de Saint-Pétersbourg. Il demeurera à ce poste jusqu’en
juillet 1996, date à laquelle il devra céder la mairie à Vladimir Iakovlev, celui-là même
que Poutine poussera au départ en 2003 (voir tableau ci-après).
Privé de son poste et de ses réseaux, tandis que dans le même temps Eltsine connaît
des difficultés politiques, l’étoile de Sobtchak commence alors à pâlir. En octobre 1997, il
est arrêté par les forces spéciales du ministère de l’Intérieur et forcé de témoigner dans une
affaire d’abus de pouvoir alors qu’il dirigeait Saint-Pétersbourg. Pendant l’interrogatoire il
subit une première attaque cardiaque. Libéré, il part alors en France pour s’y faire soigneret
où il demeurera jusqu’en juillet 1999, donnant de temps à autre des conférences dans les
universités. À Moscou, les services du procureur général, Iouri Skouratov, se déchaînent
contre l’ancien maire et lancent contre lui des accusations de corruption et d’abus de pouvoir. En février 1999, V. Poutine, l’ancien adjoint de Sobtchak à la mairie de Saint-Péterbourg et directeur du FSB depuis juillet 1998, fera tomber Skouratov après l’avoir
fait filmer en pleins ébats dans un sauna avec deux prostituées. Sobtchak peut revenir en Russie. Il n’y jouera cependant plus de rôle politique si ce n’est celui de confident et de
conseiller de son ancien élève, V. Poutine, qui va quitter le FSB pour devenir Premier
ministre. Aigri et déçu par les réformes eltsiniennes, sa pensée se radicalise alors : il écrit
un livre sur Joseph Staline et déclare à qui veut l’entendre que la Russie a besoin d’un
homme politique ayant la « poigne de fer » du dictateur soviétique afin de faire cesser les
prévarications et l’action des oligarques qu’il aura pourtant fortement encouragées à Saint-Pétersbourg.
Celui qui se qualifiait lui-même de « réaliste radical » et se disait inspiré par les discours
de Martin Luther King meurt d’une crise cardiaque le 20 février 2000 à l’âge de soixante-deux ans, alors qu’il menait campagne pour V. Poutine. Celui-ci a toujours prétendu que
l’ancien maire de Saint-Pétersbourg avait été assassiné.
Ce ne sont là que quelques exemples pris parmi les principaux collaborateurs de
V. Poutine, mais la démonstration reste valable quel que soit le niveau de hiérarchie
observé. Il serait cependant très réducteur de ne voir dans l’entourage du président
russe que des siloviki originaires de Saint-Pétersbourg ou d’anciens camarades de
travail ou d’université. Les parcours professionnels des membres du gouvernement
de M. Fradkov montrent aussi combien V. Poutine a aussi placé une partie de sa politique sous l’influence des grands groupes oligarchiques, dont certains, ce n’est pas
antinomique, ont d’ailleurs des liens avec les proches de V. Poutine évoqués ci-dessus [Gloaguen, 2004]: holding Alfa, RAO-UES/A. Tchoubaïs, Gazprom, société
d’assurances Ingostrakh, RusAl, Sibneft, Severstaltrans, Rosneft, Mejprombank,
Interros/Norilsk, etc.
LA MÉTHODE POUTINE EN ACTION À SAINT-PÉTERSBOURG
La méthode utilisée par Vladimir Poutine pour chasser de la région de Saint-Pétersbourg
son gouverneur, Vladimir Iakovlev, un de ses plus vieux ennemis, est riche d’enseignements pour comprendre enjeux et modes d’exercice du pouvoir dans la Russie contemporaine. Cette affaire illustre, en fait, la façon dont Poutine utilise certaines de ses relations
au sein de l’ex-KGB comme un vivier d’hommes pour s’autonomiser et mener sa stratégie
de pouvoir. Celle-ci, après les attaques récentes contre la holding Yukos, semble à présent
rodée et décomplexée. Pour autant, il est patent que certains acteurs, même réputés proches
du président, mènent leur propre jeu.
1er acte : Viktor Tcherkessov, un général du KGB/FSB avec qui Poutine a chassé les
dissidents à la fin des années 1970 sous les ordres de Iouri Andropov et qu’il a côtoyé à
l’université de droit de Léningrad, est nommé en mai 2000 à la tête du district fédéral du Nord-Ouest (qui englobe Saint-Pétersbourg). Sa petite équipe est issue en grande partie
duFSB et des structures de force.
2e acte : Le 5 décembre 2001, Sergueï Mironov, vice-président de l’Assemblée législative de Saint-Pétersbourg et proche de Poutine depuis qu’il l’a aidé à faire réélire A. Sobtchak à la mairie de Saint-Pétersbourg en mars 1996 en manipulant les règles électorales, est propulsé à la tête du Conseil de la Fédération (chambre haute du Parlement) avec pour mission de faire obstacle à la politique locale de Iakovlev. Une campagne de
presse calomnieuse faisant de Saint-Pétersbourg la « capitale du crime » est lancée, tandis
que les pressions sur Iakovlev pour qu’il ne sollicite pas un 3e mandat se font de plus en
plus insistantes.
3e acte : De février à mars 2003, la presse laisse régulièrement entendre que Iakovlev
pourrait jeter l’éponge. L’essentiel du travail étant fait, le général Tcherkessov n’a plus de
raison de rester à son poste. Il est nommé en mars 2003 directeur du Comité pour la lutte
contre la drogue et les psychotropes, tout juste créé, et est remplacé par Mme Matvienko, 54 ans, ancien vice-Premier ministre en charge des Affaires sociales. Celle-ci arrive avec
dans ses bagages Andreï Tchernenko, colonel-général du ministère de l’Intérieur
et proche de Sergueï Stepachin, un ami de Poutine, président de la Cour des comptes et,
accessoirement, ancien directeur du FSK, le service prédécesseur du FSB. Cette nomination,
bien entendu, ne doit rien au hasard : Mme Matvienko s’était déjà présentée sans succès en 2000 contre V. Iakovlev. Enfin, le 9 juin, le dispositif est complété par la nomination d’un
autre proche de Poutine, le général Sergueï Smirnov, au poste de premier adjoint du
département du FSB de Saint-Pétersbourg. En avril, une inspection de la Cour des
comptes révèle la disparition d’un milliard de roubles des fonds alloués à Saint-Pétersbourg
dans le cadre des festivités du 300e anniversaire de la ville. Le Budget fédéral, comme l’y
autorise la loi, décide alors de retirer cet argent des futures allocations versées à la ville.
Parallèlement, 31 enquêtes sont lancées contre des proches de V. Iakovlev.
4e acte : Iakovlev démissionne le 16 juin 2003 et est nommé le jour même vice-Premier
ministre en charge de la réforme du logement, un poste qui n’existait pas 24 heures auparavant ! De nouvelles élections sont programmées. MmeMatvienko se porte candidate.
5e acte : Alexandre Beglov, l’ancien vice-gouverneur de Saint-Pétersbourg et chef de la
section locale de Russie unie, le parti pro-Kremlin, est nommé gouverneur par intérim.
Face aux pressions, la directrice de la chaîne de télévision de Saint-Pétersbourg, Mme Irina Terkina, dont la ligne éditoriale est jugée trop favorable à Iakovlev, est à son
tour poussée à la démission. Elle est, le lendemain, remplacée par Igor Ignatiev, un cadre
de la compagnie d’État de radio-télévision (VGTRK), dont le vice-directeur est Alexandre Jdanovitch, encore un général du FSB.
6e acte : Le 3 septembre, la vice-gouverneur de Saint-Pétersbourg en exercice, Anna Markova, ancien colonel de police, qui se présente contre MmeMatvienko, demande l’invalidation de la candidature de cette dernière après qu’elle eut été reçue au Kremlin par V. Poutine
devant les caméras de télévision, entretien que la vice-gouverneur associe à un parrainage
officiel. MmeMatvienko échappe à la polémique en se défaussant sur la 1re chaîne de télévision et la chaîne Rossiya, rendues coupables d’avoir diffusé le reportage. Le 18 septembre,
deux inconnus armés pénètrent dans la permanence de MmeMarkova et y volent un ordinateuraprès avoir molesté le garde de service. Mise en gardeou vol banal ?
7e acte : Le 5 octobre 2003, Valentina Matvienko est élue gouverneur au 2e tour avec 63,12% des votes ( 1er tour 48,61%), contre 17,8% à son adversaire. Le résultat de cette
dernière est toutefois une surprise : les sondages ne lui accordaient pas plus de 7%. Seuls 28,24% des électeurs se sont toutefois déplacés pour voter. Le 20 octobre, sur demande
du nouveau gouverneur, S. Stepachin accepte de mettre fin à l’enquête sur la disparition du
milliard de roubles. Enfin la boucle est bouclée avec la nomination à la tête du district fédéral du Nord-Ouest d’Ilia Klebanov, l’ancien ministre de l’Industrie, de la Science et de la Technologie, vieux Pétersbourgeois et membre historique de l’équipe Poutine.
L’ensemble des observateurs politiques ont noté que la campagne de Mme Matvienko,
même si elle disposait des « ressources administratives » du pouvoir central, d’un certain
contrôle des médias locaux et du soutien direct d’A. Volochine, le secrétaire général du Kremlin, a été bien plus énergique et plus intelligemment menée que celle de Mme Markova, qui, par exemple, n’a pas réussi à se faire parrainer par un grand parti. D’autres
observateurs ont avancé l’idée que Mme Markova travaillait de concert avec sa rivale.
Il est vrai que V. Iakovlev lui-même a pendant la campagne au moins deux fois déclaré
soutenir Mme Matvienko. Mais l’homme était peut-être déjà sous pression. En fait, les
coulisses de ces élections demeurent dans l’ombre.
On sait ainsi que le puissant lobby qualifié par la presse de « Membres des services de
sécurité de Saint-Pétersbourg » s’est beaucoup agité pendant ces élections. Constitué par
d’anciens officiers du KGB, dont Igor Setchin et Viktor Ivanov, adjoints du secrétaire
général du Kremlin, Vladimir Oustinov, le procureur général et Nikolaï Patrouchev, le
directeur du FSB, il aurait joué ses propres intérêts contre ceux du parti présidentiel Russie
unie. Selon certains observateurs, il aurait initialement soutenu Konstantin Soukhenko, le
leader de Russie unie au conseil municipal de Saint-Pétersbourg, mais celui-ci se serait
rapidement aliéné le soutien de ses supporters moscovites par impatience et par esprit d’indépendance. Le 30 juillet, en tout cas, 7 jours après s’être déclaré candidat, il est renvoyé du
parti. Russie unie se serait alors tourné vers Mme Matvienko, et Setchin et Ivanov vers Sergueï Beliaev, l’ancien président de la Commission pour la propriété d’État et leader de Notre Maison la Russie, le parti de l’ancien Premier ministre, Viktor Tchernomyrdine, à
la Douma de 1995 à 1999. Fin août, le directeur de campagne de Mme Markova et celui
des campagnes de V. Iakovlev en 1996 et en 2000, Vladimir Bolchakov, quitte cette dernière pour rejoindre Beliaev. Les supporters de Mme Matvienko vont alors propager des
rumeurs de corruption sur Beliaev et perturber ses réunions électorales au point qu’il se
verra obligé de les tenir sur des bateaux-mouches sur la Neva ! Il n’obtiendra que 8,18%
des votes. Dans cette histoire il semble donc que deux groupes d’intérêts se soient opposés :
d’un côté celui de Poutine et de Volochine, de l’autre le bloc Setchin-V. Ivanov. Ces deux
groupes étant tous deux largement issus de l’ex-KGB, il est donc erroné de faire de celui-ci ou ses successeurs directs, FSB et SVR, une machine institutionnelle obéissant mécaniquement aux ordres du président russe. Bien au contraire, et on pourrait citer de
nombreux exemples, les services spéciaux, tout comme les forces armées et les administrations centrale et régionale, semblent aujourd’hui travaillés par des conflits d’intérêts,
des courants que l’on pourrait qualifier de « politico-économiques » pour ne pas dire « d’intérêts privés ».
Pour se rassurer on remarquera toutefois que l’éviction de M. Iakovlev de son poste
de maire de Saint-Pétersbourg s’est déroulée sans violence apparente. Tel ne fut pas le
cas, au printemps 2002, de celle d’Alexandre Prokhorov, le gouverneur de la région de Smolensk, remplacé sur ordre de V. Poutine par le général Viktor Maslov, ancien directeur
du FSB de cette même région et proche du communiste G. Selezniev, le président de la Douma, qui a, elle, débouché sur l’assassinat en moins de six mois de huit personnalités
régionales, dont celle de l’adjoint de M. Prokhorov, le vice-gouverneur A. Makarenko !
Ces différents exemples relativisent donc le pouvoir du président Poutine et celui, presque
occulte, des services spéciaux. Laissons au député Iouli Ribalov le soin de conclure : « Il y
a des groupes au sein des services spéciaux qui ont de plus en plus d’influence et d’argent.
[...] Ce sont des forces qui ne veulent pas de l’idéologie libérale dans la politique russe »
[Subtil, 2003].
Les cercles du pouvoir russe ne sont donc pas dominés, comme on ne cesse de
l’entendre, par un groupe organisé, fait de militaires et de membres des structures
de force, et défendant des idées que l’on qualifierait volontiers en Europe de nationalistes, voire de militaristes. S’il existe des lobbies militaires, ce sont des lobbies
« capitalisant », si j’ose dire, dans les grands états-majors de force et d’armée, sur
l’héritage soviétique, c’est-à-dire refusant toute réforme portant atteinte aux
structures des forces armées et à la base industrielle et technologique de défense
(BITD). Ce sont avant tout des lobbies conservateurs qui refusent toute restructuration qui pourrait mettre en péril leur situation personnelle. L’exemple classique de
ces lobbiesest celui de l’état-major général (EMG) du général Kvachnin dont les
hommes occupaient les principaux postes à la tête des différents armées et s’opposaient aux réformes voulues par leur ministre, S. Ivanov, pourtant lui aussi issu
des structures de force. Preuve de sa puissance – ou au contraire de la faiblesse de
V. Poutine –, quatre ans auront été nécessaires au président pour se débarrasser de
l’encombrant général. On a vu ci-dessus que le chef de l’État utilisait surtout les
siloviki comme des outils au service de sa politique, n’hésitant pas à les renvoyer
quand il les jugeait devenus inutiles ou lorsqu’ils avaient montré leur incompétence. En règle générale, la même logique est suivie par tous les partis qui comptent
dans leurs rangs des siloviki. Quand l’un d’entre eux perd un poste électoral, il
n’est pas forcément remplacé par un autre silovik. Le cas du général G. Chpak, par
exemple, l’ancien commandant des troupes aéroportées et membre du parti ultranationaliste Rodina, est particulièrement illustratif de cette règle. Quand il quitte
son poste de député après avoir été élu en mars 2004 à la tête de l’oblast de Riazan,
c’est le vice-président de l’Union des industries charbonnières, Rouben Badalov,
qui le remplace et non un autre général. Enfin, une fois installé dans son nouveau
poste, c’est encore un civil que Chpak désigne pour être son représentant au
Conseil de la Fédération en la personne d’Andreï Ichtchouk, directeur de l’entreprise VolgaburMach et qui a probablement financé sa campagne électorale. On
notera, nouvelle preuve que les siloviki ne se sont nullement donné le mot pour
s’emparer du pouvoir à leur profit, que le principal concurrent de Chpak pour le
poste de gouverneur n’était autre qu’un autre officier, du SVR celui-là, le colonel
Igor Morozov.
Imaginer que les siloviki se sont emparés du pouvoir en Russie, pour leur profit personnel ou pour des raisons idéologiques, relève de la chimère. Pourtant,
diront certains, les budgets militaires ne cessent de croître en chiffres bruts. C’est
vrai, mais ils ne font en cela que coller à la courbe ascendante du PIB tout en
demeurant strictement dans une enveloppe représentant, depuis des années, 2,5 à
3% de ce même PIB. Les structures de force sont également trop nombreuses et
trop concurrentes, trop éclatées aussi entre différents ministères et services, pour
s’accorder sur un destin commun pour elles et pour le pays.
Annexe : Les forces armées russes et les ministères de force en 2001
Appellation
Ministère des
Situations d’urgence
et de la Sécurité
civile (MtCH)
Ministerstvo Rossiyskoy
Federatsii po delam
grazhdanskoy oborony,
tcherzvytchaynym
situatsiam i likvidatsii
posledstviy
tikhiynykh bedstviy
Effectifs
370000, plus
70000 experts
et professeurs31
Rôle
Missions de défense civile. Dans le
domaine de la défense, assure en
conformité avec la politique nationale
de Défense nationale la coordination
de l’activité des unités militaires pour
effectuer les missions de défense du
pays et de sécurité de l’État dans le
domaine de la défense civile, de la
prévention et du traitement des catastrophes. Participe aux travaux de
l’état-major général (EMG) d’élaboration du plan d’emploi et de mobilisation des forces armées et du
programme d’État de défense territoriale. Organise en liaison avec l’EMG
et après avoir reçu son autorisation la
planification des missions et l’emploi
des unités de défense civile dans le
cadre de la Défense, prépare les
forces armées à leurs missions de
défense civile.
Dispose d’environ 2 000 hommes
des forces spéciales « de protection
des infrastructures d’aviation et des
aéroports» et une force spéciale de
250 hommes environ du 271e bataillon
des opérations spéciales de la défense
civile. On a ainsi vu une centaine de
ses hommes débarquer à Kaboul après
la chute des Talibans pour y construire
un hôpital de campagne, tandis que
d’autres déminaient « 234000 mètres2
au Kosovo32 ». Ils combattent également en Tchétchénie.
Remarques
Missions fixées par
décret présidentiel
n° 953 du 2 août
1999
Appellation
Détachements
spéciaux de protection
de la police des
impôts et des
Douanes (FSNP)
(Federal’naya Sluzhba
nalogovoy politsii
Rossiyskoy Federatsii)
Comité d’État pour
la lutte contre le
trafic de drogue
et de substances
psychotropes
(GKN)
(Gosudarstvenniy
komitet po borbe s
nezakonnomym
oborotom narkotikov i
psikhotropicheskikh
veshchest)
Service fédéral des
frontières (FPS)
(Federal’naya Pogranitchnaya Sluzhba)
Troupes du ministère
de l’Intérieur
(Vnutrenniye Voyska)
Effectifs
10000
?
140000 gardesfrontières
( 168000 autorisés) et 14500
civils en 2001
193000 (dont
40000 troupes
mécanisées,
Rôle
Anciennement «troupes de frontières
du KGB». Plus de 400 navires, 200
hélicoptères, chars, blindés, artillerie,
avions de transport. Directement
rattaché au président de la Fédération. Il dispose de son propre service
de renseignement. En cas de conflit,
missions de défense de l’intégrité du
territoire sous les ordres de l’EMG.
En temps de paix, missions également de recueil de renseignement et
de contre-espionnage. Forme et gère
le personnel de sécurité des ambassades russes.
Commandos Rus’Skif, Bars, Polyarnyy Medved’, Vityaz. Disposent de
blindés, d’aviation. En octobre 2002,
Remarques
Le FSNP a été supprimé à compter
du 1er juillet 2003,
personnel versé au
ministère de l’Intérieur et au Comité
de lutte contre la
drogue (GKN)
Créé en mars2003.
Dirigé par un ancien
général du KGB
(V. Tcherkessov)
Missions définies
par la loi du 1er avril
1993
Rattaché en mars
2003 au FSB
Missions fixées par
décret présidentiel
n°1039 du 18 juillet
Commandos et
groupes spéciaux
du ministère de
l’Intérieur
Direction principale
du renseignement
militaire (GRU)
Service fédéral de
protection (FSO)
(Federal’naya Sluzhba
Okhrany)
Agence fédérale de
transmission gouvernementale (FAPSI)
(Federal’noye
Agentsvo Pravitel’stcomme la division Dzerzhinskiy, et 1100
commandos)
1700
12000
23000 (dont
200 troupes
d’élite)
54000
le ministre de l’Intérieur annonçait la
création de 6 nouvelles unités antiterroristes qui devraient comprendre
au total 3 700 hommes. Dispose de
chars lourds, de blindés, d’artillerie
et d’hélicoptères.
Rattaché aux Troupes de l’intérieur:
OMON, SOBR, commandos Fakel,
Vega (tous utilisés dans les opérations de Tchétchénie).
Rattaché à l’état-major général.
Rôle: renseignement opérationnel
sur les armées étrangères. Équivalent, plus ou moins, de la DRM et
du COS français.
Directement rattaché au président
de la Fédération. Créé en juin 1996
par fusion avec le SBP, le service de
sécurité de la présidence dirigé par
le fameux général Korjakov. Il a
pour fonction d’identifier et de prévenir toute atteinte aux bâtiments
(dont le Kremlin) abritant le gouvernement et à leurs annexes ainsi
que de combattre le terrorisme, de
protéger les autorités politiques,
dont le président. Il pourrait aussi
coordonner l’action des autres
services de sécurité. Dispose de
blindés et d’artillerie et d’un régiment parachutiste.
Équivalent russe de la NSA américaine. Transmission pour le gouvernement (COMINT, ELINT, cryptographie...). Mais aussi pour le ministère
de la Défense entre autres les forces
stratégiques nucléaires [Bennett,
1996, modifié le
6 septembre 1997,
les 24 avril, 27 mai
et 20 octobre 1998,
le 1er décembre
1999 et le 13 janvier 2001
Directeur: E. A.
Murov
Supprimé en mars
2003. Ses missions
et son personnel
ont été repris par
le ministère de la
Défense et le FSB
vennykh Svyazey I
Informatsii)
Service extérieur de
renseignement (SVR)
(Sluzhba vnezhney
razvedki)
Service fédéral de
sécurité (FSB)
(Federal’naya Sluzhba
Bezopasnosti)
Ministère de la
Défense
(Ministersvo Oborony)
Service fédéral des
troupes de voies
ferrées (FSZhV)
(Federal’naya sluzhba
zheleznodorozhnykh
voysk Rossiyskoy
Federatsii)
12000 environ
76000 environ
960000 environ
dont peut-être
300 000 civils
en 1999
50000
2000]. Entretient également l’ensemble des réseaux bancaires du
pays.
Directement rattaché au président
de la Fédération.
Directement rattaché au président de
la Fédération. Commandos spéciaux
Zaslon et Kaskad ( 300 à 500 hommes
chacun).
Plus ou moins équivalent au FBI
américain. Missions de contre-espionnage. Directement rattaché au
président de la Fédération. Commandos spéciaux Alfa33 ( 700 hommes,
anti-terroriste), Beta, Zenit et Vympel’
(protection des infrastructures stratégiques). A repris en mars 2003
une partie des missions du FAPSI.
Les gardes-frontières (FPS) lui sont
rattachés depuis mars 2003.
Entretien des voies de chemin de fer
dans le cadre d’une mobilisation de
masse et des missions de Défense
nationale
Ancienne 1re direction générale du
renseignement
extérieur du KGB
Directeur: N. P.
Patrushev
Missions fixées par
décret présidentiel n° 1357 du
11 novembre 1998,
modifié le 25 mars
et le 1er décembre
2000
Service supprimé
début 2004. Ses
unités ont été probablement rattachées au MINDEF
Appellation
Troupes de
protection chimique
Direction principale
des prisons du ministère de la Justice
Service fédéral
de constructions
spéciales
(Federal’naya sluzhba
spetsial’nogo stroitel’
stva rossiyskoy federatsii)
Direction principale
des programmes
spéciaux de la
présidence
Ministère de
l’Énergie atomique
(Minatom)
Effectifs
10000
?
14000 (dont
5800 civils)
20000
?
Rôle
4 brigades NBC mobiles destinées à
lutter contre tout cataclysme industriel (Tchernobyl par exemple).
Commandos spéciaux (GUIN) chargés de mater les rébellions dans les
prisons, mais on retrouve également
ses hommes en Tchétchénie.
Créé en 1997 il comprend: une direction militaire principale d’exploitation et d’entretien du ministère des
Télécommunications; une direction
centrale des unités militaires de
construction du ministère de l’Énergie nucléaire; un service fédéral de
construction de routes. Son rôle est
de construire des bunkers et des
installations nucléaires, des infrastructures sensibles (postes de
commandement, silos de missiles,
centres spatiaux, etc.).
Mène, en liaison avec le Conseil
de sécurité, la politique nationale
d’études, de production et de
démantèlement des armes
nucléaires et de coopération
nucléaire avec l’étranger. En
liaison avec le ministère des
Remarques
commandant :
général-colonel
Abros’kin Nikolay
Pavlovitch. Service rattaché au
MINDEF début
2004
Missions fixées
par décret n° 392
du 5 avril 1997,
modifié le 5 mars
1998 et le
22 octobre 1999
Rosto34 (organisation
technique et sportive
de la Défense)
(Rossiyskaya obo-ronnayasportivno-
tekhnitcheskaya
organizatsiya)
Nombre de
cadres inconnus.
Également
encadrement
par réservistes
Affaires étrangères, il est responsable de l’exécution du Traité de
non-prolifération nucléaire et des
accords russes dans le domaine
nucléaire.
Également responsable dans le
domaine militaire de l’approvisionnement et du remplacement du
combustible nucléaire des sous-marins (le ministère des Transports
étant responsable de son transport), de la surveillance des sites
nucléaires (via le GosAtomNadzor
ou Comité pour la surveillance
nucléaire) et, depuis un décret de
mai 1998, du contrôle du démantèlement des sous-marins nucléaires.
Il possède également un « Département de conception et d’expérimentation des armes nucléaires»,
auquel sont rattachés des centres
nucléaires fédéraux (Arzamas-16,
Tchéliabinsk-70, etc.). Aujourd’hui
le programme nucléaire du Minatom ne représenterait plus que 10%
du volume général de ses activités.
Organisation d’entraînement des
jeunes collégiens du secondaire,
des jeunes élèves officiers de 1re et
2e années des écoles de pilotage et
des réservistes pilotes (entraînement
au vol), entraînement des réservistes
parachutistes (sauts). Le matériel de
transmission et de contrôle aériens
est fourni par le ministère de la
Financée par le
budget de la
Défense
Organismes
paramilitaires
divers (Kaskad,
Cosaques...)
Plusieurs
milliers
d’hommes
Défense. Le Rosto participerait également à la surveillance des frontières. Dirigé par un général-major.
Des rumeurs venant du département
des affaires cosaques de l’administration présidentielle laissent entrevoirque des unités cosaques pourraient être intégrées dans le FPS.
Certaines, comme
Kaskad par
exemple, forment
les enfants à partie
de l’âge de 12 ans.
Source: compilation par l’auteur de la presse nationale et internationale. Dr Mark GALEOTTI, Jane’s
Intelligence Review, mai 1992, p. 48.
·
BENNETT G., The Federal Agency of Government Communications and Information,
Conflict Studies Research Centre, août 2000.
·
DICK C. J., Military Reform and the Russian Air Force, Conflict Studies Research Centre,
1998.
·
FELGENHAUER P., « Leaking, Lobbying, Lootin », Moscow Times, 18 juillet 2002.
·
GALEOTTI M., « When the Generals Become Politicians », Jane’s Intelligence Review,
décembre 1995.
·
GLOAGUEN C., « Le nouveau gouvernement Poutine est-il vraiment indépendant des oligarques ?», hhttp :// www. regard-est. com/ Revue/ Numero36/ Poutine. htm,avril-juin 2004.
·
GOLTS A., « Army Poised to Strike in Russia’s Elections », The RussiaJournal, 15 novembre
1999.
·
JEGO M., « Quinze mille personnes ont commémoré les événements sanglants d’octobre
1993 », Le Monde, 4 octobre 1994.
·
KOMAROV V., « Playing for the Military’s Vote a Dangerous Game », The Russian Journal,
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·
KOVALEV V.N., Socialistitcheskii voinskii kollektiv : sociologitcheskii otcherk, Voenizdat’,
Moscou, 1980.
·
KRYCHTANOVSKAÏA O., WHITE S, « Putin’s Militocracy », Post-Soviet Affairs, vol. 19, n° 4,
octobre-décembre 2003, p. 289-306.
·
RYBKIN I., « Towards Peace in Chechnya », Carnegie Endowment, 23 octobre 2002.
·
SAPIR J., Le Système militaire soviétique, La Découverte, Paris, 1988.
·
SUBTIL M.-P., « Russie : l’ère du crime n’est pas finie », Le Monde, 25 avril 2003.
·
TAYLOR, BRIAN D. « Russian Civil-Military Relations after the October Uprising », Survival,
printemps 1994.
[*]
Institut français de géopolitique, université Paris-VIII.
[1]
Structures de force
(siloviye struktury) : traditionnellement ensemble des services, agences
et ministères comprenant des forces armées (ministères de la Défense, de l’Intérieur, des Situations
d’urgence, Troupes du ministère de l’Intérieur, FSB, SVR, etc.) auxquels on peut ajouter les organisationsparamilitaires
(voyenizirovanniye struktury).
[2]
Les statistiques avancées en 1999 par le procureur général militaire font état de « 700 à
1000 morts par an » dans des situations de non-combat. Pour 2002, d’autres chiffres, tout aussi
officiels, font état de plus de 2000 morts et de 20 000 blessés en situation de non-combat (hors
Tchétchénie) (
The Associated Press, 26 novembre 2002, « Putin tells military to step in line »,
citant une source Interfax-AVN).
[3]
Vestnik Voyennoy Informatsii, n° 12 ( 132), décembre 2002, p. 11.
[4]
Gazeta.ru, 19 novembre 2003.
[5]
MosNews, 27 avril 2004.
[6]
Interfax, 27 février 2004.
[7]
Novaya Izvestiya, 18 août 2001.
[8]
Military News Agency (AVN), 5 décembre 2000.
[9]
Nikolaï Kochman, président du Gosstroï, dont les fonctions recoupent plus ou moins
celles de notre ministère du Logement (
The Russia Journal du 25 novembre 2003).
[10]
Rapport du Comité pour les statistiques d’État publié mi-septembre 2001 à Moscou.
[11]
Selon V. N. KOVALEV,
Socialistitcheskii voinskii kollektiv : sociologitcheskii otcherk,
Voenizdat’, Moscou, 1980, cité par Sapir [ 1988], à la fin des années 1980 une jeune recrue
subissait environ une heure et demie de formation politique par jour normal, et de deux à quatre
heures par jour de repos.
[12]
Rossiyskaya oboronnaya sportivno-tekhnitcheskaya organizatsiya.
[13]
Présidée par l’amiral Tchernavin, l’ancien chef d’état-major de la Marine, l’association,
qui a pour but de développer un esprit patriotique parmi les jeunes gens, comptait plus de
9000 membres en 1998.
[14]
De
« sila », la « force » en russe.
[15]
Collège des membres de plein droit et collège des candidats-membres.
[16]
Sous l’URSS, les Troupes de l’intérieur étaient en charge du maintien de l’ordre et de la
sûreté des arrières du corps de bataille en cas de conflit (rôle de l’OSNAZ, commandement des
troupes spéciales), de la garde de certains points sensibles (ponts, entreprises importantes, etc.),
des troupes d’escorte (condamnés, convois, etc.).
[17]
Le KGB (
Komitet po gosudarstvennoy bezopasnosti, Comité pour la sécurité d’État)
constituait un Comité d’État près le Conseil des ministres de l’URSS. Ses principales missions
étaient : le recueil et l’exploitation des renseignements politiques, économiques, scientifiques,
techniques, stratégiques, voire militaires, le contre-espionnage, la police politique et criminelle,
la protection des personnalités du régime, la sécurité de certaines installations (ex. le Kremlin), la
surveillance des étrangers et le contrôle des frontières.
[18]
Aux élections législatives (Douma) de 1999 le parti de Jirinovskiy a obtenu 5,9 8% des
sièges.
[19]
Cité par
TTU Europe, n° 478,8 janvier 2004.
[20]
Le Monde du 20 décembre 1966.
[21]
Russia Reform Monitor du 7 février 2000, citant une source de
Komsomolskaya Pravda.
[22]
Cité dans « Les
“siloviki” quadrillent les allées du pouvoir »,
Le Figaro, 31 octobre 2003.
[23]
Cité par
Russia Reform Monitor, n° 1091,4 novembre 2003.
[24]
« Les
“siloviki” quadrillent les allées du pouvoir »,
op. cit.
[25]
Igor KOROTCHENKO,
Nezavisimaya Gazeta, 6 mars 2002.
[26]
Agence fédérale de transmission gouvernementale.
[27]
29 postes. Choix personnel de l’auteur.
[28]
FSB : service de renseignement intérieur/contre-espionnage. Plus ou moins l’équivalent
de notre DST.
[29]
SVR : service de renseignement extérieur. Plus ou moins l’équivalent de notre DGSE.
[30]
Les inspecteurs fédéraux principaux ont été créés pour superviser les relations entre
Moscou et les régions.
[31]
Pravda.ru du 15 octobre 2003.
[32]
Interfax, 8 janvier 2002.
[33]
Créé en juillet 1974 sur ordre de Iouri Andropov, le commando d’élite du KGB
Alfa est
célèbre pour l’assaut donné contre la résidence du président afghan Hafizulla Amin le 27 décembre
1979. Depuis lors, il est de tous les coups durs : en janvier 1991, il s’empare du bâtiment de la télévision à Vilnius, mais lors du putsch de 1991 refuse le 19 août d’obéir aux ordres de prendre
d’assaut le Parlement. Par contre, le 4 octobre 1993, il n’hésitera pas à participer à l’attaque contre
la « Maison-Blanche » pour en déloger les parlementaires opposants à Eltsine. En juin 1995, il
échoue lamentablement à libérer les personnes prises en otages dans un hôpital de Boudionnovsk
par les terroristes tchétchènes de Chamil Basayev. C’est également le groupe
Alfa qui a réglé la
prise d’otages du théâtre de la Doubrovka à Moscou les 23 et 24 octobre 2002. Il a aussi participé
aux opérations en Tchétchénie.
[34]
Ce type d’organisation de jeunesse n’est pas spécifique à la Russie. En Grande-Bretagne, le
corps des Cadets, par exemple, qui accueille les jeunes de 11 à 18 ans, représente une « force » de
130 000 adolescents, dont 14 000 dans les « Sea Cadets » (
Armée d’aujourd’hui, n° 288, mars
2004, p. 8).