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Hérodote

2007/2 (n° 125)

  • Pages : 192
  • ISBN : 9782707152510
  • DOI : 10.3917/her.125.0007
  • Éditeur : La Découverte

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La Chine a profondément changé ces dernières années. Si les réformes ont bientôt trente ans, une refondation radicale des structures économiques, sociales et territoriales chinoises s’est engagée essentiellement depuis la relance par Deng Xiaoping de l’ouverture en 1992. Trois périodes peuvent en effet être distinguées depuis la politique de « réforme et d’ouverture » de 1978 : une période de transition postmaoïste, où la question d’une spécificité de la voie chinoise et de la possibilité d’allier efficacement régime communiste et économie de marché se posait (1978-1992); une période de refondation fondée sur le slogan d’une « économie socialiste de marché » et une polarisation urbaine du développement (1992-2001); et une période ouverte par l’adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fin 2001, période également où le Parti communiste s’est mué explicitement en parti national, où la Chine est devenue dépendante de la mondialisation pour soutenir la croissance de son commerce extérieur et ses besoins énergétiques, où la Chine, contrainte à se redéfinir comme une puissance mondiale émergente, articule un positionnement sur tous les continents à une politique de « développement pacifique ».

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Interpréter la Chine ne peut donc plus aujourd’hui se satisfaire d’une analyse des réformes des structures issues des premières décennies du régime communiste, ni d’une seule mise en perspective de l’héritage politique et culturel de l’Empire. La Chine change, car le monde change, et elle contribue dorénavant elle-même à le restructurer avec force dans ses équilibres économiques et de plus en plus géopolitiques. C’est la volonté de ce numéro d’Hérodote de montrer les nouveaux enjeux mondiaux au regard de l’émergence de la Chine – en prolongeant, en les développant largement, des questions traitées dans le Dictionnaire de la Chine contemporaine[1][1] Thierry SANJUAN (dir.), Dictionnaire de la Chine contemporaine,....

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Pour autant, la modernisation chinoise, son adoption de l’économie de marché et l’apparente « standardisation » des paysages urbains et des modes de vie ne signifient nullement que la Chine se banalise. Un régime autoritaire conserve un rôle fort à l’État. Il est clairement impossible de coller aux réformes chinoises le calendrier et les modalités des transitions des anciens pays communistes vers l’économie de marché. La Chine n’est pas la Russie postsoviétique, ni non plus d’ailleurs une nouvelle Amérique libérale en devenir.

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Même si les types de propriété des entreprises se sont nettement diversifiés, si les réformes juridiques permettent une individualisation de l’acteur économique, le politique reste déterminant dans la conduite du développement aux échelles tant nationale que locale : les grands groupes pétroliers chinois trouvent difficilement une autonomie par rapport au gouvernement central et, à l’autre bout de la chaîne, l’entrepreneur privé ne peut ignorer les contraintes réglementaires du pouvoir local – et éventuellement l’appétit financier de ses cadres.

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La société chinoise a successivement connu une décollectivisation rurale, puis urbaine. Elle n’est cependant pas en rupture totale avec l’héritage communautaire, qu’il soit « traditionnel » ou post-1949. Les Chinois invoquent de nouvelles valeurs (argent, propriété privée, loisirs, etc.), mais celles-ci se combinent aussi avec les strates précédentes de la trajectoire chinoise au XXe siècle. Il serait naïf de dire que « tout » a changé, et ridicule de soutenir que les Chinois restent pareils à eux-mêmes.

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La Chine redéfinit ses nouvelles formes collectives dans un contexte d’aggravation des disparités régionales et des inégalités sociales, elle recompose son identité dans un foisonnement de valeurs (pré-, post-1949 ou 1978, ou 1992), et l’objet du Dictionnaire de la Chine contemporaine a bien été de donner à comprendre la société chinoise dans son caractère pleinement contemporain, en soulignant donc pour cela son historicité.

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Ce dictionnaire a voulu donner à comprendre la complexité de l’actuelle transition chinoise et dessiner la silhouette, sur le plan intérieur comme dans ses actions extérieures, d’un pays qui est déjà l’un des pôles majeurs de l’espace mondial de ce nouveau siècle.

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La méthode suivie dans cet ouvrage a été de partir des notions issues des sciences sociales françaises, d’essayer d’entrer avec les clés mêmes de nos propres champs disciplinaires dans cette complexité chinoise. Ces champs étaient principalement l’anthropologie, l’économie, la géographie, l’histoire, les relations internationales, les sciences et les techniques, les sciences politiques et la sociologie. Chaque rubrique, regroupant chacune jusqu’à plus de dix auteurs différents, a été coordonnée par un collègue à la fois spécialiste de la Chine et du champ disciplinaire concerné.

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D’emblée, cette entreprise collective et intellectuelle a voulu croiser ces différents regards, respecter chez chacun sa spécificité et donner une cohérence à cette multitude pour donner en commun un portrait aussi fidèle que possible de la Chine d’aujourd’hui. Le but n’était pas de rendre compte d’une seule actualité, qu’elle soit économique ou sociale, mais de donner de vrais outils de compréhension enrichis d’un dialogue pluridisciplinaire.

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Le choix des entrées, des notions issues des sciences sociales, s’est imposé à nous au fur et à mesure par un souci non d’exhaustivité mais de lecture globale de la transition chinoise actuelle. Toutefois, ces catégories et mots français, venus de l’horizon d’attente épistémologique qui est le nôtre, se sont aussi, parfois, trouvés en décalage par rapport à la réalité sociale, culturelle, mentale chinoise.

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Comment partir d’une simple notion de « religion », quand les trajectoires éthiques et spirituelles de la Chine et de l’Occident sont si différentes ? Dans le contemporain, nous avons également retrouvé des interrogations héritées du temps long. Le but fut dès lors, pour les auteurs confrontés à de telles difficultés, de remettre en perspective le questionnement suggéré par l’entrée française choisie et d’indiquer sa formulation chinoise – en évitant des tautologies utilisant des mots chinois pour expliquer des réalités chinoises, cela afin de rester dans le registre d’un discours scientifique –, puis de renvoyer à d’autres notions complémentaires, elles-mêmes traitées dans le dictionnaire.

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En cela, le Dictionnaire de la Chine contemporaine s’est voulu un outil qui n’offre pas des définitions qui soient closes sur elles-mêmes, mais qui puissent aussi ouvrir des pistes de compréhension grâce à un jeu balisé de renvois, au niveau des renvois situés à la fin des articles et dans l’index final.

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Que faire, pour autant, des réalités chinoises exprimées par un mot chinois non immédiatement traduisible ? Nous avons pris le parti de toujours proposer une traduction française en entrée. Dans le corps de l’article est évidemment indiqué le terme chinois, et détaillée la singularité de cette notion. Dans l’index final, les mots chinois en question sont notés suivant la transcription pinyin, et renvoyés à la traduction française choisie, ainsi qu’au numéro de page de l’article concerné.

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Il en est ainsi de la guanxi, la « relation interpersonnelle » privilégiée entre deux personnes, un type relationnel qui est à l’origine d’une structuration de la société chinoise en réseaux; du hukou, le livret d’« enregistrement de la résidence », qui a longtemps joué un rôle déterminant dans l’attribution des ressources, la stratification sociale et la mobilité des Chinois; ou du lilong, un type d’habitat populaire proche de la « courée », longtemps prépondérant dans les anciens quartiers de la ville-centre de Shanghai.

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Nous avons aussi tenu compte de la connaissance plus familière de certains termes chinois, entrés dans la langue française pour les réalités spécifiques – et parfois dramatiques – qu’ils peuvent suggérer, comme le fengshui (géomancie) ou le laogai (camp de réforme par le travail).

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Grâce à ce double croisement, l’un pluridisciplinaire issu des sciences sociales françaises, l’autre lexical entre les notions françaises attendues et les mots chinois de la réalité chinoise, les auteurs du Dictionnaire de la Chine contemporaine espèrent permettre une nouvelle approche et une compréhension plus globale de la Chine aujourd’hui.

Notes

[*]

Professeur à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne et chercheur à l’UMR 8586 PRODIG (Paris-I, Paris-IV, Paris-VII, EPHE et CNRS), <http :// www. geochina. fr>.

[1]

Thierry SANJUAN (dir.), Dictionnaire de la Chine contemporaine, Armand Colin, Paris, 2006.

Résumé

Français

Le Dictionnaire de la Chine contemporaine veut comprendre la Chine contemporaine sous les angles des relations internationales, de l’histoire récente, du politique, du droit, de l’économie, de la géographie, de la sociologie, de l’anthropologie, des sciences et des techniques, de la culture. Les notions donnant lieu à un article répondent aux catégories attendues par les sciences sociales, mais elles tiennent compte aussi des spécificités chinoises. Une liste de renvois à la fin de chaque article permet de prolonger l’analyse de la notion en question, et un index en fin d’ouvrage donne la liste complète des articles mais aussi des principaux termes chinois traités en leur sein.

English

How to understand contemporary China through social sciences words The Dictionary of Contemporary China wants to understand contemporary China through different angles such as international relations, recent history, politics, laws, economy, geography, sociology, anthropology, sciences and techniques, culture. Each angle leading to an article answers to categories expected by social sciences, but they also take into account Chinese specificities. A reference list at the end of each article can prolong the analysis of the issue, and an index at the end of the work gives the complete list of articles but also the main Chinese terms approached in each article.

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