Accueil Discipline (Sciences politiques) Revue Numéro Article

Hérodote

2007/4 (n° 127)

  • Pages : 208
  • ISBN : 9782707153555
  • DOI : 10.3917/her.127.0015
  • Éditeur : La Découverte


Article précédent Pages 15 - 28 Article suivant
1

Sans aucun doute, il existe une géopolitique du tourisme même si on a souvent tendance à marginaliser les activités touristiques. Hélas, les exemples fourmillent. Ainsi, tel économiste n’hésite pas à leur dénier tout risque terroriste, « comme si ce risque était normalisé » (Caccomo, 2007). De nombreux spécialistes, notamment anglo-saxons, cherchent à les enfermer dans les applications du management. Certains professionnels, qui se demandent si, « au bout du voyage, celui qui (vous) accueille est victime ou gagnant du tourisme » (Valayer, 1998), s’empressent aussitôt de conclure sur les principes moralisateurs de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). On pourrait même penser que les touristes ne sont que des pèlerins profanes et laisser entendre que, avec le suffixe « isme » de tourisme, « s’introduisent des relents de religion, de secte ou d’idéologie » (Berger, 1992). Ou alors prétendre, de manière plus catégorique, qu’ils sont les « idiots du voyage » (Urbain, 1994-1996). Il convient donc d’élever le débat.

2

Déjà, qu’est-ce que le tourisme ? Le mot vient des « petits tours » et des « grands tours » qu’effectuent des aristocrates anglais, aux XVIIe et XVIIIe siècles, en Île-de-France et sur la Riviera. Par rapport au véritable voyage, il implique l’idée d’un mouvement circulaire, et donc d’un déplacement moins ambitieux de la part, sans doute, de « voyageurs (qui) sont aveugles en quelque sorte » (Nietzsche, 1879). Cependant, ne concerne-t-il pas aujourd’hui des centaines de millions de personnes et ne génère-t-il pas une forte industrie touristique ? D’emblée, on constate que les statistiques masquent la différence entre les touristes internationaux (800 millions d’« entrées » en 2006), qui nourrissent le plus de réflexions, et les touristes internes du domestic tourism, qui restent dans leur pays et que personne n’évalue vraiment : probablement, trois ou quatre fois plus. Les touristes internes, qui sont le propre des pays riches, se fondent parmi les populations locales sans qu’on puisse vraiment les distinguer, d’où la notion de « tourisme de proximité » pour ceux qui ne voyagent pas. Par opposition, les Suisses alémaniques utilisent le terme d’Ausländerverkehr (l’« industrie des étrangers ») (Duchet, 1949) pour qualifier le tourisme... Il y a pourtant un point commun : le phénomène de société du tourisme de masse.

3

Or la géopolitique du tourisme ne peut ignorer que le tourisme de masse est surtout pratiqué par les classes moyennes, c’est-à-dire par la majorité des populations des pays riches. C’est pourquoi nous consacrerons une partie importante à leur problématique, y compris à leurs séjours dans les destinations du Sud [1]  Le terme « tiers monde » étant tombé en désuétude,... [1] qui nous conduiront à définir le colonisme. Le tourisme interne est peu évolutif, malgré sa prédominance, mais la forte augmentation des flux internationaux, de 166 millions d’entrées en 1970 à plus d’un milliard attendu en 2010, dont près de la moitié à destination du Sud, s’inscrit avec acuité dans la mondialisation. Enfin, cette gigantesque migration sporadique serait responsable de la guerre du terrorisme actuelle, liée à des islamistes intégristes, et s’inscrirait complètement, sur le plan économique, dans la globalisation financière.

Le tourisme de masse des classes moyennes

4

L’OMT a fait valider des définitions très strictes par l’ONU, en 1993, qui normalisent les activités touristiques et tendent à limiter leur véritable influence. Faut-il donc seulement s’attacher à des statistiques fondées sur la nature du « voyageur » (déplacement hors de son « environnement habituel [...] pour une durée inférieure à 12 mois », par exemple) et sur celle du « touriste », qui « passe au moins une nuit dans un moyen d’hébergement collectif ou privé dans le pays visité »? Ne faudrait-il pas plutôt tirer toutes les conséquences des foules d’estivants qui se pressent dans les stations balnéaires ou des cohortes de touristes qui envahissent les sites touristiques du Sud ? Après avoir admis que les touristes sont des voyageurs qui font « un tour » et effectuent des dépenses touristiques, attachons-nous plutôt à l’ampleur du phénomène, notamment quand il est international. Il est vrai que les débuts de la mondialisation ont changé la donne. Elle commence avec la « chute des murs » des années 1989-1991, qui est marquée à la fois par la fin du bloc socialiste et de la guerre froide, celle du tiers-mondisme, déjà moribond, et l’avènement des nouvelles techniques de communication. Elle est caractérisée aussi par la multiplication des échanges du capital, d’où la globalisation financière, et des personnes. Or sur ce point, notamment, les flux des migrations du travail Sud-Nord demeurent marginaux par rapport aux flux du tourisme international : de 1985 à 1995, les entrées sont en hausse de 71% et les recettes multipliées par 2,5 !

5

Cette expansion du tourisme de masse, souvent lointain, est liée au rôle des classes moyennes des pays riches, 50% à 80 % de leurs populations selon les auteurs et les États considérés. Adeptes du tourisme interne mais ignorant les frontières, elles représentent une très forte puissance collective, alors qu’individuellement leurs membres ne s’identifient pas aux riches. Il serait faux de parler d’une conscience de classe mais personne ne nie leur pouvoir financier : ne possèdent-elles pas, grâce à des fonds interposés ou des engagements plus directs, 60% du capital boursier de l’Amérique du Nord et de l’Europe des 15 ? Comment ne pourrait-on jamais faire le parallèle entre leur vocation ludique et le pouvoir économique dont elles disposent ? Ne seraient-elles pas, sous la forme de bataillons de touristes occidentaux lâchés dans le monde émergent, l’armée de ceux qui, tel le président américain George W. Bush, prônent la lutte de « l’axe du bien » contre « l’axe du mal »? Produits du capitalisme, et notamment de son expansion pendant les « trente glorieuses » qui porte l’Occident (et le Japon) à un stade de développement social et économique inégalé, les classes moyennes évoluent vers un système original. Bien qu’à leur propos on puisse évoquer une certaine « néotribalisation », au sein de laquelle « il y a (il y aura) de plus en plus un va-et-vient constant entre la tribu et la masse » (Maffesoli, 1988), il ne s’agirait pas du « déclin de l’individualisme » mais plutôt d’une sorte d’individualisme collectif (Hoerner, 2002). Si ces nouvelles familles prônent la fin des hiérarchies générationnelles et l’égalité des sexes, elles rassemblent aussi des individus qui s’estiment aisés tout en craignant la moindre déchéance, et qui sont prêts à imputer la fin de l’ascenseur social au monde qui les entoure et non à eux-mêmes.

Le phénomène du colonisme

6

Sommes-nous donc entrés dans l’ère de l’« Homo festivus » (Muray, 2006)? Serait-il vraiment le prototype des classes moyennes ? Ce qui a été dit plus haut corrobore leur rôle mais aussi leur attitude comportementale. Sans aller jusqu’à l’extrême, qui s’apparente souvent aux perversités sociales, en l’occurrence le tourisme sexuel sinon la pédophilie, ces classes dominantes dans les pays riches visitent les destinations du Sud comme en terrain conquis. Beaucoup plus que les Parisiens qui arpentent les campagnes françaises dans les années 1950 et 1960, elles ajoutent la mauvaise supériorité de nantis de circonstance auprès de populations qui n’ont pas connu les effets heureux du développement. Sans avoir les droits des colons, ces vacanciers en revendiquent l’héritage. Ils sont condescendants, parfois méprisants, souvent très peu respectueux. Ils n’ont même pas l’excuse d’être très riches auprès des populations visitées, qui le savent et l’admettent mal, car elles n’en tirent pas tous les avantages attendus.

LE PARTICULARISME DES CLASSES MOYENNES

L’image des classes moyennes d’une société « hyperfestive » (Muray, 2000) se marie fort bien au tourisme de masse. Pour encore mieux les définir, on peut rappeler les réflexions prémonitoires de deux auteurs du XIX e siècle, qui retiennent surtout leur propension à l’égalitarisme. Nietzsche (1881), tout d’abord : « Nous avons inventé le bonheur, disent les derniers hommes [...]. Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur [...]. Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment [...]. Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. » Quelques décennies plus tôt, Alexis de Tocqueville (1835-1840) tient un discours presque identique : « Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux, qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils remplissent leur âme. » C’est également au XIX e siècle que Christophe (1893) fait publier une bande dessinée tout aussi prémonitoire : La Famille Fenouillard (cf. l’article la concernant). En fait, la classe moyenne des Fenouillard revendiquerait un égalitarisme avec la grande bourgeoisie, pour laquelle le tourisme est la marque d’une promotion. C’est bien là que se situe le problème, aujourd’hui encore. Le tourisme, en Occident, est le moyen d’élever son statut social, à condition de conserver ses attributs de classe : on voyage, donc on existe, et on est fier de son comportement qu’il ne faut absolument pas changer.

7

C’est pourquoi, pour désigner cette invasion touristique, qui n’est ni une colonisation stricto sensu ni un réel néocolonialisme à finalité économique, nous suggérons d’utiliser un ancien terme de la conquête française de l’Algérie au XIXe siècle, le colonisme. Il est tombé en désuétude mais, grâce à une consonance qui rappelle les colonies de vacances, il nous semble tout à fait approprié. Pour le résumer, on pourrait dire qu’il s’agit des touristes internationaux des classes moyennes occidentales qui occupent sporadiquement le territoire des populations locales du Sud. Cependant, cette invasion est plus codifiée que dans la colonisation classique. Ces touristes disposent d’un espace précis : leurs hôtels, les lieux touristiques qui sont parfois des lieux sacrés, tels que les mosquées, les taxis ou les calèches où ils étalent leur prétention, et des lieux marchands comme les souks, où leur comportement s’assimile à celui de compétiteurs économiques. Certes, ces touristes ne s’aventurent pas dans les quartiers populaires mais, justement, cette division du territoire revivifie l’ancienne notion des quartiers dits européens. On pourrait même ajouter qu’il est quasi interdit aux pauvres, qui n’osent même pas y venir pour mendier, mais hélas toujours ouvert aux jeunes garçons et filles qui se prostituent (exemple de très jeunes gens sur la place populaire Jemaâ-el-Fna de Marrakech).

8

La notion de territoires touristiques rappelle un vocable à la mode chez les géographes, les « espaces touristifiés ». Ceux-ci expliquent ainsi qu’une bonne « touristification » suppose que « la société locale soit au moins associée, au mieux porteuse, en tous cas “relais” du tourisme » (Dewailly, 2006). Est-ce, pourtant, suffisant ? Comme on l’a dit, une station touristique du Sud offre toujours un double territoire. Il y a celui des touristes internationaux, qui est aussi celui des employés de l’industrie touristique, des commerces et des services, voire de la bourgeoisie locale et des villégiateurs nationaux qui occupent, par exemple, des résidences secondaires en habitat collectif. Le second est périphérique. Ainsi, à l’instar des marchands du bazar, les salariés du premier territoire résident dans les quartiers populaires, sinon parfois dans des bidonvilles. C’est là, également, que vit l’essentiel de la population, qui ne s’en éloigne que très rarement. L’équilibre de la station livrée au colonisme reposerait alors sur la satisfaction matérielle des salariés qui vivent entre les deux territoires, et sur la passivité de ceux qu’on cantonne dans leurs quartiers pauvres.

9

Dans ces conditions, cet équilibre est-il stabilisé ? Prétendre qu’il peut reposer sur la bonne association de la population locale avec le tourisme international, est certainement très utopique. Déjà, les revenus de ses salariés sont insuffisants et, même pour les cadres intermédiaires, jamais leurs émoluments ne seront suffisamment importants pour qu’ils s’émancipent. En outre, ils savent très vite que la clientèle qu’ils servent n’a droit à des égards que parce qu’elle a le statut de touristes. D’autre part, les lieux « touristifiés », près du centre historique, sont aussi les lieux les plus saints de la station, et toute promiscuité étrangère y est mal vécue. Enfin, le plus grand nombre est paupérisé depuis toujours malgré un accroissement des revenus lié à la présence des salariés du tourisme : il faut voir le nombre de paraboles qui hérissent les toits des immeubles sommaires ! Il n’empêche qu’une forme de ressentiment prend forme et ce n’est pas un hasard si les islamistes les plus intégristes recrutent dans les bidonvilles. Il n’y a que deux solutions pour conserver l’équilibre, même précaire : le maintien de l’ordre, grâce à la mise en place d’une police efficace, et le meilleur partage des revenus touristiques. On peut remplir la première condition mais certainement pas la seconde, en raison de la pratique de prix attractifs et surtout des exigences des investisseurs, nationaux ou étrangers.

10

Nous ne traiterons pas les nombreux litiges qui mettent en concurrence le tourisme international et les sociétés locales. La liste est longue... Que ce soit au niveau de l’appropriation des terres ou des résidences (cf. l’article sur les riads marocains), de la gestion de l’eau et de l’environnement en général, de l’emploi, des considérations morales jusqu’au fléau de la prostitution, du respect des cultures locales, etc., l’impact touristique est rarement satisfaisant. Cependant, dès que des États, tels que le Maroc ou l’Égypte par exemple, confient une grande partie de leur développement à l’industrie touristique, il y a forcément des évolutions dommageables. Les gouvernements des pays concernés, souvent faute de mieux, font alors le pari que l’industrie touristique créera les richesses et les emplois qui leur manquent. Aujourd’hui, si les plans engagés restent prometteurs, personne ne peut dire s’il sera gagné. En fait, l’essor du tourisme international risque de creuser davantage le fossé entre les riches et les plus pauvres. Cela explique, sans les justifier, les attentats terroristes dans maintes destinations des pays musulmans...

« Il faut nourrir les barbes avant que les barbes ne poussent »

11

C’est en ces termes que s’exprimeraient les « élites proches de Mohammed VI » (Cohen, 2006), le roi du Maroc. En effet, les islamistes intégristes ne bénéficient-ils pas d’un terreau de premier choix, parmi les quelque 5 millions de pauvres que compte l’État chérifien (31 millions d’habitants)? Bien sûr, tous les pays musulmans seraient logés à la même enseigne... Pourtant, l’attentat de New York du 11 septembre 2001, revendiqué par Al-Qaïda, correspond à un scénario très différent. D’une part, pour la première fois dans son histoire, le cœur de vie des États-Unis subit un véritable carnage. D’autre part, comme le fait remarquer Peter Sloterdijk (2003) à propos des terroristes islamistes qui pilotent les avions destructeurs, « l’ennemi arrive sous le masque du visiteur. Le voisin hostile apparaît comme touriste, et le touriste devient une figure du mal ». Le tourisme serait donc une activité ambiguë. En effet, il s’agirait d’une variante impensée du « choc des civilisations » très partisan d’Huntington (1997), dans sa vision classique de l’affrontement des cultures. Il y aurait alors les touristes agressés et les touristes agresseurs, et cela risque de brouiller les règles géopolitiques du monde. Bien sûr, le terrorisme qui frappe les destinations touristiques en terre musulmane demeure la règle, comme nous allons le voir. Mais septembre 2001, comme le dit encore le philosophe allemand, suggère qu’« il faut repenser tous les concepts européens du passage entre l’état naturel et l’état civilisé, (c’est-à-dire) le remplacement de la guerre ».

LES ATTENTATS TERRORISTES

Il y a plus de dix ans, l’organisation islamiste Jamaa Islamiya, proche des Frères musulmans, s’en prend « aux touristes étrangers, tant pour des raisons religieuses que pour tarir les recettes de l’industrie touristique égyptienne. En 1996,18 touristes grecs furent ainsi tués au Caire et, le 17 novembre 1997,58 touristes (suisses en majorité) furent massacrés à Louxor par un commando de 6 islamistes » (Lacoste, 2006). La menace d’Al-Qaïda se profile sans qu’elle soit directement en cause, bien que le terrain des attentats soit déjà l’Égypte, ce qui se répétera assez souvent. De 2002 à l’hiver 2007, une douzaine d’attentats [2]  La liste ci-jointe des attentats terroristes est extraite... [2] , imputés toujours aux islamistes intégristes, frappent des sites touristiques. On peut en citer trois en Égypte, sur les bords de la mer Rouge (Taba, 34 morts; Charm el-Cheikh, 88 morts; Dahab, 18 morts), deux au Maghreb (Djerba en Tunisie, 21 morts, et Casablanca au Maroc, 45 morts), deux à Bali en Indonésie (202 morts en 2002 et 22 morts en 2005), un à Amman en Jordanie (57 morts), plusieurs en Turquie, liés toutefois aux « faucons » kurdes du TAK (Kusadasi, 4 morts en 2005; Istanbul, Marmaris et Antalya, 3 morts en 2006), et l’assassinat de 4 touristes français en Arabie saoudite (février 2007). Les victimes ne sont pas que des touristes occidentaux et concernent aussi les populations locales.

12

Selon Ben Laden, leader charismatique d’Al-Qaïda, il y aurait bien « un conflit de civilisation déclenché à l’initiative de l’Occident, (et donc) contre l’invasion culturelle occidentale » (Mouna Naïm, Le Monde, 25 avril 2006). Mais s’il s’agit de s’en prendre aux intérêts touristiques qui jouent un très grand rôle dans l’économie de pays émergents, le choix des lieux égyptiens, tunisiens, marocains et indonésiens voudrait aussi démontrer que les pays concernés risquent de compromettre l’islam. Soit comme l’Égypte, en pactisant avec Israël, soit comme le Maroc ou l’Indonésie, en adhérant trop ouvertement à la mondialisation « judéo-chrétienne ». En Égypte du Nord ou à Djerba, ce sont même des touristes israéliens qui sont visés ou une synagogue. La première explication tient sans doute à la crainte que l’islam perde son âme et, dans une certaine mesure, veuille éviter la déchéance de l’Église catholique en Occident, face à l’invasion du « libéralisme culturel » où « la subjectivité prend le pas sur le dogme » (Denegani, 2007). Norman Mailer (2003) l’a très bien perçu, lorsqu’il dit que « la réaction musulmane rigide » consiste à « penser que l’islam est menacé par la technologie et le capitalisme modernes », ou que les musulmans redoutent « de voir leurs semblables leur échapper en embrassant les valeurs occidentales ». On peut redouter, toutefois, que le tourisme ne serve de prétexte.

13

Certes, la menace terroriste visant de simples objectifs touristiques est bien réelle. Il suffit de citer le Groupe islamique combattant marocain, les groupes islamistes de Tarik Ibn Aiad au Maroc et dit « de Benouar » au Mali [3]  Cités dans le « Dossier Conflits » du Monde, Dossiers... [3] . En outre, le climat de terreur est hélas entretenu, comme en témoigne la mort de quatre kamikazes et d’un policier à Casablanca, courant avril 2007. Il n’est donc pas surprenant que le Centre américain de lutte antiterroriste de la ville malienne de Goa soit sur le qui-vive... Pourtant, il y a une seconde explication (Hoerner, 2007), car il semble bien que le mouvement clandestin de Ben Laden ait des objectifs beaucoup plus radicaux. On ne peut ainsi se contenter d’avancer qu’il y a un « romantisme de l’islam radical » (Marret, 2005) et que « la naissance d’un terrorisme autochtone ramène Al-Qaïda à un rôle de mythe, de caution idéologique » (Le Monde, 19 avril 2006). Vraisemblablement, « des gens fort différents, aux parcours personnels totalement hétérogènes, vivant aux quatre coins du monde et n’ayant pas d’atomes crochus ni de culture commune, peuvent s’affilier aux réseaux en raison de leur haine de l’Occident et du sentiment d’être agressés par lui » (Khosrokhavar, 2005). C’est pourquoi Éric Denécé et Sabine Meyer imputent le terrorisme islamiste totalement à Al-Qaïda, considéré comme « une holding (qui) se compose, d’une part, de l’organisation propre d’Oussama Ben Laden et, d’autre part, de nombreux groupes terroristes enracinés dans leurs pays respectifs » (Denécé et Meyer, 2006).

14

Certes, on tend à extrapoler à partir de la géopolitique du tourisme mais on reste dans le sujet. Ainsi, parmi les hypothèses de la CIA (2005), il y a le « scéna-rio-fiction d’un nouveau califat ». Certes, cette oumma structurée serait surtout sunnite et échouerait comme l’ancien califat de Bagdad, mais cette stratégie reste conforme aux ambitions affichées par Ben Laden. Issu de l’une des très grandes familles possédantes de l’Arabie saoudite et marqué par la rigueur wahhabite, ce personnage très riche et cultivé voudrait se construire un grand avenir politique, grâce notamment au soutien des Talibans afghans et même pakistanais. Il ne s’agirait donc plus seulement de terroriser les touristes occidentaux, sinon pour montrer une certaine capacité de nuire, mais de transformer les États musulmans en théocraties et d’y instaurer la charia. On assisterait alors à une véritable lutte des classes, où les nombreux pauvres prendraient les armes contre les nantis, et où il faudrait aussi convaincre les timides classes moyennes. C’est sous cet angle que les effets nocifs du tourisme international doivent être pris en compte. Après l’échec relatif des sociétés pétrolières quant à la promotion des plus pauvres, Al-Qaïda craint probablement les effets de la mondialisation et de sa vitrine, le tourisme international. Le récent essor des petits États d’affaires du golfe Arabo-Persique (Bahreïn, Émirats arabes unis, Qatar) pourrait le faire croire et les chefs d’Al-Qaïda doivent le mesurer.

L’industrie touristique dans la globalisation financière

15

Il s’agit d’une tout autre approche géopolitique qu’on ne doit pas négliger, car peu de secteurs offrent des taux de profits aussi importants que le tourisme. En outre, l’internationalisation des entreprises, liée elle-même à leur nécessité de s’installer à l’étranger (pays émergents) et aux « désirs d’ailleurs » (Michel, 2000) des clientèles touristiques, favorise la volatilité des actionnaires et la complaisance de leurs États d’origine. Ainsi la reprise d’une chaîne hôtelière française, la Société du Louvre, par le fonds américain Starwood Capital a soulevé peu d’objections des autorités et de la presse françaises. Après avoir rappelé l’existence de « Colony Capital, qui s’est hissé au premier rang des actionnaires » dans le groupe Accor, Gilles Sengès souligne d’ailleurs qu’il « ne faudra pas cette fois faire appel à l’intérêt national si ce champion français, numéro un européen, passe dans des mains étrangères » (Les Échos, 7 septembre 2005). En outre, le taux d’amortissement de la plupart des investissements touristiques est de l’ordre d’une dizaine d’années, ce qui permet des spéculations dans un climat de relative sécurité. Cela permet également le blanchiment des centaines de milliards de dollars annuels issus de l’argent sale, notamment dans le Sud où les contrôles sont plus réduits.

16

Cette géopolitique financière de l’industrie touristique se caractérise, tout d’abord, par des entreprises qui, si elles ont une dimension internationale, sont loin de faire partie du gotha des 200 premières firmes mondiales (à l’exception peut-être d’American Express, dont 80% du chiffre d’affaires sont bancaires). À l’origine, sauf exception (Cendant Corporation créée par un broker de Wall Street), elles sont surtout familiales, et la plupart n’ont pas plus de cinquante ans d’existence. Dès qu’elles deviennent des sociétés anonymes cotées en Bourse, elles sont aux prises avec leurs nombreux actionnaires. Le système de la holding, plus courant aux États-Unis, reste peu usité ailleurs, et la maîtrise des assemblées plénières et de leurs conseils d’administration devient un véritable casse-tête. En effet, il est rare que les fondateurs soient majoritaires : les promoteurs ne sont généralement pas très fortunés, les activités sont très jeunes et, toutes proportions gardées, elles ressemblent beaucoup aux sociétés fragiles de la nouvelle économie. Le prochain rachat de la chaîne des hôtels Hilton par le fonds Blackstone Capital Partners V, pour quelque 20 millions de dollars, devrait même se faire dans le cadre d’un LBO [4]  Le LBO ou leverage buy out, qui est pratiqué hors Bourse... [4] , qu’on considère comme l’opération financière la plus spéculative...

L’EXEMPLE DU GROUPE ACCOR

Le capital des 200000 actionnaires se présente comme suit : 3% pour les pères fondateurs (Paul Dubrule et Gérard Pélisson), 11% pour des banques françaises et la Caisse des dépôts et consignations, 51% pour des investisseurs institutionnels (zinzins) privés, soit 25% d’américains (dont 10% de Colony Capital), 10% de britanniques et 23% de français, plus 12% environ pour les petits porteurs. De 1997 à 2006, les fondateurs ont réussi à imposer un comité de surveillance et un directoire, qui permettent la stabilité du groupe en disposant seulement de 14% du capital. Depuis et malgré la présence d’un nouveau directeur général, Gilles Pélisson, qui a d’abord été intronisé par le biais de l’ancien directoire, c’est en théorie le conseil d’administration qui reprend le contrôle, présidé par un banquier. Or le fonds américain Colony Capital, qui possède Raffles Hotels & Resort (Singapour), Swissotel et Buffalo Grill, devient de plus en plus remuant. Oblige-t-il Pélisson à se concentrer sur son cœur d’entreprise et, ainsi, à vendre une partie de sa restauration collective, ses actions du Club Méditerranée, ses parts dans l’agence de voyage construite avec Carlson, et même un certain nombre des « murs » d’hôtels [5]  Vendre ses murs, pour l’industrie hôtelière, permet... [5] , tels que ceux de l’enseigne Sofitel ? On peut l’envisager...

17

Les fusions et les absorptions, qui concernent d’ailleurs aussi l’industrie des voyages (exemple de la double association des plus grands tour-opérateurs européens début 2007, les allemands Thomas Cook et TUI respectivement avec les anglais MyTravel et First Choice), sont l’expression de stratégies géopolitiques inspirées par la crainte des fonds de placement ou de pension surtout américains. La mondialisation révèle un nouveau capitalisme, fondé sur le rôle accru des Bourses mais également du secteur non coté, l’épargne des classes moyennes, la recherche de profits à court terme même si elle nuit à la bonne santé des entreprises (heureusement, la nécessité du long amortissement stabilise celles du tourisme), et l’importance donnée aux managers aux dépens des entrepreneurs. Sauf dans les pays émergents et notamment en Chine, la classe ouvrière s’est fondue dans les classes moyennes, et les zinzins privés (15000 milliards de dollars aux États-Unis, liés à des épargnants endettés à plus de 8000 milliards de dollars) suppléent de plus en plus le patronat traditionnel. Or l’industrie touristique est l’un des secteurs les plus concernés par cette évolution.

18

Dans le tourisme et au-delà de ses activités, quelles pourraient être les conséquences ? Tout d’abord, l’influence des États, qui s’est bien maintenue pendant l’essor des firmes multinationales, est de moins en moins prégnante. Le capitalisme mondial est ainsi moins hégémonique et plus soucieux d’augmenter les revenus de ses épargnants investisseurs. Aux États-Unis, par exemple, des banques n’ont-elles pas prêté de l’argent à de pauvres gens (subprime) désireux d’acquérir un bien immobilier, au risque de perdre leurs créances ? L’expansion du tourisme partout dans le monde, et surtout dans les pays du Sud, est en forte croissance (5% à 10%) et en adéquation avec cette mondialisation. Beaucoup plus que la plupart des autres activités économiques, y compris l’automobile et la high-tech, l’industrie touristique bénéficie d’une augmentation sans précédent de ses clientèles touristiques internationales et n’aspire qu’à mettre le monde en coupe réglée. Et peu importe si les sociétés les plus traditionnelles sont déstabilisées !

19

On comprend les réactions violentes des islamistes intégristes et on saisit donc le combat sans merci que les États-Unis ont déclenché contre le terrorisme, qui contrecarre leur géostratégie du contrôle de la planète. D’ailleurs, pour revenir à la lutte susmentionnée entre les axes du bien et du mal, on perçoit mieux l’intervention de l’armée américaine en Irak : tous les pays du monde, et surtout ceux qui ont une importance stratégique (faire de l’Irak un modèle démocratique face à la menace iranienne et de tous les extrémistes de la zone), participeraient alors à l’« empire américain non territorialisé » (Chavagneux, 2004). Les seules frontières à détruire sont celles du capital, le seul territoire à défendre est celui de l’argent. Bien sûr, l’industrie touristique n’est qu’un élément dans un vaste ensemble économique, mais elle en est l’un des fers de lance, d’autant que ses entreprises s’exportent en même temps que leurs clientèles. On peut alors se demander si le terme choisi de colonisme sera suffisant demain...

Les formations supérieures en tourisme et en hôtellerie

20

On ne peut esquisser une géopolitique du tourisme sans évoquer les questions de formation et de recherche. Or il semble, tant au niveau des professionnels qui embauchent que des universités ou des grandes écoles qui forment, qu’il y ait une sorte de blocage. Tout d’abord, les employeurs s’interrogent toujours pour savoir si les futurs managers de l’industrie touristique ont besoin d’élever leur niveau. Certes, il est frappant de constater que, jusqu’au master, à bac + 5, on se satisfait des mêmes enseignements technologiques. Si le management est utile, nous avons pu hélas constater que ses programmes se répètent d’année en année, faute de recherche appropriée... Mais l’université, qui pourrait y remédier, paraît très frileuse. En France, par exemple, le système universitaire demeure sclérosant, malgré la récente loi sur l’autonomie des universités. Le recrutement et la promotion des enseignants-chercheurs sont soumis à un organisme, le Conseil national des universités, qui détermine les sciences autorisées, empêche leur évolution et, bien sûr, rejette aux oubliettes la réflexion de Fernand Braudel selon laquelle « certaines (sciences) sont nées hier seulement, d’autres naîtront demain » (Braudel, 2001). Un maître de conférences qui voudrait se consacrer entièrement aux sciences du tourisme et à ses formations professionnalisées, n’aurait aucune perspective de carrière. Que ces dernières débouchent sur l’emploi n’émeut guère les gardiens du temple !

21

Le géographe marocain Mimoun Hillali (2003), en se positionnant très ouvertement au Sud, partage des préoccupations souvent identiques. Il se plaint ainsi que « dans les pays du Sud où le tourisme est à la fois un secteur récent et hésitant, la recherche touristique n’attire qu’une faible minorité de chercheurs ». Pourtant, ajoute-t-il, et c’est le cas du Maroc, elle devrait être prioritaire dans des États « non producteurs de pétrole, ayant opté pour l’économie libérale au milieu du siècle dernier ». Au lieu de cela, dit-il encore, la recherche et les formations visent « des objectifs à dominante financière », comme si l’« amélioration des investissements et des recettes » devenait le but essentiel. Enfin, si cet auteur se félicite de ma propre démarche (« l’audace d’un chercheur français ») lorsque j’ai créé la science du tourisme (Hoerner et Sicart, 2003), il déplore que les chercheurs français se contentent de faire du tourisme une « nouvelle religion », sans aucune ambition particulière. Bien sûr, il regrette également que « les études commandées par certains pays en développement [...] revêtent un aspect de prestige » et que les définitions de l’OMT, comme nous le pensons aussi, « véhiculent énormément de contresens ».

Conclusion

22

Cette géopolitique du tourisme est sans doute incomplète. Ainsi, on ne s’est pas beaucoup intéressé au tourisme interne, qui commence à connaître des signes inquiétants d’inadaptation. Ses petites structures majoritaires et son contexte, en général, le font à la fois ressembler aux secteurs du petit commerce et de l’agriculture. Les réflexions sur les classes moyennes, qui restaient toutefois globales, nous ont plutôt conduit vers le tourisme de masse à destination des pays du Sud. On a vu qu’il nourrit les réactions violentes du terrorisme dans les pays musulmans, et il est opportun de se pencher sur les géostratégies d’Al-Qaïda et des Américains : le tourisme peut-il servir de prétexte à une guerre des cultures ? Tout porte à le croire. Enfin, le développement de l’industrie touristique en fait l’un des fers de lance de la globalisation financière. On pourrait même étudier davantage cette activité économique, qui délocalise ses entreprises et ses clientèles, et dont les trois quarts du chiffre d’affaires concernent une grosse douzaine de pays du Nord.

23

En fait, nous avons privilégié l’étude du tourisme dans le cadre de la mondialisation qui, dans sa forme achevée, n’aurait pas vingt ans d’âge. Il n’est pas inutile de rappeler que, dans sa propension à multiplier les courants migratoires internationaux, le tourisme d’aujourd’hui y joue un rôle déterminant. Avec toutes les conséquences évoquées. Il faudrait donc que les universitaires prennent l’entière mesure du phénomène au niveau des États, des stations touristiques et, plus encore, s’intéressent au pari de beaucoup de pays émergents de se développer à partir du tourisme international. Le mérite d’engager une géopolitique du tourisme consisterait donc à le valoriser en lui donnant toute sa place, en essayant de le sortir d’une sorte de normalisation dans laquelle le confine l’OMT et, donc, en cessant de le considérer toujours comme une activité marginale. La partie est loin d’être gagnée...


Bibliographie

  • BERGER G. (1992), « Épilogue doux-amer, avant-propos », Tourisme et société, L’Harmattan, Paris.
  • BRAUDEL F. (2001), Les Écrits de FB, l’histoire au quotidien, De Fallois, Paris.
  • CACCOMO J.-L. (2007), Fondements d’économie du tourisme, De Boeck, Bruxelles.
  • CENTRAL INTELLIGENCE AGENCY (2005), Alexandre Adler (présentation), Le Rapport de la CIA. Comment sera le monde en 2020, Robert Laffont, Paris.
  • CHAVAGNEUX C. (2004), Économie politique internationale, La Découverte, Paris.
  • CHRISTOPHE (1893), La Famille Fenouillard, Armand Colin, Paris.
  • COHEN P. (2006), « Maroc, pourquoi les islamistes peuvent gagner », Marianne, novembre-décembre 2006.
  • DE TOCQUEVILLE A. (1835-1840), De la démocratie en Amérique, 2 vol., Gallimard, Paris, 1986,1991.
  • DENÉCÉ E. et MEYER S. (2006), Tourisme et terrorisme, Ellipses, Paris.
  • DENEGANI J.-M. (2007), « L’Église sera vaincue par le libéralisme », Le Monde, 21-22 janvier 2007.
  • DEWAILLY J.-M. (2006), Tourisme et géographie, entre pérégrinité et chaos ? L’Harmattan, Paris.
  • DUCHET R. (1949), Le Tourisme à travers les âges, sa place dans la vie moderne, Vigot Frères Éditeurs, Paris.
  • HILLALI M. (2003), Le Tourisme international vu du Sud, Presses de l’université Laval, Québec.
  • HOERNER J.-M. (2002), Les Classes moyennes dans la barbarie, Balzac Éditeur, Baixas.
  • – (2007), Géopolitique du tourisme, Armand Colin, Paris.
  • HOERNER J.-M. et SICART C. (2003), La Science du tourisme, précis franco-anglais de tourismologie, Balzac Éditeur, Baixas.
  • HUNTINGTON S. P. (1997), Le Choc des civilisations, Odile Jacob, Paris.
  • KHOSROKHAVAR F. (2005), Quand Al-Qaïda parle, Grasset, Paris.
  • LACOSTE Y. (2006), Géopolitique de la Méditerranée, Armand Colin, Paris.
  • MAFFESOLI M. (1988), Le Temps des tribus. Le déclin de l’individualisme dans les sociétés de masse, Méridiens Klincksieck, Paris.
  • MAILER N. (2003), Pourquoi sommes-nous en guerre ? Denoël, Paris.
  • MARRET J.-L. (2005), Les Fabriques du Djihad, PUF, Paris.
  • MICHEL F. (2000), Désirs d’ailleurs, Armand Colin, Paris.
  • MURAY P. (2006), L’Après-Histoire II, Les Belles Lettres, Paris, 2000.
  • NIETZSCHE F. (1879), « L’échelle des voyageurs », Humain, trop humain II, « Opinions et sentences mêlées » (228).
  • NIETZSCHE F. (1881), Ainsi parlait Zarathoustra, première partie.
  • SENGÈS G. (2005), éditorial, Les Échos, 7 septembre 2005.
  • SLOTERDIJK P. (2003), in FINKIELKRAUT Alain et SLOTERDIJK Peter, Les Battements du monde, Pauvert/Fayard, Paris.
  • URBAIN J.-D (1994-1996), Sur la plage, Petite Bibliothèque Payot, Paris.
  • VALAYER D. (1998), « Le tourisme sous le regard de l’autochtone », in MICHEL Franck (dir.), Tourismes, touristes, sociétés, L’Harmattan, Paris.

Notes

[*]

Professeur de géopolitique et de tourisme, doyen de la faculté Sport, tourisme, hôtellerie internationale de l’université de Perpignan Via Domitia.

[1]

Le terme « tiers monde » étant tombé en désuétude, nous utiliserons celui de « Sud » pour désigner les pays dits souvent « émergents ».

[2]

La liste ci-jointe des attentats terroristes est extraite de l’ouvrage de Jean-Michel Hoerner, Géopolitique du tourisme (2007).

[3]

Cités dans le « Dossier Conflits » du Monde, Dossiers & Documents, n° 366, juilletaoût 2007.

[4]

Le LBO ou leverage buy out, qui est pratiqué hors Bourse (private equity), aboutit souvent à l’endettement du fonds investisseur grâce à un « effet de levier » spéculatif.

[5]

Vendre ses murs, pour l’industrie hôtelière, permet à ses entreprises de réinvestir et surtout d’augmenter les dividendes grâce aux actions rachetées, donc de satisfaire l’appétit de nombreux actionnaires.

Résumé

Français

Il est utile que le tourisme, notamment de masse et international, alimente la pensée géopolitique, notamment à l’université. En effet, cette activité de loisir, très prisée par les classes moyennes majoritaires au sein des pays riches, appartient aux phénomènes sociaux susceptibles de recomposer les rapports humains sur la planète. Ainsi, le colonisme, qui caractériserait le comportement des centaines de millions de touristes occidentaux dans les pays du Sud, exprime une domination géopolitique qui s’ajoute à l’héritage colonial classique. Il est même la cause majeure du terrorisme islamiste qui s’attaque à la vitrine la plus visible de la mondialisation. Enfin, malgré la taille réduite de ses entreprises multinationales, l’industrie touristique, en même temps que l’expansion considérable des touristes internationaux dans le monde, se développe dans le cadre d’une globalisation financière fluctuante, novatrice et en continuelle expansion.

English

Tourism and geopolitics It is useful that tourism, especially mass and international tourism, nourishes the geopolitical thought, in particular in the university. Indeed, very much appreciated by the middle class representing the majority in rich countries, this leisure activity belongs to the social phenomena likely to rebuild human relationships on the planet. Therefore, «colonism», which would characterize the behaviour of hundreds of millions of western tourists in southern countries, shows a geopolitical domination adding to the classic colonial heritage. It is even the major cause of Islamic terrorism attacks on the most visible shop window of the globalization. Finally, despite the small size of these multinational companies, and simultaneously with the considerable expansion of international tourists in the world, the touristic industry evolves in the frame of a fluctuating, innovative and in continuous growth financial globalization.

Plan de l'article

  1. Le tourisme de masse des classes moyennes
  2. Le phénomène du colonisme
  3. « Il faut nourrir les barbes avant que les barbes ne poussent »
  4. L’industrie touristique dans la globalisation financière
  5. Les formations supérieures en tourisme et en hôtellerie
  6. Conclusion

Pour citer cet article

Hoerner Jean-Michel, « Le tourisme et la géopolitique », Hérodote 4/ 2007 (n° 127), p. 15-28
URL : www.cairn.info/revue-herodote-2007-4-page-15.htm.
DOI : 10.3917/her.127.0015

© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback