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Hérodote

2012/3 (n° 146-147)

  • Pages : 336
  • ISBN : 9782707174512
  • DOI : 10.3917/her.146.0108
  • Éditeur : La Découverte

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Hérodote : Le journal Le Monde réserve une place de plus en plus importante aux cartes, comment expliquez-vous cette évolution ?

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Delphine Papin : Les cartes existent depuis les tout débuts du journal. L’une des premières cartes présentes à la « une » date du 8 août 1945 ! Elle représente le plateau du Vercors, le relief est alors signifié par des barbules dessinées à la main. La cartographie n’est à l’époque qu’un élément de localisation qui vient illustrer un article. Si les cartes de localisation sont toujours présentes et nécessaires dans le quotidien, la place de la cartographie a largement évolué en particulier ces toutes dernières années. Il n’est plus rare de voir un ensemble cartographique en pleine page qu’un court texte vient introduire. C’est une évolution que peu de quotidiens connaissent, sans doute par manque de moyens financiers, humains et techniques. La construction d’une démonstration cartographique nécessite du temps, de l’espace et des savoir-faire qui ne sont pas toujours aisés à trouver, surtout dans ce contexte de crise de la presse écrite. Le journal Le Monde a fait le choix de se doter d’un service infographie capable de produire quotidiennement des informations graphiques en général et une cartographie argumentée en particulier.

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Hérodote : Est-ce un particularisme dans le paysage des journaux français ?

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D.P. : Tous les grands journaux proposent des infographies aujourd’hui mais la majorité n’a pas de service infographie intégré. Les difficultés financières de la presse écrite ont eu pour conséquence d’externaliser un certain nombre de services, l’infographie en a parfois fait partie. Les journaux commandent alors les cartes à des prestataires extérieurs comme l’agence Idé qui travaille aujourd’hui pour vingt-cinq quotidiens régionaux et nationaux, dont La Croix, Les Échos, Le Parisien et Libération. Cela représente une économie en termes salariaux mais celle-ci est réalisée au prix d’une moindre originalité de contenu et ce n’est pas sans poser la question de la diversification des sources.

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À ma connaissance, seuls Le Monde et Le Figaro possèdent un réel service infographie avec des illustrateurs, des infographistes et des cartographes. Sous la direction d’Étienne Mougeotte, Le Figaro a fait le choix en 2008 de créer un grand service infographie en faisant venir des spécialistes venus parfois des journaux concurrents. C’est le cas de Graziella Boutet, ancienne chef du service infographie du Monde qui dirige aujourd’hui un service coiffant à la fois le journal papier et le site Internet du Figaro. Ce choix stratégique s’inscrit dans la logique qu’ont suivie des journaux américains comme le New York Times dont le service infographie compte aujourd’hui plus de trente personnes (contre une dizaine au journal Le Monde et au Figaro).

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Hérodote : La place de la cartographie aujourd’hui résulte donc d’une volonté de la rédaction ?

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D.P. : Oui, je pense qu’elle résulte à la fois d’un contexte et d’une volonté. Le contexte général est favorable au visuel et les Français ont un intérêt particulier pour les cartes. Cette place est aussi le fruit d’une volonté politique de la direction et sans doute de rencontres humaines propices à ce type d’expression au sein du journal.

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La place actuelle attribuée aux cartes dans le journal Le Monde s’inscrit dans une prise de conscience croissante par l’ensemble de la presse en général de l’intérêt des lecteurs pour les informations visuelles (photo, dessin, infographie ou cartographie). Si les photos et les cartes apparaissent très tôt dans les journaux, elles n’ont dans un premier temps qu’un rôle secondaire d’illustration des articles. L’utilisation de visuels pour rendre compte de l’actualité est finalement assez récente dans la presse quotidienne écrite. Longtemps, Le Monde s’est uniquement appuyé sur la qualité de ses rédacteurs, contrairement à Libération, qui dès sa renaissance, en 1981, a mis l’accent sur la mise en scène, en donnant très tôt une place importante à la photo. Cette logique a commencé à s’infléchir dès le milieu des années 1990, avec l’arrivée, au Monde notamment, de directeurs artistiques, mais le déclin des ventes, au début des années 2000, et l’arrivée d’Internet ont obligé les quotidiens à repenser radicalement leur objet. L’image de sérieux, d’austérité, les longs articles ne suffisaient plus à attirer un nouveau lectorat, en particulier les jeunes.

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L’arrivée d’Éric Fottorino, qui avait été à l’origine de la nouvelle formule du quotidien en 2005, à la direction du journal Le Monde en 2007 est entre autres marquée par l’instauration des pages Planète. Les questions d’environnement ont pour la première fois leur séquence, placée au début du journal. La photo y tient une place importante en « ouverture ». Elle est parfois simplement accompagnée d’une légende de quelques lignes sans autre forme d’article, ce qui montre bien la place prise désormais par le visuel. La photo a ainsi ouvert la voie à d’autres formes visuelles. S’il y a eu des réticences au départ venant de rédacteurs voyant se réduire la part consacrée au texte dans la page, la plupart ont vite compris que le « gris » (le texte dans le jargon des infographistes du journal) devait désormais s’appuyer sur les images. Ils sont devenus partenaires du visuel et par extension de la cartographie.

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Hérodote : Quel a été le déclic et quelles en ont été les conséquences organisationnelles ?

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D.P. : Outre les cartes de localisation, les élections ont toujours été des moments de développement de la cartographie dans le journal. Les Français sont particulièrement intéressés par les cartes, les programmes scolaires accordant une large place à l’exercice cartographique, contrairement à d’autres pays. Au moment des élections, pouvoir « regarder » comment se placent sa commune, son département par rapport aux autres est important. Ainsi la production de cartes électorales dessinées dans la nuit suivant les élections représente une plus-value importante pour notre quotidien. Nous profitons à plein de notre bouclage décalé, qui nous permet de proposer dès le lundi à la mi-journée des élections les résultats définitifs, là où nos concurrents, qui bouclent pendant la nuit, ne peuvent s’appuyer que sur des estimations.

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Le véritable tournant se produit avec la mise en place des pages « Focus » dans la nouvelle formule conçue par Éric Fottorino en novembre 2005. Ces pages d’informations graphiques ont pour objectif de traiter de manière pédagogique l’actualité par des cartes, des graphiques, des schémas. Elles requièrent des efforts techniques considérables, que l’évolution des outils informatiques et le renforcement de l’équipe de l’infographie vont permettre. À l’époque ce sont les rédacteurs qui choisissent, conçoivent et recherchent l’information. Après discussion avec les infographistes et les cartographes, ces derniers les réalisent. Les pages « Focus » ont finalement disparu en mars 2011 et l’infographie s’est refaite un peu plus discrète.

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Mais depuis 2008, Patricia Forlini et son adjointe Sylvie Gittus ont pris la responsabilité du service. Elles ont choisi de faire entrer dans le service de nouveaux profils, moins « techniques » mais enclins à faire de la recherche d’information et à proposer des sujets infographiables. Le recrutement des pigistes s’est élargi. Aux infographistes et cartographes du service se sont ajoutés des cartographes venus du DESS de Paris-I aux compétences multiples. Eugénie Dumas, ancienne cartographe au CNRS, offre sa compétence sur le traitement des statistiques. C’était un nouveau tournant important puisque désormais, la majorité des cartes est pensée, conçue et réalisée à l’intérieur du service. J’ai eu la chance de profiter de cette vague de recrutement, puis d’être titularisée.

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Hérodote : Comment êtes-vous arrivée au journal Le Monde ?

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D.P. : Je venais de l’émission Le Dessous des cartes, diffusée sur Arte, où je participais à l’écriture des textes. Faire le lien entre le texte et les cartes était une chose assez simple pour moi. Et cela correspondait à ce que recherchait Patricia Forlini : faire le lien entre les journalistes de l’écrit et ceux de l’infographie, car nous sommes aussi des journalistes.

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À mon arrivée dans le service, j’ai eu l’idée de proposer une « géopolitique du Père Noël ». C’était le 24 décembre, il y avait de la place dans le journal, l’idée était originale et de ce fait a été retenue. Je venais du laboratoire LEPAC qui prépare les cartes de l’émission Le Dessous des cartes, émission appréciée par la responsable du service et qui souhaitait que je fasse sur papier les cartes que je faisais pour la TV. Autrement dit, je devais garder la fonction pédagogique de l’émission. Ce qui est intéressant, c’est que je n’ai pas une formation classique de cartographe puisque je suis géographe, titulaire d’un doctorat de géopolitique. Je n’ai pas fait le master de cartographie de Paris-I qui forme de très bons cartographes et dont est issue une grande partie des cartographes du journal. Mais ce que souhaitait la chef de service, c’était que je pense de nouvelles cartes. Notre tâche est d’aider les rédacteurs à nous transmettre des informations et d’imaginer une infographie d’après leurs explications. Si, dans les premiers temps, la proposition de sujet émanant de l’infographie n’allait pas de soi pour les chefs de service des différentes séquences, c’est aujourd’hui une chose « presque » acquise !

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Hérodote : Comment Le Monde en est-il parvenu à la situation actuelle avec une place encore élargie pour l’infographie et la cartographie ?

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D.P. : L’arrivée d’Éric Beziat, avec la nouvelle direction du journal en 2011, au poste de rédacteur en chef responsable du visuel a permis à l’infographie, et par conséquent à la cartographie, de prendre une nouvelle dimension. C’est la première fois dans l’histoire du journal qu’un poste de rédacteur en chef spécialement chargé du développement de l’image et de la mise en scène de l’information est créé. Un poste qui existe peu dans les autres journaux hormis des journaux américains comme le New York Times. La nouvelle direction a donc fait le choix de donner une véritable place au visuel. La mise en place d’une double page infographie intitulée « L’œil du Monde », une fois par semaine, nous a permis de créer des cartes qui racontent une histoire au même titre qu’un reportage.

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Hérodote : Comment se passe concrètement la production d’une carte géopolitique ?

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D.P. : Au sein du journal Le Monde, la production cartographique résulte de la présence d’un infographiste à chaque réunion. La proposition d’un sujet cartographiable est le produit de notre présence continue et quotidienne au sein de chaque service (International, Planète, France, Éco...). Le suivi de l’actualité nous permet d’anticiper et de comprendre l’évolution des enjeux sur des temps très courts. Le temps est un vrai défi, il faut aller vite, penser vite et dessiner vite au rythme de l’actualité quotidienne, tout cela en ne perdant pas de vue la rigueur et la profondeur de vue qu’exige ce journal.

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La réalisation d’une cartographie « pleine page » telle qu’elle est produite actuellement nécessite par conséquent la conjugaison de plusieurs savoir-faire et savoir-penser. La présence de Gilles Paris et Jérôme Gautheret au service International est sans conteste une grande chance pour nous. Ils sont l’un et l’autre historiens de formation, connaissent les cartes dont ils ont compris le rôle dans leur cursus et sont enclins à offrir de la place dans leurs pages en « sacrifiant » un peu de l’écrit. Pour Gilles Paris, une carte peut – quand le sujet s’y prête – remplacer un long article. Ce qui n’étonnera pas les lecteurs de la revue Hérodote, mais n’allait pas de soi dans un journal comme Le Monde. Gilles Paris est un passionné de l’émission Le Dessous des cartes, il sait la pertinence d’une bonne carte et peut penser un papier en même temps que la carte qui va l’accompagner. Les deux sont parfaitement intégrés à son raisonnement. Son blog « Guerre ou paix » en est abondamment pourvu. Son expérience professionnelle antérieure y est aussi pour quelque chose : il a été correspondant en Israël et dans les Territoires occupés, deux entités géopolitiques difficilement compréhensibles sans une bonne carte !

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C’est grâce à ces multiples facteurs que les cartes du journal ont pu évoluer vers une cartographie parfois géopolitique que les autres journaux ne sont pas en mesure de produire. Nous sommes loin aujourd’hui de la seule réalisation de cartes de localisation, la demande est grandissante dans l’ensemble des services du journal. La double page « Œil du Monde » vit sa propre existence hors du découpage des séquences et l’infographie en est le point d’entrée. Elle nous permet de produire des cartes avec des légendes bien plus importantes, expliquant de manière simple la complexité des enjeux. Pour faire des cartes géopolitiques qui racontent une histoire, il faut pouvoir combiner plusieurs données et construire une légende raisonnée. Parfois, la légende occupe et remplace un article. Au bout du compte, l’espace ainsi occupé dans le journal est l’équivalent de deux articles : la carte et la légende.

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Hérodote : Qu’est-ce qu’une bonne carte ?

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D.P. : Une bonne carte peut parfois faire l’économie d’un papier ! La carte que nous avons réalisée sur le détroit d’Ormuz en est l’exemple.

CARTE 1 - LE DÉTROIT D’ORMUZ
le Monde, 4 janvier 2012.
Le Monde, 11 juillet 2012.
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Mais, dans ce cas, la légende de la carte a toute son importance. Dans les légendes des cartes que je fais, on remarquera peut-être qu’il y a parfois trois petits points. Que représentent-ils ? Un journal apprend la brièveté des textes : les titres doivent être courts, les textes des légendes aussi. Il faut néanmoins guider le lecteur dans sa lecture de la carte qui résulte d’un raisonnement. En fait la légende est la longue phrase qui expose le raisonnement dont les points de suspension marquent les étapes. Ces cartes sont géopolitiques car elles sont aussi réalisées par des pigistes qui ont été formées à l’IFG, elles – ce sont toutes des femmes ! – connaissent donc bien l’importance de la carte et de la légende. Désormais, ce travail cartographique est de plus en plus reconnu y compris par les lecteurs. Il arrive qu’avant même d’écrire leur papier, des journalistes du service International me demandent ce que je propose comme carte. Ce fut le cas pour le Qatar ou la carte du Soudan et de la frontière entre le Sud et le Nord. L’exemple du Soudan du Sud illustre bien l’évolution de la place de la cartographie dans le journal.

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La création d’un nouvel État, le tracé d’une nouvelle frontière, les tensions que cela peut générer se prêtent particulièrement bien à la cartographie. Mais cela n’est pas toujours allé de soi pour le service International du journal... Dans l’année qui a précédé le référendum pour l’indépendance du pays, de nombreux articles ont été publiés sur la question. Les cartes, elles, étaient essentiellement limitées à la largeur d’une colonne de journal, à savoir 4,3 cm ! Difficile dans de telles cartes de montrer les enjeux... Les rédacteurs du service International n’avaient pas encore le réflexe de choisir de traiter certains enjeux sous forme cartographique.

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Tous les journalistes s’accordent à dire que l’enjeu de cette frontière entre le nord et le sud du Soudan, avec l’enclave d’Abeï, c’est le pétrole, mais aussi (et surtout) les terres de parcours des éleveurs nomades arabes qui, avec l’instauration d’une frontière étatique, voient l’accès à leurs pâturages fermé. Je veux donc mettre la végétation sur la carte et j’explique pourquoi au journaliste qui fait l’article sur le Soudan. Je réalise cette carte, en pas plus de deux jours. À ma grande déception, il ne la passe pas mais il me dit : « Ta carte m’a été très utile pour penser et rédiger mon article ! » Preuve que la culture de la carte avait encore quelque difficulté pour être partagée par tous. Pourquoi avais-je cette information clairement géographique à faire apparaître sur la carte ? Parce que je suis en contact avec des géographes qui connaissent très bien le terrain, que j’ai moi-même une formation de géographe et un doctorat en géopolitique. Je dois dire aussi que les « Cafés géopolitiques » que j’ai créés en 2001 m’ont permis de rencontrer un grand nombre d’excellents géographes, mais aussi des économistes et des spécialistes d’autres disciplines avec lesquels j’ai beaucoup appris et que je peux solliciter en cas de besoin.

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La réalisation d’une cartographie comme la frontière du Soudan du Nord/ Soudan du Sud est le résultat de cette récente évolution à la fois à la tête du journal, au sein du service Infographie qui est de plus en plus réactif (la réalisation de la double page a nécessité la collaboration de cinq cartographes sur trois jours) et à la confiance du service International, aussi bien de la hiérarchie que du correspondant avec qui nous travaillons à distance.

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Hérodote : Comment voyez-vous l’évolution de la cartographie dans la presse ?

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D.P. : La demande est grandissante. Peu à peu, chacun comprend que la concurrence écrit/visuel est vraiment dépassée. Le Web est désormais bien installé et se développe rapidement, le journal papier ne peut plus ignorer ou même traiter le visuel comme un apport secondaire. La concurrence l’a compris. Le Figaro sort des infographies en pleine page et en couleur, certaines traversant la page. Leur rédaction a misé là-dessus, pensant qu’elles contribuent à rendre le journal plus vivant, plus attractif. Le New York Times s’entoure des meilleurs infographistes comme d’ailleurs le Guardian. Nous avons pourtant une ligne très différente des autres journaux. Les Anglo-Saxons produisent des cartes essentiellement basées sur le traitement de statistiques. L’ouverture des données qu’ils appellent « open data » est bien plus importante aux États-Unis et au Royaume-Uni qu’en France. Nous commençons tout juste à ouvrir ce type d’information aux citoyens comme l’illustre la création en février 2011 de la plateforme d’ouverture des données publiques du gouvernement www.data.gouv.fr. Cette récente évolution nous offre de nouvelles perspectives en termes d’infographies statistiques.

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Pour autant, je pense que le type de carte que nous savons produire aujourd’hui pour « L’œil du Monde » ou pour le cahier « Géo&politique » ne rencontre pas de concurrence ni en France (hormis le travail de Philippe Rekacewicz et Cécile Marin du Monde diplomatique mais il s’agit d’un mensuel, aussi les délais ne sont-ils pas les mêmes), ni chez les Anglo-Saxons. J’ai eu l’occasion de me rendre quelques jours au New York Times. Leur réaction était intéressante. Le mélange de données qualitatives et quantitatives et le mélange de données objectives et plus subjectives que nous produisons parfois sur une même carte ont un peu déstabilisé l’équipe, voire les a laissé perplexes dans un premier temps. Leur travail est essentiellement basé sur le traitement de données statistiques issues de rapports officiels, qui se veulent par conséquent objectives.

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Mais, dans un second temps, c’est sans aucun doute ce qui les a le plus séduits, ils ont trouvé que les cartes étaient très riches et que « les légendes racontaient une histoire », ce qu’ils n’ont pas l’habitude de faire. Ils se sont longuement arrêtés sur le terme de « perception » que nous utilisons largement à l’Institut français de géopolitique pour expliquer les rapports de forces sur un territoire et que nous avons à plusieurs reprises utilisé dans nos cartes pour décrire l’intensité des rapports entre un pays et ses voisins. Nous l’avons fait pour la perception de l’insécurité d’Israël par rapport à ses voisins ou encore pour la carte du détroit d’Ormuz. Je crois que c’est sans conteste une de nos originalités : faire des cartes comme on ferait un reportage, faire des cartes qui racontent une histoire.

Résumé

Français

La place grandissante de la cartographie dans les pages du quotidien Le Monde est la combinaison de plusieurs facteurs : d’une part, un contexte général favorable aux visuels et l’attrait particulier des Français pour les cartes, et, d’autre part, une volonté politique de la direction et des rencontres humaines favorables à ce type d’expression au sein du journal. Les cartes sont aujourd’hui de plus en plus fournies, précises et accompagnées d’une légende substantielle. Elles n’ont plus seulement pour but de montrer un phénomène, elles peuvent aussi démontrer un raisonnement. L’apprentissage du raisonnement géopolitique au sein de l’Institut francais de géopolitique, couplé à l’efficacité journalistique et à la multiplicité des compétences au sein de la rédaction du Monde, permet la création d’un nouveau type de carte : des cartes qui racontent une histoire géographique.

English

Cartography at Le Monde newspaperThe growing presence of cartography in the pages of daily newspaper Le Monde is the combination of different factors : on the one hand, a general favorable context to visuals and the attraction of the French for maps and, on the other hand, a political will of the management and of human encounters favorable to that kind of article in the newspaper. Maps are today more and more thorough, precise, and accompanied by a lengthy key. Their goal isn’t to only illustrate a phenomenon anymore, they an also show a reasoning. The learning of geopolitical reasoning amongst the Institut français de géopolitique allied with the journalistic effectiveness and the multiple skills in the Le Monde editorial staff allow the creation of a new kind of map : maps that tell a geographical story.

Pour citer cet article

Papin Delphine, « L'évolution de la place de la cartographie dans le journal Le Monde », Hérodote, 3/2012 (n° 146-147), p. 108-118.

URL : http://www.cairn.info/revue-herodote-2012-3-page-108.htm
DOI : 10.3917/her.146.0108


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