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Présentation

Terrible est l'image de la justice chez nos écrivains. Très tôt, il n'est question que de l'arbitraire des juges, du fanatisme de la répression, de geôles silencieuses et glaciales. Qu'on relise les clercs médiévaux, Villon, d'Aubigné : le spectre de la nuit carcérale et de la mort y est oppressant. Plus tard, la monarchie y ajoutera la censure. Voltaire, le premier, ouvrira le temps de la contestation. Même purgée de ses excès après la Révolution, cette justice se perpétue en même temps que le combat contre elle se poursuit. Car l’écrivain dans les années 1750-1830 est devenu une figure éminente de l’espace public. Il a gagné le pouvoir de s’adresser directement au peuple. Il veut incarner son âme collective. Il bouscule les codes de son temps. Il toise les despotes et leurs juges. S’engage alors un conflit entre la liberté d’écrire et les limites que le pouvoir lui impose. Le procès devient le lieu d’un débat indécis, âpre et violent. Ce débat se poursuit dans les oeuvres elles-mêmes. À l’abri de la fiction, l’écrivain y retrouve une suprématie. Aux tribunaux bien réels, il oppose la justice telle qu’il l’imagine. L’accusé y est toujours plus grand que ses juges. Sa hauteur morale surplombe les petits serviteurs de la loi. Le droit a un souffle narratif que la loi a perdu. Ainsi triomphe l'écrivain-avocat des grandes causes. D’Eschyle à Corneille, de Shakespeare à Dickens, de Hugo aux poètes de la Résistance, est mis en scène l’espoir d’une cité plus juste. Tel est l’objet de ce livre. Qu’elle soit imaginée dans un récit ou rencontrée dans le prétoire, la justice déploie un conflit entre les droits et la loi. Face à la force injuste de la loi, d'innombrables héros livrent bataille. Violence, passions et cris de haine envahissent la scène judiciaire. Modération, tolérance, compréhension dessinent son horizon.


Sommaire

Page 5 à 7

Préface

Page 9 à 16

Introduction. La solitude et le forum

Partie I. De l'Antiquité à l'âge classique : l'arbitraire de la justice

Page 17 à 41

Les récits du procès de Jésus

Page 43 à 51

Les écrits des clercs contestataires aux derniers siècles du Moyen Âge

Page 53 à 64

François Rabelais ou les lenteurs nécessaires de la justice

Page 65 à 79

Molière et l'affaire Tartuffe (1664-1669)

Page 81 à 87

L'autre justice du Dictionnaire philosophique

Page 89 à 95

Voltaire ou le tribunal de la raison

Partie II. Au xixe siècle : le temps de la contestation

Page 97 à 119

De la vengeance à la justice dans Le Comte de Monte-Cristo (1845-1846) et Mathias Sandorf (1885)

Page 121 à 133

Dickens, la justice et le crime

Page 135 à 139

L'engagement de Balzac dans l'affaire Peytel

Page 141 à 152

« Cette grande chose divine qu'on appelle la Justice ! » : le droit, la loi et la justice dans Les Misérables

Page 153 à 169

Flaubert et la littérature en procès au xixe siècle

Avec la transcription des pièces d'un dossier inédit relatif au procès de Madame Bovary
Page 171 à 190

Proudhon et ses juges : un auteur en justice et sa critique de l'institution

Partie III. xxe siècle : les écrivains devant la justice

Page 191 à 203

« La justice humaine est chose douteuse et précaire » : l'acte de juger selon André Gide

Page 205 à 219

La justice et la miséricorde chez François Mauriac

Page 221 à 234

Jean Giono et l'affaire Dominici

Page 235 à 248

Jean Genet, poète et voyou

Page 249 à 269

La responsabilité pénale de l'écrivain au prisme des procès littéraires (France, xixe-xxe siècles)

Annexes

Page 281 à 284

Compte rendu

Page 285 à 291

Note de lecture

Fiche technique

Histoire de la justice 2013/1 (N° 23). 292 pages.
ISSN : 1639-4399
ISSN en ligne : 2271-7501
ISBN : 9782110093332
Lien : <http://www.cairn.info/revue-histoire-de-la-justice-2013-1.htm>

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