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Histoire de la justice

2014/1 (N° 24)


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Le peuple et la justice : une relation passionnelle, une histoire d’amours contrariées. À chaque époque de notre histoire la nature des liens noués entre le peuple et l’institution judiciaire a suscité des questionnements.

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Depuis l’Antiquité, berceau de la culture judiciaire occidentale, où la fonction de juger est dévolue aux citoyens, jusqu’à la création de l’École nationale de la magistrature en 1958 qui achève de la professionnaliser, la place du peuple en justice a été l’enjeu de luttes et d’affrontements, de confiscations et de réappropriations successives.

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Au cours du Moyen Âge, le droit de rendre justice, privilège des hommes libres, devient une affaire de professionnels qui agissent au nom du roi. La place du peuple se réduit, alors même que subsistent des rituels judiciaires dont il est partie prenante. À la fin de l’Ancien Régime devenu le symbole de l’arbitraire, le juge est critiqué par les philosophes des Lumières qui préparèrent la Révolution : elle décida que la justice serait désormais rendue au « nom du peuple français ».

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Chaque jugement porte ainsi « en lui et sur lui » le lien fondamental qui unit les citoyens à « leur » justice. En dépit des critiques, les grands traits de la justice pénale resteront les mêmes et malgré les nombreuses réformes la justice civile comme la justice commerciale sont restées, elles aussi pour l’essentiel, conformes à ce qu’ont voulu les révolutionnaires puis Napoléon.

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Deux siècles plus tard, la loi du 10 août 2011 sur la participation des citoyens au fonctionnement de la justice pénale cristallisa une nouvelle fois les clivages sur la question de la place du peuple dans le fonctionnement de l’institution judiciaire. L’objectif, louable, était de rapprocher la justice des citoyens. Mais elle fut surtout vécue comme une défiance à l’égard des magistrats dans une période où le populisme s’insinuait dans le Code pénal au gré d’une inflation législative calée sur les faits divers. Il fallait donc l’abroger. D’autant que les crédits nécessaires à sa mise en œuvre n’étaient pas au rendez-vous et que la justice a bien d’autres priorités. Pas seulement en termes financiers …

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La justice traverse aujourd’hui une crise de confiance sans précédent : pour les justiciables, elle n’est ni accessible ni impartiale ; pour les professionnels, elle n’est ni efficace ni indépendante. Le risque est grand pour la justice elle-même mais aussi pour la démocratie car lorsque ce pilier du pacte républicain vient à se fissurer, c’est tout l’édifice démocratique qui est menacé. Et lorsque le doute sur la justice s’installe, c’est la société toute entière qui peu à peu se déchire.

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D’où l’intérêt du colloque organisé par le conseil général de l’Isère, l’Association française pour l’histoire de la justice, l’Ordre des avocats et l’université populaire européenne de Grenoble en vue d’appréhender par une approche historique et philosophique les rapports complexes qu’entretiennent les Français avec leur justice.

Pour citer cet article

Vallini André, « Avant-propos », Histoire de la justice, 1/2014 (N° 24), p. 7-8.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-de-la-justice-2014-1-page-7.htm
DOI : 10.3917/rhj.024.0007


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