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S'inscrire Alertes e-mail - Revue d'Histoire des Sciences Humaines Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLa psychologie au XIXème siècle
AuteursSerge Nicolas du même auteur
Ce que nous proposons ici est une histoire de la psychologie au XIXème siècle composée autour de l’utilisation du mot « psychologie ». Cette histoire passera sous silence les pratiques psychologiques thérapeutiques ou sociales, qui ont eu un développement largement autonome, afin de centrer notre propos sur le cadre historique de la fixation du terme « psychologie » dans le discours. Jusqu’au début du XVIIIème siècle, le mot « psychologie », sous ses diverses formes (latine, grecque, anglaise, française, etc.) est très peu usité[1] [1] Cf. Mengal, ce volume. ...
suite. L’homme qui a définitivement introduit et répandu le terme « psychologia » pour désigner la science de l’âme est le philosophe allemand Christian Wolff (1679-1754). Si Wolff n’a pas inventé le terme, il peut être considéré comme son promoteur. Non seulement il a assuré l’usage du terme latin « psychologia » mais il a en outre été le premier à diviser la psychologie en deux composantes : la psychologie empirique et la psychologie rationnelle[2] [2] Cf. École, 1990. ...
suite. Cette distinction a conduit Wolff à éditer deux traités ; le premier consacré à la « psychologia empirica »[3] [3] Wolff, 1732. ...
suite et le second consacré à la « psychologia rationalis »[4] [4] Wolff, 1734. ...
suite.
2 Déjà dans l’introduction à sa « philosophia rationalis »[5] [5] Wolff, 1728. ...
suite, il donnait la division générale de la philosophie en exposant quelques-unes des raisons qui le portaient à faire de la psychologie empirique une science autonome. L’une de ces raisons était la nécessité de construire une doctrine psychologique qui, restant indépendante des discussions philosophiques, pourrait servir à tous de base pour déduire des conséquences en vue de la vie pratique, surtout dans le champ des questions morales. Wolff[6] [6] Wolff, 1732 (trad. ), 1. ...
suite définit la psychologie empirique comme « la science qui, au moyen de l’expérience, établit les principes avec lesquels s’explique ce qui survient dans l’âme humaine ». Il s’était donné pour tâche de dresser l’inventaire des facultés de l’âme et des lois auxquelles elles obéissent. Il s’agissait pour lui de présenter une analyse de l’âme et de ses opérations basée sur l’expérience privilégiée que constitue à la fois la conscience de ce qui se passe en nous et l’observation externe. Cependant, il exclut expressément tout ce qui se rapporte à l’anatomie et à la physiologie des sens en disant que « tout ce qui touche au corps doit être traité dans la physique » (680). Wolff entreprendra même la possibilité de créer une branche mathématique de la psychologie qu’il appelle « psychométrie ». D’un autre côté, Wolff[7] [7] Wolff, 1734. ...
suite définit la psychologie rationnelle comme l’étude, du point de vue philosophique, des questions sur la nature des facultés et des opérations psychiques, sur l’essence de l’âme, de son origine, de son immortalité, de ses relations avec le corps. Il entreprend donc de rendre compte a priori des faits observés. Il se sert ici de la raison pour montrer à partir du concept de l’âme pourquoi celle-ci possède les facultés décrites dans la « psychologia empirica ». Cette déduction est essentiellement l’œuvre de la raison pure. La séparation opérée par Wolff entre la psychologie empirique ou a posteriori et la psychologie rationnelle ou a priori n’aboutit pas à une coupure radicale entre les deux. Il a précisé, d’une part, que la psychologie empirique sert de point de départ et d’appui à la psychologie rationnelle et permet de confirmer si besoin est ce qui est établi par celle-ci et, d’autre part, que la psychologie rationnelle éclaire ce que nous apprend la psychologie empirique et contribue à la faire progresser.
3 Nous allons prendre ici les écrits de Wolff, le philosophe d’Outre-Rhin le plus connu du XVIIIème siècle, comme le point de départ à la construction progressive de la science psychologique qui allait se constituer en discipline autonome en Allemagne à partir de la fin du XIXème siècle. Trois pays, ayant leur tradition philosophique propre, ont plus particulièrement contribué à cet essor : l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. Même si cela est encore trop peu souligné, l’analyse des sources imprimées montre l’importance majeure de l’école empirique allemande dans l’établissement de l’autonomie de la psychologie à partir de la fin du XIXème siècle. Elle fut, bien plus encore que l’école associationniste anglaise et l’école psycho-pathologique française, à l’origine du développement de la psychologie académique qui bénéficiera en outre de l’apport essentiel des avancées scientifiques internationales dans d’autres domaines comme la physiologie et la pathologie nerveuse.
I - La psychologie empirique et expérimentale allemande
4 Après la mort de Wolff, il semble qu’en psychologie l’approche empirique soit souvent préférée à l’approche spéculative. Certains auteurs proposaient même de considérer la psychologie empirique comme une science à part entière[8] [8] Cf. Krüger, 1756. ...
suite. Comme les idées associationnistes anglaises (et notamment celles de Hartley) ainsi que les idées psycho-physiologiques de Bonnet avaient pénétré très tôt dans ce pays[9] [9] Cf. Tennemann, 1812-1839. ...
suite, on cherche même à expliquer les opérations de l’âme par les mécanismes nerveux. Cette psychologie des fibres retint l’attention des psycho-physiologistes de l’époque ainsi que les philosophes tels les disciples de Feder (1740-1821), Schutz (1770-1771) et Meiners (1780), mais aussi entre autres Hissmann (1777, 1778), Lossius (1775), Irwing (1777-1785), Hennings (1774, 1777) et Tiedemann (1777, 1804)[10] [10] Cf. Erdmann, 1866 ; Speck, 1897. ...
suite. Devant cette dérive psycho-physiologique, Johann Nicolas Tetens (1738-1807) entreprit une critique des « Firbernpsychologen ». Au lieu de construire la psychologie sur la physiologie, Tetens adhère à la méthode introspective empirique. « Saisir les modifications de l’âme comme elles se manifestent à la conscience ; les percevoir, les observer attentivement avec les changements de circonstances ; noter leur formation et l’activité des forces qui les produisent ; comparer, analyser ensuite les observations ; de là, rechercher les facultés et leurs manières d’agir les plus simples et leurs rapports entre elles : ce sont les buts essentiels de l’analyse psychologique de l’âme, qui dépend de l’expérience. C’est la méthode des sciences naturelles »[11] [11] Tetens, 1777, 1, iv. ...
suite. On sait que les écrits de Tetens eurent sur Kant une influence considérable.
La critique de la psychologie par Kant
5 Historiquement il faut rattacher Emmanuel Kant (1724-1804) à Wolff dont la première formation philosophique s’est inspirée des œuvres du premier, bien que le grand philosophe de Koenigsberg ait su s’affranchir presque complètement des lisières du système de Leibniz et donner à ses recherches une direction nouvelle. Ce qui caractérise le système de Kant est d’avoir séparé fortement l’ontologie métaphysique et la psychologie, d’avoir placé le fondement de toute spéculation philosophique dans l’étude de la cognition et de ses lois. Si l’on commençait la lecture de la fameuse « Critique de la raison pure »[12] [12] Kant, 1781 (1987), 629. ...
suite par l’avant-dernier chapitre, intitulé « architecture de la raison pure », on croirait que Kant accepte sans restriction la division de la psychologie établie par Wolff puisque, dans une division sommaire des sciences philosophiques qu’il expose dans ce chapitre, il fait de la psychologie rationnelle une partie de la métaphysique et l’oppose à la psychologie empirique, donnant pour objet à la première l’étude a priori de l’âme en partant du concept de l’être pensant. Ce n’est qu’une apparence. En effet, avant de traiter des paralogismes de la raison pure, Kant[13] [13] Ibid. , 339-340 et 352. ...
suite s’attache à démontrer que la prétendue science appelée psychologie rationnelle n’est qu’une illusion, pour cette raison très simple qu’on ne peut rien connaître synthétiquement a priori, en partant du concept d’un être pensant. Et de là, par une discussion pressante et subtile de cette affirmation, il déduit cette conséquence[14] [14] Ibid. , 688. ...
suite : « Toute débat sur la nature de notre être pensant et sur son union avec le monde corporel résulte donc uniquement de ce que l’on remplit les lacunes de notre ignorance avec des paralogismes de la raison, en transformant ses pensées en choses et en les hypostasiant, ce qui donne naissance à une science imaginaire, aussi bien du côté de celui qui affirme que de celui qui nie, puisque chacun d’eux s’imagine savoir quelque chose d’objets dont nul homme n’a le moindre concept, ou qu’il transforme ses propres représentations en objets et tourne ainsi dans un cercle éternel d’équivoques et de contradictions ». Toute la psychologie rationnelle tombe donc comme science qui dépasse toutes les forces de la raison humaine et il ne nous reste qu’à étudier notre âme suivant le fil de l’expérience.
6 Notons toutefois une idée ajoutée par Kant dans sa seconde édition de la Critique de la raison pure (1787), et fort exploitée par certains de ses disciples, où il affirme que la psychologie est le point de départ de toute recherche métaphysique puisque, dans la construction analytique de la science, il faut nous élever de ce que l’expérience nous fournit immédiatement, c’est-à-dire de la psychologie à la cosmologie, et de cette dernière à la connaissance de Dieu[15] [15] Kant, 1781 (1987), 330-331. ...
suite. Mais la psychologie empirique ne sort pas indemne des mains de ce terrible démolisseur. On peut s’en douter en se rappelant que l’un des principes d’où il part, dans son analyse de l’armature interne des sciences, est précisément cette affirmation que les connaissances empiriques ne peuvent construire aucune science proprement dite, parce que, avec le processus inductif, on ne peut pas arriver à des principes généraux absolument certains. Kant ne se contente pas de ces indications génériques, applicables à toutes les sciences empiriques : il soumet à une analyse directe la psychologie empirique pour vérifier la valeur scientifique de ses raisonnements ; il l’accable de critiques si vives, si acérées, qu’il n’en reste à peu près rien, comme nous allons le voir. Dans son ouvrage intitulé « Premiers principes métaphysiques de la science de la nature »[16] [16] Kant, 1786 (1990). ...
suite, il donne une division des sciences qui s’occupent de la nature en les divisant en deux grands groupes : historiques (qui ont pour objet la description et la systématisation des phénomènes) et scientifiques (qui recherchent leur explication scientifique). Il exclut la psychologie empirique du groupe scientifique, parce que, d’après lui, on ne peut lui appliquer le calcul mathématique et on ne peut pas faire des expériences avec des phénomènes psychiques (les phénomènes psychiques n’ont pas d’étendue). Les raisons, si discutées par la suite, sur lesquelles il appuie cette thèse, sont les suivantes :
- le sujet qui pense ne peut être en même temps objet d’expérimentation ;
- bien que, par abstraction, nous les considérions comme séparés, les phénomènes psychiques forment, en réalité, un tout uni dont les parties ne peuvent se séparer et se combiner ;
- l’expérience en elle-même modifie déjà et altère l’état de l’objet observé. Il est curieux de noter que ces raisons sont précisément les arguments les plus graves que l’on ait, depuis, apportés contre la possibilité de l’introspection expérimentale. Où donc placer la psychologie empirique? Kant répond qu’il faut en faire une partie de l’Histoire naturelle[17] [17] Kant, 1786 (1990), 13. ...
suite ; et cette conception qui réduit cette science à une simple description et classification des phénomènes, et à les distribuer en série, il la met en pratique dans son « Anthropologie du point de vue pragmatique »[18] [18] Kant, 1798 (1994). ...
suite, où l’on trouve des observations intéressantes et quelques idées nouvelles, dont aucune cependant n’a marqué une époque dans l’histoire de la psychologie empirique.
En résumé, parmi les idées culminantes dans la conception de Kant, les suivantes méritent d’être mentionnées :
- Il distingue la psychologie empirique de la psychologie rationnelle, mais pour dire que la seconde ne peut exister ;
- Il place la psychologie empirique en dehors de la philosophie et au niveau de la physique expérimentale ;
- Mais il donne à la psychologie empirique comme objet propre, la description et la classification des phénomènes psychiques ; et non la recherche de leurs causes ; enfin,
- Il admet l’expérience externe et avec réticence l’introspection, comme sources d’information psychologique ; mais il soutient qu’on ne peut recourir à l’expérimentation.
Les systèmes dérivés du kantisme : l’influence de Herbart (1776-1841)
7 Kant semble avoir été l’inspirateur de toute la philosophie (allemande) du XIXème siècle. Cependant, quant au concept de psychologie, les systèmes dérivés du sien ont presque tous abouti à des conclusions en opposition avec les siennes. Parmi les systèmes issus du kantisme, nous trouvons tout d’abord les systèmes de Fichte (1762-1814), de Schelling (1775-1854) et de Hegel (1770-1831). De cette affirmation de Kant que nous ne connaissons pas les choses en elles-mêmes, mais seulement nos représentations, c’est-à-dire les phénomènes, les idéalistes absolus ont tiré cette conclusion : si nous ne connaissons que les représentations, il n’y a pas de raison pour dire qu’il existe quelque chose en dehors d’elles ; donc la seule entité réelle, c’est notre pensée – conclusion exprimée dans cette formule : « L’être s’identifie avec la pensée ». Engagés dans cette voie, ils arrivent à cette conclusion que toute la science doit être construite a priori, parce que, dans l’organisation systématique des connaissances, l’entendement doit suivre le même ordre qu’il suit pour les produire. Voilà comment, en partant des principes mêmes de Kant, les idéalistes absolus en ont déduit des connaissances diamétralement opposées. Kant avait dit que nous ne connaissons d’autre réalité psychique que celle du phénomène, ou l’apparence (ce qui existe pour nous) ; la réalité métaphysique, la chose en elle-même nous est inconnue ; donc l’unique psychologie possible est la psychologie empirique, la psychologie rationnelle n’est qu’un fantôme. Les disciples disent au contraire que nous connaissons l’unique réalité psychique existante, l’idée ou la représentation, donc la seule psychologie possible est la psychologie des concepts, la psychologie rationnelle ; l’autre, l’empirique ne mérite pas le nom de science : elle est une utopie. Les idéalistes primitifs (Fichte, Schelling, Hegel) ont été des ennemis déclarés de la psychologie empirique. Pourtant, dès la fin du XVIIIème siècle la psychologie était déjà traitée comme une science autonome par certains philosophes de profession[19] [19] Cf. Vidal, ce volume. ...
suite ; la psychologie empirique elle-même devenait un thème à part entière[20] [20] Cf. Abel, 1786 ; Jakob, 1814 ; Schmid, 1791 ;...
suite. C’est dans ce contexte que les premiers journaux de psychologie empirique virent le jour à cette époque comme le « Gnothi Sauton oder Magazin zur Erfahrungsseelenkunde » (se connaître soi-même ou journal de psychologie empirique) publié de 1783 à 1793 par Philipp Moritz (1757-1793) et le « Allgemeines Repertorium für empirische Psychologie und verwandte Wissenschaften » (Répertoire général de psychologie empirique et des sciences connexes) publié par Emmanuel David Mauchart de 1793 à 1801.
8 Le psychologisme fut un autre courant de doctrine certainement plus fidèle aux enseignements de Kant. Le terme apparaît dans la philosophie de langue allemande du milieu des années 1860 chez Johann Eduard Erdmann (1866) qui l’utilise pour désigner la doctrine de l’une des figures centrales de la psychologie empirique à cette époque, celle de Eduard Beneke (1798-1854)[21] [21] Cf. Freuler, 1997. ...
suite. Ce système désigne une philosophie fondée sur la psychologie et qui « évitant les anciens égarements, suit entièrement l’exemple des sciences de la nature, recherchant comme elles les lois correspondant aux faits donnés, ce qui les rend intelligibles »[22] [22] Erdmann, 1866 (1870), 2, § 334, 2, 636. ...
suite. Déjà Fries (1773-1843), qui fut un philosophe important à Heidelberg et Iéna de la génération post-kantienne, avait soutenu cette prééminence de la psychologie. À une époque où la plupart des philosophes allemands, sous la conduite de Fichte, Schelling et Hegel, se tournaient vers l’idéalisme transcendental, Fries concentra son activité sur la base méthodologique plutôt que les implications spéculatives de la philosophie de Kant. Il arriva après une série d’articles publiés dans le « Psychologisches Magazin » (magazine psychologique), revue de psychologie éditée entre 1796 et 1797 dirigée par Heynig et Karl Christian Erhard Schmid, à la conclusion que la psychologie est la science fondamentale et le fondement même de la philosophie[23] [23] Cf. Leary, 1978. ...
suite. Contrairement à Kant, il considèrera la psychologie comme une science autonome et niera l’affirmation selon laquelle l’introspection compromet le statut scientifique de la psychologie[24] [24] Fries, 1807, 1820-1821. ...
suite. Les psychologistes ultérieurs (Ahrens, Beneke, Fortlage), outre qu’ils interprétaient dans un sens assez réaliste les principes de Kant, ont fait plus ou moins le raisonnement suivant : si toute connaissance scientifique porte exclusivement sur les phénomènes, nous devons tout d’abord étudier, comme étant le fondement de toute science, les actes mêmes de la connaissance ; et comme c’est d’eux que nous tenons la connaissance, non pas a priori, mais une connaissance empirique ou intuitive, il en résulte que la psychologie empirique, basée sur le témoignage de la conscience, est le fondement de toutes nos connaissances scientifiques. À cette prépondérance accordée à la psychologie empirique, on a donné le nom de psychologisme[25] [25] Cf. Freuler, 1997. ...
suite. On voit que les psychologistes sont d’accord avec Kant pour ramener toute la psychologie à l’empirique et aboutissent ainsi à des conséquences totalement opposées à celles des idéalistes. Il ne faut pas croire, pourtant, que les psychologistes nient la possibilité de la métaphysique, loin de là, ils ont fondé ce qu’on appelle la métaphysique inductive, sorte de science générale dans laquelle se synthétisent les principes trouvés par induction dans les autres sciences. Mais la psychologie est pour eux comme le centre de la philosophie. D’autres disciples de Kant sont arrivés par d’autres voies au psychologisme, par exemple Ahrens (1808-1874) qui écrit dans son cours de psychologie : « La science de l’esprit est, pour la philosophie, la science fondamentale, la base intellectuelle sans laquelle toutes les idées, toutes les doctrines flotteraient dans le vague… L’esprit est la source de toute science philosophique, et la science qui s’occupe de lui, de sa nature, de ses facultés, de ses différentes manifestations, est la base et le point de départ de toute recherche ultérieure »[26] [26] Ahrens, 1836-1838, I, 1, 5 sq. ...
suite. On sait les innombrables variétés de formes qu’ont prises les idées philosophiques des disciples de Kant. Il n’est donc pas nécessaire de dire que tous les psychologistes, sauf sur la thèse que nous venons d’exposer, ne sont guère d’accords sur les autres doctrines psychologiques. Beneke[27] [27] Beneke, 1833 ; 1845 (1862). ...
suite, par exemple, s’écarte de Fries en concevant la vie psychique d’une manière analogue à celle des associationnistes ; mais, au lieu d’images, il prend pour unités psychiques les impulsions ou « facultés primitives », sortes d’énergies qui, sous l’action des stimulants externes, se transforment et se groupent, présentant l’apparence d’une unité substantielle, alors qu’on a seulement un faisceau de facultés. Par contre, Fortlage (1806-1881) donnerait plutôt au psychologisme une teinte de métaphysique[28] [28] Fortlage, 1855. ...
suite.
9 Le Kantisme reçut une autre transformation. Herbart (1776-1841), second successeur de Kant à la chaire de philosophie de Koenigsberg de 1809 à 1833 (il intègrera par la suite l’université de Göttingen), joignant aux principes de Kant la théorie des monades de Leibniz, les doctrines associationnistes et d’autres idées de diverses provenances, construisit un système psychologique dont les penseurs ont, après lui, subi l’influence et qui a donné une puissante impulsion à la psychologie expérimentale[29] [29] Leary, 1980. ...
suite. Les premiers essais de psychologie scientifique sont en effet dus à Herbart[30] [30] Cf. Drobisch, 1876 ; Ribot, 1876 ; Stout, 1888,...
suite. Ils forment une transition entre la spéculation idéaliste pure de Fichte et de Hegel et le psychologisme (sans métaphysique) de Fries et ses continuateurs. S’appuyant sur ce principe qu’on peut arriver à la connaissance de la vérité, en partant de principes métaphysiques aussi bien qu’en discourant sur des données empiriques, il établit une psychologie où les deux processus se combinent, bien qu’en réalité la méthode rationnelle prédomine, parce que les éléments d’expérimentation dont elle dispose sont trop peu nombreux. Son œuvre la plus connue et la plus complète dans le champ de la psychologie est intitulée « Psychologie als Wissenschaft neu gegründet auf Erfahrung, Metaphysik und Mathematik » (de la psychologie comme science, appuyée pour la première fois sur l’expérience, la métaphysique et les mathématiques)[31] [31] Herbart, 1824 (1890b) et 1825 (1892). ...
suite, mais ses positions étaient déjà annoncées dans certains articles antérieurs[32] [32] Par exemple, Herbart, 1806 (1887) ; 1811 (1888a) ;...
suite et dans un autre ouvrage ayant pour titre « Manuel de psychologie »[33] [33] Herbart, 1816-1834 (1891). ...
suite. Le titre de son œuvre principale[34] [34] Herbart, 1824 (1890b) ; 1825 (1892). ...
suite, importante entre toutes, exprime clairement l’idée du philosophe : joindre les principes métaphysiques aux données et aux calculs mathématiques, pour construire un édifice doctrinal réunissant la psychologie rationnelle et la psychologie empirique : les vérités acquises étant exprimées en formules mathématiques[35] [35] Cf. Boudewijnse, Murray, Bandomir, 1999. ...
suite. L’objectif de Herbart a été de fonder la psychologie sur la métaphysique.
10 Les phénomènes que la psychologie doit étudier sont les représentations. Quelles sont les méthodes à employer ? Il écrit « La physique expérimentale ignore les forces de la nature, et cependant elle a deux moyens de découverte, l’expérimentation et le calcul. La psychologie ne peut pas expérimenter sur l’homme, et elle n’a pas d’instruments pour cela ; elle doit d’autant plus s’attacher à employer le calcul ». La psychologie a quelque analogie avec la physiologie puisque « De même que l’une construit le corps avec des fibres, l’autre construit l’esprit avec des séries de représentations ». La matière de la psychologie sera de rechercher les lois des représentations. De part les rapports qui s’établissent entre les états de conscience, les représentations deviennent des forces, et la tâche de la psychologie va consister à établir une statique et une mécanique de l’esprit. Le sujet représentant est une substance simple appelée avec raison âme. Les représentations sont produites par les conditions extérieures et sont déterminées, quant à leur qualité, tant par ces conditions que par la nature de l’âme elle-même. L’âme n’est donc pas originairement une force représentante (consciente) ; mais elle le devient par le fait de certaines circonstances. En outre les représentations prises en elles-mêmes ne sont pas des forces, mais elles le deviennent par suite de leur opposition réciproque[36] [36] Herbart, 1824 (1890b), 31. ...
suite. Le caractère essentiel de la psychologie de Herbart est l’emploi des mathématiques[37] [37] Pour une présentation : Cf. Boudewijnseet al. , 1999. ...
suite. Si une représentation a une qualité déterminée et invariable, elle possède cependant une valeur quantitative qui est variable à savoir son degré d’intensité, de force, ou plus simplement de clarté. Herbart proposera une statique et une mécanique de l’esprit qui aura une influence considérable sur toute une génération ultérieure de psychologues allemands[38] [38] Stout, 1889a. ...
suite.
11 Parmi les disciples de Herbart, il en est qui ont conservé fidèlement la tendance de leur maître à convertir la psychologie en une science exacte : tels ont été Drobisch (1802-1896) qui le suivra dans la voie des mathématiques[39] [39] Cf. Drobisch, 1842, 1850. ...
suite mais aussi Cornelius (1819-1899), Lange (1828-1875) ainsi que quelques autres de moindre importance comme les fondateurs et collaborateurs du « Zeitschrift für die exakte Philosophie im Sinne des neueren philosophischen Realismus » (1860), l’organe technique de l’école herbartienne. D’autres au contraire, tout en maintenant certaines idées philosophiques du maître, n’ont pas voulu le suivre dans la voie des mathématiques. Parmi eux[40] [40] Pour une liste : Heinze, 1897, III, 2, 167-178. ...
suite, nous nommerons Exner (1802-1853) et Bonitz qui ont importé la philosophie de Herbart en Autriche, Volkmann (1822-1877) qui écrira des ouvrages majeurs de psychologie[41] [41] Volkmann et al. , 1856, 1875-76 ; Cf. Whittaker, 1890. ...
suite, Waitz (1821-1864) et Strümpell (1812-1899). Si les tentatives faites par Herbart et ses disciples, pour fonder une psychologie mathématique, n’ont abouti à aucun résultat positif, il n’en a pas moins exercé une influence beaucoup plus efficace et plus durable dans une autre direction, en rangeant parmi les objets d’investigation psychologique l’étude des civilisations primitives, en vue de découvrir les manifestations les plus élémentaires de l’esprit et leur lente évolution au cours de l’histoire. Herbart, que l’on peut avec raison appeler le fondateur de la psychologie des peuples, ne pouvait concevoir qu’on réduisit la science psychologique à l’étude de l’homme adulte et civilisé. Aussi, dans l’introduction de son manuel de psychologie[42] [42] Herbart, 1816-1834 (1891). ...
suite, dit-il : « la matière de la psychologie comprend la perception interne, l’étude des hommes appartenant à tous les degrés de la civilisation, les observations des éducateurs et artistes, les relations des voyageurs, historiens, poètes et moralistes, et les expériences que fournissent les déments, les malades et les animaux ». Et plus tard, en publiant la deuxième édition de ce Manuel, il revient sur la même idée : « la psychologie sera une science incomplète tant qu’elle se bornera à étudier l’homme isolé »[43] [43] Herbart, 1816-1834 (1891), 246. ...
suite. Ses disciples de l’université de Berlin, Steinthal (1823-1899) et Lazarus (1824-1903), ont adopté ce programme et l’ont développé en diverses publications, plus particulièrement dans le « Zeitschrift für Völkerpsychologie und Sprachwissenschaft » (1859-1890), une revue parue sous ce titre de 1859 à 1890 et devenue ensuite le « Zeitschrift für Volkskunde ».
12 La psychologie empirique va se propager à une époque où la philosophie subit une crise sans précédent[44] [44] Cf. Freuler, 1997. ...
suite. La seconde moitié du XIXème siècle est non seulement l’époque des sciences de la nature mais aussi celle de la psychologie empirique qui va se développer conjointement et en interaction avec la physiologie naissante. Ni Herbart ni, en général, ses disciples n’ont cherché dans la physiologie un auxiliaire de la psychologie. Seul, Theodor Waitz (1821-1864), l’un des ténors de la psychologie empirique herbatienne des années 1840, a fait quelques essais dans ce sens. Proposant une réforme de la philosophie par la psychologie[45] [45] Waitz, 1849. ...
suite, il va s’appuyer sur les succès récents de la physiologie pour arguer un renouveau de la psychologie. L’idée de Waitz et des psychologistes fut d’interpréter la psychologie comme une science distincte et supérieure aux autres sciences[46] [46] Cf. aussi Beneke, 1850 ; Brentano, 1874 ; Dilthey,...
suite et non pas comme les physiologistes le préconisent de fonder la psychologie sur la physiologie. En accord avec les doctrines positivistes françaises dont nous serons amenés à parler plus loin, le climat de l’époque était en effet largement ouvert à une intégration de la psychologie par la physiologie[47] [47] Domrich, 1849 ; Hagen, 1847 ; Spiess, 1844. ...
suite, ce réductionnisme deviendra prééminent la décennie suivante[48] [48] Vogt, 1847 ; Wagner, 1854. ...
suite. Mais Waitz ne va pas réussir à créer une opinion dans le milieu assez métaphysicien de l’école herbartienne. C’est à un autre psychologue, qui ne fait pas partie à proprement parler de l’école herbatienne mais qui se rapproche de Herbart, moins sur le terrain métaphysique que pour la conception générale de la psychologie, qu’était réservé le mérite d’introduire en Allemagne l’union des investigations physiologiques et des recherches psychologiques, en utilisant au profit de la science de l’esprit les découvertes réalisées dans la science des fonctions organiques. Il s’agit de Rodolph Hermann Lotze (1817-1881), le successeur immédiat de Herbart à la chaire de philosophie de Göttingue (1844). Médecin et philosophe de formation, il acquit la conviction que la philosophie idéaliste, telle qu’elle existe, n’a pas le caractère d’une science, mais plutôt celui d’un poème, d’une production poétique, d’un roman écrit en termes abstraits. Il lui parut de plus en plus évident qu’un système philosophique satisfaisant devait intégrer les découvertes de la science. Or, Lotze s’est trouvé absolument d’accord avec Herbart et son école dans cette conviction et dans cette persistance à enseigner que la philosophie doit avoir un caractère scientifique, que la philosophie doit être une science et le devenir toujours davantage[49] [49] Cf. Lotze, 1857. ...
suite. Il chercha à répandre parmi les médecins ses vues sur la question des rapports réciproques entre l’âme et le corps, question débattue sur les limites de la physiologie et de la psychologie. Il faut citer ici « la pathologie et la thérapeutique considérée comme sciences mécaniques »[50] [50] Lotze, 1842. ...
suite et sa « physiologie générale de la vie corporelle »[51] [51] Lotze, 1851. ...
suite. Mais c’est dans son ouvrage le plus célèbre sur les questions psychologiques, « psychologie médicale ou physiologie de l’âme »[52] [52] Lotze, 1852. ...
suite, qu’il exploite les connaissances physiologiques et pathologiques de son époque, les associant aux principes philosophiques pour former de ces deux éléments un seul corps de doctrine psychologique qui serve de base à une métaphysique inductive telle que Fries la concevait. En ce qui concerne la conception générale de la psychologie, Lotze rejette le mécanisme, tout en cherchant à satisfaire aux exigences de l’esprit scientifique. Les lois de l’activité de l’âme ne peuvent être découvertes a priori, mais seulement par l’expérience. La notion d’âme sert cependant comme un principe d’unité ; c’est à la psychologie rationnelle à déterminer sa nature. Comme le remarquera Fortlage[53] [53] Fortlage, 1855, vii. ...
suite, la physiologie va constituer un « événement heureux pour la psychologie » dans la seconde moitié du XIXème siècle.
La psychologie expérimentale : la place centrale de Wundt
13 Certainement plus métaphysicien que psychologue, Lotze reste néanmoins une figure importante dans le domaine de la psychologie car il a tracé la voie à l’avènement de la psychologie scientifique naissante. Il enseigna la psychologie rationnelle (spéculative) et expérimentale durant presque quarante ans (1842-1881)[54] [54] Cf. Lotze, 1881. ...
suite et eut pour élèves des psychologues de renom tels Franz Brentano (1838-1917), Carl Stumpf (1848-1936) et surtout Müller (1850-1934) qui devint le successeur immédiat de Lotze à la chaire de philosophie de l’Université de Göttingen. Bien qu’ayant été formé durant les années 1830 au cours de ses études médicales à Leipzig par les fondateurs de la psychophysique (Weber, Fechner), Lotze fut cependant assez opposé au développement de cette dernière discipline.
14 Le mot de psychophysique a été pris dans plusieurs sens au cours de l’histoire de la psychologie. Dans son sens primitif, il désigne la science nouvelle que Gustav Theodor Fechner (1801-1887) a fondée. C’était dans son esprit un développement de ses conceptions métaphysiques[55] [55] Cf. Fechner, 1851. ...
suite, et conformément à l’étymologie, « une science exacte des rapports de l’âme et du corps »[56] [56] Fechner, 1860, I (trad. ), 7. ...
suite. Très influencé par les écrits de Herbart, il était conscient que pour que la psychophysique puisse être une science exacte, c’est-à-dire pour qu’elle puisse établir des relations mathématiques entre les phénomènes mentaux et les phénomènes corporels, il faut d’abord être capable de mesurer les phénomènes mentaux. Dès lors la psychophysique doit s’attacher au problème préliminaire de la mesure des phénomènes psychologiques[57] [57] Fechner, 1860. ...
suite. C’est ainsi que Fechner s’est intéressé à mesurer uniquement les phénomènes psychologiques qui résultent des impressions exercées par le monde physique sur les organes sensoriels et qu’il appelle les sensations. Ainsi, la psychophysique est devenue chez Fechner la science de la mesure des sensations. Comme Fechner[58] [58] Fechner, 1860. ...
suite va le montrer sur la base des travaux du physiologiste Ernst-Heinrich Weber (1795-1878) et d’autres auteurs, il n’y a pas un rapport simple entre la force de la voix et l’intensité des sensations. Weber[59] [59] Weber, 1834, 1846. ...
suite fut un des premiers à clairement exprimer l’existence d’une relation fonctionnelle entre une différence de sensation et le rapport des excitations correspondantes. De l’équation qui exprime cette relation, Fechner[60] [60] Fechner, 1860. ...
suite tirera l’équation logarithmique de cette relation. Ainsi la loi de Weber fut à la base de la mesure des sensations et, par suite, de toute la psychophysique fechnerienne.
15 Les écrits psychologiques de Fechner ont été soumis à une critique de la part de ses contemporains dont Helmholtz, Plateau, Delbœuf, Hering étaient les représentants les plus illustres[61] [61] Cf. Nicolaset al. , 1997. ...
suite. Bien que sa psychophysique ait été étendue quelques années plus tard aux éléments supérieurs de l’esprit[62] [62] Fechner, 1876. ...
suite, c’est cependant son œuvre de psychophysique sensorielle qui a subi les attaques les plus violentes. Ces critiques ont porté sur tous les aspects de la psychophysique en général et de la psychophysique sensorielle en particulier et ont manqué porter un coup fatal à l’œuvre pionnière de Fechner. C’est Hering, en 1875, qui attaqua la psychophysique de Fechner avec le plus de vigueur et de rigueur dans l’argumentation[63] [63] Cf. aussi ultérieurement Bergson, 1889. ...
suite. Fechner contre-attaqua ses détracteurs à partir de cette époque en publiant deux ouvrages[64] [64] Fechner, 1877, 1882. ...
suite et de nombreux articles sur ce sujet afin de préserver les fondements de la loi psychophysique qui aujourd’hui porte son nom. Il reste cependant que les idées de Fechner sur la psychophysique ont fortement influencé les fondateurs de la psychologie. Ces hommes n’étaient pas seulement des expérimentateurs comme Helmholtz, Delbœuf, Wundt, Ebbinghaus, Müller, etc. mais aussi des cliniciens comme Sigmund Freud. Mais parmi ceux-ci, il revient cependant à Wilhelm Wundt d’avoir promu la psychologie en tant que discipline scientifique autonome.
16 Le développement de la psychologie en Allemagne est largement tributaire des travaux réalisés par les physiologistes dans les années 1830-1860. Ce sont d’ailleurs les physiologistes germaniques ou d’influence germanique[65] [65] Müller, Weber, Donders, Helmholtz et leurs successeurs. ...
suite qui ont été les précurseurs et les véritables initiateurs de la nouvelle psychologie. La physiologie a montré que la conscience à elle seule ne peut rien nous apprendre sur les sensations élémentaires, qu’au contraire elle nous trompe. C’est la physiologie qui a aussi prouvé que les phénomènes psychiques ont toujours un concomitant cérébral. Par les recherches sur le fonctionnement du cerveau, les localisations cérébrales, les sensations, la vitesse de transmission des nerfs, etc., elle a ouvert à la psychologie des voies nouvelles et lui a fourni des méthodes en contribuant à l’élever en véritable science.
17 Dès 1862, dans un ouvrage sur la théorie de la perception sensorielle, Wundt proposa la constitution officielle d’une nouvelle science : la psychologie expérimentale. Mais il annoncera ensuite que la constitution de la psychologie comme discipline autonome[66] [66] Wundt, 1863, 1874. ...
suite ne peut se faire en considérant seulement la psychologie expérimentale. En effet, dans ses « Lectures sur l’âme humaine et animale »[67] [67] Wundt, 1863. ...
suite, il souligne les nombreuses tentatives qui ont été faites pour rattacher la psychologie aux sciences naturelles[68] [68] Wundt, 1863, I, iv. ...
suite et suggère que la clé du succès réside dans l’utilisation des méthodes expérimentales aidées en cela par l’histoire et l’ethnologie[69] [69] Ibid. , v-ix ; Wundt, 1863, II, iii-iv. ...
suite. Pour lui, la psychologie doit être une science basée sur l’expérience c’est-à-dire une science empirique (Ehrfahrungswissenschaft)[70] [70] Wundt, 1863, I, 19-23. ...
suite mais s’opposera toujours à une définition physiologique de la psychologie[71] [71] Wundt, 1895. ...
suite. Dans son « Traité de psychologie physiologique »[72] [72] Wundt, 1874. ...
suite, il assignera à la psychologie une place entre les sciences de la nature et les sciences humaines. Mais par la suite, il sera de plus en plus enclin à rattacher la psychologie aux sciences humaines même s’il se prononça contre la séparation administrative de la psychologie et de la philosophie[73] [73] Cf. Hatfield, 1997. ...
suite. Avec les années son discours ne changera pas, ainsi, dira-t-il plus tard[74] [74] Wundt, 1904, 48. ...
suite, « les deux grandes conquêtes de la psychologie moderne sont, d’une part, la psychologie expérimentale, d’autre part la psychologie collective… L’idée de Herbart d’une psychologie mathématique a préparé l’introduction de l’expérimentation dans l’observation psychologique ; s’est notamment dans son école (notamment par Lazarus et Steinthal) qu’est née la psychologie collective ». Mais, Wundt excluait toute séparation de la psychologie expérimentale (et physiologique) envers la psychologie des peuples (Völkerpsychologie)[75] [75] Wundt, 1913. ...
suite.
18 Fondateur des premiers séminaires et du premier laboratoire mondial de psychologie expérimentale à Leipzig en 1879, il formera aux techniques expérimentales toute une génération de psychologues, des Allemands mais aussi des Américains qui fondèrent à leur tour de nouveaux enseignements et laboratoires outre-Atlantique. Les travaux de ce laboratoire furent d’abord publiés dans la revue « Philosophische Studien » (Études Philosophiques) entre 1881 et 1902, puis dans la revue « Psychologische Studien » (Études Psychologiques) de 1905 à 1918. Dans le premier fascicule de cette revue qui paraissait à des intervalles irréguliers, Wundt[76] [76] Wundt, 1881. ...
suite a écrit un article qui peut passer pour une préface à son œuvre dans le champ de la psychologie expérimentale. Il n’y considère pas la nouvelle psychologie comme une nouvelle philosophie, moins encore comme une négation de la philosophie, mais plutôt comme un progrès, un développement de la pensée philosophique. Pour lui, le problème général de la psychologie expérimentale comprend trois questions :
- Quels sont les éléments de la conscience, leurs propriétés qualitatives et quantitatives ;
- Comment se combinent-ils pour former des faits de conscience d’une nature de plus en plus complexe?
- Quels sont les rapports de coexistence et de succession, les lois générales qui dominent les faits intérieurs?
À ces trois problèmes répondent trois méthodes avec dans l’ordre : les méthodes psychophysiques utilisées par Fechner et ses émules, les méthodes de manipulation de facteurs utilisées dans toutes les sciences expérimentales et les méthodes psychométriques empruntées aux astronomes et aux physiologistes (Helmholtz, Hirsch, Donders). Mais l’analyse psychologique basée sur la psychologie expérimentale ne pouvait accéder qu’aux seuls processus psychiques élémentaires. Les recherches portant sur l’évolution des processus de la pensée ou les formes supérieures ne pouvaient pas être effectuées à l’aide de l’expérimentation[77] [77] Cf. Wundt, 1882. ...
suite. Pour accéder aux fonctions intellectuelles supérieures et en faire l’analyse, Wundt s’est appuyé sur une « anthropologie psychologique ». Cette psychologie des peuples[78] [78] Wundt, 1900-1920. ...
suite a été développée pour étudier les lois de l’évolution de la langue, des mythes et des mœurs afin d’en dégager les caractères universaux.
19 L’institutionnalisation de la psychologie scientifique et expérimentale de langue allemande commença avec la nomination comme professeurs ordinaires de philosophie et de psychologie bien entendu de Wilhelm Wundt à Zurich (1874), puis à Leipzig (1875) mais aussi de Carl Stumpf (1848-1936) à Würzburg (1873) ; de Georg Elias Müller (1850-1934) à Göttingen (1881), de Hermann Ebbinghaus (1850-1909) à Berlin (1886) et de Franz Brentano (1838-1917) à Vienne. Elle se développa à partir de cette époque surtout sous l’impulsion de deux admirateurs de l’œuvre psychophysique de Fechner : Ebbinghaus qui créera le « Zeitschrift für Psychologie und Physiologie der Sinnesorgane » en 1890 et qui jouera un rôle important dans les premiers congrès internationaux de psychologie et surtout de Müller, qui accéda à l’âge de 31 ans à la chaire que Herbart avait occupée de 1833 à 1841 puis Lotze de 1844 à 1880, et dont le rôle à la fois scientifique et institutionnel a été étonnamment sous-estimé jusqu’à présent.
II - La psychologie associationniste anglaise
20 En Angleterre, les travaux de Wolff étaient presque totalement ignorés. Aux alentours des années 1770, Thomas Reid (1710-1796), qui fut professeur au Collège Royal d’Aberdeen de 1752 à 1764 et à qui la philosophie de Wolff était familière, fut le premier à mentionner que le philosophe allemand « a donné le nom de Psychelogie (sic) » à une branche de la pneumatologie[79] [79] Cf. Vidal, 1993. ...
suite mais il ne l’utilisa jamais dans son œuvre pourtant toute psychologique. Théodore Jouffroy[80] [80] Jouffroy, 1836, cc-ccii. ...
suite soulignera que « s’il est un service, et un service éminent, que les Écossais aient rendu à la philosophie c’est d’avoir établi une fois pour toutes dans les esprits, et de manière à ce qu’elle ne puisse plus en sortir, l’idée qu’il y a une science d’observation, une science de faits, à la manière dont l’entendent les physiciens, qui a l’esprit humain et le sens intime pour instrument, et dont le résultat doit être la détermination des lois de l’esprit, comme celui des sciences physiques doit être la détermination des lois de la matière (…) Ce qui reste quand on les a lus, ce qui a saisi l’esprit, ce qui le préoccupe et le possède, c’est l’idée qu’il y a une science de l’esprit humain, science de faits, comme les sciences physiques, qui, comme elles, doit procéder par l’observation et l’induction ». D’autres professeurs écossais, George Campbell[81] [81] Campbell, 1776. ...
suite puis James Beattie (1790-1793) utilisèrent ce mot dans leurs œuvres mais c’est Samuel T. Coleridge (1772-1834), disciple zélé d’Hartley dans sa jeunesse, qui se forma à l’étude de la philosophie allemande dans les années 1798-1799 et qui commença à user plus fréquemment du mot « psychology » en anglais[82] [82] Coleridge, 1817, 1818. ...
suite. Mais le terme ne fut pas adopté facilement par les anglo-saxons, preuve en est que quand le très influent William Hamilton (1788-1856) fut recruté à la chaire de logique et de métaphysique à l’université d’Edinburgh en 1836, il dut encore en faire l’apologie[83] [83] Cf. Hamilton, 1859-60, lect. VIII. ...
suite. En 1843, John Stuart Mill affirma l’existence d’une science de l’esprit indépendante dont le nom est « psychologie »[84] [84] Mill, 1843, part. VI, ch. Iv. ...
suite. En 1848, paraissait le « Journal of Psychological Medicine and Mental Pathology » édité par Forbes Winslow jusqu’en 1860. L’histoire de la psychologie anglaise est aujourd’hui largement connue[85] [85] Cf. Hearnshaw, 1964. ...
suite.
La psychologie associationniste de John Stuart Mill
21 La nouvelle école expérimentale avait pour prédécesseurs David Hume (1711-1776) et David Hartley (1705-1757), les fondateurs de l’école associationniste anglaise[86] [86] Cf. Hartley, 1749 (1834) ; Hume, 1739 (1995). ...
suite. Ces philosophes furent en effet les premiers qui aient tenté d’expliquer par l’association des idées et l’habitude, la notion de cause et le principe de causalité, l’origine des idées dites rationnelles, des affections dites naturelles, des principes moraux dits innés, enfin l’origine des actes volontaires auxquels on attribue le caractère de libre arbitre. L’école toute expérimentale de Stuart Mill, de Bain et de Spencer n’a fait que reprendre ces thèses pour les développer de nouveau en les fondant sur des observations, des analyses, des explications qui lui appartenaient. Que presque tous les philosophes de l’école expérimentale se soient rencontrés dans la théorie qui explique tout le mécanisme de l’esprit humain par l’association, il n’y a rien à cela que de naturel. La méthode inductive les conduisait nécessairement à ce résultat. Du moment que tout phénomène psychologique se réduit à constater la relation des phénomènes entre eux et à en dégager une loi, il n’y a plus qu’une chose qui intéresse la science, à savoir si et comment ces phénomènes s’associent dans leur succession ou leur concomitance. C’est là toute l’explication que peut chercher une psychologie qui ne prétend pas atteindre les causes internes des phénomènes. La psychologie que John Stuart Mill va proposer n’a pas fait l’objet d’un ouvrage spécial, mais on la trouve exposée dans plusieurs écrits importants[87] [87] Mill, 1843 (1866), 1865 (1869), 1859a. ...
suite.
22 Dans le sixième livre[88] [88] Chapitre iv. ...
suite de son fameux ouvrage « Système de logique déductive et inductive », Mill[89] [89] Mill, 1843 (1866), 436. ...
suite affirme l’existence d’une science de l’esprit à part entière qu’il nomme « psychologie » même s’il pense qu’elle ne sera jamais aussi exacte que la physique. « La psychologie, dit-il, a pour objet les uniformités de succession ; les lois, soit primitives, soit dérivées, d’après lesquelles un état mental succède à un autre, est la cause d’un autre, ou, du moins, la cause de l’arrivée de l’autre. De ces lois, les unes sont générales, les autres plus spéciales »[90] [90] Ibid. , 437. ...
suite. Parmi les lois spéciales il citera les deux grandes lois de l’association des idées, la loi de similarité et la loi de contiguïté, déjà étudiées par son père James Mill (1829) auxquelles il ajoutera la loi de l’intensité. Mill était en train de rédiger son ouvrage sur le système de logique en 1837 lorsqu’il découvrit pour la première fois les deux premiers volumes du « Cours » de Comte qui firent sur lui une énorme impression. Fervent admirateur du philosophe français, il n’entra cependant en relation avec lui que plus tardivement en novembre 1841[91] [91] Mill, 1873 (1874). ...
suite. Mais si Mill profita beaucoup de la lecture des leçons de Comte pour rédiger son ouvrage, il fut déçu par le contenu du quatrième volume traitant de la science sociale parce qu’elle manquait de la base psychologique qui seule pouvait la fonder solidement. Pour Mill, Comte a commis une erreur de méthode en plaçant dans la biologie l’étude de la psychologie. Cette négation de la psychologie fut condamnée par Mill à maintes reprises[92] [92] Cf. Comte, 1975, 348 ; Mill, 1865 (1868), 67. ...
suite. Mill essaiera au contraire d’intercaler entre la biologie et la sociologie une science fondamentale que Comte a eu, selon lui, le tort d’omettre et qui comprenaient la psychologie et l’éthologie (science de formation du caractère). Pour ce qui concerne les questions psychologiques qui nous intéressent ici, les critiques que Mill[93] [93] Mill, 1865 (1868). ...
suite fit à Comte portèrent essentiellement sur :
- la réduction de la psychologie à la physiologie et même à la « phrénologie » ;
- l’absence de la psychologie dans l’ordre des sciences ;
- sur la constitution imparfaite de la sociologie en n’y faisant pas intervenir la psychologie.
L’école positiviste française, repoussait absolument la psychologie en tant que science fondamentale alors que la philosophie anglaise était essentiellement psychologique. Dans son ouvrage « Dissertations and discussions »[94] [94] Mill, 1859a, tome I, 396. ...
suite, il note que Coleridge et Bentham s’accordaient déjà pour penser que le fondement de la philosophie devait être posé sur la philosophie de l’esprit. Les positivistes orthodoxes et même dissidents français, tels Littré[95] [95] Littré, 1876. ...
suite et Wyrouboff[96] [96] Wyrouboff, 1874. ...
suite, ont fermement combattu cette opinion selon laquelle la psychologie était la base de la philosophie.
23 Les prétentions philosophiques de Littré et ses compétences médicales, linguistiques et historiques ont fait de cet érudit un personnage incontournable dans le domaine du positivisme. Si les positions de Littré sur la psychologie s’expriment dans de très nombreux articles traitant de la pathologie mentale[97] [97] Cf. Petit, 1995, 210. ...
suite, c’est à l’occasion de la parution de l’ouvrage de John Stuart Mill « Auguste Comte and positivism »[98] [98] Mill, 1865. ...
suite traduit en 1868 par Georges Clemenceau (alors disciple de l’École dissidente de Littré, dont la célébrité ultérieure en politique dissimule à beaucoup sa première vocation intellectuelle) que Littré dut défendre les principales idées de Comte au sujet de la psychologie. Littré[99] [99] Littré, 1866. ...
suite fit grand cas des critiques de Mill au sujet de la psychologie et affirmera que Comte n’a commis aucune erreur de méthode en plaçant dans la biologie l’étude de la psychologie. Si Littré est circonspect voire même opposé comme John Stuart Mill à la « psychologie phrénologique » de Comte[100] [100] Littré, 1846, 1863. ...
suite, il propose cependant ce qu’il appelle la « physiologie psychique »[101] [101] Littré, 1846, 1869. ...
suite qui n’a aucune connotation métaphysique et qui est une véritable psycho-physiologie au sens moderne du mot. L’emploi de l’expression « physiologie psychique » est justifié par le refus des connotations « métaphysiques » du terme traditionnel « psychologie » et par la volonté de lier l’étude des facultés intellectuelles et morales à celle de la substance nerveuse. Dans un fameux ouvrage sur « Auguste Comte et la philosophie positive »[102] [102] Littré, 1863. ...
suite, Littré avait déjà examiné la position comtienne sur la psychologie. Il avait invalidé la phrénologie de Gall sur la base de la méthode comtienne de la philosophie positive (elle n’a pas été vérifiée ni par les faits ni par l’expérience). Mais Littré reconnaît que pour détecter, observer, analyser, classer les facultés cérébrales, la biologie peut emprunter ses renseignements au sens commun, à la psychologie, à la phrénologie. Cependant, Littré[103] [103] Littré, 1866. ...
suite défend le travail de laboratoire et l’expérimentation physiologique minutieuse que Comte semble avoir condamnée au profit de l’observation. Les disciples orthodoxes de Comte[104] [104] Cf. Laffitte, 1883, 22. ...
suite ont d’ailleurs toujours souligné l’influence fâcheuse de la méthode expérimentale et lui ont préféré la méthode d’observation contrairement aux disciples « dissidents ». Mill contestera formellement que les phénomènes mentaux puissent être connus par « déduction des lois physiologiques de notre organisme nerveux », et déclarera que même si cette hypothèse du parallélisme psycho-physiologique était vraie, l’observation psychologique serait encore nécessaire. Comte restera sous le coup de l’accusation tant de fois répétée, mais à notre avis abusive, de s’être refusé à reconnaître le rôle légitime et nécessaire de l’introspection et d’avoir tenté l’œuvre pour certains chimérique d’édifier une psychologie purgée de toute donnée d’observation interne.
24 En somme, la critique de Mill était de montrer que la psychologie est une science possible et de grande valeur, que l’analyse subjective peut être pratiquée, et que Comte a eu tort de regarder l’observation interne comme un procédé illusoire. D’ailleurs, comme de nombreux psychologues ultérieurs et au premier rang desquels James[105] [105] James, 1890, I, 185. ...
suite l’ont écrit plus tard : « L’observation introspective est ce sur quoi nous avons à compter d’abord, avant tout et toujours, l’esthétique et la psychologie ». Si Littré confirme l’assertion de Comte selon laquelle la psychologie doit être attachée à la biologie, il défend lui aussi l’existence d’une autre forme de psychologie, comme Comte l’avait fait par ailleurs. Ce que Comte et ses disciples ont proclamé c’est l’inexistence d’une psychologie, en tant que science fondée sur l’introspection, celle qui croit à un esprit sans support physiologique et cérébral, c’est-à-dire celle des métaphysiciens. Mais d’un autre côté, on voit que la psychologie ne peut être rayée de la pensée philosophique. C’est une situation paradoxale, on cherche à en cacher l’importance mais en fait on ne peut s’en passer puisqu’elle est nécessaire à la science.
Alexander Bain : le premier véritable psychologue de langue anglaise
25 La psychologie associationniste a trouvé sa forme la plus systématique dans l’œuvre d’Alexander Bain (1818-1903) qui fut un intime de Mill, il lut même sa « Logique »[106] [106] Mill, 1843. ...
suite en manuscrit. Il est généralement considéré comme le premier véritable psychologue de langue anglaise. Trois traits essentiels caractérisent cette psychologie si l’on se réfère aux premières publications de Bain[107] [107] Bain, 1855 (1874), 1859 (1885). ...
suite que Mill a saluées en écrivant : « Notre île a décidément reconquis le sceptre de la psychologie. (…) C’est par nos compatriotes qu’est pour-suivie avec le plus de persévérance et de bonheur l’étude de la psychologie »[108] [108] Mill, 1859b. ...
suite. D’abord, s’il prétend que la psychologie est une science du mental comme tel, il ne nie pas la dépendance du moral à l’égard du physique bien qu’il ne la signale qu’à l’occasion sans y insister. Ensuite, il suppose des données psychologiques élémentaires et c’est par la combinaison de ces données qu’il essaie de rendre raison de tous les aspects complexes de la vie morale. Enfin, ce que cette psychologie prétend expliquer c’est la façon dont se constitue à nouveau en chaque homme le système de sa vie morale. En ce sens Bain perpétue la pensée associationniste classique qui joue un rôle central dans sa psychologie : il pensait que les pensées complexes, les émotions et les actions pouvaient être analysées dans ses composantes les plus simples.
26 La psychologie a pour objet les faits de conscience, leurs lois, leurs causes immédiates, leurs conditions. Elle se propose, soit d’analyser les faits complexes, soit de montrer comment ils se forment par une synthèse des faits simples. Comme l’a remarqué Ribot[109] [109] Ribot, 1870. ...
suite, elle ne s’occupe que des phénomènes. Ce qu’est l’âme ou l’esprit, elle l’ignore. C’est une question hors de sa portée qu’elle renvoie à la métaphysique. Elle n’est ni spiritualiste ni matérialiste : elle est expérimentale. Sa méthode est double : elle étudie les phénomènes psychologiques, subjectivement, au moyen de la conscience, de la mémoire et du raisonnement ; objectivement, au moyen des faits, signes, opinions et actions qui les traduisent. La psychologie n’étudie pas les faits de conscience, simplement à l’état adulte : elle essaie d’en découvrir et d’en suivre le développement. Elle contient une embryologie. Elle a aussi recours à la méthode comparative. Elle ne dédaigne pas les manifestations les plus humbles de la vie psychique, se rappelant que rien n’a été plus utile à la physiologie comparée que l’étude des organismes infimes. La conscience est le mot qui exprime, de la manière la plus générale, les diverses manifestations de la vie psychologique. Elle consiste en un courant continu de sensations, idées, volitions, sentiments, etc. Le seul fait psychologique, primitif et irréductible, c’est la sensation. La loi la plus générale qui régisse les phénomènes psychologiques est la loi d’association. L’association a lieu soit entre des faits de même nature : association des sensations entre elles, des idées entre elles, des volitions entre elles, etc. ; soit entre des faits de différente nature ; association des sentiments avec les idées, des sensations avec des volitions, etc.
27 Si l’on compare les travaux de Bain avec ceux de ses prédécesseurs immédiats on s’aperçoit rapidement que de grandes différences existent. Si l’on considère par exemple comme points de comparaison l’ouvrage classique de Thomas Brown[110] [110] Brown, 1820. ...
suite et celui de James Mill[111] [111] Mill, 1829. ...
suite, on s’aperçoit contrairement aux livres de Bain que premièrement le style est plus scientifique, il n’est pas celui d’un orateur dont le discours est embelli de longues citations anglaises et latines de poètes (Brown) ; et deuxièmement la méthode est pleinement introspective et spéculative, la référence aux données médicales et physiologiques étant presque insignifiante ou totalement dépassée (Brown et Mill). Les nouveautés que l’on peut percevoir dans l’œuvre de Bain sont essentiellement de deux ordres : d’abord, son insistance sur la valeur de la physiologie pour la psychologie (il fournira d’ailleurs des données physiologiques importantes dans ses travaux) ; ensuite sa foi en l’application des méthodes quantitatives en psychologie même s’il n’a jamais expérimenté lui-même. À l’époque où Bain écrit ses premiers ouvrages, le cerveau et le système nerveux en général faisaient l’objet de travaux importants en Angleterre sur des bases anatomiques par William B. Carpenter et cliniques par Thomas Laycock alors que le mouvement phrénologique commence à s’essouffler et que le mesmérisme et l’hypnotisme est à la mode[112] [112] Cf. Braid, 1843. ...
suite. La psychologie physiologique anglaise commença réellement à se construire sur la base des écrits de Hall[113] [113] Hall, 1833. ...
suite sur le fonctionnement réflexe avec Laycock[114] [114] Laycock, 1845, 1860. ...
suite et Carpenter[115] [115] Carpenter, 1839, 1851. ...
suite ainsi que de ses adhérents tels Benjamin Brodie[116] [116] Brodie, 1854. ...
suite, Robert Dunn[117] [117] Dunn, 1858. ...
suite et D. Noble[118] [118] Noble, 1853. ...
suite et J.D. Morell[119] [119] Morell, 1853. ...
suite. Mais ce fut la psychologie de Bain et Spencer, et non pas celle de Carpenter ni de Laycock, qui fut à la base du développement de la nouvelle génération de psychologues et psychophysiologistes. En effet, les discussions qui eurent lieu en Angleterre sur les conditions physiologiques des actions humaines n’ont pas conduit à un programme de recherches expérimentales en psychologie physiologique comme ce fut le cas en Allemagne et en France, peut-être à cause de la faiblesse de cette discipline à cette époque. Seule la psychologie pathologique de Henry Maudsley[120] [120] Maudsley, 1867. ...
suite qui fut l’éditeur du « Journal of mental science » de 1862 à 1878 et les travaux de John Huglings Jackson eurent une certaine influence sur leurs contemporains. Mais c’est surtout la psychologie de Bain, qui fonda la revue « Mind : a quarterly journal of philosophy and psychology » considérée comme le premier journal en langue anglaise ayant diffusé des travaux psychologiques de nature expérimentale, ainsi que la psychologie de Spencer, dont nous allons parler, qui vont être à l’origine du mouvement psychologique anglais de la fin du XIXème siècle.
La psychologie évolutionniste de Herbert Spencer
28 Au moment où Bain élaborait son œuvre, d’autres philosophes pensaient que cette psychologie pure et statique n’est pas toute la science mentale parce qu’elle laisse bien des problèmes irrésolus ou même qu’elle oublie de les poser. Herbert Spencer (1820-1903), pour commencer par le plus ancien, puisque la première édition de ses « Principes de psychologie » date de 1855, rétablit les droits du temps dans le domaine psychologique et distribue dans la série des âges les diverses formations mentales[121] [121] Sur l’œuvre de Spencer et son influence, cf. Becquemont,...
suite.
29 Les sources de sa psychologie sont difficiles à établir car Spencer donne peu de références dans son texte original. La lecture de son autobiographie donne l’impression qu’elle a surgit de son propre fond de réflexion[122] [122] Spencer, 1904 (1907), I, 391. ...
suite mais on peut en douter. D’une part, il est bien connu que Spencer a été fortement attiré par la phrénologie et qu’il a publié plusieurs articles à ce sujet[123] [123] Cf. Smith, 1982. ...
suite. D’autre part, ses conversations philosophiques avec Lewes[124] [124] Duncan, 1908, 542. ...
suite, qui avait projeté d’écrire dès 1836 un traité sur la philosophie empirique (psychologie) en liaison avec la physiologie du cerveau, a dû stimuler l’intérêt du jeune Spencer. Enfin, on sait[125] [125] Cf. Duncan, 1908, 418. ...
suite qu’il a eu entre les mains l’ouvrage de Mill[126] [126] Mill, 1843 (1866). ...
suite sur la logique dans les sciences et dont un chapitre traite de la question de la psychologie. Les discussions épistémologiques qu’il a eues durant les années 1850 semblent avoir formé le point de départ de sa psychologie[127] [127] Smith, 1982. ...
suite. La stratégie révolutionnaire de Spencer fut d’étudier les phénomènes de l’esprit du point de vue de leur évolution. C’est en rendant compte pour la « Westminster Review » de la troisième édition des « Principles of physiology, general and comparative » de Carpenter[128] [128] Carpenter, 1851. ...
suite, que Spencer repéra l’énoncé de la loi de von Baer[129] [129] Von Baer, 1828. ...
suite et son application à la biologie animale ainsi qu’à la biologie végétale[130] [130] Cf. Carpenter, 1839, 170. ...
suite. Cette idée que le développement de tout organisme consiste en un changement de l’homogène à l’hétérogène fut bientôt étendue aux phénomènes mentaux[131] [131] Spencer, 1904 (1907). ...
suite. On en trouve la première formulation dans son article sur l’hypothèse du développement[132] [132] Spencer, 1852-1854 (1879). ...
suite. Avec les Principes de psychologie que Spencer publiait en 1855, la théorie générale de l’évolution, précédemment ébauchée dans les Manières et la mode[133] [133] Spencer, 1854 (1877). ...
suite où il s’interrogeait sur l’origine des conventions sociales auxquelles les individus se soumettent sans protester, était appliquée à la genèse de l’esprit dont il était prouvé qu’il évolue de la même manière naturelle que l’organisation corporelle. Comme Spencer adopte l’idée de Lamarck selon laquelle l’évolution organique résulte d’une action exercée par le milieu extérieur, il va la généraliser encore en l’étendant à la vie psychologique et sociale. Ce qui est vrai des aptitudes et fonctions biologiques, utiles ou nuisibles, adaptées ou non à leur milieu, l’est aussi des aptitudes et des facultés psychologiques. L’action du milieu physique sur l’esprit entraîne son adaptation croissante et amène nécessairement le progrès intellectuel[134] [134] Spencer, 1857 (1877). ...
suite et la fixation des caractères acquis (hérédité). Spencer a essayé de renouveler la psychologie par la biologie évolutionniste avant même Charles Darwin (1809-1882) dont la première édition de l’ouvrage principal sur l’origine des espèces date de 1859. Bien que Darwin a développé ses idées psychologiques dans plusieurs écrits[135] [135] Darwin, 1871, 1872, 1877. ...
suite et a influencé plusieurs penseurs éminents dont son cousin Francis Galton[136] [136] Galton, 1869. ...
suite et son ami George J. Romanes[137] [137] Romanes, 1882, 1883. ...
suite qui a créé la psychologie comparative, c’est la psychologie de Spencer qui a eu le plus d’influence en psychologie et en neurologie à travers John Hughlings Jackson qui a lui-même influencé la neurologie, la psychiatrie et la psycholinguistique du XXème siècle.
30 De sorte, qu’aux abords des années 1880, trois voies s’ouvraient à la psychologie en Angleterre : elle pouvait rester statique, analytique, descriptive, à la manière de celle de Bain ; elle pouvait être dynamique, synthétique, génétique, à la manière de celle de Spencer ; elle pouvait être physiologique et pathologique à la manière de celle de Maudsley. C’est l’approche traditionnelle qui prévalut jusqu’au début du XXème siècle avec ses représentants les plus autorisés : Ward, Sully et Stout qui ne se sont pas beaucoup préoccupés de l’évolution mentale et de la psycho-physiologie. Contrairement à Stout et à Sully qui dans leurs différents écrits se contentent simplement de nous dire que la psychologie a pour objet les faits de conscience, Ward (1843-1925) va plus loin en se révélant être un psychologue original. Très influencé par les écrits de Lotze, il critiquera la psychophysique fechnérienne[138] [138] Ward, 1876. ...
suite. Il se fit remarquer dans ce domaine par des essais publiés sous le titre de « principes psychologiques »[139] [139] Ward, 1883. ...
suite puis surtout par l’important article « Psychologie » de l’Encyclopaedia britannica[140] [140] Ward, 1886. ...
suite. Cette esquisse si riche et si dense fut très remarquée et classa tout de suite Ward parmi les psychologues les plus autorisés d’Angleterre. Bain[141] [141] Bain, 1886. ...
suite, dont il avait assez sévèrement apprécié les idées, accueillit cette œuvre des plus vives louanges. Ward va procéder en philosophe à la détermination de l’objet et des conditions de la science psychologique. Examinant les différentes définitions attachées au terme « psychologie », il n’admet pas qu’elle ait pour objet les données de l’expérience interne ou de la conscience, car la conscience n’a pas de données spéciales distinctes de celles des sens ; ni qu’on lui donne pour matière des faits internes, les termes interne et externe ne s’appliquant jamais qu’à des choses également situées dans l’espace, et ne peuvent établir un rapport défini entre ce qui serait dans l’espace, comme les faits d’ordre matériel, et ce qui ne serait point, comme on le dit des faits psychologiques. Il n’admet pas davantage qu’on assigne pour objet à la psychologie les phénomènes de l’esprit, car c’est établir entre l’esprit et les faits psychologiques un rapport de phénomène à substance qui n’a de sens que dans le monde des objets. Ces conceptions et d’autres semblables reposent sur l’illusion qu’il existerait des faits intérieurs ou subjectifs dont l’étude prendrait place parmi les sciences qui étudient les divers aspects de la réalité donnée, entre la physiologie, par exemple, et la sociologie. Cependant, si la psychologie est une science, elle doit avoir pour matière le même monde, la même expérience qui est déjà l’objet des diverses sciences ; seulement elle envisage cette expérience d’un point de vue spécial. Les sciences prennent les choses dans leur nature objective, abstraction faite du sujet pour qui elles existent. Mais il n’y a pas d’objet sans sujet. Il n’y a de réalité accessible que l’expérience, et l’expérience est toujours l’expérience de quelqu’un. Dès lors, on peut se demander comment elle se constitue pour le sujet pour qui elle existe. Le but de la psychologie est donc d’expliquer comment, par quelles réactions du sujet et de l’objet, se constitue l’expérience individuelle.
III - La psychologie spiritualiste française
31 En France, l’école condillacienne avait oublié le XVIIème siècle et ignorait même ce que faisaient alors les écoles contemporaines, en Angleterre et en Écosse, dans le même sens que la philosophie française. La philosophie de Hume était quasiment inconnue, celle de Reid tout autant. Quant à l’Allemagne, l’ignorance n’était pas moins grande. Pourtant, Jean Deschamps (1743-1745), Samuel Formey (1741-1753) et la Marquise du Chastelet (1740) avaient été des vulgarisateurs de la philosophie wolfienne au XVIIIème siècle (la « psychologia empirica » de Wolff fut même paraphrasée et abrégée par un admirateur anonyme (AT) qui la fit paraître sous le titre « psychologie ou traité sur l’âme que nous en donne l’expérience »[142] [142] Cf. Wolff, 1745. ...
suite). Denis Diderot (1713-1784) aux alentours de 1760 empruntera même à Wolff la définition du mot « psychologie » dans un article de sa célèbre encyclopédie « Dictionnaire raisonné des sciences, arts et métiers » (1765). La psychologie est ainsi considérée comme une branche de la philosophie qui définit la nature de l’âme humaine et qui donne un compte rendu de ses activités. À la suite de Wolff, une division est opérée entre la psychologie empirique ou expérimentale et la psychologie rationnelle, en réservant à la première la place la plus importante car elle fournit le point de départ à la dernière. Mais malgré tout cela on se référa peu aux écrits de Wolff car la France des Lumières possédait alors des penseurs de grand talent qui se refusaient à employer ce mot. Tel est le cas de Condillac (1715-1780) qui, insatisfait du terme, rejeta le mot psychologie. Ce rejet ne fut pas total puisque un de ses contemporains, le naturaliste et philosophe sensualiste suisse Charles Bonnet (1720-1793), l’utilisa abondamment dans son œuvre philosophique[143] [143] Cf. Bonnet, 1755, 1760 (1970). ...
suite en élaborant une psycho-physiologie qui recevra des échos favorables en Allemagne dès la fin du XVIIIème siècle[144] [144] Cf. Speck, 1897. ...
suite.
Du sensualisme de Condillac à l’idéologie de Cabanis et Destutt de Tracy : une psychologie qui ne dit pas son nom
32 Eux aussi grands admirateurs de Bonnet, les idéologues français[145] [145] Cf. Destutt de Tracy, 1798. ...
suite n’accepteront cependant pas le mot « psychologie » parce qu’il était pour eux associé à la métaphysique de l’Ancien Régime. Antoine Louis Claude Destutt, comte de Tracy (1754-1836), note lors d’une séance à l’Académie des Sciences Morales en 1796 que « la science de la pensée n’a point encore de nom. On pourrait lui donner celui de psychologie. Condillac y parroissoit disposé[146] [146] Cf. le chapitre XII du dernier livre de son Histoire universelle. ...
suite. Mais ce mot, qui veut dire science de l’âme, paroît supposer une connoissance de cet être que sûrement vous ne vous flattez pas de posséder ; et il auroit encore l’inconvénient de faire croire que vous vous occupez de la recherche vague des causes premières, tandis que le but de tous vos travaux est la connoissance des effets et de leurs conséquences pratiques. Je préférerois donc de beaucoup que l’on adoptât le nom d’idéologie, ou science des idées »[147] [147] Destutt de Tracy, 1798, 324. ...
suite. La philosophie dominante à la fin du XVIIIème siècle en France, au moment de la Révolution, fut donc l’idéologie[148] [148] Cf. Picavet, 1891. ...
suite ou science des idées, qui désigne un mouvement philosophique issu du sensualisme de Condillac et qui reposait lui-même sur la méthode de l’analyse des idées. Elle consistait à décomposer nos connaissances, à les réduire par des abstractions successives à leurs parties intégrantes les plus simples et aux relations de ces parties, et à résoudre ainsi toutes nos idées en des combinaisons, opérées au moyen d’équations successives, de quelques éléments. Les « idéologistes », comme ils se nommaient eux-mêmes, ont souvent critiqué les analyses de Condillac[149] [149] Condillac, 1746, 1754. ...
suite mais ils s’accordent généralement avec lui sur la méthode à employer et sur trois articles fondamentaux :
- toutes nos idées viennent des sensations,
- une sensation pure et simple n’est qu’une modification de notre être, qui ne renferme aucune perception de rapport, aucun jugement ;
- la sensation de résistance est la seule qui nous apprenne à la rapporter à quelque chose hors de nous.
Mais si l’on a souvent, et d’ailleurs peut-être trop, tendance à rattacher directement l’idéologie à la figure de Condillac, il serait plus exact de dire que cette nouvelle mouvance philosophique était le produit des idées développées tout au long du XVIIIème siècle par les philosophes des lumières et non pas seulement par Condillac et ses disciples. L’ambition de l’école était grande : ses représentants les plus marquants ont voulu dépasser le sensualisme de Condillac en recréant, en même temps que l’entendement humain, les sciences morales, à l’image des sciences mathématiques et physiques ; constituer la philosophie des sciences et même esquisser une métaphysique nouvelle qui aurait pour solide appui la connaissance des phénomènes et de leurs lois. En recommandant l’observation et l’expérience, il ont rapproché la philosophie des sciences. L’idéologie a été un grand mouvement philosophique qui n’a pas cessé de renaître tout au long du XIXème siècle avec l’avancée des sciences et le renouveau des idées. Picavet[150] [150] Picavet, 1891, 1894. ...
suite n’a-t-il pas écrit à plusieurs reprises que Théodule Ribot (1839-1916) lui-même, le fondateur de la psychologie scientifique française dont nous aurons à reparler, parce qu’il a montré ce que devait être la psychologie en rapprochant les médecins et les philosophes, était un idéologue ; l’intéressé ne l’a d’ailleurs jamais démenti peut-être parce que comme Paul Janet l’a écrit : « quiconque voudra étudier avec soin l’école idéologique… y trouvera maintes propositions qui nous reviennent aujourd’hui d’Angleterre »[151] [151] Cité par Picavet, 1891, viii. ...
suite. Or, Ribot[152] [152] Ribot, 1870. ...
suite fut un des premiers avec Taine[153] [153] Taine, 1864, 1870. ...
suite à présenter en France l’école anglaise de psychologie « expérimentale ».
33 On pourrait rattacher à l’école idéologique de nombreux philosophes et scientifiques connus (ex. : Pinel, Esquirol, Bichat, Lamarck) et moins connus aujourd’hui[154] [154] Cf. Picavet, 1891. ...
suite mais les véritables maîtres, par l’étendue et l’importance de leur travaux, étaient sans nul doute le triumvirat : Cabanis, Desttut de Tracy et Laromiguière. Cabanis apparaissait comme le philosophe le plus marquant de la section, Destutt de Tracy comme le plus pénétrant et le plus apte à discuter les questions idéologiques, Laromiguière, comme le plus clair et le plus capable de rendre les doctrines accessibles à tous. Les médecins associés au cercle des idéologues, et notamment Pierre-Jean-Georges Cabanis (1757-1808), cherchaient à positionner la médecine en la définissant comme l’élément le plus saillant d’une science générale de l’homme ou « anthropologie ». Pour Cabanis, la médecine devait être informée par la philosophie de façon à mettre en avant les préoccupations psychologiques issues de l’étude de la folie dans le programme anthropologique. La médecine devenait la science qui embrassait les deux domaines du physique et du moral et qui avait notamment pour tâche de déterminer les relations entre les deux. C’est en 1802 que paraissent sous forme d’ouvrage les deux volumes des « Rapports du physique et du moral de l’homme » écrits par Cabanis[155] [155] Cabanis, 1802. ...
suite. Il fut le véritable fondateur de la psychologie physiologique dans notre pays et celui qui a recommandé la psychologie animale, embryonnaire et surtout morbide. Bien qu’il en reconnaissait la lacune dans ses propres écrits, Cabanis n’a jamais accordé une grande place aux « mouvements désordonnés de l’âme ». Cependant, il soulignera l’importance des travaux de Pinel[156] [156] Pinel, 1801. ...
suite sur la folie pour le mouvement idéologiste. Pinel partageait la vision de Cabanis de la médecine ; il donnera d’ailleurs à son fameux traité le qualificatif de « médico-philosophique »[157] [157] Ibid. ...
suite. Les successeurs de Pinel, en particulier Esquirol (1772-1840) et ses élèves, continueront le programme tracé par Cabanis et seront les premiers acteurs de la psychiatrie française naissante[158] [158] Cf. Goldstein, 1987 (1997). ...
suite. La fondation en 1843 des « Annales Médico-Psychologiques » par Jules Baillarger (1809-1890), Laurent Cerise (1807-1869) et F.A. Longet (1811-1871) portant le sous-titre « Journal de l’anatomie, de la physiologie, et de la pathologie du système nerveux, destiné particulièrement à recueillir tous les documents relatifs à la science des rapports du physique et du moral, à la pathologie mentale, à la médecine légale des aliénés, et à la clinique des névroses » puis la fondation de la dite société en 1852 feront partie de l’héritage de Cabanis et de Pinel. Ainsi, les aliénistes, mais aussi les physiologistes et les médecins comme Bichat et Broussais continuèrent les recherches que Cabanis avait recommandées plus que personne et préparèrent des lecteurs à leurs modernes successeurs.
34 De son côté, Destutt de Tracy a fort bien vu que l’idéologie pour devenir une science indépendante et complète devait s’appuyer sur la physiologie et la pathologie, sur l’étude des enfants, sur celle des fous et sur celle des animaux. Mais « l’idéologie physiologique », projet entrepris par Cabanis et d’autres médecins, exigeait la collecte de nombreuses données empiriques qui en retardaient l’achèvement. Destutt de Tracy se consacra alors essentiellement à « l’idéologie rationnelle » qui était un projet philosophico-déductif beaucoup moins contraignant. Associé à la section de l’analyse des sensations, sur la proposition de Cabanis, Destutt de Tracy présenta le 21 avril (2 floréal) 1796 un mémoire de philosophie sur la manière dont nous acquérons la connaissance des corps extérieurs et du nôtre. Nous n’existons, disait-il, que par nos sensations et nos idées ; tous les êtres n’existent pour nous que par les idées que nous en avons. Ainsi la connaissance de la manière dont nous formons nos idées est la base de toutes les sciences. Pas plus que Cabanis et que la plupart des idéologues, il ne sépare la philosophie des sciences. S’il laisse la recherche des causes physiologiques à ceux qui sont capables de sonder de pareils mystères, s’il se borne à l’idéologie rationnelle, il reconnaît une idéologie physiologique et veut que les philosophes consultent les physiologistes et les médecins. Il admire ainsi les travaux de Cabanis et de Pinel dont il recommande la lecture dans son manuel destiné aux étudiants intitulé Éléments d’idéologie parus de 1801 à 1805[159] [159] Cf. Destutt de Tracy, 1804. ...
suite. Le nom d’idéologie décrivait exactement ce dont on s’occupait dans cette section de l’Institut. L’idéologie était la véritable science de la pensée, opposée à la métaphysique comme la science astronomique est opposée à l’astrologie. Tracy n’a jamais considéré l’idéologie comme se limitant à l’analyse psychologique ou comme une philosophie séparée de ses applications. Elle était au point de vue généalogique, la première des sciences, puisque toutes les autres consistaient en combinaisons d’idées diverses. Elle était ainsi à la base de la grammaire, ou science de la communication des idées, de la logique, ou science de leur combinaison et de la découverte de nouvelles idées, etc.
35 À la façon des idéologues, Pierre Laromiguière (1756-1837) attribuera une importance capitale à la méthode en recommandant l’emploi de l’analyse. Mais il fait à la méthode philosophique de Condillac une très profonde modification ; il prend en effet pour point de départ de la genèse, outre la sensation, faculté passive, l’attention, faculté active ; de l’attention il fait naître la comparaison, qui, découvrant tous les rapports des choses, est le point de départ du jugement et du raisonnement. L’ensemble des facultés intellectuelles et volontaires dérive de l’attention, comme pour Condillac toute la vie mentale dérivait d’une source unique, la sensation. Cette théorie des facultés de l’âme, exposée dans le premier volume des leçons de philosophie (Laromiguière, 1815-1818), sera reprise et développée à satiété dans l’école éclectique. Cette revendication d’une activité spirituelle, originelle et irréductible, si elle laisse intacte la méthode génétique de Condillac, introduit dans la doctrine une tendance tout à fait nouvelle. Laromiguière abandonna le système de Condillac et recourut volontiers, comme le feront à sa suite les éclectiques, à l’analyse psychologique. Et, comme ceux-ci encore, il se plut à proclamer que « tout était à refaire » en se fondant sur cette analyse. C’est véritablement dans l’œuvre de Laromiguière, qui enseigna à la Faculté des Lettres de Paris de 1811 à 1813, que l’on peut étudier le plus clairement la transition de la psychologie sensualiste à la psychologie éclectique.
L’école spiritualiste de Cousin et de Jouffroy via Maine de Biran
36 La croisade contre le sensualisme date des leçons de Pierre-Paul Royer-Collard (1763-1845), qui eurent lieu de 1811 à 1814 à la Faculté des Lettres de Paris. Il opposait alors à l’école de Condillac l’école écossaise, dont les représentants les plus illustres furent Thomas Reid (1710-1796) et Dugald Stewart (1753-1828). Dans les fragments qui restent de l’enseignement de Royer-Collard[160] [160] Cf. Reid, 1829-1836. ...
suite nous le voyons acquiescer à la méthode de Reid. À la même époque, Maine de Biran (1776-1824) veut passer des faits psychologiques aux essences et aux causes. On a coutume de dater de Maine de Biran l’origine de la psychologie contemporaine française. Il est vrai que quelque chose de nouveau apparaît avec Biran : la psychologie, fondée sur l’observation intérieure, et aidée par la biologie, la physiologie du système nerveux et la pathologie mentale. Dès le moment où les théories de Biran se précisèrent (1805), il se mettra en opposition avec les idéologues en accordant au moi une réalité que les continuateurs de Condillac lui déniaient. Cependant, Maine de Biran a eu une influence restreinte au cours de la première moitié du XIXème siècle, essentiellement parce que très peu de ses écrits avaient été publiés de son vivant. Pour lui, l’observation intérieure, fondée sur la propriété que possède notre conscience de se rendre compte d’elle-même, est la méthode essentielle du psychologue. Cependant, la psychologie devra s’aider d’autres méthodes que l’observation interne, à savoir l’observation extérieure, les méthodes comparatives, pathologiques et physiologiques. Pour Ravaisson[161] [161] Ravaisson, 1840. ...
suite, c’est Maine de Biran qui fut le réel réformateur de la philosophie en France ; il a séparé l’activité et la passivité, la perception de la sensation. Son influence s’exerça non seulement sur des disciples tels que Naville et Bertrand, mais surtout sur le spiritualisme éclectique naissant de Victor Cousin qui a cotoyé Maine de Biran durant quelques années dans les cercles philosophiques. Dès le moment où les théories de Biran se précisèrent[162] [162] Maine de Biran, 1803. ...
suite et s’éloignèrent du sensualisme, elles trouvèrent un aliment dans les entretiens et les lettres de l’illustre physicien Ampère (1775-1836) qui avançait l’idée que nous avons conscience de notre activité par son exercice, et non par une intuition intellectuelle qui porterait sur l’âme. De même Biran cherchera dans le fait psychologique de l’effort la conscience de notre activité.
37 Victor Cousin (1792-1867) n’eut d’autre éducation philosophique que celle qu’il dut à ses maîtres de l’École normale et de la Faculté des lettres, à savoir Laromiguière, Royer-Collard et Maine de Biran[163] [163] Cousin, 1833, 1834. ...
suite. À Laromiguière, il dut la distinction de la sensation et de l’attention ; à Royer-Collard, la distinction de la sensation et de la perception et l’affirmation des principes de la raison ; à Biran, le principe de la volonté. Il faut bien voir qu’à cette époque, ces éminents philosophes n’avaient presque rien publié. Cousin vouera sa vie entière à la poursuite de la réforme philosophique commencée par Royer-Collard lorsqu’il suppléera ce dernier à la chaire de la Sorbonne en 1817-1818. Cette époque a été la renaissance en France de la métaphysique et la naissance officielle de l’éclectisme[164] [164] Cf. Billard, 1997 ; Vermeren, 1995. ...
suite. L’originalité de l’approche philosophique de Cousin a été l’application de la méthode éclectique en fondant la psychologie écossaise avec la métaphysique allemande. Le fondement de la philosophie éclectique est cette notion si vague d’observation qui aura des conséquences décisives pour l’acception nouvelle du terme « psychologie ».
38 « Le champ de l’observation philosophique, c’est la conscience, il n’y en a pas d’autre ; mais dans celui-là il n’y a rien à négliger ; tout est important, car tout se tient, et, une partie manquant ; l’unité totale est insaisissable. Rentrer dans la conscience et en étudier scrupuleusement tous les phénomènes, leurs différences et leurs rapports, telle est la première étude du philosophe ; son nom scientifique est la psychologie. La psychologie est donc la condition et comme le vestibule de la philosophie. La méthode psychologique consiste à s’isoler de tout autre monde que celui de la conscience pour s’établir et s’orienter dans celui-là où tout est réalité, mais où la réalité est si diverse et si délicate ; et le talent psychologique consiste à se placer à volonté dans ce monde tout intérieur, à s’en donner le spectacle à soi-même, et à en reproduire librement et distinctement tous les faits que les circonstances de la vie n’amènent que furtivement et confusément »[165] [165] Cousin, 1826, préface. ...
suite. Mais dans une autre préface sur le même sujet, Cousin[166] [166] Cousin, 1833. ...
suite ayant probablement braqué son œil interne avec plus d’attention sur la conscience s’aperçoit « que les phénomènes du monde intérieur paraissent et disparaissent si vite que la conscience les aperçoit et les perd de vue presque en même temps. Il ne suffit donc pas de les observer fugitivement et pendant qu’ils passent sur ce théâtre mobile, il faut les retenir par l’attention le plus longtemps qu’il est possible. On peut davantage encore, on peut évoquer un phénomène du sein de la nuit où il s’est évanoui, le redemander à la mémoire, et le reproduire pour le considérer plus à son aise ». De l’étude de nos facultés (psychologie) à celle de l’être en général, il fallait se frayer un passage que Cousin trouvera dans l’impersonnalité de la raison. On obtient ce passage de la science du moi à la science du non-moi par la logique, par l’absolu. Mais à l’inverse des Écossais, Cousin refuse d’admettre aucune restriction à la métaphysique. L’origine de cette affirmation est à chercher dans la philosophie allemande. Cousin a raconté comment en 1817 sa méthode, sa direction, ses vues générales déjà arrêtées, il fit connaissance avec la philosophie de la nature. La philosophie de Fichte et de Schelling le convainquit que par une intuition directe de l’intelligence on pouvait prétendre entrer en possession de l’absolu. Cousin voulut embrasser dans son propre système toute l’étendue des spéculations allemandes. La philosophie allemande approuvera le but mais désapprouvera les moyens[167] [167] Cf. Schelling, 1834. ...
suite alors que la philosophie écossaise croit le but chimérique et verra dans le procédé une fausse application d’une méthode vraie[168] [168] Cf. Hamilton, 1829. ...
suite. Fidèle à Royer-Collard, Cousin ne sépara jamais le principe de l’éclectisme de la méthode psychologique.
39 Si Cousin se rattache pour le principe de la méthode à la philosophie française du XVIIIème, il s’en sépare dans sa marche en montrant qu’il existe dans la conscience des phénomènes qu’il est impossible de ramener à la sensation. C’est en décembre 1817 que Cousin[169] [169] Cousin, 1836. ...
suite fait son premier cours « sur le fondement des idées absolues du vrai, du beau et du bien ». Les deux points culminants de sa philosophie sont donc :
- le principe de la métaphysique fondée sur la psychologie rationnelle ;
- le principe de l’éclectisme fondé sur l’histoire de la philosophie donnée comme instrument de la philosophie elle-même[170] [170] Pour un résumé de la philosophie de Cousin pour les cours...
suite.
Durant toute sa carrière, Victor Cousin accordera une importance primordiale, dans toute spéculation philosophique, à la psychologie, c’est-à-dire à l’étude de l’acte conscient s’analysant dans l’observation intérieure et se saisissant synthétiquement par l’intuition réflexive[171] [171] Lefranc, 1990. ...
suite. Cette orientation sera visible dans les manuels de philosophie de la première moitié du XIXème siècle[172] [172] Cf. Damiron, 1834 ; Jacques, Simon, Saisset, 1867. ...
suite. Nous trouvons dans notre conscience la raison de ce qui est ; car la réalité est de nature spirituelle comme notre conscience. La psychologie est ainsi la « science universelle concentrée »[173] [173] Cousin, 1828. ...
suite qui permet une refonte de la philosophie. En pénétrant dans la conscience, en nous retournant sur nous-même par un effort de contorsion psychologique, nous avons l’aperception spontanée et en quelque sorte intuitive du vrai, du bien et du beau[174] [174] Cousin, 1826. ...
suite.
40 Celui qui a développé la question psychologique au sein de l’école éclectique, c’est Théodore Jouffroy (1796-1842). La méthode psychologique, héritée directement de l’école écossaise, restera surtout sa préoccupation première. Dans sa longue introduction à la traduction des « Esquisses de philosophie morale » de Dugald Stewart[175] [175] Jouffroy, 1826. ...
suite, il exposera la méthode psychologique et s’attachera à justifier la possibilité d’appliquer la méthode expérimentale à l’observation des faits internes. Dans cette préface, il développera l’idée selon laquelle il est maintenant nécessaire de fonder une nouvelle science, la psychologie, centrée sur l’analyse des faits de conscience. Il soutiendra d’ailleurs l’idée que la psychologie est toute prête à devenir une science plus certaine encore que les sciences de la nature. Dans son mémoire posthume (écrit en 1836) sur la distinction de la psychologie et de la physiologie[176] [176] Jouffroy, 1842. ...
suite, Jouffroy va encore appuyer sa proposition selon laquelle l’âme peut-être connue en elle-même par la méthode d’introspection et que la psychologie est la véritable science des faits de conscience[177] [177] Cf. aussi Jouffroy, 1833. ...
suite. Cette définition sera utilisée et défendue ultérieurement par les spiritualistes de l’école éclectique française[178] [178] Cf. Janet, 1892, 1897. ...
suite. Successeur de Jouffroy à la Sorbonne, Adolphe Garnier (1801-1864) développa la psychologie au sein de l’école éclectique[179] [179] Cf. Garnier, 1831, 1839. ...
suite et écrivit un imposant « Traité des facultés de l’âme »[180] [180] Garnier, 1852 (1872). ...
suite où il montre que la psychologie n’est pas uniquement pour lui un moyen de préciser les idées morales ou politiques et qu’elle a sa valeur propre. Il emploie la méthode de Reid et de Stewart : analyser, décrire, discuter les opinions, classer les faits. Avec lui, les facultés mentales se multiplient singulièrement mais son œuvre n’a que peu d’ampleur. Cependant, Garnier forma de nombreux élèves : Paul Janet, Jules Simon, Saisset, Bouillet, Zévort, Barni, Lévêque, Vapereau, Waddington qui, dans des domaines divers, défendirent les principes de l’école éclectique jusqu’à la fin du XIXème siècle.
41 L’établissement d’une psychologie séparée, indépendante, servant de base à la philosophie et à la science, telle fut la révolution principale opérée dans l’enseignement par Cousin et Jouffroy. Mais la psychologie éclectique séparait les faits psychologiques des faits physiologiques, et en instituant cette séparation, elle obéissait à des idées préconçues et à des préoccupations sous-entendues et même affichées de spiritualisme dogmatique. L’importance était de constituer la psychologie subjective, sans laquelle il ne pouvait y avoir de psychologie objective. Cette psychologie consistait à étudier le monde intérieur par la méthode de réflexion, c’est-à-dire de l’observation intellectuelle aidée de l’attention. la conscience devenait ainsi l’instrument et l’objet de la psychologie. La vie intellectuelle et morale n’est perceptible que par la conscience et échappe à l’expérimentation physique : telle est la proposition fondamentale de l’école spiritualiste qui dominera la philosophie académique française tout au long du XIXème siècle jusqu’à Bergson. Mais, l’école éclectique, du vivant même de ses fondateurs, et tout au long de son histoire rencontra de redoutables adversaires : Bautain[181] [181] Bautain, 1839. ...
suite, Comte[182] [182] Comte, 1830 (1842). ...
suite, Ravaisson[183] [183] Ravaisson, 1840, 1868. ...
suite, Cournot[184] [184] Cournot, 1851. ...
suite, Renouvier[185] [185] Renouvier, 1859. ...
suite, Ferrari[186] [186] Ferrari, 1849. ...
suite, Taine[187] [187] Taine, 1857. ...
suite, Broussais[188] [188] Broussais, 1828. ...
suite, Leroux[189] [189] Leroux, 1839. ...
suite.
Le positivisme de Comte et de ses disciples : la négation de la psychologie
42 Ce que Cousin n’a pas du tout compris dans le mouvement qu’il vit se former autour de lui et contre lui à la fin de sa vie, c’était le besoin scientifique, le besoin d’appliquer à la philosophie le même esprit de désintéressement abstrait que l’on apporte dans toutes les autres sciences, de chercher la vérité pour elle-même, abstraction faite de son utilité morale ou sociale. En donnant au spiritualisme la forme d’une prédication oratoire, il lui donnait la forme antiscientifique précisément au moment où l’esprit scientifique devenait un besoin plus impérieux ; en cela il tournait le dos à l’esprit du temps. On donnait le droit d’opposer le spiritualisme à la science ; ce qui, dans un temps où la science elle-même allait devenir à son tour une sorte de religion, était préparer au spiritualisme les plus fâcheuses épreuves. Globalement, il existait en France au XIXème siècle deux grandes écoles de pensée intéressées par les questions de type psychologique : la philosophie spiritualiste académique et la philosophie scientifique représentée dans un premier temps par les physiologistes et les positivistes puis, à partir des années 1870, par les nouveaux psychologues expérimentalistes. La condamnation de la philosophie spiritualiste, feutrée dans les écrits de Gall[190] [190] Gall, 1819, 1822 ; Gall, Spurzheim, 1810. ...
suite, ne sera véhémente qu’aux alentours des années 1830 avec F.J.V. Broussais[191] [191] Broussais, 1828 (1839). ...
suite, Pierre Leroux[192] [192] Leroux, 1839. ...
suite, Joseph Ferrari[193] [193] Ferrari, 1849. ...
suite mais surtout Auguste Comte et ses disciples avant de devenir, comme l’a souligné Braunstein[194] [194] Braunstein, 1998. ...
suite ironique et grinçante avec Hippolyte Taine[195] [195] Taine, 1857, 1870. ...
suite et Ribot dans les années 1870[196] [196] Ribot, 1870, 1879. ...
suite.
43 La psychologie, qui était considérée comme le fondement de toute philosophie[197] [197] Cf. Cousin, 1833 ; Jouffroy, 1826. ...
suite, devait révéler à l’homme toute chose par la pure réflexion (Cousin a tiré de l’analyse du moi toute la philosophie). Mais cette psychologie était cependant très superficielle ; c’était simplement une extension littéraire des vérités du sens commun présentées par les philosophes écossais ; les quelques faits observables qui y sont rencontrés étaient d’ailleurs souvent empruntés aux écrits de Thomas Reid. Cousin contrôlait et entretenait cette philosophie strictement orthodoxe. Confronté à la philosophie de l’école éclectique de Cousin et Jouffroy, Broussais[198] [198] Broussais, 1828. ...
suite fut un des premiers à réagir de manière virulente aux tentatives d’envahissement de sa discipline, la médecine, par un « éclectisme médical » inspiré de Cousin[199] [199] Braunstein, 1986. ...
suite. Il dénoncera le vide et la nullité de la psychologie qu’il prétendra cependant possible par la physiologie et la pathologie. En rendant compte aux lecteurs du « Journal de Paris » du traité de Broussais (1828) sur « L’irritation et la folie »[200] [200] Cf. Comte, 1851-1854. ...
suite, Auguste Comte (1798-1857) jugera trop timides les critiques de Broussais sur la prétendue méthode psychologique d’observation intérieure des philosophes et métaphysiciens de son temps. Il reprendra à son profit les critiques de Broussais et les développera avec tant d’habilité que pendant longtemps la psychologie scientifique française sera muselée et ne pourra exister qu’à travers une psychopathologie fondée sur le principe de Broussais selon lequel il existe une identité du normal et du pathologique[201] [201] Cf. Braunstein, 1990. ...
suite. Dans le domaine des questions psychologiques, la médecine et plus généralement la physiologie et la pathologie seront donc utilisées par les positivistes pour réformer les prétentions des philosophes appartenant ou issus de l’école éclectique de Cousin. Lorsqu’il classe les sciences fondamentales, dans sa fameuse série des « Cours de philosophie positive » publiée entre 1830 et 1842, Comte n’accorde donc aucune place à la psychologie. Cependant, en aucun cas il ne dit expressément qu’il faut exclure la psychologie, pas plus qu’il ne le fait pour la métaphysique, mais cette exclusion ressort implicitement de toutes ses leçons[202] [202] Cf. Braunstein, 1998 ; Georges, 1908 ; Petit, 1994,...
suite. Il semble bien que Comte ne fut l’ennemi que d’une certaine méthode psychologique, l’introspection, mais pas de la psychologie en tant que telle. En effet, la psychologie est largement représentée à différents niveaux et sous différents termes (physiologie, sociologie, morale-anthropologie) dans le système philosophique de Comte[203] [203] Comte, 1830-1842 ; 1851-1854. ...
suite. Cependant, comme un des derniers philosophes éclectiques français, Paul Janet[204] [204] Janet, 1892, 418 ; 1897, I, 136. ...
suite, l’a parfaitement souligné, « l’adversaire le plus intraitable, le plus intransigeant de la psychologie à la Jouffroy, a été Auguste Comte » qui a été un des artisans les plus fameux de la disparition de la méthode d’introspection.
44 Le positivisme comtien entraîna la création de deux écoles philosophiques en France : une école orthodoxe et une école dissidente[205] [205] Petit, 1995. ...
suite. Les principaux représentants des positivistes orthodoxes étaient Pierre Laffite, le chef de l’École, ainsi que les médecins Georges Audiffrent et Jean-François-Eugène Robinet qui se sont efforcés de perpétuer l’œuvre de Comte dans son ensemble, sans l’amender. Le chef de file de l’autre école, Émile Littré (1801-1881), même s’il s’est toujours proclamé « disciple »[206] [206] Cf. Littré, 1864. ...
suite de la philosophie positive de Comte, resta peu fidèle à la doctrine sur de nombreux aspects de l’œuvre de Comte, il sera suivi en cela par Charles Robin (1821-1885) et Grégoire Wyrouboff (1843-1913). En ce qui concerne plus spécialement la psychologie, celle-ci fut largement interprétée en termes physiologiques et amendée dans nombre de ses aspects. Son interprétation de la psychologie de Comte se basera essentiellement sur le « Cours de philosophie positive » car le reste de l’œuvre fut largement désavoué par Littré et ses disciples. Dès les premiers numéros de la revue fondée par Littré et Wyrouboff en 1867, on trouve plusieurs articles de Littré[207] [207] Littré, 1867a, 1869, 1877a, 1877b. ...
suite sur la psychologie envisagée du point de vue positiviste et physiologique. Il utilisera souvent le terme de « physiologie psychique »[208] [208] Littré, 1869. Cf. aussi Littré, 1846 pour la première...
suite dans le but de souligner que la description des phénomènes psychiques est de la pure physiologie. S’appuyant en particulier sur les travaux français de Luys[209] [209] Luys, 1865, 1876. ...
suite et de Vulpian[210] [210] Vulpian, 1866. ...
suite ainsi que sur les travaux anglais de Bain[211] [211] Bain, 1855 (1874), 1859 (1885). Cf. Littré, 1867a, 1869. ...
suite et de Maudsley[212] [212] Maudsley, 1876 (1879), 1879 (1883). Cf. Littré, 1877a. ...
suite, il montrera que la vieille psychologie ne peut pas servir de fondement à la nouvelle psychologie physiologique. Le positivisme a eu le mérite d’être pendant de nombreuses années en France la seule philosophie basée sur la science, la seule doctrine qui s’est adressée aux hommes de science désireux d’avoir des perspectives élargies et des idées générales. Cependant, un nouveau groupe d’hommes désirant ne pas adhérer au positivisme mais soucieux de l’avancée des sciences va surgir aux alentours des années 1870.
La psychologie « expérimentale » selon Taine et Ribot
45 Ce qui semble avoir compromis en France l’influence de Littré et de ses partisans, fut, on vient de le voir l’introduction d’un positivisme plus large, appelé expérimentalisme, prenant sa source dans la philosophie anglaise de l’époque. Le positivisme, qui est une doctrine circonscrite et achevée se réclamant immuable ou quasi-immuable, ne doit pas être confondu avec l’esprit positif cultivé à la même époque par les Anglais[213] [213] Cf. Main, 1876. ...
suite, qui est seulement une méthode de philosopher. Il y avait en France beaucoup de gens, plus spécialement parmi ceux qui possédaient une culture scientifique, qui, méfiants envers la métaphysique et soutenant que les spéculations devraient toujours être appuyées sur les faits, n’avaient pas désiré s’enfermer à l’intérieur des cadres étroits d’une école immuable telle que le positivisme. Les philosophes français qui ont adhéré à cette nouvelle école de pensée ont largement été influencés par la philosophie anglaise de l’époque représentée par Bain, Mill, Spencer, etc. C’est en effet la psychologie associationniste anglaise qui a attiré certains philosophes français de l’époque. Les opposants à l’école éclectique de Cousin tentèrent de faire apprécier en France l’œuvre de leurs confrères britanniques. Le premier et le plus fameux d’entre eux fut Taine qui, après un séjour en Angleterre en 1860, avait découvert les écrits philosophiques de Mill et avait introduit les idées anglaises contemporaines en France grâce à son excellent essai[214] [214] Taine, 1861, 1864. ...
suite sur le « Système de logique » de Stuart Mill. Ses premiers écrits ont en effet été le signal de traductions qui ont fait passer dans la langue française les principales œuvres de logique, de morale et de métaphysique du penseur anglais[215] [215] Cf. Mill, 1843 (1866), 1865 (1869). ...
suite. Ce fut ensuite Mervoyer[216] [216] Mervoyer, 1864. ...
suite qui a donné dans sa thèse française présentée en Sorbonne et intitulée « Étude sur l’association des idées » une analyse et de nombreux extraits de ces nouveaux travaux, et plus particulièrement ceux de Mill, Bain et Hamilton. Il montrera l’importance du principe de l’association des idées et la prévention de cette école contre la métaphysique, contre la connaissance des substances et des causes. Mais c’est aux alentours des années 1870 avec l’amplification de la crise philosophique en France que commencèrent à paraître de nombreux écrits sur la philosophie anglaise sous forme d’articles originaux[217] [217] Beaussire, 1869 ; Vacherot, 1869. ...
suite, d’ouvrages[218] [218] Ribot, 1870. ...
suite ou de traductions[219] [219] Bain, 1855 (1874), 1866-1873 ; Spencer, 1870-1872 (1875). ...
suite. L’influence générale des idées anglaises a donc été considérable bien tardivement en France mais ces travaux ont rapidement contribué à asseoir l’importance de la nouvelle école philosophique anglaise sur le sol français. La prolifération des travaux de ce genre a en effet contribué à changer le courant de la spéculation philosophique en France, et par dessus tout à lui donner une nouvelle force.
46 En France, les deux principaux représentants français de ce groupe que nous avons nommé les expérimentalistes furent sans nul doute Hippolyte Taine (1828-1893) et Théodule Ribot (1839-1916). Formés par l’école éclectique, ils rompirent rapidement avec elle. Étudiant tout deux l’anatomie et les sciences naturelles, ils se donnèrent une éducation scientifique. Ils comprirent que la philosophie devait être quelque chose d’autre qu’une amplification oratoire et un exercice littéraire, comme c’était encore le cas en France à cette époque. Plus âgé, Taine avait commencé à rompre avec l’éclectisme ambiant en publiant un livre de critique pure sur «
suite. Cet ouvrage fut un des premiers manifestes du « scientisme » cherchant la sensation dans l’héritage de Condillac et des Idéologues et se rapprochant de la psycho-physiologie, de la psychopathologie et de la psychologie sociale[221] [221] Gouhier, 1979. ...
suite. Mais c’est en 1860 que Taine découvre tout à la fois le positivisme anglais et le positivisme comtien. Dans la seconde édition de son ouvrage critique, il présentera dans une préface les « deux philosophies principales qui subsistent à l’époque et qui se retrouvent avec des petites nuances en Allemagne et en Angleterre : l’une à l’usage des lettrés ; l’autre à l’usage des savants ; l’une qui s’appelle chez nous le spiritualisme ; l’autre qui s’appelle chez nous le positivisme »[222] [222] Taine, 1860, vi. ...
suite. La critique de Taine sur le positivisme de Comte sera souvent sévère car il regrette les erreurs, les ignorances et les naïvetés de ce dernier en matière de psychologie. Le rejet de l’introspection lui paraît revenir à nier « comme impossible une chose qui existe en fait » et le scandalise, mais moins que l’adhésion de Comte à la phrénologie de Gall qui constitue pour lui une version physiologique de cette théorie des facultés vigoureusement combattue dans les Philosophes classiques[223] [223] Taine, 1857. ...
suite. Taine se ralliera sans réserves aux indications de méthodes pour les sciences morales que contient le sixième livre de la Logique de Mill[224] [224] Cf. son ouvrage sur la littérature anglaise, tome IV, 385. ...
suite. En fait, on a été habitué à associer Taine et les philosophes anglais à un positivisme d’ailleurs mal défini et n’ayant que des rapports imprécis avec l’œuvre de Comte. Son traité « De l’intelligence »[225] [225] Taine, 1870. ...
suite va être une application de son positivisme plus large et moins sectaire que celui de Comte : « De tous petits faits bien choisis, importants, significatifs, amplement circonstanciés et minutieusement notés, voilà aujourd’hui la matière de toute science » (préface). Il va s’occuper de la psychologie générale, c’est-à-dire, du mécanisme de l’esprit en lui-même et indépendamment de son développement historique. Trois traits principaux distinguent le traité « De l’intelligence » de tous les travaux psychologiques publiés jusqu’alors en France, le rejet absolu de l’hypothèse des facultés, l’utilisation des matériaux physiologiques et de l’analyse idéologique. Il désirait que la psychologie soit une science de faits, et qu’ainsi elle représente en France les mêmes tendances que l’on trouvait chez les psychologues anglais de l’époque.
47 La même année, en 1870, Théodule Ribot faisait paraître son premier ouvrage intitulé « La psychologie anglaise contemporaine ». Ce livre est généralement considéré comme un des premiers manifestes de la nouvelle psychologie parce que dans l’introduction Ribot établit une critique de la psychologie spiritualiste et essaye de promouvoir une psychologie à caractère scientifique. Dans cette longue introduction, Ribot revendique pour la psychologie le droit d’exister à côté et en dehors de la philosophie et de se constituer comme science autonome, ayant son objet aussi vaste que nettement défini, et une méthode propre, qui est l’expérience entendue au sens le plus large, et non pas seulement l’expérience intime ou introspection. Ribot voulait que la philosophie s’écarte de la méta-physique en ayant pour unique objet la psychologie qui ne pouvait être que de nature scientifique, positive, expérimentale. La métaphysique, voilà l’ennemi que désigne Ribot. Mais il spécifie aussi, contre Comte et les positivistes, que la psychologie en tant que science autonome est possible. Bien que l’interdit comtien pesait encore sur la psychologie française, Ribot la fera exister à travers une psychopathologie et une neuropsychologie. Il va s’appuyer sur les sciences médicales et en particulier sur la pathologie mentale pour asseoir la nouvelle discipline[226] [226] Carroy, Plas, 1993. ...
suite. Ribot concevait la méthode pathologique :
- comme fondée en vertu du principe de Broussais[227] [227] Broussais, 1828. ...
suite : la physiologie et la pathologie, – celles de l’esprit aussi bien que celles du corps – ne s’opposent pas l’une à l’autre comme deux contraires, mais comme deux parties d’un même tout ; - comme applicable à tous les faits psychologiques (perception, mémoire, volonté, sentiments, langage, etc.) et la seule applicable à un certain nombre de ces faits (activité inconsciente ou subconsciente) ;
- comme logiquement et pratiquement supérieure à toutes les autres méthodes : elle tient à la fois de l’observation pure et de l’expérimentation.
C’est un puissant moyen d’investigation et qui a été riche en résultats. La maladie, en effet, est une expérimentation de l’ordre le plus subtil, instituée par la nature elle-même, dans des circonstances bien déterminées et avec des procédés dont l’art humain ne dispose pas : elle atteint l’inaccessible. Elle joue à la fois le rôle de la loupe et du scalpel ; elle est un instrument de grossissement et un instrument d’analyse. La psychologie morbide est une façon objective d’arriver à la psychologie normale ; elle sert à établir cette dernière ou à la vérifier. Elle en est la preuve indirecte ou la contre-épreuve. La méthode pathologique que Ribot a adoptée n’était cependant, dans son esprit, qu’un des procédés, et assurément le plus fécond, par lesquels il est possible de connaître le mécanisme de l’activité mentale et de rattacher cette activité à ses conditions organiques et cérébrales ; mais il voulait aussi la décrire dans sa diversité, en étudier la genèse[228] [228] Cf. Ribot, 1909. ...
suite. Avec Ribot, la pathologie mentale va être l’agent principal du progrès de la psychologie en France.
48 Ribot va en fait s’opposer aux positivistes de son époque qu’il ne tenait pas en très haute estime. Lors de la création de la « Revue Philosophique de la France et de l’Étranger » en 1876[229] [229] Cf. Mucchielli, 1998. ...
suite, il rejeta ouvertement l’esprit de secte des positivistes. La nouveauté c’est que Ribot veut être en phase avec le mouvement philosophique inspiré par la psychologie anglaise et allemande de son époque. Il soulignera ainsi l’importance des questions psychologiques qui devaient nécessairement être traitées sur des bases empiriques. La revue devait s’ouvrir ainsi largement sur les sciences naturelles (physiologie, théorie de l’évolution, etc.). L’accueil des philosophes positivistes peut paraître surprenant dans la mesure où Ribot voulait faire prévaloir dans sa revue l’approche scientifique en psychologie. Mais c’est oublier que dans ses premiers écrits, Ribot[230] [230] Ribot, 1870. ...
suite ne cite Comte que pour le blâmer d’avoir rejeté l’introspection. Il écrit : « Assurément, personne ne croit plus que nous à la nécessité de ce mode d’observation : elle est le point de départ, la condition indispensable de toute psychologie, et ceux qui l’ont nié, comme Broussais et Aug. Comte, ont si bien pris le contre-pied de toute évidence et donné si beau jeu à leurs adversaires, que leurs plus fidèles disciples ne les ont pas suivis jusque-là. Il est certain que l’anatomiste et le physiologiste pourraient passer des siècles à étudier le cerveau et les nerfs sans se douter de ce que c’est qu’un plaisir ou une douleur, s’ils ne les avaient point ressentis »[231] [231] Ibid. , 22. ...
suite. Cependant, quelqu’un comme Wyrouboff n’était pas du genre à accepter cette critique de la part de Ribot et semblait lui en avoir tenu rigueur. Si Ribot et les positivistes défendaient la scientificité de la psychologie, c’était cependant sur des bases bien différentes. Pour les positivistes, et conformément aux doctrines d’Auguste Comte, il n’était pas question d’attribuer à la psychologie le titre de science puisque la psychologie n’est qu’une branche particulière de la physiologie cérébrale appelée par Littré la psychophysiologie ou physiologie psychique.
49 Beaunis soulignera qu’en France Ribot a eu une grande influence sur le mouvement philosophique en faisant une large part aux travaux de psychologie expérimentale. Cependant, le modèle wundtien de la psychologie expérimentale ne fut pas prédominant en France jusqu’à la fin du XIXème siècle[232] [232] Cf. Carroy, Plas, 1996. ...
suite : la méthode expérimentale fut plutôt associée aux pratiques psychopathologiques, hypnotiques, voire même introspectives. De sorte qu’il existait un lien étroit entre la psychologie et la philosophie, d’une part, et avec la psychiatrie, d’autre part.
Conclusion
50 Chaque système philosophique se base sur une certaine théorie de l’esprit qui lui est propre. La psychologie est devenue au cours du XIXème siècle l’arène de cette controverse. Sur la base de la distinction établie par Wolff, deux écoles psychologiques se sont en effet affrontées à cette période : la psychologie de l’a priori (rationnelle ou spéculative) et la psychologie a posteriori (empirique ou expérimentale). La majorité des philosophes de l’a priori ont enseigné leur doctrine non comme psychologues, mais comme métaphysiciens. Contrairement aux empiristes, la grande prétention des rationalistes était d’arriver à la connaissance de l’absolu. Sur le terrain de la psychologie pure, la différence qui existe entre ces deux écoles consiste dans les théories qu’elles présentent de l’origine des phénomènes les plus complexes de l’esprit humain. Les philosophes de l’a priori admettent l’intervention, dans chaque opération mentale, de la plus simple à la plus complexe, de lois de l’esprit dont on ne peut rendre compte. Par opposition, les philosophes de l’a posteriori pensent que les lois qui président aux formations mentales peuvent être décomposées en lois plus simples et ramenées à des formules plus générales ; qu’on peut découvrir les procédés qu’emploie l’esprit pour former les représentations, et démontrer qu’ils consistent dans la mise en œuvre de principes familiers et bien connus. Les plus habiles philosophes de l’a priori (Fichte en Allemagne et Cousin en France) ont considéré que l’école psychologique anglaise a commis une erreur capitale en soulevant la question de l’origine de nos représentations avant d’avoir étudié et soumis à l’examen ces représentations elles-mêmes. Mais c’est cette école anglaise qui s’est finalement imposée au XIXème siècle en psychologie.
51 L’école psychologique anglaise ne s’enfermait pas dans le for intérieur de la conscience pour y saisir l’être humain lui-même, le sujet et la cause des phénomènes psychiques. Elle se bornait à observer l’homme dans la succession de ses actes et de ses modifications, qu’elle recueillait et décrivait avec soin, dont elle constatait les rapports de manière à dégager les lois qui régissent le développement de ses facultés. En effet, si à la psychologie spiritualiste de la conscience revenait l’intuition des causes, il appartenait à la psychologie de l’expérience la recherche des lois. Comment l’homme sent, imagine, pense, veut, agit, c’est-à-dire quel est le phénomène organique ou psychique qui sert de condition à chacun de ses phénomènes de la vie morale, voilà ce que cette école cherchait à expliquer en s’appuyant sur un genre d’observation qu’il ne faut pas confondre avec l’observation immédiate et directe, telles que la pratiquaient Maine de Biran ou Jouffroy et les psychologues de leur école. C’est du dehors que les représentants de cette école observait ce qui se passe à l’intérieur de nous. Laissant à ce qu’elle appelait la vieille psychologie la contemplation de l’âme elle-même et la solution des problèmes métaphysiques qui s’y rattachent, elle ne regardait, ne voyait l’homme que dans les faits, dans les actes, dans les œuvres de sa vie intellectuelle et morale, l’étudiait par conséquent dans son histoire, sans chercher à sonder les mystères de sa vie intime. Quant aux lois qui régissent cette histoire, elle n’employait pas, pour les connaître, d’autre méthode que l’induction, absolument comme on fait dans les sciences physiques et naturelles. C’est qu’en effet, avec cette manière d’étudier l’homme, il ne s’agissait plus de rechercher des causes, mais simplement de constater des rapports et de déterminer des lois. Ici, comme dans les sciences physiques, les causes véritables des phénomènes restaient cachées à l’observateur. La méthode de Bacon est ainsi appliquée à la fois aux réalités du monde physique et du monde psychique. Les psychologues de l’école de l’a posteriori ont ainsi avancé l’idée selon laquelle les phénomènes les plus complexes de notre esprit sont formés des phénomènes les plus simples et les plus élémentaires régis par la loi de l’association des idées. Ainsi ont procédé en Angleterre John Stuart Mill, Herbert Spencer et Alexander Bain.
52 L’école associationniste anglaise fut une réaction salutaire à certains égards contre les tendances peu scientifiques de l’école spiritualiste française qui eut des répercussions sur la constitution d’une science psychologique autonome. En France, les psychologues éclectiques ignoraient la physiologie, et ils la considérait avec une complète indifférence. Taine et Ribot, par contre, ont consulté les écrits des anatomistes, des physiologistes et des médecins, en notant les faits rares et les cas singuliers qui pourraient apporter de la lumière sur les phénomènes ordinaires, suivant d’ailleurs en cela les recommandations de Comte. Mais Taine et Ribot ne pensaient pas que la physiologie cérébrale était suffisante, et par cela il se démarquèrent nettement et clairement des positivistes orthodoxes qui jugeaient les tentatives nouvelles en psychologie comme stériles et condamnables. Influencés par l’école associationniste anglaise et par le sensualisme français du XVIIIème, Taine et Ribot attachèrent la plus grande importance, d’une part, à l’analyse des idées et des signes, c’est-à-dire, à l’idéologie et, d’autre part, à la découverte des lois mentales. Ils embrassaient ainsi la tradition de Locke et de Condillac. En fait, les pères fondateurs en France de la psychologie expérimentale n’étaient pas des positivistes au sens comtien étroit du terme mais des positivistes au sens large, presque des expérimentalistes. Un auteur comme Taine, mais aussi dans une certaine mesure Ribot, professaient des méthodes psychologiques et des ambitions métaphysiques qui s’opposaient à l’abstentionnisme positiviste. Comme ils mettaient en avant la recherche psychologique plutôt que la recherche physiologique et qu’ils résistaient à l’absorption de la psychologie par la physiologie, ils ont été condamnés et largement ignorés par les disciples orthodoxes et dissidents de l’école de Comte. Les nouveaux philosophes et psychologues expérimentalistes considéraient le positivisme orthodoxe de Comte et de ses disciples comme peu recommandable, on est amené à parler dès lors d’une rencontre plutôt que d’une influence[233] [233] Nordmann, 1978. ...
suite. Mais c’est bien d’un positivisme plus large, rompant avec la tradition comtienne, que se réclamaient ces nouveaux psychologues. Ce nouveau positivisme était en fait une sorte d’esprit du temps, plus encore qu’une philosophie, qui est né en Allemagne.
53 C’est dans l’œuvre psychologique de J.F. Herbart et de ses disciples qu’on a pu reconnaître une tentative avortée en vue de construire la psychologie en unissant les méthodes rationnelles, empirique et mathématique et un effort fécond en vue d’élargir le domaine de la psychologie, qui, désormais, ne se contentera plus d’étudier la vie psychique de l’homme isolé, mais complètera cette étude par celles des manifestations sociales de l’esprit – langues, mythes, religion, coutumes, lois, etc. Mais c’est le développement, à partir du milieu du XIXème siècle, des études neurophysiologiques en Europe, de la psychophysique de Fechner et l’émergence de théorie de l’évolution de Darwin qui a créé un climat intellectuel favorable à l’émergence de la psychologie comme discipline autonome. Si en Allemagne et en Angleterre la psychologie était entrée sur la voie expérimentale, elle s’est rajeunie par son contact avec la physiologie, en profitant des découvertes de la science. La psychologie deviendra nettement expérimentale avec Wundt et d’autres (Ebbinghaus, Müller, Stumpf, etc.) contribuant à constituer l’autonomisation de la discipline. Cet effort sera surtout relayé par les Américains qui sont venus se former aux techniques expérimentales allemandes ou qui les ont étudiées de près. C’est peut-être à cause d’une tradition philosophique moins lourde que la psychologie a pu se développer très rapidement dans ce pays. Bien que quelques recherches intéressantes de psychiatrie aient été publiées par Benjamin Rush (1745-1813) dans ses « Enquêtes médicales et observations sur les maladies de l’esprit »[234] [234] Rush, 1812. ...
suite et que la psychologie, d’inspiration associationniste, ait été la préoccupation principale de plusieurs penseurs isolés tel Joseph Buchanan (1785-1829), il faut bien avouer que la question psychologique dans la première moitié du XIXème siècle a surtout été étudiée à travers la phrénologie et le mesmérisme. À partir de 1845, c’est la psychologie écossaise, dominée durant toute une période par la philosophie de James Mac Cosh (1811-1894), qui l’emporte et son ascendant devient presque universel. On cesse de s’intéresser à la pathologie mentale, à la psychologie animale, à la psychologie sociale, à la psychologie physiologique. Les résultats de cette influence écossaise sont désastreux. La nouvelle psychologie va apparaître en grande partie sous l’influence de l’Allemagne. C’est William James (1842-1910) qui va donner à ces nouvelles tendances un aspect spécifiquement américain. Étant venu se former en Allemagne dès 1867 dans les laboratoires de physiologie, il entend parler de Wundt et de la psychologie physiologique que développait ce dernier, alors assistant de Helmholtz à Heidelberg. La psychologie sera traitée par James comme une science naturelle[235] [235] James, 1890, 1892. ...
suite. Cependant, si James est plus un théoricien qu’un expérimentaliste, il va défendre l’approche expérimentale en psychologie. Les influences conjuguées de James et Wundt à travers leurs élèves respectifs vont conduire très tôt à l’autonomisation de la psychologie en tant que discipline scientifique aux États-Unis. C’est de ce pays que vont surgir les principales écoles de psychologie du XXème siècle dont le béhaviorisme (pour qui la psychologie ne doit plus être l’étude des états de conscience mais l’étude du comportement observable) puis le cognitivisme (qui est la psychologie scientifique dominante aujourd’hui). L’Allemagne et les pays germaniques continueront à être une grande nation dans le domaine de la psychologie jusque dans les années 1930 avec la psychanalyse et le gestaltisme.
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Notes
[ 1] Cf. Mengal, ce volume.
[ 2] Cf. École, 1990.
[ 3] Wolff, 1732.
[ 4] Wolff, 1734.
[ 5] Wolff, 1728.
[ 6] Wolff, 1732 (trad.), 1.
[ 7] Wolff, 1734.
[ 8] Cf. Krüger, 1756.
[ 9] Cf. Tennemann, 1812-1839.
[ 10] Cf. Erdmann, 1866 ; Speck, 1897.
[ 11] Tetens, 1777, 1, iv.
[ 12] Kant, 1781 (1987), 629.
[ 13] Ibid., 339-340 et 352.
[ 14] Ibid., 688.
[ 15] Kant, 1781 (1987), 330-331.
[ 16] Kant, 1786 (1990).
[ 17] Kant, 1786 (1990), 13.
[ 18] Kant, 1798 (1994).
[ 19] Cf. Vidal, ce volume.
[ 20] Cf. Abel, 1786 ; Jakob, 1814 ; Schmid, 1791 ; Snell, 1802.
[ 21] Cf. Freuler, 1997.
[ 22] Erdmann, 1866 (1870), 2, § 334, 2, 636.
[ 23] Cf. Leary, 1978.
[ 24] Fries, 1807, 1820-1821.
[ 25] Cf. Freuler, 1997.
[ 26] Ahrens, 1836-1838, I, 1, 5 sq.
[ 27] Beneke, 1833 ; 1845 (1862).
[ 28] Fortlage, 1855.
[ 29] Leary, 1980.
[ 30] Cf. Drobisch, 1876 ; Ribot, 1876 ; Stout, 1888, 1889a ; Zimmermann, 1873, 1876, 1877.
[ 31] Herbart, 1824 (1890b) et 1825 (1892).
[ 32] Par exemple, Herbart, 1806 (1887) ; 1811 (1888a) ; 1812 (1888b) ; 1822a (1890a) ; 1822b (1890b).
[ 33] Herbart, 1816-1834 (1891).
[ 34] Herbart, 1824 (1890b) ; 1825 (1892).
[ 35] Cf. Boudewijnse, Murray, Bandomir, 1999.
[ 36] Herbart, 1824 (1890b), 31.
[ 37] Pour une présentation : Cf.Boudewijnseet al., 1999.
[ 38] Stout, 1889a.
[ 39] Cf. Drobisch, 1842, 1850.
[ 40] Pour une liste : Heinze, 1897, III, 2, 167-178.
[ 41] Volkmann et al., 1856, 1875-76 ; Cf.Whittaker, 1890.
[ 42] Herbart, 1816-1834 (1891).
[ 43] Herbart, 1816-1834 (1891), 246.
[ 44] Cf. Freuler, 1997.
[ 45] Waitz, 1849.
[ 46] Cf. aussi Beneke, 1850 ; Brentano, 1874 ; Dilthey, 1875.
[ 47] Domrich, 1849 ; Hagen, 1847 ; Spiess, 1844.
[ 48] Vogt, 1847 ; Wagner, 1854.
[ 49] Cf.Lotze, 1857.
[ 50] Lotze, 1842.
[ 51] Lotze, 1851.
[ 52] Lotze, 1852.
[ 53] Fortlage, 1855, vii.
[ 54] Cf.Lotze, 1881.
[ 55] Cf.Fechner, 1851.
[ 56] Fechner, 1860, I (trad.), 7.
[ 57] Fechner, 1860.
[ 58] Fechner, 1860.
[ 59] Weber, 1834, 1846.
[ 60] Fechner, 1860.
[ 61] Cf.Nicolaset al., 1997.
[ 62] Fechner, 1876.
[ 63] Cf. aussi ultérieurement Bergson, 1889.
[ 64] Fechner, 1877, 1882.
[ 65] Müller, Weber, Donders, Helmholtz et leurs successeurs.
[ 66] Wundt, 1863, 1874.
[ 67] Wundt, 1863.
[ 68] Wundt, 1863, I, iv.
[ 69] Ibid., v-ix ; Wundt, 1863, II, iii-iv.
[ 70] Wundt, 1863, I, 19-23.
[ 71] Wundt, 1895.
[ 72] Wundt, 1874.
[ 73] Cf.Hatfield, 1997.
[ 74] Wundt, 1904, 48.
[ 75] Wundt, 1913.
[ 76] Wundt, 1881.
[ 77] Cf.Wundt, 1882.
[ 78] Wundt, 1900-1920.
[ 79] Cf.Vidal, 1993.
[ 80] Jouffroy, 1836, cc-ccii.
[ 81] Campbell, 1776.
[ 82] Coleridge, 1817, 1818.
[ 83] Cf.Hamilton, 1859-60, lect. VIII.
[ 84] Mill, 1843, part. VI, ch. Iv.
[ 85] Cf.Hearnshaw, 1964.
[ 86] Cf.Hartley, 1749 (1834) ; Hume, 1739 (1995).
[ 87] Mill, 1843 (1866), 1865 (1869), 1859a.
[ 88] Chapitre iv.
[ 89] Mill, 1843 (1866), 436.
[ 90] Ibid., 437.
[ 91] Mill, 1873 (1874).
[ 92] Cf.Comte, 1975, 348 ; Mill, 1865 (1868), 67.
[ 93] Mill, 1865 (1868).
[ 94] Mill, 1859a, tome I, 396.
[ 95] Littré, 1876.
[ 96] Wyrouboff, 1874.
[ 97] Cf.Petit, 1995, 210.
[ 98] Mill, 1865.
[ 99] Littré, 1866.
[ 100] Littré, 1846, 1863.
[ 101] Littré, 1846, 1869.
[ 102] Littré, 1863.
[ 103] Littré, 1866.
[ 104] Cf.Laffitte, 1883, 22.
[ 105] James, 1890, I, 185.
[ 106] Mill, 1843.
[ 107] Bain, 1855 (1874), 1859 (1885).
[ 108] Mill, 1859b.
[ 109] Ribot, 1870.
[ 110] Brown, 1820.
[ 111] Mill, 1829.
[ 112] Cf.Braid, 1843.
[ 113] Hall, 1833.
[ 114] Laycock, 1845, 1860.
[ 115] Carpenter, 1839, 1851.
[ 116] Brodie, 1854.
[ 117] Dunn, 1858.
[ 118] Noble, 1853.
[ 119] Morell, 1853.
[ 120] Maudsley, 1867.
[ 121] Sur l’œuvre de Spencer et son influence, cf.Becquemont, Mucchielli, 1998.
[ 122] Spencer, 1904 (1907), I, 391.
[ 123] Cf.Smith, 1982.
[ 124] Duncan, 1908, 542.
[ 125] Cf.Duncan, 1908, 418.
[ 126] Mill, 1843 (1866).
[ 127] Smith, 1982.
[ 128] Carpenter, 1851.
[ 129] Von Baer, 1828.
[ 130] Cf.Carpenter, 1839, 170.
[ 131] Spencer, 1904 (1907).
[ 132] Spencer, 1852-1854 (1879).
[ 133] Spencer, 1854 (1877).
[ 134] Spencer, 1857 (1877).
[ 135] Darwin, 1871, 1872, 1877.
[ 136] Galton, 1869.
[ 137] Romanes, 1882, 1883.
[ 138] Ward, 1876.
[ 139] Ward, 1883.
[ 140] Ward, 1886.
[ 141] Bain, 1886.
[ 142] Cf.Wolff, 1745.
[ 143] Cf.Bonnet, 1755, 1760 (1970).
[ 144] Cf.Speck, 1897.
[ 145] Cf.Destutt de Tracy, 1798.
[ 146] Cf. le chapitre XII du dernier livre de son Histoire universelle.
[ 147] Destutt de Tracy, 1798, 324.
[ 148] Cf.Picavet, 1891.
[ 149] Condillac, 1746, 1754.
[ 150] Picavet, 1891, 1894.
[ 151] Cité par Picavet, 1891, viii.
[ 152] Ribot, 1870.
[ 153] Taine, 1864, 1870.
[ 154] Cf.Picavet, 1891.
[ 155] Cabanis, 1802.
[ 156] Pinel, 1801.
[ 157] Ibid.
[ 158] Cf.Goldstein, 1987 (1997).
[ 159] Cf.Destutt de Tracy, 1804.
[ 160] Cf.Reid, 1829-1836.
[ 161] Ravaisson, 1840.
[ 162] Maine de Biran, 1803.
[ 163] Cousin, 1833, 1834.
[ 164] Cf.Billard, 1997 ; Vermeren, 1995.
[ 165] Cousin, 1826, préface.
[ 166] Cousin, 1833.
[ 167] Cf. Schelling, 1834.
[ 168] Cf. Hamilton, 1829.
[ 169] Cousin, 1836.
[ 170] Pour un résumé de la philosophie de Cousin pour les cours de 1816-1817-1818 : Cf.Cousin, 1826.
[ 171] Lefranc, 1990.
[ 172] Cf.Damiron, 1834 ; Jacques, Simon, Saisset, 1867.
[ 173] Cousin, 1828.
[ 174] Cousin, 1826.
[ 175] Jouffroy, 1826.
[ 176] Jouffroy, 1842.
[ 177] Cf. aussi Jouffroy, 1833.
[ 178] Cf.Janet, 1892, 1897.
[ 179] Cf.Garnier, 1831, 1839.
[ 180] Garnier, 1852 (1872).
[ 181] Bautain, 1839.
[ 182] Comte, 1830 (1842).
[ 183] Ravaisson, 1840, 1868.
[ 184] Cournot, 1851.
[ 185] Renouvier, 1859.
[ 186] Ferrari, 1849.
[ 187] Taine, 1857.
[ 188] Broussais, 1828.
[ 189] Leroux, 1839.
[ 190] Gall, 1819, 1822 ; Gall, Spurzheim, 1810.
[ 191] Broussais, 1828 (1839).
[ 192] Leroux, 1839.
[ 193] Ferrari, 1849.
[ 194] Braunstein, 1998.
[ 195] Taine, 1857, 1870.
[ 196] Ribot, 1870, 1879.
[ 197] Cf.Cousin, 1833 ; Jouffroy, 1826.
[ 198] Broussais, 1828.
[ 199] Braunstein, 1986.
[ 200] Cf.Comte, 1851-1854.
[ 201] Cf.Braunstein, 1990.
[ 202] Cf.Braunstein, 1998 ; Georges, 1908 ; Petit, 1994, 1995.
[ 203] Comte, 1830-1842 ; 1851-1854.
[ 204] Janet, 1892, 418 ; 1897, I, 136.
[ 205] Petit, 1995.
[ 206] Cf.Littré, 1864.
[ 207] Littré, 1867a, 1869, 1877a, 1877b.
[ 208] Littré, 1869. Cf. aussi Littré, 1846 pour la première utilisation de ce terme.
[ 209] Luys, 1865, 1876.
[ 210] Vulpian, 1866.
[ 211] Bain, 1855 (1874), 1859 (1885). Cf.Littré, 1867a, 1869.
[ 212] Maudsley, 1876 (1879), 1879 (1883). Cf.Littré, 1877a.
[ 213] Cf.Main, 1876.
[ 214] Taine, 1861, 1864.
[ 215] Cf.Mill, 1843 (1866), 1865 (1869).
[ 216] Mervoyer, 1864.
[ 217] Beaussire, 1869 ; Vacherot, 1869.
[ 218] Ribot, 1870.
[ 219] Bain, 1855 (1874), 1866-1873 ; Spencer, 1870-1872 (1875).
[ 220] Taine, 1857.
[ 221] Gouhier, 1979.
[ 222] Taine, 1860, vi.
[ 223] Taine, 1857.
[ 224] Cf. son ouvrage sur la littérature anglaise, tome IV, 385.
[ 225] Taine, 1870.
[ 226] Carroy, Plas, 1993.
[ 227] Broussais, 1828.
[ 228] Cf.Ribot, 1909.
[ 229] Cf.Mucchielli, 1998.
[ 230] Ribot, 1870.
[ 231] Ibid., 22.
[ 232] Cf.Carroy, Plas, 1996.
[ 233] Nordmann, 1978.
[ 234] Rush, 1812.
[ 235] James, 1890, 1892.
Résumé
Cet article présente une histoire abrégée de la psychologie au XIXème siècle à partir de l’utilisation du terme « psychologie » dans les ouvrages et les textes. Trois pays ont contribué, largement indépendamment, au développement de la psychologie en tant que discipline autonome : l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France. L’importance de la tradition empirique allemande pour l’établissement de la psychologie universitaire a été soulignée. Dans son approche de la psychologie, Wolff avait consacré deux ouvrages distincts à la psychologie empirique (1732) et à la psychologie rationnelle (1734). Il fut à l’origine de l’éveil de intérêt en Allemagne pour les travaux en psychologie empirique. La tradition wolffienne a influencé Kant et un de ses successeurs, Herbart, ne fut pas sans influence sur la génération de Wundt. La psychologie empirique est à la base de la constitution de la nouvelle psychologie qui s’est développée en Allemagne au cours du XIXème siècle en liaison avec les avancées scientifiques. Bien que l’Angleterre fut le premier pays dont la psychologie ait acquis un caractère empirique, elle manquait d’une méthode scientifique. La France fut dominée par les psychologues rationalistes (Cousin, Jouffroy) et la nouvelle psychologie émergea dans le contexte d’une protestation contre les tendances métaphysiques. Ribot fut un des premiers à introduire la psychologie anglaise (1870) et la psychologie allemande (1879).
Mots-clés
psychologie, Allemagne, Angleterre, FranceThis article presents a short history of psychology during nineteenth century through the utilization of the term « psychology » in books and texts. Three countries contributed, largely independently, to the development of psychology as an autonomous discipline : Germany, Great Britain and France. We outlined the importance of the german empirical tradition for the establishment of an academic psychology. In his approach to psychology, Wolff devoted separate volumes to empirical (1732) and rational (1734) psychology. He was the cause of awakening in Germany a decided interest in empirical psychological studies. The Wolffian tradition influenced Kant and one of his followers, Herbart, was not without its influence on Wundt’s generation. Empirical psychology constitutes the foundation of the new psychology developped during XIXth in Germany. England was the first country in which psychology acquired an empirical character but it lacked a scientific method. France was dominated by rational psychologists (Cousin, Jouffroy) and the new psychology emerged in a context of protestation against metaphysic tendencies. Ribot was one of the first to introduce english psychology (1870) and german psychology (1879) in France.Keywords
psychology, Germany, England, France
PLAN DE L'ARTICLE
- I - La psychologie empirique et expérimentale allemande
- II - La psychologie associationniste anglaise
- III - La psychologie spiritualiste française
- Du sensualisme de Condillac à l’idéologie de Cabanis et Destutt de Tracy : une psychologie qui ne dit pas son nom
- L’école spiritualiste de Cousin et de Jouffroy via Maine de Biran
- Le positivisme de Comte et de ses disciples : la négation de la psychologie
- La psychologie « expérimentale » selon Taine et Ribot
- Conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
Serge Nicolas et al. « La psychologie au XIXème siècle », Revue d'Histoire des Sciences Humaines 1/2000 (no 2), p. 57-103.
URL : www.cairn.info/revue-histoire-des-sciences-humaines-2000-1-page-57.htm.
DOI : 10.3917/rhsh.002.0057.




