Revue d'Histoire des Sciences Humaines
Ed. Sc. Humaines

I.S.B.N.2859396632
214 pages

p. 3 à 9
doi: en cours

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Dossier : La littérature, laboratoire des sciences humaines ?

no 5 2001/2

2001 Revue d’histoire des sciences humaines Dossier : La littérature, laboratoire des sciences humaines ?

La littérature, laboratoire des sciences humaines ?  [1]

Pierre-Henri Castel CNRS-IHPST – Unviversité Paris Ipierrehenri.castel@free.fr
Il n’y aurait sans doute pas grand-monde pour contester les deux prémisses de ce dossier :
- Les inventeurs des sciences humaines, mais aussi leurs artisans des plus humbles aux plus éminents, avaient chacun ce qu’il faut appeler faute de mieux une « culture littéraire », avec des goûts précis, sinon des idiosyncrasies. La même chose vaut évidemment aussi pour les sciences naturelles [2], mais avec une différence cruciale : le chercheur en sciences humaines appartient à un monde où la valeur sociale de l’acte d’écrire, d’une part, et l’écriture comme style (donc comme signature), d’autre part, situent l’auteur sur un échiquier complexe, sur lequel la reconnaissance esthétique s’évalue directement en termes d’autorité et de prestige, donc de pouvoir. Cette reconnaissance commande ensuite les voies comme les éventuelles impasses dans lesquelles toute publication l’engage.
- Un grand nombre, en même temps, ont redouté la réduction de leur entreprise de raison et de vérité à un épisode scientiste de l’histoire de l’écriture savante, qu’elle prenne, selon les époques, la forme de l’érudition à visée sceptique, de l’essayisme ou du publicisme au service d’une politique scientifiquement déficitaire, ou, bien sûr, du propos de surplomb, où l’amateur informé se distancie explicitement des ouvriers laborieux auxquels il doit l’accumulation de faits sur lesquels il légifère [3]. Et dans la polémique, la critique portant sur le style, les réminiscences passées qu’il véhicule, les rêves futurs enfin qu’agite l’adversaire et que trahit telle ou telle de ses métaphores, tel ou tel de ses choix formels, ont toujours pesé d’un grand poids, même s’il est rarement explicite [4].
Ces phrases au passé supporteraient évidemment d’être mises au présent, d’autant que l’histoire même des sciences humaines a fini par les constituer cumulativement en un corpus à valeur littéraire, phénomène qui a de plus en plus conditionné sa réception publique, politique, mondaine ou extra-scientifique. Invoquons Tarde, Freud, Goffman, jusqu’à Foucault, pour citer quelques noms, sans négliger le fait que la littérarité de leurs écrits (et on peut toujours lire un auteur en surlignant après coup une littérarité qu’il n’avait ni voulue ni sentie) est un moyen commode de disqualifier leurs résultats. Les chercheurs d’aujourd’hui ne peuvent plus, désormais, ignorer les effets et les enjeux de leur inscription en tant qu’écrivains dans le champ des connaissances. Certains écartent cette inscription avec horreur, comme si une rhétorique et un ton personnels jetaient le soupçon sur la qualité démonstrative de leur « science » ; d’autres l’exploitent en toute conscience, jugeant, à l’extrême, que la poésie ou le roman enveloppe à titre d’intuitions des données que les sciences humaines développent à fond, ou bien que les genres dominants dans une culture dévoilent des dispositions spirituelles ou des sensibilités qu’elles doivent respecter à la lettre, sous peine d’être moins « humaines ». Entre les deux, force est de reconnaître le succès ambigu de la conceptualité des sciences humaines et sa puissance à pénétrer le langage commun : tant de termes techniques sont venus s’y fondre (qu’on songe à l’usage ordinaire de mots comme « refoulement », « discours », ou « conditionnement »), qu’on peut même supposer que les sciences humaines contribuent, du moins dans les langues européennes contemporaines, à l’évolution du lexique, et donc de la descriptibilité du monde, mais justement, du monde naïf pour lequel elles n’étaient pas conçues. Dans cette fonction, elles assument, qu’on s’en plaigne ou qu’on s’en félicite, des tâches de culture traditionnellement dévolues aux Belles-Lettres.
Certes, bien dire est un procédé facile pour préempter au profit d’hypothèses fragiles une postérité incertaine. Pour autant, mal écrire, voire défigurer à dessein sa prose, n’est pas non plus sans modèle ni sans artifice technique, qu’une poétique ironique décèle aisément. De plus, l’opposition entre science et littérature, qu’elle soit mise en accusation ou exploitée, n’en demeure pas moins une « forme de classification » propre à la fois aux lettrés et aux savants. C’est même ce sur quoi ils s’accordent pour s’opposer. Il faut donc la prendre pour objet, sous peine de la reconduire.
Mais une fois ces généralités posées, comment effectivement éviter de rejeter toute référence au contexte culturel (ce qu’attestent la littérature passée ou contemporaine), dans les bas de page, appendices et autres parerga du travail historique « sérieux » ? Comment l’intégrer substantiellement à la démarche qu’il analyse, lui donner le rôle causal qu’on lui suppose, mais qu’on se contente encore, plus que d’autres facteurs, de traiter comme une « influence » toute extérieure (ce qui n’empêche pas, d’ailleurs, de décrier la vacuité explicative du mot) ?
En proposant de traiter sur quelques exemples la littérature (et même la « grande littérature » : Goethe, George Sand et Stendhal, La Bruyère) comme un authentique « laboratoire » des sciences humaines, nous allons d’emblée, et nous le savons, au plus exceptionnel : la grande masse de la production des sciences humaines n’a pas extrait ses concepts de vases si précieux. L’option épistémologique première des travaux qui suivent consiste donc à prêter à ce qui est significatif, car exemplaire, une valeur révélatrice que n’a pas ce qui est plus commun, et, en la circonstance présente, par définition. Car c’est uniquement en mettant en évidence les mécanismes fins de l’intégration des sources et des références littéraires au texte de science qu’on peut espérer aiguiser assez l’attention pour les dépister ensuite là où on ne les observe pas si bien, là où ils sont tellement incorporés à l’expression usuelle que tours initialement audacieux ont dégénéré en catachrèses théoriques insipides [5].
La suite dira si les cas examinés ne sont pas si particuliers que d’autres historiens n’y trouveront rien d’utile pour enrichir leurs analyses.
Un deuxième parti pris a consisté à privilégier, quand faire se pouvait, des sciences humaines in statu nascendi. Philosophie et Belles-Lettres (sans oublier les textes juridiques et administratifs) sont un terreau naturel pour les sciences humaines, à l’âge classique ou dans la vaste constellation esthétique du « romantisme », avec cette réserve que les savoirs qui s’esquissaient alors ne se concevaient évidemment pas eux-mêmes comme des « sciences humaines ». Il n’est pas acquis que les sacrifices ultérieurs nécessaires pour transformer en science normale ces essais pré-scientifiques, parfois sur le mode brutal d’une épuration a posteriori, eussent tous reçu l’approbation de leurs premiers auteurs : car la littérature pense, à sa façon [6], et il y a quelques raisons de supposer (laissons le lecteur deviner où et comment) que l’impensé de nombre de sciences humaines à moins trait aux objets qui se dérobent encore à elles, qu’à la façon de les décrire et de les mettre en scène, qu’étouffe un certain formalisme de la présentation.
La difficulté (de rendre présente et agissante la référence littéraire dans la formation et le développement des sciences humaines) se décline dans plusieurs registres, qui ne sont bien sûr pas exhaustivement abordés dans ce dossier, mais qu’on peut tenter de circonscrire.
- Dans le grain de l’écriture, au ras du texte, les « clichés » travaillés et transformés sont à l’évidence la première proie du stylisticien. Ils offrent un inépuisable ressort langagier qui se met ici au service de l’entreprise de connaissance, mais n’offrent pas d’autres potentialités littéraires que les déplacements divers, amplifications, cryptages ou banalisations qu’on sait désormais repérer dans le processus de l’invention littéraire. Ces clichés, qu’il faut appeler ainsi non péjorativement, mais parce qu’ils sont nécessairement connus de tous à une époque donnée, et qu’ils conditionnent la complicité esthétique entre l’auteur et le lecteur, se prêtent admirablement à filer la métaphore du « laboratoire » [7]. Michael Riffaterre, les traitant comme des « hypogrammes », lesquels n’existent jamais purs, mais toujours élaborés, en avait fait la théorie [8]. Mais il la destinait à saisir le moment fugace où la littéralité d’une œuvre fait place à sa « littérarité », sans aller jusqu’à explorer l’effet épistémique de ces altérations, et encore moins leur rôle dans l’accession d’une simple idée à un statut théorico-scientifique. La sociocritique (Claude Duchet, Pierre Macherey, Régine Robin, Marc Angenot, etc. [9]) s’est également vouée, en proposant la notion de « sociogramme » à étudier la réfraction littéraire du « discours social », et cette réfraction commande bien sûr à distance le discours savant sur le social (mais comment, c’est loin d’être clair). Deux cas de figure analysés dans ce dossier prennent en tous cas appui sur de tels clichés : Florence Vatan livre une lecture minutieuse de l’usage de la notion de « Gestalt » par les psychologues de la Forme, qui fut l’occasion d’accuser leur entreprise, toute expérimentale qu’elle se soit présentée, de flirter dangereusement avec les motifs métaphysiques de la Naturphilosophie dont le positivisme avait conjuré le fantôme. Derrière Kölher ou Koffka, ce sont aussi les figures de Musil et de Mach qui surgissent : l’Autriche et l’Allemagne ont en effet entretenu une relation d’échange entre cultures littéraire et scientifique, dont les traditions anglaises ou françaises n’ont peut-être jamais eu l’idée, et dont la psychologie n’est qu’un cas spécial. Yvon Le Scanff, également dans le registre si intrinsèquement parlant des spatialisations de la pensée, revient pour sa part sur les clichés romantiques et pré-romantiques de l’opposition du Nord et du Midi, et démontre la prégnance qu’ils ont conservé, avec toute leur grammaire, lors de la construction d’une notion-clé en théorie géographique, la « France duelle », de Vidal de la Blache à Braudel. La question vient aux lèvres, alors, de savoir si la géographie n’est pas une version scientifique de l’ekphrasis des Classiques [10], qui ne se distinguerait plus que par degré de la « peinture de paysage » avec laquelle ses rapports formels apparaissent d’ailleurs de plus en plus nets. Car la géographie au XIXème siècle s’inspire, argumente-t-il, de la littérature, pour se fonder en incluant notamment une notion de « paysage » d’emblée complexe : elle mêle sujet et objet (Yves Luginbhul), nature et société (Georges Bertrand), monde des choses et subjectivité humaine (Augustin Berque). Or, c’est précisément la littérature, notamment romantique, qui a imposé cette « lecture » du paysage comme entité complexe, et c’est encore elle, semble-t-il, qui a autorisé cette constante dialectique, dont la géographie initiée par Paul Vidal de La Blache est l’archétype. Cette référence littéraire a contribué à l’« esprit de finesse » en géographie, et lui a épargné l’écueil qui guette toute science naissante ou renaissante : la subsomption de facteurs multiples sous un principe totalisant, nécessairement idéologique, qu’on poserait à son fondement.
- Mais le texte n’est pas tout entier dans sa lettre. Sa forme, au sens étroitement défini du « genre » dans lequel il s’expose (« tableau », « peinture de caractère », vignette morale), commande en particulier le niveau de réception, et, par là, la dignité épistémique et sociale à laquelle l’auteur prétend. Car il ne fait guère de doute que le genre, dont on mesure souvent mal à quel point il force la main de l’écrivain en quête du public adéquat, lui sert aussi de tremplin pour promouvoir des ambitions proprement scientifiques. En effet, la même contrainte qui le soude à son lectorat permet en retour, à force de déplacements infimes et calculés, de susciter un auditoire spécifique, prêt à la fin à accéder d’emblée au contenu problématique qui seul importe. Cela ne va pas sans perte ni malentendu. On inscrit, par exemple, la théorie morale, au XVIIIème siècle, dans des traités de rhétorique, tout simplement parce que la Rhétorique d’Aristote en a institué le précédent absolu. Michaël Biziou montre à ce propos que l’homo oeconomicus de Smith a pu aussi naître d’une lecture des Caractères de La Bruyère, elle-même étroitement dépendante de ses travaux de rhétorique, et qui du coup s’avère vertigineusement éloignée (au moins pour nous Modernes) du destin scientifique de la notion en économie. Or c’est bien un changement de « genre » littérairement marqué qui enveloppe la transition : d’une théorie de l’ethos rapportée au discours, et donc d’une caractérologie morale, requise de tout traité de rhétorique « classique », à une figure épurée de l’homme dont l’intérêt et le travail s’offrent déjà implicitement à une rationalité mathématisante, dans un texte d’une tout autre facture, comme sera The Wealth of Nations [11]. Mais la question du « genre » soulève des enjeux encore plus directement épistémologiques. Elle permet en effet de s’interroger sur ce que Jérôme David propose d’appeler des « formes de cohésion ». Qu’est-ce qui tient ensemble les éléments d’un texte scientifique, littéraire… ? Bakhtine a suggéré de lire les textes dans leur agencement d’ensemble. Mais qu’est-ce qui confère à cet ensemble sa consistance ? Sa logique argumentative ? Le réseau de ses isotopies ? L’« univers » créé par la fiction ? La « logique du drame » ? La reprise quotidienne, épurée d’ailleurs parfois jusqu’au ressassement obsessionnel [12] ? Y a-t-il alors des formes de cohésion qui autorisent la circulation, voire la fécondation mutuelle des discours (comme l’aspiration à élaborer des types sociaux au XIXème siècle, par exemple, ou encore, le motif de la « course », comme Jérôme David le suggère ici à propos d’Audiganne) ?
- Enfin, à la source vivante du texte, leurs auteurs peuvent enfin vivre un pied dans la science, l’autre dans la littérature. Le mode de vie amphibie d’un Goethe s’est vite perdu au XIXème siècle, à mesure que l’institutionnalisation des sciences humaines et le rejet de la philosophie et de la littérature paralysaient l’expression, la figeant déjà dans les modes de présentation officiels que nous avouons aujourd’hui pour obligatoires. Un cas d’espèce remarquable, pointé par Jacqueline Carroy dans des travaux importants, est par exemple la double vie insoupçonnée de certains psychologues-romanciers ou psychologues-dramaturges « fin de siècle », mettant en scène au théâtre les faits pathologiques dont ils avaient connaissance dans leur service (Richet, Binet) [13]. Spectaculaire, la trouvaille est bien de celle qui nous intéresse : au lieu de juger ce genre de situations exceptionnelles (ce qu’elle n’est d’ailleurs pas), on devrait en tirer des conclusions générales. Car chaque geste de l’écrivain extra-scientifique, dans ce contexte de « dissociation » de sa personnalité, éclaire négativement ses choix comme auteur savant, et le relevé de ces jeux d’oppositions pourrait un jour fournir la clé de certaines règles de la production scientifique, dans sa textualité propre.
Un point très important a été laissé dans l’ombre. Il n’est pas question ici de savoir si des textes explicitement littéraires dans leur visée seraient ou non (à leur corps défendant ?) des contributions, au moins programmatiques, à la genèse ou au développement des sciences humaines. Philippe Dufour a lu Balzac, et dans sa postérité le courant « réaliste », en relevant les indices nombreux et concordants, selon la formule rituelle, qui parlent en faveur de cette hypothèse [14]. Mais, dans quelle mesure ce type d’analyse n’est pas victime du sophisme du précurseur (« celui dont on dit après qu’il est venu avant », pour reprendre Canguilhem), c’est évidemment une des nombreuses questions sans réponse qu’on ne peut ici que formuler.
Enfin, disons-le, plusieurs contributeurs de ce dossier ont considéré comme un défi à la fois personnel et professionnel d’aller à la rencontre de l’histoire des sciences à partir d’horizons tout à fait étrangers (en gros, de la germanistique et de la littérature comparée à la sociologie de la littérature). C’est leur intérêt commun pour la philosophie et la sociologie des sciences qui les a mus dans cette direction. Dans leur effort, ils ont tous rencontré et tenté de résoudre une difficulté : la plausibilité esthétique, affaire d’expérience dans le maniement d’un corpus, ne suffit guère aux historiens. Comment valider une hypothèse sur le pouvoir déterminant d’une référence ? Comment prouver, ou donner du moins à croire, qu’il ne s’agit pas d’une singularité d’écriture de tel auteur, mais d’une contrainte dense et structurée qui s’exerce en profondeur sur la façon de dire, de voir, de présenter, de mettre en scène le monde et ses curiosités [15] ? Insérer l’histoire d’une notion conceptuelle dans l’histoire littéraire de la forme qu’elle emprunte a souvent semblé la meilleure démonstration possible. Qu’un « tableau » de la France de facture classique évolue en un « tableau » plus romantique en y respectant certaines nuances esthétiques, ou qu’une dualité spatiale (l’opposition Nord-Midi) reçoive successivement les atours esthétiques requis pour sa juste réception, voilà en général l’argument. Mais paradoxalement, il faut quelquefois renoncer à chercher l’exemplaire pour l’exemplaire, ou à privilégier le pur « génie » : de modestes savants sont plus visiblement soumis à l’emprise des clichés esthétiques de leur temps que les écrivains conscients du côté révolutionnaire de leurs descriptions. Ce genre de réponse au défi de la validation est fragile, assurément ; si riches soit-il, le parallélisme et la convergence ne protègent pas le chercheur d’inductions erronées. Au moins est-ce un point de départ. Dans un domaine de plus en plus visité aujourd’hui, c’est le souci qui nous a animé.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·   Carroy-Thirard J., 1982, Hystérie, théâtre, littérature au XIXème siècle, Psychanalyse à l’Université, vol. VII, n° 26.
·   Castel P.H., 2000, L’hystérie, des Goncourt à Huysmans, entre littérature et histoire de la médecine, in Thorel-Cailleteau S., (ed.)., Dieu, la chair et les livres. Une approche de la décadence, Paris, Honoré Champion, 509-549.
·   Castel P.H., 2001, Amiel, ou la métamorphose de l’obsédé, Études de Lettres (à paraître).
·   Duby G., 1996, L’art, l’écriture, l’histoire, Le Débat, n° 92, 174-191.
·   Duchet C., (ed.), 1979, Sociocritique, Paris, Nathan.
·   Dufour P., 1998, Le réalisme, Paris, PUF.
·   Grignon C., Passeron J.C., 1989, Le savant et le populaire. Misérabilisme et populisme en littérature et en sciences sociales, Paris, Gallimard-Seuil.
·   Hartog F., 1988, Le XIXème siècle et l’histoire. Le cas Fustel de Coulanges, Paris, PUF.
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·   Holton G., 1978, The Scientific Imagination : Case Studies, Cambridge, Cambridge University Press.
·   Keylor W.R., 1975, Academy and Community. The Foundation of the French Historical Profession, Cambridge, Harvard University Press.
·   Lepenies W., 1990, Les trois cultures. Entre science et littérature, l’avènement de la sociologie, Paris, Maison des Sciences de l’Homme.
·   Macherey P., 1990, À quoi pense la littérature ?, Paris, PUF.
·   Neefs J., Ropars M.C., (eds.), 1992, La politique du texte. Enjeux sociocritiques, Lille, Presses Universitaires de Lille.
·   Passeron J.C., 1970, La culture du pauvre, Paris, Minuit.
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·   Passeron J.C., 1990, Retour sur Richard Hoggart, in Passeron J.C., Menger P.M., (eds.), L’art de la recherche. Hommage à Raymonde Moulin, Paris, La Documentation Française.
·   Riffaterre M., 1979, La production du texte, Paris, Seuil.
·   Riffaterre M., 1983, Sémiotique de la poésie, Paris, Seuil.
·   Robin R., 1992, Pour une socio-poétique de l’imaginaire social, in Neefs J., Ropars M.C., (eds.), La politique du texte. Enjeux sociocritiques, Lille, Presses Universitaires de Lille, 95-121.
·   Thorel-Cailleteau S., (ed.)., 2000, Dieu, la chair et les livres. Une approche de la décadence, Paris, Honoré Champion.
·   Zima P., 1985, Manuel de sociocritique, Paris, Picard.
 
NOTES
 
[1] Je remercie vivement pour leurs commentaires Laurent Mucchielli, Yvon Le Scanf et Jérôme David.
[2] A défaut de pouvoir parler aussi facilement de « style » littéraire en physique ou en mathématique, qu’on pense aux grandes figures esthétiques qui norment la production théorique la plus abstraite chez Einstein, Kepler, Bohr (lecteur étonnant de William James et de Kierkegaard) : cf. Holton (1973 ; 1978).
[3] Un grand nombre, observait Laurent Mucchielli, en effet, mais pas tous les théoriciens des sciences humaines. Par exemple, la lignée positiviste qui a donné naissance à la sociologie (Comte et, plus encore, Spencer, Durkheim, Simiand), ne semble pas avoir partagé cette crainte. Ces auteurs ont au contraire consciemment rompu avec le souci stylistique au profit d’une froideur relative d’écriture qui s’est rarement démentie (parfois jamais), en motivant cette rupture par un programme épistémologique et politique fort, qui a incontestablement triomphé. Cependant, et c’est un des enjeux des analyses que ce dossier ne peut qu’effleurer, il faudrait aussi se demander si semblable « froideur », en tant qu’elle a des règles et relève d’une rhétorique, n’est pas un nouveau style à part entière. Car le style n’est absolument pas en soi un moyen du beau (sauf le « beau style » qui met en scène sa propre littérarité) ; c’est un procédé de maximisation des effets du discours, et il peut tout à fait viser d’autres effets qu’esthétiques. Faire ainsi l’hypothèse d’un style affectant de n’avoir aucun style (ce qui, en aucune manière, j’y insiste, ne fait peser de doute sur la scientificité en tant que telle) exigerait de problématiser les rapports de ce style « froid » avec les autres styles (non-positivistes) autrement qu’en dévalorisant ces derniers comme non-scientifiques à cause de leur rhétorique. Dans ce dossier, Florence Vatan montre comment le problème se posait en allemand, à l’ombre de Goethe, quand un mot aussi poétiquement dense que Gestalt fut introduit dans les procédures de raisonnement positivistes de la psychologie ; mais il serait curieux de voir combien, par une espèce de contrecoup, l’œuvre scientifique de Goethe a alors pu, rétrospectivement, donner l’impression de respecter des canons démonstratifs « modernes » dont Goethe n’avait évidemment pas idée. Le goût a posteriori de certains sociologues pour le roman du XIXème siècle (par exemple pour les contraintes qu’impose un point de vue holiste à la description du social) est du même type.
[4] La polémique sur le statut scientifique du travail d’écriture de l’historien est particulièrement riche en exemples de pareils débats dits « stylistiques » : Buffon transformé exclusivement en écrivain, au début du XIXème siècle (Lepenies, 1990), Monod faisant l’éloge captieux du style de Fustel de Coulanges, afin d’écarter sa valeur scientifique (Hartog, 1988, 153-154), l’opposition entre les écrivains de l’Académie et de l’université (Keylor, 1975, 173-176), jusqu’aux Dames du XIIème siècle, toute proche de nous encore, que Duby dut défendre contre l’idée que c’était davantage de la littérature que de l’histoire, en arguant que l’objet même imposait un traitement documentaire spécifique (Duby, 1996).
[5] Une catachrèse est une métaphore qui ne sert plus à orner le discours, mais se substitue à un terme propre qui manque, et parfois se lexicalise (par exemple, « faire un créneau » pour se garer).
[6] Selon l’heureuse expression de Pierre Macherey (1990), dans un livre que cite Yvon Le Scanff.
[7] D’une certaine manière, la métaphore même du « laboratoire » entend indiquer la possibilité d’un lieu d’élaboration intellectuel et stylistique qui échappe à l’alternative littérature/science, laquelle, comme on le disait au départ, est précisément celle que partagent « savants » et « gens de lettres » pour s’opposer, et bien sûr, ne voir de convergences que conformes à leurs propres présupposés scientifiques ou esthétiques, et les confirmant.
[8] Riffaterre, 1979 ; 1983. Pour une illustration de l’usage de la notion en histoire des sciences, cf. Castel, 2000, 509-549. On y met en valeur l’allusion essentiellement oblique à des motifs baudelairiens qui contaminent les peintures de l’hystérie fantastique, du naturalisme jusqu’au décadentisme, et ce, au cœur même des textes des cliniciens de l’hystérie et de leurs malades.
[9] Cf. Duchet, 1979 (un ouvrage collectif séminal, où on pourra lire avec fruit l’étude de Grignon sur Zola, et celle de Macherey sur Les paysans de Balzac) ; Zima, 1985 ; Robin, 1992, 95-121.
[10] L’ekphrasis est le genre rhétorique qui dépeind l’objet comme en un tableau qu’on décrit.
[11] Il y a d’ailleurs d’autres translations connues de ce genre : comment le journal intime, par exemple, est devenu un document clinique pour le psychiatre, comme Amiel (Castel, 2001), ou la nouvelle comme art de déplier l’anecdote en la refermant sur elle-même, voire le roman policier, les matrices formelles du compte rendu d’enquête dans une sociologie résolument qualitative (l’ethnométhodologie, par exemple).
[12] Pistes qu’explorent Castel (2000 ; 2001), à propos de Germinie Lacerteux et du Journal d’Amiel.
[13] Carroy-Thirard, 1982.
[14] Dufour, 1998.
[15] La distinction que propose Jean-Claude Passeron entre sociographie et sociologie va dans le sens d’une telle réflexion ; elle est plus complexe ou plus générale, cependant, que l’analyse stylistique stricto sensu. Cf. Passeron, 1970 (préface) ; 1989 ; 1990.
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